Chapitre 9 : Une bonne nuit de sommeil

Ses membres étaient lourds, tout comme ses paupières, et ses yeux lui piquaient. Allongé sur le dos, Draco fixait le plafond en espérant trouver le sommeil avant le lever du soleil. Même avec la pièce plongée dans le noir, dans un silence complet, alors qu'il était installé sur son lit chaud et raisonnablement confortable, bercé par l'effluve fruitée de son gel lavant aux baies de sureau, sa tête ne voulait pas coopérer. Celle-ci s'entêtait à ressasser les événements les plus humiliants de son quotidien en inventant des scénarios utopiques dont l'issue lui permettait de conserver le peu de dignité qui lui restait. La récente tentative de fellation forcée lui restait en travers de la gorge. Que se serait-il passé si Finnigan n'était pas intervenu ? S'agissait-il réellement d'une plaisanterie comme ses deux assaillants l'avaient prétendu ? En tout cas, la bosse sur son front, témoin de leur altercation, était bien réelle. La possibilité que le pire aurait pu se produire, quelles que furent leurs véritables intentions, lui procurait un dégoût viscéral et le maintenait éveillé. Il réalisa alors que le fait d'être un homme ne l'empêchait pas de subir de telles atrocités. Plaisanteries ou non, Draco prit conscience que ce monde d'après-guerre n'était pas aussi sûr pour lui qu'il ne l'aurait espéré.

Il se retourna sur son flanc pour la énième fois et pressa ses doigts contre ses paupières clauses dans une tentative désespérée d'invoquer le sommeil. Ce qu'il aurait donné pour avoir une potion de sommeil sans rêve. Cela lui aurait au moins permis de tenir la matinée suivante sans somnoler, et donner un prétexte aux professeurs pour le sanctionner.

Dans le calme de la nuit, Draco entendit la porte se déverrouiller et s'ouvrir. La chambre ne donnant l'accès qu'à ses occupants, le Serpentard conclut qu'il ne pouvait s'agir que de Potter. A moins que Smith et Corner eurent trouvé un moyen d'entrer par effraction… ? Non, Draco accordait trop de crédit à leur intelligence médiocre. La seule personne détenant l'accès en dehors des occupants étaient la Directrice. Et les Elfes de Maison. A moins que ces derniers eurent soudainement décidé de mener une vendetta contre lui, Draco comprit qu'il ne risquait rien pour la nuit.

La porte se referma doucement. Distrait pas cette perturbation, Draco sortit de sa somnolence. Recroquevillé sous son épaisse couette, il se prit alors à écouter les mouvements de son camarade chambre constamment absent jusqu'à lors. Déjà plusieurs jours que le Gryffondor avait déserté la chambre, et Draco avait presque oublié ce que ça faisait de ne pas dormir seul, d'entendre Potter vaquer à ses occupations dans sa moitié de la pièce. Draco avait beau avoir du mal à l'accepter, mais son absence avait été difficile à ignorer.

Derrière les rideaux de son lit, il fit mine d'être endormi. Secrètement, presque jalousement, il écouta ses moindre faits et gestes, pour profiter du mieux qu'il put de sa compagnie, pour s'imprégner de sa présence volatile, à quelques mètres de là, si près mais toujours si loin. Inconsciemment, Draco prenait soin de rester immobile, de ne pas respirer trop fort afin de ne pas alerter le Gryffondor qui abrégerait sa visite s'il savait que Draco avait conscience qu'il était là.

Tentant d'ignorer le pathétique de sa situation, le Serpentard reconstitua la scène derrière ses paupières en s'aidant des indices sonores qu'il pouvait reconnaître.

Potter retira, avec la pointe de ses pieds ses horribles chaussures usées qu'il abandonna sous son lit comme à son habitude. Les bruits de pas, à peine étouffés par ses chaussettes, reprirent avant de s'arrêter près de sa malle qui s'ouvrit dans un grincement qui résonna dans la pièce.

- Oups-, murmura Potter .

Comme un chat pris sur les faits, Potter ne fit plus aucun mouvement. Du mois ce fut ce que Draco conclut du silence qui suivit durant quelques secondes. Étourdi comme il était, Draco réalisa rapidement que Potter tentait maladroitement d'être le plus discret possible parce qu'il n'avait pas pensé à lancer un sort qui étoufferait le moindre de ses sons. Quand il l'entendit se cogner en jurant, le Serpentard ne pu s'empêcher de se sentir flatté par cette attention, malgré le froid qui demeurait entre eux. Potter était aveugle comme une taupe dans le noir, mais il préférait se prendre les pieds dans tous les meubles de la pièce plutôt que risquer de le réveiller avec un lumos. A moins qu'il ne s'agissait d'une stratégie d'évitement pour récupérer des affaires de rechange, ni vu, ni connu. Cette dernière option était sans doute la plus crédible. Draco eut un pincement au cœur.

