/!\ ATTENTION /!\ Ce chapitre contient une scène de suicide explicite. Si ce sujet est difficile pour vous, arrêtez de lire après la conversation avec Robb.

Bonne lecture à tous,

(ne me détestez pas s'il vous plaît...)


Chapitre treizième :

Ambiances musicales : 1 Back To Black – Amy Winehouse

2 The Loneliest - Måneskin

« Seule la mort peut éteindre à jamais la flamme de l'espoir. » - Mostefa Khellaf.


« Miss Granger ?

Hermione hocha la tête à l'homme dans son taxi. Elle ouvrit la portière arrière et aida Narcissa à asseoir un Drago épuisé et au bord du malaise à l'intérieur avant de s'installer à l'avant côté passager.

Le conducteur dévisagea ses passagers, son regard suspect passant de Drago à Narcissa avant de se poser à nouveau sur Hermione.

- Est-ce que tout va bien ?

Hermione savait qu'elle les exposerait à des questions, voire même qu'ils pourraient tous finir en garde à vue pour l'étrangeté de la situation. Mais ils ne pouvaient pas rentrer à Leinster Garden à pied et comme ils avaient raté le dernier train, elle n'avait pas eu d'autre choix que d'improviser. Elle s'était rendue au village le plus proche et avait appelé la première compagnie de taxi dans l'annuaire. Le patron avait râlé, protestant qu'une course de trois heures était tout bonnement impossible. Maline, elle l'était et, en promettant une belle prime au chauffeur, le patron avait cédé et leur avait envoyé quelqu'un plus d'une heure après son coup de téléphone.

- Il a mangé un truc pas frais. Soyez rassuré pour votre voiture, son estomac s'est vidé avant votre arrivée. Conduisez-nous à Londres comme convenu.

Après quelques secondes de silence, le conducteur démarra la voiture et s'engagea sur la route sans plus poser de questions.

La nuit était couchée depuis un moment déjà quand ils arrivèrent dans Leinster Garden. Hermione sortit de la voiture et, après avoir ouvert la portière de Drago, endormi contre sa mère, fouilla dans ses poches sous le regard effaré du conducteur et de Narcissa. Elle y prit son portefeuille et en sortit une liasse de livres qu'elle tendit au chauffeur. Il avait pris cette habitude depuis leur expédition aux Orcades de toujours avoir de l'argent moldu sur lui, en cas de besoin. Ce qu'Hermione avait trouvé ridicule au départ se révélait aujourd'hui être sans doute une de ses meilleures idées.

- Tenez, le prix de la course et le supplément.

L'homme ne dit rien, saisit les billets et les observa un moment avant de les ranger dans la boîte à gants.

Puis doucement, elle réveilla Drago et l'aida à s'extirper du taxi qui partit en trombe dès que ses passagers furent tous sur le trottoir.

Tous les trois montèrent tant bien que mal les escaliers jusqu'à l'appartement n°7. Narcissa, aidée par Hermione, allongea Drago sur son lit et lui enleva ses chaussures avant de le couvrir.

Les évènements des derniers mois l'avaient épuisé mentalement, mais la perte de contrôle de sa magie était la goutte d'eau qui faisait déborder un vase déjà beaucoup trop plein. Ecrasé par la fatigue, il entremêla inconsciemment ses doigts à ceux d'Hermione et emporta en sombrant l'image de deux yeux noisettes le contemplant.

Hermione sourit tendrement en le regardant et s'assit au bord du lit sans lâcher sa main. Narcissa quitta discrètement la pièce et s'installa dans le canapé sans savoir quoi faire, quoi penser. Son fils venait de réduire à l'état de cendres le manoir où elle avait vécu la majeure partie de sa vie. Elle se sentait partagée entre l'espoir de ce renouveau et la peur de l'inconnu. Elle évitait de penser à Patrick quand elle voyait son fils. Bien sûr, elle ne comptait pas lui cacher sa relation, mais tout était tellement récent, tellement frais, qu'elle préférait attendre pour le moment. Profiter simplement, avant de devoir tout compliquer avec des annonces publiques.

Elle sursauta presque en sentant le canapé s'affaisser à côté d'elle.

- Pardon, murmura Hermione, je ne voulais pas vous faire peur.

Elles échangèrent un regard fatigué, triste, empli de questions et de doutes.

- Est-ce qu'il… ?

- Il s'est endormi oui.

Narcissa lui sourit et soupira.

- Moi qui planifie toujours tout, qui prévoit absolument le moindre détail de chaque situation… Pour la première fois de ma vie, je ne sais pas ce que je dois faire. Je suis lasse de tout ça.

Hermione laissa échapper un rire sourd.

- Je connais. J'ai fait ça pendant des années avec Ron et… et Harry. Et si je peux me permettre un conseil : dans la vie, des fois, il faut juste se laisser porter par le courant. Il n'y a pas de mal à lâcher prise et simplement profiter de ce que l'on a sans trop se soucier de demain. Demain c'est demain. Et peut-être qu'il sera terrible, ou que ce sera le dernier. Mais en attendant aujourd'hui est beau et réel. Vous avez votre fils, et de ce que j'en vois, il vous aime et vous admire beaucoup. Il ne vous le dit pas mais il est heureux de vous avoir dans sa vie après… Après tout ce qui s'est passé, la guerre et le reste.

Hermione frissonna des flashs de Poudlard, d'Harry et de Ginny refaisaient surface. Emue plus qu'elle ne le reconnaitrait, Narcissa posa une main tremblante sur celle de la jeune femme.

- Drago vous admire aussi beaucoup.

D'autres frissons parcourent son dos et elle sentit ses joues chauffer à ces mots.

- Merci, de prendre soin de mon fils comme vous le faites. Après tout ce que notre famille vous a fait, vous seriez en droit de nous haïr.

- La haine n'amène que la haine. Il est grand temps de laisser la place à la paix.

- D'où tenez-vous une telle sagesse ?

- Probablement de ma mère.

- Elle peut être fière d'avoir élevée une jeune femme brillante comme vous.

Des souvenirs douloureux émergèrent, l'absence de ses parents, aussi bien physique que mentale, lui pesait un peu plus chaque jour. Mais au vu de son futur peu engageant, elle se sentait, d'une certaine manière, rassurée qu'ils ne se souviennent pas d'elle ils ne la regarderaient pas dépérir au fil du temps, ils ne verraient pas sa vie s'étioler à mesure que la rune gagnerait du terrain sur sa volonté.

Narcissa se leva et elle sortit des limbes de son cerveau.

- Je vais vous laisser.

- Vous pouvez rester dormir. Drago sera content de vous voir demain matin.

- Je ne pensais pas que les choses prendraient cette tournure aujourd'hui. J'ai un rendez-vous important demain que je ne peux plus reporter.

- Aucun problème, je comprends. Je vous envoie un hibou dès que Drago est réveillé et vous pourrez passer après votre rendez-vous, ou plus tard. Comme vous voulez.

Hermione lui sourit gentiment. Une part d'elle ne put s'empêcher de rire en imaginant la tête que ferait Harry en la voyant si proche de la mère de celui qu'il avait toujours considéré comme un ennemi.

Narcissa la serra dans ses bras et ferma la porte derrière elle en quittant l'appartement.

XXXXX

Enfin seule avec elle-même, elle s'autorisa à s'égarer dans son cœur en se laissant tomber dans les coussins moelleux du canapé. Sa propre voix résonna dans sa tête en même temps que des visions du manoir en feu, d'elle courant à en perdre haleine vers cette masse sombre et bouillonnante. Comment avait-elle su à ce moment-là que c'était lui ?

« Drago… »

Une boule de feu explosa dans sa poitrine, picotant jusqu'au bout de ses doigts et de ses orteils. Etait-elle… Amoureuse ?

« Non, c'est ridicule ! »

Elle ferma les yeux, inspira profondément, chassant ses pensées saugrenues de son esprit. Mais son esprit s'enflamma, et son estomac se tordit en prenant en pleine face l'image de deux yeux gris, ses yeux gris, la contemplant.

« Par Godric ! »

Les souvenirs de sa captivité et de l'inconnu, qui ne l'était plus, prirent le dessus la souffrance, la haine de Bellatrix, mais aussi, le soulagement à l'approche de sa mort. Le désespoir grandissant en comprenant que la rune la tuerait et que rien ne pouvait changer cela. La vengeance, qui, telle la gangrène, se répandait en elle comme seul choix de survie possible. Puis le choc de découvrir Drago Malefoy et la surprise qui avait animé leur première vraie conversation.

Et enfin plus rien.

Tout était devenu paix et douceur. A en éclipser la rune. A en éclipser la raison de sa présence ici.

Pour la première fois, elle regarda autour d'elle, regarda vraiment. Elle se rendait compte maintenant à quel point elle l'aimait. Simplement. Totalement. Tout ici le prouvait. Leurs tasses dans l'évier, le vase qu'il remplissait de nouvelles fleurs presque chaque semaine. Les poèmes qu'ils avaient continué d'échanger. Ce roman qu'ils avaient commencé à lire ensemble… Un battement de cœur un peu plus fort dans sa poitrine la sortit de sa rêverie. Elle bondit sur ses pieds, et, comme un lion en cage, marcha de long en large dans la pièce.

« C'est pas possible, je peux pas faire ça. »

« … »

« Pourquoi pas ? Tu l'aimes ! »

« … »

« Non ! Non… »

« … »

« Quoi non ? Avoue-le, tu l'aimes. Peu importe ce qui s'est passé, tu l'aimes. »

« … »

« Bordel… Je l'aime. »

Elle poussa un grognement exaspéré qu'elle tenta aussitôt d'étouffer en se couvrant la bouche.

