Sailor Moon Altered Destiny

Chapitre 34 –Desert Rose

Makoto refuse de lâcher la main froide de sa mère, son père n'ayant pas été retrouvé dans les décombres du vol JAL 123 en direction d'Osaka. Makoto était en vacances chez sa grand-mère, comme chaque été, et ses parents venaient à la fin des vacances, passer la dernière semaine avec leur fille et la mère de la mère de Makoto avant de revenir chez eux pour la rentrée scolaire.

« Mako-chan, il faut lâcher sa main à présent.

- Elle est toute froide. Je veux lui donner ma chaleur pour qu'elle se réveille. »

Hinata se met à genoux pour être au même niveau que sa petite fille.

« Est-ce que je t'ai déjà raconté comment nous avons perdu ton grand-père ?

- Vous ne l'avez pas cherché ?

- Pardon ?

- S'il était perdu. Pour le retrouver ? »

Elle sourit malgré sa tristesse. Quel enfant n'a pas fait cette remarque face à l'un ou l'autre de ces euphémismes pour désigner la mort mais aussi pour éviter de dire son nom et le rendre réelle ? Elle décide de jouer carte sur table.

« Ton grand-père est mort peu après ta naissance. Il était très malade d'une pathologie très rare à présent. À l'époque, il fallait beaucoup d'argent pour en guérir et nous n'avions même pas de quoi atténuer la douleur de ton grand-père dans ces derniers instants. Afin de ne plus souffrir, ta mère et moi l'avons aidé à quitter ce monde.

- Vous l'avez tué ? »

Étrangement, ça, elle n'a aucun mal à le comprendre et l'annonce avec une grand froideur. Elle revoit ses enfants qui peuvent un instant caresser un lapin et lui tordre le cou la seconde d'après sans aucun scrupule ni remords.

Il va toutefois falloir préciser vite et bien les choses. On peut greffer si facilement de bien sombres idées sur un jeune esprit malléable. Sa propre histoire personnelle en est un triste exemple, sa conception étant le fruit de l'union non consentie d'un soldat russe et de sa propre mère lors de la guerre soviético-japonaise. Hinata avait de ce fait hérité de sa mère une haine farouche contre l'envahisseur et avait passé une partie de sa vie à défendre farouchement nationalisme et isolationnisme. Ce fut son futur mari, Pang-Hee Chul, immigré Coréen, qui lui fit revoir ses positions et ouvrir enfin son cœur meurtri. Forcé de taire sa culture, il n'avait pas eu d'autres choix que de s'assimiler mais il avait toujours fait preuve d'une grande ouverture d'esprit et d'une bienveillance dont Hinata ne croyait aucun homme capable en ce monde, qui plus est un étranger.

« Ton grand-père ne pouvait plus quitter le lit et souffrait en permanence. Nous n'avions pas les moyens de voir des spécialistes ni d'acheter les médicaments dont il avait besoin. Il avait perdu le goût de la vie et soit la douleur l'étreignait, soit il était totalement replié sur lui-même à attendre la mort en silence. Entre ces sautes d'humeur et son corps qui s'affaiblissait de jour en jour, il refusait de continuer à souffrir et de nous imposer d'être constamment présent pour nous occuper de lui. Il nous a demandé de mourir. Puis, il nous a supplié de l'aider à mourir. Et enfin, il nous a demandé de l'aider à quitter ce monde comme il le souhaitait, c'est-à-dire en pleine possession de ses facultés mentales. »

Makoto semble comprendre.

« Et papa et maman, c'est pareil ? Ils avaient mal et ils voulaient que l'avion s'écrase ?

- Non, pas du tout. Tout l'inverse, en fait.

- Alors ils sont vivants ? »

Les enfants et la littéralité.

« Non, je me suis mal exprimé. Tes parents ne souhaitaient pas mourir. Comme tous les ans, ils étaient impatients de te retrouver et de passer une semaine avec toi et moi avant la rentrée des classes. Cependant, l'avion dans lequel il se trouvait a subi une avarie et s'est écrasé. Ils n'ont pas survécu et le corps de ton père n'a pas été retrouvé. Makoto, est-ce que tu comprends ce que je veux dire ?

- Maman et papa sont morts et je suis toute seule. Je suis une orpheline. »

Un mélange d'innocence et de maturité mais une maturité comme on voit seulement sur une vieille âme dont ce n'est pas la première vie. On sent toujours comme un parfum de fleurs auprès de Mako mais l'air crépite également autour d'elle, prêt à envoyer une décharge d'électricité statique à celui qui de trop près s'approche. Une rose pleine d'épines qui pleure quand une goutte de sang perle sur la main qui la touche.

« Tu n'es pas toute seule. Ta vieille mémé est là et si tu es d'accord, tu vas vivre avec moi dorénavant.

- Est-ce que j'ai le choix ?

- Pas vraiment.

- D'accord. On y va.

- Tu ne veux pas dire au revoir à ta maman et à ton papa ?

- Je leur ai dit tout ce que j'avais à leur dire dans ma tête. Ils sont morts, alors, leur esprit n'est plus dans leur corps et le corps de papa est perdu dans la mer. Je sens leur présence dans la terre, le sol, l'air, tout autour de moi. Je peux leur dire tout ce que j'ai envie de leur dire n'importe où et n'importe quand. Et puis, ils savent. »

La vielle femme est abasourdie. Comment une enfant de quatre ans peut-elle faire preuve de tant de maturité et de spiritualité. On pourrait croire qu'elle a déjà connu le deuil dans une vie passée. Comme elle se faisait la réflexion quelques minutes auparavant : une vieille âme qui en sait long sur les tenants et les aboutissants de ce monde.

« Et si on faisait le gâteau préféré de ta maman, le gâteau au yahourt avec des pommes ?

- Son gâteau préféré est le fraisier.

- Mais non, elle me réclamait toujours ce gâteau quand elle était enfant.

- C'est parce que c'était le seul gâteau que tu savais faire sans empoisonner personne et le moins cher à faire comme vous n'aviez pas beaucoup d'argent. Qu'est-ce que ça veut dire : on pourrait colmater une fuite avec son gâteau ? Une brique serait plus facile à digérer.

- Ça veut dire qu'on va faire des fraisiers dorénavant, explique-t-elle en tremblant légèrement, le poing serré. »

Les larmes qu'elle retenait se transforme en rires et elle serre Mako dans ses bras avant de lui donner la main. Elle effleure une dernière fois la main de sa fille en passant.

« Je prends le relais. Tout ira bien, pense-t-elle en quittant la morgue.

- Le mur de Berlin tombera plus facilement, répète Mako, se souvenant de paroles de sa mère à propos de la cuisine de sa propre mère.

- Oui, j'ai compris, elle n'aimait pas mon gâteau.

- Comment un gâteau peut être carbonisé à l'extérieur et cru à l'intérieur ?

- Ça suffit, Mako.

-Si j'avais des secrets militaires, je les révèlerais pour ne pas avoir à manger ce gâteau.

- Hilarant.

- Si on en avait donné aux membres de l'expédition Donner, ils seraient quand même mangés entre eux. »

Elle se met les mains sur les oreilles.

« La la la. Je ne t'entends plus. »

Un semblant de joie de vivre semble se dessiner sur le visage de Mako, ce qui rassure sa grand-mère.

oOo

« Mme Chul ?

- Elle s'est encore battue ?

