Amour artificiel (et dangereux)

Draco Malfoy n'était pas connu pour être un adorateur de la maison Gryffondor. Pour qu'il adresse volontairement la parole à l'un des membres de cette maison – on pouvait même étendre cette règle aux autres maisons, y compris la sienne – il fallait que la personne ait fait ses preuves à ses yeux. Tout au long de ses sept années de scolarité, ils étaient à peine une douzaine et savaient qu'ils étaient en quelque sorte privilégiés.

Alors voir le grand Draco Malfoy se diriger d'un bon pas vers la table des lions était plus que surprenant, et encore plus de le voir poser un genou à terre pour déposer un délicat baisemain sur le dos de la main de l'un de ses membres eut de quoi choquer.

Ensuite ? Le chaos s'abattit.

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Minerva McGonagall et Severus Snape, une fois n'est pas coutume, faisaient front commun contre Albus Dumbledore, le directeur de l'école. La raison ? Le comportement aberrant de ce dernier à la suite du dernier scandale qui s'était déroulé à Poudlard.

Draco Malfoy avait déclaré sa flamme devant toute l'école à RONALD WEASLEY.

Le directeur de Serpentard ne s'était pas embarrassé de scrupules et avait traîné son élève à l'infirmerie avant qu'il ne prononce des paroles malheureuses. Quant à la directrice de Gryffondor, en avisant son état presque catatonique, elle avait mené tambour battant son élève dans son bureau et assistée de sa collègue Pomona Sprout, lui avait patiemment arraché tous les détails de cette mise en scène.

Et qu'est-ce que faisait le directeur de l'école en prenant connaissance de tous les tenants et aboutissants de cette scène ? ABSOLUMENT RIEN DU TOUT !

Bien entendu, personne n'était d'accord avec cette manœuvre.

-Ce petit crétin a AVOUÉ avoir volé le philtre d'amour dans le laboratoire de Weasley et Weasley, Farces et Attrapes ! tonna Minerva. Il a AVOUÉ avoir voulu l'utiliser sur Hermione Granger dans le but d'avoir des relations sexuelles sans son consentement et même s'il ne comprend pas pourquoi la potion n'était pas dans le bon verre, vous osez nous dire que vous n'avez pas l'intention de le PUNIR !

-Ce n'est qu'une erreur, protesta Albus.

-Une erreur qui a bien failli coûter la vie à Draco Malfoy, susurra Severus. Il est allergique à l'un des ingrédients de ce philtre et si je n'avais pas réagi immédiatement, il serait mort !

-Vous exagérez, assura Albus en balayant l'information.

-Non, ça c'est vous, corrigea Pomona. Tous les philtres d'amour sans exception sont des potions réglementées, pour ne pas dire complètement interdites. S'il avait fait cela hors du château, il serait déjà traîné en justice et condamné pour au moins cinq ans de prison. Quelle est votre excuse pour ne pas lui faire remarquer que son comportement est inconcevable ?

-Tout le monde fait des erreurs, persista Albus.

-Mais tout acte engendre des conséquences, asséna Filius. Ne venez pas vous plaindre quand vous vous les prendrez en pleine face.

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Ronald Weasley était furieux. Son plan était pourtant on ne peut plus simple : il voulait coucher avec Hermione Granger et avait été à deux doigts d'y parvenir.

La quatrième année avait marqué la fin du trio d'or. Quand le nom d'Harry était sorti de la Coupe de feu, Ronald avait tapé un scandale parce que son meilleur ami ne l'avait pas mis dans la confidence pour s'inscrire au tournoi alors que ledit meilleur ami avait déclaré depuis son annonce qu'il n'était pas intéressé. Ça avait été la goutte qui avait fait déborder le chaudron pour le brun qui l'avait incendié et qui ne lui avait plus adressé la parole. Au début, Hermione faisait la navette entre les deux ex-amis mais après que le roux l'ait accusée de lui préférer le brun, la brune avait elle-aussi décidé de ne plus faire les frais de sa mauvaise foi.

