Chapitre 2 : Ensorcelé
Draco se redressa brusquement les yeux écarquillés. Il sentit immédiatement la sensation désagréable du sperme séché sur son ventre et entre ses cuisses, ainsi qu'une odeur de sexe planer dans l'air. Il constata avec soulagement que les rideaux en baldaquin étaient tirés. Sa couette était sûrement encore par terre, parce qu'il ne voyait que ses affaires de potion sur son lit.
Les événements récents défilèrent brusquement devant ses yeux.
Il se sentit rougir, rongé par l'embarras. Comment avaient-ils pu faire une chose pareille ? Il avait complètement perdu l'esprit ! Commettre des actes de débauche aussi odieux ! Dans un dortoir, un soir de semaine, et avec Potter en plus ! POTTER ! Qu'est-ce que sa mère allait penser de son propre fils ? Personne ne devait savoir, il l'emporterait dans sa tombe. Si son père apprenait la nouvelle, ça le tuerait plus vite qu'Azkaban ne le ferait. Draco se remémora malgré lui la sensation des mains de Potter sur son corps, de sa bouche, de sa langue, de ses yeux… et son pénis ! Il regretta presque de ne pas l'avoir vu en entier. Draco secoua brusquement la tête, tentant de changer ses idées avant d'éveiller de nouveau l'intérêt de sa verge.
Il examina ce qui lui restait de pyjama. Son short ressemblait plus à un slip qu'à autre chose, complètement détendu, enroulé sur lui-même et encore humide. Son pénis au repos était complètement dévoilé, profitant lui aussi de la lumière du matin. Sur ses cuisses et son entre-jambe des marques violette étaient visibles. De même pour son torse qui arborait des marques rouges et des morsures. Ses tétons étaient rougis et enflés. Il imaginait déjà de quoi sa gorge et son visage avait l'air. En sentant son pénis se durcir à nouveau, il cacha son visage dans ses mains, complètement mortifié.
Il aurait mieux valu que cela reste un rêve. Comment allait-il regarder Potter dans les yeux ? Ce n'était pas comme s'ils se voyaient souvent, ou s'ils se parlaient, mais ils partageaient la même chambre. Draco tira légèrement son rideau pour jeter un coup d'œil du côté de son camarade de chambre : son lit était fait et vide. Il était parti sans un mot en le laissant dans cet état, le bâtard. Draco constata qu'au moins la fenêtre était encore un peu ouverte depuis la veille, estompant la majeure partie de l'odeur due à leurs ébats.
Grâce à un tempus, il vit qu'il ne lui restait plus que 15 minutes avant le début du premier cours de la journée. Il n'allait sûrement pas croiser grand monde dans le dortoir, mail il entreprit tout de même de dissimuler son état sous un glamour. Il enfila sa robe de chambre, avant de se rendre de nouveau dans les douches communes.
En arrivant devant le miroir mural au-dessus des lavabos, il constata avec consternation qu'un simple glamour ne suffisait pas à cacher l'étendue des dégâts. Tout d'abord ses cheveux étaient en bataille, mais ce n'était pas le pire : sa clavicule, sa gorge, son visage, rien n'avait été épargné. Sidéré il passa ses doigts sur les morsures présentes sur sa peau, pour s'assurer qu'elles n'étaient pas ouvertes. Il avait été attaqué par un bête ! Encore sensible dans les zones meurtries, il ne put retenir un frisson de plaisir. Tout son corps se souvenait de la veille, il sentait arriver les courbatures dans des endroits encore inconnus de ses bras et de ses cuisses, conséquences des positions acrobatiques qu'il avait expérimentées, malgré sa souplesse limitée. Il n'était même pas encore 9 heures du matin, et il commençait déjà à bander. Il craignait de ne pouvoir se soulager seul à l'avenir.
Avec quelques sorts de soin plus ou moins efficaces, Draco tenta de guérir les morsures, et de faire disparaître la majorité de ses marques. Il dissimula les plus tenaces sous un glamour plus puissant que ceux qu'il utilisait habituellement pour ses blessures quotidiennes, en espérant qu'il tînt jusqu'à l'heure du déjeuner au moins. Quand il fut satisfait de son apparence, il passa sous la douche pour effacer les dernières preuves de ses activités récentes.
Après s'être habillé et coiffé avec les sorts les plus puissants que sa mère lui avaient appris pour les situations d'urgence, il se décida à trouver une explication à tout cela. Tous les scenarii possibles avaient défilé dans sa tête, mais aucune logique ne pouvait expliquer un comportement pareil de la part de Harry Potter, sauveur du monde des sorciers, et chasseur de Mangemorts ! De ce que Draco savait (c'est-à-dire pas grand-chose, mais ce n'était pas important), son attraction exclusive envers les femmes n'était pas un secret ! Alors pourquoi s'engager dans de telles activités avec un homme ? S'il était effectivement attiré par les hommes également comme laissait penser l'aisance avec laquelle il avait exploré son corps, pourquoi diable irait-il voir du côté de Draco ?!
