CHAPITRE 9 :

A la seconde où il y eu une pause pendant l'incroyable repas rôti de Molly Weasley, et avant que le dessert ne soit apporté, Hermione lança un regard très significatif à Ginny par dessus la table.

Elles ne prirent même pas la peine de trouver un prétexte pour expliquer pourquoi elles avaient besoin de quitter la table, toutes les deux, au même moment, pour aller dans le cellier de la cuisine du Terrier. Hermione se contenta de tourner la tête vers la cuisine et Ginny l'y suivit consciencieusement.

- Ginny, si je te raconte quelque chose, promets moi que ça restera entre nous pour l'instant ? Et aussi de ne pas être surprotectrice ou en colère ou –

- Hermione, est-ce que quelqu'un te menace ?

- Quoi ? Non ! Postillonna Hermione avec confusion.

- Oh. Tant mieux, ça veut dire que ça concerne ta vie amoureuse dans ce cas.

L'expression de la rousse s'illumina immédiatement alors qu'Hermione la regardait avec des yeux ronds.

- Non ! Pourquoi est-ce que le danger et le sexe sont toujours tes deux premières préoccupations ?

- Parce que c'est ce qu'il y a de plus excitant ?

Hermione gloussa face à l'enthousiasme authentique de son amie mais se rasséréna rapidement alors qu'elle était sur le point de lui raconter où elle avait passé son vendredi soir.

- Hermione, commença gentiment Ginny en sentant l'hésitation de son amie. Tu peux tout me dire, tu sais. Harry et le reste de la famille n'ont pas besoin d'être impliqués dans ta vie personnelle, sauf si tu choisis de le faire. Comment est-ce que je peux t'aider ?

Hermione prit une inspiration pour se calmer mais les mots sortirent de sa bouche maladroitement et précipitamment.

- JesuisalléedîneravecMalfoyvendredisoir.

La mâchoire de Ginny tomba.

- Dans ton charabia, je crois avoir entendu les mots « dîner » et « Malfoy » alors j'en conclue que TU AS ETE A UN RENCART AVEC LUI !?

Dans le silence qui suivit la question hurlée par Ginny, Hermione se crispa en entendant une fourchette tomber de la table dans la salle à manger adjacente. Elle lança un regard furieux à son amie et Ginny eu la bonne grâce d'enfin avoir l'air embarrassée alors qu'elle plaquait ses mains sur sa bouche.

Hermione leva les yeux au ciel et jeta un rapide Assurdiato en direction de la porte du cellier.

- Ce n'était. Pas. Un. Rencart, grogna Hermione dangereusement.

Si c'était la réaction de Ginny à un simple dîner à l'extérieur avec Malfoy, alors comment diable Hermione était supposée lui raconter qu'elle allait aller voir un ballet avec cet homme en février ?

Ginny baissa ses mains, souriant honteusement.

- Je suis désolée, j'ai fait mon Ron là, non ?

Hermione soupira et couvrit son visage avec ses mains.

- Je n'attends pas que quelqu'un comprenne ou accepte tout ça, mais nous sommes amis, Malfoy et moi. Il est très différent de celui qu'il était à l'école.

Ginny mordilla sa lèvre inférieure nerveusement mais acquiesça en même temps.

- Crois moi Hermione, si quelqu'un sur cette planète peut me convaincre de ça, ça serait toi. Mais ça ne veut pas dire qu'une fois que cette conversation sera finie je ne vais pas aller voir si les Niffleurs ont enfin des ailes.

Hermione leva les yeux au ciel face à la tournure de la phrase de Ginny.

- Il s'est excusé hier soir, commença-t-elle doucement alors que les sourcils de Ginny se levaient de surprise.

- Pour comment il t'appelait à l'école ?

- Oui, acquiesça Hermione, pour son comportement de l'époque et pour le langage qu'il utilisait. Il s'est aussi excusé pour ce que sa tante m'a fait quand les Rafleurs nous ont emmenés au manoir.

Même si la cicatrice du couteau de Bellatrix avait disparue depuis longtemps, ça n'empêcha pas Hermione de se frotter le bras gauche de manière compulsive.

Ginny remarqua son geste et fronça les sourcils.

- Et il était sincère ? Demanda-t-elle doucement.

- Oui, répondit Hermione directement. Il a vraiment changé, Gin. Il a surmonté beaucoup de choses ces dernières années et je pense qu'il a pris en maturité. Mais au final, on a tous dû grandir si vite, n'est-ce pas ?

La bouche de Ginny se raidi en une ligne sombre.

- Trop vite, murmura-t-elle et Hermione su qu'elle comprenait.

Personne de leur génération n'avait eu une véritable enfance ou adolescence. Des écoliers étaient devenus des soldats et des armes.

Hermione soupira et enroula ses bras autour de sa poitrine en regardant le sol du cellier.

- Lui pardonner était la partie facile, mais j'ai eu peur qu'une fois que je l'avais fait, alors tout serait fini. J'ai eu peur de n'avoir été qu'un point sur sa liste de rédemption. Mais au lieu de ça, il a eu l'air d'avoir peur de ma réaction. Il pensait qu'il perdrait mon amitié si nous parlions de notre passé.

Elle leva les yeux vers Ginny.

- J'aime être avec lui, Gin. J'apprécie sa compagnie. C'est mal ?

Ginny lui lança un sourire sympathique et tendit la main vers l'épaule d'Hermione pour la serrer.