- Malheureusement. Elle a certes été provoquée mais elle a plus de force que tous ses camarades réunis.

- Je prends le bus et je suis là dans une heure pour la récupérer. Trois jours de suspension ?

- À vrai dire, face aux accusations de nombre de ses victimes qu'a protégées Makoto, ses parents ont demandé son transfert dans un autre établissement pour éviter son expulsion, voire des poursuites judiciaires. »

Hinata étouffe le combiné et tape des pieds, extatique.

« Bravo, Mako !

- Toutefois, malgré votre enthousiasme vocal et véhément qui aurait nécessité d'étouffer la partie basse du combiné et non le haut, nous ne pourrons pas tolérer d'autres incidents. Makoto devra voir le psychologue de l'école. Une autre infraction et c'est elle qui devra changer d'établissement. Et comme vous le savez, il n'y pas d'autres écoles dans une rayon de vingt kilomètres et le réseau de bus ne permet pas d'arriver à l'heure sans partir à quatre heures du matin.

- Vous semblez prendre un plaisir malsain à planifier la chute de Mako ? Vous n'êtes pas censée faire preuve de bienveillance ?

- Quoi que je fasse, madame Chul, à moins que vous ne l'envoyiez à Tokyo, son passé la suivra. Et même là-bas, les rumeurs vont vite. J'aime Mako et je vous apprécie également mais permettez-moi l'expression : qu'est-ce que vous avez la tête dure ! Vouloir être un justicier social, c'est bien, mais il faut avoir les moyens d'assumer les conséquences de ces actes. La frontière est fine entre Superman et Lex Luthor.

- Vous en savez quelque chose.

- Pensez ce que vous voulez. Sans moi, Makoto aurait été renvoyée définitivement depuis longtemps. Donc, à présent, soit Mako se tient à carreaux, soit elle se cherche une nouvelle école. Chul ou Kino, vous faites ce que vous voulez, quand vous voulez, en faisant fis des règles et je refuse que vous continuiez à nous prendre en otage. »

Elle raccroche avec force.

« Hitomi, tu étais si gentille quand je faisais le ménage chez vous. Tu m'aidais toujours. Quand es-tu devenue aussi aigrie par la vie ? C'était toi la justicière à l'époque. La pauvre petite fille riche incomprise qui voulait changer le monde. »

Elle marque une pause.

« C'est peut-être pour ça que tu comprends Mako mieux que quiconque et pas parce que tu es un Daruma. »

Makoto éclate de rire derrière elle.

« Qu'est-ce que… Mais comment ? L'école est à dix kilomètres d'ici.

- Tu m'as dit de courir quand j'avais envie de tout casser jusqu'à ce que je sois fatiguée. »

Elle retourne dans le jardin et prend la bêche.

« Je ne suis pas encore fatiguée ! »

Elle regarde Mako s'affairer dehors en se demandant comment elle va réussir à canaliser une telle énergie.

oOo

Mako se frotte le menton.

« Donc, je dois porter une cape noire et un masque pour faire régner la justice.

- Non, tu dois arrêter de faire régner la justice, tout du moins pas de la manière dont tu le fais.

- Donc, je fais rien ?

- Si, mais tu agis de façon discrète.

- Je le frappe quand personne ne regarde ? J'attends qu'il donne le premier coup et je le fume ?

- Je le fume ? Où tu as appris une expression pareille ?

- C'est toi qui dis ça quand tu crois un chauffard sur la route : bouge ta caisse ou je te fume ! »

Elle se passe lentement la main sur le visage.

« Par exemple, quand tu arrêtes quelqu'un qui veut taper tes amis…

- Je n'ai pas d'amis. Les gens ont peur de moi. »

Son cœur se brise lorsqu'elle entend cela.

« Que se passerait-il si tu serrais le bras un peu plus fort le bras de quelqu'un que tu veux empêcher de faire du mal ou si tu utilisais ton regard et ta réputation pour intimider…

- Intimider ?

- Faire les gros yeux aux méchants. Et puis, tu montres ton beau sourire aux victimes.

- Les victimes ?

- Les gentils, ceux et celles qui n'ont rien fait. Traite-les comme tu traites les plantes de mon jardin.

- Et les méchants come les mauvaises herbes ?

- Non, tu ne peux pas les empoisonner ou les arracher du sol.

- Ah. D'accord. Je vais essayer, alors. »

Elle la serre contre elle.

« On fait un gâteau ? Tu pourras l'apporter demain à l'école. »

Mako, qui est d'habitude toujours enthousiaste, ne répond pas.

« Qu'est-ce qui se passe ?

- Eh ben… On se dit la vérité aujourd'hui, non ?

- Oui, mais je croyais qu'on se disait déjà tout le temps la vérité… »

Elle frotte la pointe de son pied sur le sol.

« Personne ne prend de mes gâteaux. Du coup, je les mange tous pour te faire croire qu'ils en ont pris. Et je suis malade sur les toilettes. Encore plus quand c'est toi qui as fait le gâteau parce qu'il goûte comme les sept cercles de l'enfer. J'ai vu la lumière au bout du tunnel. Ça sortait des deux côtés et ça moussait parce que tu avais mis du bicarbonate à la place de la farine…

- Tu reprends les phrases de ta mère à nouveau ?

- Les gens croyaient que j'avais la rage... »

Elle la serre dans ses bras à nouveau.

« Je suis désolée.

- Ils m'ont fait une piqûre.

- Tout ira bien.

- Tu ne sais pas cuisiner.

- Je sais.

- Arrête de cuisiner.

- D'accord. »

oOo

Mako place un biscuit et une fleur séchée qu'elle a choisie en fonction de la personnalité de chacun de ses camarades sur chacun des bureaux et une rose sur celui de la professeure. Elle ne se rend pas compte du travail titanesque qu'elle a entrepris et réalisé seule. Au moins, son énergie aura été canalisée durant quelques semaines, se dit-elle. Entre la phase d'observation, la cueillette et la confection, elle n'a pas eu le temps de faire régner l'ordre et la justice.

Ce qu'elle n'a pas pris en compte, c'est que, comme toute personne qui ne s'occupe que des autres, qui prend soin d'elle ? Qui répond à ses besoins ? Paniquée, elle cherche une fleur dans son sac ou des bouts de biscuits ratés, les seuls qu'elle garde pour elle. Rien. Le cours passe, puis un autre. Bien vite arrive la fin de la journée et un de ses camarades s'approche d'elle.

« Mako ?

- Oui ?

- On a vu que tu étais la seule à ne pas avoir de fleurs et de gâteaux alors, on t'a fait ça. »

Il pose une couronne de fleurs sur sa tête faite à partir de toutes les fleurs séchées.

« Tout le monde a voulu te donner son biscuit alors, ben, voilà tous tes gâteaux… Ce n'est pas qu'on ne les veut pas, mais on a bien compris que c'était toi et c'est à nous de te remercier de tout ce que tu fais pour nous protéger. »

Les larmes coulent sur son visage.

« Mais alors, pourquoi vous ne les prenez jamais quand je vous les donne ?

- On a un peu peur de toi. Peur de se faire expulser mais pas de toi personnellement. Nos parents sont comme les tie… comme ta grand-mère. Ils n'ont pas les moyens de nous envoyer dans une autre école.

- Ah, alors ce n'est pas parce que vous ne m'aimez pas ?

