Chapitre 3 : Suspect numéro 1

Le professeur Binns flotta jusqu'au centre de la salle de classe. Sous le brouhaha des chuchotements à peine dissimulés, Draco crut l'entendre demander d'ouvrir le manuel au chapitre 47. Assis au premier rang, comme à son habitude, le Serpentard tenta tant bien que mal de noter assidûment tout ce qui se disait. Il n'était pas franchement intéressé par la 22e guerre des Gobelins, mais ses examens en dépendaient. Et il n'avait personne à qui parler. Son apparence concentrée lui permettait au moins d'écouter discrètement les ragots du jour. Il n'était au courant de rien ces temps-ci, à part lorsqu'on parlait de lui, parce qu'en général les coups suivaient l'information.

Dix jours s'étaient écoulés depuis le l'incident avec Potter, mais les commérages ne s'étaient pas calmés pour autant. Apparemment, les responsables étaient encore en liberté. La directrice McGonagall avait prévenu les Aurors qui avaient ouverts une enquête. Lorsque deux d'entre eux s'étaient pointés au château, Draco avait manqué de faire un infarctus en pensant qu'ils venaient l'arrêter. Même si son heure n'était pas encore arrivée, ils ne manquèrent pas de lui faire sentir l'hostilité qu'ils éprouvaient envers lui lors de l'interrogatoire qu'ils lui infligèrent en tant que camarade de chambre, et principal suspect du fait de son casier judiciaire. Ils avaient finalement cessé de le harceler sur les insistances de Saint Potter : apparemment, même un ex-Mangemort avait droit au bénéfice du doute quand les preuves manquaient.

- Qui crois-tu que ça peut être ?

- On raconte que la personne serait une Serdaigle. C'est la seule maison avec assez de connaissances pour monter un plan pareil.

- Tu crois ? Moi j'opterai plutôt pour les Serpentards, ils sont assez désespérés ces temps-ci, tu ne trouves pas ? Les familles de sangs-purs encore dans le viseur du Ministère s'efforcent de faire des dons à toutes les associations en rapport avec les Nés-moldus.

- S'ils pensent se racheter comme ça, ils n'ont qu'à me donner quelques sous, histoire que je me dégote un balai tout neuf !

- T'es vraiment un pourri, hein !

- Pas autant que les Malfoy ! Oh zut il est juste là ! Tu crois qu'il nous a entendu ?

Draco serra les dents, et repassa plusieurs fois sa plume sur les mots qu'il venait d'écrire. Ses notes n'avaient plus aucun sens.

- On s'en fou, répliqua son ami en s'esclaffant. Mais plus important, tu connais pas la dernière ?

- Quoi ? Aller dis-moi, tu fais chier avec tes devinettes !

- Deux mots : Rosetta Delcourt

- L'ex de Potter ? Qu'est-ce qu'elle veut encore ? Ne me dis pas qu'elle essaie de nouveau de mettre le grappin sur lui ?

- Dans le mille !

C'était vraiment parce qu'il n'y avait rien d'autre d'intéressant à faire que Draco continua d'écouter les faits divers de Poudlard. La fiabilité de leurs informations étaient telles que ces deux élèves pourraient rivaliser avec les torchons que pondaient quotidiennement Skeeter.

- Ça fait des mois qu'ils ont rompu ! Elle a eu sa chance, il faut qu'elle laisse la place aux autres maintenant. Qui sait, mon heure de gloire est peut-être arrivée ?

- Ha ! Tu rêves éveillé mon pote. Tu penses vraiment que Potter pourrait-être intéressé par un gars ?

Ensorcelé ? Certainement.

- Éveillé ou pas, j'aurai toujours plus de chance que toi, et sans pair de seins. Bref, revenons-en à notre chère Rosetta. C'est l'ensorcellement qui l'a fait revenir en rampant ?

- C'est ça, elle essaie de jouer la carte de l'empathie pour se rapprocher de nouveau de lui. Elle le suit comme un petit chien pour monopoliser son attention. Même Granger et Weasley ne sont pas aussi souvent avec lui.

- Elle est complètement désespérée. J'espère au moins qu'il en retire quelques avantages, si tu vois ce que je veux dire.

Pendant que ses deux camarades classes s'esclaffaient de nouveau, Draco pensa qu'ils n'avaient pas totalement tort.

Après avoir rompu avec la fille Weasley, Potter avait enchaîné les relations depuis le mois de septembre. Motivé par sa célébrité ou non (nul ne le savait vraiment), certaines avaient réussi à pénétrer dans le cercle fermé de Potter pour le séduire. En moyenne les relations avaient été assez courtes, allant de quelques jours à quelques semaines au grand maximum. Par ailleurs, la seule à avoir obtenu le titre de copine du Sauveur assez longtemps pour que son visage apparût sur la couverture de Sorcière Hebdo fut Rosetta Delcourt, étudiante de septième année fraîchement transférée de Beauxbatons, comme beaucoup d'autres élèves, pour cette année scolaire. D'une beauté conventionnelle, elle avait su attirer l'intérêt de Potter, non par des mièvreries, mais par ses capacités en duel et au Quidditch, à l'instar de la fille Weasley et de Cho Chang. Leur relation avait duré trois mois, et s'était terminée sur une rupture à l'amiable. Ainsi, il était étonnant de la voir revenir à la charge quelques semaines seulement après leur séparation, parce que oui, elle était partout où il allait, usant même de mièvreries, cette fois, pour le convaincre de reprendre là où ils s'étaient arrêtés. C'était comme si l'ensorcellement l'avait sortie de sa torpeur.