- Oh, Hermione, bien sûr que non. Si tu sens qu'il –

La porte du cellier s'ouvrit en grand et les filles sursautèrent avant de lancer un regard noir vers les deux intrus. Harry et Ron encadraient la porte, bras croisés, avec les mêmes sourires machiavéliques au visage. Harry écarta rapidement le sort anti-bruit d'Hermione.

- Tiens, tiens, tiens, c'est donc pour ça qu'on a entendu ma femme crier ? Comment était ton rencart de l'autre soir Hermione ?

Hermione leva les yeux au ciel alors que Ginny lui marmonnait encore des excuses.

- Ce. N'était. Pas. Un. Rencart.

Harry et Ron échangèrent des sourires en coin, ce qui ne fit qu'enrager Hermione d'avantage.

- Pourquoi est-ce que tout le monde est tellement obsédé par ma vie amoureuse ou par mon manque de vie amoureuse ? Argh, vous n'êtes qu'une bande de sales commères, vous tous !

- Ben, si ça devient sérieux, on veut être sûr qu'il est à notre hauteur. Est-ce que tu ne voudrais pas accélérer le processus et nous dire directement le nom du type avec qui tu passes tout ton temps libre ces derniers temps ? Demanda Ron.

- Non, parce que ça ne vous regarde pas, et que c'était juste un dîner ! En tant qu'amis !

Hermione passa entre ses deux amis aux sourires narquois, vexée, pour aller voir si Molly avait besoin d'aide pour nettoyer.

Dès qu'elle se fut éloignée, le sourire d'Harry s'effaça lorsqu'il se tourna vers sa femme.

- Donc ce n'était qu'un dîner ?

Ginny lui lança un regard pleins de reproches.

- Harry, je ne me retrouverai pas de nouveau dans cette situation. C'est la même chose que le bal de Noël avec Krum. Si Hermione veut te parler de sa vie privée, elle le fera. Est-ce que pouvez la laisser tranquille et la laisser se débrouiller toute seule, tous les deux ?

- Je n'aime pas qu'elle nous cache des choses, grogna Ron.

- Je sais, répondit-elle gentiment. Mais, s'il vous plaît, faites lui confiance, tous les deux.

Les garçons échangèrent un petit froncement de sourcils mais haussèrent les épaules pour montrer leur accord.

- Promets que tu jetteras un sort aux couilles de ce mec s'il lui fait du mal ? Demanda Ron.

- Oh, je prendrai un malin plaisir à faire ça encore une fois, rigola Ginny.

Ron s'en alla ensuite mais Harry lança un regard plein de questions à sa femme avant de le suivre. Il fallut un moment à Ginny pour réaliser la gaffe qu'elle venait de faire. Merde, Harry était parfois trop perspicace pour son propre bien. Priant pour que son mari ne réfléchisse pas trop à son commentaire et commence à se faire des films, Ginny rejoignit le reste de la famille dans la salle à manger. Peut-être était-il temps de déterrer ce téléphone portable qu'Hermione lui avait offert à Noël dernier si elles voulaient parler en privé de Malfoy...


Décembre 2007

Maintenant que Draco considérait Hermione comme une amie officielle, il s'aperçut qu'il avait moins de pression lors de ses interactions quotidiennes avec elle. Il ne tressaillait plus dès qu'elle disait le mot « désolée » ou « merci » et il pouvait également le dire dans une conversation sans en faire une suée. Comme une personne normale et adulte.

Par exemple :

- Désolé Granger, est-ce que je peux t'emprunter ton stylo une minute ? Merci.

Ou

- Désolée Malfoy, mais est-ce que tu pourrais regarder la dernière ligne de cette régulation sur l'élevage des Croups ? Merci, je savais que le phrasé n'était pas bon.

Peut-être que le Guérisseur Browning avait eu raison pour les excuses, au final. Draco n'avait pas eu besoin de Philtre de Paix depuis des semaines, mais il avait anticipé qu'il en aurait besoin pour la semaine qui arrivait.

Le deuxième week-end de chaque mois de décembre, les employeurs de Draco chez Whisp & Wright organisaient un extravagant gala de Noël où toute l'élite du Quidditch était invitée. Les employés étaient censés y assister, et il fallait être fou pour ne pas vouloir être vu à cette fête en particulier.

Bien que Draco s'y rende tous les ans, il redoutait cette soirée. Il n'y emmenait jamais personne, passait le temps requis à faire de la lèche aux employés et joueurs des Guêpes, puis descendait le plus d'Ogden gratuit possible avant d'être contrarié et de cheminetter chez lui ou chez Théo.

En y repensant, il devrait vraiment envoyer un hibou à son ami. Il ne l'avait pas vu depuis des mois, et passer du bon temps, ivre avec lui, était définitivement de mise. Mais Théo avait répondu au hibou le plus récent de Draco en disant qu'il avait malheureusement déjà des plans ce soir là. Draco avait froncé les sourcils en lisant sa lettre. Ça ne ressemblait pas à son ami d'être aussi vague.

Draco ruminait au sujet de la récente et mystérieuse absence de Théo quand le soupire impatient de Granger l'interrompit.

- Ginny m'a dit qu'elle ne pourrait pas venir au gala du Ministère ce week-end. Ça veut dire que je vais devoir jouer les gardes du corps pour Harry toute la soirée.

Draco fit un sourire en coin.

- Le pauvre Potter ne peut pas se défendre tout seul face à l'assaut de ses admiratrices, hein ?

Hermione leva les yeux au ciel.

- Tu n'as pas idée. Harry est si foutrement poli envers tout le monde que les gens pensent qu'il est vraiment intéressé. Les gens le pelotent carrément quand Ginny n'est pas là ! Une année, une sorcière ivre s'était même faufilée derrière lui et lui avait coupé une mèche de cheveux ! Un sorcier de la sécurité l'a assommée avant qu'elle ne s'échappe.