« Je l'aime… »

« … »

« Qu'est-ce que je dois faire ? Je peux pas lui dire… Non ? Si ? »

« … »

« Aaaah mais pourquoi tout doit être aussi compliqué ! »

Elle attrapa de quoi écrire et traça une ligne verticale bien droite sur le parchemin pour le diviser en deux colonnes égales. Dans la première, elle écrivit « Pour » et dans l'autre « Contre ». Laissant la plume suspendue à quelques millimètres au-dessus de la feuille, elle se moqua d'elle-même. Il y a quelques années, elle trouvait les filles amoureuses ridicules avec leurs listes, leurs hésitations, leurs sourires niais. Et la voilà, à 3h du matin à rédiger ses propres motivations à avouer ou non ses sentiments à son colocataire.

« Tu débloques complètement. C'est l'asile qui t'attend ma vieille ! »

Et sa main ajouta un « ça le priverait de sa magie aussi, par extension. » dans la colonne des « contre ».

« Tu te rends compte que tu agis comme une collégienne ?! »

Un « Je peux toujours compter sur lui » apparut dans celle des « pour », suivit de près par un « il t'a quand même harcelé pendant des années » dans les « contre ».

Pendant près d'une demi-heure, elle noircit le parchemin au fil de ses pensées et de son cœur. Quand enfin elle posa la plume, elle déchiqueta le papier de rage en grognant. La colonne des « pour » était pleine alors que celle des « contre » lui apparaissait étrangement vide.

« Hermione ?

Elle sursauta et se retourna pour découvrir Drago dans l'encadrement de la porte, les yeux encore ensommeillés.

- Pourquoi tu dors pas ?

Elle froissa les bouts de parchemin dans ses mains et fourra la boule rapidement dans sa poche.

- Tout va bien ?

- Non… Oui ! Je n'arrive pas à dormir. C'est tout.

- Tu veux que je reste à côté de toi le temps que tu t'endormes ?

« Ou tu peux te glisser sous la couette avec moi et… »

Personne, pas même elle, ne connut la fin de cette pensée. Elle piqua un fard tellement énorme qu'elle parvenait à le voir sur ses joues sans avoir besoin de se regarder dans un miroir.

Inquiet en la voyant toute rouge, il s'approcha d'elle en deux enjambées et posa sa main froide sur son front brulant.

- Tu es sûre que ça va ? On dirait que tu as de la fièvre.

Le contraste entre sa main et son visage lui fit l'effet d'une bombe. Les yeux clos, elle inspira ce parfum qu'elle reconnaissait trop souvent. Ce geste pourtant si simple enflamma ses sens, stoppant les battements de son cœur avant qu'il ne reparte dans un rythme fou. Elle leva le regard vers lui et plongea dans l'orage devant elle la foudre ne l'effrayait plus. Elle pourrait danser sous la pluie toute sa vie sans crainte. Il ôta sa main, faisant taire les grondements dans son ventre, et elle ne put que bafouiller quelques syllabes :

- Je… Non… Mais… Enfin… Pfffff…

- Mmm… D'accord, est-il possible d'avoir des mots en plus, là je ne comprends rien.

Elle inspira à fond et bloqua sa respiration, s'armant de courage.

- Tout va bien. Je dois juste prendre une douche et aller me reposer.

- D'accord.

Elle se redressa subitement et se força à ne pas courir jusqu'à la salle de bain pour s'y enfermer. Si elle n'avait pas eu peur de faire rappliquer Drago dans la seconde, elle se serait sans doute tapée la tête contre le mur. Comment, par Merlin, était-elle censée résister alors que tout son corps réclamait le sien ? Comment avait-elle fait pour ne rien voir jusqu'à maintenant ?

« Stupide, STUPIDE Granger ! »

Elle se laissa glisser le long de la porte en soupirant. Elle allait devoir tenir bon, persuadée qu'elle ne méritait pas une once de bonheur après ce qu'elle avait fait. Avec lui ou un autre, comment espérer une vie heureuse dans l'ignorance de ses actes ? Et avec la rune en prime ?! Chaque jour qui passait, elle avait conscience que ça pouvait aussi être le dernier. Les mots de Muireann et du triton résonnaient en elle comme une condamnation à mort programmée depuis que Bellatrix l'avait marquée. Toute cette énergie quotidienne pour lutter… Qu'allait-il se passer le jour où elle attraperait plus qu'un rhume ? Qu'elle n'aurait plus la force de se battre ? Il lui restait combien de temps à vivre ? Quelques mois ? Années, si elle avait de la chance. Elle savait qu'elle allait devoir disparaître de la vie de Drago pour son bien, comme elle avait disparu de la vie de ses parents, de celle des Weasley. Cette perspective lui tira des larmes. Encore, elle était encore celle qui devait disparaître pour que d'autres puissent vivre.

« Je suis maudite ! »

Et les larmes dévalèrent ses joues. Ce sentiment avait commencé bien avant la rune depuis qu'elle avait reçu sa lettre pour entrer à Poudlard en réalité. Elle n'avait jamais demandé à vivre tout ça, à être tout ça. Mille fois, elle aurait préféré ne jamais être une sorcière. Elle pourrait toujours boire le thé avec ses parents, faire du vélo avec son papa ou lire un roman avec sa maman.

Vraiment, elle avait fait de son mieux pour se faire accepter, pour être heureuse, pour être aimée. A croire que le Destin se moquait bien de tout ça et que sa vie pouvait se résumer à perdre ceux qu'elle aimait les uns après les autres.

Elle se redressa, fit couler l'eau de la douche et plongea dessous, priant pour noyer ses sentiments à tout jamais.

XXXXX

Il mit plusieurs jours avant de pouvoir parler du Manoir. Par honte, principalement, mais aussi parce qu'il ne se souvenait pas de tout. Il se rappelait le serment qu'il lui avait fait sur son propre sang, sa noirceur… Le pire de lui-même. Et puis les ténèbres interminables et infinies dans lesquelles il avait sauté sans hésitation. Sans elle, il n'en serait jamais revenu. Il avait entendu sa voix et l'avait suivie jusqu'à pouvoir la serrer contre lui. Elle était sa lumière au bout du tunnel, un astre éblouissant dans son enfer.

Elle n'avait pas voulu parler de l'inconnu. Trop de questions auxquelles elle n'était pas certaine de vouloir les réponses. Sans lui, elle ne s'en serait jamais sortie. Elle revoyait l'inconnu, ses yeux émeraudes, ses boucles brunes, sa mâchoire carrée… Inconnu, il n'en était plus un, et elle put poser les traits de Drago par-dessus ceux de l'homme à la cape anthracite. Son cœur se réchauffait à cette pensée, battant juste un peu plus fort quand elle regardait la cape accrochée au porte-manteau dans l'entrée.

Quand elle lui avait raconté le coup du taxi et la tête de sa mère, il avait ri à en avoir mal aux côtes. Evidemment, elle lui avait promis de le rembourser, ce à quoi il avait répondu qu'il en était hors de question et que si elle insistait, il la transformerait en descente de lit. Leur rire avait résonné dans tout l'appartement, laissant derrière lui un sentiment de sérénité et de chaleur.

Drago se remettait à une vitesse incroyable. Chaque jour Hermione lui préparait des repas légers et variés. Elle s'était arrangée avec Narcissa pour prévenir de son absence à son travail. Elle le grondait comme un enfant quand il essayait de l'aider avec la vaisselle. Il râlait et maugréait que cette oisiveté ne lui ressemblait pas. Et ça se terminait toujours de la même manière : Hermione fronçait les sourcils, un air sévère sur le visage, lui ordonnant de se reposer. Et Drago qui en rajoutait une couche en la mettant en garde qu'il pourrait s'habituer à se faire servir et ne plus jamais retourner travailler. Elle finissait par bafouiller un « espèce de crétin » en lui jetant le torchon au visage, se mordant la langue pour retenir ses pensées intrusives.

XXXXX

Plusieurs fois, elle avait pris de longues secondes, le regard dans le vide ou posé sur son colocataire de façon insistante pour réfléchir à sa réponse, donnant lieu à des situations ridicules. Si elle parvenait à garder la tête froide au fil des jours, ce n'était pas le cas de son cœur qui prenait un malin plaisir à lui rappeler à quel point elle était fichue. Après une dizaine de jours à tenir sa langue en laisse, elle retourna travailler ne pouvant plus profiter de la gentillesse de son collègue pour la remplacer.

Un après-midi, elle fit un malaise à cause de la chaleur estivale. Son chef, un père de famille adorable et compréhensif, lui ordonna de rentrer chez elle pour se reposer. En chemin, elle fut prise de nausées, devant prendre appui sur un lampadaire ou un banc pour reprendre son souffle. En entrant dans le hall de l'immeuble, elle fut accueillie par la fraîcheur de la bâtisse qui restait étonnamment bien isolée malgré son âge.

Les mains tremblantes, elle eut du mal à glisser la clef dans la serrure. De longues sueurs froides parcouraient son échine. Elle respira profondément, réprimant son envie de vomir du mieux qu'elle pouvait. Mais son estomac en décida autrement. Elle lâcha son sac et courut à toute vitesse jusqu'à la salle de bain. Appelez ça le Destin ou la Malchance, mais ce qu'elle vit lui fit passer l'envie de rendre son déjeuner, plus efficacement que n'importe quel médicament : Drago, sortant tout juste de la douche, une serviette blanche enroulée sur les hanches, seul vêtement cachant trop ou trop peu, ses cheveux encore dégoulinants lui tombant à moitié sur le visage.

Une personne normalement constituée et avec un minimum d'éducation se serait confondue en excuses et aurait refermé la porte (et la bouche). Mais Hermione, trop subjuguée par la vision de Drago à moitié nu, resta plantée là, sa mâchoire à deux doigts de tomber par terre. Elle posa son regard sur une goutte d'eau qui ruisselait le long de sa clavicule avant de se perdre dans les poils clairsemés de son torse. Elle en oublia de respirer et, dans son ventre, une chaleur remonta jusqu'à ses joues. Quand elle se souvint de reprendre son souffle, l'odeur de son shampoing l'enivra au point de sentir ses entrailles se tordre et son cœur bondir hors d'elle.