Enfin, ce n'était que l'avis de Draco. Il partageait la chambre du sujet des convoitises, donc avait passé assez de temps à observer les interactions de son camarade de chambre, dans la mesure du décent bien sûr, pour connaître ses habitudes. Delcourt ne lui avait jamais adressé la parole. Lorsqu'elle visitait Potter dans leur chambre commune, elle s'installait simplement sur le lit de son copain et tirait les rideaux pour leur procurer un semblant d'intimité. Par dépit, Draco ne quittait pas la pièce à ces moments-là, et se contentait lui aussi de se cloîtrer derrière ses rideaux, en invoquant une bulle de silence.

Comme pour porter malheur, lorsque Draco ouvrit la porte de sa chambre après le dîner, Potter et son ex (ou actuelle ?) copine se bécotaient sur son lit. Le jeune homme à lunette eu vaguement l'air gêné en apercevant le blond, mais Delcourt attrapa son visage pour qu'il se concentre de nouveau sur elle. Draco dut se mordre les lèvres pour se retenir de réagir. Habituellement, il était complètement indifférent aux activités de son camarade de chambre, mais en les apercevant s'embrasser et se caresser, il fut vaguement ennuyé. Il ne comprenait pas pourquoi cela le touchait cette fois. Potter pouvait bien fourrer sa langue où il voulait, ce n'était pas ses affaires, mais il n'avait pas intérêt à revenir vers Draco avec sa bouche souillée.

Contrarié par ses propres pensées, Draco posa ses affaires, ne garda que son manuel de transfiguration, puis s'en alla comme il était venu. En sortant il faillit bousculer la Née-Moldue. Il ne manquait plus que ça.

- Excuse-moi, souffla-t-il en la contournant.

Elle se contenta de hocher la tête, et Draco remarqua qu'elle s'apprêtait à toquer à la porte de sa chambre.

- Je ne ferai pas ça à ta place, se surprit-il à dire

Ils écarquillèrent les yeux en même temps, aussi étonnés l'un que l'autre de son intervention. C'était la plus longue phrase qu'il avait prononcé à son attention depuis...depuis... Il ne s'en souvenait même pas. Dommage qu'elle eût sonnée comme une menace, même aux oreilles de Draco qui se gifla mentalement. Le choc fut de courte durée, car la méfiance emplit son regard, il pouvait même la voir sélectionner mentalement le sort le plus douloureux à lui infliger si sa prochaine réponse ne lui convenait pas.

- Comment ça ? Lança-t-elle d'une voix dure

- A moins que tu ne veuilles voir ton cher Potter examiner les amygdales de sa copine avec sa langue, je te conseille de revenir un peu plus tard. Merlin sait que je regrette de ne pas avoir été prévenu.

Sa tentative d'humour la laissa de marbre, mais son conseil sembla la relaxer. Elle jeta un œil sur la porte, puis braqua son regard de nouveau vers lui. Se sentant scruté jusqu'au plus profond de son âme, il se balança sur ses pieds, ne sachant si la conversation était terminée ou non.

- Bon. Ça a été un plaisir, dit-il finalement l'air con en tournant les talons

- Attends, lança-t-elle, tu vas à la bibliothèque c'est ça ?

- En effet, répondit-il en agitant son manuel comme pour prouver sa bonne foi

- Génial, je t'accompagne alors, j'ai aussi besoin de bosser la Métamorphose.

Draco n'eût pas le temps de s'enfuir, parce qu'elle attrapa son bras et le traîna d'un pas assuré vers leur destination.

Il n'était pas très tard, la salle commune était encore peuplée d'élèves qui ne manquèrent pas d'exprimer leur étonnement au passage de l'ex-Mangemort et de l'héroïne de guerre. Draco n'y croyait pas lui-même. Il cherchait désespérément une excuse pour déguerpir au plus vite, mais en sentant l'étreinte de la jeune femme se resserrer autour de son bras, il comprit que toute tentative de fuite était vaine.

- Tout va bien Hermione ?

Finnigan était assis sur les genoux de Thomas, tous deux installés sur le gros fauteuil près de la cheminée. Il s'était adressé à la Gryffondor, mais ses yeux pleins de suspicions restaient fixés sur Draco. Les autres élèves se turent, sentant l'atmosphère tendue qui s'installait. Draco pouvait sentir leur regards voraces, avides de voir l'ex-Mangemort être humilié en public.