Draco éclata de rire et Hermione en fit de même.

- J'imagine totalement la tête horrifiée de ce salaud.

Alors que leurs rires s'étouffaient et qu'ils buvaient leurs boissons du matin, l'esprit de Draco commença à imaginer quelque chose d'autre. A quoi pouvait bien ressembler Granger quand elle assistait au gala de Noël du Ministère ? Les robes de soirées des moldues faisaient fureur ces temps-ci – les sorcières ayant enfin appris comment correctement porter des robes qui découvraient beaucoup plus de peau que celles qu'elles avaient l'habitude de porter. Vers quoi penchait Granger, vestimentairement parlant ? Robe sans bretelles ou très opulente ? Et que ferait-elle avec ses cheveux ? Draco – et probablement tous les autres garçons de Poudlard – se souvenait parfaitement de son élégante coiffure lors de leur bal de Noël en Quatrième Année. Ou peut-être qu'elle les laisserait détachés pour la soirée, ses douces mèches glissant sur la peau alléchante de ses épaules et de son dos...

Stop.

Non.

Granger est ton amie. Ce n'étaient pas des pensées à avoir à propos de ses amis. Surtout pas d'une nouvelle amie. Surtout pas d'une nouvelle amie qui ne prendrait certainement pas bien ce genre de pensées ou sentiments de la part de son harceleur d'école.

Que Merlin lui vienne en aide, pourquoi avait-il besoin d'être autant un connard ?

Mais remercions Salazar pour ses petites grâces. Les employeurs de Draco avait délibérément choisi d'organiser leur gala annuel le même soir que celui du Ministère. Ils s'étaient aperçus, au fil des années, que combiner des représentants du gouvernement, des stars du Quidditch et une copieuse quantité d'alcool, menait à des comportements obséquieux et des interactions en coulisses des deux côtés – les galas partageaient les invités comme une tactique d'évitement.

Ce qui signifiait que Draco n'avait pas à se tracasser du fait qu'il soit approprié ou non de proposer à Granger de l'accompagner à la soirée. Evidemment, ça n'empêcha pas son esprit de faire apparaître une image d'elle, accrochée à son bras alors qu'il la présentait aux gens, ou d'elle qui le guidait vers la piste de danse et qu'il l'attirait contre lui et...

Stop.

Non.

Je suis en contrôle.


Draco s'appuya contre le bar en marbre, sirotant son deuxième verre de la soirée. Il avait épuisé tout son charme social entre les divers joueurs des Guêpes, leurs épouses, les remplaçants, les entraîneurs, les propriétaires des équipes et les coachs. Maintenant il pouvait simplement rester seul au bar, apprécier quelques verres – cadeaux de ses employeurs – et juger silencieusement toutes les personnes présentes dans cette pièce jusqu'à ce qu'il soit une heure socialement acceptable pour partir.

L'un des désastres préféré de Draco, Cormac McLaggen, était d'ailleurs sur le point de se ridiculiser en beauté. Ça avait été la dernière semaine de ce crétin à l'agence, car la rumeur (Draco aurait parié la moitié de ses coffres sur l'implication de Macnair), au sujet des activités lubriques auxquelles il s'adonnait avec les candidates des Harpies qu'il était censé recruter, avait atteint les associés et qu'il s'était vu relevé de ses fonctions. Il avait passé toute la semaine à parler du nouveau travail que son oncle Tiberius avait trouvé pour lui au Ministère, alors que la plupart des gens à l'agence ne connaissait pas les véritables raisons de son départ soudain.

Bellamy avait rapidement promu Fiona Moy au poste de McLaggen et – étant donné qu'elle avait déjà joué comme Gardienne pour les Harpies avant de prendre sa retraite et de devenir recruteuse – Draco savait qu'il aurait certainement à faire à une rude concurrence la saison prochaine.

Et même si Cormac n'était techniquement plus un employé chez Whisp & Wright, ça ne l'avait pas empêché de se rendre au gala. Ce sorcier de bas étage avait dansé de façon plutôt obscène avec les deux Batteuses des Harpies, presque renversé son verre sur la Gardienne des Chauve-Souris de Ballycastle et venait de faire une malencontreuse tentative pour mettre ses mains sur l'épaule d'une jeune femme rousse dans une splendide robe argenté.

La baguette de Ginny Potter était sur la gorge de McLaggen avant qu'il n'ai eu le temps de cligner des yeux. Draco rit dans son verre alors que ce crétin à la bouche ouverte rétractait sa main baladeuse et balbutiait des excuses. La Belette murmura une menace, vu l'expression qu'affichait ce nigaud, puis tourna brusquement ses talons pour se diriger vers le bar. Ses yeux rencontrèrent ceux de Draco et son visage s'étira en un sourire en coin pendant qu'elle rangeait sa baguette.

Draco pensa qu'elle lui lancerait simplement un signe de tête poli comme elle le faisait habituellement lorsque leurs chemin se croisaient. A sa grande surprise, la rouquine continua sa route droit vers lui et prit la place qui se trouvait à côté de son coude.

- Salut Malfoy.

- Weasley.

- Potter.

- Pardon ?

- Mon nom de famille c'est Potter, maintenant.

- Certes. Quel est ton poison ?

- Ogden, bien sûr.

Draco fit un geste au barman et commanda un nouveau verre pour lui et un pour Ginny.

- Santé, dit-elle platement en faisant tinter son verre contre le sien.

Il restèrent silencieux pendant quelques minutes, sirotant leur whisky.