Il écouta presque amèrement Potter fouiller dans ses affaires, puis les pas reprirent, en direction du lit cette fois. Draco l'entendit balancer ses vêtements sur son matelas. S'il en croyait le bruit des frottements, le Gryffondor devait sûrement faire son stock pour sa prochaine itinérance loin de sa chambre. Les froissements se poursuivirent pendant plusieurs secondes avant de s'arrêter brusquement. Nouveau silence. Draco discerna le claquement distinctif d'une baguette ricocher contre le parquet, rouler sur le sol avant de s'arrêter. Draco fut immédiatement saisi d'un mauvais pressentiment. Avant même qu'il ne put interpréter la situation, il entendit Potter s'effondrer lourdement.

Puis, plus rien.

Draco resta immobile, à l'affût du moindre son. Il se rendit bientôt compte que la seule source de bruit provenait de sa respiration qui s'accélérait en même temps que sa panique.

Il...Il s'était peut-être endormi ? Oui, Potter était sûrement exténué par ses nuits torrides par centaines. Il n'avait pas besoin qu'on s'inquiétât pour lui. Il ne voudrait certainement pas de l'attention de Draco. Il trouverait sûrement un moyen de relier sa chute à ses crimes de guerre. Donc non, Draco n'avait vraiment pas intérêt à se mêler de ça. Ce n'était pas son problème.

Mais de là à faire tomber sa baguette sur le sol… S'effondrer littéralement de fatigue n'était pas de très bonne augure. Il s'était peut-être cogné la tête. Et si c'était plus grave que ça ? Draco serait le suspect idéal. La culpabilité noua son estomac. Il était tellement égoïste que la seule raison qui le poussait à se soucier de son camarade de classe était la peur d'être accusé à tort.

Il prit une grande inspiration et se promit d'agir si Potter ne se manifestait pas durant la minute qui suivit. Au bout de soixante secondes, Draco se força à jeter un coup d'œil derrière son rideau en baldaquin.

Contrairement à ce qu'il avait voulu croire et faire croire à son entourage, Draco était loin d'être courageux. Son instinct de survie prenait l'emportait toujours, mais il n'allait pas cracher dessus parce que cela lui avait bien servi pendant la guerre. Ainsi, lorsqu'il vit Potter, à moitié déshabillé, affalé en biais sur le bord de son lit, le visage plongée dans une montagne de vêtements, avec la moitié du corps suspendu au-dessus du sol où reposait sa baguette, son alarme interne se déclencha. Hors contexte, la scène qu'il observait donnait l'impression que Potter venait de se faire assommé par une tiers personne qui attendait patiemment que Draco sortit de son lit pour lui réserver le même sort.

Pour autant (poussé par la culpabilité s'il voulait être honnête), Draco se força à s'extirper de son cocon de sécurité. La baguette serrée dans son poing, il posa tout doucement ses pieds nus sur le sol. Il ressentit immédiatement la différence de température, malgré le fait qu'il eût définitivement troqué ses shorts avec des pantalons de pyjamas plus longs. Potter n'avait pas bougé d'un poil, Draco ne pouvait même pas déterminé avec certitude s'il respirait. A part s'il s'approchait. Il se promit qu'à la seconde où il pourrait confirmer que Potter était bien en vie, il retournerait dans son lit. Et sinon...Sinon il irait chercher son éternel acolyte rouquin, même si l'idée d'aller quémander son aide au milieu de la nuit ne lui était pas agréable.

Quelque peu parano, il jeta un œil aux environs comme pour s'assurer que personne n'apparaîtrait par surprise pour l'accuser de vouloir nuire au Sauveur. En plissant ses yeux dans la pénombre, il remarqua qu'une plume qu'il reconnut comme la sienne, planait au-dessus de son bureau. Interloqué, Draco cligna plusieurs fois des yeux, mais la même image lui revint. La plume tournoyait sur elle-même au-dessus de son manuel de Potion, comme si quelqu'un d'invisible la manipulait.

