Chapitre 12 : « Idylle »
Lorsqu'il ouvrit les yeux le lendemain, Draco était complètement désorienté. Il était enfermé dans un cocon plus confortable que d'ordinaire. Il avait la tête posée contre une surface plane, plus rigide que d'habitude, mais immensément plus chaude que son matelas. Il se rendit alors compte d'un tambourinement rythmique qui lui était familier. Un battement de cœur. Cela venait-il de sa propre poitrine ? Il ne l'avait jamais entendu aussi nettement par le passé, pourtant. Il sortit doucement la tête de sous sa couette pour inspecter les environs et tomba nez à nez avec Potter. Ses yeux verts étaient encore plus perçants sans ses lunettes. Ses sourcils relevés et son demi-sourire reflétait l'amusement générale que lui procurait la situation cocasse qui se présentait à lui : un Serpentard débraillé et complètement ébahi. Et complètement ébouriffé si Draco en croyait les mèches de cheveux qui lui obstruaient la vue.
Potter était sur le dos, la tête sur l'oreiller quelques centimètres au-dessus de Draco qui réalisa qu'il était tout bonnement allongé sur lui. D'où le tambourinement rythmique. C'était à prévoir lorsque l'on s'endormait contre la poitrine de quelqu'un. Ses joues s'enflammèrent aussi rapidement qu'il se redressa. Le mouvement brusque lui fit tourner la tête, si bien qu'il dut s'appuyer contre Potter le temps que les effets se dispersassent.
- Tu n'as pas besoin de te dépêcher, il nous reste encore une bonne heure avant le début des cours.
Draco frotta ses mains contre son visage pour accélérer le processus de réveil. Il avait l'impression d'avoir dormis deux jours. C'était peut-être les effets d'une bonne nuit de sommeil ? Il regarda autour de lui pour prendre connaissance de son environnement. Ils étaient sur son lit, entouré des rideau en baldaquin. La lumière timide du matin qui s'infiltrait confirma que Potter ne disait pas que des bêtises. Draco se rendit alors compte qu'il se tenait à califourchon sur le Gryffondor, avec un peignoir grand ouvert, laissant ainsi son torse et ses parties génitales profiter de la lumière du jour. Potter devait avoir une vue imprenable. D'où son observation intense et sans gêne du bas-ventre de l'exhibitionniste ahuri du jour.
- Par Salazar, tu n'aurais pas pu me prévenir, au lieu de te rincer l'œil éhontément !? S'écria Draco en se couvrant précipitamment avec sa couette.
- Éhontément ? Répliqua le Gryffondor sidéré. C'est toi qui t'expose ouvertement en t'asseyant sur moi !
- Oh Merlin !
Le rouge aux joues et l'humiliation dans le ventre, Draco entreprit de se déplacer pour éviter de s'incriminer davantage, lorsque sa cuisse frôla quelque chose de rigide. De long et de rigide. Il arrêta tout mouvement et toisa le bassin de Potter.
- Tu es dur.
- Quoi ? dit le Gryffondor les yeux écarquillés.
- Tu as une érection, Potter, constata de nouveau Draco à la fois surpris et fasciné.
- Oh mon Dieu, grogna-t-il en se cachant le visage. Comme si la situation ne pouvait pas être plus gênante. Je suis un homme, d'accord ? Il m'arrive de bander le matin...sans raison particulière.
- « Sans raison particulière », hein ? Répéta Draco pensif.
Malgré les alarmes qui se déclenchaient dans sa tête, il décida de saisir cette rare occasion d'avoir le dessus sur Potter. Après tout, celui-ci avait bien profité de sa nudité, alors Draco avait bien le droit de lui rendre la pareille. Avant qu'il ne pût se défiler, il cessa toute hésitation en pressant sa main sur le tissu fin qui recouvrait sa verge endurcie.
- Hm ! Qu'est-ce que tu fous ?!
- Je te donne un coup de main.
Il ne savait pas ce qui le prenait ni d'où provenait cette audace qui le saisissait, mais toutes les pensées plus ou moins pertinentes liées à l'éthique et à la morale peu convenables de la situation, ces pensées qui le paralysaient de doutes, de honte et de culpabilité, furent rendues muettes à la seconde où Potter commença à émettre des sons délicieux. Ce dernier attrapa le poignet de Draco sans pour autant interrompre l'assistance qu'il lui prodiguait.
- Tu veux que j'arrête ? S'enquit le Serpentard parcouru de relent de culpabilité plus ou moins dues aux accusations récentes d'une certaine sorcière.
Potter resta silencieux quelques instants, semblant perdu dans les sensations. Draco pensa un moment qu'il n'en avait pas envie, malgré sa réaction plus qu'enthousiaste. Le Gryffondor prit tout de même le temps de secouer la tête, le visage rougit par l'excitation, pour lui signifier de continuer. Draco ne se fit pas prier et serra le membre chaud en le frottant avec fougue, de haut en bas. Le tissu se mouilla progressivement, Draco eut une irrésistible envie d'examiner l'organe de plus près. Il s'humecta les lèvres et déglutit à plusieurs reprises pour s'empêcher de saliver. Il avait une idée en tête, plus audacieuse que ce qu'il avait accompli jusque-là. Oserait-il ?
- Oh putain... !
Encouragé par ses gémissements, Draco plongea sa main dans son pantalon humide pour en sortir le paquet tant attendu. Il resta plusieurs instant à observer l'entre-jambe du sorcier, complètement éberlué. L'avoir sous ses yeux, aussi près et à la merci de ses moindres désirs était comme une concrétisation de ses fantasmes les plus fous. Draco avait les yeux écarquillés, comme s'il ne voulait manquer aucune miette du spectacle qu'il avait devant lui. Il avait pu l'apercevoir par le passé, mais dans la précipitations de leurs précédentes rencontres, il n'avait pas pu s'attarder sur son aspect général. Le sentir en lui avait été phénoménale, mais avoir le loisir de l'inspecter sous tous ses angles avait aussi ses avantages. Son pénis était long et épais, sombre et frémissant sous le regard intense de Draco. Gorgé de sang, la peau fine et tendue de la hampe était parcourue de veinules saillantes menant vers un col un peu plus ridé. Au-dessus, la tête circoncise laissait paraître le gland lisse, et couvert du liquide pré-séminale qui s'échappait de la petite fente centrale. Draco dut presser sa main contre son propre pénis pour s'empêcher de venir.
- T'es tellement dur.
- Tu l'as déjà dis ça, se plaignit Potter le visage dissimulé sous son bras.
- Je pensais que tu me détestais, que je te répugnais.
Sa remarque eut le mérite de faire réagir Potter qui se redressa sur ses coudes. Draco garda les yeux braqués sur son pénis, pour ne pas faire face à une réponse qui ne lui plairait pas. Peut-être que Potter le détestait bel et bien, et que son corps réagissait de manière naturelle à une stimulation, rien de plus, rien de moins. Draco était juste la personne qu'il avait sous la main pour le soulager. Une relation purement physique était faisable pour Draco, mais pas question d'affronter son regard beaucoup trop vert, beaucoup trop intense. Il aurait dû se taire.
Il sentit la main de Potter lui remonter le mention jusqu'à ce qu'ils furent yeux dans les yeux. Son cœur battait à deux cents à l'heure. La peau mâte du Gryffondor était légèrement rougie et fiévreuse, ses lèvres presque cramoisies à force de les mordre pour se retenir de gémir, et ses yeux écarquillés et brillants ne montraient presque plus ses iris verdoyants, bientôt entièrement dissimulés derrière ses pupilles dilatées. Draco en eut le souffle coupé. Il avait eut sa réponse sans que Potter n'eût prononcé le moindre mot.
- Tu ne vas pas le regretter ? Insista le Serpentard pour être sûr.
- Non, j'en ai vraiment envie, déclara-t-il avec un sourire embarrassé. Et toi ?
Draco produisit un son à mi-chemin entre le couinement et le grincement, et dont il nia immédiatement en être à l'origine. Potter comprit tout de même l'enthousiasme qui se cachait derrière cette manifestation sonore étrange, mais il ne put trouver meilleure réaction que d'en rire. Draco souffla d'agacement : il ne voulait pas le faire rire, mais le faire hurler de plaisir !