- Alors dis moi, dit Draco d'une voix traînante à sa nouvelle partenaire, qu'est-ce que tu as dit à McLaggen pour qu'il soit sur le point de se pisser dessus ?

- Quel branleur, renifla Ginny. Je lui ai juste donné le nom de l'aile de Ste Mangouste dans laquelle il pouvait trouver le dernier homme qui m'a touché sans permission.

Draco inclina la tête vers elle en signe de respect et pencha son verre en arrière pour boire. Ginny choisi ce moment précis pour déclarer d'un ton neutre :

- Et je lui ai dit quelle maladie vénérienne il avait des chances d'avoir attrapée pendant l'une de ses aventures avec une de mes coéquipières.

Draco recracha sa boisson alors qu'il essayait de retenir un éclat rire qui se changea en une toux sèche à cause de l'alcool qui lui brûlait la gorge. Ginny lui frappa le dos à plusieurs reprises.

- Ça va aller, furet ? On ne supporte pas tous le Firewhisky, dit-elle d'une voix faussement douce.

Essayant de se remettre de son crachage publique et du fait incroyable que la plus jeune des Weasley s'avérait être drôle, Draco ricana.

- Donc, pas de mari ce soir pour te protéger des moins raffinés d'entre nous ? Que fait ton vertueux homologue ce soir ? Il tricote des couvertures pour les licornes orphelines ?

Ginny se tourna pour lui faire face, un large sourire satisfait au visage. La femelle Weasley n'était malheureusement pas aussi simple à charrier que ses frères.

- Pourquoi, Malfoy ? Tu sais parfaitement où se trouve Harry ce soir. Il tient compagnie à une certaine amie que l'on a en commun.

Draco plissa les yeux, toute trace d'humour ayant quitté ses traits.

- Je suppose que tu parles de Granger, dit-il d'un ton neutre.

Ginny acquiesça et commença à jouer pensivement avec ses glaçons.

- Oui, Hermione a le regrettable luxe d'assister à l'épouvantable événement du Ministère avec Harry. Quoique je suis contente qu'ils puissent se tenir compagnie ce soir. Elle est plutôt populaire, tu sais, beaucoup de jeunes sorciers vont chercher à danser avec elle. Surtout avec la robe qu'elle porte. Etre avec Harry devrait les tenir à distance.

Comment diable était-il censé répondre à cette déclaration ? Draco savait qu'elle était en train de le faire tourner en bourrique mais refusa de mordre à l'hameçon. Il se contenta de ne rien dire et de boire son verre lentement.

- Tu n'as pas encore fait de compliment sur ma robe, Malfoy, dit soudainement Ginny avant de faire un pas en arrière et de tourner lentement sur elle-même pour que Draco puisse l'examiner de la tête au pied.

- Je dois admettre que c'est assez charmant sur toi, répondit-il honnêtement.

Le tissus argenté de cette robe, longue jusqu'au sol, étincelait et allait bien avec son teint et avec la couleur de ses cheveux (ce qui n'était pas chose facile avec cette teinte de rouge), tout comme son décolleté sans bretelles qui exposait ses bras, ses épaules et son dos.

- Merci. Si tu penses qu'elle me va bien, tu devrais la voir sur Hermione.

- Pardon ?

Ginny lui sourit de toutes ses dents, très contente d'elle-même.

- Elle porte exactement la même robe ce soir mais dans une jolie teinte dorée. Elle a seulement la chance d'avoir plus de courbes que moi, donc je pense que son décolleté attirera de nombreux regards.

A quoi diable était-elle en train de jouer, putain ?

- Es-tu toujours aussi rustre à propos de tes amis, Weaselette ? Renifla-t-il avec dédain.

Mais Ginny était imperturbable.

- C'est Potter, et tous mes amis ne sont pas aussi magnifiques qu'Hermione.

Elle haussa les épaules et bu une gorgée de son whisky.

- D'ailleurs, ajouta-t-elle d'un air conspirateur, peux-tu simplement imaginer le regard qu'elle me lancerait si elle m'avait entendu dire ça ?

Draco partagea un sourire malicieux avec sa nouvelle compagne de beuverie. Il ne l'imaginait que trop bien. Le visage de Granger se froncerait, les lèvres pincées, avant qu'elle ne prenne une grande inspiration et se lance dans une tirade au sujet des attentes de la société sur la façon dont les sorcières doivent s'habiller et à quoi elles doivent ressembler, tout en ignorant complètement le fait qu'elle-même serait (probablement, s'imaginait Draco) belle à couper le souffle dans sa robe.

- Il en faut peu à Granger pour rougir, commenta Draco avec un rire.

- Mhh, en effet. Tu la fais souvent rougir pendant vos petites sessions café ?

Elle jouait donc à ça : forcer Draco à révéler ses intentions. Granger s'était évidemment confiée à Ginny au sujet de leur récente amitié et elle était là pour tester Draco. L'ancienne version de lui-même aurait fait un commentaire railleur, insulté la Belette à propos de l'infériorité de sa famille, lancé une pique sur Potter pour la forme, pour finir par lui sourire avec mépris avant de s'en aller.

Mais il n'était plus cette personne. Et, même si la femme de Potter lui avait hérissé les poils, Draco savait que ses moqueries cachaient un instinct de protection envers Granger. Il pouvait au moins respecter ses motivations, même si l'exécution laissait à désirer.

- Même si je suis sûr que Granger te l'a déjà dit, on continue de se retrouver régulièrement autour d'un café le matin. Pas la peine de faire un scandal de quelque chose d'innocent, répondit-il avec modération.