- Ça va merci Seamus, répondit calmement la sorcière, nous nous rendons simplement à la bibliothèque. Tu pourras prévenir Ron quand il aura fini d'aider Ginny, s'il te plaît ?

- Ça marche, accepta-t-il à moitié rassuré

Draco et la Née-Moldue reprirent leur chemin, tandis que les discussions s'enflammèrent dans la Salle Commune, ils en étaient sûrement le sujet principal. Draco trouva la situation affreusement dramatique : s'il y avait quelqu'un dont Seamus devait se soucier, c'était de Draco. Mais bon, il se doutait bien que le séjour forcé de son petit-copain dans les donjons du Manoir ne le poussait pas vraiment à éprouver une quelconque sympathie à son égard. Finalement, Draco décida qu'il ne s'en sortait pas si mal, après tout, la Née-Moldue avait bien voulu calmer les soupçons. Il ne restait plus qu'à comprendre ce qu'elle voulait de lui.

Les regards interloqués et méfiants les suivirent dans les couloirs. Assurée qu'il ne prendrait pas la fuite, elle relâcha finalement son bras. Il pouvait entendre leurs noms dans les chuchotements indiscrets des élèves qu'ils croisèrent sur leur chemin, certains même allaient jusqu'à pointer du doigt dans leur direction. Draco observa sa camarade de classe du coin de l'œil, elle demeurait imperturbable, sans doute habituée à ce qu'on parle d'elle à longueur de journée. C'était une célébrité après tout. Lui aussi d'ailleurs, mais du mauvais côté du spectre de la renommée.

Aucun d'eux ne prit la parole jusqu'à ce qu'ils pénétrèrent dans la grande bibliothèque. Heureusement pour eux, hors période d'examens, peu d'élèves fréquentaient l'antre de Madame Pince, à part les forcenés comme la Née-Moldue, qui venaient y étudier religieusement tous les jours de la semaine. Ils s'installèrent à une table vide près des rayons consacrés à la lecture moldue. Il ne savait pas si c'était sa façon de le tester, mais Draco jugea que c'était l'occasion d'y faire un tour, un peu plus tard, pour prendre de l'avance sur le programme d'Études Moldues, désormais obligatoire pour tous les élèves à partir de la première année, et de montrer patte blanche dans la foulée.

Draco posa son manuel de Métamorphose et vit sa camarade de classe l'imiter en sortant le sien d'un minuscule sac en bandoulière, grâce à un charme d'extension très efficace. Encore une compétence à ajouter dans la longue liste des raisons pour lesquelles Hermione Granger serait toujours une sorcière plus accomplie que lui.

- Alors, commença-t-elle en le faisant sursauter, as-tu trouvé quelques pistes pour le devoir de la semaine prochaine ou tu commences tout juste ?

Draco eut besoin de quelques secondes pour comprendre qu'il ne s'agissait pas d'un interrogatoire officieux, mais d'une question purement studieuse.

- Je... dit-il d'une voix faiblarde avant de se racler la gorge, j'ai fait quelques repérages à partir de la bibliographie qui nous a été fournie. La majorité des références les plus pertinentes avait déjà été empruntée, donc je prévoyais d'aller les acheter directement à la librairie de Pré-au-Lard ce week-end.

- Oh tu n'auras peut-être pas besoin de le faire, répondit-elle sincèrement intéressée par leur conversation avant de sortir la bibliographie en question. J'ai emprunté les livres de Mokins, Hupperburns et Burkhardt, ils sont suffisants pour réaliser la rédaction avec une ouverture bien complète. Je pensais les rendre aujourd'hui justement.

Mais qu'est-ce qu'ils foutaient là à discuter comme si de rien était ? Il s'était comporté comme un connard fini avec elle et ses amis depuis la première année. Malgré une guerre intervenue moins d'un an auparavant, où elle avait été torturée sous ses yeux par sa propre tante (rien que ça), elle était prête à lui filer un coup de main pour un devoir qui comptait pour un quart de la note finale de la matière ?

C'était sûrement un piège.

- Merci, murmura-t-il en fronçant les sourcils, j'imagine qu'il ne te manque plus qu'à rédiger au propre.

- Non, c'est déjà fait, répliqua-t-elle en secouant la main avec désinvolture

Draco posa ses mains sur la table et lissa plusieurs fois la couverture de son manuel en tentant de comprendre la situation. Elle l'observait avec le même regard calculateur que lorsqu'ils se tenaient dans le couloir du dortoir, plus tôt.

- Tu n'as pas besoin de bosser la Métamorphose.

- Pas pour le moment, non.

- Qu'est-ce qu'on fait ici alors ? Tu ne t'es pas exposée en ma compagnie juste pour m'aider à économiser quelques sous sur mon budget lecture, n'est-ce pas ? Ton petit-copain risquerait de faire une syncope s'il nous voyait.

