Chapitre 10 :

La volonté de s'en sortir

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C'était un samedi matin. Le soleil se levait tout juste, n'accordant que quelques timides rayons aux rares lèves tôt. Les températures chutaient lentement ces derniers jours et beaucoup d'élèves se réunissaient auprès du feu de cheminée aussitôt les cours finis.

A cet instant cependant, une nouvelle journée commençait et une semaine allait bientôt s'achever pour laisser place à une autre. Une de plus. C'est ce que le cadet de la famille Black se répétait chaque jour.

Une journée de plus. Il avait réussi à tenir une journée de plus.

Son quotidien avait tant changé en quelques jours à peine. Et Regulus se sentait fatigué, comme les nuits précédentes : il avait mal ou peu dormi. Il frissonna soudain à cause du froid. La couverture avait glissé un peu sur son corps mais il n'osait pas bouger. Il était encore tôt et il ne désirait qu'une chose, qu'Evan Rosier dorme le plus longtemps possible.

Rester immobile n'était pourtant pas facile. L'envie de bouger n'était jamais aussi présente que lorsqu'on essayait de se retenir.

Le 6ème année se concentra sur sa respiration afin qu'elle reste la plus régulière possible et fit de son mieux pour penser à des choses positives. Ou n'importe quoi d'autre qu'au fait qu'il dormait à côté de Rosier alors qu'il ne le désirait pas.

Par exemple, il y avait une sortie à Pré-au-Lard aujourd'hui et c'était supposé être une bonne chose. Malheureusement, Regulus ne souhaitait pas y aller. Il voulait courir ou encore jouer au Quidditch. Il ne désirait pas se retrouver au milieu d'une foule et faire semblant que tout allait bien. Il voulait être seul, souffler un peu, prendre du temps pour lui. Etre lui-même.

Mais comme souvent ces derniers temps, il n'aurait pas le choix de ses activités. En effet, lorsque Rosier lui avait demandé de l'accompagner à Pré-au-Lard, le Serpentard avait eu l'impression de ne pas pouvoir refuser. Et comme d'habitude, le blond avait eu de bons arguments.

Ainsi, il avait fait remarquer à Regulus qu'à part le baiser échangé dans la Grande Salle au tout début, il n'y avait pas eu d'autre démonstration de ce genre. Hélas, s'ils ne voulaient pas que les gens se mettent un jour à douter, il fallait qu'ils fassent plus d'apparition ensemble. Que Regulus le veuille ou non.

Alors le brun avait cédé. Il avait déjà lâché tellement de choses pour et à cause de son ainé, un peu plus ou un peu moins… Il ne lui restait déjà plus grand-chose alors…

Ce serait en quelque sorte leur premier rendez-vous comme aimait le nommer Rosier et cette notion perturbait Regulus. Il n'avait jamais eu de vrai rendez-vous avant. Et comme pour beaucoup de choses, il aurait souhaité que ça se passe autrement.

Dans le lit, Rosier poussa soudain un soupir profond avant de se tourner et il s'approcha instinctivement de Regulus qui se raidit. Le brun se sentit ensuite particulièrement idiot. Pendant un instant, il avait pensé pouvoir oublier sa situation. Il ferma alors les yeux, essayant mentalement de quitter cet endroit.

-Hé, Reg', je suis là.

Aussitôt, le jeune homme rouvrit les yeux pour tomber sur Padfoot. Son gardien était toujours là et la présence de l'esprit à ses côtés était la seule chose positive ces derniers temps. Padfoot lui sourit et ne pas voir de jugement dans son regard fit du bien au jeune sorcier. En effet, Regulus se sentait honteux de s'être mis dans une situation pareille. Il se demandait combien de fois il devrait se tromper avant de comprendre.

Black l'avait prévenu et Sirius l'avait également mis en garde : Regulus avait fait une connerie en décidant de faire confiance à Rosier. Aujourd'hui, il en payait douloureusement le prix. Il s'insulta mentalement à nouveau puis reporta son attention sur le fantôme.

-Il n'a pas l'air de vouloir te lâcher. Mais moi non plus alors ça va aller.

Du bout des lèvres, Regulus demanda à l'esprit de continuer à lui parler. Il voulait oublier que depuis quelques jours, son ainé l'obligeait à dormir dans son lit dans une tenue plutôt légère et touchait son corps sans son autorisation. C'était étrange sans l'être. Regulus était conscient que le blond le manipulait, jouait sur la corde sensible, lui donnait de l'importance et jouait sur ce contrat qu'ils avaient passé.

