Chapitre 7 : Jeu de mains, jeu de vilains

- Mais si, regarde-le, quand on y fait attention, ça a du sens toute cette histoire.

- Humm… maintenant que tu le dis, avec ses longs cheveux et ses vêtements ajustés, ça saute aux yeux.

Draco serra si fort sa plume qu'il manqua de la briser. S'il continuait comme ça, il devrait se rendre à Pré-au-Lard en urgence pour renflouer le stock. Pour un vendredi soir, la bibliothèque était très peuplée, et très bruyante. Une première depuis la prise de poste de Madame Pince qui ne semblait pas pressée d'interrompre les messes basses. Il la voyait passer de temps à autres dans les rayons près de la table où se situait Draco, comme si elle le surveillait. Apparemment, les rumeurs du moment le rendait d'autant plus suspect à ses yeux.

Draco pensait sincèrement qu'après les harcèlements, les humiliations et le quart d'heure de torture sous le regard scrutant de McGonagall, entendre les remarques désobligeantes des autres élèves serait le dernier de ses soucis, mais plus le temps passait, plus sa patience s'affinait. Il était sur le point d'exploser à chaque instant de la journée. Le moment où cela arriverait, il ne pourrait garantir son avenir à Poudlard, ni en tant qu'homme libre.

Les deux élèves qui discutaient sans la moindre discrétion de son orientation sexuelle, en se basant uniquement sur la déclaration publique d'un autre garçon et à laquelle il n'avait même pas répondu, avaient eu la bonne idée de s'installer juste en face de lui, sur la même table de travail. C'était le genre de respect qu'on lui accordait ces derniers temps …

- Hé !

Draco toisa sa dissertation de Métamorphose jusqu'à ce qu'elle lui fût brusquement arrachée des mains. Il releva la tête furieux de voir le devoir sur lequel il avait passé les deux dernières heures écrabouillé dans la sale main d'une pernicieuse Gryffondor dont l'audace le dérangea moins que son jeune âge. Était-il aussi exaspérant à quatorze ans ? Probablement.

- Rends-moi ça, ordonna-t-il excédé de devoir adresser la parole à des enfants.

- Euh, je ne pense pas, non, répliqua-t-elle d'un air supérieur, une expression que Draco ne connaissait que trop bien. T'es vraiment homo ou c'est juste une mise en scène pour nous détourner de ton passé de Mangemort, le Mangemort ?

- Ta vie est si peu intéressante que tu passes ton temps à te mêler de la mienne ? Rends-moi mon parchemin et va jouer ailleurs.

Manifestement vexée, elle jeta la boule de parchemin en visant sa tête, il évita de justesse. Son copain ne sembla pas apprécier non plus, il pointa sa baguette dans sa direction.

- Je ne serais pas aussi prétentieux si j'étais toi, lâcha-t-il d'une voix en pleine mue, tu sais ce que tout le monde dit derrière ton dos ?

- Je suis censé en avoir quelque chose à foutre ? Demanda Draco d'une voix traînante.

- On dit que t'étais la pute de service, que tu écartais les cuisses pour tous les Mangemorts, et ouvrait la bouche pour soulager Dolohov, Greyback et Tu-sais-Qui lui-même lorsqu'il avait pitié de tes avances pathétiques-

- Ferme ta grosse gueule, le boutonneux, si c'est pour dire des choses plus répugnante que ta sale tronche.

Ces petits cons avaient de la chance que Draco n'eût pas pour projet de se rendre à Azkaban de si tôt. Dans le cas contraire, il n'aurait pas hésité à leur faire manger leurs cheveux. Façon moldue. Par ailleurs, il était beaucoup trop occupé à se retenir de vomir face à de telles ignominies pour réfléchir à un moyen de mettre son plan à exécution.

- Pourquoi t'es sur la défensive ? Reprit la fille en voyant Draco perdre son calme. C'est parce que c'est vrai, hein ? Se faire prendre par des criminels aussi tordus que toi, c'était un fantasme qui devenait réalité. Pourquoi le nier-

- C'en est assez ! Retentit soudainement la voix de Mme Pince en tapant son poing sur la table

Ils sursautèrent tous les trois face à l'intervention de la bibliothécaire qui semblait ne pas avoir manqué une miette de leur échange houleux. A la grande surprise de Draco, elle foudroyait uniquement les deux adolescents du regard.

- Vous n'avez pas honte de dire des choses pareilles ? Déguerpissez immédiatement de ma bibliothèque. Nous verrons ce que la directrice pense de vos graves accusations.

Tous les yeux étaient braqués sur leur table et les chuchotements vrombissaient. Toute l'école n'allait pas tarder à être au courant de cet incident. Complètement mortifiés, les élèves se précipitèrent en manquant de tomber à la renverse.

- Vous nettoyer la bouche, une centaine de fois au moins, ne sera pas du luxe ! Lança Mme Pince avant qu'ils ne disparurent.

Elle se tourna finalement vers Draco qui se raidit en appréhendant son sermon : ses remarques n'avaient pas été édulcorées non plus, et au vu de sa réputation, les adultes du château n'avaient jamais besoin d'un prétexte pour le remettre à sa place.

- Je suppose que c'est à vous ? Dit-elle en lui tendant son parchemin froissé.

- Merci, répondit Draco toujours méfiant.

Il enfonça ce qui restait de son devoir au fond de son sac à bandoulière qu'il passa sur son épaule. C'était une situation assez étrange, mais Draco n'allait pas cracher dans la soupe.

- Je, commença la bibliothécaire avant de reprendre avec plus d'assurance, j'ai entendu parler de votre situation, vous savez, avec votre amant.

Ça aurait été difficile d'en faire abstraction étant donné le spectacle que cela avait causé au moment du dîner, devant toute l'école. Décidément, que ce fût de la part des élèves ou des professeurs, Draco n'échapperait jamais aux remarques. Même les Elfes de Maison étaient au courant. C'était un miracle que Peeves ne l'eût pas déjà pris pour cible.

- Il n'est pas mon amant.

- Oh, j'imagine que les circonstances de sa déclaration ne vous ont pas poussé à débuter une relation durable.

Un silence suivit ses mots. Draco toisa la table en tentant de comprendre ce qu'il se passait. La sortie n'était qu'à quelques mètres, mais il sentait que la conversation n'était pas terminée, du côté de Madame Pince bien sûr. Finalement, les deux adolescents avaient été plus chanceux que lui.

- Tout ça pour dire que si vous souhaitez discuter ou simplement vous renseigner sur le sujet des relations homosexuelles, conclut-elle avec un regard indulgent, les portes de la bibliothèque vous seront ouvertes.

Elle s'en alla sur ses mots, sans doute pour lui laisser le temps de se remettre de son choc. De toutes les personnes qu'il aurait pu imager prendre sa défense un jour, Mme Pince n'était même pas la dernière tellement elle n'avait jamais traversé son esprit. De là à ce qu'elle proposât même son antre comme refuge, à lui, ex-Mangemort aux mœurs légères ? C'était hallucinant. Il la suivit du regard jusqu'à ce qu'elle disparût de nouveau derrière les rayons. Draco était aussi étonné que les autres élèves alentours, mais il était quand même un peu touché que sa situation calomnieuse ne laissait pas tout le monde complètement indifférent. Ses motivations étaient peu claires, mais tout de même louables.

Sous l'égide de l'autorité des lieux, Draco conclut qu'il ne trouverait pas meilleur endroit pour terminer ses devoirs tranquillement. Personne ne vint l'importuner, les quelques sans cervelles qui s'y risquèrent furent immédiatement conduits à la sortie par les regards insistants de Madame Pince. Isolé de tous, mais avec un sentiment de sécurité, Draco ne s'était jamais senti aussi serein depuis septembre. Il avait déjà fini la majorité de ses travaux lorsque la bibliothécaire signala le couvre-feu et invita les élèves encore présents à quitter les lieux en vitesse. Avec regret, le Serpentard attendit le dernier moment pour rassembler ses affaires et se lever. Il redoutait déjà les emmerdes qui l'attendaient patiemment de l'autre côté de la porte.

- Monsieur Malfoy ?

Il se dirigea vers le comptoir de prêt d'où elle lui faisait signe d'approcher. Draco se prépara mentalement à une nouvelle conversation gênante. Il lui devait bien ça. Elle inspecta les alentours pour s'assurer qu'ils étaient bien seuls. Satisfaite, elle sortit d'un tiroir de son bureau un livre à la couverture bleue et au titre changeant : 1000 façons de cuisiner sous la mer se transforma en La signification des couvre-chefs à travers les âges. Les ouvrages dont le contenu devait être dissimulés n'étaient jamais de bonne augure.

- J'ai remarqué que ces derniers temps, vous vous intéressiez à un nouveau type de lecture, hum... extra curriculaire…

Il aurait dû se douter que la surveillance qu'il subissait dans le cadre de sa probation, s'étendait même à ses lectures. Qui savait ce qu'il pourrait trouver dans la bibliothèque d'une école, où l'achat d'ouvrage devait être approuvés par une commission ? Peut-être un livre qui lui permettrait de ressusciter le Mage Noir ? Pff. Comme si Draco n'avait pas appris la leçon.