- Non, on a juste l'impression que tu ne veux pas de nous alors on te laisse tranquille. Tu as un peu comme Batman. Ou Superman dans sa forteresse de solitude.

- Non, oba-chan a dit pas de masque ni de cape.

- Pardon ?

- Non, rien. »

Elle fouille dans son sac et sort sa trousse en bois sculpté par le grand-père qu'elle n'a jamais connu. Elle arrache une feuille de son carnet de recettes et écrit son prénom.

« Makoto, avec le kanji まこと, qui veut dire la confiance ou la sincérité et Kino, 木野, avec le kanji de l'arbre. »

Il lui tend la main.

« Enchanté, Mako. Moi, c'est Shintaro. »

Elle rougit et lui serre la main, se demandant quelle est cette chaleur qu'elle ressent à son contact.

oOo

« Pourquoi tu pleures ?

- Je… Je voulais être dans l'équipe de base-ball alors j'ai rasé ma tête comme dans les manga et…

- Tu n'as pas été pris ?

- Oui.

- On ne se rase pas la tête après, normalement ?

- Si.

- Donc, c'est un peu stupide ?

- Oui, mais je pensais que ça me porterait chance. »

Mako sort une fleur de son sac.

« Tiens, c'est une fleur qui porte bonheur. Elle permet d'équilibrer sa vie vers la réussite sans effort.

- Ce ne sont pas les fleurs qu'on met sur les tombes ?

- En Occident, oui, mais pas ici. Mets-la dans ta chambre, tournée vers le soleil. Elle t'aidera à réaliser tes rêves.

- Je ne crois pas trop à ces trucs spirituels.

- Tu devrais. Si tu n'es pas dans l'équipe de baseball, avec cette coupe, tu n'as qu'une seule option : devenir bonze dans un temple. »

Elle attrape le rideau orange de la salle de classe le place de travers devant lui.

« Parfait. »

Elle pense qu'il va la pousser et la traiter de vilaine mais il joint ses mains et commence à réciter :

« Rin , Pyō , Tō… Euh… Chat, Caille, Jouet, Ristretto, Zaïzaï, Jenny ! »

Ils éclatent de rire tous les deux et recommencent à incanter. Il finit par tendre la main.

« Kakusui Yakushiki.

- Makoto Kino. »

Ils se serrent la main et le ventre du jeune garçon se met à grogner. Il sort son bento.

« Quand c'est l'heure, c'est l'heure.

- Il est neuf heures et demie.

- Et alors ? »

Il soulève le couvercle et soupire. Mako, elle, se demande pourquoi elle n'a pas de picotements dans le ventre comme avec Shintaro.

« Encore du riz blanc avec un ameboshi. Je n'aime pas les prunes. »

Mako sort son repas trois bento superposés.

« Tu reçois du monde à déjeuner ?

- Non, mais comme je suis toujours toute seule, je mange. Je cuisine et je mange. Quand je mange, au moins, je ne pleure pas.

- Au moins, tu as à manger. J'ai deux frères et une sœur. Alors, souvent, je mange du riz. Quand je mange du riz, au moins, je n'ai pas faim. »

Tous deux se regardent. Mako lui tend ses trois bento.

« Un pour toi, les autres pour tes frères et sœurs. Mais tu me donnes ton riz. »

Il regarde son bento et fait non de la tête.

« Tu sais que tu baves ?

- Bon alors, on partage.

- Ok. »

Ils séparent la nourriture dans les couvercles de leur bento et commencent à manger. Mako goûte le riz qi semble sec et sans saveur. Elle est émerveillée par la saveur du riz.

« Comment ça se fait qu'il est aussi bon ?

- On garde la poudre des ramen et de temps on la met dans l'eau du riz pour qu'il soit meilleur.

- Oui, mais pour qu'il soit aussi bon, elle doit le faire revenir dans de l'huile ou du beurre et le faire cuire jusqu'à évaporation totale de l'eau. Ou alors, c'est du riz pilaf au four ?

- Je ne sais pas. On mange beaucoup de riz pour pas avoir faim et il est bon. Je m'en fiche comment elle le fait. Tout ce que je sais, c'est qu'on peut mettre toute la poudre qu'on veut dans le riz, ça ne le transforme pas en steak. »

Mako baisse la tête et mesure la chance qu'elle a. Elle lui tend un morceau de beignet de poulet.

« C'est pas du steak, mais… »

Il avance la tête et gobe avec une partie de ses doigts. Mako rougit. Kakusui recule, gêné.

« Pardon. »

Mako décide de rompre la tension et plonge pour attraper le riz entre ses baguettes. Il sourit.

« Tu veux venir jouer chez moi ?

- Je dois demander à ma grand-mère mais j'habite loin de l'école.

- Moi aussi. Près de la ferme des Yotsubato.

- Ah bon ? Moi aussi ! On est voisins ?

- On dirait. »

Le visage de Mako resplendit et Kakusui ne peut s'empêcher de rougir.

« Qu'est-ce qu'y a ?

- Tu es belle quand tu souris. »

C'est au tour de Mako de devenir pivoine. Elle lui met un coup de poing dans l'épaule comme le font les hommes entre eux. Il tombe en arrière.

« Oh, je suis désolé, je n'ai pas fait exprès. Ne me fais pas renvoyer, s'il te plaît ! »

Il refuse l'aide pour se relever, baisse les yeux et lui rend la pareille. Elle bascule et il lui tend sa main pour l'aider à se relever.

« On se relève toujours une fois de plus qu'on est tombé. »

Elle se redresse.

« Merci. »

oOo

« Tu comptes nourrir toute sa famille ? Sur trois générations ?

- Je veux qu'il puisse manger tout ce qu'il veut et en ramener à sa sœur et à ses frères. Ils mangent que du riz et même si c'est le meilleur riz que j'ai jamais mangé, ce n'est pas ce qu'il veut.

- Oui, je sais. Leur unique taureau a attrapé la trichomonose. Leurs vaches ont fait plusieurs fausses couches avant de guérir et l'impact financier a coulé leur business. Ils ont vendu leur troupeau et depuis ils luttent pour garder leur ferme. Ils sont très fiers et refusent toujours qu'on les aide.

- Tu crois qu'il va aimer ?

- Je pense que si une personne peut les faire plier, c'est bien toi. »

Alors qu'elle dit cela, on sonne à la porte. La grand-mère va ouvrir. Kakusui essuie la bave sur son menton.

« Bonjour, c'est pour quoi ?

- Je viens voir Makoto.

- Entrez, cher monsieur. Elle vous attend dans la cuisine. »

Il entre et tire une révérence à son hôte avant de lui remettre un bouquet de fleurs.

« Je vous remercie de votre hospitalité. »

Elle sourit et le suit jusqu'aux bonnes odeurs de cuisine. Makoto finit de poser un dernier plat sur la table.

« Qu'est-ce que c'est que tout ça ?

- J'ai préparé le repas. Mets-toi à table.

- Tout ça pour moi ?

- Pour nous. »

Elle sait qu'il n'aime pas la charité et se joint donc à lui. Il s'installe et goûte le bœuf au curry. Les larmes coulent sur ses joues.

« Ce n'est pas bon ?

- Si, c'est parfait. J'avais oublié le goût de la viande, c'est tout.