- Ne t'inquiète pas pour Ron, il survivra, dit-elle distraitement en passant une main dans sa chevelure massive. Mais plus important, je suis surprise de constater que tu peux tenir une conversation civile aussi longtemps, avec moi qui plus est ! Je pensais que tu avais fait vœu de silence en guide repentance.

Il l'avait bien mérité. Même un connard réformé demeurerait toujours un connard aux yeux de ses victimes. Sa dernière conversation (et seule de l'année) avec Potter avait été catastrophique, il ne méritait aucune merci. Il déglutit plusieurs fois pour se préparer à ce qu'il allait dire, les mains crispées sur le bord de la table.

- Je suis désolé.

- Désolé pour quoi ? interrogea-elle du tac au tac, le visage fermé

D'un geste de la main, elle lança un sort de discrétion pour empêcher les oreilles baladeuses de capter leur conversation. Il n'y avait plus de retour en arrière pour Draco, il n'aurait peut-être pas d'autre chance de s'exprimer à ce sujet, et en voyant qu'elle était capable de lancer des sortilèges informulés, il craignait d'autant plus les conséquences d'une fuite intempestive. Il tenta alors de se remémorer ce qu'il avait écrit dans sa lettre d'excuses plusieurs mois auparavant.

- Je te demande pardon pour la façon dont je t'ai traitée depuis notre rencontre en première année, commença-t-il en tentant de soutenir son regard imperturbable, et pour tout ce que ma famille et moi t'avons fait subir directement et indirectement durant la guerre. Nous avons été odieux et cruels. Au nom de l'ensemble de la famille Malfoy, je te présente mes plus plates excuses et-

- Ça suffit, l'interrompit-elle agacée, je n'ai pas besoin que tu me récites un résumé boiteux de ta lettre d'excuses. Je n'ai pas non plus besoin que tu t'excuses au nom de ton père, de ta mère ou de ta tante, ils sont assez grands pour le faire eux-mêmes, non ? Bien sûr, ça c'est s'ils regrettent un jour tout le mal qu'ils ont fait autour d'eux, et je doute que ça arrivera de mon vivant. Ce que je veux de ta part en revanche, ce sont des excuses sincères qui ne se résument pas à une phrase vague qui sert à qualifier sept ans de harcèlement injuste et complètement gratuit

Draco détourna les yeux. La brutalité des vérités qu'elle lui crachait à la figure était dure à encaisser. Il savait que ça n'allait pas être facile, mais pas à ce point. C'était plus simple d'envoyer une lettre d'excuse générique pour s'empêcher de se remémorer les actes de malice qu'il avait fait avec enthousiasme pendant plusieurs années, que de s'excuser en personne. Mais au final, c'était la victime qui souffrait le plus. Il était temps de prendre ses responsabilités s'il voulait avancer. Les yeux toujours rivés sur les lignes présentes sur la table en bois massif, il reprit la parole.

- Je...J'ai eu tort de te traiter de...de « sang de bourbe » parce que tu es née d'une famille moldue. Je n'aurais pas dû t'appeler « Madame-je-sais-tout » lorsque tu connaissais plus de choses que n'importe qui d'autres dans la classe. Je regrette de m'être moqué de ton apparence, de ta famille et de tes amis. Je n'aurais pas dû croire en la supériorité des familles Sang-purs sur les autres sorciers, et sur les Moldus, et sur les Cracmols. J'aurais dû me rendre compte que ta simple existence réfutait tout ce que mes parents m'avaient inculqué, mais j'étais bête, jaloux et trop fier.

Il s'arrêta un instant pour s'assurer qu'il était sur la bonne voie cette fois. L'expression de la jeune femme restait imperturbable, mais elle ne l'avait pas interrompu cette fois.

- Je regrette d'avoir fait exécuter l'hippogriffe de...euh... du demi-géant

- Hagrid, précisa-t-elle, Buck va bien, Harry et moi avons réussi à le sauver au dernier moment.

- Bien sûr, tant mieux pour lui, commenta-t-il ne sachant quoi répondre d'autre à cette information. Quoi qu'il en soit je m'excuse quand même de l'avoir conduit à cette sentence.

Il ne put s'empêcher de repenser au coup qu'elle lui avait mis cette année-là. C'était bien mérité. Cette séance d'excuses avec exemple à l'appui était une vraie torture. Il avait du mal à se retenir de grimacer en se rappelant toutes les mesquineries qu'il avait commises. Il passa sa main sur son visage exaspéré, mais ne s'arrêta pas pour autant, car le pire était à venir.

- Je regrette d'avoir participé à l'effort de guerre du Mage...de Voldemort. C'est plus facile de le dire maintenant qu'il est mort, mais pour ce que ça vaut, sache que je l'ai regretté à la seconde où son tatouage maudit a été gravé sur ma peau. S'il n'avait pas pris mes parents en otage je...

Il secoua la tête, refusant de croiser le regard de sa camarade.