- Rassurez-vous, ce n'est pas le genre de lecture qui vous apportera des ennuis, ajouta-t-elle cryptique. Au contraire, je souhaite aider au maximum les élèves qui veulent se renseigner sur la sexualité. C'est un sujet tabou qui est transmis de bouche à oreille de manière vulgaire et archaïque dans les environnements scolaires comme celui de Poudlard, ce qui est plutôt dommage compte tenu du faite que les parents d'élèves ont catégoriquement refusé même l'ajout ponctuel d'un cours d'éducation sexuel dans les emplois du temps…

Plus les minutes passaient, plus Draco se sentait mourir de honte. C'était bien pire que de se faire accuser de détenir des ouvrages illégaux. Il ne se considérait pas comme quelqu'un de prude, surtout après la performance qu'il avait réalisé avec enthousiasme face à son camarade chambre. Mais devoir en discuter avec un vrai adulte, c'était une autre paire de manches. Il se sentait comme lorsque son père l'avait pris à part, l'été de ses treize ans pour lui expliquer son principal devoir en tant que seul héritier de la Maison Malfoy. Draco n'avait pas attendu cette discussion pour se renseigner, mais recevoir de manière « officielle» ce savoir, n'était pas un moment de plaisir, pour aucun des partis.

- Finalement, poursuivit-elle en soupirant, la seule tolérance qui nous a été accordée est la mise à disposition d'articles et de livres sur le sujet dans la bibliothèque. Bien sûr, peu d'entre vous le sait, mais lorsque vous cherchez à vous instruire de votre propre chef, il est de mon devoir de vous aider. C'est pour ça que je me permets de vous confier cet ouvrage, dont la couverture discrète vous permettra de vous éduquer sans complexe.

S'il avait pu bénéficier de cet accompagnement plus jeune, il n'était pas sûr que cela aurait beaucoup servit, compte tenu des missions peu légales qu'il avait dû accomplir. Tout de même touché par la démarche, il prit le livre qu'elle lui tendait, il feuilleta rapidement pour voir ce dont il s'agissait réellement. Lorsqu'il aperçut un condensé de positions acrobatiques, très explicites et en mouvance, il referma l'ouvrage précipitamment.

- Vous êtes sûre que c'est une bonne idée de confier cela à un élève, le contenu est très… hum… imagé.

- Le contenu dépend des informations que vous souhaitez obtenir, personne d'autre que vous ne pourra savoir ce que vous lisez. Tant que vous êtes enregistré comme emprunteur dans mon registre de prêt, bien sûr.

Ce n'était pas très rassurant de savoir que Draco était tellement obsédé par le sexe que les seules renseignements qu'on lui renvoyait était les différentes positions possibles pour baiser. Les joues écarlates, il se demanda sérieusement s'il était possible de littéralement mourir d'embarras. Madame Pince ne sembla pas le moins du monde gênée par la discussion, elle poursuivait son explication du livre intuitif sur un ton pédagogique et sans une once de jugement.

Draco n'avait personne vers qui se tourner pour discuter de sa vie sexuelle naissant à peine et déjà exposée devait toute l'école, sans qu'il n'eût pu l'accepter au fond de lui. Jusqu'à cette année, il avait pour projet de se marier et d'avoir des enfants, mais depuis quelques semaines il ne savait même plus s'il était attiré par les femmes, ou s'il l'avait été un jour. Son adolescence tronquée pour servir la cause d'un meurtrier de masse, ne lui avait pas franchement permis de se poser des questions.

Il aimait se faire du bien seul, il avait adoré être dans les bras de Potter, ressentir toutes ces émotions, ces sensations, la douleur mêlée au plaisir. Il avait tout aimé. Sauf qu'une part de lui avait encore honte de s'être abandonné, d'avoir lâché prise, de s'être autant dévoilé. Il se sentait sale d'avoir écarté les jambes pour Potter, d'avoir présenté son cul comme une vulgaire catin sans dignité, de s'être laissé pénétré, et d'avoir aimé chaque seconde de leur rapport, chaque goûte de sperme que Potter avait relâché en lui et que Draco avait léché. Sur le moment ça avait été le meilleur moment de sa vie, de partager une telle intimité avec quelqu'un, avec Potter. Il s'était senti vulnérable, il s'était senti accepté, il s'était senti attirant.

Tout ce qu'il avait fait avec enthousiasme, tous les fantasmes qu'il avait exécuté sans hésitation, comme une seconde nature, de manière indécente, et inconcevable pour un Malfoy, c'était tout ce que les autres critiquaient. Il était tous ce qu'ils disaient, un sac à foutre, un enculé, une sale pédale.

Il n'avait pas pensé à tout cela quand il s'était donné à Potter, lorsqu'ils s'étaient donné l'un à l'autre. Il n'avait pas eu honte. Tout ce qu'on lui reprochait d'avoir fait, toutes ces insultes et paroles blessantes faisaient références à des choses qu'il avait fait avec passion. Les remarques et les regards pleins de jugement des autres lui rappelaient la réalité de leurs actes, dont il avait désormais si honte, pas seulement parce qu'il les avait accomplis, mais parce qu'il en avait encore envie. Il perdait la tête à cause de cette contradiction, de ce mélange de déni, de culpabilité, de frustration et de dégoût.

Il ne confirmait ni ne niait les rumeurs, les avis étaient déjà faits de toute façon. Il ne savait pas où il en était lui-même. Les journaux avaient été impardonnables, de ce qu'il avait entendu. Sa mère en maison d'arrêt n'avait envoyé aucune missive, et il en était à la fois soulagé et déçu. Au milieu de cette hostilité quotidienne, il pouvait s'accrocher ponctuellement à l'indifférence de certains, les regards de pitié encore plus rares, faute de mieux, et la sincérité de l'approche de la bibliothécaire, qui était plus que bienvenue.

Il doutait que ce livre intuitif était la solution à ses problèmes existentiels, mais il apprendrait sûrement de nouvelles techniques pour se soulager, au moins.

- Vous pourrez l'emprunter pour trois semaines, et exceptionnellement le renouveler trois fois au lieu des deux fois réglementaires.

- Entendu, murmura-t-il la gorge serrée, merci.


Il ne marchait que depuis quelques secondes, en direction des quartiers des huitième année, lorsqu'il sentit quelqu'un passer son bras autour de ses épaules.

- Coucou toi, je te cherchais justement.

- Pas moi, rétorqua Draco en se détachant de l'étreinte.

Étant donné l'heure tardive, les couloirs étaient presque vides. Les quelques retardataires irrespectueux du couvre-feu leur jetèrent des coups d'œil curieux qui donneraient naissance à de nouvelles rumeurs plus sordides que les précédentes.

- Ne sois pas si froid Draco, dit Adam en remettant son bras en place, je voulais juste te voir, est-ce un crime ?

- Je t'ai déjà dit que je n'étais pas intéressé par tes avances, donc oui, me harceler comme tu le fais peut être considéré comme un crime.

- Ahh, soupira-t-il, un sens de l'humour sec et cynique, comme je les aime.

Draco ne daigna même pas répondre. Il pressa le pas en ignorant du mieux qu'il put le monologue de l'autre sorcier qui ne semblait pas dérangé par le fait de faire la conversation seul. Depuis qu'ils avaient été convoqués dans le bureau de la directrice, où il avait assuré la véracité de ses sentiments et la sincérité de ses intentions, sans Veritaserum rien que ça, Adam s'était auto-proclamé amant de Draco Malfoy, ex-Mangemort aux tendances dépressives, dont le passé peu glorieux et le casier judiciaire déjà bien rempli avaient poussé le jeune désœuvré à vendre son cul au plus offrant. La partie où Draco avait refusé ses avances ne semblait pas faire partie de la fiction qu'il vivait en direct au quotidien.

Sans doute charmée par ses capacités d'orateur autant que son joli minois (n'importe qui avec des yeux pouvait le voir, même Draco ne pouvait le nier), le Professeur McGonagall avait décidé de lui accorder le bénéfice du doute. Après tout, cette amourette inter Maisons allait de pair avec ses projets de fraternité et de solidarité, qu'elle prônait depuis que les élèves étaient arrivés au château. Un exemple concret d'une relation (plus charnelle que fraternelle, certes) réussie entre un Pouffesouffle et un Serpentard, ex-Mangemort en plus de ça, serait la quintessence de cette ère de paix qui s'annonçait. À Poudlard du moins. Supposément.