- Est-ce que je dois faire entrer les trois poissons laveurs de vitre ? demande Hinata. »

Il essuie ses larmes et voient ses deux frères cadets et sa sœur, la benjamine, littéralement en train de lécher la vitre de la vitre de la cuisine. Makoto ouvre la porte et ils grimpent tous les trois sur les chaises de la cuisine.

« Merci, Mako. C'est le plus jour de ma vie.

- N'exagère pas, tempère Hinata en se préparant une assiette plus haute que large. Il y en aura d'autres. »

Elle sort sur la terrasse pour trouver la mère de Kakusui.

« Tu t'es inquiétée quand il n'y avait plus personne ?

- Oui, j'ai laissé leur père faire une crise cardiaque au milieu de la rizière en pensant qu'ils faisaient des heures supplémentaires alors, je les surveille comme le lait sur le feu. »

Hinata lui tend son assiette.

« Tu peux me tenir ça, je dois refaire mon lacet. »

Elle se baisse.

« Oh, mais je porte des ballerines. »

Elle se redresse et trouve la mère de famille, la tête dans l'assiette, en train de manger avec les doigts. Elle pointe le poulailler du doigt.

« Regarde, Hinata, un renard ! »

Alors qu'elle part vers le poulailler, la mère de Kakusui part en courant avec l'assiette.

« Ne mange pas l'assiette ! lui demande la vieille femme en souriant. Elle s'appelle "Reviens" ! Et toi aussi ! »

Elle soupire.

« Ah, je te jure. »

oOo

Le lendemain, Yukawa vient rapporter l'assiette.

« C'est bien, tu ne l'as pas mangé, elle aussi. »

La jeune femme lui tire la langue.

« Votre fierté aura raison de vous.

- Je sais, avoue-t-elle en baissant la tête et en se remémorant la mort tragique de son mari. »

Hinata secoue les mains et la tête.

« Je suis désolée, ce n'est pas ce que je voulais dire. Je parlais de vous, là, maintenant. Trop fiers pour accepter une assiette de la viande la plus délicieuse, juteuse, tendre, moelleuse, comme une caresse sur le palais... Excuse-moi, je m'égare. Vous êtes tellement fiers qu'il faut vous la faire à l'envers. La tête de ton ainé, en larmes devant le repas de Makoto…

- Le banquet de Mako.

- C'est pas faux. Bref, sa réaction m'a fendu le cœur. J'aimerais faire tant pour lui. Mako et lui se sont faits une telle coquille. Comma sa mère. Tu sais, on veut juste vous aider. Ce qui est arrivé à ton mari est terrible mais malheureusement courant. »

Yukawa fond en larmes.

« À chaque fois que j'y repense, je suis dans cette rizière. Il était méconnaissable, après vingt-quatre heures dans l'eau. J'ai interdit aux enfants de le voir dans le cercueil. Kaku-chan m'en a beaucoup voulu. Il n'y a pas thérapie assez forte pour s'enlever cette image d'une partie de son monde qui s'éteint, seul, sans pouvoir dire adieu à ceux qu'il aime. »

Hinata la réconforte et reprend son discours une fois qu'elle la sent un peu plus sereine.

« On est une petite communauté de fermiers, la plupart très âgés et on a autant besoin de vous que vous avez besoin de nous.

- C'est vrai qu'on peut dater la plupart d'entre vous au carbone 14. »

Au tour d'Hinata de lui tirer la langue.

« Cela m'amène toutefois à mon second point, qui n'est pas de la charité même si tu vas le prendre comme tel. Je voudrais que tu prennes le contrôle et la propriété de mon troupeau. Et je pense à terme de beaucoup de troupeaux, voire de fermes entières. Nous sommes trop âgés et bientôt, beaucoup d'entre nous ne pourrons plus assurer la charge de travail.

- Comment veux-tu que je ne prenne pas ça comme de la charité ?

- Comme tu l'as dit, je suis tellement vielle qu'il faut compter les anneaux comme sur ce vieux chêne. Et je ne veux pas finir comme… Que Mako découvre mon cadavre piétiné par l'un des taureaux. Je t'aiderais bien sûr mais je veux pouvoir passer plus de temps dans la maison avec Mako. En échange, j'aimerais que tu apprennes tes recettes à Mako et que tu lui apprennes l'art de l'ikebana pour qu'elle puisse canaliser son énergie. Tu vois, c'est un échange de bons procédés.

- C'est comme échanger des pommes contre un lingot d'or.

- Oui mais c'est toi qui apportes le lingot d'or. Si je dois faire plus, tu n'as qu'à me le dire.

- Qu'est-ce que je suis censé répondre ? demande Yukawa.

- J'accepte.

- J'accepte. »

Elles se serrent la main. Hinata hoche la tête.

« Très bien. Je ferai faire les papiers par mon notaire dès demain pour la cession de propriété du troupeau. »

oOo

« Nous accueillons aujourd'hui Sayuri qui rejoint notre école. Tu veux te présenter ?

- Bonjour, Je m'appelle Sayuri, avec les kanji qui signifient "petit lys". Je suis née le premier février et je suis verseau. J'aime la liberté et le changement. J'espère que nous serons amis et que nous travaillerons bien ensemble. J'étais dans une école privée avant mais mes parents préféraient que je sois proche de la maison car je n'aimais pas l'internat.

- Bienvenue parmi nous. Il y a une place derrière Makoto. Je te recommande ces délicieux gâteaux. »

Toute la classe sourit. Sayuri part s'assoir derrière Makoto. Discrète, elle lui murmure quelque chose à l'oreille et Makoto sourit, un peu mal à l'aise comme à chaque fois qu'elle rencontre quelqu'un de nouveau et qu'elle doit produire une interaction sociale. D'un peu plus loin, Kakusui lève un œil et observe la scène. Tout semble bien se passer. Makoto semble avoir progressée dans ses relations sociales. Elle est toujours très introvertie mais elle fait l'effort de réagir, à défaut de parler. Il se retrouve une fois encore à rougir, content de veiller sur elle. Il ressent toutefois également une irrépressible jalousie quand Shintaro lui emprunte sa gomme. Il lui envoie une boulette de papier mâché avec sa sarbacane faite d'un effaceur d'encre puis la dissimule avant d'être punie.

oOo

« Et voilà comment on fait une rose sur un gâteau. »

La petite sœur de Kakusui plonge sa tête dans le gâteau, faisant un gros trou dedans.

« Et c'est comme ça qu'on ruine deux heures de travail. Elle n'est pas prête de dormir ce soir… Comment on va rattraper ce gâteau ?

- J'ai une idée. »

Mako prend Maruka dans ses bras. Elle l'approche du gâteau.

« Mords là… Et là… Et là… »

Elle la repose.

« Tu peux retourner récolter des anneaux et affronter Robotnik. »

Yukawa ne comprend pas ce qui se passe.

« À part lui donner l'énergie d'ouvrir un portail vers l'enfer, qu'est-ce que tu essaies de faire avec ce gâteau ?

- Quelle couleur il faut ajouter à ça pour faire un glaçage noir ?

- Celle-là. En fait, dès que tu vas rajouter n'importe quel couleur, ça va devenir très foncé.

- Non, je veux du noir.

- Met-les toutes alors. »

Mako s'exécute. Avant de ce faire, elle sépare le glaçage en deux pour faire de l'orange après le noir.

« Il reste plus assez de pâte d'amande mais il y a encore de la pâte à sucre ?