Grisé par la situation, il repoussa Potter sur le dos et se remit au travail. Toute hésitation s'était envolée, il n'y avait que Potter qui comptait à cette instant. Potter et son énorme pénis qui se dressait devant ses yeux. Il passa ses doigts sur les poils rêches de son pubis tandis que de l'autre main, il caressa son ventre contracté et légèrement velu. Il prit le temps de savourer toutes les sensations, la texture, l'odeur masculine de Potter qui envahissait tous ses sens. Draco osa remonter jusqu'à sa poitrine où il frôla malicieusement ses tétons. Potter se tortilla légèrement, encourageant le Serpentard à réitérer son geste plusieurs fois.
- Anngh ! Fit Potter en plaquant sa main sur sa bouche. Connard.
Draco émit un rire espiègle. Il se concentra ensuite sur sa verge. Il l'encercla d'une poigne de fer avant de remonter son poing dans des va-et-vient rapides qu'il enduisit abondamment de lotion pour le corps qu'il avait abandonné sur son matelas la veille.
- Ah...ça fait du bien, humm
- Tu aimes ça, hm ?
- Oh oui ! Ça sent tellement bon.
Draco fut fier de constater que Potter était également très fan de sa gamme de produits de soins aux baies de sureau. Il récompensa le Gryffondor en accélérant le mouvement, avant de presser son pousse sur son gland, comme il aimait le faire sur son propre pénis lors des séances de masturbation intenses. Un nouvel écoulement de liquide pré-séminal s'échappa de la fente en même temps que Potter gémit bruyamment. L'avoir à sa merci, contrôler le moindre de ses pics de plaisir était très gratifiant. Draco observa chaque réactions de manière presque obsessionnelle, puisant son propre plaisir de l'excitation grandissante de son partenaire. Il ne s'était pas touché, mais il se sentait mouiller abondement. Son bassin commença a se frotter de manière incontrôlée contre la jambe de Potter dont la courbe assurait des frottements exquis le long de ses parties intimes, et de sa raie.
Draco se pencha davantage sur l'entre-jambe de Potter jusqu'à être à quelques centimètres de son gland. Il poursuivit le massage de la fente avec son pouce, puis l'extrémité de son ongle rongé. Les cris allèrent crescendo. Dans un élan de folie, Draco remplaça son pouce par un coup de langue. A l'image de l'odeur masculine très forte, le goût était tout aussi prononcé : salé, amer, voire âpre. Ce n'était pas particulièrement agréable, mais extrêmement indécent. Au point où Draco en devint addict. Ce n'était pas une saveur inconnue qui allait l'arrêter de mener sa fellation à bien. Invoquant toutes les connaissances qu'il avait pu obtenir de son livre intuitif, il plongea le maximum de longueur dans sa bouche.
Apparemment, la théorie ne garantissait pas une bonne pratique. Trop ambitieux, Draco manqua de vomir lorsque le gland de Potter cogna le fond de sa gorge. Il se retira aussi tôt en massant sa mâchoire qui avait été étendue au maximum.
- Est-ce que ça va ? S'enquit Potter qui semblait avoir l'esprit embué par le plaisir.
- Ta queue est énorme! S'écria Draco frustré. Comment je suis supposé faire, moi ?
- Tu n'es pas obligé, tu sais. On peut faire pleins d'autres choses à la place.
- Pas besoin de flatter ton égo Potter, tu n'as certainement pas la plus grosse, donc je vais finir par trouver un moyen.
Lancé au défi, Draco décida de répéter l'expérience en y allant par étape. Il reprit les va-et-vient d'une main, tout en aplatissant sa langue contre son gland. Il récolleta les gouttes translucides qu'il avala goulûment, avant d'enrouler sa langue autour de la tête, puis sous le gland. La réponse fut instantanée. Au milieu des bruits de succion, les cris perçants de Potter résonnèrent. Pour ne pas se faire éborgner, il dut plaquer le bassin de Potter contre le matelas.
Extasié par sa réponse, Draco poursuivit son entreprise en accélérant le mouvement et en incorporant un peu plus de longueur dans sa bouche. Il ne savait pas s'il suivait le mode d'emploi à la règle, mais il considéra qu'il ne se débrouillait pas si mal pour une première fois, s'il en croyait l'agitation de Potter. De son autre main, le Serpentard vint palper le scrotum velu, provoquant une nouvelle mélodie aiguë. Décidément, Potter était très bon chanteur. Se souvenant des techniques de son enseignement livresque, Draco alterna entre lècherie et succion le long du membre, afin de reposer sa bouche sans cesser de procurer du plaisir.
- Oh ! Oh ! Hnnnnn.
Malgré l'engourdissement progressif de sa mâchoire, Draco comprit pourquoi les fellations étaient aussi populaires. Il n'aurait jamais pensé être de ceux qui aimaient en donner. Toutefois, le simple fait d'être témoin de l'extase du Gryffondor confirma son choix. Il adorait sucer Potter. Goûter chaque parcelle de sa peau, avaler le liquide qui perlait incessamment, sentir le poids et la chaleur du membre sur sa langue, et l'odeur addictive qui en émanait, toujours plus concentrée. Malgré les filets de bave salissant, et le liquide pré-séminale qui lui coulait sur le mention, il se sentait puissant. Il voulait donner plus encore et recevoir davantage.
- Annngh, t'arrête pas….t'arrête pas !
Draco glissa sa langue le long de sa hampe en suivant les lignes saillantes de ses veines. Il remonta jusqu'au gland qu'il engloutit et aspira plusieurs secondes. Draco se mit ensuite à suçoter la pointe et chatouilla la fente du bout de la langue, pour éprouver Potter. Apparemment, ses taquineries furent reçus comme un supplice, car ce dernier glissa ses mains dans les cheveux de Draco pour le guider de nouveau le long de sa hampe. Le sourire aux lèvres, Draco s'exécuta pour le ménager un peu, et ouvrit grand la bouche pour englober le plus de longueur possible. Cette fois, cette tentative ne fut pas un échec cuisant, car il veilla à garder son poing à la base de sa verge, comme garde-fou, afin d'éviter de s'étouffer avec l'intégralité du membre.
- Aaah...oui, comme ça…
Un peu plus confiant que la fois précédente, il garda son pénis plus longtemps, et aspira et lécha sans merci, tout en couvrant ses dents avec ses lèvres. Il leva les yeux vers Potter qui s'était redressé et qui le regardait fixement comme s'il était une apparition divine. Son visage était écarlate et ses yeux remplis de luxure. Il mordillait violemment ses lèvres pour filtrer ses cris d'extase. Draco sentit les mains du Gryffondor glisser dans ses cheveux, puis sur son front, avant de s'arrêter sur ses joues. Toute le long, Draco ne put s'empêcher d'émettre des gémissement de plaisirs, l'espace d'un instant, il avait l'impression d'être la prunelle de ses yeux. Le Serpentard se demanda quelle allure il avait avec ses cheveux ébouriffés, son visage sûrement enflammée et sa bouche déformée par la succion du pénis du Sauveur. Cette dernière pensée fit accélérer le mouvement de ses propres hanches contre la jambe de Potter.
Ils restèrent plusieurs instants à s'observer, soupirant de plaisir à tour de rôle. Lorsque son pénis vint cogner sa joue, la bouche de Draco se remplit instantanément d'un liquide épais et visqueux. Potter semblait aussi surpris que lui. Il n'émit aucun bruit, comme si son orgasme lui avait été arraché sans préavis. Il s'effondra sur le dos, tentant de retrouver son souffle.
- Désolé, c'est arrivé d'un coup- s'expliqua le Gryffondor en haletant.
Draco peina à tout avaler, et il dut cracher sur son peignoir une partie de la mixture qui s'attarda un peu trop longtemps sur ses papilles gustatives. L'éjaculat de Potter était infect. Pourtant, aussi contradictoire que cela pût paraître, Draco entreprit de nettoyer son pénis des quelques éclaboussures. Avec sa taille considérablement réduite, la tâche fut beaucoup plus simple. Il passa délicatement sa langue dans les plis de la verge surstimulée, et alla même jusqu'à prendre chacune de ses bourses en bouche. La sensation était fort agréable. Le pénis glissant sur son visage, il aspira avidement les testicules velues en regrettant de ne pas s'y être attardé plus tôt.
