Chapitre 8 : Débauche

Draco émergeait à peine lorsque son coude se cogna contre son livre qui tomba sur le parquet dans un fracas assourdissant. Frôlant l'infarctus, il resta tétanisé, les yeux exorbités, à regarder autour de lui pour comprendre ce qu'il se passait. Il était emmitouflé dans sa couette, entouré des rideaux du baldaquin qui laissaient à peine pénétrer la lumière du soleil d'un début d'après-midi, à travers une fente. Sa baguette était près de lui, et il n'y avait pas un bruit dans la chambre.

- Malfoy ?

Le son de sa voix lui remémora le fiasco de la veille. Non, de quelques heures plus tôt. Il ferma les yeux, décidé à ignorer le connard de première et se rendormir, pour au moins trois jours afin de se remettre de cette humiliation cuisante.

- Je sais que t'es réveillé.

Draco se retourna dans son lit en faisant le plus de bruit possible pour lui signifier qu'il était bien réveillé, mais que son silence était délibéré. Il entendit Potter soupirer bruyamment.

- Ne m'oblige pas à me lever…

- Quoi ? Qu'est-ce que tu me veux ?

Visiblement déconcerté par son agressivité de bon matin, il ne répondit pas tout de suite. Draco garda le dos tourné, la baguette à portée de main. Il fallait qu'il gardât son calme, il était à un maléfice près de se retrouver à Azkaban.

- Hum, je suppose que tu m'en veux encore d'être arrivé aussi tard-

- De m'avoir laissé en plan tu veux dire ? Je suis assez rancunier, donc faudra revenir dans quelques mois peut-être.

Un maléfice cuisant dans les parties intimes était-il vraiment un motif d'emprisonnement ? À l'encontre de Potter, cela lui vaudrait le baiser du détraqueur.

- Écoute Malfoy, ce n'était pas mon intention. J'avais vraiment envie de finir...euh… ce qu'on avait commencé-

- Pas plus que de sauter l'autre garce toute la nuit, apparemment, s'offusqua Draco en se redressant.

Dans sa rage, il rejeta sa couette et tira les rideaux de son lit, pour lui faire face, prêt à en découdre.

- Tu sais quoi ? Je ne sais même pas pourquoi tu es revenu, tu aurais dû rester avec elle, toute la journée même. Oh je sais, tu devrais emménager dans son dortoir ! Comme ça, je ne me retrouverais pas être viré de ma propre chambre, la majorité du temps !

- Attends Malfoy-

- Non, non, je n'ai pas besoin de ton baratin, juste que tu me foutes la paix avec tes avances ambiguës. Reste avec ta copine, et surtout loin de moi.

Il toisa Le Gryffondor qui s'obstinait à regarder en direction de la fenêtre. Il avait de la chance que Draco eût laissé sa baguette sur son matelas.

- Je t'ennuie peut-être ? Lâcha Draco qui se retint de justesse de hurler.

- Tu devrais peut-être t'habiller avant qu'on continue-

Draco pensa d'abord qu'il tentait de détourner la conversation, jusqu'à ce qu'il sentît un courant d'air sur ses jambes. Il s'aperçut avec horreur qu'il était presque entièrement nu. Il s'empressa de se couvrir avec sa chemise. Voyant que le tissu blanc ne cachait même pas ses fesses en entier, il s'enroula dans les rideaux du lit de Potter. Dans sa panique il trébucha sur son pantalon de la veille qui jonchait sur le sol. Il s'effondra de tout son poids sur le matelas du Gryffondor. Comme si ce n'était pas déjà assez humiliant, il se cogna la tête contre le cadre du lit. Il ne se connaissait pas aussi maladroit, mais Potter le mettait toujours dans tous ses états. Cet individu était une vraie menace.

- Putain ! Jura-t-il les mains piégées contre son torse.

- Tu vas bien Malfoy ? S'enquit Potter sur un ton à la fois amusé et fasciné.

- J'ai l'air d'aller bien ? S'écria-t-il en agitant ses jambes, qu'est-ce que tu attends pour me sortir de là ?!

Sur le ventre et le visage enfoncé dans la couette, il sentit Potter tirer sur son bassin avant de le dégager. Après une manœuvre quelque peu laborieuse, il se retrouva sur le dos, le corps complètement exposé. Le rouge au joue, humilié, il bondit du lit. Il ramassa son pantalon et l'enfila si précipitamment qu'il faillit perdre l'équilibre, si Potter ne l'avait pas stabilisé.

- Ne me touche pas ! S'emporta Draco en repoussant sa main. Je ne suis pas assez ridicule ? Juste...laisse-moi tranquille, on n'a qu'à s'ignorer, comme avant.

Draco savait qu'il était en pleine crise de nerfs, il se sentait ridicule et pathétique. Qu'est-ce qu'il faisait là à hurler à l'adultère alors que Potter et lui n'était même pas en couple. Ils n'étaient rien du tout. Alors pourquoi était-il autant touché par la situation ? Ses mains tremblaient, sa respiration haletante et ses larmes qui menaçaient de tomber l'affolèrent d'autant plus. Il perdait le contrôle.

- Putain...je...J'ai besoin...J'ai-, balbutia-t-il en se dirigeant vers la porte.

Il ne savait pas où aller mais il fallait qu'il s'éloignât de lui.

- Rosetta a vu qu'on s'est embrassé. Elle m'a confronté là dessus. Ça s'est pas très bien terminé.

Le silence de Draco, qui avait la main sur la poignée, poussa Potter à poursuivre. Il n'était pas très fier de se l'avouer, mais l'écouter le calma.

- Elle...elle avait du mal à accepter que notre relation ne soit pas... exclusive. Donc j'ai préféré qu'on arrête de se voir.