- Oui. Tu fais un gâteau pour le roi-démon que va invoquer Maruka en retapissant sa chambre ?

- En quelque sorte. »

L'adulte décide de laisser l'enfant faire. Les risques qu'elle se prenne les pieds dans le tapis sont grands mais elle fait montre d'une créativité incroyable. Et qu'est-ce qui pourrait se passer de pire ? Une intoxication alimentaire ? Il y a trois toilettes et deux baignoires, dont l'une est réservée à Maruka que l'on entend déjà monter les escaliers en courant. Et puis, ça ne peut pas être que la nourriture de sa grand-mère.

« Oh, je vois. Les morsures sont devenues des mâchoires et tu fais les couleurs d'Halloween. Tu vas mettre quoi dans le trou au milieu ?

« De la gelée de groseille.

- Incroyable. Tu sais ce que tu fais, c'est impressionnant, mais relève tes manches, tu as du glaçage partout et le colorant orange est impossible à enlever sur les habits et sur le bois. »

Elle entreprend de les relever pour elle. Mako a un mouvement de recul et renverse le glaçage orange.

« Pardon. Je suis désolée ! Je me suis brûlée tout à l'heure en sortant le biscuit. Je préfère garder les manches baissées. L'air me fait mal. »

Yukawa est dubitative, le frottement du tissu étant bien pire. Elle choisit de croire ce mensonge, ne voulant pas gâcher le moment créatif et ce qui pourrait être une vocation pour la jeune fille. Elle se doute néanmoins que Mako s'est battue et qu'elle cache des bleus ou des plaies.

« Ok, mets le glaçage noir pendant que je refais de l'orange et que je ramasse celui qui est par terre.

- D'accord. Pardon.

- Ce n'est rien. J'ai quatre enfants. J'ai l'habitude. »

Mako s'affaire mais ne parvient pas à faire quelque chose de lisse. Elle part dans la remise à outils et revient avec un platoir et une spatule à enduit. Elle positionne le premier instrument de bricolage sur le bord du gâteau et fait tourner l'assiette.

« L'élève a dépassé le maître en à peine deux mois. »

oOo

Mako sort son bento et part vers Kakusui. Sayuri arrive avec ses deux nouvelles meilleures amies.

« Viens manger avec nous, qu'on fasse connaissance ! »

Elle la tire par le bras. Makoto a un petit mouvement de recul.

« Kakusui peut venir ?

- Non, tu mangeras avec lui demain. Viens, on va parler de trucs de filles. C'est pas fait pour les garçons ! »

Un peu réticente, Mako les suit. Kakusui lui donne son aval, content de voir cette spontanéité chambouler le quotidien de Mako qui reste très solitaire, excepté quand elle est avec lui.

oOo

Yukawa sonne.

« Bonjour ! Rentre, rentre, j'ai fait du thé. Mako est souffrante, elle préfère rester dans sa chambre mais j'ai fait un gâteau. Je crois que c'est ce garçon qu'elle a croisé. À chaque fois qu'elle voit un acteur, il lui rappelle "ce garçon qu'elle a vu qui cherchait sa salle de classe"… »

Yukawa recule.

« Mais je suis trop jeune pour mourir. »

Hinata tire la chaise et la pousse contre les genoux de la mère de famille pour la forcer à s'assoir. Les enfants sont pressés contre la porte de la cuisine mais quand il voit la grand-mère sortir le gâteau, ils cessent de gratter à la porte et partent en courant.

« C'est moi où la fumée fait une tête de mort comme dans les mangas ?

- Mais non, tu vas voir, il est bon. »

Elle le goûte et vacille.

« Donne-moi du lait avec des cendres dedans et appelle le centre antipoison.

- C'est quoi les trucs effervescents dans la poubelle ?

- Mes premiers essais. Même Shiba et Inu n'en ont pas voulu. »

En parcourant la salle du regard, elle voit les deux chiens prostrés dans un coin en train de regarder avec terreur les restes dans la poubelle.

« Comment c'est possible de faire un gâteau qui a le goût de sauce vinaigrette ?

- On n'avait plus de lait. »

oOo

Sayuri pousse Mako qui tombe de sa chaise dans un grand fracas. C'est la pause déjeuner et le brouhaha ambiant des cliques qui piaillent et refont le monde s'arrête brusquement quand le métal heurte le sol.

« Tu vas aller pleurer dans les jupes de tes parents ? Oh mais c'est vrai, ils sont morts. C'était leur seule échappatoire pour ne plus avoir une sauvageonne comme toi dans les pattes. »

Le regard de Mako change. Il n'a plus rien de la super héroïne qu'on lui connaît. Elle n'est plus animée que par la rage, comme les « méchants » qu'elle combat. Elle attrape la trousse en bois qu'a sculptée ce grand-père qu'elle n'a jamais connu. Elle agrippe sa camarade par l'épaule qui plie les genoux sous l'effet de la poigne de Makoto.

« Excuse-toi, Sayuri. »

L'accusée se dégage et lui lance un regard dédaigneux comme elle en a la secret.

« Pardon ?

- Pas sous la forme d'une question. Demande-moi pardon pour avoir sali la mémoire de mes parents. Excuse-toi pour le harcèlement que tu me fais subir chaque jour depuis cinq mois et change ton attitude.

- Pourquoi je ferais ça avec la plèbe ? Cire mes chaussures, fais-les briller et je te donnerai dix yens. »

Mako serre sa trousse.

« Tu vas m'assassiner en me faisant les gros yeux et en serrant les dents ? Comme d'habitude, que de l'esbrouffe, cette pauvre fille. Une grosse dure, mon œil ! On peut taper dedans comme dans un punching-ball.

- Excuse-toi.

- Non.

- Excuse-toi !

- Non ! »

Mako la frappe au visage avec l'objet en bois. Sayuri tombe à la renverse, tellement sonnée qu'elle ne voit pas que son nez est en sang et probablement cassé.

« Qu'est-ce que… Mais… »

Elle n'arrive pas à saisir ce qui se passe. Comment son jouet si docile peut-il soudain être doué de raison ? Sa clique l'aide à se relever et à s'assoir sur la chaise d'un des bureaux. Mako, elle, a bien saisi ce qui se passait, et surtout, ce qui va lui arriver.

« Tiens, prends mon mouchoir, offre Mako en lui tendant un magnifique mouchoir avec une rose brodée que lui a cousu sa grand-mère. Appuie sur ton nez pour arrêter le sang et mets la tête en arrière. »

Sayuri recule et tombe de sa chaise

« Ne me touche pas, tu es complètement folle ! On avait juste une petite discussion entre amies et tu me frappes. Tu es une chienne enragée. Il faut te piquer ! »

Elle hurle de façon déraisonnée jusqu'à attirer l'attention d'un professeur dans une autre salle.

« Mais que s'est-il passé ? Tu t'es cognée ? »

Elle pointe Mako du doigt en reniflant bruyamment.

« C'est elle. Elle est devenue folle. »

Personne n'ose rien dire. Les amies de Sayuri ne font rien pour arranger la situation.

« On discutait gentiment et puis, d'un coup, Mako est venu et elle s'est mise à lui donner des ordres. Sayuri a refusé de lui donner son argent de poche et elle l'a frappée en lui disant que la prochaine fois, ce serait pire. »

Le professeur met en doute leur version des faits.