« … va ?

- …

- Hermione ?

- Hein ?

Elle détacha ses yeux du corps de son colocataire et rougit de honte en se souvenant où elle se trouvait.

- Est-ce que ça va ?

- J'a… J'avais envie de vomir. Me suis dépêchée. Pas fais attention que tu étais dans… Dans… Euh… tu sais dans… La salle de bain ! Je suis désolée…

« Bon sang, ne reste pas plantée là, sors de là, au lieu de le reluquer comme ça… »

« Par Merlin, ce corps ! »

« Grrrr ! Stop, ça suffit ! »

Elle adorait parler avec elle-même avec les années, elle avait réussi à avoir deux petites voix dans sa tête pour s'auto poser des questions et y répondre. Plusieurs fois, ça lui avait permis de résoudre des énigmes ou de trouver des solutions à des problèmes épineux. Pourtant, en cet instant précis, elle maudissait cette deuxième petite voix qui l'incitait à dire et faire des choses indécentes.

Drago la fixait toujours, de plus en plus inquiet, ne sachant pas s'il devait la secouer, la prendre dans ses bras, la balancer sous une douche froide ou les trois à la fois.

Un haut-le-cœur la reprit par surprise et elle se jeta au-dessus de la cuvette des toilettes juste à temps pour ne pas vomir sur le carrelage. Elle aurait bien dit à Drago de ne pas regarder ça et de sortir de là, mais son estomac l'en empêchait, trop occupé à faire sortir jusqu'au dernier petit pois avalé ce midi. Après de longues minutes, elle put enfin reprendre son souffle en reniflant de la façon la plus inélégante possible. Elle n'avait pas vu Drago s'approcher d'elle, mais il était près d'elle, retenant autant de cheveux que possible d'une main et lui frottant le dos de l'autre.

- Tu as du manger quelque chose de pas frais.

- Sans doute. Ou c'est cette chaleur ! Finalement, on aurait peut-être du garder nos congés pour maintenant. On aurait pu profiter de l'été pour partir loin de Londres. Dans une grotte quelconque, au frais.

Ils échangèrent un sourire contrit et il l'aida à se relever. Pendant qu'il partait s'habiller, elle se dirigea vers le lavabo pour boire un peu d'eau et se brosser les dents. Elle tenait à peine debout et, d'un pas fébrile, rejoignit le canapé pour s'y allonger un moment.

- Comment tu te sens ?, lui demanda-t-il en passant la porte de la cuisine.

- Beaucoup mieux, maintenant que c'est sorti. Honnêtement, les petits pois, c'est pas terrible à vomir.

- Ah, parce qu'il y a des choses qui sont bonnes à vomir ?

- Non, mais certaine sont moins pires que d'autres, crois-moi.

- Je te crois sur parole. Je suis pas un grand fan des petits pois de base, alors je préfère pas m'imaginer les vomir.

- Alors comme ça, Monsieur fait le difficile avec les légumes verts ?

- Non, seulement les petits pois. Et après avoir vu ce que ton estomac en a fait, je suis pas près d'en remanger de sitôt ! »

XXXXX

« Hermione ?

- Oui ?

- Tu peux t'occuper des pastèques ? Daxon est enfin arrivé, je dois décharger le camion.

- Pas de soucis, je m'en occupe.

Elle attrapa une des cagettes pleine de mini pastèques qu'elle rangea sur l'un des étals. Son cœur se noua en voyant du coin de l'œil un homme grand aux cheveux blonds. Elle manqua d'en lâcher son plateau par terre avant de s'apercevoir que ce n'était pas Drago mais juste un client lambda.

« Ça suffit ! C'est plus possible cette situation ! Si je commence à le voir partout je suis foutue. Déjà qu'il se retrouve dans mes rêves… Et que pour le moment, Merlin m'en préserve, il a encore tous ses vêtements. Mais à la vitesse où ça va, je suis pas sure que ça va durer. Je vais jamais m'en sortir si ça arrive… »

Elle soupira et reprit le rangement des pastèques avec l'énergie d'un paresseux traversant une route.

« Aller ma vieille ! Un peu de courage ! »

XXXXX

Elle soupira d'aise, confortablement installée dans le bureau en train de dévorer un roman à la fois fascinant et effrayant à propos d'une jeune fille harcelée au lycée qui se découvre des pouvoirs psychiques et qui finit par massacrer toute la ville.

Tellement absorbée par sa lecture qu'elle ne vit pas Drago s'approcher ni même se pencher au-dessus d'elle pour lire quelques lignes par-dessus son épaule.

« C'est qui Carrie ?

Hermione sursauta en poussant un cri.

- Nom d'une chouette, tu m'as fichu une de ces trouilles !

- Ce n'est que moi, lui sourit-il en levant les mains en signe de reddition. Je voulais pas te faire peur, désolé.

- Je m'attendais pas à te voir si près, c'est pour ça.

Il s'approcha à quelques centimètres de son visage, un rictus ravageur au coin des lèvres.

- Alors, est-ce que cette Carrie va au bal avec le garçon ?

Elle avait à peine entendu la question, ses yeux rivés sur les lèvres rosées de son colocataire avec l'envie furieuse de se jeter sur lui.

- Je… Sais pas. Je pourrai te le prêter quand je l'aurai fini si tu veux.

Elle déglutit presque douloureusement avant de reporter son attention sur son livre, faisant un effort surhumain pour se concentrer.

- Pourquoi pas.

Il quitta la pièce d'un pas rapide et entra dans la salle de bain pour se passer de l'eau fraiche sur le visage. Il était persuadé qu'il n'avait pas rêvé. Ces dernières semaines, il trouvait qu'Hermione agissait bizarrement. Tantôt proche de lui, tantôt froide. Il se faisait sans doute des idées, mais il la voyait le regarder étrangement, le fixant par moment sans ciller. Il était persuadé qu'elle pouvait entendre son cœur battre à tout rompre quand elle le fixait plus que nécessaire. Comment allait-il pouvoir résister ? Comment allait-il tenir sa langue ? Que Merlin lui vienne en aide ! Il s'accordait, de plus en plus, la dangereuse pensée que peut-être, elle ressentait la même chose que lui et qu'il pouvait espérer. Pensée, qu'il chassait aussitôt par les souvenirs flagellateurs de leur adolescence, de la guerre, de l'odieux merdeux raciste qu'il avait été pendant si longtemps. Mais ce regard… Sa respiration sereine quand elle était plongée dans un livre… Sa main l'effleurant discrètement… Mettaient ses nerfs à rude épreuve. Il devrait trouver rapidement une solution viable avant que ses sentiments ne lui explosent en pleine figure, détruisant tout sur son passage.

Un « toc-toc » ferme à la porte d'entrée le sortit de ses tourments.

Il n'eut pas le temps d'atteindre le salon que déjà Hermione avait ouvert la porte.

- Maman ? Qu'est-ce que tu fais là ? Tout va bien ?

Il était surpris de la voir elle n'était pas du genre à passer à l'improviste, hormis en cas d'urgence. Il pouvait lire l'inquiétude sur les traits fatigués de sa mère, ce qui ne fit que décupler sa propre anxiété. Cette journée commençait à être vraiment trop longue pour son propre bien. Elle serra son fils contre elle avant de se détacher et de le regarder tendrement :

- Je suis heureuse de te voir. Peut-être pourrions-nous nous asseoir, je dois te parler.

- Je suis ravie de vous revoir Narcissa. Je vous laisse discuter tranquillement, dit-elle avant de s'éclipser dans le couloir. Drago ne comprenait pas ce qui se passait mais il savait que ça ne présageait rien de bon.

- Maman, tu vas me dire ce qui se passe.

- Assieds-toi.

Il obéit et prit place autour de la table, le corps tendu, les muscles raides.

- Voilà… Je demande le divorce.

XXXXX

Département de la Justice Magique, salle d'audience numéro 394, Juillet 1999.

« Veuillez-vous lever.

Dans le tribunal, d'un seul mouvement de foule, tous se levèrent à l'entrée du Comité de jugement, composé de cinq juges choisis aléatoirement avant chaque procès.

Le département de la Justice magique avait été complètement remanié après la guerre. L'objectif était d'être plus impartial, plus fiable. Certaines peines avaient donc été durcies, comme celle sur le braconnage de créatures magiques, alors que d'autres peines avaient été supprimées au profit de travaux d'intérêt général. Les incarcérations aussi avaient été repensées : au sein du Ministère, un centre de réhabilitation avait été créé pour permettre une réinsertion efficace et la célèbre Azkaban avait été repensée pour devenir une prison haute sécurité sans détraqueurs, jugés inappropriés et trop dangereux. Les gradés, chargés de la sureté de la prison, étaient composés principalement d'Aurors aux capacités et carrières exemplaires qui avaient souhaité quitter le terrain mais aussi de jeunes recrues voulant participer activement à ce changement révolutionnaire. Du grade I au grade V, ils étaient répartis entre les différents blocs, s'assurant de la présence de chaque détenu, prévenant les évasions, les mutineries et les meurtres inter-détenus. Pour entretenir les locaux et préparer les repas tant du personnel que des prisonniers, des elfes de maison avaient été embauchés contre un salaire raisonnable et un logement décent. Certains étaient des elfes libres, d'autres étaient ici parce que leurs maîtres purgeaient une peine de prison, même si aucun contact n'était autorisé. Cette décision avait été mise en place pour faire d'une pierre deux coups : éviter qu'un détenu n'utilise son elfe de maison à des fins d'évasion et permettre à ces elfes d'avoir une vie, souvent, bien meilleure que la précédente. Tous étaient placés sous l'autorité de la Haute-commandeuse une langue de plomb aussi loyale qu'irréprochable, et dont le Premier Ministre en personne avait entièrement confiance. Elle avait grandi dans une famille mixte avec une mère ayant travaillé dans le milieu carcéral, elle avait donc innové pour la sécurité, s'inspirant des techniques moldues qu'elle avait mêlées à de la magie : système informatique impénétrable, bracelet pour chaque gradé avec sortilège d'identification du sang, servant à passer les blocs mais aussi de portoloin sécurisé, collier de Petrificus Totalus pour chaque détenu, un monte-charge, unique accès aux étages, et des portes blindées anti-magie. Elle avait ajouté à ça, quatre tours de gardes, offrant une visibilité sur toute l'île, un incinérateur à la place du cimetière et une zone sécurisée, unique accès à Azkaban. Aucune visite, ni aucun courrier n'étaient autorisés au sein de la prison, exception faite aux documents officiels ou qui relevait d'une situation urgente.