- Non, c'est sans doute une façon pour moi d'avoir l'espoir que je ne sois pas foncièrement mauvais, mais en réalité, je ne pourrai jamais te dire pour sûr quels choix j'aurais fait si mes parents n'avaient pas été dans cette position. Je ne cherche pas à diminuer la gravité de mes actes, mais saches que j'ai été baigné dans cette vision suprémaciste du monde toute ma vie. Il aura fallu qu'un psychopathe revendiquant ces idées me posent un ultimatum et que des gens se fassent torturer sous mes yeux (ses yeux se posèrent sur le bras de la Née-moldue malgré lui) et tuer devant moi pour me rendre compte que c'était la mauvaise voie. Et c'est bien dommage, car je ne peux rien y faire à part m'excuser encore et encore.

Il ne savait plus quoi dire. Les événements se mélangeaient dans sa tête, il ne savait pas pourquoi il en était venu à se confier sur son propre vécu pendant la guerre. C'était la dernière chose qu'elle voulait entendre. Il ferma les yeux et pris une grande inspiration.

- Écoute, ce que je raconte n'a peut-être pas beaucoup de sens, et j'ai sûrement oublié de mentionner plein d'autres comportements abjects..., reprit-il maladroitement et se força à la regarder droit dans les yeux cette fois. Tout ça pour te dire Hermione Granger, que je te demande pardon pour avoir manqué d'humanité à ton égard. Tu es quelqu'un d'exceptionnel qui a su vaincre l'adversité avec son intelligence et son talent. Quoi que j'aie pu dire et faire, tu es sans aucun doute la sorcière la plus brillante de notre génération. Prendre exemple sur toi m'aurait probablement permis d'être une meilleure personne, et d'éviter...tout ce qui est arrivé par ma faute.

Un long silence suivit ses paroles. Elle ferma les yeux pendant quelques instants comme pour assimiler les informations. Draco s'était mis à nu, avait tenté d'être le plus sincère possible, il se sentait vulnérable, et avait un début de nausée, mais une part de lui était fier de lui-même. C'était un pas en avant vers la personne qu'il souhaitait devenir, quelle que fusse la réaction de la Gryffondor. Ses mains étaient posées sur la table, il tortillait ses doigts dans tous les sens pour s'empêcher de se ronger les ongles. Une mauvaise habitude qu'il avait réussi à perdre à force des années. Et des menaces de son père aussi. Lorsqu'il vit les mains de la jeune fille se poser sur les siennes, il releva la tête surpris de constater que son visage s'était détendu, elle arborait même un semblant de sourire s'il regardait bien. Il ne pouvait s'empêcher de rester bouche-bée.

- Merci, dit-elle simplement

Il eut tout à coup la gorge serrée, sa mâchoire se contracta et il ferma les yeux pour s'empêcher d'éclater en sanglot. Putain de merde, il ne savait pas qu'il avait autant besoin que quelqu'un accepte sa sincérité. Que ce soit elle qui le fasse de surcroît fut la plus belle des récompenses. Son chemin vers ce qu'il espérait être la rédemption n'était pas complètement vain. Grisé par ses émotions, il retourna le geste de la jeune femme en serrant ses mains dans les siennes.

- Merci pour ces excuses sincères, reprit-elle sans retirer ses mains de son étreinte. Il me faudra quand même du temps pour te pardonner, mais je crois en ta sincérité.

- Merci c'est déjà plus que ce que j'avais imaginé, répondit-il en relâchant ses mains

Il tenta tant bien que mal d'atténuer sa déception, il se sentait un peu stupide d'avoir attrapé ses mains de manière aussi désespérées. Embarrassé, il sentait déjà ses joues se réchauffer.

- Jusqu'à maintenant je n'aurais jamais cru que t'entendre dire que je suis une sorcière brillante me ferait autant de bien, confia-t-elle gênée. Ne te méprends pas, j'ai conscience d'être douée, mais le fait que tu le confirmes a permis de rassurer une part de moi qui avait fini par assimiler toutes les remarques blessantes qui ont pu être dites à mon égard. Alors, je te remercie pour ça aussi j'imagine.

- Je t'en prie ? Répondit-il perplexe

- Il ne te reste plus qu'à prouver que tu as changé. C'est comme ça que je...que l'on finira par te pardonner. Ça sera un travail de longue haleine de déconstruire toutes ces valeurs toxiques qui t'ont été enseignées depuis ton plus jeune âge. Crois-le ou non, tu es aussi une victime de cette guerre, mais en ce qui concerne ce qui est de ta responsabilité, il va falloir nous montrer ta bonne foi sur le long terme.

Il savait déjà qu'il faudrait beaucoup d'effort pour qu'on lui fasse de nouveau confiance et qu'il intègre un jour la société en tant que citoyen lambda, mais il ne put s'empêcher de se sentir abattu. Il s'adossa à sa chaise en passant sa main dans ses cheveux.