Plus important encore : Cela allait-il se reproduire ? Comment Draco devait-il réagir ? Il n'était certainement pas en position de se plaindre ou de réclamer quoi que ce soit. Sa situation était déjà assez pénible avec son sombre passé un peu trop récent, il n'avait pas besoin d'être étiqueté comme « la pute du Sauveur ». L'opinion publique allait surement pencher vers la théorie de l'ensorcellement. Qui irait croire que Potter, de son propre chef, avait séduit Draco Malfoy, le Mangemort du dimanche, poltron de la première heure, brute réformée, dont l'avenir ne tenait qu'à quelques résultats d'examen ?
Non, il n'avait décidément pas besoin d'un autre prétexte pour se faire harceler. Sa vie était assez misérable. Quelles que fussent les motivations de Potter, cette relation illicite devait mourir dans l'œuf. Pas question de renouveler cela. Même s'il y avait pris beaucoup de plaisir. Une petite part de lui était persuadée que c'était la dernière fois de sa vie qu'il expérimenterait une telle intimité avec quelqu'un d'autre.
Peu importait, son égo et sa dignité l'emportait sur n'importe quelle sensation de plaisir qu'il avait pu ressentir. Il n'aimait pas être aussi vulnérable surtout face à quelqu'un avec autant de pouvoir. Rien qu'en pensant aux positions dans lesquelles il s'était mis suffisait à lui faire piquer un fard. Draco s'était complètement dévergondé alors que Potter n'avait même pas enlevé son pantalon. Il voulait sûrement le faire chanter, et il avait du matériel pour toute une vie, Draco ne s'en remettrait jamais.
Il avait besoin d'explications, et rapidement. Sinon, il allait y penser pour le restant de ses jours.
Il arriva en premier dans la salle de potion, et prit place au tout premier rang, près du bureau du professeur, comme il avait pris l'habitude de le faire pour tous ses cours. Les autres élèves osaient moins l'embêter sous les radars des professeurs, du moins lorsque ces derniers se souciaient du bien-être de Draco. Celui-ci n'arrivait pas à se calmer. Plus les secondes passaient, plus il s'agitait. En entendant les voix de ses camarades de classes s'approcher, il se tendit sur sa chaise, prêt à recevoir son humiliation.
Persuadé que Potter avait déjà fait circuler des histoires à son propos, il fut surpris de voir le peu d'intérêt que lui portait les autres élèves en arrivant dans la classe. Quelques-uns firent tomber son manuel, et bousculèrent son bureau, mais aucune remarque sortant de l'ordinaire ne fut émise. Ne baissant pas sa garde pour autant, il tenta de garder sa contenance lorsque le fameux trio pénétra dans la pièce.
C'était peut-être parce que Draco n'avait pas beaucoup de choses pour s'occuper en dehors de ses devoirs, mais il ne pouvait s'empêcher de remarquer l'ambiance qui régnait à chaque entrée de ces trois personnages, c'était comme si tout le monde était attiré vers eux. Si c'était dû à un sort, il ne le connaissait pas, mais il ne doutait pas de son efficacité. Tout le monde tournait la tête vers eux comme s'ils les voyaient pour la première fois. Habituellement, Draco gardait les yeux rivés sur son bureau, en évitant au maximum de croiser le regard de qui que ce soit. Ce jour, en portant son regard sur les nouveaux arrivant, il se rendit compte que quelqu'un manquait à l'appel. La Née-Moldue et Weasley arboraient tous les deux une expression grave, et semblaient engagés dans une discussion dissimulée derrière un assurdiato. Ils s'installèrent au fond de la classe.
Où était Potter ?
L'arrivée du professeur de Potions vint interrompre ses pensées. Comme depuis le début de l'année, Draco n'avait toujours pas de binôme, et comme cela n'avait pas l'air de beaucoup déranger le professeur, Draco s'en était accommodé. Ce n'était pas comme si c'était sa pire matière. De plus, cela lui évitait de devoir faire semblant de coopérer avec quelqu'un qui le détestait. Il y avait moins de chance que l'on sabotât son travail, mais même en réussissant 99% des projets imposés par le curriculum, le professeur avait la main lourde pour la notation.