- Finite

La plume se retomba lentement à sa place, là où il l'avait laissée la veille. Perplexe, mais soulagé d'avoir pu maîtriser cette légère perturbation, il se retourna vers Potter qui ne semblait pas avoir bougé. Il décida de chercher l'origine de ce leviosa sauvage après s'être occupé du principal problème de la soirée. Il s'approcha du Gryffondor sans savoir par où commencer.

- Lumos, murmura-t-il avant de poser sa baguette sur la petite table de nuit de Potter

La source de lumière lui permit de voir que Potter était tombé pendant qu'il se changeait. Son T-shirt était encore dans sa main, et son pantalon descendait sur ses reins, laissant apercevoir le début de la rondeur de son derrière plus que décent, (malheureusement) couvert par son sous-vêtement. Parvenant à calmer ses ardeurs, Draco saisit Potter par les épaules pour pouvoir le retourner sur le dos et l'inspecter davantage. Lorsque ses mains entrèrent en contact avec sa peau, il se rendit compte que le Gryffondor était bouillant et couvert de sueur.

- Argh ! Gémit-il en s'essuyant sur la couette

Malgré son dégoût, l'impassibilité constante de Potter commença à l'alarmer. Peut-être que la présence de Madame Pompresh serait nécessaire. Il mit ses réticences de côté et reprit son effort. Tentant tant bien que mal d'empêcher ses mains de glisser, il dut poser un genou sur le matelas et passer un bras sous l'aisselle du jeune homme pour parvenir à déplacer son poids mort, et le mettre sur le flanc, bien que dangereusement proche du bord.

Envahit de toute part par le parfum naturel de Potter accentué de transpiration, Draco s'éloigna pour reprendre son souffle et calmer son cœur qui ne semblait pas comprendre que l'heure n'était pas à l'excitation. Ses joues enflammées ne partageaient pas son avis, mais heureusement pour lui, l'inquiétude était prédominante. En examinant le Gryffondor, il remarqua que son torse, sa gorge et son visage était également couverts de sueurs, mais aussi de frissons, comme lors d'une mauvaise grippe des sorciers. Les sourcils froncés, le visage rougi et préoccupé, comme s'il faisait un cauchemar, Potter gardait les yeux résolument fermés. Il ne savait pas s'il était conscient ou non, mais au moins il respirait, si Draco en croyait les mouvements de sa bouche qui s'ouvrait et se refermait à répétition sans émettre le moindre son.

- Potter ? Tu m'entends? Lança Draco à voix basse.

Il n'eut aucune réponse. Draco rapprocha son oreille de ses lèvres pour tenter de discerner un quelconque mot, en vain. Il n'avait jamais été confronté à pareille situation. Il décida de retourner Potter complètement sur le dos avant d'aller chercher de l'aide rapidement. Il se positionna en pliant les genoux et se pencha en avant. Il poussa sur l'épaule et la hanche du Gryffondor-

Sa vision périphérique lui permit d'éviter de justesse une godasse boueuse qui partit s'écraser contre le rideau de la fenêtre. Il eut à peine le temps de voir la chaussure retomber sur la table de nuit en faisant glisser sa propre baguette sur le sol, que Draco fut attaqué par un manteau. Il faillit perdre l'équilibre.

- Mais qu'est-ce que ?!-

Son lumos flétrit avant de s'éteindre complètement. Repoussé en arrière par l'impact, il se cogna contre sa table de nuit. Il parvint à se débarrasser de son propre manteau en le jetant à l'opposé de la pièce, et donna malgré lui un coup de pied dans une baguette. Il espéra que ce fut celle de Potter, car sans sa baguette, Draco craignit de ne pas pouvoir lutter contre ces projectiles. Il n'eut pas l'occasion de s'en assurer, car ce fut autour de la table nuit de s'animer en lui cogna les genoux. Il s'agrippa in extremis au cadre du lit et se couvrit la tête pour éviter vainement le manuel de potion qui se dirigeait droit sur lui.

- Aïe ! Se plaignit-il en se massant l'épaule.

Quelle était l'origine de ces attaques ? De la magie incontrôlée ? Il n'avait pas vécu d'épisodes depuis au moins une dizaine d'année, ça ne pouvait pas provenir de lui. Quelqu'un avait peut-être jeté un sort à ses affaires pendant son absence pour qu'il dût lutter dans la nuit, privé de sommeil jusqu'à ce que mort s'en suivit. « Draco Malfoy, assassiné par son peignoir » une mort pathétique, mais une forme de justice pour plus d'un.