Le Comité de jugement entra dans la salle et s'installa dans la tribune dédiée.

- Veuillez-vous asseoir.

Dans un brouhaha de tissus et de chiffons froissés, la foule s'assit.

- Le Comité de jugement est-il parvenu à un verdict ?

D'une seule voix, le Comité prononça un « oui » audible jusqu'au fond de la salle.

- Accusée, veuillez-vous lever.

Un parchemin voleta paresseusement jusqu'à l'agent du tribunal pendant qu'une toute petite personne se leva de son siège, le corps tremblotant de peur. Malgré son blazer rose impeccable, sa mise en pli brouillon ne parvenait pas à cacher son visage émacié et ses traits tirés, preuves de mois passés compliqués et d'un avenir s'annonçant d'autant plus difficile.

- Dolores Jane Ombrage, pour le chef d'accusation : promulgation de décrets liberticides au sein de l'école de sorcellerie Poudlard, le comité de jugement vous déclare…

Comme un seul homme, les cinq juges articulèrent :

- Coupable.

- Pour le chef d'accusation : incitation à la haine envers des espèces humanoïdes douées de conscience, le comité de jugement vous déclare…

- Coupable.

- Pour le chef d'accusation : incitation au meurtre d'espèces humanoïdes douées de conscience, le comité de jugement vous déclare…

- Coupable.

- Pour le chef d'accusation : collaboration aux génocides de guerre, le comité de jugement vous déclare…

- Coupable.

- Pour le chef d'accusation : tortures répétées sur personnes mineures sous votre responsabilité, le comité de jugement vous déclare…

- Coupable.

- Dolores Jane Ombrage, vous êtes reconnue coupable. Vous serez transférée dès aujourd'hui à Azkaban. Au vu des faits qui vous sont reprochés, le comité de jugement a pris la décision suivante : vous serez détenue au bloc de sécurité beta pour y purger une peine de 45 ans incompressible et sans possibilité de faire appel.

Les preuves et les témoignages, en plus de sa déclaration sous Veritaserum, pesaient beaucoup trop contre elle. Son avocat n'avait même pas pu attirer un peu de sympathie pour le travail acharné de sa cliente au sein du Ministère pendant ses nombreuses années de service. Et le couperet du verdict était tombé la faisant vieillir instantanément de plusieurs années. Quand deux gradés de la prison se présentèrent face à elle, elle se tassa sur son siège, se laissant passer autour du cou le collier Petrificus Totalus sans broncher. De la sorcière hautaine et malfaisante, il ne restait plus qu'un blazer rose recroquevillé sur une chaise au milieu d'une foule de regards haineux.

- Veuillez-vous lever pour le comité de jugement. L'audience est levée.

Une dernière fois, la foule se leva. Le comité sortit. Les gradés saisirent Ombrage et sortirent de la salle d'audience numéro 394.

XXXXX

Prison d'Azkaban, Août 1999.

« Haute-commandeuse, le Premier Ministre vient d'arriver.

Elle releva la tête de son dossier.

- J'arrive immédiatement.

- Inutile de te déplacer, lança Kinglsey en entrant dans le bureau.

- Monsieur le Premier Ministre.

- Madame la Haute-commandeuse.

- Je vous ai déjà dit de m'appeler Martha.

- Et je t'ai répondu que je le ferai quand tu arrêteras de me vouvoyer… Martha.

Ils échangèrent un regard tendu, avant de laisser échapper un rire feutré et discret.

- Qu'est-ce qui t'amène dans ma prison ?

- J'ai des documents à faire signer à l'un de tes détenus.

- Ah. Gradé, rompez.

Le gradé, resté jusqu'alors dans l'encadrement de la porte, salua brièvement sa supérieure et quitta le bureau en refermant derrière lui.

- Si tu te déplaces en personne, c'est que ça doit être important.

- En effet.

- Quel détenu ?

- Alpha 537.

A nouveau leurs yeux se croisèrent la tension monta d'un cran.

- Bien, accorde-moi un instant.

Elle se leva et donna quelques ordres au gradé dans le couloir. Puis elle retourna s'asseoir à son bureau, le visage crispé. Le silence leur pesait un peu plus à chaque seconde. Silence que Kingsley se décida à rompre :

- Je n'étais pas venu depuis des mois. Du peu que je peux en voir, tu as rendu cette prison exemplaire en matière de sécurité.

- Tout le mérite ne me revient pas, et tu le sais. Sans l'expertise d'Arthur Weasley sur le détournement d'objets moldus, je n'aurais jamais pu faire aussi bien. Remercie-le de ma part quand tu le croiseras.

- J'ai justement rendez-vous avec lui et son département prochainement. Je n'y manquerai pas.

Les minutes s'égrenèrent. Il n'y avait rien de plus à dire. Tous deux se préparaient mentalement à ce qui allait suivre et qui pouvait déraper à tout moment. Kingsley préférerait affronter la bureaucratie plutôt que d'être ici, il avait toujours eu cette prison en horreur. Il était bien heureux de pouvoir déléguer cette tâche à une autre que lui, d'autant plus que Martha se révélait être d'une efficacité redoutable. Depuis sa prise de poste, aucun meurtre ni aucune fuite n'avaient été déplorés. Quant à la Haute-commandeuse, elle détestait par-dessus tout que quelque chose ou quelqu'un vienne perturber le fragile équilibre qu'elle s'évertuait à maintenir chaque jour. Une visite comme celle du Premier Ministre était un élément perturbateur qui pouvait provoquer des émeutes voire une mutinerie. C'était là la justification pour son règlement si strict.

Alors qu'ils étaient chacun perdus dans leur réflexion, le gradé passa la porte et fit claquer ses talons l'un contre l'autre en les saluant, les faisant bondir hors de leurs pensées.

- Haute-commandeuse, Monsieur le Premier Ministre. Le détenu alpha 537 est prêt.

- Bien, commença la Haute-commandeuse, allons-y.

Et elle accompagna sa parole d'un geste de la main. Kingsley la suivit dans le couloir jusqu'à atteindre la cour intérieure. Certains détenus, du bloc delta principalement, entretenaient sous surveillance le peu de pelouse présente. C'était un privilège que peu obtenaient il fallait avoir un comportement exemplaire depuis 6 mois minimum et ne pas être incarcéré au bloc beta ou alpha, condition absolument rédhibitoire. Seul une poignée de détenus parvenaient à s'octroyer ce droit. Alors quand ils l'avaient, ils faisaient en sorte de le conserver, profitant de ces rares moments pour voir autre chose que trois murs et une porte blindée. La Haute-commandeuse répétait à ceux qui se plaignaient « qu'ici, c'est pas un camp de vacances ».

Un gradé de niveau II leur ouvrit la grille du monte-charge. Kingsley avait trouvé cette idée aussi effrayante que géniale la première fois que Martha lui en avait parlée. Activable uniquement depuis la cour, il empêchait quiconque de l'utiliser en dehors des gradés habilités.

Une fois la grille fermée derrière eux, le monte-charge commença à se hisser, étage après étage, dans un grincement de pièces et de rouages métalliques. Son enveloppe sous le bras, il observait chaque bloc, reconnaissant certaines fois quelques personnes qu'il avait côtoyé au sein même du Ministère avant la guerre. En passant le bloc beta, il aperçut brièvement un visage familier : une allure de crapaud qui autrefois aurait sans doute été agrémenté d'un nœud rose ou d'une broche en forme de chat. Elle était méconnaissable et à la fois tout à fait la même.

- Tout se passe bien avec elle ?

Martha jeta un rapide coup d'œil à Ombrage avant de reporter son attention sur Kingsley.

- Rien à signaler. Elle a vite compris qu'ici la moindre vague pouvait lui coûter cher.

- Parfait. Que ça reste entre toi et moi mais je n'ai jamais aimé cette femme. Toujours à préparer un mauvais coup.

La Haute-commandeuse esquissa un sourire discret. Elle comprenait parfaitement ce qu'il voulait dire. Elle ne connaissait que trop bien Dolores Ombrage : une femme méprisable à la soif de pouvoir intarissable. Déjà quand elles étaient élèves à Poudlard, elles ne pouvaient pas s'apprécier. Là où Martha voyait une force dans ses origines à la fois moldue et sorcière, tirant le meilleur des deux mondes, Dolores n'y avait toujours vu qu'une abomination à exterminer et une faiblesse. Elle avait renié son propre frère, né cracmol, pour faire croire à la pureté de son sang.

Le monte-charge s'arrêta dans un cliquetis enroué qui ne semblait inquiéter personne, à part Kingsley : il préfèrerait éviter une chute de cette hauteur. Martha ouvrit la grille et ils s'engouffrèrent rapidement dans le couloir du bloc alpha. Ici l'ambiance était encore plus lourde que dans le reste de la prison. Aucune conversation, aucun bruit. On pouvait seulement entendre le vent siffler entre les pierres. La Haute-commandeuse ouvrit la marche, Kingsley sur les talons.