Ne pas voir la source de son agitation avait fini par le calmer, et la difficulté de la potion du jour à réaliser l'avait poussé dans état de concentration sans faille. Enfin, jusqu'à ce qu'il entendît ses voisins de tables murmurer un peu trop fort. Lorsqu'il comprit que Potter était le sujet de leurs ragots, il ne put empêcher son ouïe de s'affiner.
- A l'infirmerie ? Vraiment ? Qu'est-ce qui a bien pu se passer ? lança une Serdaigle
- Harry Potter s'est fait ensorceler ! lui répondit son camarade. Et avant que tu ne doutes de mes sources, sache que l'info me vient de Cynthia, tu l'as bien vue ce matin assise juste à côté de Ginny au petit-déj, impossible qu'elle se soit trompée.
Draco fut tellement surpris qu'il manqua de se retourner pour demander plus de détails, heureusement pour lui la Serdaigle le devança.
- J'arrive pas à y croire. Qui voudrait faire du mal à Harry Potter au point de l'envoyer à l'infirmerie ? Non attends je sais…
Draco n'eut pas besoin de se retourner pour savoir que son regard était porté sur lui.
- Non Régina, ça n'a pas de sens pour ce type de sort, rétorqua son interlocuteur, apparemment il aurait été sous l'emprise d'un sortilège similaire à l'amortentia. Je ne connais pas le nom précisément, mais ça aurait pour effet de vouloir… le faire… avec tout ce qui bouge.
Draco se pétrifia, les yeux écarquillés. Ses mains devinrent moites, il manqua de faire tomber sa plume dans son chaudron.
- Quoi ? Comment ça ?
- Bah tu sais…baiser
Il y eut un silence, puis des gloussements incontrôlés qui ne furent calmés qu'après une réprimande du professeur.
Draco n'en croyait pas ses oreilles. Il s'était retrouvé au mauvais endroit, au mauvais moment. Si Draco n'avait pas interpellé Potter la nuit dernière, il n'aurait jamais été impliqué dans un tel miasme. Si jamais on découvrait que… que quoi ? Que Harry Potter eût assouvi ses pulsions sur Draco… ou que pire, Draco avait profité de son état second pour… Non, Draco n'avait aucune idée de ce qui se passait ! Certes, il avait eu un comportement étrange, il n'avait pas soufflé un mot, et la couleur de ses yeux étaient beaucoup trop prononcée…
Il était foutu, tous les signes avaient été là, et pourtant il ne s'était pas interrogé un seul instant. Et si Potter avait été conscient tout ce temps-là, pendant que son corps agissait malgré lui ? Mortifié, Draco ne put poursuivre sa potion. Il était tellement bouleversé que ses mains en tremblaient. Quel genre de dégoûtant personnage était-il ? Potter ne lui accordait aucun regard en temps normal, et un simple baiser avait réussi à lui retourner le cerveau au point de croire un instant qu'il avait eu envie de lui. Il eut fallu un sort pour qu'il soit attirant à ses yeux, et Draco s'était laissé faire, comme une prostituée bon marché. Il avait tellement honte de lui, il avait été tellement frustré qu'il était prêt à se donner à n'importe qui. Sauf que ce n'était pas n'importe qui, c'était Harry Potter, Sauveur du monde des Sorciers. Un tel affront n'allait pas l'envoyer à Azkaban, mais directement au baiser des détraqueurs !
Il espérait que Potter ne se souvînt de rien, ou qu'il emportât le secret dans sa tombe. Draco ne pourrait jamais s'en relever dans le cas contraire.
Draco hésita sérieusement à sécher le reste de la journée. Ou non le reste de l'année plutôt. Mais il se souvint qu'il partageait la même chambre que le Sauveur, et que s'il ne passait pas ses examens, il risquait de gâcher d'autant plus ce qui lui servait d'avenir. Heureusement pour lui, il ne partageait pas d'autres cours avec lui dans la journée. Il croisa Granger en cours de Runes et d'Arithmancie, mais son comportement semblait habituel, sûrement parce que Potter était finalement sorti de l'infirmerie. Draco craignait tellement de le croiser, qu'il passa l'heure du déjeuner dans la cour, et tenta de calmer sa famine avec quelques gorgées d'eau.
Lorsque son dernier cours de la journée touchait à sa fin, il se rendit compte qu'il n'adoptait peut-être pas la bonne stratégie. Tenter d'éviter Potter était peut-être trop suspicieux. Mais ce n'était pas comme si les gens allaient le soupçonner d'avoir réalisé un tel sort, qu'est-ce qu'il avait à y gagner à part des problèmes ? Peut-être qu'il se faisait des idées, que Potter ne se souvenait de rien, ou qu'il n'en voulait pas à Draco parce que lui aussi était en fait une victime de ce mauvais sort. Après tout, il n'avait jamais demandé à être examiné d'aussi prêt…. Il avait juste profité du moment… avec un peu trop d'enthousiasme.