« Regardez sa trousse en bois de paysanne et la marque sur le visage de mon amie, elles correspondent. Et son nez ! Elle ne se l'est pas cassée toute seule, enfin. C'est son seul atout physique ! »

L'enseignant s'approche de Mako et se met à son niveau pour instaurer un dialogue d'égal à égal.

« Makoto, est-ce que c'est vrai ? Est-ce que c'est toi qui l'a frappée au visage ? »

Les yeux dans le vide, la jeune fille fixe un point au fond de la salle.

« Qu'est-ce que tu dis ? Je ne comprends pas. »

« … solée. Je suis désolée. Je suis désolée. Je suis désolée. Je suis désolée. Je s… »

Elle part en courant en laissant toutes ses affaires. Dans le couloir, elle rentre de plein fouet dans Kakusui. Elle se relève et continue à courir. Il décide de la poursuivre. Jusque chez elle, en petites foulées. Enfin, épuisée, elle tombe à genoux. »

« Mako ? Pourquoi tu as couru comme ça ?

- Je dois partir et ne plus revenir.

- Comment ça ? Partir où ? Pourquoi ?

- Je dois partir loin, dans une autre école. »

Elle se relève mais il la retient en tirant sa manche qui découvre son bras meurtri.

« Qu'est-ce qui t'est arrivé ? Qui t'a fait ça ? Réponds-moi ! Je vais le… le… »

Son regard perd toute émotion.

« Je l'empêcherai de te faire du mal. Quoi qu'il m'en coûte. »

Il se relève et lui attrape le bras.

« Qui t'a fait ça ?

- Arrête… Arrête de me harceler ! Tu me fais mal ! Je suis désolée de ne pas être suffisamment belle, ou suffisamment riche. Laisse-moi tranquille ! Laisse-moi dans mon coin ! Je t'en supplie... »

Les lames commencent à couler.

« Si tu ne voulais pas qu'on soit amies, pourquoi tu es venue me voir ? demande-t-elle.

- Mais je voulais être ton ami. Je suis ton ami. Pour toujours.

- Pourquoi tu me piques dans le dos avec ton compas en cours de maths ?

- Mais je… »

Il comprend qu'elle ne parle pas de lui.

« Pourquoi tu joues à "celui qui cligne des yeux a perdu" et tu me mets un coup de poing dans le ventre après m'avoir soufflé dans les yeux ? »

Elle attrape Kakusui et le secoue.

« Pourquoi tu me fais du mal alors que tu sais que je ne peux pas me défendre parce que je vais me faire renvoyer ? Pourquoi ? Pourquoi, Sayuri ?! »

Ça y est, elle a dit son nom. Il serre Mako dans ses bras et l'amène chez lui pour soigner ses bras.

« Le premier jour, tu m'as dit à l'oreille que tu allais me faire vivre un enfer et que j'avais intérêt à sourire parce qui si qui que ce soit s'en rendait compte, tu me ferais renvoyer. »

Elle renifle bruyamment.

« Puis, quand tu m'entrainais soi-disant pour manger avec vous et parler des garçons, tu me forçais à avaler des vieux pains fourrés moisis et tu me forçais à tenir la main de garçons et à… à… »

Elle ne parvient pas à finir sa phrase. Kakusui tape dans le mur et Mako tremble.

« Non, pas de coups de poings dans le ventre, s'il te plaît ! Je ferais tout ce que tu me dis. »

Malgré la fatigue intense qu'il ressent, la colère se lit sur son visage et s'entremêle aux larmes de Mako qui tombe à genoux, suppliant qu'on la laisse enfin tranquille. Seul sur le toit à manger son bento, en paix.

« Si je peux être avec personne sans souffrir, alors, laissez-moi toute seule, comme avant. »

Kakusui prend doucement sa main et l'amène dans la chambre de sa soeur.

« Ici, tu seras en sécurité. Mets une chaise pour bloquer la porte quand je serais parti et mets une cale dans la fenêtre. Prends PonPon-chan, le doudou de Maruka. Il défend nos rêves depuis deux générations. Tu peux faire ça pour moi ?»

- Oui.

- Je vais tout arranger.

- Personne ne peut rien arranger. »

Résignée, elle baisse la tête et attend qu'il parte puis s'exécute. Kakusui repart pour l'école en courant, puisant dans la force du désespoir pour refaire le chemin dans l'autre sens.

oOo

« Où est-elle ? demande-t-il en interrompant le professeur.

- Mako est rentrée chez elle. Elle passera en conseil disciplinaire dans trois jours.

- Non, l'autre.

- Sayuri ? Elle est dispensée de cours. Elle est à l'infirmerie. »

Sans même le remercier, il court jusqu'à l'infirmerie. Il tire tous les rideaux médicaux jusqu'à la trouver. Elle est en train de manger des sucreries en lisant un manga avec ses chaussures sales sur les draps blancs. Il s'approche et la gifle si fort qu'elle crache son chocolat.

« Ne touche plus jamais à Mako. Sinon, je te tue. »

Elle éclate de rire. Il la jette sur le sol et retourne le lit. Elle commence à avoir très peur.

« Vous êtes dingues, vous, les bouseux. Retourne avec tes vaches te marier entre cousins. »

Ce coup-ci, il lève le poing mais s'évanouit avant d'avoir pu frapper. Un corps d'enfant n'est pas censé courir plus de vingt kilomètres en une journée. Elle se relève et le repousse d'une salve de coups de pieds avant de quitter l'infirmerie en continuant à manger ses billes de chocolat croustillantes.

« Sales paysans. Restez chez vous. Personne ne veut de vous ici. »

oOo

« Mlle Kino ? Qu'avez-vous à dire pour votre défense ? »

Makoto n'a pas dit un mot depuis trois jours.

« C'est la faute de Sayuri, commence Kakusui. Elle la tape, elle la mord jusqu'au sang et elle lui plante son compas dans le dos en cours de mathématiques. Elle lui fait manger de la nourriture avariée et la force à… à donner la main à des garçons en la menaçant de la faire renvoyer si elle parle. Regardez les bras de Mako. »

La directrice ne parvient à établir le contact avec Mako et sa grand-mère non plus. Le regard de Sayuri la glace au plus haut point. Elle s'attend à ce qu'elle se lève et lance ses bras en avant pour lui faire peur et lui faire croire qu'elle va la frapper. Kakusui se met à son niveau et sans même avoir à lui parler obtient son accord d'un hochement de tête, tête qu'elle ne parvient pas à relever tant la pression mentale exercée par sa harceleuse pèse sur ses frêles épaules. Il relève ses manches longues qui ne sont là que pour cacher ses blessures à sa grand-mère et son ami. Ses bras sont couverts de bleus et de petites blessures. Mako se baisse, honteuse et sa jupe remonte, découvrant des brûlures sur ces cuisses. Hinata laisse échapper un cri qu'elle peine à étouffer. Elle entreprend alors de se jeter sur Sayuri mais la directrice la retient fermement par le bras. Toute coupable que semble être Sayuri, si Hinata lève la main sur elle, plus personne ne pourra plus rien pour sa petite fille. Mariée durant plusieurs décennies avec un coréen et ayant connu une forte ostracisation durant des années, la grand-mère ne sait que trop qu'il faut mesurer chacun de ses gestes quand on est vu comme l'ennemi à abattre par la majorité des gens.

« Mako, il faut que tu parles, l'implore son ami. C'est quoi ces brûlures ? Qui t'as fait ça ? »

Elle regarde Sayuri et pointe un doigt tremblant.

