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Dumbledore.

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Cette aura bleue, presque polaire, puissante et imposante, ne pouvait appartenir qu'à une seule personne. Harry ne put empêcher un sourire de naître sur ses lèvres en voyant la silhouette familière se découper au bout du couloir.

Dumbledore n'avait pas changé. Et c'était rassurant, d'une certaine façon. Réconfortant. Depuis qu'Harry avait été propulsé dans le passé, tous ses repères avaient été bouleversés : les visages familiers avaient disparu et même les lieux qu'il connaissait pourtant bien paraissaient différents...

Il observa le vieil homme s'approcher. Il ne pouvait s'empêcher de ressentir un mélange de respect et de reconnaissance envers cet homme qui lui avait appris à se battre, à résister… Dumbledore semblait être le seul pilier connu qu'il lui restait.

Ses yeux pétillants, derrière ses lunettes en demi-lune, se posèrent un instant sur lui, semblant chercher à percer son âme et Tom se déplaça subtilement devant Harry, comme s'il cherchait à le protéger, ou à le cacher.

Ce geste n'échappa pas à Harry : « C'est comme si Albus était le monstre, ici. » songea-t-il avec une pointe d'ironie. Dumbledore apparaissait comme une figure intimidante, capable de mettre mal à l'aise même quelqu'un comme Voldemort. C'était plutôt amusant.

« Bonsoir, Tom » Le directeur était calme.

« Lord Gaunt. » le corrigea brusquement Tom.

« Oui, j'ai entendu parler de la… tragédie qui a touché ta famille. Qu'es-tu venu chercher ici ? »

Tom lui répondit d'un ton sec : « Ce ne sont pas vos affaires. »

Dumbledore sourit et son regard pétilla d'amusement : « En tant que Directeur de Poudlard, cela devient mon problème. »

Tom ricana avec mépris : « Aux dernières nouvelles, vous ne serez directeur qu'en septembre. Pour l'instant, c'est toujours Dippet qui gère l'établissement. »

« Ho, Tom (Harry remarqua que Dumbledore appuyait volontairement sur le prénom), je suis certain qu'Armando ne verra aucun problème à ce que je m'enquière dès maintenant de ce qui se passe ici. »

« Ho, Albus (Tom semblait renvoyer l'ascenseur), si vous avez tant de temps libre devant vous, peut-être auriez-vous dû postuler comme concierge ? Ou trouver une petite activité supplémentaire ? Après tout, il est toujours bon d'avoir un passe-temps. Du jardinage peut-être ? Ou du tricot ? »

Un éclair de défi brilla dans les yeux de Dumbledore : « Même les plus modestes évènements méritent mon attention. Je préfère veiller à ce qu'aucun innocent ne soit pris dans une autre... injustice. »

C'était une référence à Hagrid, sans aucun doute. Harry esquissa une moue dubitative. Tom avait ouvert la chambre, libéré le basilic et accusé le demi-géant. Mais dans tout cela, les plus stupides n'étaient-ce pas les adultes, pour avoir aveuglément cru Riddle ? Pour n'avoir mené aucune enquête ? Pour avoir été si prompt à renvoyer un élève sans avoir vérifié le moindre fait ?

Un sourire sarcastique étira les lèvres de Tom : « Ne vous inquiétez pas. Vous pouvez dormir sur vos deux oreilles, Albus, car je vais ouvrir l'œil pour vous. Vous pourrez compter sur moi pour vous rapporter tous les comportements suspects ou inappropriés. Après tout, n'ai-je pas reçu une récompense pour services rendus à l'école ? J'en fais mon devoir. »

Harry sentit soudainement l'atmosphère changer. L'aura de Dumbledore semblait devenir écrasante et son essence magique satura l'espace autour d'eux. La couleur de ses yeux gagna en intensité et Harry observa, avec une certaine fascination, un voile éthéré se rependre lentement autour d'eux.

Tom ne resta pas en retrait : les volutes noires l'entourèrent, sa magie prenant une forme tangible, se matérialisant en une sorte de brouillard sombre qui rampait sur le sol et grouillait sur les murs. L'air se fit difficilement respirable. C'était comme assister à un duel silencieux, où le vainqueur serait celui qui impressionnerait le plus l'autre et le perdant celui qui se rendrait en premier sous la force écrasante de son adversaire.