Ginny termina son verre et le déposa fermement sur le bar avant de se tourner vers Draco, toute trace de taquineries s'étant évaporées de son visage.

- Ecoute Malfoy, je ne t'apprécie pas particulièrement, étant donné le passif entre nos familles. Je ne te fais absolument pas confiance. Mais Hermione a décidé que tu méritais une seconde chance, et elle est l'une des personnes les plus intelligentes que je connaisse... c'est la meilleure personne que je connaisse.

Les yeux de Ginny se plongèrent dans les siens, l'implorant de comprendre quelque chose.

- J'ai une dette envers elle que je ne pourrais jamais lui rembourser. Est-ce que tu sais combien de fois elle a sauvé la vie d'Harry et Ron pendant la dernière année de la guerre ? Sans parler toutes les conneries qu'ils ont faites pendant que nous étions à Poudlard. Je sais que sans elle, mon mari ne serait pas en vie aujourd'hui. Donc, quand je te dis qu'Hermione est comme une sœur pour moi, qu'elle fait partie de ma famille, j'ai besoin que tu comprennes à quel point ce lien est important. Je sais que vous insistez tous les deux sur le fait que vous êtes « juste des amis » pour l'instant, mais écoute moi bien Malfoy -

Ses yeux bruns clairs s'embrasèrent d'une combinaison de pure émotion et de whisky.

- – Mon propre frère ne la méritait pas. Je ne peux pas nommer un homme vivant qui la mérite. Même si je sais qu'elle apprécie ta compagnie, je ne sais pas si elle a réellement réfléchit à ce que pourrait penser le reste du monde de votre... amitié.

Le paria et l'héroïne. Le lâche et la sauveuse.

- Tu ne penses pas que je le sais déjà Weasley ? Pourquoi est-ce que tu crois que nos moments ensemble se déroulent principalement dans un café moldu ? Cracha Draco amèrement – et blâma l'alcool pour son ton désespéré.

Les yeux de Ginny s'écarquillèrent alors qu'elle l'observait sérieusement pendant un moment.

- C'est Potter, corrigea-t-elle doucement.

Avant que Draco ne se dissolve totalement dans une crise de panique, son épaule fut bousculée par un impressionnant avant bras.

- Désolée, mais certains d'entre nous voudraient avoir un verre avant le nouvel an.

Remerciant les pères fondateurs pour cette intrusion au timing parfait, Malfoy se tourna pour voir Maureen Tyler essayer d'attirer l'attention du barman.

- Bonsoir, Mlle Tyler, vous passez une bonne soirée ? Demanda-t-il poliment.

Maureen avait aussi opté pour une robe moldue flatteuse, même si les muscles robustes du haut de son corps avaient l'air de menacer de l'arracher en deux.

- Ça va, dit-elle en haussant les épaules. J'ai entendu dire que tes patrons avaient eu la bonne idée d'investir dans de la bonne téquila cette année, donc je vais voir si la rumeur est vraie.

Elle essaya et échoua à attirer l'attention du barman une nouvelle fois.

Draco s'éclaircit la gorge et lança un regard couplé à un geste des doigts au bon moment pour avoir l'attention de l'employé.

- Une téquila, pure, et deux Ogden, déclara-t-il après avoir remarqué que le verre de Ginny était vide.

Une fois leur boissons devant eux, il glissa un Firewhisky devant Ginny, entendit un faible « merci », et glissa la téquila devant Maureen, ce qui lui valu un « santé ».

Dans sa vision périphérique, il remarqua que Ginny regardait curieusement les biceps impressionnant de Maureen alors que la jeune femme renversait son verre de liqueur dans sa gorge. Peut-être pouvait-il faire d'une pierre deux coups.

- Mlle Tyler, avez-vous déjà rencontré Ginny Weasley ?

Draco prit un malin plaisir lorsque les yeux de la jeune femme s'écarquillèrent et qu'elle baissait son verre vers le bar précipitamment.

- Oh. Euh, non. Enchantée, je m'appelle Maureen Tyler, dit-elle en tendant la main devant Draco pour serrer celle de Ginny.

- Ginny Potter. Ravie de te rencontrer. Est-ce qu'il essaie de te recruter ? Demanda-t-elle en inclinant la tête vers Draco.

Maureen sourit nerveusement pendant que Draco l'encourageait silencieusement dans sa tête. Allé Tyler, je t'ai envoyé le souaffle, ne fait pas tout foirer.

- Non, je suis juste batteuse remplaçante pour les Tornades, répondit-elle modestement.

- Ce n'est pas rien ! J'ai entendu dire qu'ils allaient enfin faire appel à un talent féminin, j'espère que tu apprécies.

Il était clair pour Draco que Maureen Tyler ne possédaient pas le genre de finesse fourbe dont elle aurait besoin si elle voulait quitter le banc de touche. Il devrait travailler là-dessus.

- Tyler est la meilleure batteuse que j'ai vu depuis des années, affirma Draco avec fermeté et les deux jeunes femmes lui lancèrent des regards surpris.

- C'est vrai ? Demanda Ginny, son intérêt ayant été piqué, pendant que Maureen marmonnait quelque chose modestement.

- Mhh, c'est ce que je crois. Est-ce que tu connaitrais une équipe qui pourrait bénéficier d'une telle joueuse quand la nouvelle saison commencera ? Demanda-t-il avec insistance.

Ginny ne répondit pas, mais Draco vu la compréhension faire tilt dans ses yeux alors qu'elle se tournait vers Maureen, impatiente de discuter.

Draco termina son verre d'un trait et se prépara à prendre congé.