- Ah… Malfoy… il faut que tu, hmm, que tu t'arrêtes, je viens juste d'éjaculer, protesta faiblement Potter sans pour autant l'arrêter.
- Juste...slurp, slurp, slurp...un instant.
Ce fut plus fort que lui, Draco ne pouvait plus s'arrêter. Il poursuivit son entreprise en massant tendrement les bourses avec sa langue. Il devait avoir un drôle d'air avec son visage enfoncée dans l'aine de Potter, à déguster goulûment comme si ses couilles étaient le met le plus fin qu'il lui avait été donné de goûter.
Draco eut besoin que le Gryffondor l'attrapasse par les épaules pour le relever, afin de mettre un terme à sa fellation à outrance. Le Serpentard en fut quelque peu gêné, mais se força à ne pas avoir honte, il avait adoré chaque seconde de sa performance, et était prêt à renouveler l'expérience. Il n'avait pas à se sentir humilié d'avoir fait du bien à son partenaire. Même si l'opinion publique n'aurait certainement pas approuvé la nature de leur activité, il décida qu'il ne se fierait plus à la valeur que les autres lui attribueraient, surtout quand on ne lui voulait que du mal, quoi que furent ses actions. Il avait fait une fellation à Potter. Il avait aimé. Il n'avait rien fait de mal.
Même si on le traitait de tous les noms, il n'avait rien fait de mal.
Même s'il n'était qu'un débauché, il n'avait rien fait de même.
Même s'il n'en valait pas la peine-
- Malfoy, tu vas bien ?
La voix enrouée de Potter le sortit de sa torpeur. Draco se concentra de nouveau sur son visage pour atténué ses pensées envahissantes. Il avait remis ses lunettes et arborait une moue inquiète. Draco s'empressa donc de le rassurer. Merlin savait que personne n'avait besoin d'entendre les discours pathétiques et rabaissant qui se formaient dans son esprit vulnérable.
- Très bien.
- Tu ne regrettes pas, si ? S'enquit Potter en retirant un poil qui s'était collé sur la joue du Serpentard.
- Non, assura Draco avec un rire qu'il espéra convainquant. Si c'est l'impression que tu as après ma performance, c'est que je ne suis pas aussi doué que ce que je pensais.
Potter posa ses mains sur ses joues, approcha leurs deux visages et l'examina plusieurs secondes. Draco crut un instant qu'il l'avait percé à jour, mais le Gryffondor ne fit pas mention de ses doutes.
- Tu m'as envoyé au septième ciel, souffla-t-il avec un sourire sincère.
Il accompagna sa reconnaissance de baisers papillonnés sur son front, ses tempes et sa bouche. Son geste si attendrissant lui réchauffa le cœur. Draco se laissa alors bercer dans cette illusion d'affection en passant ses bras autour de son cou. Potter glissa ses bras sous son peignoir et caressa son dos de haut en bas. Pourquoi était-il aussi affectueux avec lui ? Comment Draco était supposé résister et garder à l'esprit qu'il ne serait jamais plus qu'un camarade de chambre libidineux qui jouait les potions de sommeil à ses heures perdues ?
- Tu sens tellement bon.
Rongé par l'incertitude, il préféra éviter le baiser que Potter tenta d'initier. Face à l'expression quelque peu déçue de Potter, il posa ses lèvres sur sa mâchoire en remplacement.
- A moins que tu ne veuilles goûter à ton propre sperme ?
Il grimaça de dégoût et posa sa tête contre la gorge de Draco.
- Où est-ce que tu a appris à faire tout ça ? C'était fantastique.
- Pourquoi, tu veux que je t'apprenne ?
Tout à coup Potter se tendit et se recula.
- Sans vouloir t'offenser, je...je ne me vois vraiment pas faire ça.
- Oh.
Trop tard, il était offensé. C'était la porte ouverte à la honte, parce que les mots de Potter finissaient toujours par l'affecter plus que quiconque. Draco se recula également et se mit à tripoter ses cuticules malmenées. Sucer la queue d'un autre gars était l'acte de débauche ultime. Pour recevoir une fellation, tout le monde était bien content, mais pour en donner il y aurait forcément des absents.
Peut-être que c'était normal finalement de ne pas vouloir s'abaisser à de telles bassesses, de mettre les parties génitales de son partenaire dans sa bouche et d'en boire goulûment la semence. Draco était anormal, un être indécent et avili. Il n'était pas censé avoir aimé se dégrader ainsi. Qu'avait-il fait ? N'avait-il rien appris de la dernière fois ? Comme si prendre une bite dans le cul n'était pas assez rédhibitoire, il fallait cette fois qu'il accueillît le foutre du Sauveur dans sa gorge !
- Tu passerais pour un dépravé sinon ?
- Non, ce n'est pas ce que je veux dire. C'est juste que… je ne connais pas la technique, les subtilités...
- Arrête ton charre Potter, tu crois que je n'en suis pas à mon premier essai ? Eh bien grande nouvelle, j'ai tout appris dans un bouquin-
- Ce n'est pas contre toi ! S'écria le Gryffondor frustré. C'est juste que je ne suis pas encore très à l'aise avec les relations entre hommes. C'est la première fois pour moi tu sais.
- Pour moi aussi je te signale, lança Draco en sentant la bile lui remonter dans la gorge. Est-ce que je t'ai forcé ? J'ai l'air si désespéré avec mon peignoir et mon cul dilaté que tu ne peux pas t'empêcher d'avoir pitié ?
- Oh, mais pourquoi tu réinterprètes chaque mot qui sort de ma bouche ? Ecoute-moi ! Tout ce que tu m'as fait, tout ce que j'ai fait, j'ai tout aimé. J'ai adoré chaque seconde. C'est juste que je n'arrive pas à m'y faire aussi rapidement que toi. Tu as l'air si...si à l'aise avec ce que tu es, tes envies et tes désirs. C'est comme si tu laissais aller tes pulsions.
- Oui, oui, je suis un sale débauché qui saute sur tout ce qui bouche, j'ai bien compris que c'est ce que tu penses de moi-
- Je rêve, tu joues les victimes, mais tu m'as traité de débauché en premier quand je t'ai parlé de mon arrangement avec Rosetta! Alors que c'était vital ! Comment j'étais censé réagir ? Accueillir le saint jugement de Malfoy le Pieux, qui n'est finalement pas si mal loti ?
- Eh bien je suis désolé ! Répliqua Draco qui fut prit de culpabilité. Je n'aurais jamais dû t'accuser de débauche. Pardonne-moi, ô Harry Potter, personnification ultime de la pudeur, dont la chasteté a été mise à mal à cause d'une affligeante malédiction !
Silence.
- Tu… tu es entrain de t'excuser ou de te moquer de moi ?
- Les deux, je pense, répondit Draco faute de mieux.
Nouveau silence. Potter finit par soupirer et tendre la main pour la glisser dans les cheveux de Draco. Ce dernier ferma les yeux et profita de la sensation. Quelle drôle de relation ils avaient : ils étaient capables de s'engager dans de vives disputes, et se faire des caresses la seconde qui suivait. Draco se tourna vers la main de son camarade de chambre et en baisa la paume. Il ne pouvait s'empêcher d'accepter sa tendresse. Le sentiment semblait être réciproque, car en réponse, le Gryffondor glissa son pouce sur ses lèvres entrouverte, jusqu'à ce que Draco pût discerner, du bout de la langue, le goût distinct de sa peau salée. Le regard plongé dans celui de l'autre, Potter enfonça son doigt et Draco répliqua en y enroulant sa langue. Le sorcier finit par retirer son pouce qu'il laissa glisser le long de sa joue. Le Serpentard s'humecta les lèvres pour garder l'attention de Potter sur sa bouche, encore un instant.