- Je n'aurais jamais assez d'une vie pour me racheter, murmura-t-il en posant le dos de ses mains sur ses paupières

- Hé Draco ? Dit-elle en tapotant la table du bout des doigts pour attirer son attention

Surpris par sa soudaine familiarité, il rouvrit les yeux et posa ses mains sur ses genoux. Elle le contemplait avec une expression mêlant pitié et bienveillance. Draco essaya de ne pas être trop ennuyé.

- Je sais que c'est difficile pour le moment, surtout avec les autres élèves qui te harcèlent, commença-t-elle alors qu'il tentait de ne pas être complètement mortifié. Sache que je n'approuve pas ce qu'ils te font subir. Je...J'aurais dû intervenir plus d'une fois, et je suis désolée de ne pas l'avoir fait

- Ce n'est pas ta responsabilité, on croirait entendre Potter et son complexe du sauveur-

- Non, quand on voit une injustice, on se doit de faire son maximum pour l'arrêter, sans risquer de se mettre en danger, bien sûr. C'est ce qui me différencie de Harry.

Ils se mirent à rire malgré eux. Draco ne s'était jamais senti aussi léger depuis la sixième année. Rire avec quelqu'un, était si anodin, mais tellement satisfaisant mentalement. Il avait même oublié le son de son propre rire.

- Tout ça pour te dire, Draco, je ne te demande pas d'être une personne parfaite, ou d'oublier complètement ton passé pour devenir quelqu'un d'autre. Juste de faire de ton mieux, et tu seras pardonné plus vite que tu ne le penses, en ce qui me concerne.

Il ne savait pas si tous les Gryffondors avaient autant de merci qu'elle, mais il était content de s'être jeté à l'eau. Elle était véritablement une personne bienveillante, une qualité rare dans l'entourage de Draco. Il ne pouvait pas en dire autant de sa mère, même si Merlin savait qu'il l'aimait de son cœur. Lui qui avait été élevé avec l'importance de défendre ses propres intérêts avant tout, il considérait la bienveillance comme un concept étranger, mais bienvenu dans sa nouvelle quête de rédemption.

- Je peux t'appeler Draco, en fait ?

- Il est un peu tard pour que je t'en empêche, donc je suppose que oui.

- Tu peux m'appeler Hermione alors, conclut-elle en tendant sa main qu'il serra pour officialiser cette nouvelle appellation

Jusqu'à lors, il n'avait cessé de l'appeler par son statut de sang. C'était une mauvaise habitude qu'il devait perdre, car considéré une personne par un caractère aussi réducteur n'était plus possible pour lui s'il voulait ne plus y accorder d'importance. Toutefois, comme l'avait souligné...Hermione, c'était un travail de longue haleine. « Née-moldue » avait été un terme plus correct à employer pour l'empêcher d'utiliser le terme plus dégradant qu'il avait banni de son vocabulaire. Cette nouvelle appellation lui permettrait de passer un cap.

- Très bien, Hermione, confirma-t-il. En tout cas, je n'aurais jamais cru qu'une virée à la bibliothèque en ta compagnie finirait ainsi, mais je ne vais pas m'en plaindre, j'en suis reconnaissant même.

- En effet, ce n'était pas ce que j'avais en tête au départ, mais c'est une heureuse coïncidence. A vrai dire, je cherchais une occasion pour te parler de Harry.

Draco se pétrifia et Hermione ne manqua pas de le remarquer. Ses yeux analysèrent chaque réaction et chaque expression, jusqu'à ce qu'il parvînt à arborer un semblant d'impassibilité sur ses traits pour camoufler la panique qui l'envahissait intérieurement.

- A propos de quoi ? Demanda-t-elle d'un air qu'il voulait naturel

- De son ensorcellement.

Il ferma les yeux un instant, en réfléchissant à ce qu'il pourrait lui répondre, sans se refermer et passer pour un connard, comme il l'avait fait quelques jours plus tôt avec Potter. Ce dernier n'avait pas relevé, mais il doutait que cette stratégie pût fonctionner avec l'esprit vif de Hermione.

- Je doute que je te sois d'une quelconque utilité sur ce sujet, mais demande toujours

- Hum...Harry m'a rapporté votre discussion le jour suivant l'incident...

- Évidemment, ne pût s'empêcher de commenter Draco exaspéré

- Harry partage tout avec Ron et moi, expliqua-t-elle avant d'ajouter en voyant son regard plein de sous-entendus, dans la limite du décent bien sûr, ne sois pas ridicule.

- Ah, je suis ridicule maintenant ? De ce que je sais, ce qu'il s'est passé cette nuit-là n'avait rien de décent, si tu veux mon avis, il vous a parlé de ça aussi ?

- Et comment tu peux en être aussi sûr, tu y étais ?

Il manqua de s'étouffer, craignant d'avoir donné des détails incriminants dans sa tentative d'ironie.

- Bien sûr que non, assura-t-il du mieux qu'il put, Potter a sans doute oublié de le mentionner, mais j'étais occupé par... un autre ébat cette nuit-là.