Ainsi, Draco finit par se convaincre de se rendre dans la Grande Salle pour aller dîner avec les autres. Il s'installa près de la sortie, au bout de la table dressée pour les « huitième année ». Ce soir-là, la salle était inhabituellement bondée, le nom de Potter était sur toutes les lèvres quelles que fussent les maisons, quels que fussent les âges. Draco avait aperçu Potter installé au centre de la table, entourés de ses amis proches. Il l'avait assez observé pour remarquer sa posture tendue qu'il tentait de dissimuler sous quelques sourires et éclats de rires forcés. Draco commença à regretter d'avoir céder à sa famine. Il aurait dû attendre à la bibliothèque jusqu'à l'heure du couvre-feu. Peut-être qu'il pourrait se trouver un endroit où dormir, le château était grand après tout.
- Mais regarde-le, murmura une Poufsouffle à sa droite le menton sur son poing, et les yeux rivés sur le centre de toute l'attention. Je comprends pourquoi quelqu'un lui a jeté un tel sort, c'est un sacré pétard, je le mettrai bien dans mon lit.
- Ah clairement, répliqua son ami, en remuant ses sourcils, je ne suis pas homo, mais ça ne me dérangerait pas de me faire ramoner la cheminée par le Sauveur
Draco se sentit rougir, il manqua d'avaler de travers. Il se servit précipitamment un verre d'eau pour calmer sa crise de toux. Ses gesticulations ne passèrent pas inaperçues, les deux amis se tournèrent vers lui, espiègles.
- Quoi ? demanda la fille en laissant tomber ses cheveux frisés sur ses yeux, encore puceau ?
Draco hésita à révéler qu'il l'était jusqu'à très récemment. Ce n'était pas comme si cela les empêcherait de s'en prendre à lui. De toute façon, ils ne le croiraient pas. Draco avait du mal à y croire lui-même.
- Laisse tomber Cynthia, rétorqua son ami en se penchant vers Draco une expression pleine de mépris, c'est un Mangemort, tu sais, des dingos capables de coucher avec leur propre mère pour garder leur sang pur.
L'embarras de Draco se muta en indignation. Surtout quand il ne pouvait contredire avec certitude que ce n'était jamais arrivé dans sa généalogie. Il déposa doucement son verre près de son repas à peine entamé, en se préparant à quitter les lieux.
- Ne sois pas si cruel Adam, tu te fatigues pour rien à lister des évidences, déclara Cynthia en pressant sa main sur l'épaule de Draco. Même sa mère ne voudrait pas de lui. Alors il fantasme sur n'importe qui, sur le Sauveur… même sur toi qui sait ?
Elle s'esclaffa en enfonça ses ongles sur son épaule. Draco se sentait tellement insulté et humilié qu'il ne put qu'ouvrir et fermer la bouche, sans qu'aucun son ne passe ses lèvres. Il tenta de contrôler ses tremblements en serrant ses points. Il fallait qu'il se ressaisisse et qu'il déguerpisse en vitesse. Elle avait touché un point sensible, sa solitude pathétique qui l'avait poussé à accepter les avances d'un pauvre sorcier ensorcelé. Il suffirait de quelques piques bien placées et c'étaient les larmes assurées. Oui, c'était dur pour lui de se supporter.
- Qu'est-ce qu'il fait avec sa bouche ? ricana Adam en imitant Draco avec exagération, c'est comme ça que tu tailles des pipes ? Tu veux t'entraîner sur moi ?
- Ouuuh ça devient intéressant, s'enjoua la Poufsouffle en lui éraflant la joue.
- Je me sens d'humeur généreuse aujourd'hui, murmura-t-il en se penchant légèrement en arrière
Draco se paralysa lorsqu'il sentit le pied d'Adam frôler l'intérieure de sa cuisse. Les yeux écarquillés, il crût manquer d'air. Il avait chaud et froid en même temps, le battement de son cœur résonnait dans son crâne en même temps que le dégoût et la panique l'envahissait.
- Arrête ça, tenta Draco sur un ton qu'il voulait ferme en resserrant ses jambes et repoussant son pied d'une main.
- Est-ce qu'il devient dur ? Demanda vicieusement Cynthia par-dessus la voix de Draco. Sa robe de sorcier ne laisse rien voir.