- Finite ! Finite incantatem ! Fi-

Draco tentait désespérément d'utiliser la magie sans baguette, mais un tel talent ne pouvait s'improviser. Dans cette bataille de projectile dont il devait se défendre tout en étant plongé dans la pénombre, Draco parvint tant bien que mal à éviter les objets les plus lourds. Ces derniers avaient un déplacement plus lent du fait de leur poids, donc étaient plus prévisibles. Par ailleurs, se faire fouetter au visage par un rideau épais n'était pas des plus agréables. La porte de la fenêtre s'ouvrit brusquement et lui rentra dans le dos avec une telle force qu'il s'effondra sur Potter de tout son poids.

- Oh merde ! S'alarma-t-il en sentant les lunettes de Potter sous son avant-bras

Il se retourna tant bien que mal en évitant tout contact avec le Gryffondor qui ne bronchait pas le moins de monde face au chaos qui se déroulait autour d'eux. Draco dut retirer ses binocles enfoncés contre ses paupières clauses afin de ne pas empirer les marques qui apparaissaient déjà. Il ne voulait certainement pas être responsable d'un œil crevé.

Ses yeux s'ouvrirent soudainement. Draco faillit en tomber à la renverse de surprise.

- Potter ? T'es réveillé ? Allons-nous en d'ici !

Comme dans une démonstration horrifique, les yeux luisants de Potter restèrent écarquillés, fixant le vide, tandis que sa bouche émit une expiration bruyante et continue qui résonna dans la pièce. Terrifié Draco céda à la panique pour de bon : Potter était à l'origine de tout ça, il perdait le contrôle !

- Potter ! Arrête ça ! Réveille-toi ! S'écria Draco en le secouant.

Les objets tombaient contre le parquet. Comme animés par une puissante bourrasque, toutes leurs affaires se mirent à virevolter dans les airs. Entre les grincements des meubles, le fracas des projectiles, et le claquement des fenêtres grandes ouvertes, le bruit était assourdissant. Il y avait de quoi réveiller tout le dortoir, voire tout le château, mais personne ne vint à leur aide. Impuissant face à ce cauchemar, Draco poursuivit désespérément ses efforts.

- POTTER ! DEBOUT ! Hurla le Serpentard en giflant plusieurs fois l'intéressé.

Les coups ne semblèrent pas arranger la situation. Pire encore, Draco crut qu'il allait mourir cette nuit-là lorsqu'il sentit le lit se mettre en mouvement. Il perdit l'équilibre et tomba sur le dos derrière Potter. Draco s'agrippa à la literie pour éviter de finir écrasé contre le mur lorsque le lit se pencha sur le côté. Les dents serrés et les muscles contractés à l'extrême, il parvint par miracle à encercler, avec ses jambes, la taille du Gryffondor lorsque celui-ci fut emporté par la gravité. Profitant d'un court retour à l'horizontal, il accrocha un bras autour d'un des poteaux du cadre de lit et resserra son étreinte autour de Potter qui était si près que son visage était désormais enfoncé dans sa nuque. Sa longue expiration résonna toujours aussi forte contre sa peau, Draco tenta de ne pas être effrayé ni par ce son étrange, ni par ses yeux vide à quelques centimètres de lui. Le Serpentard se prépara à la prochaine rotation-

Tous les mouvements s'arrêtèrent brusquement. Les meubles et les objets déplacés revinrent à leur place dans un calme et une douceur similaire à ce qui s'était produit pour la plume quelques minutes auparavant. A l'instar d'un reparo, la chambre reprit son apparence d'origine, comme si rien ne s'était passé. Bientôt, le seul bruit qui persista fut la respiration haletante de Draco, complètement choqué des événements, qui poursuivit son inspection de la pièce, les yeux écarquillés, jusqu'à bien après le rétablissement de la situation. Il lui fallut une vingtaine de minutes pour être rassuré.

En sortant de sa torpeur, il jeta un coup d'œil à Potter dont la position ne lui permettait pas d'examiner l'expression. De son silence, Draco conclut qu'il s'était calmé et que tout était rentré dans l'ordre pour lui. Comme pour appuyer cette théorie, le Gryffondor émit un profond soupire avant de se mettre à renfler doucement.

Il s'était endormi. Pour de vrai cette fois.