Harry soupira, les regardant tour à tour. Deux gamins. C'était difficile à croire qu'il était le plus jeune de ce trio mal assortit.

Il s'interposa d'une voix ferme : « Tom. Ça suffit. Arrête ça. Albus, s'il vous plait, pourriez-vous ne pas le provoquer inutilement ? Vous savez très bien qu'il est du genre à réagir au quart de tour. »

La pression disparue tout aussi rapidement qu'elle était apparue et les deux hommes fixèrent Harry avec perplexité.

« Je comprends que vous ayez des choses à vous prouver tous les deux. Probablement un manque de confiance en vous ou quelque chose à compenser, je ne sais pas. Mais pourriez-vous vous entre-tuer ailleurs que devant moi ? Très loin d'ici, si possible. Pourquoi pas dans un désert, pour éviter les dommages collatéraux ? »

Tom manqua de s'étouffer et il fusilla Harry du regard, mais il avait perdu son aura meurtrière et c'était déjà ça de gagné. Dumbledore lui adressa un sourire chaleureux avant de demander : « Et qui est ce charmant jeune homme ? »

Tom répondit pour Harry d'un ton condescendant : « Mon serviteur. »

Dumbledore ignora la remarque et se tourna vers Harry. « Avez-vous un nom ? »

Harry sourit poliment : « Harry Potter, Monsieur. »

Dumbledore sembla intrigué : « Potter ? De la famille de Charlus ? »

Harry répondit avec un léger sourire en coin : « D'une branche très éloignée. »

Dumbledore tendit la main avec bienveillance, mais, alors qu'Harry s'apprêtait à la saisir, Tom s'interposa et la récupéra avant qu'elle ne touche celle du vieil homme : « Toujours à convoiter ce qui appartient aux autres, je vois. »

Harry offrit un sourire désolé à Albus : « Je n'appartiens qu'à moi-même, au cas où. » Tom grogna, visiblement en désaccord avec ces propos.

Dumbledore gloussa : « Comment en êtes-vous venu à fréquenter Monsieur Riddle ? »

Tom se renfrogna encore plus : « C'est l'âge, ou vous ne comprenez pas le sens du mot « serviteur » ? »

Harry ignora la remarque : « Nous sommes de très vieilles connaissances. »

Dumbledore passa sa main sur sa longue barbe et un éclat de curiosité traversa son regard. Harry, par simple mesure de précaution, renforça ses défenses mentales. Bien que Dumbledore ait souvent été perçu comme plutôt bienveillant, il n'en était pas moins un habile manipulateur. Un pendant un peu étrange de Tom, en quelque sorte. Pas étonnant que ces deux-là ne puissent pas se supporter. Une pointe d'amertume traversa Harry alors qu'il repensait à Severus. Si Voldemort avait porté le coup final, c'était pourtant bien Albus qui avait tracé le chemin de sa mort. Bien entendu, Snape avait fait de mauvais choix. Pris de mauvaises décisions. Il n'avait pas été… quelqu'un de bien. Mais il avait fait de son mieux pour se rattraper. Il ne méritait pas d'être abandonné de la sorte. Il aurait dû… avoir une chance d'être heureux.

Malgré tout, Harry avait envie de mettre Albus dans la confidence, d'obtenir ses conseils. N'était-il pas le héros de ses onze ans ? L'homme qui l'avait arraché à une vie de douleur pour lui offrir un monde de magie et d'émerveillement ? Bien qu'il soit conscient d'avoir été utilisé pour vaincre Voldemort et inspirer l'espoir chez les sorciers, il ne pouvait pas repousser Dumbledore. Le lien entre eux serait éternel, tout comme l'était celui qu'il partageait – d'une différente manière – avec Tom.

Cependant, Harry savait aussi que soutenir le Directeur signifierait perdre définitivement Tom. Il se sentirait trahi, abandonné et Harry ne pouvait pas se permettre une telle rupture. C'était comme se tirer une balle dans le pied. Alors cela suffisait. Rester dans l'ombre en se contentant de savoir qu'il était encore en vie et tout faire pour qu'il le reste encore longtemps.

Oui, cela suffisait à Harry.

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