Bonne année 2022 !

Chapitre 10 : Bénéfice du doute

Contrairement à son emploi du temps habituel, Draco put bénéficier d'une heure de temps libre entre son cours de Potion et d'Arithmancie. Il avait initialement prévu de profiter de ce moment pour monter au dortoir et faire une petite sieste, mais il imaginait déjà Hermione le prendre en embuscade dans sa propre chambre. L'expérience lui avait prouvé que cette sorcière n'était pas à sous-estimer. Même s'il pouvait s'estimer heureux de l'avoir comme alliée (plus ou moins), Draco ne pouvait s'empêcher d'être prudent en sa compagnie.

Dès la sonnerie, Draco quitta la salle de classe. Il avait pu réaliser la potion du jour avec facilité, si bien qu'il pût nettoyer son bureau et ranger ses affaires avant même que l'ensemble des élèves eurent rendu leur travail. Un des avantages a être détesté fut que le professeur prenait soin d'ignorer son existence. Alors que ce dernier s'attardait sur l'exemplarité de la concoction d'Hermione, en binôme avec Potter pour changer, Draco prit la poudre d'escampette.

Il pensa d'abord se réfugier dans les toilettes des garçons non loin de la salle de classe pour brouiller les pistes. Toutefois, il suffisait qu'un de ses acolytes eut une envie pressante pour qu'il fût découvert. Ainsi, il décida de s'éclipser à l'extérieur, comme il avait eu la bonne idée de le faire quelques semaines auparavant. Hermione irait le chercher dans tous les recoins du château, mais elle ne penserait sûrement pas à aller voir du côté de la serre, pas avant que le cours d'Arithmancie ne démarrât en tout cas.

Il fut le premier dans le couloir, si bien qu'il put éviter le flot d'élèves qui se déversait lors du changement de cours. Hermione n'aurait pas cette chance. Heureusement pour lui, la salle de Potions était au rez-de-chaussez, mais Draco ne ralentit pas pour autant. En trottant à moitié, il parvint à la Grande Porte d'entrée assez rapidement. Bien que l'accès à l'extérieur fut autorisé en journée, notamment pour les entraînements de Quidditch, les cours de Botaniques et de Soins aux Créatures Magiques, peu de monde osait braver le froid de la campagne écossaise à moins de n'y être contraint.

Ces réticences étaient bel et bien justifiées. En sentant le vent glacial lui fouetter le visage, Draco reconsidéra sa cachette dans les toilettes des garçons. Non, elle devait sûrement inspecter les lieux avec toute l'audace qui la caractérisait. Et puis, il ne pouvait pas renoncer sur son avance. Il n'était pas prêt à parler de ce qui s'était déroulé le matin même. Potter avait quitté la chambre complètement bouleversé. Qui savait ce qu'il avait raconté à ses deux meilleurs amis ? Weasley l'observait avec plus de méfiance que d'ordinaire, et même si Hermione pensait avec plus d'objectivité, il semblait louche que Draco fut impliqué de manière répétitive dans les déboires de Potter. Le Serpentard commençait à se demander s'il n'avait pas lui-même lancé la malédiction et l'ensorcellement contre Potter, par mégarde.

Peu importait la réalité de ses intentions, il n'avait vraiment pas envie de parler avec elle des événements récents, pour le moment. Avec sa démarche presque clinique, elle parvenait à lui tirer les vers du nez. Il finirait même par lui parler de son observation méticuleuse de Potter, des caresses qu'il lui avait fait en secret, et qu'il peinait à assumer. Rien qu'en y pensant, il en était mortifié. Il avait perdu la tête ! Comme si Potter avait besoin d'un autre prétexte pour le détester. S'il apprenait que Draco l'avait...tripoté, urgh, il ne donnait pas cher de sa peau.

Après avoir ajusté son bonnet et resserrer son écharpe autour de son cou, Draco dévala la colline qui le conduisit en direction de la Grande Serre, récemment reconstruite. En ce milieu d'après-midi, les maigres rayons de lumière qui parvenait à se faufiler à travers le ciel nuageux, se reflétaient sur les vitres de la singulière bâtisse, lui conférant une sorte de halo. Draco n'y avait jamais mis les pieds, mais il reconnaissait que la Grande Serre était l'un des plus beau endroit du domaine. Avec presque une heure devant lui, Draco décida qu'il mettrait son temps à profit pour explorer la végétation abondante qui y était présente.

Après avoir jeté un coup d'œil aux alentours, il ne vit personne. Toutefois, la porte était déverrouillée. Il prit cela comme une invitation et pénétra les lieux. De l'extérieur, il avait eu l'impression de ne voir qu'un amas chaotique de grandes herbes, de feuillages et de plantes aussi excentriques qu'effrayantes, mais l'intérieur était parfaitement organisé et divisé en différentes allées. La température se réchauffa, si vite que Draco dut retirer son bonnet, son écharpe et ouvrir sa robe de sorcier, pour ne pas étouffer. Mais c'était toujours mieux que de pourfendre l'hiver dans les collines pendant une heure.

Il se balada d'allée en allée, distrait par les différentes espèces qui se présentaient. Certaines étaient utilisées pour les cours de Potion, mais la majorité lui était inconnue. Sa fascination fut telle qu'il regretta presque de ne pas préparer la Botanique pour ses ASPICS. Ce fut alors qu'il aperçut des plantes qui lui furent familières : presque entièrement dissimulées dans leur feuillage, Draco discerna des petites billes bordeaux, presque noires. Des baies de sureau, comme celles qui poussaient au Manoir. Les petits fruits n'étaient pas complètement mûrs, mais semblaient de très bonne qualité. Draco se demanda s'il pouvait convaincre le professeure Chourave de lui en donner une partie pour renouveler son stock de gel lavant. L'arbuste fruitier mesurait un peu moins de 1 mètre, il ne portait pas encore beaucoup de fruits, mais les premières pousses étaient prometteuses. Il tendit la main pour en attraper une si la baie avait bon goût, Draco n'aurait pas à utiliser les horribles savonnettes des Elfes de Maison.

- Tu veux détruire l'écosystème avec tes sales pattes ?

Draco fit volte-face et tomba nez à nez avec la dernière personne qu'il aurait voulu croiser. Delcourt se tenait à quelques mètres de là, l'observant avec une expression mêlant méfiance et dégoût. Elle portait un long tablier verdâtre qui lui descendait jusqu'aux chevilles et lui recouvrait les épaules et les bras. Ses mains gantées étaient couvertes de terreau très odorant. Quelque peu soulagé par l'absence de baguette, il resta tout de même prudent. Il ne voulait pas finir recouvert d'engrais si un tablier était nécessaire, Draco aurait peu de chance de nettoyer son uniforme.

- Non, tu te débrouilles assez bien toute seule, répliqua Draco en gardant une distance de sécurité.

- Toujours aussi arrogant à ce que je vois, dit-elle sèchement, ça ne t'as pas suffit de détruire mon couple ? Tu viens me harceler jusqu'ici ?

- Tu te prends vraiment pour le nombril du monde, s'indigna-t-il sidéré. Je suis entré par hasard ! Si j'avais su qu'une mythomane désillusionnée s'y trouait, j'aurais fait demi-tour bien assez tôt.

Piquée au vif, la sorcière lui balança de la terre. Draco put tourner la tête juste à temps pour ne pas en avoir plein la figure, mais son cou ne fut pas aussi chanceux. L'odeur nauséabonde lui saisit les narines si violemment qu'il faillit tomber à la renverse. Froide et humide, la terre s'était insinuée à l'intérieur de sa chemise.

- Putain de merde ! Jura Draco en s'époussetant vainement, t'es complètement tarée ?!

- Toujours là à tout gâcher. Tu peux pas rester tranquille hein, même avec Adam qui te court après, tu ne peux pas t'empêcher de vouloir sauter sur tout ce qui bouge !