Le Serpentard ne put s'empêcher de s'en réjouir. Au moins il ne la verrait plus traîner dans sa chambre. Mais cela signifiait qu'une remplaçante ne tarderait pas à arriver. Ou un remplaçant ? Il soupira intérieurement : il était complètement désillusionné.

- Tu essaies de me dire que la place est libre maintenant ? En attendant que vous vous rabibochiez pour la énième fois….dit Draco à demi-voix.

- Je pense pas que notre...relation puisse reprendre. Elle était trop jalouse et...je te cache pas qu'elle a dit de sacrées choses sur toi…

- Je suis un criminel, tout le monde me casse du sucre sur le dos, donc rien de nouveau sous le soleil, répliqua le blond en levant les yeux au ciel.

- Ce qu'elle a dit n'avait rien à voir avec ton passé.

Draco comprit rapidement.

- Oh. Elle t'a dit qu'elle savait pour...la dernière fois.

Potter hocha la tête silencieusement. Draco s'éloigna de la porte et s'assit sur la chaise en bois de son bureau. Le Gryffondor n'avait pas l'air embarrassé, au contraire, il regardait simplement le sol, pensif.

- T'as peur qu'elle parle de tes dérives homosexuelles ?

- Je suis pas gay, répondit Potter sur un ton catégorique.

- Je n'ai jamais dit le contraire, marmonna Draco avec un pincement au cœur. De toute façon, personne ne croira une histoire aussi invraisemblable. Je veux dire – on parle d'une coucherie entre un ex-Mangemort et le Sauveur. S'il y a le moindre doute, je serai mort avant même que Skeeter ait eu le temps de publier son torchon.

- Ne m'appelle pas comme ça, dit-il distraitement.

Il n'avait pas répondu à sa question. Peut être qu'il n'était pas si indifférent aux calomnies des journaux à potins. Surtout s'il était associé à Draco. Il y avait des candidats bien plus adaptés pour faire un coming out public. Mais bon, Potter n'était pas gay. Juste un curieux opportuniste en quête de plaisir.

- Enfin bref, navré d'apprendre que ta rupture t'ait pris autant de temps-

- J'ai aussi discuté avec Hermione. Hum...Elle nous a vu, elle aussi.

- Oh Merlin, fit Draco mortifié en cachant son visage derrière ses mains. En fait personne ne dormait vraiment ? Qui d'autres a profité de notre performance ? Adam ?

- Pourquoi ? Ça poserait problème s'il savait ? C'est quoi ta relation avec lui ?

Draco jeta un coup d'œil à son interlocuteur, décelant une pointe d'irritation dans son ton. C'était peut-être son imagination, mais le Gryffondor ne semblait pas porter le Pouffesouffle sur le cœur. En y repensant, Draco se souvint que les deux jeunes hommes ne s'étaient pas adressé un mot de la soirée. Potter gardait les yeux résolument posés sur le parquet.

- Pourquoi tu veux savoir ? Répliqua Draco, curieux.

- Oh je sais pas, commença-t-il visiblement agacé, tu m'accuses d'être un queutard alors que tu trompes ton copain.

- Quel copain ? S'insurgea Draco en bondissant de sa chaise. Je n'ai jamais dit que j'étais avec qui que ce soit. Certainement pas avec Adam. Et pourquoi tu me fais passer pour un connard, c'est toi qui m'a posé un lapin pour rejoindre ta copine ou ton ex ou peu importe !

- Je t'ai déjà dit que c'était pas ma copine ! Elle m'aidait juste à m'endormir !

Draco plissa les yeux et examina Potter pour savoir s'il se foutait de sa figure. Le Gryffondor était debout lui aussi, tendu des pieds à la tête, vêtu de son pyjama de fortune aux couleurs délavées. Son air menaçant aurait sûrement dû intimider Draco, mais la situation était tellement ridicule qu'il ne savait plus comment réagir.

- Et c'est mieux peut-être ? S'écria Draco.

- Mieux, je sais pas, rétorqua Potter en pinçant l'arrête de son nez, mais si ça m'évite une mort précoce, j'imagine que je vais pas m'en plaindre !

Ces mots eurent le bénéfice de rappeler à Draco la conversation qu'ils avaient eu la veille. Il fallait toujours que ce Gryffondor trouvât une raison d'attirer l'attention. Comme si sauver le monde des sorciers ne suffisait pas.

- Encore cette histoire de « malédiction » ? Soupira Draco excédé.

- Oui encore. Si tu crois que ça me fait plaisir de devoir établir un contrat avec toutes les femmes que je fréquente pour ne pas tomber raide mort, en attendant qu'on trouve un antidote-

- Attend quoi ? Interrompit Draco complètement dépassé, tu veux dire que toutes tes ex étaient en fait engagées pour... te baiser jusqu'au sommeil ? Tu n'as quand même pas attiré toutes les filles de l'école dans ton lit, Potter !

Il n'y avait que lui pour finir dans de tels arrangements. Draco était persuadé qu'il n'avait même pas besoin de les payer. Ses groupies se feraient un plaisir de réchauffer son lit, tous les soirs, avec ou sans malédiction. Était-ce véritablement une situation à considérer comme difficile ? Draco connaissait plus d'un célibataire adepte de la masturbation, qui s'accommoderait volontiers de cette « malédiction ». Draco le premier. Ou peut-être pas non. Il n'avait pas franchement l'embarras du choix en termes de partenaires potentiels. Potter de son côté devait faire appel à un avocat pour gérer leur afflux.

- Ne sois pas ridicule. En comptant Rosetta, j'ai seulement fait trois Serments Inviolables à Poudlard. Sinon, j'ai tendance à faire mes affaires à l'extérieur. Même si c'est moins pratique pendant les semaines de cours.

- « Moins pratique » tu dis, parce que tu préfères les avoir sous la main au château, marmonna Draco les dents serrées. Est-ce qu'elles se battent pour avoir le privilège de te bercer entre leurs cuisses? Tu as combien d'ex officiellement ?