- Je te demande aussi pardon, dit finalement le Gryffondor. Je n'aurais jamais dû t'humilier en retour. Pour être honnête, c'était le meilleur rapport que j'ai jamais eu. J'y pense encore quand je me branle sous la douche.
- Salazar, dit Draco le souffle coupé.
- Et je ne suis pas prude. J'adore le sexe, comme n'importe quel autre gars. Surtout avec toi.
Draco s'étonna à considérer que c'était le plus beau compliment qui lui avait été donné de recevoir. Sincèrement en tout cas. Il espéra que ce fut sincère, et pas juste motivé par une libido insatiable comme en témoignait la queue de Potter, déjà à moitié dure. Draco releva les yeux vers l'intéressé, et s'aperçut qu'il n'avait pas loupé son inspection pas très discrète de l'état de son intimité.
- Mais il y a certaines choses que je ne me sens pas prêt à accomplir pour le moment. C'est un peu le fouillis dans ma tête par rapport à toutes ces découvertes sur mon corps. Je n'aurais jamais pensé que mes meilleures expériences serait avec mon rival de longue date.
- Ex-rival, corrigea Draco dans un souffle avant de reprendre plus fort. Qu'est-ce que tu proposes alors ?
Potter l'enlaça de nouveau et caressa sensuellement son dos en sueur en insistant sur les courbes et les points noueux. Un massage improvisé ne valait peut-être pas une fellation, mais Draco ne pouvait nier que l'expérience était très agréable. Il se laissa aller contre le Gryffondor, la tête posée sur son épaule, il inspira profondément son odeur. Il frotta le bout de son nez contre son cou jusqu'à ce que Potter se plaignit des chatouilles. Draco poursuivit effrontément son attaque sournoise jusqu'à ce que Potter le surprit avec un baiser profond.
- Beurk, c'est affreux ! S'écria Potter en frottant sa bouche sur son épaule.
- Je t'avais prévenu, ria Draco, et ne t'essuie pas sur mon peignoir, il est déjà assez souillé.
- Je commence à m'en vouloir d'être venu dans ta bouche.
- Tu n'auras qu'à m'envoyer au « septième ciel » pour te faire pardonner-
Une sensation mentholé envahie soudainement la bouche de Draco. Potter le Crâneur avait lancé un sort informulé. Le Serpentard eut à peine le temps de passer sa langue sur ses incisives astiquées que celle de Potter s'engouffra pour réaliser sa propre inspection. Les gémissements furent instantanées. Draco tenta de garder le rythme, sa bouche s'ouvrit davantage pour accueillir Potter qui intensifia l'échange salivaire jusqu'à ce que le Serpentard peina à respirer. Il chatouilla son palais, caressa ses gencives sensibles et s'enroula autour de sa langue qu'il finit par suçoter de manière taquine. Embrumé par le désir, Draco eut l'impression que Potter répliquait à petite échelle toutes les techniques qu'il avait utilisées sur son pénis. Potter finit par lui mordre la lèvre inférieure. Draco fut parcouru d'un pic d'excitation si intense qu'il crut jouir instantanément.
- Voilà, c'est déjà mieux, déclara Potter avec un sourire satisfait.
- Conna-ah !
Draco fut surpris par une pression sur son anus. Une vague de chaleur se propagea dans son ventre, il avait hâte de ressentir la sensation familière d'être pénétré. Son muscle se contracta par réflexe et accueilli le doigt lubrifié de Potter qui s'enfonça jusqu'à la troisième phalange. Désormais habitué à ses explorations anales, Draco ne ressentit qu'un léger picotement qui fut remplacé par un plaisir grandissant. Inconsciemment, il se mit à secouer les hanches pour répondre aux va-et-vient du Gryffondor. Les gémissements bruyant de Draco furent tues par un lent baiser dont l'intense tendresse manqua de faire partir de Serpentard en sanglot. L'index fut joint par le majeur, puis l'auriculaire et Draco perdit la raison. Comme animé de sa propre volonté, son bassin se mit à onduler pour s'empaler davantage et son torse se frotta contre celui de Potter dont il lécha et mordilla compulsivement la gorge.
Potter, tout aussi exalté, lâcha un grognement de plaisir et pencha sa tête permettant à Draco de marquer davantage sa peau. Le Gryffondor pressa alors leurs deux pénis qu'il frotta vigoureusement. Draco joignit sa main à la sienne pour maximiser le plaisir. La symphonie de leurs deux voix extasiées résonna dans la pièce jusqu'à l'orgasme.
Assis sur une des tables de travail en bois massif de la bibliothèque, Draco n'avait absolument aucun souvenir des cours de la journée. Avait-il pensé à prendre des notes ? A répondre à l'appel afin de garder une parfaite assiduité, nécessaire pour la poursuite de ses études à Poudlard ? Il n'en était pas certain, mais comme il n'avait pas croisé d'Aurors dans les couloirs, il en déduisit qu'il ne risquait rien pour le moment. D'auspicieuses circonstances au réveil avait causé un léger retard à son premier cours de la matinée, mais le fait d'être accompagné de Potter avait fait omettre au professeur de Binns de remonter les bretelles de Draco, qui était passé inaperçu à côté du Sauveur. Lorsque le Héro du monde des Sorciers bénissait une salle de classe par sa simple présence, tout le reste était futile. Draco n'irait pas contredire cet état d'esprit. Il avait lui-même été béni par la dextérité de Harry Potter à l'occasion d'un tête à tête matinale fort divertissant.
Il s'agita sur sa chaise rien qu'en y repensant. Il jeta un coup d'œil aux alentours de la bibliothèque presque déserte pour s'assurer qu'il n'attirait pas l'attention avec son comportement étrange. Il se sentait comme après leur premier rapport consentant : troublé, inconfortable, embarrassé, mais surtout très excité à l'idée de réitérer l'expérience. Contrairement à la dernière fois, les regards en coins et les sourires pleins de sous-entendus étaient annonciateurs de choses bien plus concrètes que des simples désirs inavoués. Potter s'était installé avec ses trois amis à quelques rayons de la table de Draco. Ce dernier n'avait pas voulu s'asseoir avec eux, d'une part parce que moins il voyait Weasley, mieux il se portait, et d'autre part, parce que Granger ne semblait pas être très à l'aise en sa compagnie. Potter lui avait pourtant dit qu'elle s'en voulait pour ses accusations, mais Draco avait plus l'impression qu'elle était toujours contrariée par l'idée que Draco pût être la solution à tous ses problèmes. Malgré la distance, le regard du Gryffondor lui provoqua des frissons et une impatiente envie que la journée se terminât rapidement. Son anus encore engourdi se contracta. Il se mordit les lèvres pour retenir un gémissement inopportun.
Draco secoua la tête bien décidé à ne pas se laisser divaguer dans ses fantasmes. Il ne se rappelait pas de la journée qu'il avait passée, mais il était à la bibliothèque pour une raison : travailler. L'heure du dîner approchait à grand pas, mais il fallait plancher de nouveau sur son foutu objet moldu. Encore et toujours. Comme le projet de sortie dans Londres moldu avait été approuvé par la Directrice, le professeur Vigor avait rappelé l'importance de compléter le travail de recherches préalables, non seulement pour ne pas échouer la matière, mais aussi pour pouvoir repérer et étudier l'objet dans son « milieu naturel ». La vague d'inquiétude qui s'était répandue dans la classe fit comprendre à Draco qu'il n'était pas le seul à être dans le pétrin. Il devait impérativement se rattraper avant le mercredi suivant, jour de la sortie. Désespéré, il était allé demander à Madame Pince de lui fournir tous les vieux catalogues moldus qu'elle avait sous la main. Semblant dater de bien avant sa naissance, ces archives offraient plus de maladies que de babioles à prix compétitifs. Avec l'équivalent de dix ans de publicités, Draco avait prévu de passer tout le dîner à défricher le maximum d'archives sur place, afin d'en emprunter le moins possible. Il avait presque dépassé le nombre maximum d'emprunts, donc pas question d'échanger son livre intuitif contre un catalogue datant de 1975.