- T'as vision de la réalité est complètement distordue ! Potter m'a déjà tout dit sur la nature de votre relation ! Il n'y avait littéralement rien à gâcher ! Et arrête de me balancer de la terre !

Elle jeta son dernier tas avant de s'agenouiller pour en récupérer sur le sol. Draco se recula pour être hors d'atteinte et en profita pour sortir sa baguette et tenter de se nettoyer, dans l'espoir que l'odeur ne tint pas.

- Qu'es-ce que c'est que tout ce grabuge ?! Tonna la voix rauque du professeure Chourave.

La sorcière dodue aux cheveux grisonnants apparut au recoin d'un palmier aux feuilles roses en s'appuyant lourdement sur sa canne, reliquat d'une blessure de guerre. Également vêtue d'un tablier taché, lui recouvrant tout le corps, elle s'approcha d'eux en foudroyant Draco du regard. Pas de doute, le Serpentard allait être le seul à blâmer. Comme pour confirmer cette fatalité, il vit du coin de l'œil Delcourt adopter l'apparence d'une victime sans défense, toujours à genoux sur le sol.

- Professeure ! Appela-t-elle sans perdre de temps, j'essayais de l'empêcher de ravager les plantes, mais il m'a immédiatement menacée avec sa baguette, c'est un enragé !

- Quoi- c'est un tissu de mensonge ! S'offusqua-t-il en voyant le choc se dessiner sur les traits de la sorcière plus âgée.

- Taisez-vous Monsieur Malfoy ! Ne voyez-vous donc pas sa détresse ? Peu importe vos excuses minables, je ne crois que ce que je vois.

Oh non. Ça ne pouvait pas arriver. Une accusation pareille suffirait à le faire renvoyer du château. La panique s'empara de lui. C'était sa parole contre la sienne.

- Non, vous ne comprenez pas, insista Draco désespéré, c'est elle qui m'a attaqué en premier-

- Qui suis-je supposée croire ? Questionna le professeure sur le ton de l'ironie, Mademoiselle Delcourt, qui vient s'occuper de mes plantes de manières bénévoles en dehors des heures de cours, ou bien...vous ?

Elle n'avait pas besoin d'élaborer sa remarque. Draco ne put que secouer la tête, impuissant face à l'injustice de la situation. Il n'aurait jamais dû mettre les pieds dans cet endroit de malheur. Entouré par toute cette végétation, cette chaleur ambiante et cette méfiance, il se sentit étouffer.

- C'est bien ce que je pensais. Rangez-moi cette baguette, et suivez-moi jusqu'au bureau de la Directrice-

- Attendez.

Ils se retournèrent tous les trois vers Neville Londubat, également vêtu d'un long tablier, et coiffé d'une paire de lunettes de protection. Recouvert de terre de la tête aux pieds, il s'extirpa d'un épais feuillage à quelques mètres de là. Rangeant ses outils crasseux dans ses poches avant, il s'avança vers le petit groupe avec une expression mitigée. Lorsqu'il s'arrêta près d'eux, Draco se rendit compte que le petit garçon potelé qu'il se faisait un plaisir de harceler avait bien grandi. Héro de la guerre qu'il était il devait sûrement peser le pour et le contre de sauver les miches de son ancien bourreau en pleine déchéance.

- J'étais juste derrière avec Agathe, déclara le Gryffondor, j'ai vu toute la scène.

Il fallut un moment à Draco pour comprendre que Londubat prenait effectivement sa défense, à contre cœur. Même si Draco était reconnaissant, il ne pouvait s'empêcher d'être également vexé. Oui, il avait conscience que c'était culotté de sa part, après avoir harcelé le pauvre bougre durant toutes ces années. A sa place, il serait resté peinard, en compagnie d'Agathe, qui qu'elle fût.

Le sorcier était tellement ennuyé par la présence de Draco qu'il se refusait à lui accorder ne fût-ce qu'un regard, comme si l'idée de reconnaître son existence lui était physiquement désagréable. C'était justifié, Draco ne pouvait pas lui en vouloir. Surtout lorsque ses yeux étaient braqués sur Delcourt la comédienne de bas étage. Réalisant qu'elle était coincée, cette dernière eut la décence d'être quelque peu embarrassée. Elle se releva avec toute la dignité qui lui restait et entreprit de sauver les meubles.

- Peut-être…que j'ai mal interprété la situation, marmonna-t-elle de mauvaise grâce, mais comment j'aurais pu savoir qu'il n'était pas venu tout détruire. On ne peut pas lui faire confiance !

Elle ne perdait pas le nord, toujours à trouver un moyen de le saboter. Elle se détourna en croisant les bras, comme un enfant. Draco eut beau chercher, il ne trouvait ce qu'il y eut d'appréciable chez elle. Décidément, Potter avait vraiment mauvais goût. Enfin, la plupart du temps.

- Il ne faisait que regarder les baies, Professeure.

- Es-tu sûr de ce que tu dis Neville ? Demanda la sorcière peu rassurée. Tu sais aussi bien que moi qu'avec les récents vols, on ne peut se permettre de donner le bénéfice du doute à n'importe qui.

Draco était le coupable parfait. Avec son passif et son don pour se retrouver au mauvais endroit au mauvais moment, il n'avait aucune chance de pouvoir prouver son innocence. Elle ne lui avait même pas laissé le temps de faire son plaidoyer. Ne reculant devant aucun moyen de s'en sortir, il supplia le Gryffondor du regard. Ce dernier l'ignora superbement pendant un total de dix secondes avant de soupirer dans la défaite. Heureusement pour Draco, les Gryffondors avaient beaucoup trop de scrupules pour s'abaisser à frapper un homme à terre.

- C'est la première fois que je le vois entrer ici, concéda-t-il en grimaçant comme si la vérité était trop amère, au moindre geste suspect, je vous l'aurez immédiatement reporté.

Le professeure Chourave les scruta tous les deux pendant plusieurs instants, à la recherche d'un mensonge ou d'un arrangement qu'ils auraient préalablement établi pour la faire tourner en bourrique. Si elle finit par se laisser convaincre, ce fut grâce au statut de prodige de la Botanique que détenait Londubat, Draco en était certain.

- Très bien, je veux bien laisser passer pour cette fois, je te fais confiance, déclara-t-elle finalement. Toutefois, Neville, tu te portes désormais garant de son bon comportement dans l'enceinte de la Grande Serre.

- Quoi ? Mais pourquoi ? Je n'ai pas le temps de faire du baby-sitting !

- Justement, ça te fera de la main d'œuvre pour ton projet. Merlin sait que ça ne te ferait pas de mal d'avoir un coup de main, bon gré, mal gré. Vous jeune fille, venez m'aider dans mon atelier, il me reste encore une cinquantaine de plantes à rempoter.

Elle s'en alla sans leur laisser le temps de protester, avec Delcourt qui traînait des pieds derrière elle. Draco s'en était sorti finalement. Grâce à l'aide d'un Gryffondor, encore une fois, mais tous les moyens étaient bons à prendre. Il pourrait dormir une nuit de plus dans le château, sans craindre l'arrivée des Aurors. Draco se tourna vers son sauveur pour les formalités qui étaient dues, mais celui-ci rebroussait déjà chemin vers son entre. Peut-être qu'il ne désirait pas que Draco lui adressât la parole plus que nécessaire. Même pour des remerciements.

- Qu'est-ce que tu attends ? Tu ne l'as pas entendu ?