A la fois perplexe et surtout soulagé, Draco put enfin relâcher la pression. Il ne comprenait pas ce qui s'était passé. S'il n'avait pas fini dans le lit de Potter, il n'aurait pas pu assurer avec certitude que c'était bien arrivé. Mais il y avait une chose dont il était sûr : il était exténué, physiquement comme mentalement.

Il aperçut sa baguette posée sur la table de nuit, et tendit le bras pour la récupérer. Il lui manquait encore quelques centimètres pour l'atteindre. Il tenta de se redresser mais fut immédiatement plaqué de nouveau contre le matelas. Il cligna des yeux plusieurs fois, surpris.

Il avait pu constater que Potter pesait son poids, mais Draco n'était pas si faible au point de ne pas pouvoir déplacer un congénère de la même carrure que lui. Plus ou moins. Après sa très récente performance musclée, sa force n'était plus à prouver. Pour autant, le Serpentard ne parvint pas à se déplacer. La respiration régulière du Gryffondor lui assura qu'il était bien dans un sommeil profond. Par ailleurs, ça ne l'empêcha pas de retenir Draco à chaque tentative de fuite, que ce fut en se redressant, en se glissant près du bord ou en le repoussant. De même, lorsque Draco essaya pour la cinquième fois de s'en aller, les bras de Potter vinrent encercler sa taille, tandis que son visage se pressa contre sa gorge. Draco sentit un pieds glacé se frotter contre son mollet, juste avant que la jambe entière ne le prît en étau. Le Gryffondor prit une grande inspiration puis les ronflements reprirent.

La nuit allait être longue.


Même avec une marge d'erreur de plus ou moins quatre heures, Draco aurait juré qu'il ne s'était assoupi qu'une dizaine de minutes. Pourtant les rayons de soleil qui s'insinuaient dans la chambre témoignaient du contraire. Émergeant à peine, il lui fallu un moment pour reprendre ses esprits.

Confortablement enveloppé dans un cocon de chaleur, il lui était difficile de ne pas se replonger dans le monde des rêves. Il se recroquevilla sur lui-même pour profiter davantage de cette sensation agréable, et prit une grande inspiration. Il se rappela, alors, qu'il n'était pas seul dans ce lit. Il avait le nez plongé dans la tignasse de Potter dont il reconnut immédiatement l'odeur caractéristique. Même dans sa panique grandissante, il ne put s'empêcher de frotter son visage dans ses cheveux une dernière fois avant de se reculer lentement.

Le cœur affolé par leur proximité, il éloigna délicatement le visage de Potter jusqu'à lors plaqué contre sa clavicule. La chaleur de sa respiration humide contre sa peau, lui manqua immédiatement, comme un baiser trop vite interrompu. Malgré l'urgence de la situation, il se risqua à détailler le moindre détail de ses traits relaxés et vulnérables. Il avait l'air tellement plus jeune, et plus reposé, malgré les sombres cernes sous ses yeux. Draco se sentait presque privilégié, bercé dans cette illusion de confiance que lui accordait le Gryffondor en baissant sa garde aussi près de lui. De même, ses bras et ses jambes s'agrippaient à lui, comme si Draco était la chose la plus précieuse au monde, et qu'il fallait le protéger à tout prix.

Draco aurait détesté qu'on le manipulât sans qu'il n'en soit conscient, surtout s'il s'agissait d'un Mangemort. En effet, Potter serait sûrement dégoûté s'il se réveillait avant que Draco n'eût déguerpi. Pour autant, le Serpentard se laissa aller dans ses fantasmes : il tendit une main hésitante et passa ses doigts dans ses cheveux hirsutes. Il expira de soulagement lorsque Potter ne se réveilla pas. Il observa de nouveau ses traits forts et masculins, sa mâchoire carré qu'il caressa du bout de l'index, et ses lèvres légèrement entrouvertes au-dessus desquelles apparaissait du duvet. Il eut une soudaine envie de vouloir connaître chaque détail de sa personne, chaque courbe, chaque pore, chaque tache, chaque point noir, chaque grain de beauté. Il se prit même à passer ses doigts sur ses joues où les cicatrices d'acné s'estompaient à peine. Plus il en découvrait, plus il aimait ce qu'il voyait. C'était Harry Potter à l'état brut.

Comme dans une transe, Draco poursuivit son exploration en glissant sa main le long de sa gorge parsemée de petites taches de naissance à peine visibles, sur sa clavicule, puis sur son épaule nue. Sa peau était bouillante, mais Draco avait appris durant leur cohabitation, que Potter était quelqu'un qui émettait beaucoup de chaleur, comme s'il cachait un soleil en lui. Lorsque des frissons suivirent la caresse de ses doigts le long de son bras, il retira sa main comme s'il s'était brûlé, persuadé qu'il allait finalement ouvrir les yeux.