« Elle me forçait à m'assoir sur son fer à lisser chaud pendant que je nettoyais le sol de la classe. Si je refusais ou que je me relevais trop tôt, elle me frappait avec. »

Elle soulève ses cheveux pour montrer des zones chauves.

« Pourquoi tu ne nous l'as pas signalé ?

- Parce qu'elle m'a dit qu'elle ferait courir des rumeurs sur moi, qu'elle dirait que j'étais dans un gang et que mes parents n'étaient pas morts et m'avaient abandonné parce qu'ils voulaient une fille. »

Kakusui, Hinata et la directrice serrent les poings. Sayuri se met à paniquer.

« Elle ment. Elle se les est faites toute seule et elle m'a dit que si je ne faisais pas ce qu'elle voulait, elle me ferait renvoyer de l'école en disant que c'était moi qui lui avais fait ça. C'est elle qui me frappe. Je… Regardez. »

Elle montre des blessures sur ses bras qu'elle s'est faites elle-même en prévision de ce jour pour accompagner son tissu de mensonges et ses larmes de crocodiles.

« C'est faux. Quand je lui ai dit d'arrêter de torturer Mako le jour où Mako l'a envoyé à l'infirmerie, elle s'est moquée de moi et elle est parti en me mettant des coups de pied dans le ventre quand je me suis évanoui. J'avais plein de bleus quand je me suis réveillé et j'avais vomi. Heureusement, ma tête était sur le côté sinon, je me serais étouffé. »

Il soulève son t-shirt pour prouver ses dires. La directrice regarde toute à tour les parents puis les supposés victimes et agresseurs sans pouvoir discerner avec certitude le vrai du faux. En effet, aucun d'entre eux n'apporte de preuves de ses dires ou de témoins. Si seulement l'infirmière avait vu Sayuri s'en prendre à Kakusui… Les langues semblent liées dans sa classe et une véritable omerta empêche qui que ce soit de témoigner.

« Et puis… Et puis, renifle Sayuri. Il m'a dit d'arrêter de la harceler et que sinon, il allait me tuer. »

Elle se jette alors dans le giron de sa mère pour pleurer de plus belles. Yukawa et Hinata ne savent quel sera le sort de Makoto et Sayuri mais si cette dernière dit vrai, il n'y a plus aucun espoir pour Kakusui.

« Kakusui, est-ce que c'est vrai ? Est-ce que tu as menacé la vie de Sayuri ? As-tu proféré des menaces de mort contre Sayuri ? »

D'abord silencieux, il finit par acquiescer.

« Oui, c'est vrai. »

La jeune femme croise les mains et les pose sur son bureau.

« Notre école a une tolérance zéro pour ce type de menaces. Tu es renvoyé de façon définitive et sur-le-champ. Cela devra être inscrit dans ton dossier scolaire et si les parents de Sayuri décident de porter plainte, les autorités seront prévenues. »

La mère de la jeune fille s'apprête à parler mais la directrice lui coupe la parole.

« Je n'ai pas terminé. »

Elle sait qu'elle doit être ferme et juste et annoncer son verdict comme un juge.

« Toutefois, j'invite la famille Tanaka à bien réfléchir avant de se lancer dans des procédures légales car j'invite Mme Chul et Mme Yakushiji à déposer plainte et à ne pas lâcher l'affaire. À mon grand regret, il n'y a aucune preuve mais je serais ravie de voir la police ou le juge des enfants les trouver. »

Elle marque une pause et observe le langage corporel de la mère de Sayuri qui ressemble fort à celui qu'ont pu décrire Kakusui et Makoto. Les chiens ne font pas des chats.

« Je ne peux renvoyer ni Makoto ni Sayuri, fautes de preuves, mais je recommande une mesure d'éloignement.

- Dans des classes différentes ?

- Non, ça ne suffira pas. Je suis bien consciente du pouvoir que votre famille détient et des fonds que vous blanchissez dans notre établissement pour éviter de payer trop d'impôts. Si j'essaie d'éloigner votre fille d'ici, je serais remplacée par un capitaine d'industrie qui ne connaît rien à l'éducation et qui fera de notre école une machine rentable et sans plus aucune humanité. Un peu comme votre fille. Makoto, j'ai pris des dispositions pour te trouver un appartement à Tokyo et que tu puisses rentrer en cours d'année au collège publique de Juban. Je ne t'oblige à rien et tu peux choisir de rester mais elle continuera et ta vie sera un enfer.

- Vous n'avez aucune preuve ! C'est vous qui venez de le dire.

- Certes, mais j'ai appris à reconnaitre les menteuses depuis toutes ces années. Nous étions ensemble à l'école, je te rappelle, et je t'ai vue à l'œuvre. Les chiens ne font pas des chats. Makoto, à Tokyo, tu pourras refaire ta vie. Les rumeurs ne sont que ça : des rumeurs. Tes actes parleront d'eux-mêmes comme ceux de ta grand-mère et ton grand-père ont conquis ce petit village qui les avait si longtemps rejeté. Makoto, tu vas prendre ton envol à Tokyo. Je t'en fais la promesse.

- Mais je serai toute seule.

- Jamais de la vie. Prends mon numéro et appelle-moi quand ça n'ira pas. Tu auras des tas d'amis et dans quelques mois, tu m'auras déjà oubliée.

- Et ma grand-mère ?

- Ta grand-mère est trop vieille pour refaire sa vie dans une si grande ville. J'irai la voir régulièrement.

- Et vous…

- Je l'aiderai à cuisiner pour qu'elle ne s'empoisonne pas en faisant cuire des pâtes, la rassure Yukawa »

L'intéressée s'offusque. Makoto sourit tristement. Kakusui est rassuré. Tout ira bien pour Makoto. La mère de Sayuri attrape violemment sa progéniture par le poignet et la traine jusqu'à la porte.

« Ce procès d'intentions n'en restera pas là. C'est inadmissible.

- Je suis entièrement d'accord. »

Madame Tanaka saisit tout le sarcasme de sa réplique et grommelle avant de claquer la porte. Dans le couloir, on entend la gifle tomber et un grand bruit. Mako se précipite dans le couloir et repousse la main de la mère de Sayuri qui récidive et protège Sayuri de son corps, recevant les coups à sa place. Sayuri tremble mais l'étreinte protectrice de Mako la calme. Quand la figure maternelle a fini de se défouler, Mako se relève et tend la main à Sayuri qui l'accepte.

« Est-ce que… ça va ? demande timidement une Sayuri méconnaissable de reconnaissance.

- J'ai connu pire. »

Sayuri éclate en sanglot, Makoto également. Kakusui en fait autant et la directrice et la grand-mère cachent tant bien que mal leurs larmes avec leur mouchoir.

« Ta fille et toi avez fait un travail remarquable.

- Makoto est comme mère Nature. Forte et violente mais aussi protectrice et nourricière. Sa nature profonde la fera souffrir mais quand elle trouvera les bonnes personnes pour l'entourer, elle sera heureuse bien au-delà des mots et des maux. »

Hinata met un coup de pied dans le dos à Kakusui pour qu'il aille rejoindre les deux jeunes filles. Il court mais reste interdit devant elles, ne voulant pas rompre ce moment d'une race force, que n'importe qui d'autre trouverait incongru tant le pardon et la bénévolence sont totales. Alors que la mère de Sayuri part en se lavant les mains de sa fille, Sayuri et Makoto invitent Kakusui dans leur étreinte.