Draco n'aurait jamais pensé que l'ancienne professeure de Transfiguration pût être du genre poétique, avec son chignon serré, son ton catégorique et son regard autoritaire. Mais c'était une Gryffondor après tout. Ou peut-être qu'elle n'avait pas assez de preuve contre Adam pour l'accuser d'un quelconque délit. Malgré son Grand-Ordre de Merlin, elle ne pouvait pas empêcher un homme d'aimer. Enfin, quoi que fût sa réelle opinion sur la situation, Draco avait vu des réactions bien plus imprévisibles. Comme celle d'une certaine bibliothécaire…

Il arriva finalement devant la peinture du Saule Pleureur. Il remarqua qu'Adam s'était tut, sans doute pour écouter le mot de passe qui lui permettrait de squatter la Salle Commune des huitième année. Draco se pencha si près de de la toile qu'il la frôla du bout du nez. Aucune chance qu'il laissa échapper une information aussi importante, surtout si c'était le dernier rempart entre le Pouffesouffle et une nuit de lecture fort intéressante qui se préparait. En solo.

Assuré de ne rien laisser paraître, il chatouilla du bout des doigts deux endroits stratégiques de la toile. Les longues lianes de l'arbre se mirent alors à briller et à frémir avant de se pencher vers la droite en même temps que la porte s'ouvrit. Il se glissa en vitesse, mais le Pouffesouffle eu le temps de coincer son pieds.

- Attends Draco, dit-il sur un ton sérieux.

- Quoi encore ?

- Tu ne prends peut-être pas ça au sérieux, mais tu me plais vraiment.

Qu'est-ce qui lui prenait soudainement de remettre ça sur le tapis. Draco entendit quelques hoquets de surprises provenir des portraits alentours, dont le loisir était d'écouter et répandre les bruits de couloirs. Il jeta un coup d'œil derrière lui pour s'assurer qu'il était bien dissimulé dans l'entrée qui séparait la porte de la Salle Commune proprement dite.

- Je t'ai déjà dit que c'est impossible, tu perds ton temps, siffla-t-il à voix basse et à l'affût des oreilles baladeuses.

- Je sais que mon comportement d'avant t'a refroidi, et je ne pourrais jamais assez m'excuser mais...laisse-moi une chance, j'ai vraiment envie que ça marche entre nous.

L'expression peinée qu'il arborait culpabilisa Draco qui était à deux doigt de lui claquer la porte au nez. D'aussi loin qu'il pût se rappeler, Draco n'avait jamais été amoureux. Il avait pu trouver quelques personnes attirantes, sans pour autant entrer dans la zone de l'amour, qui restait une notion inconnue et surtout futile aux yeux d'un Malfoy dont la principale tâche était de poursuivre la lignée la plus pure qui qui fût. Toutes ses relations s'étaient formées par intérêts, et dans ce cas précis, Adam n'avait strictement rien à en retirer. Draco non plus, d'ailleurs.

- Pourquoi ? Interrogea-t-il en entrant dans son jeu.

Il s'accrochait à son scepticisme comme il agrippait le cadre de la porte. Une part de lui refusait de croire que quelqu'un pût sincèrement avoir des sentiments envers lui, compte tenu de son parcours peu louable, mais une autre part s'était laissée séduite par l'idée que l'on pût être attiré par lui, même au fond du gouffre, car si ce n'était pas une preuve d'amour sans faille, il ne savait ce qui pourrait l'être. A part bien sûr, si tout cela faisait partie d'un plan machiavélique qui finirait par achever Draco pour de bon. Cet intérêt sorti de nulle part le poussait à croire en cette dernière option.

- Honnêtement, je ne pourrais pas te dire, dit-il en se frottant la nuque, un geste qui ne manqua pas de lui rappeler les mimiques d'un certain Gryffondor.

- Ça ne va pas me convaincre ça

- Ce que je veux dire c'est que… bizarrement à force de te voir dans les couloirs, seul et silencieux j'ai fini par être attiré…, avoua-t-il avec un sourire presque affectueux.

- C'est me voir me faire harceler qui t'a charmé ? Dit-il en essayant de rester désinvolte.

- Je ne vais pas mentir, j'ai participé plus d'une fois à...te rendre la vie dure, mais en t'observant aussi souvent, j'ai fini par remarquer, la façon dont tu marchais, ta posture fière, même dans les situations les plus humiliantes, ton apparence toujours soignée, tes cheveux brillants, tes yeux perçants et tes lèvres pulpeuses...

C'était sûrement son manque d'affection qui lui jouait des tours, ou la manière dont Adam le déshabillait du regard, qui empêcha Draco de se rendre compte qu'il s'était discrètement approché de lui. Adam s'arrêta lorsque son visage était à quelques centimètres du sien. Il sentait presque son souffle sur sa peau, et il pouvait discerner l'effluve boisée de son eau de Cologne, et autre chose de familier aussi. Draco se rendit alors compte qu'il y avait un homme si près de lui qu'il sentait presque la chaleur émanant de son corps. Un homme d'apparence plaisante qui était attiré par Draco, ex Mangemort et paria de la société, en cours de probation et exposé à un harcèlement quotidien. A ce moment-là, son cœur battait tellement fort qu'il n'entendait plus ses propres suspicions. Qu'est-ce qui lui arrivait ?

- Me laisserais-tu une chance de découvrir ce que dissimule cette carapace immaculée ?

Draco resta hébété. C'était étrange, c'était nouveau, c'était inconnu, et c'était surtout grisant, cette idée qu'il pouvait plaire à quelqu'un, malgré lui, sans effort, sans avoir besoin d'être influent, d'être froid, cruel, d'être un Malfoy. C'était irréel. Ses mains étaient moites, et ses joues écarlates. Il avait peur de recevoir ces sentiments, de croire en leur véracité, mais en même temps il avait hâte. Il voulait voir ce que cela ferait de savoir qu'on avait d'yeux que pour lui, qu'il pouvait séduire, qu'il était attirant.

Ses yeux sombres étaient hypnotisant et ne se détournèrent pas lorsqu'il posa ses lèvres contre les siennes, avant de se retirer quelques secondes plus tard. Ce fut le geste qui le sortit de sa transe. Ça et les bruits de pas qui signalaient l'arriver d'autres élèves en direction de la Salle Commune.

- Mais qu'est-ce tu fous ? S'écria Draco en plaquant sa main contre sa propre bouche.

- Désolé-je n'ai pas pu m'en empêcher, répondit Adam confus.

Les pas se rapprochèrent et Draco parvenait presque à distinguer leur conversation.

- On en parlera plus tard, retourne vite dans ton dortoir, il ne faut pas qu'on te voit traîner ici.

Il referma la porte sur ses mots et traversa la pièce, les yeux rivés sur le sol, pour ne croiser aucun regard. Ses cheveux mi-longs lui permirent de cacher ses joues rouges, et sa robe de sorcier dissimula l'excitation qui naissait dans son bas ventre. Il crut entendre son nom, mais accéléra le pas en prenant les escaliers deux à deux en direction du dortoir des garçons. Plus vite il aurait quitté les lieux, moins on parlerait de lui. Il espéra qu'Adam eût pu déguerpir assez rapidement pour ne pas éveiller les soupçons.

La tête toujours baissée, ses jambes le portèrent jusqu'à son bureau ou il déposa minutieusement ses affaires, en tentant d'ignorer les picotements qu'avait laissées le passage des lèvres du Pouffesouffle sur les siennes. En voyant ses doigts trembler lorsqu'il les porta à sa bouche, il eut l'impression d'être plus bouleversé par ce chaste baiser que par les rapports qu'il avait eu à deux reprises avec Potter. Il tapa du poing sur la table en jurant pour tenter de calmer sa tachycardie. Si c'était ça se sentir aimé, il ne survivrait pas si jamais il tombait amoureux. Ça commençait sérieusement à lui faire peur. Était-ce une réaction normale ?

- Heum, Malfoy ?

Il manqua de faire une crise cardiaque lorsqu'il se retourna sur Potter. Il étai allongé sur son lit, à moitié nu et avec de la compagnie. Draco ne savait pas si c'était à cause de la sale tronche de Delcourt ou le fait de les voir tous les deux dans une position compromettante (encore un peu habillé, un peu de clémence dans ce bas monde), mais l'effet fut instantané, aussi efficace qu'un charme de sobriété. Un poids apparut dans son estomac, comme une envie de vomir. Ou une forte déception.

- Tu permets ? Lâcha-t-elle de sa voix agaçante.

- Avec plaisir, dit-il en ne quittant pas Potter des yeux.

Ce n'était pas sa meilleure réplique, mais il espéra avoir pu transmettre son venin par le regard. Aussi tôt rentré, aussi tôt sorti, il resta quelques instants dos à la porte en se maudissant de ne pas avoir prit le livre intuitif avec lui, le temps que leur ignominie durerait. Pourquoi n'avait-il pas simplement refusé de s'en aller ? C'était aussi sa chambre après tout. De quel droit pouvait-il la monopoliser à sa guise pour ses coucheries, ils n'étaient pas à l'hôtel, putain de merde. Elle avait eu de la chance qu'il eût été aussi bouleversé. S'il avait été en forme, elle aurait fini en larmes. Pffff.