- Je sens rien avec ma chaussure, répondit Adam concentré sur sa tâche, sa voix laissant paraître son excitation. A croire qu'il n'a pas de queue. Attends, si je fais ça-
La semelle de sa chaussure vint brusquement appuyer sur son pénis de manière douloureuse. Il se releva en étouffant un gémissement de douleur. Les verres et les pichets se renversèrent, Adam perdit l'équilibre et tomba en arrière. Autour de lui, tous arboraient une expression de surprise et ne tarda pas à se muer en jugement, tous inconscients de ce qu'il venait de se produire. Draco se sentait scruté, médit, il savait que tous souhaitaient qu'il disparût. A ce moment précis Draco aurait bien aimé que leur vœu fût exaucé.
Il attrapa son sac et quitta la Grande Salle le plus rapidement possible d'un pas pressant. Il passa les couloirs les uns après les autres, survola les marches qui le conduisirent à son dortoir, puis à la chambre qu'il partageait. Il jeta ses affaires sur son bureau, retira ses chaussures, et se déshabilla en toute vitesse.
Chaque parcelle de sa peau, chaque mèche de cheveux, chaque respiration qu'il prenait, tout le répugnait. Il ne pouvait physiquement pas se voir dans un miroir, ni même baisser ses yeux sur son propre corps. On l'avait traité comme de la vermine. Autant ne plus exister tout court. Pourquoi continuer à se faire cracher dessus quotidiennement ? Il ne serait jamais pardonné. Il ne méritait même pas d'être sauvé. Cette souffrance n'allait jamais s'arrêter. Il n'aurait jamais une vie normale. C'était un paria dans ce monde, il vivrait ses jours seuls, et mourrait seul, en chérissant son moment avec Potter ensorcelé comme le plus intime qu'il aurait partagé avec un autre être humain.
Il voulait disparaître, ne plus se soucier de rien. Il se glissa sous sa couette et dissimula sa tête sous son oreiller. Il était pathétique, il n'avait pas le courage de mettre fin à ses jours de lui-même. La douleur de son entrejambe était encore lancinante, de même pour sa plaie au visage. Inconsciemment, il enfonça ses ongles dans sa peau. Les événements récents se répétèrent dans sa tête, encore et encore. Il n'avait rien dit, il était resté là comme un con, à les laisser insulter sa famille, et à le traiter comme un vulgaire imbécile. Il ne savait même plus se défendre. Qu'est-ce qui restait de lui ? Rien. Il fallait que ça s'arrête, il ne voulait plus entendre ces voix, ne plus voir ces images. Il ferma ses paupières de toutes ses forces jusqu'à voir des points blancs, ses mains vinrent plaquer son oreiller sur ses oreilles, et il se mordit les lèvres pour se retenir de hurler. Sa respiration alla crescendo, le visage enfoncé dans le matelas, l'oxygène commençait à lui manquer. Son cœur s'emballait, mais il ne pouvait bouger d'un millimètre, sinon tout allait lui revenir, toute la douleur, toutes ces voix, tous ces coups, toute cette humiliation.
Draco se réveilla en sursaut lorsqu'il entendit la porte claquer. Sa tête était toujours sous l'oreiller. Il ne savait pas combien de temps il avait dormi. Il allait devoir veiller tard pour finir ses devoirs. Il se sentait moins agité, c'était déjà un point positif. Il prit une grande inspiration, et entreprit de réintégrer sa vie misérable. Il repoussa son oreiller et se redressa en position assise. Sa couette glissa de ses épaules et retomba sur ses jambes. Il passa ses mains dans ses cheveux. Après s'être étiré le dos qu'il se rendit compte que quelqu'un l'observait. Ses rideaux n'étaient pas tirés, lorsqu'il tourna la tête, il vit Harry Potter assit sur son lit, arborant une expression intriguée. Ses yeux scrutaient son torse complètement exposé. Draco sentit son visage s'enflammer et s'empressa de se cacher sous sa couverture.
- Qu'est-ce que tu regardes, Potter ! s'écria Draco
- Qu'est-ce que tu as sur la peau ? se contenta de demander Potter
Draco qui refusait de croiser son regard l'entendit se lever et s'approcher.
- Rien qui ne te regarde, répliqua Draco avec toute la malice qu'il pouvait invoquer
Ça ne sembla pas décourager Potter qui vint s'asseoir sur le bord du lit pour lui faire face.
- Malfoy, d'où viennent ces marques ? dit-il sur un ton sérieux
Draco le regarda d'un œil critique tentant de déterminer les motivations de son ennemi de toujours.
- Tu veux parler des cicatrices que tu m'as laissées ? répliqua-t-il cruellement, ça n'avait pas l'air de te gêner jusqu'à maintenant.
Sa remarque fit son effet, Potter le toisa, irrité. Draco n'avait pas besoin qu'on s'inquiétât pour lui, il ne voulait la pitié de personne. Surtout pas celle de Potter.