Complètement ahuri, Draco se prit à le suivre jusqu'à son repère. Pour y accéder, le Serpentard dut se glisser à travers branches, épines et lianes, sur un chemin à peine visible, sans pour autant que Londubat n'eût la pitié de l'attendre. Au milieu des hautes herbes, comme coupé du monde, une longue table étroite en bambou présentait un ensemble d'outils d'horticulture, mêlée à des fioles, des manuels et des parchemins noircis de schémas en tout genre. Draco se rappela alors la raison pour laquelle il n'apercevait le Gryffondor que très rarement. C'était parce qu'il s'affairait dans son laboratoire privé, au milieu de la Grande Serre. Un des avantages à être héro de guerre. Ou génie de la botanique.

- Ne touche pas à ça, à moins que tu ne veuilles mourir dans d'atroces souffrances.

Draco éloigna immédiatement sa main des fleures luisantes dont l'odeur enivrante avait, inconsciemment attisé sa curiosité. Si belles mais pourtant si dangereuses. Avec leurs pétales brillantes aux couleurs changeantes, leurs tiges se dressaient de manière élégante, comme si elle mourraient d'envie d'être cueillies et humées pour leur parfum si délicieux. Son observation fut immédiatement interrompue lorsque Londubat recouvrit les plantes avec une cloche hermétique et opaque.

- Ces fleurs sont mortelles Malfoy, précisa-t-il en détachant chaque mot comme s'il s'adressait à un idiot.

Draco se sentit ridicule de s'être fait envoûter aussi bêtement. Une sensation qui ne lui était étrangement pas inconnue. A bien y réfléchir, cette odeur boisée lui était quelque peu familière.

- Pourquoi garder des plantes aussi dangereuses dans l'enceinte d'une école ? demanda-t-il distraitement.

- Poudlard a connu des choses bien pire, répliqua-t-il pleins de sous-entendus. J'étudie leur potentiel thérapeutique. Malheureusement, comme tu as pu l'entendre, des échantillons ont été récemment dérobés. Depuis, avec le professeure, on change fréquemment leur localisation pour empêcher toute nouvelle tentative. De toute façon, dans mon espace de travail, aucune chance que ça se reproduise. Elles sont en sécurité maintenant.

C'était peut-être sa passion pour la botanique qui le faisait parler, mais Draco eut l'impression que Londubat cherchaient à protéger les fleurs des gens plutôt que le contraire. Solitaire comme il était, il n'était pas étonnant de perdre la boule dans de pareilles circonstances.

- Tu n'a pas peur d'être, toi-même affecté par leur présence ?

- Pas vraiment. J'ai étudié des trucs bien plus coriaces, et puis ma tenue de travail repousse les ensorcellements et les phéromones de tout type. Tu verras, ça te sera très utile pour manipuler les végétaux.

Le Serpentard, qui commençait à se demander s'il venait réellement d'être engagé comme commis de botanique, faillit s'étouffer de surprise. Il espéra ne pas avoir avalé du pollen de travers.

- Tu veux vraiment de mon aide ?

- Tu l'as entendue.

- Écoute, je te remercie d'avoir pris ma défense alors que tu n'avais littéralement rien à y gagner, surtout après la façon dont je me suis comporté avec toi toutes ces années…

- Continue.

Décidément, Draco avait l'art et le savoir pour parler des sujets sensibles auprès des victimes de son harcèlement exacerbé. Il eut l'impression de revivre ses excuses présentées auprès d'Hermione. Le terrain était plus hostile cette-fois-ci. Londubat pouvait le faire littéralement disparaître sans laisser de traces, sans que personne ne s'en souciât.

- Je suis désolé de t'avoir harcelé. Je me suis comporté comme le dernier des abrutis, en m'acharnant sur l'élève le plus réservé et craintif de la promotion. Et je ne dis pas ça négativement, s'empressa d'ajouter Draco en voyant ses lèvres se pincer.

- Mais encore ? insista le Gryffondor en transformant une de ses pèles en une chaise dans laquelle il s'installa en croisant les bras.

Draco savait qu'il allait être confronté à ce genre de situation tôt ou tard, mais ça ne l'empêcha pas d'être si nerveux que ses mains et ses aisselles devinrent moites. Dans cette chaleur tropicale, et cette humidité ambiante, chaudement habillé et couvert de boue, il devait avoir un drôle d'air. Ce n'était certainement pas l'accoutrement attendu pour prononcer des excuses formelles. Malgré tout, il décida de jouer la carte de la sincérité, en espérant avoir autant de succès auprès du sorcier qu'il en avait eu auprès d'Hermione.

- Mes...mes parents m'ont élevé avec une mentalité de compétiteur. Dès mes trois ans, j'ai été comparé aux héritiers sang-purs de mon âge, pour être le plus intelligent, le plus sportif, le plus beau, le plus populaire, le plus...le plus parfait. Comme je n'ai jamais été assez bon pour mon père, la seule stratégie qui s'est présentée à moi a été d'humilier mes adversaires pour me distinguer. Ça n'a pas de sens qu'en on y pense vraiment, parce qu'il n'y avait pas vraiment de compétition, c'était juste mes parents qui voulaient un fils sans pareil. Ce qu'ils ont obtenu, au final c'est un fils pernicieux, arrogant et cruel qui étendait son influence par la peur, et la menace. Un fils digne de son père, finalement.

Londubat resta si indifférent que Draco crut qu'il allait l'interrompre pour l'envoyer raconter son histoire larmoyante à ceux que ça intéresseraient. Toutefois, il resta silencieux, laissant le Serpentard patauger dans son monologue.

- Hum…, tout ça pour dire que c'est ainsi que tu es devenu ma cible de… de prédilection, disons les choses franchement, confessa nerveusement Draco les yeux rivés sur le sol terreux. Tu es l'héritier d'une famille de sang-pur, sympathisante de Dumbledore et pratiquante invétérée de magie blanche, tu étais un Gryffondor et l'ami de Potter, donc je me suis déchaîné. Et comme tu ne te défendais pas-

- Donc ça justifie ce que tu m'as fait subir ? Tu me parles de ta gentille histoire comme si c'était une fatalité, gronda Londubat sur un ton plein de dégoût, tu as fait tes propres choix, ne te cache pas derrière ceux qu'ont pris tes parents ! Ça décrédibilise complètement ma souffrance !

- Je sais, je le sais parfaitement, répliqua Draco les mains levées devant lui. Loin de moi l'idée de justifier ce que j'ai fait par la façon dont j'ai été élevé. C'était juste le cheminement de mon explication… mais je me suis mal exprimé.

De toute sa vie, Draco n'aurait jamais pensé craindre la personne qui se tenait face à lui. De l'eau avait coulé sous les ponts. Désormais c'était Draco qui était réservé et craintif, accablé par les torts et les méfaits, coupable jusqu'à l'os, mais Londubat prenait tout de même le temps de l'écouter. Il fallait qu'il saisît sa chance. Il ne devait pas oublier sa quête de rédemption.

- Ce que je veux dire c'est que…, reprit Draco qui perdait ses mots sous son regard accusateur. Tu ne vas peut être pas me prendre au sérieux, et considérer que je m'excuse pour redorer ce qu'il me reste de ma réputation-

- Tu me laisses en être le juge ? Je peux penser par moi-même, merci.

Le Serpentard déglutit nerveusement. L'hostilité tangible le poussa à croire un instant qu'il ne s'agissait pas vraiment de Neville Londubat, pourfendeur de serpent, mais d'une autre personne particulièrement vindicative sous polynectar. Il ne lui faisait aucun cadeau. A côté ça, sa séance d'excuses avec Hermione avait été une partie de plaisir. Draco avait l'impression d'être retourné dans la salle d'audience glaciale, devant les membres du Magenmagot, assoiffés de vengeance et déterminés à restaurer leur pouvoir. Pour autant, Draco était parvenu par il ne savait quel miracle à convaincre les jurés de l'épargner. Cette fois-ci, bien que l'enjeu ne fut pas le même, le Serpentard commençait à douter de l'issue de cette conversation. Comme lui avait indiqué Hermione auparavant, il n'allait pas obtenir le pardon à tous les coups, s'il était chanceux de pouvoir s'excuser auprès de certaines de ses victimes, il ne devait pas être cupide, et leur laisser le choix. Agir sur ce qui était à sa portée était déjà une bonne chose, quel qu'en fut le résultat. C'était ce qu'une personne bien faisait.