Draco tentait de déchiffrer une offre parcourue de moisissures lorsqu'il vit Adam s'installer en face de lui. Son aura princière qui semblait avoir décuplé lui coupa le souffle. Il mit un moment à répondre lorsqu'il le salua.
- Qu'est-ce que...qu'est-ce que tu fais-là ? Demanda-t-il en clignant plusieurs fois des yeux pour sortir de sa torpeur.
- Je suis simplement venu dire bonjour à mon sorcier préféré, sourit Adam en tapotant le dos de la main de Draco.
- C'est fait, tu peux t'en aller maintenant.
- Ahhh, soupira le Poufesouffle de manière théâtrale, malgré mes efforts pour te séduire, je reste démuni face à ta réserve inébranlable. Dis-moi Draco, mon cher et tendre, aurais-tu peur de l'amour ?
Au diable les multiples microbes sans doute incrustées dans sa paume, Draco dût se frotter le visage d'exaspération face à la performance humiliante d'Adam. Il entendait déjà les murmures des autres élèves alentours. Il ne voulut même pas imaginer ce que Potter pensait de la situation. Il devait sûrement trouver la scène hilarante. Il vit Madame Pince s'agiter du coin de l'œil, assise sur son bureau. Elle semblait impatiente de le virer de sa bibliothèque. Malheureusement, le ménestrel n'avait pas encore dépassé la limite sonore autorisée.
- Ah moins que cette modestie ne soit qu'un reliquat de l'éducation inflexible inculquée par ta famille-
- En parlant de famille, coupa Draco en gardant ses yeux sur une publicité pour une « tondeuse à gazon », comment va ta sœur ?
Le silence qui succéda l'intrigua assez pour qu'il levât de nouveau sa tête. C'était au tour d'Adam de détourner le regard. Il aperçut, l'espace d'un instant, son visage se fermer, avant qu'un sourire neutre ne réapparut sur ses traits. Son apparence était immaculée, mais Draco aurait besoin de plus qu'un glamour pour croire que son expression était sincère-
Un glamour ? Adam portait un glamour ? C'était pour cette raison qu'il était si différent la dernière fois ? Draco dévisagea le jeune homme en tentant de se souvenir de leur dernière rencontre dans le couloir, près de l'infirmerie. Il se souvint de l'aspect maladif de Cynthia, de son comportement étrange, puis de l'arrivée d'Adam, qui avait arranger la situation, avec son élégance habituelle. Aussi beau que d'ordinaire, il était parvenu à rassurer sa sœur qui avait repris (malheureusement) son attitude désagréable, et il avait confirmé l'heure de leur rendez-vous amoureux. Samedi à quatorze heure, aux Trois Balais.
Draco fronça les sourcils. Quelque chose le tracassait. Adam avait beau être délicieusement agréable à regarder, il avait une boule au ventre rien que d'imaginer se rendre aux Trois Balais, à quatorze heure, le lendemain. Peut-être qu'il serait plus sage de refuser l'invitation...
- Elle va mieux, répondit Adam en prenant la main de Draco, merci de te soucier d'elle.
- C'est normal…enfin je veux dire…
Draco cligna des yeux plusieurs secondes complètement mystifié par son charme, sa sincérité. Il avait l'air d'être réellement touché par sa préoccupation. Ce dernier se sentit mal d'avoir posé la question pour détourner la conversation. Il aurait dû réellement s'inquiéter pour sa sœur mal en point. Après tout, elle était importante pour Adam, et Adam était important pour lui-
- Tout va bien, ici ?
Adam et Draco furent tous les deux arrachés à leur contemplation mutuelle par la voix de Potter qui se tenait debout près de la table, avec un manuel sous le bras. Avec sa cravate rouge et or de travers et ses cheveux ébouriffés, son apparence décontractée contrastait fortement avec l'expression contrariée qu'il arborait. Il n'aurait pas pu mieux communiquer son animosité flagrante pour Adam, qui semblait être le seul interrogé.
- Parfaitement, oui, répondit Adam sur le même ton froid. Qu'est-ce qui t'amène, Potter ? Je n'ai entendu personne appelé à ta rescousse pourtant.
- Non, c'est moi qui ait besoin d'aide cette fois. Malfoy a promis de m'aider sur un point du cours.
- Il faudra repasser plus tard, on discute de quelque chose d'important, congédia Adam en agitant leurs mains nouées au-dessus de la table.
Le rouge aux joues, Draco constata avec horreur que le Poufesouffle avait entrelacé leurs doigts. Sous le regard noir de Potter, Draco tenta tant bien que mal de retirer sa main, mais Adam tint bon, en gardant un sourire figé sur ses lèvres. Ne voulant pas passer pour une pathétique demoiselle en détresse devant les regards intrigués des autres élèves, et encore moins devant Potter, Draco garda contenance et entreprit d'écraser le pieds d'Adam avec le talon de sa chaussure. Son seuil de tolérance à la douleur devait être plus élevé que Draco l'aurait cru, car il tint bon.
- Mon cours de Potion est également important, insista Potter en abattant son manuel sur la table.
Madame Pince racla bruyamment la gorge au loin. Le Gryffondor ne s'en soucia pas le moins du monde, ni même du fait que son énorme livre avait atterrit à quelques centimètres de leurs mains nouées.
- Pas plus que notre rencard de demain, surenchérit Adam sur un ton satisfait, n'est-ce pas Draco ?
Il appuya ses mots en caressant le dos de sa main, provoquant des hoquets de surprises de la part des commères à proximité. Sous le regard intense du Poufesouffle, il fut soudainement envahit par l'odeur boisée qui l'accompagnait toujours. Il était si beau, si gentil. Leur rencard du lendemain serait l'occasion de faire plus ample connaissance, seuls, rien que tous les deux-
Ce fut autour de Potter de se racler bruyamment la gorge. Draco tourna instantanément la tête vers lui. Il entendit vaguement Adam jurer en tirant sur son bras pour attirer son attention, tandis que le Serpentard sortait peu à peu de sa torpeur, les yeux plongés dans ceux de Potter. Ce dernier paraissait désormais anxieux et se pencha sur la table pour examiner Draco de plus près. Le Serpentard ferma les yeux et inspira avec soulagement l'odeur familière et apaisante de son camarade de chambre. Cela eut pour effet de retirer la buée qui s'était formée dans son esprit.
- Ça va ? Murmura-t-il tout près.
- Je n'irai pas.
- Quoi ? Répondirent les deux autres sorciers en même temps.
- Je n'irai pas à ton stupide rencard, alors lâche-moi Adam, déclara soudainement Draco les yeux toujours fermés.
Apparemment surpris par ses mots crus, le Poufesouffle desserra son étreinte et Draco en profita pour se dégager. Il observa sa main rougie par les marques et massa ses phalanges. Son cœur battait à cent à l'heure. Il avait déjà rejeté publiquement les avances d'Adam par le passé, mais le faire devant Potter, c'était comme lui prouver quelque chose. Lui prouver que cette intimité qu'ils partageaient et cette tendresse ponctuelle leur étaient réservé, et se déroulaient uniquement dans le cocon de leur chambre. Draco savait qu'il se berçait d'illusions en s'imaginant que Potter et lui avait une relation exclusive, mais le regard que lui adressait le Gryffondor à cet instant-là, lui fit croire dure comme fer à cette relation chimérique. A cet instant-là, il n'avait d'yeux que pour Harry Potter.
- Attends- quoi ? Qu'est-ce que tu me fait là ? Regarde-moi, Draco. Regarde-moi.
Le Serpentard secoua la tête en fermant les yeux, persuadé que c'était la seule solution pour échappé à son entreprise. Son « emprise » ? Adam avait un contrôle sur lui ? Pourquoi ne pas le regarder quand il l'appelait avec insistance ? Avec cette belle voix, cette mélodie sensuelle. Non, Draco ne devait pas regarder, sinon il verrait qu'Adam était beau. Tellement beau. Trop beau-.
- Tu ne l'as pas entendu ? Il t'as dit de le lâcher, alors qu'est-ce que tu attends pour ficher le camp ?