Deux gradés de niveau IV et V attendaient devant une porte close. A l'intérieur, deux autres gradés encadraient un homme assis sur une chaise. Menotté à la table face à lui en plus de son collier, il pouvait à peine bouger. Pourtant, les gradés autour de lui avaient la main à leur baguette, prêts à intervenir au moindre signe suspect.

Kinglsey prit place sur une chaise vide. Martha préféra rester debout et faire les cent pas derrière le Premier Ministre.

Le détenu alpha 537 avait le visage creusé, les yeux cernés. Ses cheveux longs et blonds presque blancs avaient été rasés de près et avaient pris une couleur gris sale. Il n'avait plus rien de l'homme pédant et suffisant, son moral avait été brisé en même temps que ses espoirs, sa peine à vie achevant le personnage autrefois si présomptueux et fier.

- Monsieur Malefoy, J'ai là d'importants papiers à vous transmettre.

Un demi-rictus se forma sur les lèvres de Lucius.

- Quels documents peuvent justifier que notre bon Premier Ministre se déplace en personne ?

Sans un mot de plus, Kingsley décacheta l'enveloppe et en sortit un énorme tas de feuilles reliées entre elles. Il les posa face à Lucius dont les yeux manquèrent de sortir de leur orbite en lisant l'intitulé.

- Procédure de divorce. Ma femme… Veut divorcer ? Qu'est-ce que c'est que ces sottises ? Vous me croyez assez idiot pour vous croire ? JAMAIS, elle ne me ferait ça.

- Comme elle savait que vous ne me croiriez pas, elle a joint une lettre.

De la poche intérieure de son veston, le Premier Ministre sortit une petite enveloppe blanche. Il tendit l'enveloppe à Lucius qui, ne pouvant cacher sa surprise, la prit du bout de ses doigts tremblants. Il la déplia délicatement, presque religieusement, et découvrit avec stupeur la calligraphie discrète et élégante de son épouse. Tout le monde retint son souffle, appréhendant la suite.

« Lucius,

Je ne peux pas être surprise que tu me croies incapable de vivre sans toi. Moi-même je le croyais il y a encore peu de temps. Et pourtant nous y sommes.

Merlin sait que je t'ai aimé, pendant des années ! Tu étais si beau, si élégant. Des manières impeccables. Je me suis laissée bercer par tes paroles doucereuses, alors que ma famille me poussait dans tes bras, vantant les choses extraordinaires que notre union apporterait au monde sorcier. Je m'en veux tellement d'avoir gobé toutes ces balivernes ! Comment ai-je pu être aussi stupide ?

Toute ma vie, je me suis laissée manipuler par des gens comme mes parents ou toi. Jusqu'au jour où ça a bien failli me coûter la vie de mon fils. Je ne permettrai plus à quiconque de mettre en danger la vie de Drago. Ni toi, ni aucun autre.

J'ai ouvert les yeux, Lucius. Toutes ces histoires de sang pur ou impur sont tellement, TELLEMENT idiotes. Regarde le nombre de vies que cela a coûté et coûte encore. Trop longtemps, je suis restée dans ton ombre, j'ai laissé faire.

Je ne peux plus être cette femme. Je ne t'aime plus.

Je ne veux plus être cette femme. Pour le bien et l'avenir de Drago, je me dois d'être moi et seulement moi.

C'est le cœur en paix que je te dis adieu, Lucius.

Juste Narcissa. »

Le regard vide, il ne parvenait pas à faire monter l'information jusqu'à son cerveau. Chaque seconde qui s'écoulait, c'était un peu plus de ses neurones qui s'éteignaient dans une sorte d'instinct de préservation.

- Monsieur Malefoy, les papiers ont été rédigés par un avocat spécialisé. Vos biens ayant déjà été placé sous le contrôle de votre fils, il n'y a aucun partage de biens, simplement la séparation à officialiser.

Et ce fut ce moment qui le fit basculer.

- Simplement ? SIMPLEMENT ?!

Un rire fou s'échappa de sa bouche alors que son visage prenait une expression démente.

- Le divorce ? Après tout ce que j'ai fait pour elle. Elle ose demander le divorce ?! Le divorce ? Moi ? Lucius Abraxas Malefoy, je me fais jeter par… Par cette traitresse à son sang ?

La rage s'empara de son être et il se jeta par-dessus la table. La paire de menotte le retenant d'atteindre Kingsley qui s'était reculé dans un sursaut soudain.

- Je vais la tuer, je le jure. Je vais la tuer de mes propres mains, comment ose-t-elle ?!

Les deux gradés avaient dégainé leurs matraques électriques et étaient prêts à en faire usage. Martha éleva la voix par-dessus le tumulte ambiant :

- ASSEEEEEEZ !

Lucius Malefoy s'arrêta net. Personne n'avait jamais osé l'invectiver de la sorte.

- Détenu alpha 537, je vous demande de vous rassoir et de vous taire. Dois-je vous rappeler les risques encourus si vous ne respectez pas le règlement ?

-Les risques ? Quels risques ? Je suis condamné à vie, qu'est-ce que vous allez me prendre de plus ? Je vais crever ici. Hier encore vous me mangiez tous dans la main, trop heureux de ramasser mes miettes. Et aujourd'hui vous voudriez que j'ai la bassesse de vous obéir comme un gentil toutou !

- Silence, dernier avertissement détenu. Obtempérez ou c'est l'isoloir.

Loin de se calmer, le regard glaçant, il toisa la Haute-commandeuse.

- Retourne à ta place, sale sang mêlé. Infâme sang impu…

Mais il ne put terminer sa phrase. Les deux gradés derrière lui enfoncèrent leurs matraques électriques dans les côtes, lui envoyant une décharge suffisamment puissante pour assommer un éléphant.

Lucius se raidit et s'écroula sur la table, le corps tétanisé par le choc.

- Faites venir le médicomage, lança Martha d'un ton las en ouvrant la porte. Eh bien, on peut dire que tout s'est passé exactement comme je l'avais imaginé.

Le Premier Ministre, la mine désolée, se leva.

- J'avais espéré une autre issue que la manière forte.

Alors que le silence retombait en attendant l'arrivée du médicomage, des sanglots s'élevèrent dans la salle.

- Pourquoi ?... Pourquoi est-ce qu'elle me fait ça ? Tout ce que j'ai fait… C'était pour elle…

Le mot surpris n'était pas assez fort pour décrire l'état dans lequel se trouvaient les gradés, la Haute-commandeuse et le Premier Ministre en cet instant. Personne dans cette pièce ne pensait voir un jour un Lucius Malefoy avec le cœur brisé.

Doucement, Kingsley se rassit face à lui et d'une voix calme reprit la parole :

- Monsieur Malefoy, j'entends que vous l'aimiez toujours. Mais vous ne pouvez pas la forcer à vous aimer en la retenant contre son gré.

- C'est ma femme ! Je n'accepterai jamais qu'elle me quitte.

- Très bien. Elle acceptera que ce soit vous qui la quittiez. Personne n'a à savoir la vérité. Et pourtant, quel gâchis ! Cela vous rendrait profondément humain, d'être celui qui a le cœur brisé.

- Je suis un Malefoy. Les Malefoy n'ont pas le cœur brisé.

Il renifla bruyamment, et s'essuya dans sa manche de façon peu distinguée. Il redressa la tête, son air hautain reprenant place sur son visage.

- Bien, puisqu'il en est ainsi. Un stylo, je vous prie.

Kingsley lui tendit le sien et lui indiqua page après page les endroits où il devait parapher et signer. Le médicomage franchit l'encadrement, essoufflé de sa course entre les blocs, au moment où Lucius signait les derniers papiers.

- J'ai un patient au bloc beta qui a besoin de suture. Pourquoi me faire déplacer, ce détenu va parfaitement bien.

Lucius leva le menton.

- Evidemment, je suis Lucius Malefoy.

Le médicomage le regarda avec dédain avant de tourner les talons et de rejoindre au pas de course un vrai patient qui avait réellement besoin de lui.

D'un signe de tête, la Haute-commandeuse ordonna que Lucius soit ramené à sa cellule. Elle attendit d'être seule avec Kingsley pour parler.

- J'espère qu'à l'avenir tu te souviendras de ce qui aurait pu arriver et que tu feras le nécessaire pour ne plus perturber cet endroit.

- Oh crois-moi Martha, ça m'a servi de leçon ! Je te laisse ta prison.

- Et je te laisse le trou à rat qui te sert de Ministère !

Ils échangèrent un sourire complice. Evidemment aucun d'eux n'enviait la place de l'autre, mais ils s'amusaient quelques fois à se charrier sur lequel des deux avaient le travail le plus pénible. Jusqu'à présent, ils étaient parfaitement ex-aequo.

Le Premier Ministre rassembla les papiers qu'il glissa à nouveau dans l'enveloppe. Raccompagné par Martha, il utilisa un portoloin sécurisé pour retourner au Ministère.

XXXXX

« Tu… Divorces ?

Drago se leva et se dirigea vers la fenêtre de la cuisine. Perdu dans la contemplation d'un oiseau perché sur un fil électrique, mille et une idées lui passaient par la tête sans réussir à en faire le tri.

- Je sais que ça peut sembler soudain. Mais c'est ma décision et je ne reviendrai pas en arrière. Tu devais te douter que ça allait finir par arriver.

Il n'était ni en colère, ni déçu. Il avait peur pour sa mère. Peur qu'elle se retrouve isolée dans un monde sorcier où elle serait jugée et maltraitée. Elle qui avait vécu toute son existence dans le luxe opulent et les apparences, il n'était pas facile du jour au lendemain d'abandonner son train de vie, surtout sous le regard aiguisé de la société sorcière. Pourtant, lui non plus n'était pas en meilleure posture. Il était protégé de l'attention médiatique uniquement parce qu'il vivait côté moldu. Mais il avait conscience que si demain il retournait vivre parmi les sorciers, les jugements de valeur et la médisance croiseraient sa route. Il voulait seulement protéger sa mère de tout ça.