Pourtant, Regulus avait exigé des règles : sa protection et le fait que Rosier et lui n'étaient en aucun cas un vrai couple. Que les rapprochements étaient autorisés seulement lorsqu'il y avait du monde, pour donner le change. Il s'était ainsi senti en position de force ou au moins l'avait-il pensé au début. Evan avait accepté les termes du marché et lui avait offert sa protection. Leur arrangement fonctionnait. Regulus n'avait plus de problème et c'était le but. Sirius n'aurait pas pu avoir un résultat aussi efficace, le cadet en était certain. Et lui-même aurait vite fait de se fatiguer en surveillant constamment ses arrières.

Mais Rosier était un vil serpent et n'était pas prêt à donner autant sans recevoir en contrepartie une bonne quantité. Il protégeait Regulus et ne lui faisait rien contre son gré mais son consentement, l'avait-il vraiment ? Quand la semaine dernière il s'était glissé dans la douche avec le jeune homme pour se laver avec lui, déclarant qu'il n'y avait rien de mal à ça, où était l'autorisation de Regulus ? Quand il le contraignait à dormir dans son lit parce que c'est ce que faisaient les couples, que faisait-il de son avis ?

Quand il le manipulait en lui disant qu'il faisait tout pour lui, qu'il avait au moins droit à certaines compensations, qu'il ne lui demandait pas beaucoup, qu'il pouvait bien céder parce que lui se pliait à ses exigences… Où était son consentement ?

Rosier lui disait qu'il l'aimait, qu'ils pouvaient être un vrai couple. Que Regulus n'avait pas à avoir honte de ses désirs, qu'il pouvait se laisser aller avec lui, que ça lui ferait du bien d'avoir enfin quelqu'un qui le comprenait. Cet argument plus qu'un autre balayait les paroles dures que Walburga et Orion avaient incrusté dans son crane dès son plus jeune âge, abimant l'amour propre du jeune garçon.

Rosier était en réalité aussi rassurant que dangereux et Regulus se savait fragile, incapable de lui résister. Mais seulement parce que Rosier s'assurait qu'il le soit. Il avait compris que plus Regulus serait dans le besoin, plus il lui serait nécessaire. Il céderait ainsi à ses avances, ayant besoin de réconfort.

Le matin, quand le jeune Black se réveillait, Padfoot lui racontait alors des histoires issues des différents mondes qu'il avait visités pour le distraire de sa triste vie.

-Harry Potter… C'était mon filleul dans pratiquement toutes ses vies. Une fois, c'était Lucius Malfoy mais cette histoire n'a pas d'importance.

Padfoot fit un geste de la main, balayant au loin cette information, puis sourit de nouveau, reprenant son récit.

-C'est le fils de James et de Lily mais ça aussi, ça n'a pas d'importance.

Black passa vite ce passage car il ne savait pas comment se sentait Regulus à propos de son amour déçu.

-C'est un gamin génial qui n'a pas eu le plaisir de grandir avec ses parents à cause de certains évènements. Il a fini par dormir dans un minuscule placard parce que sa tante – la sœur de Lily – hé bien, je ne sais même pas comment la décrire… Elle était soumise à un époux horrible qui avait plus du cochon que de l'homme ! Enfin, Harry a eu une enfance très difficile et a commencé à vivre seulement à son entrée à Poudlard. Cette école l'a sauvé. Il y a rencontré tous ses amis, y a pu en apprendre sur ses parents et y a rencontré sa future femme. Il était célèbre sans savoir pourquoi mais crois-moi, il ne l'avait pas volé sa célébrité, même si c'était sans doute trop dur à supporter pour un enfant…

Black sourit encore, parlant de cet adorable gamin, racontant sa vie et se mélangeant les pinceaux entre le Harry qui avait dû affronter Voldemort et le Harry qui s'était lancé dans une quête d'identité plutôt spectaculaire.

Black se mit soudain à rire et Regulus aussi, mais plus doucement. Et puis brusquement, le fantôme s'immobilisa, son regard s'assombrit et il pinça les lèvres.

-Il est réveillé, Regulus. Je… Est-ce que je pars ?