- Ce ne sont pas mes ex, précisa Potter aussi tendu que Draco, je ne suis sorti avec aucune d'entre elles ! Comment avoir une relation dans une situation pareille ? Heureusement que la majorité des arrangements n'ont pas duré assez longtemps pour que le Gazette du Sorcier en ait eu vent. Toujours là à m'inventer des petite-copines, bientôt ils annonceront mon mariage avant même que je ne sois au courant…

Potter disait ça comme si multiplier ses plans culs pour le bien de son sommeil le différenciait du Cassanova de base. Le voilà même qui se plaignait de son succès, devant Draco qui avait eu sa première expérience au lit par accident. En comprenant que la liste de ses conquêtes s'allongeait, Draco ne put s'empêcher de rager intérieurement. Mais pourquoi était-il aussi affecté ? Potter pouvait bien coucher avec toute la Terre si ça lui chantait. Draco refusait catégoriquement de reconnaître un quelconque sentiment de jalousie. Ou pire de la déception. Il se sentait terriblement dégoûté de lui-même d'être désormais inscrit sur la longue liste des trophées du Sauveur. Et ce, même si peu pouvait prétendre avoir partagé la prestigieuse couche du Gryffondor.

- Merlin nous préserve de ta débauche, lâcha Draco amer, la directrice m'aurait renvoyé du château pour bien moins, et toi tu te pavanes en rut dans un établissement qui accueille des mineures ! Tu n'as donc aucune honte ?

En voyant l'expression de Potter se durcir, le Serpentard regretta aussitôt ses mots. Il avait touché un point sensible. Même face à une situation aussi alarmante, Draco ne parvenait pas à réagir de manière adaptée. Il n'était pourtant pas cruel. Enfin pas autant que son père, l'aurait voulu. Toutefois, Potter faisait toujours ressortir le pire chez lui, même lorsque le Gryffondor prenait la peine de lui confier un secret aussi important, qu'il partageait habituellement contre Serment Inviolable.

Draco n'eût pas le temps de rattraper son erreur. Son passé de crapule avait eu raison de lui. Potter le considéra d'un regard froid et distant. L'empathie qu'il avait pu manifester à son égard vis-à-vis de leur rendez-vous manqué avait laissé la place à l'indifférence. Une boule de regret se forma dans son estomac.

- C'est toi qui me parles de honte ? Tu fous de ma gueule, répondit Potter sardonique. Tu me suppliais littéralement de te baiser il n'y a pas si longtemps, et tu veux me faire la morale ?

Aïe. Ses mots crus eurent l'effet d'un coup de poing dans le ventre. Son visage s'enflamma. Il peinait à trouver quoi répliquer, et ne put que reculer maladroitement face à l'avancée de Potter qui le pointait du doigt comme pour l'accuser de tous ses maux.

- T'as une mémoire sacrément courte Malfoy, parce que je me souviens très bien que c'est toi qui insistais pour qu'on le fasse. Pire encore, tu as même avalé le sperme qui coulait de ton propre cul !

Le Serpentard n'avait même pas accepté ses propres actions et fantasmes, mais Potter qui n'avait pas été contrarié par son enthousiasme sur le moment, lui crachait tout ce qu'il pensait vraiment de lui à la gueule. Plusieurs émotions envahirent Draco, un mélange de frustration, de vexation et surtout de honte le rongea de l'intérieur. Il n'avait pas le droit de l'humilier autant, d'utiliser sa vulnérabilité contre lui, de le trahir. Draco avait l'impression qu'il décrivait un étranger, un dégoût presque viscéral s'éveillait face à l'idée même de reconnaître l'indécence des actes auxquels il s'était adonné avec enthousiasme.

- La ferme ! LA FERME ! S'écria Draco en le poussant de toutes ses forces.

Potter perdit l'équilibre et se rattrapa au cadre de son lit. Il ne perdit pas de temps pour le pousser à son tour sans ménager sa force. Draco percuta violemment sa chaise qui tomba à la renverse. Les bleus n'allaient pas tarder à apparaître sur son dos et ses jambes. Il parvint tout de même à rester debout.

- Non, toi tu la ferme ! vociféra le Gryffondor, j'en ai plus que marre de tes conneries. Je pensais que t'avais changé, qu'on pourrait s'entendre mais tu restes un connard au final !

- C'est...C'est parce que je ne te lèches pas les bottes que tu es contrarié ? Excuse-moi de te voir tel que tu es ! Un arrogant et stupide aguicheur qui veut sans cesse attirer l'attention-

- T'es toujours là à me juger avec ton air moralisateur ! Mais c'est toi qui as introduit les Mangemorts dans le château, toi qui as essayé de tuer Dumbledore, et qui a essayé de me tuer dans la Salle sur Demande !

Draco fut pétrifié par la tournure que prit brusquement la conversation. Jusqu'à ce moment-là, aucun d'eux n'avait pris l'initiative de parler des événements de l'année précédente. Pour autant, Potter semblait juger que c'était le moment propice pour déterrer la hache de guerre. La culpabilité l'envahit instantanément en même temps qu'il se rendit compte de la réalité de la situation. Il était là à reprocher à Potter de coucher pour sa survie, tandis qu'il tentait de laver le sang qu'il avait sur les mains. Il avait échappé à la peine maximale parce qu'il était mineur au moment des faits, mais il n'était pas innocent pour autant. Il ne le serait jamais.

- Je n'essayais pas de te tuer...dit Draco pathétiquement le visage décomposé.

- Hourra, tu es moins pire que ce que je pensais !

Face à sa remarque dégoulinant de sarcasme, Draco pensa rétorquer que Potter avait tenté de le tuer en sixième année, mais il se ravisa. Il avait l'intuition que le Gryffondor n'éprouverait pas le moindre remord, à cet instant. Ou qu'il finirait ce qu'il avait commencé dans les toilettes de Mimi Geignarde. Et il n'aurait pas tort de le faire. Heureusement pour le Serpentard, Potter ne détenait pas sa baguette.