- Parle-moi mon fils. Même si tu ressens le besoin de me hurler dessus.

- Te hurler dessus ? la coupa-t-il en se retournant. Maman, je suis inquiet c'est tout. Qu'est-ce que tu vas devenir ? Qu'est-ce que les gens vont dire ?

Narcissa sourit tendrement sans s'en rendre compte.

- Alors ce n'est pas le fait que je divorce qui te fait peur.

- Bien sûr que non ! Je me suis toujours demandé comment tu pouvais rester avec lui alors qu'il te rendait malheureuse. Même enfant, je voyais bien ton regard éteint quand il était là. Il ne te mérite pas.

- Alors ne t'inquiète pas pour moi. Tout ira bien. Je me moque des autres et de leurs messes-basses. Qu'ils parlent ! Je n'ai rien à cacher.

Depuis que son père était en prison, il avait vu sa mère être rayonnante un peu plus chaque jour. Elle était libre et en sécurité, loin de cet homme toxique et manipulateur.

Drago fronça les sourcils.

- Pourquoi maintenant ?

- Comment ça ?

- Lucius est en prison pour le restant de ses jours. Il ne peut plus t'atteindre. Pourquoi demander le divorce aujourd'hui précisément ?

- Et bien…

Drago aurait juré voir les joues de sa mère prendre une teinte rosée inhabituelle.

- La raison de ma visite ne concernait pas que la demande de divorce.

Elle inspira avant de se lancer.

- J'ai rencontré quelqu'un. Nous nous fréquentons depuis presque trois mois.

Drago refusait d'être ce genre de personne intrusive et excessive. Sa mère avait droit au bonheur plus que quiconque. Aussi, il fit taire la petite voix dans sa tête qui lui hurlait de retrouver cet homme et de lui faire comprendre que s'il faisait souffrir sa mère, il le paierait cher. Il soupira et se servit un grand verre d'eau fraiche avant de se rassoir.

- Est-ce qu'il te rend heureuse ?

- Oui, beaucoup. Il est tellement gentil et doux. Et attentionné.

Pour la première fois en presque vingt ans, il voyait sa mère sourire avec amour. Pas l'amour d'une maman, celui qui ne frappe parfois qu'une seule fois à votre porte. Celui avec un grand A. Si certains pouvaient penser que c'était niais, elle s'en contrefichait. Elle portait le bonheur sur son visage et rien ni personne ne pouvait lui enlever ça.

- Tu n'as pas peur que certains t'accusent d'utiliser son nom pour refaire ta place dans le monde sorcier ? »

XXXXX

« Quoi ?!

- Un moldu, tu m'as bien entendu. Ma mère est tombée amoureuse d'un moldu !

- Mais… Mais comment ?

- Tu vas rire : il est fleuriste.

Hermione était choquée par cette nouvelle. Et à en juger par l'attitude de Drago, lui n'était pas en reste non plus. Après le départ de Narcissa, elle l'avait trouvé dans la cuisine, la bouche encore grande ouverte, la main serrée autour d'un verre d'eau à peine entamé. Après lui avoir tiré les vers du nez, elle l'avait trainé dans un bar pour lui changer les idées et surtout pour boire un remontant. Ce n'était qu'après leur troisième shot d'ils ne savaient quel poison qu'il avait osé avouer que le petit-ami de sa mère était moldu.

- Donc, si je résume bien, commença Hermione après une minute de silence. Ta mère demande le divorce… Parce qu'elle a rencontré quelqu'un… Qui est moldu… Et il est fleuriste… Et il a perdu sa femme il y a plusieurs années d'une maladie…

Ils échangèrent un regard et explosèrent de rire, l'alcool se montrant plus efficace que prévu.

- Mais dans quel univers parallèle on vit ? D'abord toi et moi. Et maintenant ta mère !

Leur rire s'arrêta aussitôt. Elle posa ses yeux sur ses lèvres, juste assez pour sentir la chaleur monter en elle, juste assez pour qu'il s'en rende compte.

Dans le bar, la musique changea et Hermione profita de cette échappatoire.

- J'adore cette chanson ! Aller viens danser.

Drago, abasourdi, n'avait pas compris ce qu'elle venait de dire. Il avait arrêté de l'écouter après « toi et moi ». Son corps avait refusé de fonctionner normalement après l'avoir vue rougir en le regardant. Il lui fallut plusieurs longues secondes pour se rendre compte qu'elle n'était plus en face de lui. Il la chercha dans la foule. Quand il posa ses yeux sur elle, il manqua de s'étouffer avec l'air qu'il respirait.

Elle qui gardait des manches longues été comme hiver pour cacher ses cicatrices, était en débardeur blanc, au centre de la piste en train de se déhancher langoureusement, ignorant totalement les regards que certains posaient sur elle.

Il du retenir sa mâchoire pour ne pas qu'elle tombe sur la table. Et c'était la deuxième fois de la journée ! Il devait faire autre chose, regarder ailleurs. Mais il était incapable de détacher ses yeux du corps de la jeune femme.

Chacun de ses mouvements sensuels signait un peu plus son arrêt de mort. Jamais, il ne pourrait survivre à ça. Jusqu'à présent, il était parvenu à contrôler ses sentiments, en grande partie parce qu'il ne la reluquait jamais.

Et lorsqu'elle se retourna vers lui, plongeant ses iris brulant dans les siens, ce n'est pas son cœur qui manqua de sortir de sa poitrine. La respiration courte, le cœur pulsant dans ses veines, il ne pouvait que sentir le désir monter en lui. Plus personne n'existait, il n'y avait qu'elle. Elle et sa peau qu'il rêvait de caresser. Elle et ses hanches qu'il rêvait d'attirer jusqu'à lui. Elle et sa bouche qu'il rêvait d'embrasser.

Elle tournoya à nouveau, offrant à sa vue ses fesses ondoyant lentement sur le rythme de la musique.

« Par les quatre fondateurs, elle ne peut pas être aussi canon qu'intelligente ! Je vais jamais pouvoir tenir…

Oh et puis merde ! »

Il souleva sa chemise pour la laisser retomber par-dessus son pantalon, espérant ainsi cacher la réaction de son corps, et se leva pour la rejoindre.

Il posa une main dans son dos, et en sentant sa peau à travers l'élasthanne de son débardeur, son corps réagit de plus belle. Il glissa une main dans la poche de son pantalon, priant pour parvenir à dissimuler à la vue de tous son érection naissante.

En reconnaissant la main de Drago sur elle, elle se serra un peu plus contre lui, un sourire mutin aux lèvres, frottant discrètement ses fesses contre lui. Elle sentit sa main glisser lentement sur sa hanche, ses doigts s'enfonçant dans sa peau pour la rapprocher juste un peu plus de lui. Il ne bougeait pas, laissant Hermione garder le contrôle. Et aussi parce que s'il s'écoutait, il transplanerait avec elle directement dans son lit pour lui arracher ses vêtements et ne plus la laisser sortir de l'appartement avant d'avoir utilisé jusqu'au dernier préservatif de la boîte.

Il ne pouvait s'empêcher de plonger le nez dans ses cheveux et de respirer son odeur qui le rendait fou. Pendant des mois, il avait retenu sa respiration quand elle passait près de lui pour ne pas perdre le contrôle. Mais à mesure qu'il sentait son corps contre le sien, il s'autorisait enfin à se laisser enivrer par le parfum divin de sa peau mêlé à celui de son parfum.

La musique entamait le dernier refrain, alors, dans un ultime assaut de courage, elle bascula tous ses cheveux d'un côté de son visage, offrant son cou aux lèvres de Drago.

Les battements de son cœur devenaient erratiques, sa vision se brouilla. Et au moment où elle aurait dû sentir Drago poser sa bouche sur sa peau, elle entendit le bourdonnement entêtant du malaise qui l'envahissait. Elle n'eut ni le temps de le prévenir, ni le temps de s'asseoir que ses jambes cédaient déjà sous son poids.

XXXXX

« Il est hors de question que tu ailles travailler !

- Ecoute, c'est très gentil de t'inquiéter pour moi, mais je vais bien.

- Te fous pas de moi Hermione ! T'es tombée dans les pommes. Ce n'est pas rien.

Ils se toisaient l'un l'autre, rouges de colère, leurs cheveux dressés sur leur tête. C'était au premier qui craquerait. Drago avait trop peur pour céder et Hermione refusait de s'apitoyer sur son sort. Il ne lâcherait pas l'affaire et elle ferait semblant d'aller bien jusqu'au bout.

- Tu… Tu es vraiment… Rrroooh ! Parfois, tu es vraiment qu'un abruti Drago Malefoy.

Se faire traiter d'idiot, de salaud, de bon à rien, de fils à papa… Tout ça il pouvait l'encaisser. Mais entendre ce nom de famille qu'il haïssait tant dans la bouche de celle qu'il aimait le plus, lui fit l'effet d'une bombe. Sa colère retomba comme un vieux soufflé, laissant la place à une profonde tristesse. Après tout ce temps, il espérait avoir plus de valeur que ça à ses yeux. Il avait cru bêtement qu'il aurait pu finir par mériter son respect, peut-être même son amour.

- Bien.

Et il lui tourna le dos pour s'enfermer dans sa chambre, des larmes ruisselant sans retenue sur ses joues.

Elle claqua la porte d'entrée en partant. Il lui fallut tout le trajet jusqu'au supermarché pour décolérer. Quand Robb eut le malheur de lui demander quelle mouche l'avait piquée pour être d'une humeur aussi massacrante, elle lui hurla de la fermer s'il ne voulait pas finir noyer dans la cuvette des toilettes.