- Je suis désolé pour mon comportement, j'en ai vraiment honte, avoua-t-il finalement en tripotant nerveusement sa chemise couverte de terre, je te demande pardon pour toutes les choses affreuses que je t'ai dites, les insultes sur ton apparence, les intimidations, les coups. Personne ne mérite d'être traité comme ça. Tu n'as pas besoin que je te le rappelle, mais tu es un sorcier admirable qui a su rester droit dans ses choix, même face à la menace.

- La flatterie ne te mènera nulle part-

- J'en ai conscience, mais je tiens à le dire quand même, tu me laisses cette possibilité ?

Toutes ces interruptions commençaient à « l'ennuyer fortement », pour rester poli. Draco tentait de rester diplomate avec ses minables excuses désordonnées, mais poussé à bout dans ces conditions plus que défavorables, il craignait de dire des choses qu'il regretterait. Heureusement pour lui, sa majesté Londubat hocha la tête de bonne grâce, signifiant son accord.

- Bien. Ce que j'essayais de dire, c'est que j'applaudis la personne que tu es. Je n'ai jamais eu de bons modèles dans mon entourage, donc je ne pourrais pas vraiment comparer, mais tu es l'une des personnes les plus courageuses qu'il m'a été donné de côtoyer, de loin s'entend. Je ne te connais pas vraiment, et je ne suis pas du tout légitime pour apporter un quelconque jugement de valeur, mais je veux tout de même que tu saches que j'aurais aimé avoir ne serait-ce qu'une infime part de ce courage. Merlin sait que ça m'aurait permis de prendre de meilleures décisions.

Draco garda les yeux rivés sur le sol, redoutant la réponse de son interlocuteur. En apercevant le terreau séché, il se demanda distraitement pourquoi il n'avait encore lancé de Recurvite. Il décida finalement d'attendre le verdict avant de se risquer à dégainer sa baguette. Le silence dura quelques secondes.

Puis Draco entendit la chaise grincer. Il vit Londubat se lever et se diriger vers un vieux coffre poussiéreux débordant d'affaires toutes aussi désuètes. Il fouilla pendant plusieurs instants, retirant d'autres outils, des vieux parchemins moisis, et une grosse bâche trouée et couverte de boue. Il finit par sortir une vieille paire de bottes rouges, une paire de gants assortie et un large tablier décoloré, jaune à pois blancs, un motif qui révulsa physiquement Draco.

- Tiens, fit Londubat en lui lançant ces atrocités vestimentaires qu'il attrapa malgré lui.

- C'est pour les brûler, j'espère ? Draco ne put s'empêcher de demander.

Le Gryffondor lâcha un rire malgré lui. Draco prit ça comme une petite victoire.

- Je ne suis pas contre, mais j'ai bien peur que ce soit la seule tenue en rab, plus ou moins à ta taille, que j'ai sous la main. Et non, aucune chance de modifier quoi que ce soit avec un charme. Tu risques de perturber le sort qui y est intégré et déstabiliser l'écosystème autour de nous. D'ailleurs, il faut que tu laisses ta baguette dans la boîte, ajouta-t-il en tapotant une caisse en bois qui contenait déjà la sienne.

Draco se retint de protester en comprenant qu'il s'agissait de sa façon d'accepter ses excuses. Il prit une grande inspiration et accepta vaillamment le sort qui lui était réservé. Le sorcier venait de le sauver d'une expulsion immédiate. Il lui devait bien ça. Londubat eut la décence de se retenir de rire lorsqu'il eut fini de se changer. Draco lui remit dignement sa baguette, non sans réluctance, et déposa soigneusement ses affaires dans la vieille malle, en se promettant de leur appliquer un Recurvite puissant dès sa sortie de la Grande Serre.

Conscient que Draco avait un cours d'Arithmancie dans moins d'une vingtaine de minutes, Londuabat lui assigna une tâche rapide et inratable même pour quelqu'un qui n'avait pas la main verte : arroser une liste de plantes précises à l'aide d'une pipette remplie d'un liquide fortifiant bleuâtre qu'il avait mis au point. Dix-sept gouttes étaient nécessaires, ni plus, ni moins.

- Tu ne vas pas en cours aujourd'hui ? Demanda Draco qui ne se rappelait pas avoir croisé le jeune homme de la journée.

Londubat, occupé à tailler les racines d'une espèce d'arbuste tentaculaire qui cherchait à lui crever un œil, ne répondit pas tout de suite. La botanique était une discipline bien dangereuse.

- Non, répondit-il finalement la respiration haletante, une fois par semaine, j'ai un jour dédié à mon projet d'apprentissage pour l'année prochaine. Le Professeure Chourave, souhaite me prendre comme disciple, pour éventuellement la remplacer quand elle partira à la retraite dans quelques années. Enfin, « retraite » n'est pas tout-à-fait le bon mot.

Il s'interrompit un instant pour le rempotage, avant que sa plante n'entreprît de s'échapper pour mettre ses plans de domination du monde à exécution.

- Toujours aussi effrontée cette Agathe, commenta-t-il sur un ton affectueux une fois qu'il eût fini. Enfin bref, comme je disais, ce n'est pas tout à fait une retraite parce qu'elle prévoie de travailler en collaboration avec quelques pépites du domaine sur des travaux de grandes envergures. Je travaillerai à Poudelard en tant que remplaçant, mais elle m'a confié qu'elle ne reviendra sans doute pas. Après cinquante ans de loyaux services, c'est normal d'avoir envie d'aller voir ailleurs.

Draco fut à la fois impressionné par le parcours qui s'offrait à son camarade de classe, et par cet aspect bavard de sa personnalité qu'il ignorait jusqu'à lors. Sa passion pour les végétaux ne devait pas faire consensus auprès de ses amis, si bien qu'il apparaissait souvent en solitaire. A force, il en avait accumulé des choses à dire. Ça ne dérangeait pas vraiment Draco de l'écouter. Il avait lui-même peu de monde avec qui faire la conversation, et discuter d'un sujet qui n'impliquait pas de près ou de loin son rôle dans la guerre, était toujours agréable.

- Félicitations, dit-il sincèrement avec une pointe d'envie. Tu as déjà un plan de carrière pour les cinquante prochaine année, dans ce cas.

- Oula, non, j'espère m'en aller bien avant, répliqua Londubat qui se mit à récolter minutieusement les feuilles de plusieurs herbacés quelque peu capricieux. C'est bien pour l'expérience, mais la marge de manœuvre est très limitée quand on enseigne. J'espère pouvoir voyager pour étudier plus d'espèces encore. Pourquoi pas même créer, en collaboration avec un maître de Potion, une nouvelle variété avec des propriétés thérapeutiques ciblées sur les maladies psychiatriques…

Il resta silencieux plusieurs secondes, comme perdus dans ses pensées. Ne sachant pas trop quoi dire, Draco préféra se taire et se concentrer sur sa tâche. Il ne lui restait plus que quelques minutes avant de devoir raccrocher son tablier. Heureusement.

- Qu'est-ce qui t'as amené dans la serre, en fait ? Je ne t'ai jamais vu traîner par ici.

- Oh, hum, j'avais du temps à tuer, et comme la porte était ouverte, j'ai voulu explorer.

- Vraiment ? demanda Londubat peu convaincu. Tu sais que tu m'as mis en porte-à-faux à cause de cette supposées curiosité, donc ça vaudrait peut-être le coup de me dire la vérité.