- Je te parle de celles-ci, précisa Potter en posant ses doigts contre sa gorge et sur sa clavicule
Draco en eut le souffle coupé. La panique s'empara de lui, lorsqu'il sentit un frisson parcourir son corps qui se souvenait très bien de la nuit dernière. Même avec son pull en laine, Draco sentait tout de même la chaleur émaner de Potter, jusqu'au bout de ses doigts qui survolaient sa peau, à la recherche de nouvelles marques.
- Ça descend même sur ton torse, décrivit-t-il en glissant sa main sur son sternum
Quand Potter essaya de tirer sa couette, Draco reprit ses esprits. Il se recouvrit d'autant plus en reculant jusqu'au cadre du lit. Il était déjà tombé dans son piège la nuit dernière, pas question que cela recommençât.
- Qu'est-ce qui te prends à me tripoter comme ça ? lança Draco en détournant la tête. Et puis ne fais pas comme si tu te souciais de ce qui m'arrivait. Oui j'ai quelques ecchymoses, la belle affaire ! Rien d'inhabituel depuis le début de l'année, pourquoi s'en émouvoir maintenant ?
Qu'est-ce qu'il attendait pour déguerpir ? Draco montrait clairement qu'il ne voulait pas en parler. Si seulement son glamour avait tenu, il n'en serait pas là. Si Potter faisait le lien entre ses marques et son ensorcellement, Draco allait finir à Azkaban en moins de temps qu'il ne lui faudrait pour dire « perpétuité ».
Potter n'en démordait pas, il se rapprocha de nouveau et posa ses mains sur ses épaules pour l'empêcher de s'échapper.
- Non tu ne comprends pas, expliqua-t-il à voix basse, je crois que c'est moi qui t'ai fait ça
Draco se tendit. Il n'avait même pas eu temps de plaider son innocence. Était-ce un test ? Il cherchait à savoir au bout combien de temps Draco aller avouer ? Il l'avait bien vu agir pendant leur sixième année, Draco n'était pas capable de cacher un secret. Fidèle à lui-même, Draco tenta d'être le plus désagréable possible pour se sortir de cette situation. Il dissimula ses émotions derrière un masque qui se voulait impassible.
- Je pense, commença Draco d'une voix trainante, que la célébrité t'est montée à la tête Potter. Ressaisis-toi mon vieux, ce n'est pas parce que ta face balafrée est constamment en couverture des magazines et que tout le monde des sorciers t'idolâtre que ça veut forcément dire que tout le monde veut coucher avec toi.
Potter semblait décontenancé par sa réponse. Draco en profita pour dégager ses épaules.
- Tu sais bien que c'est pas ce que je veux dire, répliqua-t-il sur un ton agacé
- Qui sait ce que tu veux dire ? coupa Draco en se glissant hors du lit, il enfila rapidement un peignoir en constatant qu'il était presque nu. Certainement pas moi ! Il s'agit peut-être d'une brillante idée de Gryffondor pour attirer n'importe qui dans son lit !
Il voyait l'exaspération prendre le dessus sur les traits de Potter, Draco allait bientôt parvenir à lui faire lâcher l'affaire. Il lui tourna le dos en faisant mine de chercher quelque chose. Si Potter croisait son regard, il serait piégé à coup sûr. Il décida finalement de récupérer sa trousse de toilettes. Une longue douche lui laisserait le temps de revenir bien après que Potter se soit endormi.
- Eh bien sache que cela n'a pas fonctionné pour moi, poursuivit Draco, il lui fallait juste retrouver son peigne en bambou puis il courrait vers la porte. J'ai vu clair dans ton jeu, mais je te pardonne.
- Me pardonner ? Répéta l'intéressé avec dérision et Draco prit son ton comme une victoire
- Qu'est-ce tu veux ? Personne n'est parfait, pas même notre cher sauveur, soupira Draco en espérant que sa condescendance lui fasse oublier le sujet principal. Je ne t'en veux pas, tu as simplement voulu t'imprégner de mon expérience en la matière… mais épargnons-nous cette humiliation et faisons comme si rien ne s'était passé…
Alors que Draco tendait le bras vers la porte, le bruit clair d'un verrou résonna dans la pièce. Draco secoua la poignée, ses craintes se confirmèrent. Les lèvres pincées il se retourna vers son interlocuteur en tentant de rester dans son rôle. Quand il vit la baguette de Potter pointée dans sa direction. Il devint livide et dû s'appuyer sur la porte de peur que ses jambes ne lâchèrent.
- Arrête ton manège Malfoy, ça ne prend plus avec moi, lâcha Potter catégorique, mais si tu ne me laisses pas parler je n'hésiterai pas à te bâillonner. C'est compris ?