Potter soupira bruyamment en se retournant face à son lit. Il passa ses mains dans ses cheveux puis retira ses lunettes pour les poser sur sa table de nuit.

- Cette discussion ne mène nulle part, conclut-il finalement. Comment j'ai pu penser une seule seconde que-

Il jeta un œil à Draco par dessus son épaule, avant de s'allonger sur son lit, face au mur.

- T'en vaux pas la peine.

Aussi justifiée que fût sa réaction, elle n'était pas moins douloureuse. Draco lâcha un rire nerveux. Décidément, son comportement abject causerait sa perte.

- Ça ne t'a pas empêché de coucher avec moi, murmura Draco, penaud.

Silence.

- A moins que je ne sois aussi qu'un prétexte pour passer une bonne nuit de sommeil.

Il n'eût toujours aucune réponse. Le Gryffondor l'avait tout bonnement congédié. Draco craignit que ce traitement de silence fût de très longue durée. Il resta plusieurs instants à observer le dos tendu de Potter, ses cheveux ébouriffés, sa nuque élégante, et la courbe de son corps svelte allongé sur le flanc. Son T-shirt était remonté ça et là, et laissait apercevoir sa peau nue. Celle qu'il avait pu caresser et dont il s'était enivré quelques nuits auparavant, quand tout était plus simple, plus instinctif, tout n'était que plaisir. C'était comme un lointain souvenir, un rêve.

Il avait tout gâché.

Sans un mot. Draco se pencha pour ramasser le livre intuitif qui était tombé de son lit. Les limites d'une relation physique, était un titre qui semblait convenir parfaitement à la situation. Il rangea le livre au fond d'un tiroir et récupéra ses affaires de toilettes. Une douche lui permettrait peut-être de laver ses remords. Il avait été fou d'espérer que quelque chose aboutît de leurs interactions, et Potter encore plus de croire que Draco en valait la peine.


Avec la nouvelle semaine qui débutait, Draco mit en place une nouvelle routine qui consistait à se rendre à la bibliothèque à chaque instant de sa journée qui n'était pas occupé par ses obligations quotidiennes, à savoir les cours ou encore les moments collectifs de repas. C'était toujours un calvaire pour lui de se rendre dans la Grande Salle, d'autant plus depuis le fiasco de la déclaration publique d'Adam. Mais c'était un calvaire nécessaire, l'alternative serait de mourir de faim, et s'il ne remplissait pas les termes de sa probation en assistant assidûment à chaque cours de la journée, il irait in extremis à Azkaban, mort ou vivant.

Sauter le petit déjeuner n'était pas aussi terrible qu'il l'aurait cru. Certes, il avait besoin d'un temps d'adaptation le matin pour se mettre en route sans son thé rituel, mais il avait fini par s'y habituer. Rien qu'une douche froide ne pouvait résoudre durant les matins les plus durs.

Le harcèlement n'était plus aussi insistant qu'auparavant. Il avait dû attendre fin février pour que la majorité de ses détracteurs se lassât. Bien sûr, certains comportements récalcitrants étaient à prévoir de la part de certaines Maisons (Gryffondor), mais globalement, Draco était dans une meilleure situation que ce qu'il aurait pu espérer pour cette année à Poudlard.

A quelques problèmes près : Draco n'avait toujours pas la moindre idée de ce qu'était une « agrafeuse », et Potter avait définitivement rayé son existence de sa vie.

Depuis leur dernière dispute, Draco vivait seul dans sa chambre. Déjà mercredi et il n'avait aperçu le Gryffondor que deux fois, à l'heure du dîner. Du réveil au couché, Potter était absent de leur chambre. Draco ne pourrait même pas dire avec certitude s'il revenait dormir le soir. Draco avait conclut qu'il squattait la chambre que Weasley partageait avec un autre huitième année.

Draco était particulièrement vexé que Potter dût employer des méthodes pareilles pour lui montrer qu'il était une plaie dans sa vie. Mais il ne serait pas le premier à faire entendre son avis. Comment Draco pouvait lui en vouloir, réellement ? C'était complètement justifié.

Draco soupira pour la énième fois ce matin-là en feuilletant le quatrième livre de sa pile dans l'espoir de trouver une quelconque référence à une « agrafeuse ». Il avait l'impression de tourner en rond. La date limite du devoir était proche, mais Draco n'avait fait aucun progrès. Les livres du rayon moldu n'étaient pas à jour, et semblaient s'arrêter bien avant le début du siècle. Comment était-il supposé travailler dans ces conditions ? Il était tellement fatigué de chercher dans le vide qu'il finit par se résigner à avoir un zéro. Tout ce temps qu'il avait perdu aurait pu être réinvestit dans des lectures plus fructueuses comme celle du livre intuitif pour une nouvelle séance d'exploration enrichissante. Bien que solo, hélas.

- Tu es matinal dis-donc.

Draco leva la tête, dépité de voir Adam s'installer face à lui. Il était pire qu'une sangsue. Draco se réjouit tout de même que la bibliothèque fût encore déserte. Madame Pince les épia depuis son bureau, mais ne fit aucun commentaire.

- Qu'est-ce que tu fais ici ? Demanda Draco sans préambule.

- Je voulais savoir comment se portait mon sorcier préféré, sourit Adam en se penchant vers lui.

Draco distingua son odeur boisée et une effluve qu'il ne saurait nommer mais qu'il associait désormais à sa personne. En dévisageant Adam, il remarqua qu'il était particulièrement beau sous la lumière naturelle provenant de la fenêtre près de leur table de travail. Avait-il toujours été aussi séduisant ? Et ce parfum enivrant qui l'envahissait était très agréable. Une vague de chaleur se répandit dans le bas-ventre de Draco et il dût croiser les jambes pour s'empêcher de réagir prématurément.