Quarante minutes après sa prise de poste et une palette de légumes rangés, elle s'effondra en larmes au milieu du rayon. Robb, qui ne l'avait pas quittée des yeux depuis son arrivée, bondit vers elle en quelques secondes et l'emmena dans le vestiaire, à l'abri des regards.

- Mais qu'est-ce qui se passe ?

Malgré ses sanglots, le jeune homme parvint à comprendre quelque chose comme « Drago… Dispute… Stupide… ». Il aurait bien soupiré d'exaspération, mais il sentait que ce n'était pas vraiment le moment. Il s'assit à côté d'elle et lui tendit un mouchoir.

- Toi et Drago, vous vous êtes disputés ?

Elle hocha la tête en regardant ses pieds.

- Et ce n'est qu'un stupide crétin ?

Elle regarda son collègue et se remit à pleurer de plus belle.

- Enfin, ça peut pas être aussi grave. Il t'a dit quoi ?

Au prix d'un effort surhumain, elle bafouilla.

- Non c'est moi. Stupide… Méchante… Il voudra plus jamais me parler.

- Aaaaah… Vous vous êtes disputés et tu lui as dit quelque chose de méchant et maintenant tu t'en veux et tu as peur qu'il ne veuille plus jamais te parler ?

- Oui.

De nouvelles larmes menaçaient de dévaler ses joues qu'elle essuya avec le mouchoir d'un geste rageur.

- Bien… Alors… Tu vas m'écouter attentivement. Tu ne vas rien dire tant que je n'ai pas terminé ce que j'ai à dire. Après, tu pourras me lancer des choses à la tête. Ok ?

Une nouvelle fois, elle hocha la tête.

- Je ne sais pas pourquoi vous vous êtes disputés. Et à la limite, on s'en fout. Ce que je sais en revanche c'est que toi et lui, vous vous aimez. Et je parle pas d'amitié. Vous vous aimez vraiment...

- Mais…

- Ah ! J'ai pas fini.

Elle retourna à la contemplation de ses chaussures.

- Je disais. Tu l'aimes, ça crève les yeux bon sang ! Et le pire c'est que c'est réciproque. Les disputes ça arrive. Si mon ex et moi on s'était disputés à ce point, on serait toujours ensemble à l'heure qu'il est ! Mais c'est pas le sujet. Je sais que tu ne m'as pas tout raconté sur ta vie, que tu as traversé des épreuves et que tu es rongée par la culpabilité. Me regarde pas comme ça ! J'ai des yeux, je sais m'en servir. Tu as le droit de garder ta vie secrète, ça ne me vexe pas. Mais je vois aussi que c'est la même chose pour Drago. Vous avez vécu soit la même chose soit des choses similaires. Assez pour vous reconnaitre et vous comprendre. Mais bordel, vous êtes deux têtes de mules ! Je n'ai jamais vu deux personnes se tourner autour à ce point tout en étant aussi aveugles ! Le peu de fois où je vous ai vu ensemble, j'ai su que vous étiez fait pour être ensemble. Peu importe le regard des autres, peu importe à quel point ce sera difficile. Vous vous aimez profondément et sincèrement et ce n'est certainement pas une petite dispute qui peut vous séparer. Pas après tout ce que vous avez traversé. D'accord ?

Quelques minutes s'écoulèrent silencieusement, puis Hermione se jeta dans les bras de Robb et éclata en sanglots.

- Pourquoi ça doit être aussi compliqué ?... Si seulement, j'étais morte aussi ce jour-là, tout serait tellement, tellement plus simple.

Robb se sentait désemparé, il n'avait jamais vu sa jeune collègue dans cet état. Quelle horreurs avait-elle traversé pour que la mort lui apparaisse si douce ? Il la berça doucement, lui murmurant des mots rassurants à l'oreille dans l'espoir de la calmer. Il avait lui-même traversé une phase dépressive quand son père l'avait mis à la porte le jour où il lui avait annoncé son homosexualité. Il avait fini à la rue jusqu'à ce qu'il rencontre Tomas, son ex, qui faisait partie d'une association. Il l'avait aidé à s'en sortir, à s'aimer. Au fil des mois, il en était tombé éperdument amoureux et avait fini par lui dire un soir. La seule réponse de Tomas avait été un tendre baiser et la promesse de lendemains toujours plus beaux. Leur idylle avait duré plus de dix ans avant qu'elle ne s'arrête brusquement dans les larmes et les cœurs brisés. Il voyait en Hermione, le même être fracassé par la vie que lui-même avait été. Et il ne la laisserait pas tomber, peu importe d'où elle venait ou ce qu'elle avait vécu, il serait là, tendant la main à son tour.

- Aller, regarde-moi…

Il essuya ses larmes en lui souriant.

- Tu es magnifique ! Une belle personne comme toi ne devrait pas pleurer pour un garçon. Là, fais-moi un beau sourire.

Les yeux rougis et gonflés, elle esquissa un timide sourire.

- Merci.

- Quand tu veux. Tu as besoin de quelque chose ?

- De le voir… Je dois lui parler.

- C'est mon jour de bonté, je te couvre.

- …

- Aller, file, avant que je change d'avis.

- Merci…

Elle claqua un baiser sur la joue avant de se lever et de se diriger vers la sortie.

- Hey, Hermione !

- Oui ?

- Embrasse-le pour moi ton beau blond !

Elle rigola avant de partir presque en courant. Son cœur dans sa poitrine devenait de plus en plus lourd à mesure qu'elle approchait de Leinster Garden. Elle essayait de faire taire ses doutes et ses peurs en se répétant les mots de Robb en boucle. Elle se repassait le film de leur colocation, de leurs sourires, de leur complicité, tous ces petits moments où son cœur s'était réchauffé au contact de Drago. Elle avait envie de crier, de hurler. De chanter, de danser.

Il était son ancre, l'empêchant de partir à la dérive. Ses cauchemars se peuplaient de son visage, de son odeur, de sa main dans son dos la retenant, de ses bras la rattrapant in extremis. A ses côtés, le passé se taisait, ses démons se faisaient assez petits pour qu'elle puisse voir la lumière de l'espoir au milieu de la tempête.

Elle devait lui dire pendant qu'elle se sentait assez courageuse et assez forte.

Elle monta les marches quatre à quatre et arriva devant la porte, essouflée. Elle pénétra en trombe dans le salon Drago était debout au milieu de la pièce.

- Tu es là, je dois te parler.

- Hermione…

Elle vit ses larmes sur ses joues, sa main serrant un parchemin, la rage sur son visage, la piclier dans un coin de la pièce. Et son courage s'érafla dans sa poitrine.

- Qu'est-ce qui se passe ?

La voix chevrotante, il avait du mal à articuler.

- J'aurais tellement aimé que ça se passe autrement… Hermione…

- Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ?

Il déglutit avec difficultés.

- J'ai… J'aurais dû t'emmener loin d'ici.

Elle lui arracha la lettre des mains et reconnut aussitôt l'écriture de Kinglsey.

Drago ferma les yeux, l'impuissance prenant le dessus.

- Miss Granger, Monsieur Malefoy, je tenais à vous informer de l'avancée de la loi concernant les anciens mangemorts. Malheureusement, le décret visant à exécuter les criminels de guerre a été refusé. Je suis profondément navré…

Elle ne parvenait pas à terminer sa lecture. Absolument tout vola en éclat… Ses espoirs, cette lueur au bout du tunnel, ces derniers mois d'accalmie. Seul remonta en elle, la culpabilité, le dégoût.

- Quoi ? Non… Elle va… C'est quoi ces histoires… J'aurais jamais du… Je peux pas… J'ai… Je dois…

Drago sentit qu'elle perdait le contrôle, il essaya de la prendre dans ses bras pour lui dire que tout irait bien mais elle le repoussa violemment.

- Ne me touche pas ! Tu comprends pas ?! Ce sera jamais fini ! JAMAIS ! Il faut… Il faut que je parte d'ici.

- Qu'est-ce que tu racontes ?

- Je peux pas ! Je dois en finir.

- En finir ? Finir quoi ?

D'un pas décidé, elle entra dans sa chambre, Drago derrière elle.

- Hermione, de quoi tu parles ? Parle-moi, je t'en prie.

Elle arracha le drap du lit, fourra dedans ses vêtements, son blouson. Il la regardait, désespéré, emballer ses maigres affaires sans comprendre.

- Hermione, ARRÊTE ! Regarde-moi. Explique-moi.

Elle se tourna vers lui, le regard fou :

- Tu comprends pas ? Je vais la tuer.

- Qui ?

- Qu'est-ce que j'ai été conne ! Je le savais pourtant. C'est toujours pareil. C'est à croire que je mériterai jamais rien de mieux !

Elle piétinait le parquet de sa chambre de long en large en marmonnant :

- Mes propres parents ne savent même plus qui je suis, mon meilleur ami est mort, j'ai tué ma meilleur amie, j'étais folle amoureuse de Ron et en fait il est gay. Je découvre à 11 ans que je suis une sorcière et je dois tout apprendre d'un monde qui m'est totalement inconnu et délaisser toute ma vie d'avant. Tout ça pour ne plus être acceptée nulle part… Ni par les moldus à qui je dois cacher mes pouvoirs ni les sorciers à cause de… Je suis maudite depuis le jour où j'ai su que j'étais une sorcière ! Je suis vraiment une IDIOTE !

Drago ne savait pas ce qu'il devait faire chaque fois qu'il essayait de l'approcher elle le repoussait violemment. Et puis, elle s'arrêta net, leva le visage vers le plafond, et hurla :

- ALORS C'EST CA QUE VOUS VOULEZ HEIN ?! JE VOUS HAIS ! TOUS ! J'AVAIS RIEN DEMANDE MOI, NI… NI LES POUVOIRS, NI LA HAINE ! QU'EST-CE QUE J'AI FAIT POUR MERITER CA ? HEIN ? DIEU SAIT QUE J'AI ESSAYE… PENDANT DES ANNEES DE ME FAIRE ACCEPTER… JE SERAI TOUJOURS LA SALE SANG DE BOURBE ? QUAND EST-CE QUE CA S'ARRÊTE ?!