Regulus hocha encore plus doucement la tête. Pour rien au monde il ne tenait à ce que son sauveur assiste à ce qui allait inévitablement suivre.

De son côté, Black hésita. Regulus savait que la situation le frustrait. Il le vit pourtant finalement soupirer et quitter le dortoir.

-Regulus, souffla soudain Evan avant de déposer des baisers chauds sur sa nuque et son cou.

Le 6ème année était de profil, les yeux fermés. Il contrôlait sa respiration et les battements de son cœur pour tenter de ne pas alerter Rosier, hésitant encore à faire semblant de dormir.

Le blond se colla néanmoins à lui, son corps ferme grâce à la pratique du sport épousant le sien et son bassin frotta avec lenteur contre ses fesses. Ses lèvres étaient toujours dans son cou et Regulus ouvrit de nouveau les yeux. Il ne pouvait pas faire semblant, c'était trop horrible pour qu'il ne dise rien et le laisse simplement utiliser son corps ainsi.

-Evan…

Il prit une inspiration et trouva le courage de continuer plus fermement.

-Arrête.

La main de son ainé s'était logée sous son haut large et caressait son ventre. Regulus attrapa sa main, espérant le repousser.

-Tu es trop timide, Regulus. Je ne vois pas pourquoi j'arrêterai…

-Tu as dis que tu ne-

Regulus ne put finir sa phrase, Evan l'ayant plaqué sur le lit face contre le matelas et il s'enfonça dans l'oreiller trop mou. Il tourna aussitôt le visage pour pouvoir respirer, le cœur affolé sous l'effet du geste du blond. Le 7ème année s'allongea ensuite sur son dos et Regulus se sentit trembler.

Sa baguette était sur sa table de chevet, près de son lit, car Rosier l'obligeait à l'y laisser et en cet instant, elle lui manqua cruellement. C'était terrifiant de voir à quel point il n'avait plus aucun contrôle sur sa vie. Plus Rosier en prenait, plus il s'avérait difficile pour le brun de s'en sortir.

-Je ne fais rien que tu ne veux pas, Regulus…

Pour illustrer ses propos, Rosier passa sa main sous son ventre puis glissa dans le short du plus jeune, le caressant pour lui donner de la vigueur. Pour son plus grand déplaisir, l'attrapeur ne tarda pas à réagir et il s'en sentit honteux. Comment pouvait-il être excité alors qu'il avait peur et que Rosier le forçait ?! Est-ce qu'il aimait tant que ça être contraint ? C'est ce que lui disait Evan, qu'il aimait tout ce qu'il lui faisait. Cela avait augmenté l'écœurement du jeune homme envers lui-même de se dire que peut-être, il avait raison.

Regulus n'avait aucune expérience, il n'avait jamais osé fréquenter un garçon de sa vie et n'était pas attiré par les femmes. Le Serpentard ne s'était pas non plus senti la force de faire semblant de l'être. Rosier lui était expérimenté et malgré ce qu'il lui faisait, il s'assurait toujours qu'il prenne du plaisir, si bien que Regulus n'arrivait plus à dissocier les abus du plaisir coupable qu'il ressentait. Petit à petit, il avait commencé à se dégouter.

Il se disait que c'était parce qu'il aimait ça que Rosier continuait. S'il avait été capable de rester de marbre, de lui dire clairement non, il ne subirait pas ces gestes. Evan lui avait promis qu'il ne ferait jamais rien qu'il ne désirait pas. Alors forcément, il devait le désirer.

Il devenait tordu. Ses parents l'avaient bien mis en garde pourtant.

Pourtant, Regulus n'était pas dupe au fond de lui. Cette vulnérabilité qu'il ressentait, c'était tout ce que désirait Rosier. Il lui faisait du mal tout en lui faisant croire que c'était de sa faute pour mieux pouvoir le consoler après.

-Ne retiens pas tes gémissement, Regulus.

Rosier baissa le vêtement du brun ainsi que son propre sous-vêtement et se colla à lui, son sexe se nichant entre les deux globes charnus. Il prit ensuite son plaisir sur le Serpentard, heureux et excité de l'avoir sous lui.

Cependant, Regulus restait bien trop silencieux à son goût, du moins essayait-il. Alors il le serra plus fort dans sa main. Il voulait l'entendre.

-Regulus, gronda-t-il.