- Est-ce que tu me suis ? Demanda alors Draco qui détourna les yeux pour se contrôler.

- Oui je vais bien merci, et non je suis venu emprunter un manuel pour la métamorphose. C'est l'heureux hasard qui nous a réunit.

Il devait avoir beaucoup d'énergie pour déblatérer de telles idioties de bon matin. Draco était trop fatigué pour lui faire entendre raison. Il lui restait moins de dix minutes pour se rendre à la première leçon de la journée. Il remballa ses affaires, rangea les livres sous le regards insistants de Madame Pince et sortit de la bibliothèque. L'odeur boisée qui persistait confirma à Draco qu'Adam était encore sur ses talons.

- Qu'est-ce que tu fais, tu n'as pas cours ce matin ? Allez, du balais !

- Je veux juste passer un peu de temps avec toi, pourquoi est-ce que tu es si froid avec moi ?

- Tu sais pourquoi et je n'ai pas le temps pour tes sottises, répondit Draco en pressant le pas.

Il se rendit compte qu'il était sorti un peut trop tard de la bibliothèque lorsqu'il croisa la foule d'élèves qui se précipitaient vers leur cours respectif. Heureusement pour Draco, ils étaient trop occupés à ne pas arriver en retard pour lui accorder une quelconque attention.

- Justement, poursuivit Adam en le suivant de près, je voulais te demander tes disponibilités.

La salle de classe n'était plus qu'à quelques mètres, Draco espérait se dépêcher assez pour éviter une nouvelle démonstration non voulue de l'affection d'Adam envers lui.

- Je t'ai dit que je n'avais pas le temps-

- N'exagère pas, protesta le Pouffesouffle, tu dois sûrement avoir un créneau pour une petite sortie à Pré-Au-Lard. Ce Week-end, rien que tous les deux ?

Draco fit volte face en constatant, horrifié, qu'Adam ne se souciait pas du volume de sa voix pour divulguer ses énormités. Certains de sa classe les regardèrent avec insistance, ne voulant manquer aucune miette de leur discussion. Draco jeta nerveusement un coup d'œil à la salle de classe où le bureau du professeur était encore vide. Il présentait qu'Adam n'hésiterait pas à le suivre jusqu'à sa place pour lui raconter d'autant plus de bêtises. Il fallait qu'il le fît partir à la seconde.

- Pourquoi tu fais ça ? Je t'ai déjà dit que je ne voulais rien à avoir à faire avec toi. Tu veux te venger en m'humiliant jusque devant ma classe ? Chuchota Draco en repoussant le jeune homme le plus loin possible de la porte.

- Au contraire, répondit Adam qui n'en démordait pas, je veux te faire revenir sur ta décision lors de notre rendez-vous. Je serai le parfait gentleman, je te le promets.

Il confirma ses dires en baisant les doigts de Draco. Les témoins de cette scène émirent un hoquet de surprise et ne tardèrent pas à chuchoter bruyamment entre eux. Rouge comme une pivoine, Draco tenta tant bien que mal de retirer sa main de la poigne de fer du Pouffesouffle. A la seconde où il mettrait la main sur sa baguette, Draco ne donnerait pas cher de sa peau. Tant pis pour sa probation.

- T'as perdu la tête ? Lâche-moi, idiot ! Siffla Draco en jetant des coups d'œil paniqués à leur entourage.

- Dis que tu viendras et je te laisse partir-

- Mais c'est du chantage !

- Pour la bonne cause ! Je te ferai passer un bon moment, je t'en prie laisse-moi une chance de te-

- D'accord, d'accord, concéda Draco qui put enfin récupérer sa main.

Le professeur de Défense contre les Forces du Mal arriva quelques secondes plus tard, et invita les derniers élèves à entrer s'installer. Alors que Draco se résignait à devoir menacer le Pouffesouffre de sa baguette pour le faire déguerpir une bonne fois pour toute, Potter passa près d'eux pour se rendre en classe.

- Dégagez de mon chemin, dit-il en toisant Draco et Adam qui bouchaient légèrement le passage.

Le Serpentard pensait être habitué à ce qu'on l'insulte de manière récurrente. De plus, Potter n'avait jamais été tendre dans le choix de ses mots, surtout s'il s'agissait de le blesser. Toutefois, il accusa le coup comme un poing dans le ventre. Draco se décala bêtement, tandis que Hermione et Wealsey suivirent Potter dans la classe, complètement confus par la violence de ses mots. Bientôt, Draco et Adam furent les derniers dans le couloir.

- Quel connard ce Potter, commenta Adam. Enfin bref, je te communiquerais les détails pour ce week-end dans la journée.

Hébété, Draco rejoignit finalement ses camarades de classe qui scrutèrent ses moindres faits et gestes. En remontant l'allée jusqu'au seul bureau libre près du tableau, il sentit les regards pesants et entendit les chuchotements reprendre. Les joues rouges et la panique au ventre, il posa son sac sur la table et s'assit sans bruit.

- Un peu de silence s'il vous plaît, lança Madame Poirier, plus vite j'aurai fini l'appel, plus vite vous pourrez pratiquer !

Lorsque Draco retira son sac de la table pour y sortir ses affaires, ses oreilles se mirent à bourdonner. Il ne savait pas si son problème d'audition était dû à un sort ou à sa respiration haletante, mais ce dont il était sûr, était que le harcèlement était loin d'être terminé.

- Malfoy ?

- Présent, répondit-il distraitement en passant ses doigts sur les inscriptions gravées dans le bois de la surface du bureau.