- Je vous souhaite une bonne soirée à toutes les deux, dans ce cas. Essayez de ne pas gâcher les bonnes opportunités qui se présenteront à vous.

Il n'avait fait que quelques pas avant que l'on attrape son avant bras.

- Malfoy, attends.

Il se retourna et Ginny le regarda avec sérieux. Elle lâcha son emprise autour de son bras.

- Ce que tu viens de me dire. Sur le fait de ne pas gâcher des opportunités ? Je pense que tu devrais appliquer ton propre conseil, dit-elle doucement en lui lançant un dernier regard lourd de sens avant de rejoindre Maureen au bar.

Draco avait réussi à atteindre les vestiaires avant que ses mains ne se mettent à trembler. Il avait réussi à atteindre les cheminées avant que son souffle ne s'accélère. Il avait réussi à atteindre sa chambre avant que ses jambes ne l'abandonnent.

S'écroulant en tremblant sur son lit, il agrippa sa tête dans ses mains et essaya de calmer sa respiration.

Je suis en contrôle. Je suis en contrôle. Je suis en contrôle.


Maudit soit Ginny et sa bouche rustre et mal élevée.

Nous étions lundi matin et Draco était supposé se familiariser avec les statistiques des scores d'un Poursuiveur écossais avant une réunion ce jour là. Ses yeux ne cessaient de lire en diagonale la première ligne du rapport avant que son attention ne soit dirigée vers l'autre côté de sa table. L'épaule de la blouse de travail d'Hermione ne faisait que glisser sur le côté alors qu'elle écrivait furieusement dans l'un de ses nombreux carnets. Le tissus glissait, exposant la peau du haut de son épaule et l'une des bretelles de son soutien gorge, avant qu'elle ne remette en place sa blouse de manière absente. Draco retourna ses yeux vers le rapport avant qu'elle ne recommence, moins d'une minute plus tard. Après plusieurs fois, il fallait qu'il fasse quelque chose. Il ne pouvait plus le supporter.

- Tu devrais probablement te débarrasser de cette blouse.

- Excuse moi ?

- Tu te bats avec toutes les 30 secondes, tu dois bien avoir des vêtements à ta taille ?

- Très bien, puisque ça te distrait à ce point, je la jetterai plus tard.

Elle n'avait pas la moindre idée, évidemment, qu'elle le rendait complètement fou mais il ne pouvait définitivement pas tendre le bras et arracher le tissus de sa blouse. Parce que les amis ne font pas ce genre de choses à leurs amis. Et parce qu'il n'avait pas assez confiance en ses doigts pour ne pas s'attarder sur la peau nue de son épaule.

Putain de Ginny Weasley, avec sa grande gueule, qui lui mettaient des idées interdites au sujet du corps de Granger dans la tête.


Comme la plupart des commerces chaque année au mois de décembre, le coffee shop était rempli de l'esprit de Noël. Draco bu son café et observa la neige tournoyer à l'extérieur, des moldus se pressant dans leur ridicules vestes d'hiver bouffante, leur chaussures trop grandes et leur bonnet et écharpes pelucheux.

Autrefois, les vacances de Noël était la période préférée de Draco. Les elfes de maison se surpassaient avec d'extravagants desserts, chocolats, tartes et autres tourtes à la fin de tous les repas de la semaine. Sa famille était toujours invitée aux bals de Noël des Sang-Pur, mais, le soir du Nouvel An, toutes les autres soirées étaient éclipsée par le bal organisé au Manoir des Malfoy par Narcissa.

Draco se souvenait courir partout avec Théo, Crabbe et Pansy, essayant de ne pas être trop turbulent et de ne pas s'attirer les foudres de ses aînés, et pensant avec envies aux jours futurs où ils seraient assez vieux pour boire de copieuses quantité d'alcool.

Ces jours n'étaient jamais arrivés. Le retour du Seigneur des Ténèbres et le fait qu'il réside dans le Manoir des Malfoy s'en étaient assurés. Non, à présent, si l'on demandait à Draco, sa saison préféré était le printemps.

Granger, en revanche, semblait totalement investie dans l'esprit de la saison, délaissant son habituel Chaï Massala pour une concoction à base de menthe poivrée et de chocolat, enfouie sous une montagne de crème fouettée. Draco venait juste de tendre la main pour lui voler une cinquième gorgée de sa boisson lorsqu'elle le repoussa légèrement.

- Pour l'amour de dieu Malfoy, va t'en chercher un à toi, espèce de gamin pourri gâté.

Il lui fit une moue exagérément boudeuse.

- Oh, allé Granger ! Ce n'est pas dans l'esprit de Noël ! Comment disent les moldus déjà ? « Partagez la Terre pour les hommes bons et méritants » ?

Hermione leva les yeux de son carnet et se mit à rire jusqu'à en pleurer. Se tenant les côtes, elle essuya une larme et Draco ressenti ce curieux sentiment réconfortant de l'avoir fait rire aussi pleinement et librement.

- C'est « Paix sur terre et sur les bonhommes méritants ». Sérieusement, Malfoy, qu'est-ce que ton interprétation est censée vouloir dire ?

Draco haussa les épaules et sourit en coin.

- Ça veut dire ne soit pas si foutrement radine avec le chocolat chaud.

Hermione leva les yeux au ciel et poussa sa tasse vers lui, riant encore face à la façon dont ses yeux s'illuminèrent.

- Quels sont tes projets pour les vacances, hormis voler des sucreries à tes amis et massacrer de célèbres citations ?

- Tu veux dire hormis écouter les sermons quasi quotidiens de ma mère au sujet du fait que je ne sois toujours pas marié et sans héritier en vu ?