Les yeux ronds comme des assiettes, Draco ne put que hocher la tête. Il avait fait la bêtise de laisser sa baguette dans sa robe de sorcier, gisant sur le sol, juste derrière son adversaire, et Draco n'avait toujours pas maîtrisé la magie sans baguette.
- D'où. Viennent. Ces marques ? Demanda-t-il en accentuant chaque mot avec un mouvement de sa baguette
Cerné comme une proie, Draco déglutit à plusieurs reprises, avant qu'un quelconque son de sorte de sa bouche. Il était tétanisé comme bloqué dans la crainte que Potter achevât ce qu'il avait commencé sur son torse. Il avait devant lui le sorcier qui avait vaincu le Mage noir. Il pourrait le faire disparaître en un battement cil. Le provoquer pour détourner son attention n'était peut-être pas l'idée la plus astucieuse dans ce contexte d'après-guerre, mais Draco redoutait encore plus sa réaction s'il apprenait qu'un Mangemort avait bel et bien été impliqué dans son ensorcellement.
- Malfoy
- Pas de toi, répondit-il en sortant de sa torpeur, j'ai… j'ai passé la nuit avec quelqu'un dont j'ai oublié le nom. Je…je n'ai même pas dormi dans la chambre hier soir
Potter le fixait les yeux plein de méfiance, cherchant à savoir s'il lui racontait la vérité. Par précaution, Draco garda les yeux rivés sur la baguette, en invoquant ses capacités d'occlumens. Il n'avait aucune idée des capacités de legilimancie de son adversaire, mais les années passées lui avait prouvé que Potter n'était pas un personnage à sous-estimer, surtout lorsqu'il était armé.
- Vraiment ?
Est-ce qu'il lui donnait une nouvelle chance de se confesser ? Draco avait encore la possibilité de revenir en arrière. Potter n'avait pas l'air de se souvenir de la nuit passée, mais rien ne garantissait que cette amnésie fût permanente. Draco mettait trop de temps à répondre, il fallait qu'il choisisse entre s'enfoncer dans son mensonge qui lui permettrait de gagner un peu de temps ou de tout avouer à l'instant et risquer d'être envoyé à Azkaban avant le lever du jour.
- Vraiment.
Potter le scruta encore quelques instants avant de se retourner vers son lit sans rien ajouter. Il comprit qu'il était tiré d'affaire lorsqu'il entendit la porte se déverrouiller. Il se précipita dans le couloir avant que Potter ne revint sur sa décision de l'épargner, et bouscula quelqu'un dans le couloir.
- Hé, fais gaffe, le furet ! grogna Weasley avec dégoût en frottant son bras là où Draco l'avait frôlé
C'était vraiment la dernière personne qu'il voulait croiser. Là où Potter avait été clément, Weasley agirait sans hésitation, pour bien moins. Draco marmonna des excuses et contourna le roux qui était accompagné de la Née-moldue, en se collant presque au mur pour ne pas les toucher. Leurs regards pleins de suspicions le suivirent jusqu'à ce qu'il atteignît les douches communes.
Heureusement pour Draco, il était seul. Il retira son peignoir et ses sous-vêtements avant de se cloîtrer dans une cabine. Il accueillit le jet d'eau chaude comme un soulagement. C'était son seul moment de relaxation, ses muscles se détendirent et ses angoisses furent emportées dans les canalisations. Il n'y avait plus de problèmes, plus de harcèlement, plus d'examens, plus de Potter. Juste son corps et la sensation du jet sur ses cheveux, son visage, sur sa peau.
Un peu plus calme, il passa ses mains sur sa gorge, puis sur sa clavicule, mimant inconsciemment les gestes que Potter avaient fait avec désinvolture. Il était tellement seul ces derniers temps qu'il savourait mentalement les rares contactes intimes qu'il avait partagé avec le Gryffondor. Ses ongles frôlèrent des points plus sensibles que d'autres et il ne put retenir un gémissement. Il tenta tant bien que mal d'éviter les coins érogènes de sa peau pour ne pas raviver les sensations. Il expira un grand coup avant de verser du gel savonneux parfumé aux baies de sureau. Il commença par ses bras, puis ses épaules. Il remonta vers sa nuque, et descendit sur son dos en se tortillant un peu. Il savonna rapidement son torse en serrant les dents, et continua sur ses jambes.
Alors qu'il pensait tenir bon, le dos de sa main frôla son pénis. Les images qui lui vinrent à l'esprit, en conséquence, suffirent à le durcir. Il soupira en se disant que de toute façon, il fallait bien qu'il nettoyât son entrejambe. Il encercla sa verge sans serrer, mais ça n'arrangea rien. Il était déjà excité, donc se toucher à moitié comme il faisait allait seulement le frustrer. Il resserra son étreinte en lâchant un gémissement. Mécaniquement, il commença par tirer d'avant en arrière.