Abattu, il rebroussa chemin d'un pas traînant vers la Salle Commune. Avec un peu de chance, il parviendrait à trouver un coin dans la pénombre, loin des autres couche-tard qui avaient délibérément choisi de veiller, et dont la chambre était à disposition. La mâchoire serrée, il se jura de remonter quinze minutes plus tard, fini ou pas.

- Oh Draco, te voilà enfin, on t'attendait justement.

Il tourna la tête vers Hermione, assise sur un immense pouf près de la fenêtre où un canapé et un fauteuil confortables avaient été réunis autour d'une table basse pour accueillir Finnigan, Thomas, Weasley et...Adam ?

- J'ai essayé de te prévenir qu'Harry recevait de la compagnie ce soir, mais j'imagine que tu as fini par le remarquer…

- A mes risques et périls, oui, marmonna-t-il en détournant les yeux lorsqu'il croisa ceux d'Adam.

Il craignait que son embarras revînt au galop, mais étrangement, il se sentait calme en sa présence. Voir Potter et sa mièvre copine en pleine action l'avait vraiment refroidi. Il reporta son attention sur la sorcière en espérant ne pas avoir à tenir une conversation gênante, jusqu'à ce qu'il pût disparaître de nouveau dans sa chambre.

- Ça risque de durer un moment, tu veux te joindre à nous ?

- Qu'est-ce que tu racontes Hermione ? s'offusqua Weasley en devançant Draco. Pas question de jouer avec ce sale con. C'est un tricheur né !

- Jouer à quoi ? S'enquit Draco soudainement piqué de curiosité.

Il s'approcha du groupe en prenant soin de garder ses distances avec le Pouffesouffle pour ne pas éveiller les soupçons. Il partageait le canapé avec Weasley, et Finnigan, face à Thomas assis sur le fauteuil. Draco se tint sur l'accoudoir à l'extrémité opposée, près d'Hermione.

- Au Uno, un jeu de cartes moldu, répondit Thomas aussi détendu de l'échange que Draco.

Il ne lui avait pas adressé la parole depuis que Draco lui avait amené à manger dans le cachot du Manoir. Draco fut étonné de constater qu'il avait cessé de l'ignorer aussi tôt. Un traitement silencieux de sa part était plus que justifié.

- C'est l'objet qui m'a été assigné par le Professeur Vigor, expliqua Finnigan sur un ton enjoué, qu'est-ce que tu as eu toi ?

Il lui fallu un instant pour comprendre que le Gryffondor s'adressait à lui sur un ton aussi amical. Pendant quelques secondes il observa le jeune homme, interloqué de le voir aussi chaleureux à son égard. Son expression complaisante calma les soupçons de Draco, qui fut encouragé à reprendre la parole par le regard insistant d'Hermione qu'il pouvait physiquement sentir contre sa tempe.

- Je ne sais pas encore ce que c'est, mais ça s'appelle « agrafeuse » il me semble, répliqua-t-il incertain.

- Hm ? Jamais entendu parlé, ça a l'air d'être aussi compliqué à étudier qu'à prononcer. « agraifeuse ». Ha, heureusement que je suis tombé sur un jeu que Dean connaissait déjà, à force d'y jouer, j'ai pratiquement terminé mon devoir.

- Quelle chance, dit Draco sans trop savoir quoi dire d'autre.

Il zieuta Thomas du coin de l'œil en se demandant si la récente amélioration de leur relation lui permettrait d'obtenir de l'aide pour son devoir. Non, il n'allait pas trop tester sa chance, il n'aurait qu'à supplier Hermione.

- Quel devoir ? Demanda Adam que Draco avait presque oublié. Vos cours d'Etudes Moldues ont l'air d'être plus sympas que les miens.

- Ces leçons sont complètement aléatoires, critiqua Hermione, ça ne m'étonnerait pas que vous ayez à faire la même chose dans quelques semaines si l'envie lui prend.

Entendre Hermione désapprouver la méthode de travail du professeur moldu rassura Draco, qui pouvait enfin être en paix avec le fait qu'il détestât les Etudes Moldues, sans passer pour un suprémaciste. Ce n'était pas son éducation le problème, c'était la pédagogie inexistante du professeur.

- Vigor nous a assigné chacun un objet moldu à étudier en profondeur, expliqua Weasley, j'ai eu « gomme ». Ça m'a l'air d'être quelque chose de bien costaud.

- A ta place je me dépêcherais de commencer les recherches Ron, tu risques d'être déçu, conseilla Hermione en se retenant de rire.

- Pourquoi est-ce que tu ris à chaque fois que j'en parle, tu ne veux pas me donner un indice au moins ?

- Non, rit-t-elle.

Draco remarqua que la plaisanterie semblait avoir été comprise par Thomas et Finnigan qui ricanèrent face aux jérémiades de Weasley. Cet objet ne devait pas être aussi passionnant que ce qu'espérait le rouquin. Draco ne put s'empêcher de s'en réjouir, il ne serait pas le seul à souffrir.

- Riez-bien, reprit Weasley sur un ton léger, en tout cas, mon objet sera toujours plus intéressant que le « coupe-ongle » d'Harry, même s'il fait parti des plus simples à étudier, je n'aurais pas échanger ma « gomme » contre ça.

Cette fois-ci Draco se joignit aux rires. Sans ses traitements de faveurs, il semblerait que Potter fût tombé sur le sujet le plus inintéressant de la liste. Il n'y avait pas besoin d'un devoir entier pour comprendre que cet ustensile servirait à couper les ongles. A quoi pouvait bien ressembler cet objet barbare ? Draco apprit ensuite qu'Hermione était tombée sur « climatiseur » et Thomas sur « tondeuse ». Avec leur éducation, il ne serait pas étonné qu'ils eussent déjà terminé leur travail.

Sentant un regard insistant provenir d'Adam, Draco estima qu'il était temps pour lui de s'éclipser. Alors qu'il s'apprêtait à contourner distraitement le pouf d'Hermione, celle-ci l'attrapa par le bras pour le rediriger vers le canapé, avant d'expliquer les consignes du jeu. Résigné, Draco décida qu'il valait mieux pour lui d'être attentif, ça lui permettrait d'éviter l'humiliation de perdre face à Weasley. Les règles étaient assez simples, et Adam et lui, les deux seuls nouveaux joueurs comprirent le principe assez rapidement.

- Tout le monde a bien ses sept cartes ? Parfait. On va y aller doucement pour le premier tour et mettre en application ce que je viens de vous expliquer. Le plus jeune commence. Je t'en prie Adam.

Celui-ci s'exécuta en prenant une carte de la pioche : six vert. Il tira de son jeu un six bleu. La partie pu enfin débuter. Les consignes acquises, la pédagogie laissa rapidement place à la compétition. Tous furent rapidement assis sur le bord de leur siège, à l'affût du premier joueur à se débarrasser de ses cartes. Heureusement pour lui, Draco eut plus souvent à jouer avant Weasley placé directement à sa gauche que le contraire, ce qui lui permit de lui infligé un maximum de « plus quatre » et de « plus de deux ».

- Raaaah, encore ! A la prochaine partie je change de place, j'en peux plus de ce tricheur.

- Tu ne peux t'en prendre qu'à mon talent, ou à Hermione, c'est elle qui a mélangé les cartes, railla-t-il en déposant de nouveau un « plus quatre ».

Weasley piocha les quatre cartes requises en le foudroyant du regard. Même s'ils continuaient à se lancer des pics de temps à autres, l'ambiance générale était au jeu et à la plaisanterie. C'était presque comme s'il échappait à ses problèmes, à son quotidien, à son passé. Il était un élève parmi d'autres qui veillait tard pour s'amuser avec ses camarades de classe. Il ne savait pas ce qui avait poussé les Gryffondors à l'inclure, mais il ne les remercieraient jamais assez. Même si ça ne se répéterait sûrement pas.

Naturellement doué, Draco remporta les trois premières parties. Weasley insista pour distribuer de nouveau les cartes en fulminant.

- Vous acceptez d'autres joueurs ?

Ils se tournèrent vers le couple qui revenaient du dortoir des garçons. Potter, fraîchement douché et vêtu de ce qui lui tenait lieu de pyjama, s'approcha d'eux d'un pas nonchalant, un sourire presque paresseux qui témoignait de la séance particulièrement satisfaisante qu'il venait d'avoir. Sa partenaire de partie de jambe en l'air, dans son uniforme débraillé comme pour prouver quelque chose, se collait à son bras, avec leurs doigts entrelacés. Elle les salua poliment, en ignorant Draco, avec superbe.

- Ça y est vous avez enfin fini ? T'es encore assez en forme pour jouer, mon pote ?

- Je pouvais pas rater une autre occasion de voir ta tronche de perdant. Aller file-moi mes cartes, vieux.