Malfoy la pute


L'hostilité que Potter avait manifesté à l'égard de Draco n'était pas passée inaperçue. En effet, juste après un cours laborieux de DCLFM où personne n'avait voulu être son partenaire, le Serpentard dut affronter la recrudescence de mesquineries de la part des autres élèves. En l'espace d'une matinée, les bousculades et les croche-pieds furent si nombreux que les affaires de Draco s'étalèrent sur le sol plus de fois qu'il ne put le compter. On lui subtilisa un manuel et une plume qu'il retrouva en piteux état dans la Grande Salle au déjeuner. Ses détracteurs avaient pris soin de les déposer à sa place habituelle. Même si cette journée démarrait très mal, il s'estima heureux de ne pas avoir de livres de la bibliothèque sur lui. Les conséquences auraient été bien plus grave. Il ne voulait pas se mettre Madame Pince à dos.

Dans l'après-midi, il reçut deux dessins obscènes censés le représenter entrain d'astiquer le membre d'un Mangemort. Le professeur de Métamorphose ayant été témoin de la scène, avait préféré fermer les yeux. Il ne voulait certainement pas changer ses habitudes.

Ce soir-là, Draco décida de ne pas rester dîner. Il préféra ne pas s'exposer davantage aux brimades du corps étudiant. Il avait sa dose pour la journée. Il préféra retourner dans sa chambre et pleurer pour évacuer sa frustration.

Ce n'était pas la première fois qu'il se faisait embêter. Il avait déjà connu pire en septembre, lorsque c'était encore tout frais et que les élèves voulaient en découdre avec lui. Draco avait essuyé coups et maléfices à n'en plus finir. Malgré la douleur et les humiliations publiques, il était resté digne. Il n'avait rendu aucun coup, il avait supporté et accepté le traitement qui lui avait été accordé en tant que criminel de guerre. Il s'était résigné, il en était presque devenu...indifférent.

Cependant, ces moqueries, ces insultes et ces gestes obscènes étaient pire que tout. Que ce fût de la part des Gryffondors, des Pouffesouffles, des Serdaigles et même des Serpentards d'année inférieures qui tentaient misérablement de redorer leur blason en le jetant aux requins pour attirer les faveurs des autres Maisons, les mesquineries battaient leur plein. Cette supposée relation homoérotique qu'il entretenait avec Adam était le prétexte idéal pour lui infliger les injures les plus vicieuses qui furent. Draco n'était qu'un « obsédé » pour les plus polis et un « sale enculé » pour les plus imagés. Dans les couloirs on décrivait ses exploits obscènes et ses supplications face aux plus offrants. Des histoires déjà trop explicites pour sortir de la bouche d'adolescents et pourtant, bien entendues par des élèves plus jeunes encore qui dévisageaient le Serpentard avec un dégoût tel qu'il était parfois difficile de respirer. Tout cela en seulement un jour ! Les parents n'allaient pas tarder à en entendre parler et vouloir qu'il fût renvoyé de l'établissement pour mauvaise influence. Il retournerait à sa place légitime, dans un cachot à Azkaban.

Même si Draco tentait d'ignorer et de réfuter les remarques blessantes. La honte l'empêchait de leur donner tort. Ils avaient tous raison, et bien plus encore. Leur imagination ne parviendrait peut être jamais à retranscrire la réalité des obscénités auxquelles il s'était effectivement adonné avec jubilé.

Encore une fois le traitement était justifié. Draco n'était qu'un lamentable personnage, qui pour fuir son horrible passé, n'avait pu résister à la tentation d'exposer son corps au premier venu, de la manière la plus dégoûtante possible. Comment Potter avait-il pu le toucher, avec son pénis et son cul à pleine vue, sans honte ni embarras.

Draco s'était senti désiré, attrayant, il avait voulu séduire, mais il n'avait été que pathétique et répugnant. Ce n'était pas naturel, il était fou. Comment pouvait-il en avoir ressenti un quelconque plaisir ? Oh s'ils savaient qu'il était bien pire, que penseraient-ils de lui ?

Le pire dans tout cela était que malgré tout, si l'occasion se présentait de nouveau, il ne savait pas s'il refuserait de recommencer.

Il était condamné. Pourri jusqu'à la moelle, avili, irrécupérable.

Il n'en valait pas la peine.

Draco avait fini par troquer le dîner par une sieste qui s'éternisa plus que prévu. Il se réveilla quelques minutes avant minuit. Couverts de sueurs et de larmes, il retira ses vêtements qu'il balança dans on panier à linge sale et s'enroula dans son peignoir pour aller se doucher. Il récupéra ses affaires de toilettes et se dirigea d'un pas lent vers les douches communes. Comme si la journée n'avait pas été assez compliquée, une mauvaise surprise l'attendait à destination.

- Malfoy, venu nous épier ? Lança un Pouffesouffle dont le nom échappa à Draco.

Draco se demanda s'il y avait une seule chose qui valait le coup d'être épié chez ce Pouffesouffle qui avait eut la bonne idée de choisir les douches comme terrain d'affrontement propice. Le dortoir des huitième année avait beau être supposément fréquenté par des personnes censées être matures, Draco peinait à croire que les remarques de ses propres camarades de classe furent aussi évoluées que celles des gamins qui l'avaient emmerdé à la bibliothèque.

- Je ne veux pas finir traumatisé à vie, marmonna Draco fatigué de fuir l'inévitable raclée qui l'attendait.

Le Pouffesouffle était accompagné d'un Serdaigle qui finissait juste de s'habiller. Deux contre un. Draco comprit pourquoi ces deux maisons ne brillaient pas pour leur courage.

- Qu'est-ce que tu dis Malfoy ? Persifla son détracteur qui fit mine d'exposer sa musculature aussi signifiante que celle de Draco, je ne suis pas à ton goût ?

Draco se contenta de l'ignorer en se dirigeant vers la cabine la plus proche.