En entendant Potter prendre sa défense, publiquement, Draco ne put empêcher la vague de chaleur qui l'envahit. Il se retint de justesse de sourire et d'exprimer ainsi l'explosion de joie qui se produisit en lui. Il eut la soudaine certitude qu'il avait attendu ce moment depuis le premier jour d'école en septembre. Que Potter prît sa défense, que Potter prît son parti lors de confrontations comme celle-ci. Certes, c'était une situation de harcèlement assez bénigne comparée à ce qu'il vivait quotidiennement, mais c'était mieux que rien. Ou juste le début, s'il osait l'espérer. Il jeta un regard discret vers le Gryffondor qui se tenait droit et prêt à jeter des sorts à la moindre remarque de travers.
- On en reparlera plus tard, Draco.
Sur ses mots tendus, le Serpentard entendit le grincement de sa chaise et de ses pas qui s'éloignait. Draco releva la tête pour l'apercevoir quitter la bibliothèque. Madame Pince du appeler plusieurs fois au silence pour calmer la rumeur qui s'élevait parmi les élèves alentours. Draco cligna plusieurs fois des yeux face à son catalogue moisi pour se convaincre que la situation était bien réelle. Il avait annulé son rencard avec Adam, et Potter, éternel Gryffondor, avait publiquement pris sa défense. Draco osait à peine espérer qu'à l'image du comportement de Potter, un nouvelle tendance se mettrait en place, à l'encontre du harcèlement exacerbé qu'il subissait.
- C'est toujours aussi bizarre avec lui ? Demanda Potter en s'asseyant près de lui.
Il orienta son corps vers Draco et leurs genoux se touchèrent. Aucun d'eux ne s'écarta et Draco sentit ses joues s'enflammer. Franchement, comment parvenait-il à être gêné par un simple contact, alors que le matin même, Potter avait sa queue plongée dans sa gorge. Draco rougit davantage rien qu'en pensant à leur activité du réveil. Il tenta tant bien que mal de se concentrer sur ses mots.
- Comment ça ?
- Bah tu sais...son flirt embarrassant, son ton contraignant et son apparence-
- Son apparence ? Tu trouves aussi qu'il y a quelque chose de bizarre dans son apparence ? Demanda Draco piqué au vif.
- Euh, oui, il a l'air d'avoir la main lourde sur les glamours, ça se voit à un kilomètre. Tu avais l'air complètement obnubilé pourtant, c'est pour ça que je me suis permis...d'intervenir.
Draco dévisagea Potter dont le raisonnement le frappa de plein fouet. Adam avait bien modifié son apparence pour attirer Draco, pour le séduire. C'était évident pourtant, depuis le début ! A chaque fois que Draco eût regardé dans sa direction, il n'était plus maître de lui-même. C'était pour le forcer à l'aimer. Mais comment s'était-il débrouillé ? Quelle était cette version sophistiquée du glamour ? Les effets lui rappelaient ceux de l'Amortentia, sans pour autant susciter une désir sexuel aussi exacerbé. Certes, Draco avouait avoir bandé quelque fois, mais il n'avait jamais ressenti un désir aussi fort que celui qu'il éprouvait pour Potter lorsqu'ils étaient seuls dans la chambre.
- Tu as bien fais, répondit finalement Draco. Tu fais désormais partie de la très courte liste des personnes qui se soucient de mon harcèlement quotidien.
Potter se mit à rougir, une expression coupable sur ses traits. Il passa sa main dans ses cheveux, et observa les rainures de la table en bois avec un air contrit. Donc il savait ce que Draco subissait chaque jour. Une justice immanente, c'était sûrement ce que Potter devait penser à chaque brimade que Draco recevait. Avec tout le mal que le Serpentard avait fait, c'était un destin inévitable qui se dessinait devant lui.
- J'aurai dû intervenir plus tôt.
- C'est ce que Granger disait aussi, commenta-t-il distraitement avant d'ajouter rapidement, je ne dis pas que je ne l'ai pas mérité. J'étais comme eux, il n'y a pas si longtemps, tu peux en attester.
- Personne ne mérite un traitement pareil.
- Même un Mangemort ? Interrogea-t-il en triturant une page du vieux catalogue devant lui. Écoute, tu n'as pas besoin de jouer les héros, c'est juste quelques coups, et des insultes acerbes...
Draco tentait d'énoncer les faits de manière détachée, mais les souvenirs des derniers jours étaient trop frais et douloureux pour qu'il pût masquer les tremblements de sa voix. Il serra les dents pour ravaler le sanglot qui menaçait. Il était tellement sensible ces derniers temps. C'était peut-être le fait de confier son mal être à quelqu'un qui en avait potentiellement quelque chose à faire de son existence qui mettait ses émotions à vif. Il dut arrêter de parler un moment pour retrouver son calme. Il se détourna de Potter dont le regard sûrement empli de pitié était braqué sur lui.
- Tu viens manger Harry ? Lança Weasley qui s'attira les « shhhh » menaçant de la bibliothécaire.
- J'arrive, répondit l'intéressé sans quitter Draco des yeux, tu te joins à nous ?
Draco fut tellement surpris qu'il lui fit de nouveau face. Il n'avouerait jamais à quel point cette invitation lui fit plaisir. En dehors du fiasco qu'il avait vécu avec Adam et sa sœur, il avait toujours mangé seul. L'idée de partager un repas avec quelqu'un, sans arrière pensée, et sans risque d'être humilié, était devenue presque illusoire pour lui. Les repas qu'il partageait avec ses camarades de Maisons durant les années précédentes n'étaient plus qu'un faible souvenir d'une ancienne vie. Et même à cette époque-là, il fallait garder une apparence maîtrisée, propre et convenable, épier les autres en quête du moindre faux pas, critiquer abondement la cuisine des Elfes de Maison et se moquer de la façon de manger des Gryffondors sans bonnes manières.
Potter attendait patiemment sa réponse, il avait posé son coude sur la table et appuyait son menton sur sa paume. Son autre main était à plat, à quelques centimètres de celle de Draco. Avec ses doigts qui tapotait lentement la surface en bois, le Serpentard avait presque l'impression qu'il se retenait de le toucher. Potter semblait réellement vouloir manger en sa compagnie.
Draco était sur le point d'accepter lorsqu'il croisa le regard circonspect de Granger. Il avait l'impression que la nuit précédente avait exacerbé ses soupçons à son égard. Personne ne savait pourquoi Potter pouvait s'endormir en sa compagnie. Draco ne serait pas étonné si elle le suspectait d'être lié à sa malédiction. En tout cas, il douta qu'il put obtenir un jour ses bonnes grâces, alors s'incruster dans leur dîner à trois ne semblait pas être une si bonne idée.
- Pas maintenant, dit-il finalement , j'ai...encore du travail.
Draco fut finalement chassé de la bibliothèque une vingtaine de minutes plus tard. Il était temps pour Madame Pince d'aller dîner. Il s'en alla après avoir emprunter les derniers catalogues qui lui restaient à inspecter. Il savait que la bibliothèque rouvrirait ses portes à la fin du dîner et jusqu'au couvre-feu, mais, il préféra finir ses recherches directement dans sa chambre. Il parcourut rapidement les couloirs vides du château et rejoignit son dortoir désert. Tout le monde était encore dans la Grande Salle, à profiter du dîner.
En posant ses affaires sur son bureau, Draco se demanda un instant ce que les Elfes de Maison avaient préparé. Il secoua la tête pour éviter d'attiser sa famine. Il avait tout le temps faim ces derniers jours. S'il s'aventurait à imaginer le dessert auxquels les autres élèves avaient droits, il ne dormirait pas de la nuit. Mais c'était sûrement quelque chose à base de fruits, des bons fruits juteux. Peut-être que s'il rejoignait la Grande Salle pour récupérer une pomme bien verte, une Granny Smith bien acidulée ? Oh ! Ou une Pink Lady bien rose et sucrée-
Draco dut se claquer les joues pour sortir de sa transe. Son estomac commençait à résonner dans la chambre. Il se promit de se lever tôt le lendemain pour prendre son petit-déjeuner à la seconde où les Elfes de Maison auraient dressés les tables, avant même l'arrivée du premier professeur. Même si cela signifiait qu'il ne passerait pas autant de temps à flâner au lit avec Potter. Ils avaient été pressés par les cours ce matin-là, mais avec le week-end qui s'annonçait, ils pourraient prendre le temps de s'explorer mutuellement. Enfin si Potter désirait aussi passer plus de temps avec lui. Avec la promesse d'une nouvelle fellation, Draco était sûr qu'ils pourraient rester enfermés toute la journée s'il le fallait. Cette simple pensée le rendit lui-même impatient.