Hermione posa son stylo et demanda gentiment :

- Est-ce que tu as envie de te marier, au moins ? De fonder une famille ?

Draco soupira et se pinça l'arrête du nez en considérant son avenir. Il s'était écoulé des années depuis sa dernière relation sérieuse et, de ce dont il se souvenait, ça s'était plutôt mal terminé. Boire trop d'alcool pour trouver la forcer d'exister voulait dire qu'il n'avait pas été le meilleur partenaire amoureux, ou partenaire tout court.

- Je veux dire... Un jour, je suppose. Juste... Pas pour l'instant. Putain de merde, j'arrive à peine à prendre soin de moi pour l'instant alors une femme et des enfants c'est hors de question bordel, dit-il amèrement.

Hermione lui lança un regard maîtrisé.

- Tu n'as pas besoin de te rabaisser comme ça tout le temps, Malfoy.

Il fronça les sourcils et haussa les épaules pour qu'elle laisse tomber le sujet. Son besoin incessant de remonter son estime de lui était à la fois revigorant et terrifiant.

- Je vois ce que tu veux dire, néanmoins. C'est difficile d'imaginer prendre soin d'un petit humain à cet instant de ma vie. Il y a tellement d'expériences et d'objectifs de carrière que je veux réaliser et je ne suis pas sûre qu'un enfant ou un mari soient en adéquation avec ça pour l'instant. Même si tu étais plein d'autodérision, je comprends ce que tu voulais dire par le fait d'avoir l'impression que prendre soin de soi soit la priorité. Des blessures qui ont encore besoin d'être guéries.

Draco hocha la tête pensivement.

- J'ai l'impression que beaucoup de gens de notre génération ressentent la même chose.

Ils partagèrent un regard sombre et des sourires tristes face à cette déclaration. Bien que beaucoup de leurs camarades de Poudlard étaient en couple ou dans des relations sérieuses, les enfants étaient peu nombreux pour l'instant.

- Donc, s'éclaira Hermione de nouveau, aucune soirée ou tradition à laquelle tu as hâte d'assister ?

Draco haussa les épaules.

- Noël est généralement assez calme. Ma mère revient de France donc je passe les vacances avec elle et j'essaie de ne pas succomber à l'envie pressente de me jeter un Maléfice Cuisant au visage pendant qu'elle me fourre sous le nez des sorcières éligibles, photo après photo.

Hermione se mit à rire mais ne se laissa pas décourager.

- Allé ! Il doit bien y avoir quelque chose que tu attends !

- Le bal du Nouvel An de ma mère est toujours un événement, offrit-il avec hésitation.

Sa mère avait relancé sa vieille fête quelques années auparavant, et malgré le terrain fragile sur lequel reposait son nom de famille dans certains cercles, les invitations étaient très convoitées. Draco supposait que la mort de son père avait aidé la réputation de sa mère, d'une certaine façon.

- Un bal extravagant, auquel participe l'élite des sorciers élégamment et socialement bien habillés, ça ne te rempli pas de joie ? Demanda-t-elle d'un air taquin.

- Compliqué d'être rempli de joie dans une pièce pleine de gens que tu essaies activement d'éviter. Mais Théo a confirmé sa présence, Merlin soit loué.

- Beaucoup d'autres de tes amis ont prévus de venir ?

Draco remarqua l'hésitation dans sa voix et su ce qu'elle voulait vraiment lui demander. Est-ce que tu as prévu de te moquer avec tes anciens amis Serpentard ? Es-tu tenté de retourner à tes anciennes habitudes de Sang Pur ?

- Personne que j'ai réellement envie de voir, répondit-il sèchement et elle comprit qu'elle devait laisser tomber le sujet.

- Et toi ? Contra-t-il, impatient de parler d'autre chose que de sa famille et de ses vieux amis.

Le visage d'Hermione s'illumina tout entier.

- J'ai le même planning tous les ans !

Elle ignora Draco qui marmonnait un « évidemment » et continua.

- Je passe le réveillon de Noël chez mes parents et puis le matin de Noël on s'échange nos cadeaux et on fait le petit déjeuner ensemble. Ensuite, mes parents vont à la messe de Noël à midi et je passe le reste de la journée et du dîner au Terrier. Je vais peut-être y passer le reste de la semaine avec tout le monde, et le Nouvel An aussi, puisque George lance ces feux d'artifices innovants chaque année. La plupart des charmes de ces produits n'ont pas été testé correctement, je devrais d'ailleurs peut-être en rediscuter avec Ron et lui.

Elle termina sa phrase avec un petit froncement de sourcil.

- C'est un sacré bout de temps avec les Weasley. Tes parents s'en fiche ?

Draco remarqua qu'un peu de lumière s'était éteinte dans ses yeux à la mention de ses parents. Honnêtement, il avait remarqué la même réaction à chaque fois qu'ils parlaient de sa famille biologique.

Elle poussa un soupire et Draco eu l'impression qu'elle allait enfin lui confier ce pourquoi le sujet de ses parents étaient tabou la plupart du temps.

- Ma relation avec mes parents ne s'est jamais vraiment remise de la guerre. Ne te méprends pas, on parle souvent et j'essaie de leur rendre visite plusieurs fois par mois, mais il y a ce malaise qui s'infiltre dans chacune de nos conversations ou interactions. Surtout quand je m'égare et que j'utilise la magie autour d'eux.

Draco fronça les sourcils de confusion.

- Je croyais que tu avais dit qu'ils étaient fiers quand ils ont appris que tu étais une sorcière ? Ils ne veulent pas que tu utilises la magie ?