- Fais gaffe Zach, un peu trop d'attention et ce pédé finira vraiment par te sucer la queue, gloussa son ami

Draco se mordit la joue pour ne pas hurler. Ils étaient en surnombre, et dans un espace clos. Regrettant de ne pas avoir rebroussé chemin plus tôt, il décida que la solution la plus judicieuse fût de s'enfermer derrière le rideau de douche qu'il fixerait au paroi avec le sort le plus puissant qu'il connaissait. A peine eût-il refermer derrière lui qu'il fut propulsé contre le mur. Complètement pris au dépourvu, son front cogna contre la paroi, tandis que ses affaires lui échappèrent des mains. Il entendit le fracas de la bouteille de gel lavant en verre se briser sur le sol carrelé, mêlé aux rires cruels de ses assaillants.

Peinant à retrouver son équilibre sans glisser sur le sol mouillé, il fut violemment tiré par le col de son peignoir. Les yeux écarquillés et le visage brûlant de honte, il dévisagea abasourdi le Pouffesouffle de huitième année qui lui agitait la baguette sous le nez, complètement hilare. La commotion de Draco devait être la farce la plus drôle qui lui avait été donné de voir.

- Tu ne l'as pas entendu ? Dit-il avec un sourire carnassier, où est ma pipe ?

Son acolyte émit des sifflements encourageants en épiant la scène avec une curiosité malsaine, comme s'il s'attendait à ce que Draco s'exécutât. Le Serpentard peinait à croire qu'ils étaient bels et bien sérieux. L'idée même de visualiser sa bite si près de son visage le révulsait.

- Wow. je sais que tu es désespéré Smith, mais je ne m'attendais pas à un spectacle aussi lamentable.

Ils se tournèrent tous vers le nouvel arrivant. Zacharias Smith relâcha précipitamment Draco qui tomba lourdement sur le dos, comme s'il voulait s'éloigner des preuves le plus rapidement possible. Depuis le sol, Draco aperçut le Gryffondor, dont l'expression furieuse contrastait avec son ton léger.

- Personne ne t'a sonné Finnigan, lâcha misérablement le Pouffesouffle en resserrant le nœuds de sa serviette autour de sa taille.

Corner et Smith avaient la baguette serrée dans leur poing, comme s'ils s'apprêtaient à en découdre. Leur posture tendue indiqua que le Gryffondor représentait à lui seul une plus grande menace que Draco. Ce dernier tenta de ne pas en être vexé, il était déjà très occupé à se remettre du terrible incident qui aurait pu se produire. La pensée même fit remonter la bile dans sa gorge.

- Pas besoin, on vous entend depuis le couloir, répliqua l'Irlandais sur un ton cinglant.

Plus que d'être soulagé par l'arrivé de son sauveur, il eût peur que cette altercation arrivât aux oreilles des autres élèves de l'école. Encore un autre prétexte pour faire de sa vie un enfer. L'effroi le maintint sur le sol, seulement couvert de son peignoir humide.

- Tu voulais rejoindre la fête ? C'est ce que vous aimez vous autres, non ? Railla Corner avec malice en mimant une fellation.

- Oh oui, comme n'importe qui, répondit Finnigan sur un ton faussement enjoué, mais on aime un peu moins les agressions en groupe. C'est plus apprécié chez les connards apparemment.

Un silence presque tangible succéda à ses accusations. Le Gryffondor toisait les détracteurs de Draco comme si c'était une affaire personnelle. Le Serpentard resta muet et quelque peu fasciné par cette condamnation de la brutalité sous toutes ses formes, même à l'encontre d'un sale Mangemort avec une appétence pour les activités homosexuelles. Ah. Cette intervention de Finnigan n'était pas si désintéressée que ce ça. Craignant d'attirer l'attention et un sort par la même occasion, Draco préféra rester immobile, le temps que la situation se réglât par elle-même.

- C'était juste une blague.

- Sacré humour dans ce cas. Vous comptiez vous arrêter où ? Avant ou après avoir étouffé le pauvre bougre avec ta bite ?

- Ew, c'est écoeurant, je ne suis un putain d'homo-

- Pourquoi tu le défends autant, c'est qu'un sale Mangemort ! A cause de lui des gens sont morts. Il a toujours été une enflure, alors pourquoi on aurait pas le droit de lui rendre la pareille ?

- Comme si ça allait arranger les choses, marmonna Seamus soudainement excédé. J'ai pas envie de perdre mon temps alors soit vous déguerpissez en vitesse, soit je vous force la main.

- T'es tout seul Finnigan, tu ne fais pas le poids. A nous deux on pourrait te faire regretter de ne pas te mêler de ton cul plutôt que de celui d'un sale criminel.

- Essaye pour voir.

Nouveau silence. Entre folie et courage, Draco ne parvint pas à se décider sur le meilleur terme pour qualifier le bluff auquel l'Irlandais s'adonnait. Le Serpentard finit par choisir le terme « Gryffondor », assez passe-partout, mais hautement pertinent pour la situation. Finnigan, du haut de son mètre soixante dix et remplissant tout juste son pyjama décoré de vifs d'or, tint tête, et les toisa jusqu'à jusqu'à ce que les deux autres élèves décidèrent finalement de s'incliner de mauvaise grâce.

- Allons-nous en Michael, avant d'être contaminés par ces tapettes.

Finnigan ne releva pas, et se contenta de lever les yeux au ciel. Reconnaissance et embarras livraient bataille dans l'esprit de Draco. D'un côté, il aurait préféré que cet humiliant événement restât dans la confidentialité des principaux concernés, mais d'autres part il était soulagé de voir que même si la haine qui lui était vouée par la majorité du château était justifiée (c'était indéniable pour lui), quelques âmes dissidentes prenaient ponctuellement le temps de relever la cruauté de cet harcèlement exacerbé. Que ce fût de la part de la bibliothécaire ou d'un Gryffondor égaré, c'était bienvenu. Draco en avait besoin, pour ne pas devenir fou, et ne pas songer au pire.