Il glissa sa main le long de sa gorge en se souvenant de la sensation de l'avoir en lui, le poids de sa queue sur sa langue, le goût de son liquide pré-séminale, la chaleur de son sperme qui avait instantanément rempli sa bouche, et son odeur, oh oui son odeur enivrante dont il était devenu addict. Draco déglutit à plusieurs reprises et caressa doucement sa mâchoire encore endoloris par l'extension qu'avait nécessité le passage du pénis de Potter-
Draco avait décidément très faim, mais il n'était pas encore certain de ce qu'il désirait le plus.
Déterminé à ignorer son estomac et son excitation grandissante, il se concentra de nouveau sur les offres de « mixeurs » et de « postes de télévisions ». A part une machine de torture aux lames aiguisées et une boîte noire sans intérêt, Draco ne comprit pas ce qu'il était censé observer ni même l'attrait que les Moldus pouvaient avoir pour ces objets futiles.
« Agrafeuse », « agrafeuse », allait-il un jour tomber sur cette mention. Qu'est-ce que c'était que ce mot d'ailleurs ? Un néologisme ? Un nominalisation ? Peut-être qu'il aurait plus de chance s'il cherchait du côté de l'étymologie du terme « Agrafeuse » ? C'était un nom féminin singulier. « Agrafeur » au masculin singulier ? Est-ce que cela désignait le même objet ? Non, il perdait son temps à modifier le genre, il fallait plutôt qu'il repérât un radical. « Agrafe » , ou peut-être « grafe » dans le cas où le préfixe servait à annuler l'action de « grafer » ?
Draco nota toutes ses idées sur un parchemin qu'il trouva au fond de son sac de cours. Il s'était précipité à la bibliothèque dans l'espoir de trouver une référence ou une illustration, sans avoir prit le temps de s'attarder sur le nom en lui-même. Peut-être même qu'il parviendrait à remonter jusqu'aux origines latines du terme. À moins que ce ne fut du grec ? « Graph » comme dans écrire ? Non, l'évolution linguistique ne correspondait pas. Il était presque sûr qu'« agrafeuse » s'écrivait avec un « f ». Donc rien à voir avec « graph », sinon le professeur aurait noté « agrapheuse » au tableau, pour désigné un objet qui… accomplissait l'acte contraire d'écrire ? Effacer ?
Non, non, ça n'avait pas de sens. « Graf », il fallait se concentrer sur « graf » ou plutôt « agraf ». Oh ! « Agrafe » comme en couture ? Il lui semblait avoir entendu Madame Guipure employer ce terme pour ses confections.
La porte de la chambre s'ouvrit soudainement faisant sursauter le Serpentard. Potter entra en referma derrière lui.
- Hé, salua-t-il en posant son sac et sa robe de sorcier sur son lit.
- Hm, fit simplement Draco en guise de réponse.
Il craignit que le moindre mot qui sortirait de sa bouche trahirait sa panique intérieure. Il avait été pourtant impatient de se retrouver seul avec Potter, mais son cœur qui s'emballait et ses mouvements rigides n'arrangeaient pas son affaire. Désormais seuls dans la chambre, il était conscient de chacun de ses mouvements, comme s'il accomplissait une performance, pour paraître le plus parfait possible, le plus attirant possible. Merlin, depuis quand se souciait-il de ce que Potter pensait de lui ? Draco fronça les sourcils en s'apercevant qu'il ne préférait pas connaître la réponse. Il passa ses mains dans ses cheveux pour couvrir son visage rouge d'embarras. Comment pouvait-il être si pathétique ? Potter lui avait seulement dit un mot, non une syllabe ! Était-il réellement amoureux-Non.
« Agrafe » objet utilisé en couture, donc « agrafeuse » objet qui produit des agrafes ?-
- Tu n'as pas faim ?
Interloqué, Draco se tourna vers le Gryffondor interloqué. Il rassemblait ses affaires de toilettes en lui tournant le dos. Le Serpentard ne savait pas s'il y avait un sens caché derrière sa question, mais il eut l'impression que Potter employait un ton précautionneux.
- Pourquoi cette question ?
- Tu n'es pas descendu pour dîner.
Potter avait remarqué son absence ? Ah. C'était sûrement parce que Draco avait mentionné qu'il les rejoindrait pour dîner. Il n'aurait jamais pensé qu'il le prendrait au mot. Toutefois, Draco ne se voyait pas trop lui avouer que ses courts passages dans la Grande Salle étaient devenus pour lui un supplice. L'humiliation commença doucement à lui ronger l'estomac lorsqu'il se rappela avec amertume de sa dernière tentative de restauration. Une de ses pires frayeurs fut que l'on eut craché dans sa nourriture sans qu'il ne fut au courant.
- Je n'ai pas vu le temps passer, dit-il simplement.
- Tu n'es non plus descendu à midi.
Potter ajouta cette information sur un ton léger, mais Draco sentait venir la réprimande infantilisante sur ses habitudes alimentaires. Si Potter croyait qu'il avait besoin de lui pour comprendre que son rythme de restauration était alarmant, il se fourrait le doigt dans l'œil jusqu'au talon. Draco savait pertinemment que ce n'était pas viable. La faim n'était pas une sensation très agréable à avoir la majorité du temps, pire était la frustration qui l'envahissait lorsque ses rares repas étaient interrompus par les persécutions incessantes. A la moindre remarque, Draco lui préparait une réplique acerbe qui lui ferait descendre de ses grands chevaux.
- Et ? Demanda le Serpentard les dents serrés.
Potter le dévisagea plusieurs instants les sourcils froncés, comme si Draco était une énigme insolvable. Après plusieurs secondes d'hésitations, il plongea la main dans son sac de cours et en sortit deux parts de quiches enroulées dans une serviette et une pomme verte, qu'il posa sur son bureau.
- Je vais me doucher, déclara Potter en quittant la chambre.
Draco resta plusieurs instants à observer la porte close, le temps d'assimiler ce qu'il venait de se passer. Il posa ensuite les yeux sur ce qui allait devenir son seul repas du jour. C'était sûrement la pitié qui avait poussé le Gryffondor à lui ramener des restes du dîner, mais ce soir-là, Draco n'avait pas assez d'amour propre pour ignorer les grognements de son ventre plus longtemps. Il n'avait littéralement que le foutre de Potter dans l'estomac. C'était complètement ridicule. Et quelque peu indécent.
Il déballa les deux parts avec précaution, comme s'il redoutait qu'elles lui soient subtilisées. Il jeta un œil aux alentours par habitude et fut soulager de constater qu'il pourrait enfin manger en toute tranquillité. Un poids qu'il ignorait porter jusqu'à lors s'envola. Délicatement, il souleva une part de quiche encore chaude et ne put s'empêcher d'en renifler le parfum pour maximiser l'expérience. La bouche salivante, il plongea ses dents dans la garniture épaisse et parfaitement assaisonnée. Il prit son temps pour déguster, profiter de la saveur de chaque légume, du fromage et des œufs, et de la pâte croustillante. Ce n'était pas le plat le plus sophistiqué, ni le plus délicieux qu'il eut jamais goûté, mais c'était parfait. Il ne l'avouerait à personne, mais il s'en lécha même les doigts. Il se rendit alors compte qu'il ne s'était pas lavé les mains après avoir manipulé les vieilles archives. Tant pis, il mourrait repus. Plus ou moins. Moins que plus.
Draco entamait sa deuxième part lorsque Potter revint dans la chambre. Comme à son habitude, il n'avait que sa serviette nouée autour de sa taille, le torse ruisselant et les cheveux humides. Le Serpentard manqua de s'étouffer. Son camarade chambre dut métamorphoser un presse parchemin en verre d'eau pour calmer la toux qui le saisit.