En regardant autour de lui, Draco se rendit compte qu'il semblait être le seul à être dérangé par le fait qu'ils s'incrustèrent comme des fleurs après avoir forniqué éhontément, à la connaissance de tous. C'était peut-être parce que Draco avait été le seul à en subir les déboires, en ayant été éjecté comme un mal propre de sa chambre. Dans la plus grande des aises, Potter récupéra son jeu et se dirigea vers le canapé, déjà occupé par Adam, Weasley et Draco. Il y avait juste assez de place pour être à une distance confortable. Si Potter s'ajoutait, accompagné de sa cruche, ils finiraient collés les uns contre les autres.

- Bon, dit-il en se levant, ça a été un plaisir de vous laminer, mais il est temps pour moi d'aller me coucher.

Il enjamba Adam et Weasley en écrasant plus ou moins volontairement les orteils du rouquin qui était ravi qu'il quittât la partie. Il manqua de tomber à la renverse lorsque le Pouffesouffle le retint par le bras. Draco se rattrapa in extremis sur le dossier du canapé pour éviter de se retrouver sur ses genoux.

- Reste encore un peu tu veux bien ? Demanda-t-il avant que Draco ne put s'offusquer.

Jusque-là, Draco avait été tellement concentré dans le jeu qu'il en avait oublié sa présence. Leur soudaine proximité sembla raviver les émotions qui l'avaient saisi aux tripes quelques temps plus tôt. Il n'avait jamais remarqué à quel point Adam était beau, la lumière émise par les flammes de la cheminée tout près, formait presque un halo autour de lui…

- Ouais Malfoy, on s'amusait bien, lança Finnigan toujours aussi étrangement amical, accorde-lui ça au moins à ce pauvre bougre, on l'a trouvé devant la Salle Commune à t'attendre comme un petit chiot perdu.

- Quoi ? Fit Draco en se retourna mortifié à l'idée que le groupe de Gryffondor les eût vu, plus tôt.

- On a croisé Adam en rentrant, il avait l'air un peu déboussolé, donc on l'a invité à passer la soirée avec nous, répondit simplement Thomas comme si c'était tout à fait normal.

- On se devait de lui donner un petit coup de pouce, donc ménage-le un peu.

C'était donc pour ça tout ce manège. Si ce n'était pas pour un plan élaboré pour rapprocher Adam et Draco, personne n'aurait été assez fou ou clément pour l'inviter en toute honnêteté à passer du temps avec eux. Apparemment, en tant que couple ouvertement homosexuel, Finnigan et Thomas s'étaient donné pour mission d'encourager toutes les interactions allant dans ce sens, même si ça impliquait la présence d'un sale Mangemort. L'embarras laissa place à l'agacement. Il se redressa, bien décidé à se tirer rapidement.

- Aller Draco, juste pour ce soir au moins, renchérit Hermione dont l'expression était partagée entre la culpabilité et l'encouragement.

Au moins elle avait conscience qu'ils ne jouaient pas franc jeu.

- Je ne sais pas, je me sens un peu fatigué, répondit-il en feignant un mal de tête, on reportera ça à une autre fois…

- Laissez le bougre s'en aller, non ? Ajouta Weasley désinvolte. Je commençais à en avoir marre de ses tricheries de toute façon.

- Ça se prononce « talent », répliqua Draco qui se tâtait à rester juste pour le faire chier. Ce n'est pas donné à tout le monde, vois-tu ?

- Ferme ta grosse-

- Ce serait dommage qu'on ne puisse pas être témoin de ce talent, coupa Potter sur un ton doucereux. Qu'est-ce tu dis de ça ? Si tu gagnes la prochaine partie tu pourras partir, mais si tu perds, tu restes jusqu'à ce qu'on t'ai fait assez mordre la poussière.

Pas plus étonné que Draco fût inclus dans leur groupe de jeu, Potter allait même jusqu'à lui proposer de rester. Ils ne se disaient pas plus d'un mot par semaine et s'évitaient comme la peste depuis leur nuit torride. Il s'affichait ouvertement avec sa pouffiasse et le virait volontiers de sa propre chambre pour la tripoter. Malgré tout cela, il avait le toupet de lui adresser la parole, comme si de rien n'était. « Hypocrisie quand tu nous tient » pensa Draco, sans oser le dire à haute voix.

- Ouuuuh ! Pourquoi est-ce qu'on irait pas plus loin ? Proposa Finnigan dont le ton enjoué commençait à lui faire perdre patience. Le perdant de chaque partie aura un gage.

- Je ne suis pas sûre que ce soit une bonne idée, commença Hermione dont Draco partageait activement l'avis.

- On fera en sorte que les gages s'effectuent entre couple, assura l'Irlandais.

- Oh, oh ! Tu parles de ce genre de gage, approuva Weasley avec une pointe d'excitation dans la voix, ça risque d'être très intéressant.

- Ronald !

- Je suis partant ! S'exclama Adam qui tentait toujours d'attirer Draco sur ses genoux.

- Ah oui ? J'aimerais bien savoir qui sera ton partenaire, ironisa le Serpentard en détachant les doigts du Pouffesouffle.

- Ne joue pas aux idiots, persifla Delcourt la poitrine pressée contre le bras de Potter, vous êtes tous les deux célibataires, c'est logique que vous fassiez les gages ensemble.

Juste entendre sa voix l'horripilait.

- Je n'ai pas pour habitude de fricoter sans être en couple, contrairement à certains-

- Dis plutôt que t'as peur de perdre toutes les prochaines parties, ricana Potter, si ça te dérange autant de rouler des pelles, tu n'as qu'à gagner en premier.

Ses yeux étaient plongés dans les siens, leur intensité à peine atténuée par ses horribles culs de bouteilles. Un sourire satisfait étirait ses lèvres, comme s'il savait qu'il avait déjà réussi à le convaincre.

- Je n'ai pas non plus envie de vous voir vous tripoter-

- Donc, tu te défiles Malfoy ?

Son pouls s'accéléra lorsqu'il se remémora la dernière fois qu'il avait entendu ces mots. Ses yeux verts semblaient analyser chaque micro réaction de son visage, en quête de la moindre faille qui lui permettrait de briser son entêtement.

- T'aimerais bien, hein ? Répliqua Draco pour ne pas perdre la face, mais je vais te botter le cul.

Sur l'insistance de Weasley, ils changèrent la disposition des joueurs autour de la table. Finnigan et Thomas restèrent sur leur fauteuil, tandis que Weasley partagea le pouf avec Hermione. Empilés les uns sur les autres, chaque couple sur une place individuelle, Draco ne comprit pas comment ils pourraient faire jeu à part. Il les battrait plus rapidement comme ça. Il devait simplement gagner une partie, après tout.

La tâche se révéla plus compliquée que prévu lorsqu'il se retrouva assis sur le canapé entre Adam et Potter, lui-même installé à côté de sa mièvre compagnie. Cette dernière tenait tellement à prouver l'intimité qu'elle partageait avec le Sauveur qu'elle était presque entièrement étalée sur lui. En conséquence, à chaque fois que Potter posait une carte ou piochait, il se penchait sur Draco, appuyant davantage son corps le long du sien. Difficile de se concentrer dans ces conditions.

- Mange ça, petit con, souffla Potter dont l'odeur et la chaleur envahissait tous ses sens, je choisis le bleu.

Il déposa fièrement un « plus quatre » sur la table, et regarda Draco piocher, en jubilant. L'agacement de Draco ne dura qu'un court instant lorsqu'il vit qu'il avait gagné trois nouvelles cartes spéciales sur quatre.

- Ris tant que tu peux, connard, au prochain changement de sens, je ne vais pas te rater, menaça Draco en s'éventant avec son jeu pour que le binoclard puisse avoir un aperçu de ce qui l'attendait.

- ça, c'est si je te laisse jouer, dit-il en riant si près son oreille que le son résonna dans ses os.

Potter devait sûrement être conscient de l'effet qu'il lui faisait, car il poursuivit ses techniques déloyales jusqu'à ce que Draco fût tellement distrait qu'il remarqua trop tard qu'il ne restait à Hermione plus qu'une seule carte.

- Fin d'Uno ! S'écria-t-elle ravie.

- Bravo, ma belle, félicita Weasley en baisant sa joue. Je te rejoins bientôt sur le podium.

Draco fut étonné de constater que comme promis, Weasley fut le deuxième à se débarrasser de toutes ses cartes. Il comprit rapidement que si les gages se faisaient en couple, la stratégie aussi. A son grand désespoir, Delcourt et Potter combinèrent également leurs forces pour finir en troisième et quatrième. D'abord paniqué à l'idée de devoir fricoter en public, Draco se ressaisit lorsqu'il réalisa que Finnigan et Thomas avaient prévu de perdre en premier. Plus qu'enthousiasmés par ces nouvelles règles du jeu, ils se portaient volontaire pour l'expérimenter en premier. C'était sans compter les plans d'Hermione.

- Oh mince, il semblerait que Seamus ait perdu la partie, observa Thomas un sourire complice aux lèvres.