- Hmm, ça explique les marques que j'ai pu apercevoir au niveau de ta gorge et clavicule le lendemain

Draco sentait qu'il ne parviendrait pas à la combattre, mais sa panique le poussa à s'entêter à croire le contraire.

- Exactement, affirma-t-il avec le peu crédibilité qui lui restait, Potter n'a pas été le seul avoir eu une nuit mouvementée, j'imagine.

- Sauf que c'était contre sa volonté dans son cas.

Cette remarque eu l'effet d'une douche froide. Il fixa la rangée de livres située derrière Hermione pour ne pas vomir toute la vérité sur le moment. Il n'avait pas...violé Potter, si ?

- Je n'ai rien avoir avec ça.

- Je n'ai pas dit le contraire, dit-elle simplement

Il décida de rassembler ses affaires. Cette conversation ne menait nulle part, où plutôt cette conversation le mènerait in extremis à Azkaban. Il était reconnaissant qu'elle ait accepté ses excuses, mais il ne pouvait risquer de lui avouer son implication dans l'incident. Potter était son meilleur ami, elle le tuerait avant même qu'il ait pu demander pardon cette fois. Au fond de lui, il savait qu'elle se doutait qu'il n'était pas complètement innocent. Elle se contenta de l'observer en croisant les bras, s'enfermant dans sa propre réflexion sur la situation. Manifestement elle n'avait pas dit son dernier mot, mais Draco décida de mettre fin à leur échange. Ça devenait une habitude.

- Bien. Ça a été un plaisir, commença-t-il en se levant avant qu'elle ne l'interrompît

- Je pense que dans cette affaire, il y a deux victimes.

Ils se fixèrent plusieurs secondes, comme dans une conversation silencieuse. Elle savait que c'était lui qui avait passé la nuit avec Harry.

- Avec qui as-tu passé la nuit Draco ?

Quand il ouvrit la bouche pour répondre, il eut l'impression d'être sous l'emprise de l'imperium. Il avait été souvent sujet à ce sort, donc il savait qu'en réalité, elle avait réussi à le pousser à la confession juste par son entêtement. Avant qu'il ne put dire quoi que soit, ils aperçurent une silhouette rousse au visage rougit de colère se diriger vers eux d'un pas agressif. Relâchant un long soupir, Hermione retira la bulle de silence, laissant le bruit pénétrer dans leur coin de la pièce.

- Qu'est-ce que tu fous avec elle, Malfoy ?

- Tu n'as qu'à lui demander, je m'en allais justement, dit-il en saisissant sa chance de déguerpir

Il n'aurait jamais cru qu'un jour il serait reconnaissant de la présence d'un Weasley.

- Ron, il n'a rien fait de mal, ne soit pas excessif

- Non, Hermione, tu sais très bien de quoi est capable cette saleté de furet. La preuve, il a profité que je passe la soirée à aider Ginny sur ses stratégies de Quidditch pour te manipuler !

- Tu te souviens de ce que je t'ai dit à propos des conclusions hâtives ? Parce que ça en est une justement, et ta réaction est complètement démesurée. Attends Draco, ne t'en vas pas tout de suite, Ron va se calmer et nous allons poursuivre notre conversation, comme les personnes civilisées que nous sommes, n'est-ce pas ?

Son ton était catégorique, mais ça n'empêcha pas ses mots d'horrifier le Gryffondor autant que Draco qui répliquèrent en même temps :

- Tu l'appelles par son prénom maintenant ?

- Je ne préfère pas m'exprimer sur ce sujet en sa compagnie.

L'expression offusquée de Weasley lui procura une certaine satisfaction. Il en profita pour clore une bonne fois pour toute leur conversation et annoncer son départ.

- Ça a été un plaisir de discuter avec toi, Hermione. Sur ce, je te souhaite une bonne soirée, déclara-t-il avant de hocher la tête vers le Gryffondor pour faire preuve d'un semblant de politesse, Weasley.

Lorsqu'il quitta la pièce il vit Madame Pince se diriger vers la table dont il venait de s'éloigner, furibonde. Il était vraiment parti au bon moment.

Il se dépêcha de rebrousser chemin vers la Salle Commune, s'il allait assez vite, il parviendrait à atteindre sa chambre avant que les deux Tourtereaux ne le rattrapent. Plus qu'une altercation avec Weasley, il craignait que Hermione n'arrivât à lui tirer les vers du nez. Heureusement pour lui, les couloirs étaient presque déserts du fait de l'heure tardive. Il reçut quelques insultes et échappa à deux croche-pattes, mais rien de majeur qui put le ralentir. Il arriva saint et sauf dans la Salle Commune où quelques huitième année traînaient encore. Il prit les marches qui le conduisirent au dortoir des garçons, deux à deux, puis s'arrêta devant la porte de sa chambre.

Il espérait que Potter et sa dulcinée avaient conclu leurs affaires parce qu'il n'avait pas l'intention de leur laisser plus de temps, surtout quand Hermione était sûrement encore à ses trousses. Craignant de voir quelque chose de traumatisant, il hésita même à toquer avant d'entrer, mais se ravisa. Il n'allait pas demander la permission d'entrer dans sa propre chambre tout de même, et il avait été assez généreux de leur avoir laissé un peu d'intimité.