- ahhh, putain, murmura-t-il en appuyant sur le bout avec son pouce
La lubrification était parfaite grâce au gel. Il accéléra les va-et-vient en s'adossant aux parois, concentrant toutes ses forces dans sa main droite. Avec sa main gauche, il caressa du bout du doigts ses testicules. Il recherchait désespérément la sensation que Potter lui avait procuré. Dans sa précipitation, il atteint le périnée.
- Hmm fit-il en enfonçant ses dents dans sa lèvre inférieure.
Sa main droite devenait presque invisible à la vitesse où il se branlait. Il se sentait venir, son excitation atteignait son paroxysme. Il haletait de plus en plus fort, les pics de plaisirs se multipliaient, mais il lui manquait quelque chose : le touché de Potter. Il savait que ses habitudes n'allaient plus suffire à le faire jouir, mais pas à ce point.
Soudainement piqué de curiosité, il récupérera un peu plus de savon avec sa main gauche qu'il approcha ensuite de sa raie. Il tenta d'abord d'imiter le mouvement qui l'avait fait atteindre l'orgasme la veille, il caressa le sillon, et ajouta de la pression lorsqu'il sentit que ça ne suffisait pas. Lorsque son majeur frôla le relief de son anus, il sut ce dont il avait besoin. Grisé par l'excitation et la frustration, il céda à ses plaisirs et appuya sur son muscle contracté. C'était étrange, contre-intuitif… jusque-là c'était le dernier endroit où il soupçonnait ressentir du plaisir. Toutefois, la nouveauté des sensations qui le parcouraient et le souvenir du passage de la verge de Potter le précipita vers l'orgasme. Malgré l'étau formé par ses muscles, le bout de son majeur parvint à pénétrer de quelques millimètres. La surprise mêlée à la douleur et la sensation d'avoir quelque chose en lui le firent éjaculer en lui arrachant un cri.
Lorsque sa vision s'éclaircit et que ses tremblements s'atténuèrent, il se rendit compte qu'il était à genoux sur le carrelage de la cabine de douche. Pendant un moment, il n'entendait que sa respiration et le jet de l'eau. C'est lorsqu'il reprit son calme, les muscles détendus, qu'il discerna un autre jet d'eau.
Complètement tétanisé il lui fallut quelques minutes pour comprendre les conséquences de la situation. Il avait été tellement engagé dans son activité qu'il n'avait pas entendu son voisin de douche entrer. Peut-être que ses bruits avaient été couverts par le jet d'eau ? Impossible, surtout avec le cri qu'il avait poussé en jouissant. Sentant l'angoisse l'envahir, il n'avait qu'une envie : ficher le camp. Il se rinça rapidement, et récupéra ses affaires de toilettes. Il décida que sa routine de soin devait passer à la trappe, parce que même si la personne qui était entrée dans les douches l'avaient entendu, le rideau avait été tiré tout le long. Draco pourrait garder son anonymat s'il déguerpissait assez rapidement.
Pour empirer sa situation, il se souvint qu'il n'avait pas sa baguette sur lui. Il devait faire vite mais aussi sortir au bon moment. En tira légèrement sur le rideau, l'oreille attentive au moindre mouvement. Jugeant que la voie était libre, il se précipita vers le banc où il avait déposé son peignoir pour l'enfiler et piqua un sprint vers la sortie en manquant plusieurs fois de se casser sa figure. Même s'il avait pris soin de garder la tête baissée pour dissimuler son visage derrière ses cheveux, ces derniers étaient malheureusement très reconnaissables. Toutefois, il espérait qu'il n'avait pas été aperçut car le bruit du jet d'eau se maintint tout le long de son escapade.
Lorsqu'il se retrouva dans le couloir vide, il se souvint qu'il partageait sa chambre avec Potter qui devait encore s'entretenir avec ses deux sangsues d'amis. Il soupira de frustration en décidant qu'il valait mieux qu'il entrât, trempé et à moitié nu, dans sa chambre encore peuplée, plutôt que de retourner dans la salle d'eau et risquer de se faire exposer de façon humiliante. Il colla son oreille contre la porte mais ne distingua aucun son rien ne garantissait qu'il fût seul, il avait très bien pu ériger un sort pour assourdir leur discussion. Draco se redressa et passa ses doigts dans ses cheveux histoire de ne pas trop ressembler à un chien mouillé. Il sentait déjà ses joues se réchauffer lorsqu'il se convainquit enfin d'ouvrir la porte.
La pièce était sombre et les rideaux du lit de son camarade de chambre complètement tirés.