- C'est dommage oui, dit Seamus en feignant la déception, mais tu sais que je n'ai pas besoin d'un gage pour te rouler des pelles, hmm ?

- Justement ! Intervint Hermione juste avant qu'ils ne s'engagèrent dans une démonstration explicite, en tant que vainqueure du premier tour, j'ai décidé que ton gage serait de parler en langue de feu jusqu'à la fin de la soirée.

Tout le monde la dévisagea interloqué. Ça avait l'air d'être un gage douloureux. Avec des défis pareils, la compétition allaient être rude. Hermione se chargea d'expliquer à Finnigan comment réaliser le gage. Draco n'eut pas l'occasion d'y être attentif, lorsqu'il sentit Potter croiser les jambes. Son mollet vint s'appuyer sur le genou du blond.

- Qu'est-ce que tu disais déjà à propos de ton talent ? Murmura-t-il discrètement pendant que toute l'attention était portée sur le l'Irlandais.

- Je ne sais pas si tu as suivi, grommela Draco en croisant ses bras, mais Finnigan est le grand perdant de la partie, d'où le gage.

- Tu n'as pas gagné, c'est tout ce que j'ai retenu, railla-t-il avec sa stupide odeur enivrante, tu parles d'un bottage de cul.

- Parce que tu t'y connais sur le sujet…

Draco retint son souffle. Il fallait vraiment qu'il mît les deux pieds dans le plats. Pour un soir d'hiver, il commençait à avoir affreusement chaud, et ce n'était pas seulement à cause de la fournaise qui servait de corps à Potter. Il s'enfonça dans le canapé en se cachant derrière le col de sa chemise. Il pouvait le sentir le dévisager avec insistance.

- Un peu trop même, répliqua le Gryffondor.

Draco savait qu'il avait tendance à surinterpréter les choses, mais la réponse ambiguë qu'il lui avait servit n'était pas des plus positives. Comment ça « trop » ? C'était trop la dernière fois ? C'était parce qu'il était dégoûté qu'il ne voulait plus renouveler l'expérience avec Draco ? Avait-il eu d'autres interactions similaires avec ses mille et une aventures, après ce fameux soir ?

Draco prit une profonde inspiration en tentant de ne pas trop y penser. Potter ne se cassait franchement pas la tête à suranalyser la situation. Il était passé à autre chose bien assez vite. Bien trop vite. La honte s'empara de lui, lorsqu'il se rendit compte qu'ils n'avaient pas eu le même degré d'implication dans cet acte intime qu'ils avaient partagé. Il se mordit la lèvre inférieur pour s'empêcher de réagir de manière impulsive, avant d'orienter son corps vers Adam, tournant ainsi le dos à Potter et à toute l'insécurité qu'il ressentait en pensant à lui. Le Pouffesouffle lui jeta un sourire distrait, tout en écoutant Finnigan peiner à assimiler la langue de feu.

- Hermione, râla-il

- Ah-ah, tu le fais où tu es exclu du jeu.

- D'accord- euh ! je veux dire « d'afa...coford »

- Eh bah voilà, sourit-elle satisfaite pendant que les autres se tordaient de rire. Ce type de gages vous dissuaderas de vous auto-saboter. Bon aller je distribue les cartes, Draco je suppose que tu te joins encore à nous ?

Il se contenta de hocher la tête, résigné.

Les quatre parties suivantes furent rudes et passionnées. Les stratégies fusèrent pour faire tomber le vainqueur précédent. D'un accord tacite s'établit un concours du gage le plus farfelu. Hermione fut la deuxième à tomber, et dut mettre ses sous-vêtements par dessus ses vêtements l'indignation de Weasley dépassa celle de la sorcière, ironiquement. Ensuite, Adam, sur l'initiative d'un certain rouquin qui n'avait pas trouvé le gage imposé à sa petit-amie très drôle, fut forcé de retirer les chaussettes de Thomas avec les dents. Draco fut plus fasciné par son entêtement que dégoûté par la scène qui en découla. Thomas fut le suivant, prenant la place de Weasley de justesse en tant que bon dernier. Il accepta vaillamment de prendre une douche froide tout habillé. Finnigan le réchauffa rapidement avec une manifestation très publique de son affection. Après ça, ce fut Delcourt qui finit le jeu avec le plus de cartes, Potter décida qu'en conséquence, elle devait laisser chacun des joueurs écrire sur son visage et qu'elle ne pourrait voir son reflet que le lendemain matin. Draco lui dessina la moustache la plus hideuse qui pût exister sur son large front, et les poings serrées elle le laissa assortir le tout à quelques crottes d'hippogriffes stylisées.

- Je sais qu'on était supposé faire équipe, chuchota Adam en toisant les cartes de Draco, mais tu ne m'aides pas là.

- Tu avais un jeu bien pire tout à l'heure, je t'ai quand même sauvé les miches, objecta Draco sentant la trahison arriver.

Plus les heures passaient, plus Adam perdait des points en séduction. Son rythme cardiaque s'emballait à chaque fois qu'il posait ses yeux sur son visage d'une beauté presque irréelle, mais son opinion de lui ne pouvait pas être plus basse. Pour cette cinquième partie, tout le monde était exténué, à cran et impatient de voir les intouchés, Weasley, Potter et Draco, écoper d'un gage bien tordu pour équilibrer les comptes. Il ne restait plus que Potter, Hermione, Adam et Draco en lice, et le Serpentard était très mal en point. Il avait déjà subi deux « plus quatre », à cause desquels il n'avait récolté que des cartes simples. La partie s'éternisait, et depuis bientôt trois tours, chaque joueur piochait inutilement, faute de la bonne couleur ou du bon chiffre.

- C'est interminable cette partie ! Il vous faut juste un cinq ou un bleu, s'écria Weasley.

- Tu crois que je ne suis pas fatiguée ? Arrête de me déconcentrer Ron ! Si je perds c'est toi qui fera mon gage, on t'a pas vu souffrir ce soir, grommela Hermione en tirant sur la bretelle de son soutien-gorge pour appuyer ses mots.

- Il est presque quatre heures du matin, et Ron, Harry et Malfoy n'ont toujours pas reçu de gage, qui sait combien de parties il faudra jouer pour que ça arrive ? Informa Thomas en baillant.

- On n'a qu'à s'arrêter là dans ce cas, cette partie n'était pas très intéressante de toute façon, proposa Draco l'air de rien.

- Tu dis ça parce que tu vas perdre, moqua Weasley, t'as presque plus de cartes que la pioche !

- Tu risques d'y passer cette fois, renchérit Potter en jetant un coup d'œil à son jeu par dessus son épaule.

- Arrête de tricher, tricheur ! S'exclama Draco en se collant à Adam qui commençait déjà à somnoler.

- Pas besoin, tu vas t'enterrer tout seul, chantonna le bigleux en lui donnant un coup d'épaule auquel Draco eut la maturité de ne pas répondre.

- Cause toujours, murmura-t-il avant de reprendre à haute voix, je disais ça parce qu'on a déjà trois personnes qui roupillent, profitons-en pour tous aller se coucher. Aller debout Adam, et au lit ! Je ne vais pas te porter !

L'intéressé se redressa brusquement, les yeux rougis et écarquillés. Dans son hébétude, il piocha sans attendre son tour une carte bleue qui permit à la partie de reprendre. La couleur n'avantageait pas Draco, qui ne put se débarrasser que d'une seule carte lorsqu'il pût enfin jouer. Il comptait sur la coopération du jeune homme, qui était censé être éperdument amoureux de lui, pour s'en sortir.

- Euh...Uno ! S'écria l'intéressé en posant une carte « STOP », désolé Draco, je suis tellement crevé.

- Je m'en souviendrais, cracha-t-il en grinçant des dents.

Il tria et tria encore ses cartes, mais rien à faire, il en avait toujours sept de plus que les deux autres joueurs.

- J'ai une idée, dit soudainement Finnigan qui s'était réveillé en sursaut à cause du Pouffesoufle, on va abréger tout ça en infligeant un gage à la prochaine personne qui recevra un « plus quatre ».

Trop épuisés pour débattre, personne ne questionna le nouvel ajout à la règle. De ce que savait Draco, aucun d'eux n'avait de « plus quatre », ils avaient sans doute déjà été tous joués. Il lui restait donc une chance d'éviter l'humiliation. De toute façon il n'aurait pas un si grand public : Adam avait posé sa dernière carte et s'était endormi aussi sec, imitant Thomas et Delcourt dont la grosse tête reposait sur l'épaule de Potter. Weasley était au bord de l'évanouissement et Finnigan clignait des yeux sans s'arrêter pour rester conscient.

- Putain, jura Draco en piochant de nouveau une carte inutile.

Il observa Hermione et Potter du coin de l'œil. Injustement, le sorcier n'avait pas du tout l'air affecté par le manque de sommeil, tandis que la sorcière plissait les yeux comme pour maximiser sa concentration autour de son jeu. Lorsque se fut à son tour de piocher, elle se redressa soudainement.