- Ça va Malfoy ? S'enquit Potter en tapotant son dos.
Il hocha la tête en tentant d'ignorer l'odeur de son corps fraîchement lavé qui envahit ses sens. Il s'empressa de poursuivre son repas pour éviter de jeter des coups d'œil à la dérobée pendant que le Gryffondor se changeait. Draco l'entendit s'essuyer puis s'habiller. Potter prit une chaise pour s'installer à quelques centimètres de lui. Comme à la bibliothèque, leurs genoux se touchèrent sous le bureau. Il s'approcha d'avantage et son épaule se pressa contre celle de Draco. Ce dernier craignit subir une nouvelle quinte de toux. Il commençait à avoir affreusement chaud.
- C'est bon ? Demanda Potter
Les yeux rivés sur la fin de sa quiche, Draco le sentait l'observer. Il ne fit pas un geste et le laissa manger, sans le presser pour une réponse à sa question. Un peu moins à l'aise de manger avec de la compagnie, Draco acquiesça lentement.
- Tant mieux.
- Tu en veux un peu ?
- Nan, j'ai apporté ça pour toi, expliqua Potter, j'aurais dû prendre plus, c'est un peu juste-
- Non, non c'est parfait. Merci.
Draco était de nouveau conscient de chacun de ses mouvements. Il prit soin de mâcher lentement, mais pas trop, avaler par petit morceau pour ne pas faire trop de bruit. Pourquoi Potter le scrutait autant ? Avait-il quelque chose à dire ? Draco le regarda discrètement du coin de l'œil et fut surpris de constater que le Gryffonder avait les yeux rivés sur son vieux catalogue.
- Tu trouves quelque chose qui te plaît ? Demanda Potter en tournant les pages. Parce que je doute que ces articles soient encore commercialisés.
- Ha, ha, lâcha Draco en croquant dans sa pomme, c'est pour les Etudes Moldues, sans ça, jamais je n'aurais touché à ces reliques.
- J'avais bien compris, ricana le sorcier en portant son attention sur son parchemin griffonnés. C'est quoi ton objet ?
- Une « agrafeuse » révéla le blond avec amertume, mais je pense avoir trouvé une piste du côté de la couture.
- Oh...Je...hum, commença-t-il en se retenant de rire, je ne pense pas que ce soit ce genre d'agrafeuse que le professeur ait en tête.
- Salazar, encore un cul de sac, soupira Draco en posant la tête dans ses bras. Vas-y, délecte-toi de ma misère. Quel Gryffondor tu fais ! Pourquoi tu ne me dis pas simplement ce que c'est ?
Draco avait conscience que ses jérémiades étaient ridicules, mais il en avait assez de ce devoir. Désormais tous les moyens étaient bons pour s'en sortir, quitte à faire des demandes désespérées. Dissimulé derrière ses bras posés sur le bureau, Draco jeta un œil à Potter dont le sourire moqueur n'avait pas quitté les lèvres. L'enflure, la situation devait être hilarante pour lui. Soudainement, Potter tendit la main et passa quelques mèches derrière l'oreille du Serpentard. Ce dernier retint sa respiration, il ne put empêcher son imagination d'anticiper les prochaines actions du sorcier. Son geste délibéré laissait bien moins de doute que le contact innocent de leur genoux et de leurs épaules. A moins que Potter fut simplement quelqu'un d'impulsif qui agissait de manière affective sans arrière-pensée. Oui, c'était plus probable.
- Je pourrais, répondit Potter en glissant ses doigts dans les cheveux du Serpentard.
Draco en oublia presque le sujet de la conversation lorsque ses doigts frôlèrent sa nuque. Que pourrait-il faire ? L'embrasser sur le champ ? Le préparer farouchement avant de le prendre et de l'emmener au septième ciel ? Non, non… Il parlait...il parlait de l'« agrafeuse ».
- Gratuitement ? Demanda Draco qui ne put empêché sa voix de virevolter dans les aiguës lorsqu'il sentit ses doigts malaxer la lobe de son oreille qui devait avoir tourné rouge écrevisse.
- Non, railla le Gryffondor en poursuivant son massage improvisé d'un air distrait. Bien sûr que non.
Le pic d'excitation qui saisit fut difficile à contrôler. Est-ce que Draco lisait trop entre les lignes ? Ou était-ce véritablement une invitation à des activités plus tumultueuses ? Draco se redressa pour le faire face. Avant que Potter ne put retirer sa main, le Serpentard la saisit pour la porter audacieusement à ses lèvres. Le Gryffondor écarquilla les yeux dans la surprise.
- Tu veux que je te suce la queue ? Chuchota Draco
- Oh mon Dieu, Malfoy ! Ce n'était pas ce que je voulais dire, s'écria Potter avec embarras. Je pensais à des cours particuliers de potion !
Draco crut mourir de honte. Son esprit dévergondé avait le don de toujours le mettre dans des situations pareilles. Il lâcha la main de Potter comme s'il avait été brûlé. Ce qu'il était prêt à faire pour un autre homme...pour réussir son devoir ! C'était pathétique. L'emprise que Potter avait sur lui était effrayante parfois.
- Arrête avec tes signaux ambiguës, alors ! Je ne sais plus quoi penser, moi ! Vociféra-t-il en se levant de sa chaise. Tu m'apportes à manger, tu me caresses sans arrêt, on dort dans le même lit et on couche ensemble ! Je vais finir par croire que…que-
Draco s'interrompit. Il se sentait pathétique à extrapoler le moindre de ses faits et gestes dans le but de conforter ses fantasmes. Potter était sans doute aussi affectueux avec toutes ses autres conquêtes. Même après avoir couché ensemble, Draco n'était pas plus privilégié qu'une autre de ses aventures. Avait-il été aussi attentionné avec Delcourt ? S'était-elle également endormie la tête contre son cœur ? Avait-il tendrement caressé ses cheveux, laissé des baisers sur sa clavicule, le long de sa gorge, sur sa mâchoire ? Draco avait déjà aperçus leurs échanges salivaires plus qu'enthousiastes. Potter préférait sûrement embrasser les femmes, toucher leur corps doux, et sinueux. Qu'est-ce qui garantissait à Draco que Potter n'allait pas voir ailleurs entre deux passages dans la chambre ? Ils n'entretenaient pas une relation exclusive, alors pourquoi Draco s'accrochait-il autant à chaque geste, à chaque bribe de tendresse-
- Est-ce que… est-ce que tu m'aimes ?
Draco baissa les yeux vers Potter qui était encore assit. Ses cheveux en bataille étaient encore humides, le col de son T-shirt délavé était trop détendu, et son pantalon élimé était trop court. Malgré tout cela, Draco ne put détacher son regard une seule seconde. Draco n'était pas sous son emprise, non, c'était l'intensité des sentiments qu'il éprouvait pour Potter qui lui faisait perdre le contrôle. Et ça, c'était plus effrayant, encore.
- Qui n'aime pas le Sauveur-
- Malfoy.
Potter s'était levé pour être face à lui. A cause de leur taille similaire, Draco ne pouvait plus fuir. Ses lunettes de vue n'atténuaient rien de l'intensité de son regard déterminé. Draco n'entendait plus rien à part les battements de son cœur affolé, la chaleur se précipita sur son visage en prévision de ce qu'il s'apprêtait à révéler.
- Oui.
Un mot court mais suffisant que Draco peina à prononcer clairement.
A cause de sa voix fébrile, Draco crut un instant que Potter ne l'avait pas entendu. Mais il comprit finalement que l'incompréhension qui s'afficha sur son visage n'était pas dû à un problème d'audition. Son cœur se serra. Respirer devint soudainement difficile. Il ne s'attendait pas à un miracle. Il savait intérieurement que ses sentiments n'étaient pas réciproques. Draco n'était qu'un compagnon de batifolage. Rien de plus, rien de moins. Toutefois, avoir la confirmation de ses soupçons en personne était beaucoup plus douloureux à encaisser. Il n'y avait plus de doute cette fois.
Potter ne l'aimait pas.