L'obsession de Ronald pour Hermione avait réellement commencé quand celle-ci était apparue au bal du tournoi. Pour la première fois, il l'avait vu en tant que femme et non plus en tant que plaie vivante le forçant à faire ses devoirs. Il lui avait demandé de nombreuses fois si elle voulait sortir avec lui – et ça avait été autant de refus fermes et définitifs – et cela avait lentement glissé sur du harcèlement, au point que la brune ne se déplaçait jamais seule. Elle avait fait remonter son comportement inquiétant aux professeurs mais le directeur avait toujours déclaré que ce n'étaient que des histoires d'écoliers.

Le philtre d'amour était pourtant une façon sûre pour Ronald d'obtenir ce qu'il voulait. Il l'avait subtilisée l'une des rares fois où il avait pu mettre les pieds dans le laboratoire de ses frères Fred et Georges et il avait été certain de l'avoir mis dans le verre d'Hermione. Mais visiblement, c'était Malfoy qui l'avait bu et il avait été humilié devant toute l'école.

Mais ce n'était pas le pire.

Même si Albus Dumbledore l'avait reçu dans son bureau et l'avait réprimandé pour ses actes – niveau deux sur dix dans l'échelle de la réprobation de Molly Weasley donc autant dire qu'il n'avait rien dit – les autres professeurs lui battaient froid, et pas qu'un peu, et il sentait que les élèves avaient une idée précise de ce qu'il avait fait, alors que le directeur lui avait certifié que les professeurs n'en avaient pas dit un mot à sa demande.

Une heure auparavant, l'équipe de quidditch de Gryffondor avait été rassemblée et Harry Potter, capitaine pour sa dernière année, avait annoncé remettre en jeu tous les postes et constituer une équipe de réserve. Ron, gardien titulaire, avait pensé à une plaisanterie, mais Harry, très sérieux, avait confirmé ses intentions. Le roux était furieux car sa place ne lui était plus automatiquement attribuée. Sans surprise, il avait élevé la voix mais le brun était resté ferme et avait rapidement dispersé l'équipe.

Ronald ne voulait pas perdre sa place dans l'équipe car c'était l'une des seules choses dont il pouvait se vanter auprès des filles. En cinquième année, il était devenu préfet mais il avait perdu le poste l'année suivante après une monstrueuse bagarre avec des Serpentards. Sans être le meilleur ami du Survivant et l'équipe de quidditch, il retournerait dans la masse des élèves et ça, il le refusait.

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Draco Malfoy observait Ronald Weasley être traîné hors de la salle d'audience pour être placé en détention et commencer ses années de prison.

-Tu es sûre que tu n'as pas abusé ? demanda Draco

-Certainement pas, assura Hermione Granger à ses côtés.

-Il ne faut pas oublier qu'il avait l'intention de recommencer avec toutes les filles qui lui plaisaient un minimum, pointa Harry Potter.

Malgré la « protection » d'Albus Dumbledore, Ronald Weasley avait finalement payé pour ses actes. Même si son courrier avait été intercepté, Draco avait réussi à prévenir son père des événements traumatisants qui s'étaient déroulés à Poudlard. Après confirmation de Minerva McGonagall et de Severus Snape, il n'en avait pas fallu plus pour que Lucius Malfoy traîne en justice le rouquin, d'autant plus qu'il ne pouvait pas s'y substituer car même encore étudiant à Poudlard, il était déjà majeur donc responsable pénalement.