La vérité impliquait de raconter tous les événements depuis sa première coucherie avec un Potter plus ou moins consentant. Londubat n'était certainement pas prêt à recevoir de telles informations, et Draco ne voulait pas tomber plus bas dans son estime alors que leur relation semblait tout juste s'améliorer. Le Serpentard avait besoin de tous les alliés qui se présentaient à lui, bon gré, mal gré.

- Je t'assure que c'est vrai, j'ai même été très intéressé par les baies de sureau que vous faites pousser près de l'entrée. Rien à voir avec le vol dont le professeure Chourave à parler, s'empressa-t-il d'ajouter.

Vraiment, Draco se tirait une balle dans le pieds. Il se connaissait plus subtile, toutefois, le désespoir ne le faisait pas réagir de la meilleure des façons.

- Oh je me doute bien que tu n'es pas responsable du vol, ce ne serait pas judicieux au vu de ta situation actuelle, déclara-t-il en levant les yeux au ciel.

- Qui voudrait voler des plantes mortelles ? Oh. Quelqu'un planifie un assassinat, conclut Draco livide à l'idée d'en être cible.

- Oh non, rassura-t-il, en général ce type de plante n'est dangereux qu'au moment de la cueillette, mais leur utilisation peut être plus insidieuse que le simple meurtre. Ces fleurs peuvent être utilisées pour soigner des maladies liées à la vue dans le meilleur des cas. Dans le pire, elles sont aussi efficaces que les phéromones des Veelas de sang pur. D'où leur nom : flos seduxit.

La concoction de l'Amortentia était interdite au sein du château, même pour les dérivés les plus dilués. C'était compréhensible étant donné l'effervescence de certains à l'égard de Potter. Toutefois fois, d'autres étaient prêts à braver l'interdit pour les beaux yeux du Sauveur. Cela avait-t-il un lien avec l'ensorcellement de Potter. Non, Londubat venait d'expliquer qu'à l'instar des Veelas, l'utilisation maligne de ces fleures permettait d'être plus séduisant aux yeux des autres...

- Malheureusement, avec tous les gens qui viennent se bécoter en secret près de la serre, il est difficile d'établir une liste de suspects convaincants. En tout cas, si tu vois des comportements anormaux, ça nous aiderait à enquêter sans alerter tout le château et la presse par la même occasion.

Draco lança le premier nom qui lui vint à l'esprit, comme une évidence.

- Delcourt ! Je sens qu'elle est prête à tout pour séduire, une vrai nymphomane, ma parole, ajouta Draco sans mâcher ses mots.

- Je pensais qu'elle était déjà avec quelqu'un, répondit Londubat confus.

- Non, non, elle ment comme elle respire, tu l'as bien vu ? Elle va raconter à qui veut l'entendre qu'elle est quasiment mariée à Potter. Il n'y a plus rien entre eux, ça je peux te l'assurer. Euh- d'après une source fiable… qui veut rester anonyme.

Draco voulut se taper le front, mais il ne préféra pas s'incriminer davantage. Autant révéler de but en blanc qu'il était bel et bien impliqué dans les amourettes de Potter. Pourquoi pas lui dire les activités intenses auxquelles ils s'étaient adonnées ? Ainsi, il pourrait lui détailler exactement la source de la haine qu'éprouvait Delcourt à son égard.

- Je ne parle pas de Harry, j'ai bien compris que c'était fini entre eux, j'ai bien entendu votre dispute plus tôt, avoua-t-il en grimaçant. Je l'ai aperçue à plusieurs reprises avec un Pouffesouffle, et leur interaction n'avait rien de platonique. Enfin je ne suis pas restée à les regarder tout le long! Je les ai juste vu sur le point de s'embrasser et je suis vite retournée dans mon atelier-

- Du calme Londubat, rassura Draco surprit de le voir aussi gêner par un simple baiser. Tu n'as pas à te défendre face à une évidente démonstration d'exhibitionnisme éhonté, loin de moi l'idée de penser que tu es un voyeur.

Voir Londubat aussi déstabilisé, rappela à Draco que le petit garçon maladroit qu'il avait été n'avait pas complètement disparu.

- A moins que ça ne te plaise d'observer ?

- Non ! Pas du tout ! S'écria le Gryffondor complètement écarlate. Par Godrick ! C'est bien la dernière chose que je veux qu'on pense de moi. Je déteste parler de ça, ugh. C'est tellement embarrassant.

- Je te crois, je te crois, assura Draco en se retenant de rire. Ça doit pas être simple alors de contrôler ta horde de fan. J'ai cru comprendre que tu n'avais rien à envier à Potter sur ce terrain…

- C'est bien pour ça que je préfère rester cloîtrer dans mon atelier, soupira-t-il en secouant la tête. Arrêtons de parler de ça, tu veux bien. Ça me met mal à l'aise.

- C'est toi le patron, concéda Draco en jetant un œil à la petite horloge à pieds posée sur la table. C'est le moment pour moi de rendre mon tablier. Un plaisir de discuter potins avec toi Londubat. Une heureuse surprise vraiment. Un gros progrès dans notre relation.

Draco retira sa tenue de travail et enfila son manteau, et son écharpe. Il prit soin de tout remettre à sa place et se retourna pour récupérer sa baguette. Il se rendit alors compte que Londubat était silencieux et l'observait intrigué, avec la caisse en bois entre les mains. Il avait l'air d'hésiter à lui rendre sa baguette. Draco pensa immédiatement qu'il était allé trop loin dans ses paroles. Il venait à peine de s'excuser, ce n'était pas comme si le sorcier allait le pardonner après une conversation futile. Peut-être qu'il allait lui demander de ne plus remettre les pieds dans la Grande Serre. Après tout, au moindre faux pas de Draco, Londubat en subirait les conséquences.

- Je...Je ne sais pas encore si je peux totalement te faire confiance, commença-t-il incertain les yeux rivées sur la caisse. Après tout, c'est la première fois que tu t'adresses à moi sans chercher à me rabaisser. Donc je suis un peu mitigé.

Draco eut honte d'avoir eu la prétention de croire qu'il pouvait discuter de manière aussi décomplexée à une personne à qui il avait fait vivre un enfer. Il lui avait parlé comme s'ils avaient toujours été amis, comme si toutes ces années de harcèlement n'était qu'un simple malentendu réglé par une petite excuse. Peut être que Londubat s'était forcé à discuter avec lui ? Qu'il était très mal à l'aise en sa présence qui lui avait été imposée par le professeure Chourave.

Draco avait oublié sa place.

- Mais tu as raison, ça a été une bonne surprise, reprit finalement le Gryffondor. Je ne sais pas si ce sera toujours aussi simple de discuter avec toi, mais je veux bien essayer. Je serais le seul juge de ce progrès par contre.

Draco hocha la tête bêtement, presque engourdi par la tournure soudaine de la conversation qu'il pensait être initialement un rejet. Le Serpentard ne voulut pas se bercer d'illusions à croire qu'il était sorti d'affaires, mais ce geste en retour que lui accordait Londubat, était plus que ce qu'il aurait voulu espérer. Il avait accepté ses excuses. Sa sincérité. Sa rédemption.

- Merci. Merci beaucoup.

- Tiens, dit simplement le sorcier en lui tendant sa propre baguette.

Il lui présentant l'objet par le manche, comme une nouvelle preuve de cette confiance naissante.

- Merci, répéta encore Draco comme si c'était le plus beau des cadeaux.

Le Serpentard comprit qu'il était dans un état vraiment pathétique, lorsque Londubat se mit à lui tapoter maladroitement l'épaule. Quelle ironie : l'ancienne victime qui consolait son ancien bourreau. Draco aurait rit s'il n'était pas occupé à retenir ses larmes… de joie ? De soulagement ? Il ne savait pas vraiment. Il avait juste la certitude, de s'éloigner progressivement de cet enfant froid et cruel qui se complaisait dans son ignorance en profitant des privilèges qui lui avaient été accordés, sans fondement, sans efforts, sans justice. Il n'était plus la même personne, il devenait quelqu'un d'autre. Et on croyait à la sincérité de sa démarche.