Il ouvrit la porte d'un geste brusque pour assumer son entrée en tant que maître des lieux. Il regretta presque immédiatement de ne pas avoir frappé. Delcourt était en train d'agrafer son soutien-gorge, dos à la porte, uniquement vêtue de sa jupe d'uniforme. Elle jeta un coup d'œil par-dessus son épaule, mais ne sembla pas se soucier de le voir alors qu'elle se rhabillait. Draco était plus perplexe que gêné de la voir enfiler ses vêtements en prenant tout le temps du monde. Décidé à l'ignorer autant qu'elle l'ignorait, il posa son manuel sur son bureau et décida de récupérer ses affaires de toilettes. Lorsque l'odeur de sexe envahit ses narines, il comprit qu'il aurait mieux fait de rester avec les deux Gryffondors à la bibliothèque. Le mélange de transpiration et d'autres odeurs corporelles dont Draco ne voulait pas connaître l'origine, lui retourna l'estomac . Il eut un haut-le-cœur et dû plaquer sa main sur sa bouche en se retenant sur le dos de sa chaise pour s'empêcher de vomir.

Ils n'avaient même pas eu la décence d'aérer la pièce ! L'odeur était si forte qu'il se demanda s'ils n'étaient pas allés baiser dans tous les coins de la pièce. Il inspecta son bureau avec un air suspicieux, avant de se ressaisir et se précipiter vers la fenêtre dont il ouvrit les deux portes. Draco n'avait pas beaucoup d'expériences en relations sexuelles, mais il savait qu'un sort pour rafraîchir l'air n'aurait pas suffi. Il espérait aussi que sa réaction fasse ressurgir la pudeur qui manquait à la jeune femme encore à moitié nue.

- T'as peur que l'odeur t'excite ? Dit-elle d'une voix rauque et railleuse

Il ne put que la dévisager, complètement scandalisé et écœuré.

- Il va falloir tu t'y habitues, fanfaronna-t-elle en caressant sa gorge enrouée par les cris qu'elle avait dû émettre avec exagération pour convaincre Potter de ses talents au lit, ou que tu te trouves une autre chambre. La deuxième option m'arrangerait bien.

- A moi aussi, répliqua Draco sèchement, mais on ne peut pas tout avoir. Sinon il y a les chambres d'hôtels, ou les ruelles sombres si ça t'arrange aussi.

Il eût à peine fini sa phrase qu'il fut percuté par un maléfice cuisant au visage qui le fit presque passer par la fenêtre. Il se retint au dernier moment à l'encadrement, et agrippa en jurant sa joue douloureuse qui commençait à enfler. Il était quand même fier de sa remarque, elle ne lui enlèverait pas ça.

- Sous-merde, cracha-t-elle sans grande répartie

Elle rangea sa baguette dans la poche de sa jupe, enfila un des t-shirts trop larges de Potter, recoiffa ses cheveux coupés courts et s'en alla en laissant la porte grande ouverte. Draco toisait la chemise qu'elle avait laissé aux pieds du lit de son camarade de classe, lorsque ce dernier arriva à son tour, une serviette autour de la taille. Draco leva les yeux aux ciel, exaspérés que le concept de « pudeur » soit aussi peu répandu chez les jeunes, et que même s'il n'était pas vraiment d'humeur, la vue du torse nu de Potter ne le laissait pas du tout indifférent. Quelques semaines auparavant, il n'aurait pas battu un cil en le voyant, parce qu'après plusieurs années à Poudlard, voir ses camarades à moitié ou complètement nus était monnaie courante. Toutefois, depuis l'incident, chaque parcelle de peau révélée lui rappelait leur nuit torride. En ce sens, il n'était pas incohérent qu'il ait du mal à détacher son regard d'un tel spectacle. Sa poitrine tonique et son torse vaguement musclé encore humide, avec les tétons apparents ne le laissaient pas de marbre. Plusieurs gouttes d'eau ruisselaient sur sa peau sombre, et se piégeaient dans les quelques poils qui dressaient un chemin vers-

- Tu veux ma photo ?

- Non, je te vois assez souvent comme ça. Sinon, ça t'arrive de t'habiller ou tu développes une nouvelle passion pour l'exhibitionnisme ?

- Et toi, ça t'arrive de ne pas te comporter comme un connard ou t'es juste né comme ça ?

Cette journée était vraiment interminable. Il décida d'ignorer Potter et sa propre érection en cours pour récupérer de la pommade à appliquer sur son visage. Ça allait au moins prendre deux jours pour guérir. Cette connasse n'y était pas allée de main morte.

- Où est passé mon T-shirt de pyjama ?

- Demande à ta copine kleptomane.

Sur ses mots il prit ses affaires de toilettes et quitta la pièce.