C'est alors qu'un jeune garçon plus âgé passe, un peu perdu et dans la lune. Il semble chercher sa salle de classe. Makoto ne l'a jamais vu mais lève la tête et rougit. Elle se demande qui il est et si elle le reverra. Son cœur a beaucoup saigné ces derniers mois mais elle sent alors une douce chaleur mais aussi un pincement en elle. Elle baisse la tête et se demande si Kakusui ou Sayuri lui font ressentir la même chose. A-t-elle peur de ce garçon comme de tous ses camarades ou instinctivement confiance en lui comme avec Kakusui ? Confuse, elle oublie ses réflexions quand Kakusui se serre plus fort contre elle par pure jalousie. Sayuri ne manque pas une miette de cette scène. Elle ressent alors une immense tristesse car elle aurait enfin pu être elle-même, loin des manipulations de sa mère, dans cette école, mais les conséquences de ses actes vont éloigner les deux seules personnes qui ont su voir qui elle était derrière cette monstrueuse façade qu'elle s'était créée pour essayer de contrôler ce qui ne peut l'être car le contrôle n'est qu'une illusion...

Sayuri s'extrait lentement de leur étreinte et la froideur de sa vie lui retombe dessus assez violemment. Mako a instillé quelque chose en elle qui pourra changer sa vie mais elle doit d'abord chercher sa rédemption. Ni Mako ni Kakusui ne le feront pour elle et de toute façon, dès demain, ils ne seront plus là…

oOo

« Tu as tout ce qu'il te faut Mako ? Je t'enverrai le reste le mois prochain quand nous aurons vendu quelques bêtes aux enchères.

- Oui, oba-chan. Enfin non, je veux te mettre dans la valise.

- Tout ira bien. Je veille sur toi, même à distance.

- Moi aussi. C'est quoi ça ?

- Du sel.

- Et ça ?

- Du sucre.

- Non, c'est de la mort aux rats. »

Elle fait disparaitre les biscuits qu'elle vient de donner à Mako d'un revers de main.

« Tiens, des sous pour t'acheter un bento. »

Mako l'embrasse.

« J'ai rempli le frigo et le congélateur de plats tout près et jeté cette vase que tu appelles de la soupe. Je l'ai mise aux poules.

- Et ?

- Une heure à deux-cents degrés et retourner la viande à mi-cuisson. Tu vas manger du poulet jusqu'à ce que je sois diplômée du lycée.

- Désolée. »

Elles se serrent dans les bras.

« Tout ira bien.

- La maison me manque déjà. Tu me manques déjà. Vous me manquez déjà.

- Ça aussi, ça finira par passer. Quand tu rencontreras tes amis, tes vrais amis, des gens qui sont purs et forts comme toi, tout ira bien. »

Elle se serrent dans les bras puis Mako rejoint la mère de Kakusui qui va la conduire à la gare. Elle jette un dernier regard à sa grand-mère.

« Tu ne peux vraiment pas venir ?

- Le vétérinaire passe aujourd'hui. Il fait le tour des fermes et si je le manque, les bêtes n'auront pas leur examen avant plusieurs mois.

- D'accord. »

Ce « d'accord » lui fend le cœur. C'est le même « d'accord » de résignation que celui qu'elle a prononcé en lui prenant la main pour venir vivre chez elle à la mort de ses parents. Aussi, il n'y a pas de vétérinaire mais Hinata ne veut pas retarder encore les adieux en priant pour qu'il y ait des bouchons sur la route pour passer quelques dizaines de minutes de plus avec sa petite-fille. Elle lui dit au revoir de la main pendant de longues minutes, bien après que la voiture ne soit plus qu'un point sur l'horizon.

« Elle est vraiment longue cette route. Tu penses qu'elle sera heureuse ? demande Hinata.

- Ça ne fait aucun doute, répond son mari en lui mettant une main diaphane sur l'épaule.

- Elle peut tout faire, cette gosse, répond le père de Mako.

- Tout ira bien. Merci, maman, conclut la mère de Mako avant qu'ils ne disparaissent tous les trois. »

oOo

Kakusui, lui, a tenu à venir mais ne dit pas un mot durant le trajet. Il ne veut même pas lui dire au revoir parce que s'il ne lui dit pas au revoir, elle n'est pas partie et elle va revenir.

Quand elle monte dans le train, elle regarde Kakusui qui regarde ses pieds. Mako s'installe, une larme coulant doucement sur sa joue. Elle baisse la tête puis hurle quand on tape sur la vitre. C'est Kakusui, sur les épaules de sa mère, qui lui dit au revoir en criant des choses qu'elle ne comprend pas. Quand il s'en rend compte, il met sa main sur la vitre et Mako en fait autant. Quand leurs mains s'éloignent au départ du train, il secoue ses jambes sur sa mère pour qu'elle parte au galop comme un équidé. Mako éclate de rire quand sa mère imite le reniflement du cheval et se met à courir. Ils se suivent quelques secondes jusqu'à ce que le train soit trop rapide et trop loin pour qu'elle puisse les voir. Elle essaie de tourner la tête mais elle n'aperçoit que les rails et quelques cheminots qui travaillent. Quand ils répondent à ses mouvements de la main, elle se rend compte qu'elle dit encore au revoir à son ami, à sa grand-mère et à cette vie dont elle n'a pas fait le deuil mais qui continue, qu'elle le veuille ou non…

oOo

Premier jour au collège Juban. Rien ne se perd, rien ne se transforme. Elle les entend caqueter, répétant les rumeurs qu'elles ont entendues. Même ici, sa réputation et son passé la suivent. Jamais elle ne sera tranquille. Même cette petite fouine dont les lunettes ressemblent à deux sucettes de foire colporte des ragots. Alors, quand elle sent quelqu'un arriver derrière elle, elle se retourne brusquement pour chasser l'ennemi.

« Qui est là ?! »

Sans qu'elle ne sache ni pourquoi ni comment, elle sent sa vie basculer. Ses défenses s'écroulent et elle l'invite à manger avec elle. Son esprit ne comprend plus ce qui se passe. Tokyo ne lui fait plus peur. Tokyo se passera bien.

« D'accord. »

« Tout ira bien. »

« Re-bonjour ! lance la jeune qu'elle a rencontré le matin même.

-b Oh, c'est toi ! On est au même collège, alors ?

- Oui ! Je m'appelle Usagi ! »

À la différence de sa rencontre avec Sayuri, elle n'oppose aucune résistance. Rien ne semble forcé. Toutes ses défenses tombent. On ne peut qu'aimer cette jeune aux cheveux blonds. Elle ne saurait dire pourquoi mais elle sait qu'elle ne lui fera jamais de mal. Elles se battront l'une pour l'autre et…et…

« Tout ira bien.

- D'accord. »

Mako la regarde avec tendresse et se déplace d'un cran pour lui faire une place à côté d'elle.

« Tu veux te joindre à moi ? »

À suivre…

Ce chapitre a été plus dur que je ne pensais à écrire. La scène de Mako qui protège sa harceleuse a semblé irréaliste à mon copain mais moi, elle me fait pleurer à chaque fois. C'est ça le premier anime Sailor Moon pour moi : protéger la vie à tout prix et savoir donner une seconde chance.

Miguel NOCHAIR