- Bon, on...se dit à la semaine prochaine. Même heure, même endroit ? suggéra Londubat gauchement.

- Oh non, c'est censé être un arrangement récurrent ? Tenta Draco sur un ton léger.

- Malheureusement, tu n'es pas aussi inutile que tu le prétends, donc je crains que oui, plaisanta-t-il en retour. En échange, je demanderai au Professeure de te laisser quelques baies de Sureau mûres de côté pour ta réserve de parfum.

- Presque, c'est pour ma réserve personnelle et unique en son genre de gel lavant, déclara fièrement Draco.

- Il me semblait bien avoir senti une odeur fruitée venant de toi, dit Londubat impressionné. Oui je sais c'est bizarre, mais à force de traîner avec des plantes, ça forge l'odorat.

- Tout talent est bon à prendre, après tout, répliqua le Serpentard faute de mieux. En tout cas, j'accepte le marché. Je viendrais en échange d'un approvisionnement de mes stocks, Merlin sait que j'en ai cruellement besoin. Et si ça me permet d'être dispensé de cours une partie de la journée, c'est encore mieux.

Sur ces mots, Draco du abréger leur passionnante conversation pour se rendre en cours d'Arithmancie, avant que la sonnerie ne retentît. Même si cela signifiait qu'il ne pourrait plus fuir Hermione, rien ne pouvait gâcher sa bonne humeur.


Comme à son habitude, Draco avait parlé trop vite.

Hermione l'attendait de pieds ferme devant la salle. Elle n'eût pas besoin d'ouvrir la bouche pour lui confirmer qu'un interrogatoire était imminent. Même s'il redoutait déjà ses questions intrusives, il s'estima heureux que ses deux acolytes ne furent pas en sa compagnie. Le cours d'Arithmancie avancée n'était pas pour les amateurs. La salle de classe n'était pas vraiment le lieu idéal pour discuter d'un sujet aussi sensible, mais avec un peu de chance, le professeure Vector leur infligerait un devoir sur table pour la dernière heure de cours de la journée.

Il s'arrêta un instant dans le couloir pour appliquer un nouveau Recurvite sur ses vêtements, dans l'espoir d'atténuer sa puanteur. Draco avait l'impression de moins sentir le crottin d'hippogriffe, mais c'était peut-être parce qu'il s'était habitué à l'odeur…? Oh non. Draco n'avait vraiment pas besoin de ça.

- Hermione, salua-t-il en entrant dans la classe sans l'attendre.

- Draco, il faut qu'on parle, dit-elle sur ses talons.

- Peut-être plus tard, le cours va commencer.

Aussitôt dit, la sonnerie retentit et le Professeure Vector passa le pas de la porte en refermant derrière elle. Draco s'installa au fond de la classe, à l'opposé de la place habituelle d'Hermione qui s'asseyait d'ordinaire au premier rang. La sorcière n'en démordait pas. Elle posa ses affaires juste à côté de lui, si près qu'il faillit être étouffé par sa chevelure abondante. Si elle avait pu, Draco était certain qu'elle se serait installée sur ses genoux pour le maintenir en place.

- « Plus tard » c'est à condition de pouvoir t'attraper , rouspéta-t-elle en déposant sèchement son manuel sur le bureau. Où t'étais passé ? Et c'est quoi cette odeur ?

Draco tenta tant bien que mal de rester de marbre. Hermione le scruta attentivement puis tira brusquement sur le col de sa robe de sorcier et renifla bruyamment, sans se soucier des regards interloqués alentours. Draco lâcha un hoquet de surprise. Complètement mortifié, il resserra sa robe de sorcier autour de lui, craignant un instant qu'elle le déshabillât pour trouver des indices.

- Qu'est-ce que tu fais-

- Tu sens l'engrais...comme Neville quand il revient de la Grande Serre ! Mais oui, j'aurais dû y penser, dit-elle en tapant sa main sur son front.

- L'odorat sur-développé c'est symptomatique chez les Gryffondors ou quoi ? Demanda Draco à la fois impressionné et effrayé par sa perspicacité.

- Ne change pas de sujet s'il te plaît. C'est important. Qu'est-ce qu'il s'est passé avec Harry ?

Le professeure Vector débuta l'appel. Résigné, Draco s'assura que ses camarades de classe étaient assez éloignés pour ne pas discerner leur conversation. Un assourdiato n'était pas une option en pleine leçon, à moins de vouloir attirer d'autant plus l'attention.

- Je suis sûr que Potter t'as déjà tout dit, lâcha Draco en feuilletant nerveusement son propre manuel

Il agissait comme un coupable alors qu'il n'avait rien fait de mal. C'était devenu presque instinctif chez lui. Il partait du principe qu'il était coupable jusqu'à preuve du contraire. Après tout, tout le monde se méfiait de lui même lorsqu'il n'avait rien fait. Si bien qu'il assurait à outrance son innocence, jusqu'à ce que cela devint louche. Que ce fût dans ses mots ou dans sa gestuelle, tout transpirait la nervosité, chez lui. Il n'avait rien fait de mal, il avait même sauvé Potter, pourquoi avait-il tout de même l'impression d'être en tort ? C'était par ce qu'il avait mis trop de temps à intervenir ? Qu'il n'avait pas agit de la meilleure des façons ? Peut-être qu'il aurait dû chercher de l'aide des les premières perturbations ?

- Oui, mais il était inconscient. J'ai besoin que tu me racontes ce que tu as vu, et tout ce que tu as fait cette nuit, pressa-t-elle avec urgence. Il a passé cinq jours sans dormir avant hier soir. Comment tu t'y es pris ? Il faut que je sache.

- Cinq jours ? S'étonna-il intrigué, il n'a trouvé personne pour remplacer Delcourt ?

- Un peu de silence Monsieur Malfoy. Ne m'obligez pas à vous retirer des points.

Draco marmonna des excuses en regrettant presque d'avoir fui Hermione durant l'heure précédente. Une salle de classe remplie de potentiels commères n'était pas le meilleur endroit pour discuter des nouvelles habitudes nocturnes du cher Sauveur. Même s'il avait du mal à se l'avouer, la récente insomnie de Potter attisait particulièrement sa curiosité. S'il comptait bien, cela signifiait que le Gryffondor n'avait pas fermer l'œil depuis leur dernière dispute. Il n'était pas retourné voir Delcourt. Il n'était allé voir personne. Pour quelle raison ? Était-ce le temps de rechercher une remplaçante ? Où passait-il ses nuits jusqu'à lors ? Les questions se bousculaient dans sa tête, si bien qu'il n'entendait plus le professeure Vector énoncer les consignes pour la séance du jour. Hermione ne semblait pas s'en soucier non plus, mais elle ouvrit tout de même son livre à la bonne page, et sortit un parchemin pour prendre des notes.

- Justement, je pensais que tu pouvais m'éclairer sur le sujet, reprit-elle à voix basse. Je croyais que vous vous étiez rapprochés depuis le jeu. Ça n'a pas l'air d'être le cas. Tout ce que je sais, c'est qu'il refuse de chercher de l'aide pour s'endormir depuis. Comment suis-je censée comprendre s'il ne me raconte rien ? Cet idiot ! Toujours à vouloir se débrouiller seul, mais qui ramasse les pots cassés quand il est en danger ? C'est bibi.