La prédominance de Dumbledore ne lui avait même pas permis de savoir ce qui se tramait avant que les aurors ne débarquent pour emmener le roux en comparution immédiate. Outre le fait que le président du Magenmagot n'ait pas pu assister à l'audience, l'accusation avait pu négocier en amont l'utilisation du véritasérum pour ne laisser planer aucun doute sur les objectifs du prévenu. Sans personne pour justifier son comportement déplorable, Ronald Weasley avait été jugé coupable et condamné à quatre années de prison ferme, à la plus grande satisfaction d'Hermione qui n'aurait plus à craindre à chaque détour de se faire violer et de quand même continuer à croiser son agresseur parce que le directeur ne l'aurait pas crue.

Les trois amis se rendirent dans les bureaux de lord Potter – Harry avait discrètement récupéré son titre – et savourèrent une tasse de thé avant de retourner à Poudlard.

-Comment est-ce que vous avez su que ce crétin allait faire ça ? demanda Draco à brûle-point

Hermione et Harry eurent un sourire machiavélique. Car oui, contrairement à ce que tout le monde avait vu, les deux bruns avaient été au courant des plans de leur ancien ami.

-Ron n'a jamais grandi, renifla Harry. Pendant trois ans, j'ai dû supporter ses mauvaises manières, sa jalousie et son étroitesse d'esprit mais j'ai également appris qui il était réellement. Tu as dû remarquer qu'il ne se comportait pas normalement à la rentrée, n'est-ce pas ?

Draco leva les yeux au ciel. Personne n'aurait pu louper le fait que le roux avait quelque chose en tête, surtout avec ses regards encore plus insistants que d'habitude vers Hermione.

-Nous avons pu le suivre et retrouver la personne qu'il comptait utiliser pour glisser la potion dans mon verre et nous avons fait l'échange, poursuivit Hermione.

-Mais pourquoi moi ? persista Draco

-Pour deux points, avoua Hermione. Le premier, c'est que Ron est vraiment jaloux de toi et te déteste dans le même temps. Te voir lui déclarer ta flamme avait le double objectif de l'humilier et de montrer aux élèves que la situation n'est clairement pas normale. Le deuxième point, c'est ton père, je ne te le cache pas. Ni toi ni lui n'êtes sensibles aux discours de Dumbledore et si ton père décide de traîner Ronald en justice, rien ni personne ne l'en aurait empêché.

Le blond hocha la tête. Depuis son entrée à Poudlard, la mainmise d'Albus Dumbledore sur la Grande Bretagne sorcière avait enfin commencé à décliner. La découverte des conditions de vie d'Harry Potter, qui avait disparu des radars depuis le meurtre de ses parents, avait été un coup particulièrement dur. L'adolescent avait passé outre la conviction du directeur que les Dursley, ses tuteurs, étaient simplement maladroits pour montrer leur amour pour le brun et avait donné l'alerte par le biais de Minerva McGonagall et de Severus Snape. Une enquête de six mois plus tard, les Dursley avaient été condamnés avec perte et fracas pour maltraitance sur mineur et avaient perdu l'autorité parentale sur Harry comme sur leur propre fils. Dans le même temps, les circonstances de son placement dans une famille moldue ouvertement réfractaire à la magie avaient été étudiées et de fil en aiguille, l'innocence de Sirius Black avait été découverte, ce qui avait permis d'annuler sa condamnation, de le dédommager de sa peine de prison mais surtout, de récupérer la garde de son filleul lors de sa troisième année. Depuis, le directeur tentait sans succès de redevenir – ou plutôt, de devenir – le mentor du Survivant mais ce dernier n'était clairement pas intéressé. Dans le même temps, le vieux sorcier continuait à favoriser les Gryffondors surtout quand ils étaient en tort et ces dernières années, il protégeait Ronald Weasley dans ses actes d'agressivité.

-Et maintenant ? demanda Draco

-Nous avons tous les deux une dette d'honneur à ton encontre, s'inclina Harry. Uniquement envers toi, pas ton père ni le clan Malfoy.

-J'accepte, fit Draco.

Il se doutait que son père ferait n'importe quoi avec ce moyen de pression aussi prestigieux …

Fin