Il se redressa lentement en s'aidant de la paroi de la cabine de douche, puis ramassa sa baguette. A genou sur le carrelage mouillé et glissant recouvert de son gel lavant, il lança un reparo pour assembler sa bouteille en verre et siphonner ce qui lui restait d'utilisable pour se doucher. La majeure partie avait été dissoute par l'eau déjà présente sur le sol. Le sort d'extension qui permettait à la bouteille de contenir une grande quantité de gel avait lâché, laissant Draco avec l'équivalent de cinq jours de douche. Encore un confort qui disparaissait.

- Tu vas bien Malfoy ?

Il hocha la tête en tentant de calmer les tremblements de ses mains. Il était épuisé de tout. Il voulait simplement s'enfermer dans sa chambre, sur son lit en baldaquin et disparaître. Mais avant cela, il fallait qu'il rassurât Finnigan qu'il était reconnaissant, que son acte héroïque ne serait pas oublié, et qu'il n'avait pas du tout empiré sa situation vis-à-vis de ses assaillants qui étaient aussi rancuniers qu'impitoyables. Draco l'aurait sûrement fait plus tôt si siphonner son gel lavant ne prenait pas autant de temps. Il l'aurait déjà fait s'il n'était pas déjà sur le point d'éclater en sanglot.

Qu'est-ce qui lui arrivait putain de merde ? Pourquoi était-il aussi faible ? C'était trop difficile d'obtenir le pardon de ses compères, trop difficile d'être un héritier digne de ses ancêtres, d'être un bon élève, un bon allier pour les Né-Moldus, d'être un bon camarade de chambre, de pouvoir se défendre tout seul et de vouloir baiser des filles ! Il était un cas désespéré sous tous les angles.

- Ça sent plutôt bon ici, c'est quoi ton savon ? Demanda soudainement Finnigan en s'asseyant sur le banc de douche.

- Baies de Sureau, répondit Draco interloqué.

- Ça doit coûter la peau du cul pour que tu prennes la peine de le siphonner au lieu de commander une nouvelle bouteille.

La tentative de détendre l'atmosphère était maladroite, mais étonnamment bienvenue pour Draco qui parvint finalement à maîtriser ses glandes lacrymales un peu trop autonomes à son goût. Il reboucha la bouteille dont il fortifia le verre avec un sort qu'il utilisait souvent pour ses ustensiles de Potions.

- C'est fait maison, et ça prend beaucoup de temps et d'ingrédients, expliqua le Serpentard en se redressant. C'était ma dernière bouteille.

- Bah merde.

- C'est ça.

Draco décida finalement qu'il valait quand même le coup de prendre une douche, malgré les événements récents. Il fallait qu'il se nettoyât des sales pattes du Pouffessoufle. Il en profiterait pour soigner la bosse sur son front. Alors qu'il s'apprêtait à se déshabiller, il se rendit compte que Seamus n'avait pas pris la peine de quitter la pièce après leur conversation.

- Merci pour ton aide, déclara Draco qui pensait qu'il s'agissait des mots qu'il attendait.

- C'est normal, il faut se soutenir dans l'adversité.

- Je ne suis pas-

Draco s'interrompit malgré lui. Ces mots étaient trop familiers. Même si Draco avait voulu répondre avec autant d'assurance que Potter, ses préférences sexuelles seraient toujours là pour lui prouver le contraire. Il y avait une limite au déni, même pour Draco, mais s'il ne parvenait pas à se faire à l'idée qu'il était véritablement homosexuel dans sa tête, comment pouvait-t-il le dire à haute voix ?

- Écoute, tu n'es pas obligé de te mettre des étiquettes, reprit Finnigan en se levant. Ce qui se passe dans ton lit ou dans ton cœur n'est l'affaire de personne d'autres que toi.

- Pourquoi tu me donnes tous ces conseils, je pensais que tu me détestais.

- Je ne t'aime toujours pas, non.

Entonnement, Draco ne fût pas plus blessé que ça. Il accueillit son avis comme un constat.

- Mais l'homophobie je sais ce que c'est - que tu sois gay ou non, si tu as le malheur de trop parler de tes préférences, tu seras réduit à ton rôle au lit. On peut dire ce qu'on veut, mais les insultes liées au sexe font partie des plus vicieuses.

Draco eut l'impression de découvrir une nouvelle facette du jeune homme. Il n'avait été qu'un figurant dans sa vie, un personnage frivole, un peu pyromane sur les bords, plus ou moins associé à l'entourage du Sauveur selon des polémiques. Toutefois, Draco fut surpris de constater que l'Irlandais faisait désormais partie de la maigre liste d'individus avec qui il avait eu une conversation significative depuis la fin de la guerre. Les apparences étaient parfois trompeuses.

- Enfin bref, je vais aller me coucher moi, conclut-il en se dirigeant finalement vers la sortie. Oh et un dernier conseil Malfoy.

- Oui ?

- Se masturber dans les douches communes n'est vraiment pas la meilleure chose à faire, surtout lorsque tu oublies de mettre les sorts de discrétion-

- Ça va, ça va j'ai compris, interrompit Draco le visage en feu pendant que le Gryffondor éclatait de rire.

Draco se demanda si c'était une forme de harcèlement. Le pire était qu'il ne pouvait s'en prendre qu'à lui-même. Évidemment que dans ce contexte de vie en groupe, quelqu'un allait finir par ouïr ses séances de soulagement. Non pas que ses sorts de silences furent inefficaces, mais les masturbations étaient tellement fréquentes et impromptues qu'il était parfois difficile de ne pas oublier de se protéger des oreilles baladeuses.

- Je dis ça pour toi hein ! Je me demande ce qu'aurait dit Harry s'il t'avait entendu l'appeler pendant que tu te douchais la dernière fois-

- Bonne nuit !

Décidément, Draco était en réalité le responsable de son propre malheur.