Elle appuya ses mot en enfonçant la pointe de sa plume dans son parchemin, avant de reprendre son écriture. La frustration devait être à son comble pour la jeune fille. Potter avait avoué à Draco qu'il s'était entretenu avec Hermione à propos de leur proximité. Il avait l'impression qu'elle en avait conclu que Draco était le nouveau remplaçant de Delcourt. Franchement, la situation était déjà assez compliquée, mais Potter semblait avoir le malin plaisir d'empirer la chose en ne racontant qu'une partie des événements. A ce moment-là, Draco n'enviait pas du tout la place d'Hermione, avec son adolescent turbulent à charge.

- L'été dernier, j'ai assisté au chaos qui se produit lorsqu'il tombe de fatigue et entre dans sa transe. Avec Ron, on a fait ce qu'on a pu pour le garder hors de danger. Ça a duré deux jours et une partie de la maison a été détruite.

Le visage décomposé, Hermione semblait revivre les événements dans son esprit. Draco se rendit alors compte que les choses auraient pu vraiment dégénérer. Il avait été très chanceux. Si Potter était aussi dangereux, pourquoi l'avoir admis au château. Si détruire une maison n'était pas un signe avant coureur d'instabilité, qu'est-ce qui pourrait l'être davantage. Cette façon de coucher à gauche et à droite pour l'aider à s'endormir n'était qu'une solution éphémère. Que faisait-t-il lorsqu'il avait des moments de baisse de libido ? Potter avait beau être dans la fleur de l'âge et particulièrement en forme, il ne pouvait pas être constamment excité. Depuis le temps qu'il souffrait de cette malédiction, comment se faisait-il qu'ils n'avaient pas encore trouvé de remède, ni même l'origine ? Si même Hermione cédait à la panique, c'était qu'il s'agissait d'un cas bien coriace. Face à sa détresse, Draco regretta sincèrement de ne pas pouvoir l'aider. Il s'était comporté comme un connard fini en l'évitant toute la journée. Encore une fois, son instinct de survie avait eu raison du sens commun.

- Les rares briseurs de maléfices qui n'avait pas fui le pays à cause de Voldemort, n'ont pas pu ou n'ont pas voulu nous aider, soit à par manque de connaissances, soit parce qu'il ne voulait pas risquer leur carrière en échouant à sauveur le Sauveur.

Elle prononça ses mots avec amertume, témoignant ainsi du respect qu'elle vouait à ceux qui accordait plus d'importance à la célébrité plutôt qu'à l'individu. Apparemment la vie n'était pas toute rose non plus de ce côté du spectre de la renommée. Si Potter, la personne qui avait littéralement sauvé l'ensemble des sorciers de Grande Bretagne, avait du mal à trouver quelqu'un d'assez compétent pour régler sa situation, qu'adviendrait-il de Draco en cas de simple consultation à Sainte-Mangouste ? Un refus de soin ?

- Bill, le frère de Ron, reprit-elle, a essayé de faire jouer ses contacts à l'étranger pour nous aider. Trois cas ont été recensés en Mauritanie, mais ils n'ont pas été étudiés assez longtemps pour en tirer de véritables conclusions. Deux des trois victimes en sont mortes.

Draco déglutit nerveusement. La gravité dépeinte sur les traits de la sorcière lui firent comprendre que les chances de s'en sortir pour Potter étaient très minces. La réalité de la situation le frappa de point fouet, plus que d'avoir été témoin de la transe de Potter. Savoir que le Gryffondor pourrait potentiellement en mourir lui glaçait le sang. Draco avait toujours pensé qu'il était increvable, pourtant. Comme quoi, même Potter avait ses limites, et aussi incroyable que cela pût paraître, cette vulnérabilité ne le mettait pas à l'aise. Potter était atteint d'une malédiction mortelle. Son cœur se serra rien qu'en y pensant.

- Vous avez pu recueillir des informations sur ces trois cas ? Demanda-t-il nerveusement, ou interroger le seul survivant ?

Elle se contenta de secouer la tête avec une expression peinée.

- Oh, ça fait bien longtemps qu'il est déjà mort, confia-t-elle défaitiste. Les événements ont été rapportés et traduits de l'éblaïte, Draco.

L'éblaïte était avec l'akkadien, la plus ancienne langue sémitique connue. Lorsque Draco s'était renseigné sur Kadyh Urania Khan, la sorcière d'origine syrienne qui détenait le record de longévité, il avait appris qu'elle maîtrisait un nombre impressionnant de langues, dont l'éblaïte.

Un idiome tombé en désuétude au treizième siècle avant leur ère.

- Apparemment tu as l'air d'être renseigné sur cette langue morte, devina Hermione. Tu sais donc pourquoi cette piste ne mène à rien. Enfin presque. On sait au moins que les trois victimes étaient des hommes connus pour leur beauté. Mais bon, j'imagine que les critères ont bien évolué en trois millénaires, sans oublier que le facteur culturel qui est à prendre en compte pour comprendre l'esthétisme propre à une population. C'est un vrai cauchemar.

C'était comme chercher une épine dans une botte de foin. Cet indice était à la fois une aubaine et une calamité. Avec l'infinité de paramètres qui s'étaient accumulés à travers le temps et l'espace, du treizième siècle avant leur ère au vingtième siècle, de la Mauritanie à l'Angleterre. Qu'est-ce que tout cela pouvait bien avoir à faire avec Potter ?

- Comment le survivant s'en est-il sorti ?

- Tu le sais déjà.

Le sexe. C'était donc la seule solution. Baiser pour survivre, forniquer jusqu'à la mort. Comment pouvait-on infliger une telle malédiction ? Dénaturer l'acte sexuel au point d'en devenir la seule forme de subsistance, nuit après nuit, avec des partenaires différents . La victime pouvait-elle garder le rythme ? Ce n'était pas une vie, c'était une torture où l'on redoutait la nuit, où l'ont redoutait le sommeil, indispensable à sa survie. Quel était le but même de cette malédiction ? Punir un infidèle en le condamnant à une errance sexuelle sans fin ? Pourquoi cibler les « belles » personnes? Potter n'était certainement pas désagréable à regarder, mais il était pas le plus beau des sorciers, et ce même si son statut de héro de guerre ajoutait beaucoup à son charisme. Dans ce cas, qu'est-ce qui avait poussé l'instigateur de la malédiction à jeter son dévolu sur lui ? Sa célébrité ? Son influence ? Son rôle dans la mort du Mage Noir ?

Les questions étaient nombreuses mais restaient sans réponse. Il jeta un coup d'œil à Hermione qui avait cessé d'écrire, visiblement bouleversée par le destin funeste qui attendait son meilleur ami. Draco n'osait même pas imager ce qu'en pensait Potter. Il eût honte de l'avoir traité de débauché. Le Gryffondor n'avait pas choisi cette vie.

Il jeta un œil à Hermione qui semblait se murer dans sa détresse. Vivre dans la constante peur de perdre son ami devait être un véritable cauchemar. Draco se sentit coupable de l'avoir fait tourné en bourrique. Il aurait dû la confronter, ne fût-ce que pour calmer ses angoisses. Il ne savait pas si sa version de la nuit dernière allait apporter quelque chose à l'enquête, mais c'était mieux que rien.

- Hier soir, Potter est est entré dans la chambre, narra-t-il en se remémorant les événements. Je n'ai pas vu ce qu'il faisait, mais je pense qu'il était venu récupérer des affaires de rechanges pour sa nouvelle cavale, vu qu'il ne dort plus dans la chambre depuis plusieurs jours, mais j'imagine que tu es au courant.

Draco ne savait pas pourquoi il s'embêtaient avec les détails inutiles. Peut-être à cause du regard insistant d'Hermione qui s'accrochait à chaque mot qui sortait de sa bouche comme si son témoignage révélerait un nouvel indice potentiel qui conduirait au sauvetage de son meilleur ami. Elle allait être déçu.