- Oui ! Prépare-toi à piocher Harry, ça va faire mal.

Alors que Draco jubilait intérieurement à l'idée de voir Potter mordre la poussière, ce dernier déposa silencieusement une carte qui inversa le sens. Draco leva les yeux vers lui, et son expression dépitée poussa le Gryffondor à savourer davantage son coup de théâtre. Le cœur battant, il eut à peine le temps de se tourner vers Hermione dans l'espoir de lui proposer une alternative, qu'elle déposait déjà ses deux « plus deux » sur la table.

- C'est le jeu Draco, dit-elle sur un ton détaché.

Draco balança sa tête en arrière, contre le dossier du canapé, dans la défaite. Trois tours plus tard, le jeu était terminé. Comme pour souligner l'évidence, Draco perdit la partie.

- Wouhou, je reste invaincu.

- Tu n'as remporté aucune partie Harry, rappela Hermione en s'allongeant contre Weasley sur le pouf.

- Oui mais j'ai pas eu de gage, donc c'est encore mieux, fanfaronna-t-il en s'étirant, à peine fatigué par cette veillée improvisée qui suivait huit heures de cours intenses.

- Justement, je vais rectifier le tire, intervint Finnigan qui réémergea de nouveau à demi-somnolant, je vais choisir un gage que vous aller devoir faire à deux.

- Hé, Seamus, ne sois pas mauvais perdant, Malfoy est arrivé dernier, c'est à lui seul de faire son gage, rouspéta Potter, et puis c'est à Dean de décider, il a fini la partie en premier.

- Oui, mais il dort à poing fermé… et...en tant que...que… comme c'est mon mec, la décision me revient, et j'ai décidé que vous alliez…

Déjà qu'il redoutait la nature du gage, il fallait que ce stupide Gryffondor fît durer le suspens en baillant avec exagération. La majorité d'entre eux étant déjà endormis, il pourrait prétendre l'avoir fait. Finnigan était au bord du gouffre, ce serait la parole de Draco contre celle de Potter.

- Vous rouler une pelle-

- Non, tout mais pas ça, donne moi autre chose.

- Lui...lui tailler une pipe ?

Draco manqua de s'arracher les cheveux. Il se leva écarlate et saisit Finnigan par les épaules pour le secouer.

- T'es en plein délire ou quoi ? Siffla-t-il sans trop hausser la voix, il ne voulait pas que les autres fûrent témoins de ces conneries. Donne-moi un gage normal, comme pour les autres perdants. Je peux...je peux manger de l'herbe, ou...ou courir nu dans la Forêt Interdite, je peux y aller tout de suite même-

- Nan ! Nan..je veux… je veux que tu lui tailles-

- Lui rouler une pelle, c'est compris, se résigna Draco en se redressant.

Les poings serrés, il garda le dos tourné en pesant le pour et le contre d'une fuite insoupçonnée vers le dortoir. Il inventerait une version assez crédible de la fin de la soirée, et ferait un Serment Inviolable avec Potter pour qu'il gardât le secret. Il observa l'Irlandais en se demandant s'il était arrivé au stade où la réalité pourrait se confondre avec le rêve.

- J'afattenfends, chantonna-t-il en balançant sa tête de gauche à droite sans vraiment la contrôler.

Draco zieuta Potter qui posa délicatement la tête de sa copine sur l'accoudoir du canapé. Il eut un pincement au cœur.

- On peut faire semblant de s'embrasser, proposa faiblement Draco lorsque Potter s'approcha de lui.

- Pourquoi ? Demanda Potter sincèrement confus.

Il posa ses fesses sur le bord de la table basse où ils avaient abandonné les cartes, et invita Draco à l'imiter en tapotant l'espace à côté de lui. Draco sentit sa cuisse contre la sienne, et son cœur s'emballa de plus belle. Il avait honte d'en avoir autant envie.

- Ta petite-copine ne va pas être contente.

- Ce n'est pas ma copine, soupira-t-il, enfin bref, ça ne t'as pas dérangé la dernière fois.

- Parce que, maintenant, tu te souviens de la dernière fois...

- Je n'ai jamais oublié.

- Hummm, fit Draco en essayant de ne pas être flatté, je pensais qu'à force de baiser à droite et à gauche, comme un queutard, ça t'était sortie de l'esprit.

Il resta silencieux si longtemps que Draco leva la tête vers lui pour s'assurer qu'il ne s'était pas endormi. La mâchoire serrée, ses yeux fixaient droit devant lui.

- Si je joue aux queutards c'est pour pouvoir fermer l'œil la nuit, avoua-t-il visiblement vexé, deux semaines d'abstinence et c'est direct aux urgences.

- Tu rigoles ? Souffla Draco incrédule, c'est une sorte de maladie qui touche un Gryffondor sur trois c'est ça ?

- Plus une malédiction. L'ensorcellement où...tu as été impliqué, fait partie d'une longue liste de maléfices que j'ai subi depuis la fin de la guerre.

Ça n'avait aucun sens. Harry Potter était la personne la plus aimée du moment, la prunelle de la nation, le Sauveur ! Des hordes de fanes le vénéraient et étaient prêtes à le défendre bec et ongle contre le moindre regard de travers ou mot ambiguë. Rita Skeeter l'avait appris à ses dépens. Si même de ce côté du spectre de la renommée Potter risquait sa peau chaque jour, après la guerre, Draco ne savait pas si sa propre situation irait en s'améliorant. Il avait affronté le Mage Noir, putain de merde. Même Draco estimait de bonne grâce qu'il méritait qu'on lui foute la paix une bonne fois pour toute, alors même qu'il trouvait le personnage objectivement agaçant par sa droiture et son intégrité sans faille.

- Des nostalgiques de V-Voldemort ?

Il soupira de nouveau en se penchant en arrière, sur ses mains. Il avait les yeux fermés, Draco eut le loisir de le lorgner, et de suivre la courbure de son visage, les lignes enivrantes de sa gorge, le relief de sa pomme d'Adam...

- Pour certains cas oui, mais les admirateurs peuvent aussi se révéler très dangereux.

- Quoi, tu vas me faire croire que tu te sens menacé par l'affection démesurée de tes millions de fans ?

- Si par « affection », tu veux parler des philtres d'amour, des Porte-Au-Loin dissimulés, de ceux qui me suivent, ceux qui rentrent par effraction dans mes chambres d'hôtel, qui m'envoient des demandes en mariage, des cheveux, des fluides aussi. Est-ce que je t'ai parlé de la fois où j'ai été ensorcelé ? Ah oui, il me semble que tu étais présent.

- Une vraie célébrité, marmonna Draco qui ne put s'empêcher de comparer tout cela à son quotidien avec une pointe d'amertume, au moins personne n'a essayé de te castrer, au contraire, la populace raffole de tes couilles.

- Quoi ? Écoute, je te demande pas de comprendre, juste de me foutre la paix avec ton mépris, s'insurgea Potter en le fusillant du regard. Tu me fais la morale, mais t'as pas attendu qu'on se marie pour prendre ma bite dans ton cul.

Draco eut un hoquet de surprise tellement il fut scandalisé par ses mots crus. Son corps réagit au quart de tour : ses joues s'enflammèrent, une bouffée de chaleur l'envahit, et son entrejambe se réveilla en sursaut. L'entendre, lui, parler de cette fameuse nuit le chamboulait au plus haut point. Il bondit sur ses pieds pour entamer une retraite stratégique.

- C'est quoi le problème ? Lança Potter en attrapant son bras, tu n'aimes pas quand je parle de cul ?

- Ferme-là, les autres vont t'entendre ! Siffla Draco au bord de la crise de nerf.

Il jeta un œil à Finnigan qui ronflait contre l'épaule de son copain.

- On laisse tomber le gage

Sur ses mots Draco tourna les talons en direction des dortoirs. Après seulement trois pas, Potter lui barra le chemin. Il se posta si près de lui que Draco put sentir son souffle sur son visage. Tout doucement, comme pour lui laisser le temps de s'écarter, le Gryffondor posa ses mains sur ses épaules. Draco sentit la chaleur se propager et déglutit pour s'empêcher d'émettre un bruit humiliant. Il regretta de ne pas avoir le contact de ses paumes contre sa peau nu. Sans le lâcher des yeux, Potter glissa ses pouces le long de sa gorge, pour s'arrêter au niveau de sa mâchoire. Prisonnier de son regard intense, Draco ne pouvait plus s'enfuir, il ne pouvait plus cacher l'état dans lequel il était.

Potter ferma les paupières, laissant ainsi ses lèvres délectables à la merci de Draco. Ce dernier profita de cette proximité pour scruter chaque recoin de son visage, ses sourcils broussailleux, ses cils longs et fournis, la bosse de l'arrête de son nez légèrement tordu dont il était responsable, ses pommettes basses et ses joues légèrement creuses, qui laissaient apparaître ses fossettes lorsqu'il souriait à pleines dents, sa forte mâchoire, son menton court et étroit, et ses lèvres tentantes au dessus desquelles il pouvait apercevoir un petit duvet qui aboutirait en une moustache qui lui siérait à merveille. Draco se rendit compte qu'il commençait à haleter. Comment pouvait-on être aussi désorienté par l'apparence d'une personne ?