Elle balança les lettres de Ron dans le drap et posa les yeux sur sa baguette. Il suivit son regard et essaya de l'en empêcher mais elle l'avait déjà saisie quand il se jeta sur elle.

- Hermione, arrête ! Qu'est-ce que tu fais ?

Elle planta ses yeux enragés dans ceux de Drago, ne sentant même pas la rune grignoter sa hanche et disparut dans un « pop » sonore.

- Non, non, non, non, non… Hermione ?... HERMIOOOONE ?!

La panique s'empara de son cœur, alors qu'il courait jusque dans la cuisine. Il ne pouvait pas croire qu'elle avait fait ça. C'était impossible. Elle ne pouvait pas disparaitre, pas comme ça. Il retourna dans la chambre, s'arrachant les cheveux d'angoisse.

- Qu'est-ce qu'elle a fait ?... Non, non, non, non…. Pas ça… Je vous en prie, Merlin, pas ça !

Il déversa les affaires d'Hermione laissées derrière elle. Une carte tomba du drap.

- Azkaban ? Mais...

Sa respiration se bloqua dans sa gorge. Et il comprit.

- Bellatrix !

Il imaginait déjà le corps d'Hermione gisant au sol, sans vie. Cette vision insoutenable lui brouillait les idées et il dut prendre appui contre le bois du lit pour ne pas tomber. D'un pas incertain, il atteignit le couloir. Son estomac se vida de bile… De haine… D'effroi.

Il appela sa baguette qui lévita à une vitesse folle jusque dans sa main. Il se concentra et transplana directement dans l'aile du Premier Ministre sans perdre une seconde. En fonçant vers la porte du bureau, une main frêle l'intercepta :

- Vous ne pouvez pas entrer comme ça.

- Poussez-vous. Je dois le voir immédiatement.

- Non, ce n'est pas possible.

- PAS POSSIBLE ? Elle va mourir ! Dégage de mon chemin. Je la laisserai pas mourir !

Kingsley entendit des cris à l'extérieur de son bureau et sortit en trombe, baguette en main.

- Monsieur le Premier Ministre… commença Dorothy.

- Elle va mourir ! Vous aviez promis de la protéger ! Et maintenant elle va mourir et ce sera votre faute.

- Monsieur Malefoy, qui va mourir ? Qu'est-ce qui se…?

- Hermione ! Elle a transplané. Elle veut tuer Bellatrix. Par Merlin, je vous en prie, sauvez-la.

Les yeux de Kingsley s'écarquillèrent en comprenant la situation.

- Dorothy, faites prévenir les Quesderre immédiatement.

- Mais Monsieur…

- Tout de suite !

La secrétaire sursauta et quitte la bureau sur le champ.

- On va la retrouver, ne vous inquiétez pas.

Drago marmonnait en boucle :

- C'est trop tard… Je l'ai perdue… J'ai pas pu lui dire… C'est trop tard…

Kingsley lui-même sentait l'angoisse le saisir. Qu'est-ce qui avait bien pu lui passer par la tête ? Comment avait-il pu ne pas voir la détresse de la jeune femme ? Il ne se pardonnerait jamais s'il ne parvenait pas à la sauver. Il ferait tout ce qui était en son pouvoir pour débarrasser le monde sorcier de la menace que représentait Bellatrix Lestrange. Trop nombreuses étaient les victimes, et Miss Granger n'en était qu'un exemple. Mais pas de cette manière. Elle devait disparaître par la voie légale, sans quoi tout resterait encore à faire et jamais le monde sorcier ne pourrait se remettre de la guerre, Miss Granger encore moins.

Des dizaines et des dizaines de minutes passèrent. L'angoisse laissant la place au désespoir le plus total. Le cerveau torturé de Drago faisait surgir l'image de funérailles, une dépouille à peine reconnaissable dans un cercueil au beau milieu d'un cimetière peuplé de visages inconnus. Et l'enfer sous ses pieds ne faisait que s'entrouvrir. La porte claqua contre le chambranle quand les deux aurors pénétrèrent au pas de courses dans le bureau.

Kinglsey s'empressa de demander :

- Alors ?!

- Je ne sais pas comment elle a fait, commença Abygaël, elle s'est écrasée sur un îlot à 15 km d'Azkaban.

- On a du transplaner à Ste Mangouste, poursuivit Aydan.

- Quoi ? Mais…

- Je sais, mais elle perdait trop de sang.

Drago fixa les mains recouvertes de sang des deux aurors. Il ne parvenait plus à réfléchir. L'enfer venait de définitivement lui ouvrir ses portes et plus rien ne pourrait l'empêcher d'y sombrer. Le Premier Ministre l'attrapa par les épaules.

- Suivez-moi, je vous emmène à Ste Mangouste sur le champ.

Et ils transplanèrent à leur tour jusqu'à l'hôpital, laissant derrière eux deux aurors et une secrétaire aux abois.

Sur place c'était la débandade. Des bips, des cris, des pas pressés, tous s'agitaient, tous réalisaient l'impossible.

Kinglsey interpela Sablina McOssick pour avoir des nouvelles.

- Ce n'est pas bon, pas bon du tout. Elle perd trop de sang, on n'arrive pas à stopper l'hémorragie.

Drago tomba à genoux en pleurant :

- Alors prenez le mien. Prenez tout s'il le faut. J'en ai pas besoin. Par pitié, sauvez-la.

Il remonta ses manches, découvrant ses avant-bras. Certains le dévisagèrent en apercevant la marque des Ténèbres parfaitement scarifiée. Mais il s'en moquait, tout ce qu'il voulait c'était qu'elle vive !

- De grâce, ma vie contre la sienne.

La médicomage en chef n'eut pas le temps de lui répondre, que plusieurs machines moldues s'affolèrent. Une voix retentit depuis la chambre :

- On la perd !

Sablina accourut jusque dans la pièce pour apporter son aide.

- Her… Mione…

Il se releva avec difficulté et arpenta lourdement le couloir le temps autour de lui avait ralenti sa course au point de presque la stopper. Il ne voyait plus les gens courir dans tous les sens. Il n'entendait plus les cris aboyant des ordres incompréhensibles. Au beau milieu de ce tumulte, il ferma les yeux. Quand il les rouvrit, il la vit, étendue dans l'herbe tendre des Orcades, ses cheveux se soulevant doucement au gré des bourrasques. Elle l'appelait, une main tendue dans sa direction. Une unique larme dévala sa joue pour finir sa chute sur le carrelage froid et impersonnel de l'hôpital. Il murmura presque imperceptiblement :

- J'arrive.

Et il transplana dans leur appartement. Il fixa le vase orné d'un magnifique bouquet de lupin multicolore. Puis le canapé où ils avaient partagé tant de lecture et de tasses de thé. Dans la bibliothèque, il parcourut du regard les nombreux recueils de poésie qu'ils avaient achetés ensemble. Sur le bureau se trouvait encore le dernier livre qu'elle avait commencé, ouvert sur la dernière page qu'elle avait lue.

- Hermione…

Il ouvrit la porte de la salle de bain. Puis le placard sous le lavabo.

Sortit la boîte métallique.

Attrapa une des lames de rasoir.

Enfonça la lame dans son avant-bras gauche, du poignet au coude.

Du sang jaillit, recouvrant sa chemise, ses chaussures, le sol.

Aucune douleur, aucune peur.

S'ouvrit l'autre bras.

La lame glissa sans bruit dans la mare de sang autour de lui.

- J'aurai du te le dire… Je… Peux pas vivre dans un monde où tu n'existes plus.

Sa vision devint floue, ses forces l'abandonnaient à mesure qu'il se vidait sur le carrelage. C'était donc comme ça que se terminait leur histoire ? Sans même avoir commencée ? Merlin que le sort avait le sens du drame !

Il tomba au sol, incapable de tenir debout. Allongé semi conscient, il la vit, là, assise sur le rebord de la baignoire. Il pourrait la reconnaître entre mille. Sa façon de se tenir, ses longs doigts croisés sur ses genoux. Il leva la tête lentement elle lui souriait tendrement.

- Her… Mione…

Il tenta de ramper jusqu'à elle, dérapant dans son propre sang. Désormais, plus rien ne pourrait les séparer. Centimètre après centimètre, il avança vers elle. Il pouvait presque la toucher du bout des doigts. Il devait juste avancer encore un peu.

- Je t'ai…

Il s'effondra avant de pouvoir terminer sa phrase. Il était tellement fatigué de se battre, de ce monde qui ne voulait pas de lui. Rien ne pouvait plus le retenir ici. Alors que ses yeux se fermaient doucement, sereinement, il emporta avec lui une toute dernière fois l'image de deux yeux noisette le contemplant.


Voilà... Voilà... Que dire ?

Vous me détestez ? En vérité j'aurais aimé voir vos têtes quand vous avez lu ce chapitre, pour pleins de raisons.

J'ai, pendant un moment, très sérieusement envisagé de terminer la fanfic sur leurs morts (j'adore lire des happy end, mais j'adore écrire des sad end... Folle ? Moi ? Oui, un peu :D ) et quand j'ai vu la tronche de mes beta-lecteurs, je n'ai simplement pas pu. Et aussi parce que je me suis profondément attaché à cette version d'Hermione et Drago, mais aussi tous les autres personnages comme Sablina et Martha et Robb que j'aime d'amour !

Donc, maintenant, vous le savez, ce sera une happy end, pas tout de suite, il me reste encore des choses à raconter, des questions sans réponses, des histoires à clore...

Alors on se retrouve rapidement pour la suite.

En attendant,

Je vous fais des bisous :*