- Enfin peu importe, reprit-il en passant la main dans ses cheveux. Il s'est effondré sur son lit, comme s'il avait brusquement perdu connaissance. Quand je suis allé le voir, c'est là que les choses se sont compliquées. Les meubles ont commencé à se déplacer et à m'attaquer. Potter s'est mis à réagir de manière étrange : ses yeux étaient grands ouverts et luisants, et sa bouche émettait une sorte de longue expiration bruyante. Un vrai cauchemar. J'ai essayé de le réveiller, puis…

Il aperçut le professeur regarder dans leur direction et se tut immédiatement.

- Quoi, qu'est-ce qui s'est passé ? Dis-moi, pressa Hermione investie dans son histoire.

- S'il vous plaît au fond !

Hermione lui adressa un sourire contrit avant de se tourner de nouveau vers Draco. A ce moment-là plus rien n'avait plus d'importance que d'entendre ce qu'il avait à dire. Elle avait l'air désespérée, comme si Draco allait révéler le secret de la jeunesse éternelle.

- Dis-moi, reprit-elle à voix basse en pressant sa main sur son avant bras.

- J'ai… j'ai perdu l'équilibre et je me suis retrouvé sur le lit avec Potter. Je n'avais plus ma baguette, donc j'ai dû improviser-

Hermione lâcha un hoquet de surprise. Heureusement, le son fut camouflé par la voix d'un autre élève qui prenait la parole en même temps. Les mains plaquées sur sa bouche elle le considéra complètement sidéré, presque dégoûté, comme si elle n'osait pas pas croire ce qu'elle venait d'entendre. Qu'est-ce qu'il avait dit de si choquant ? Il n'avait pourtant pas révélé qu'il avait claqué le jeune homme à plusieurs reprises.

- Tu...Tu l'as touché ?

Déconcerté, Draco ne répondit pas tout de suite. Comment ça « touché » ? Draco se souvenait bien avoir touché sa peau et sentit sa fièvre brûlante et sa son corps couvert de sueurs. Était-ce déconseillé de la même façon qu'il était déconseillé de toucher un somnambule en pleine crise ?

- Euh oui, confirma Draco de plus en plus perplexe, il a bien fallut que je le fasse avant que la situation ne dégénère. Il allait détruire la chambre et nous tuer avec, je n'avais pas le choix. Heureusement, qu'il n'était pas trop agité. Il s'est laissé faire, et j'ai pu le tenir près de mois. Le lit bougeait dans tous les sens, mais je me suis accroché. J'ai réussi à tenir jusqu'à ce qu'il s'endorme profondément.

C'était peut-être parce qu'elle réfléchissait trop vite pour lui, mais Draco eut l'impression d'être à des années lumière des conclusions qu'elle avait tirées de son témoignage. Il l'observa prudemment, sans rien ajouter, tandis que son regard se durcissait. Ce n'était pas vraiment l'accueil qu'il attendait. Il eut soudainement une boule au ventre.

- Tu l'as touché pendant son sommeil. Sans son accord. Sans qu'il en soit conscient.

Ses martelait ses mots comme des accusations grave. Au fond de lui, Draco comprit où elle voulait en venir, mais il se refusait de l'admettre. Ça ne pouvait pas arriver. Pas venant d'elle.

- J'ai peur de ne pas comprendre Hermione, il aurait fallut que je le laisse détruire le château ?

- Que tu appelle à l'aide au moins, ou que tu cherches un autre moyen. Peu importe ce qui aurait pu se passer, rien ne justifie de de profiter d'une personne inconsciente. Je savais que tu étais lâche Draco, mais pas au point de tomber aussi bas pour sauver ta peau.

La rage enflammait son regard. En apercevant la baguette serrée dans son poing, le Serpentard devina qu'elle se retenait de commettre l'irréparable. Draco se revoyait dans la Grande Serre, accusé à tort, complètement dépossédé du bénéfice du doute, coupable désigné parce que coupable de ses crimes de guerre. Devant Hermione, il se sentait aussi impuissant, aussi frustré, aussi blessé, mais surtout déçu et trahi. Il avait beau faire l'autruche, ses accusations étaient claires.

Ça prouvait bien que même avec toutes les bonnes intentions du monde, le mal était déjà fait, personne n'avait réellement confiance en Draco. Encore moins Hermione, qui en écoutant ses paroles avait conclu au pire.

Lâche comme il était, il avait sûrement abusé de Potter pour parvenir à l'endormir.

- C'est ce que tu penses vraiment ? Murmura-t-il sans la regarder.

Draco avait les yeux baissées sur ses mains posées sur le bureau, les paumes vers le ciel. Ses mains en offrande qui n'avait déjà plus rien à donner pour se réhabiliter. Le chemin vers la rédemption était connu pour être long et éprouvant. Il y aurait des victoires, comme des échecs, mais surtout du changement. Avec des efforts il parviendrait à se détacher de ce passé dont il avait honte, mais cet ancien lui n'était jamais bien loin dans l'inconscient collectif. Malgré tous ses efforts, son passé viendrait toujours le saboter, comme il avait saboté l'existence de ses victimes. Cette méfiance, ces doutes, ces craintes à son égard, tout ça ne s'en irait jamais vraiment. Même après des excuses, même après des tentatives de réconciliations, même après le pardon, ses erreurs étaient indélébiles.

Les gens avec qui il avait pu discuter, auprès de qui il avait pu s'excuser, aucun d'eux n'était son ami, juste des gens qu'il avait blessé et qui jugeraient de la sincérité de sa démarche par son comportement et ses actions, en guettant le moindre faux pas. Draco voulait véritablement changer, il s'était rendu compte que le monde dans lequel il avait grandit, toutes la doctrine qui lui avait été inculquée n'étaient pas viable sur le long terme, ni pour lui, ni pour les autres. Ces valeurs si chères à ses parents leur avaient presque coûté la vie. Déconstruire et rattraper dix-sept ans de préjugés et d'erreurs allaient être compliqué.

Personne ne connaissait ce nouveau personnage respectable qu'il tentait d'incarner. Malgré toute sa bonne volonté, ce changement était trop récent. Les doutes persistaient toujours, parce que rien n'était encore acquis, rien n'était stable. Il était encore dans cet entre-deux, entre son ancien lui et la personne qu'il désirait devenir.

Il n'en voulait pas à Hermione. Elle réagissait de la manière la plus naturelle possible. Elle avait peur pour Potter dont la malédiction semblait imprévisible, irréversible, inconnue. Draco aurait eu les mêmes doutes si les rôles avaient été inversés. Il ne lui en voulait pas. Il était juste blessé. C'était trop dur de la regarder. Plus que de recevoir sa colère, Draco n'aurait jamais pensé qu'il serait aussi affecté par la méfiance dans ses yeux.

Il l'entendit soupirer. Elle resta silencieuse quelques instants avant de reprendre sur un ton incertain :

- Je ne sais pas quoi penser, vraiment. Ça fait plusieurs mois qu'on tente de trouver l'origine de sa malédiction, qu'on tente de trouver un remède- Ça fait plusieurs mois que ça dure, qu'il survit uniquement grâce au sexe. Comment aurait-il pu s'endormir autrement ? Comment ? Qu'est-ce que tu as de si spécial qui t'as permis de sauver Harry par un autre moyen que part le sexe ? Ça n'a pas de sens !

Sa frustration était compréhensible. Qu'est-ce qu'un sale Mangemort pouvait apporter de bien de toute façon ? Pourquoi détenait-il la clé de résolution ? Pourquoi lui ?

Draco ne put que secouer la tête. Il n'avait pas non plus compris ce qui c'était passé. Sans réponse suffisamment convaincante, il ne parviendrait jamais à calmer les doutes de la sorcière.

- Bon ça suffit au fond ! Ne m'obligez pas à vous séparer ! Tonna le professeure Vector en les menaçant de sa baguette.

- Ce ne sera pas nécessaire, informa le Serpentard en se levant pour changer de place.