Il attendit quelques secondes tétanisé, mais rien ne se produisit. A la fois rassuré et inquiet, il décida de mettre fin à son fantasme et détacha lentement le bras qui l'encerclait. Il dut faire la même chose pour sa jambe, en soulevant sa cuisse qu'il déposa sur le matelas. Tout le long du processus, Draco s'empêcha activement de penser à l'entrejambe du jeune homme qui avait été collée à lui. Non, ce n'était pas une érection matinale qu'il avait senti.

- Harry ! Tu es là ? Résonna soudainement la voix d'Hermione derrière la porte.

Draco se redressa alarmé. L'appel fut suivit d'une série de tambourinement. Potter, secoué par son mouvement soudain commença à s'agiter, signe de son réveil imminent. Affolé, Draco réfléchit à un plan qui lui permettrait de retourner dans son lit avant que le Gryffondor ne se rendit compte qu'il avait partagé sa couche avec un affreux Mangemort. Merlin savait que le Serpentard n'était pas prêt pour une dispute d'aussi bon matin. Hermione qui frappait de plus en plus fort, se ferait un plaisir de joindre la confrontation.

- Harry !

Draco tenta de se glisser hors du lit sans faire pencher le matelas, mais c'était trop tard. Il vit Potter se figer en sentant un corps étranger le frôler. Ses yeux s'ouvrirent d'un coup et s'écarquillèrent à mesure qu'il semblait réaliser la situation. Aussitôt il se redressa, complètement choqué.

Avant même qu'il n'ouvrit la bouche, Draco tenta de jouer la carte de la diplomatie et leva les mains en signe de paix. Il n'avait rien fait de mal. Potter devrait même le remercier de l'avoir empêché de détruire la chambre en les emportant tous les deux.

- Écoute Potter, ce n'est pas ce que tu crois, commença Draco d'autant plus stressé par Hermione qui tentait désespérément d'entrer dans la chambre. J'ai essayé de te réveiller, mais tu n'as pas voulu me lâcher de la nuit. Du coup on n'a pas eu d'autres choix que de dormir ensemble…

Draco avait conscience qu'il racontait les évènements dans le désordre, et cette version de l'histoire allait jouer en sa défaveur. La chambre avait été rétablie dans son état habituel, il ne restait plus aucune preuve du chaos qui s'était déroulé dans la nuit. Il devait sûrement penser que Draco était en plein délire.

Cependant Potter resta silencieux, dans une expression hébétée. Perplexe, Draco pensa qu'il n'était pas complètement conscient, encore à moitié endormi. Il pourrait peut-être profiter de la situation pour lui faire croire qu'il rêvait toujours. Potter observait Draco comme s'il venait de parler dans une autre langue.

- On...on n'a pas couché ensemble ?

- Non ! S'empressa de répondre Draco, écarlate.

- Alors...alors…bégaya le brun en fronçant les sourcils.

Potter agissait comme si tous les fondements de sa vie s'effondraient, comme un enfant qui découvrait que son père, qu'il avait tant idéalisé, n'était pas l'homme admirable et puissant qu'il prétendait être. Semblant perdu, le Gryffondor regardait autour de lui, comme s'il cherchait la réponse à ses questions qui se bousculaient dans sa tête.

- Alors quoi Potter ? Pressa Draco au bord de la crise de nerf.

Ses yeux se posèrent de nouveau sur lui, à la fois fasciné et presque effrayé.

- Comment j'ai pu m'endormir ? Murmura Potter.

- En fermant les yeux ? Tenta Draco en plissant les yeux quand le Gryffondor n'ajouta rien d'autre.

- Non, non, tu ne comprends pas, répliqua-t-il en secouant la tête. On m'a lancé une malédiction ! Je ne peux pas m'endormir sans sexe, sinon c'est le chaos ! Alors comment j'ai pu réussir à fermer l'œil sans nous tuer tous les deux ?!

Au milieu des tambourinements de la porte, Potter et lui restèrent face à face, sur le lit, à se fixer en silence. Draco ne savait pas ce qui avait permis à Potter de régler son insomnie, mais ce dont il était sûr, c'était qu'il faisait partie de la solution.

Désormais, Potter avait besoin de lui.