- J'attends, chuchota-t-il en laissant échapper son haleine mentholée qui lui fit cligner des yeux.

Draco, hésitant, s'exécuta maladroitement en plaquant ses lèvres contre les siennes. Après seulement cinq secondes de contact, il se recula et attendit le verdict.

- J'ai dit que j'attendais, répéta Potter après quelques secondes.

- Tu te fous de moi en plus, se vexa Draco en se détachant de son étreinte, ça y est j'ai fait ma part du marché-

- C'est ça rouler une pelle, coupa le sorcier avant d'introduire sa langue dans la bouche de Draco, sans préambule.

Dans la panique, il garda les yeux ouverts pendant que Potter caressait sa langue, ses dents, son palais, l'intérieur de ses joues. Draco dut se faire violence pour ne pas gémir trop bruyamment. C'était trop de sensations d'un coup. Tentant de suivre du mieux qu'il put la danse salivaire que Potter menait, Draco s'agrippa à son dos et frotta inconsciemment son bassin contre le sien. Lorsqu'il sentit le relief de sa verge dur contre sa cuisse, Draco se retint de ne pas jouir sur place.

Potter mordilla sa lèvre inférieure avant de se reculer. Il regarda Draco avec un air satisfait. Le Serpentard était beaucoup trop en extase pour se soucier d'avoir gonflé l'ego du Gryffondor. Après ce baiser endiablé, il y avait de quoi être fier. Lorgnant ses lèvres brillantes de salive, Draco se pencha pour reprendre l'échange.

- Attends-moi dans la chambre pendant que je les envoie tous au lit, susurra Potter contre son oreille avant de mordre dans le lobe. Ensuite, tu pourras faire ton gage correctement.

- Hm ! Lâcha Draco les jambes tremblantes, fait vite alors.

Draco grimpa les marche quatre à quatre jusqu'à destination.

Draco n'attendit même pas que la porte se refermât pour se déshabiller. Il se prit les pieds dans son pantalon lorsqu'il se rendit compte qu'il avait encore ses chaussures. Heureusement pour lui, personne ne fut témoin de sa chute pathétique. Encore à terre, il défit ses lacets, jeta ses bottes, son pantalon et son slip, dans un coin et s'attaqua à sa chemise dont les boutons n'avaient jamais été aussi compliqué à défaire. En jetant un coup d'œil à son tatouage de la honte, il décida de garder ses bras couverts.

Il était embarrassé de se comporter comme un puceau, mais il ne pouvait pas s'en empêcher. Contrairement aux fois précédentes, il n'avait jamais eu l'occasion de se préparer mentalement à un rapport sexuel. Il inspecta son apparence dans le petit miroir de sa table de chevet. Il était écarlate, les cheveux en bataille, les lèvres enflées, les yeux écarquillées et les pupilles dilatées. Il tenta de se recoiffer rapidement pour atténuer son air débraillé, avant de se rendre compte qu'il n'avait même pas le temps de se doucher avant que Potter ne revînt. A l'instar de la dernière fois, il prit sa baguette et se lança un sortilège nettoyant. Déconseillé pour les zones sensibles, il hésita un instant à l'appliquer sur son anus, mais se laissa rapidement convaincre par les fantasmes qui se construisirent dans sa tête. Il ouvrit grand ses rideaux et repoussa sa couette au fond du lit, puis s'installa sur le dos, et attendit sagement que Potter le rejoignît.

Sa respiration haletante résonna dans la pièce, il avait les mains moites d'excitation. Potter allait arriver d'une minute à l'autre pour lui faire perdre la tête. Bientôt dix jours qu'il en avait envie, son cul avait à peine eu le temps de s'en remettre qu'il en voulait encore. Il retint un rire nerveux lorsqu'il réalisa que cette fois ils ne seraient pas interrompus, à bientôt cinq heures du matin, personne ne viendrait les embêter. Pas même Delcourt qui devait déjà être entrain de roupiller dans son lit, inconsciente que Draco était sur le point de subir une inspection en profondeur.

L'excitation avait fait disparaître la fatigue, les frissons parcouraient sa peau, mais il n'avait pas froid, il était à fleur de peau. Il imaginait déjà le touché du Gryffondor sur son corps, ses doigts chatouiller son torse, ses mains caresser ses cuisses, sa langue mêlée à la sienne, et sa bite chaude et dure dans son trou. La sensation d'être pénétré lui avait manqué, il contracta son canal d'impatience. Avait-il le temps de se préparer ?

Il s'adossa à la tête du lit, et écarta les jambes. Il ignora complètement sa queue dégoulinant de liquide pré-séminal pour soulever sa cuisse et diriger son index vers sa zone sensible. Contracté à l'extrême, il massa d'abord le muscle avec délicatesse en faisant apparaître du lubrifiant avec sa baguette. Le liquide visqueux dégoulinant sur ses doigts, il appuya davantage sur son anus, réveillant des sensations familières qui le firent grogner de plaisir. Il fit attention de ne pas se précipiter. Son index progressa dans son canal, et fut bientôt rejoint par son majeur.

- Hn ! Putain, oui, gémit-il en balançant sa tête en arrière

La douleur était plus présente que le plaisir, mais c'était toujours aussi bon. Il écarta davantage les cuisses et orienta son entrejambe vers la porte d'entrée. Lorsque Potter franchirait la porte, il n'aurait qu'une trajectoire évidente à suivre pour atteindre sa cible. Il accéléra les va-et-vient en ajoutant un troisième doigt. Ce n'était pas assez large, pas assez profond…

- Aller Potter…-ah ! Hmmm- J'ai besoin de toi…

Il éjacula sur ses draps avant même d'avoir put atteindre sa prostate. Il se laissa retomber sur le dos et glissa sa main couverte de lubrifiant et de sperme sur son torse. Lorsque sa respiration se calma, il jeta un œil à la porte toujours close de la chambre et comprit qu'il allait même avoir le temps de prendre une douche, finalement.


Le livre intuitif était plus intéressant que Draco l'aurait crû. Le chapitre sur lequel il était tombé décrivait l'art précis et détaillé de la fellation. Draco avouait que cette pratique l'avait toujours intrigué, surtout depuis qu'il avait goûté, dans un élan de folie le reliquat de son premier rapport anal, et qu'il n'avait pas détesté. Il déglutit lorsqu'il tomba de nouveau sur une double page de démonstration imagée. L'homme de la photo en noir et blanc montrait comment détendre sa mâchoire et intégrer le maximum de longueur pour l'accueillir au fond de la gorge. Draco se tortilla sous sa couette en imaginant recevoir une bite aussi profondément. L'homme se faisait littéralement baiser la gorge. Il suçait la verge, avec délectation, et l'enfonçait plus profond encore.

Oh merlin, murmura-t-il en attrapant sa propre queue pour s'empêcher de venir.

Jusque-là les chapitres précédents avaient été plutôt doux, en montrant comment lécher, suçoter et aspirer le pénis en s'aidant de ses deux mains, voire une pour les plus aventureux. Draco était assuré qu'il pourrait reproduire ces techniques avec aise. Se l'avouer était embarrassant, mais tellement excitant. Il caressa son entrejambe paresseusement, les yeux rivés sur l'image qui repassa en boucle.

Lorsqu'il tourna la page, il jouit à la vu de l'homme qui avalait goulûment le foutre de son partenaire en pleine orgasme. Draco prit alors conscience qu'il enviait plus l'homme visiblement rassasié, que son partenaire.


A presque sept heures, Draco somnolait devant un paragraphe sur la confiance en soi et la peur d'être abandonné. Il lisait un témoignage d'une femme qui dépendait tellement des compliments qu'elle avait finit par avoir la cuisse facile. C'était le seul moyen pour elle de se sentir appréciée. Draco avait dû mal à admettre que son expérience lui était inconfortablement familière. Surtout lorsqu'il réalisa qu'il avait attendu jusqu'au matin, nu sous ses draps, pour une fausse promesse de coucherie. Il suffisait que Potter le chauffât un peu pour qu'il se jetât corps et âme à ses pieds. Il était aussi pathétique que Carmen B. Sauf qu'elle s'en était remise, elle.

Les rideaux tirés autour du lit, il entendit finalement la porte s'ouvrir. Il reconnut les pas de Potter qui prit soin de refermer délicatement derrière lui. La déception et la frustration lui rongeant l'estomac, Draco écouta le Gryffondor se diriger vers son propre lit et se glisser sous ses draps. Ses lunettes claquèrent contre sa table de chevet, et il l'entendit s'installer confortablement.

- Malfoy ? Appela-t-il après un moment, incertain.

Le Serpentard resta silencieux et ferma ses paupières. Le sommeil l'emporta quelques secondes plus tard.