Il ne pouvait pas penser à une plus grande violation de ses capacités naturelles que de lui demander de réprimer une partie si essentielle d'elle-même. La sorcière la plus brillante de leur époque, dissuadée d'être magique ?

Hermione secoua la tête.

- Non, c'est plus une question de confiance. Ils ont peur de ce que ma magie pourrait faire.

Draco éclata de rire.

- Ils ont peur de toi ? Tu es la personne la plus honorable de cette planète Granger, je ne vois pas comment des moldus pourraient avoir peur d'une quelconque action obscure venant de toi.

Hermione lui lança un sourire triste et coupable.

- Non, ils ont totalement le droit d'être effrayé.

Draco rit de nouveau.

- D'accord, très bien, c'est le moment confessions Granger. Est-ce que tu leurs a jeté des Sortilèges de Chatouilles quand tu n'obtenais pas ce que tu voulais quand tu étais petite ?

- Non, répondit-elle doucement. Je les ai oubliettés pendant la guerre. Je leur ai fait oublier qu'ils avaient eu une fille, ai implanté de nouvelles identités dans leurs esprits et les ai fait déménager en Australie. Je ne pouvais pas les laisser se faire torturer pour des informations sur moi ou Harry.

Les entrailles de Draco se liquéfièrent et il eu l'impression que tout l'air du café s'était évaporé. Tout ce qu'il pouvait faire, ce fut de fixer les yeux bruns d'Hermione, incertain de savoir comment gérer le poids de sa confession. Elle soutint son regard et, même si elle ne pleurait pas, il y avait une tristesse insondable contenue dans ses yeux, autant qu'une certaine sympathie.

Je suis désolé. Je suis désolé. Je suis tellement désolé, putain. Je sais ce que c'est que faire quelque chose d'épouvantable pour sa famille.

- Granger, dit-il avant de prendre une profonde inspiration. Granger, c'était incroyablement... courageux. Tu leur as sauvé la vie.

Tu les as sauvé d'horreurs innommables, cadeaux des gens comme mon père. Ma famille était des monstres. Je suis un monstre.

- Ils ont compris que je l'avais fait pour les protéger, finalement. Mais je le vois toujours dans leurs yeux. La méfiance. Je peux les entendre le penser, Malfoy. « Comment notre propre fille a pu violer nos esprits ? »

Draco était furieux contre elle.

- Mais ils ne sont pas au courant ? Ils ne savent pas tout ce que tu as fait pour notre monde ? Ce que tu représentes pour les sorciers ?

Hermione lui sourit faiblement.

- Tu sais, Ron et moi avions l'habitude de poser cette question à Harry, au sujet de sa famille. Maintenant que je l'ai directement vécu... Je comprends pourquoi c'est plus facile de ne pas s'en préoccuper. Bien sûr, mes parents sont au courant de l'essentiel de la guerre, puisque j'ai évidemment dû leur expliquer pourquoi il était nécessaire de les cacher à l'autre bout du monde. Mais comment est-ce que j'aurais pu leur expliquer ce qu'était un horcruxe, ou pourquoi c'était si important d'en détruire plusieurs ? Comment j'aurais pu leur dire ce qu'on ressent sous un Sortilège de Doloris, ou pourquoi j'ai été torturée ? Et c'est pour ça – elle fit une pause pour prendre sa respiration – c'est pour ça que je passe autant de temps chez les Weasley.

- Parce qu'ils comprennent, répondit Draco et elle acquiesça.

- Molly et Arthur sont les parents magiques que je n'ai jamais eu. Si je veux apprendre à rôtir des pommes de terre sans les ruiner, je demande à Molly. Si je suis perdue sur le fonctionnement d'un certain Département du Ministère, je demande à Arthur. Même si ça n'a pas marché avec Ron, ils continuent de me considérer comme leur fille. Je peux me confier à eux, me tourner vers eux quand j'ai des problèmes, et ces conversations n'ont pas besoin d'être précédée d'une explication détaillée sur l'effet d'une potion antidouleur ou du fonctionnement des portoloins.

Cet aperçu de sa vie privée et familiale voulait dire beaucoup plus pour Draco qu'il ne pourrait correctement le formuler. Ce qu'elle partageait avec lui ajoutait une nouvelle dimension à cette femme qu'il apprenait à connaître et qui devenait une de ses amis les plus proches. Une partie de lui était tiraillée avec la culpabilité de s'être déjà cruellement moqué des Weasley quand il était plus jeune. Mais pas envers Ron, en fait, c'était toujours un salaud pour tout ce qu'en savait Draco.

Ils marchèrent vers le travail silencieusement, Draco réfléchissant à l'histoire des parents d'Hermione.

- Granger, dit-il doucement alors qu'ils s'arrêtaient devant l'entrée du Chaudron Baveur. Je suis désolé... Pour tes parents.

Il avala nerveusement sa salive et continua.

- Je suis désolé si je t'ai déjà dit des choses... qui t'ont découragée d'atteindre ton plein potentiel magique. Tu ne devrais jamais avoir à cacher cette partie de toi.

Hermione agita une main impatiente pour balayer ses excuses.

- On a déjà eu cette conversation, Malfoy. Je t'ai déjà pardonné, et la situation avec mes parents n'a rien à voir avec toi.

- Je sais mais, tout ce que tu as accompli, tout ce que tu as réalisé... Eh bien, c'est foutrement brillant et je pensais juste que... Quelqu'un dans ta vie devait te le rappeler.

Quelqu'un devrait te le dire tous les putains de jours, Granger.