Le jeune Black secoua la tête.

-Ils… ils vont entendre, lâcha-t-il difficilement

-Mais c'est justement ce que je veux. Quelle est l'utilité de le faire s'il n'y a pas de témoin ?

Regulus se mordit les lèvres. Il voulait que ça se termine le plus vite possible, que sa honte s'envole. Il se répandit alors dans le poing de son camarade et resta immobile presque deux minutes, attendant que Rosier termine à son tour.

Enfin, le blond se redressa et Regulus resta couché. Il entendit Rosier prononcer un sort et la souillure qu'il y avait sur ses fesses et son ventre le quittèrent. Il resta encore silencieux et Rosier quitta le lit. Il voulait pleurer mais se retenait. Tout ça, c'était sa faute. Il était celui qui avait voulu cette situation, qui avait fait l'erreur de croire le blond.

Peut-être qu'il n'avait que ce qu'il méritait.

Sans s'en rendre compte, face aux difficultés qui s'étaient présentées à lui, Regulus avait retrouvé ses travers. Il s'en était remis aux autres. Avant, ses parents avaient toujours tout décidé pour lui. Enfant, il avait imité son grand frère parce qu'il le trouvait cool mais également parce qu'il était incapable de prendre des décisions seul. Adolescent, il avait toujours fait ses choix pour convenir à ce que ses parents attendaient, il avait également fait en sorte de suivre la trace de ses cousins et cousines pour ne pas être moqué. Même son départ au Square Grimmaurd n'avait pas été sa décision mais celle de Padfoot. Regulus se rendait ainsi compte avec effarement qu'il n'avait jamais pris de décision par lui-même.

Aujourd'hui encore, c'était Rosier qui décidait pour lui.

Il avait cru que ce serait le meilleur choix que de céder mais c'était juste le choix de la facilité. S'en remettre à Rosier, c'était se détacher de ce qu'il se passait et laisser une fois de plus quelqu'un gérer pour lui, comme d'habitude. Ne sachant que faire, il avait été persuadé qu'il aurait opté pour les mauvais choix s'il avait dû décider. Mais les mauvais choix, c'est ce qu'il avait fait toute sa vie. Il s'en rendait malheureusement compte aujourd'hui, mais ne savait comment s'en sortir.

Avec fatalisme et dégout, il continuait de laisser Rosier le guider. Il était trop enlisé pour pouvoir se débattre et craignait qu'une rébellion ne le précipite juste un peu plus vite encore vers le fond de ces marécages que représentait sa vie. Alors Regulus faisait ce qu'il savait faire de mieux : attendre et essayer de se détacher de ce qui lui arrivait.

Lorsque tout le monde quitta la chambre, Regulus alla enfin se laver. Il aurait voulu rester plus longtemps sous la douche mais dut bien vite sortir. Il devait aller à Pré-au-Lard avec son ainé.

Regulus retrouva donc Evan ainsi que Mulciber, Avery et Wilkes dans le hall. Ils durent alors partager une navette avec son frère et ses amis de Gryffondor. Regulus n'osa pas croiser le regard de Sirius, la honte l'empêchant de regarder autre chose que ses pieds.

La présence des autres garçons de son dortoir ne le réconforta pas non plus. Quand il imaginait qu'ils l'avaient entendu ce matin, il se sentait terriblement mal. Il avait d'ailleurs vu le regard de Mulciber : quelque chose comme du dégout et de la déception. Un Black qui s'abaissait à ça et devenait la chose de Rosier... Les gens ignoraient tout de leur arrangement, du moins c'est ce que lui avait certifié le Serpentard, mais pour tout bon observateur, il était facile de voir que leur relation n'avait rien de sain. Le retrait que lui imposait le blond et l'influence qu'il avait sur lui avait pratiquement fait perdre tout l'aplomb et la verve qu'avait autrefois eu le cadet des Black.

Regulus aurait dû faire peu de cas de ce que pouvait penser Mulciber car ce n'était pas son ami. De toute façon, il n'était plus sûr d'en avoir aujourd'hui. Et pourtant, cette pensée l'atteignait plus qu'il ne l'aurait cru.

xXx

Dans la navette, Sirius, James, Lily, Frank et Alice parlaient des entrevues avec Jedusor qui débuteraient lundi. Regulus était heureux qu'ils parlent car l'ambiance était ainsi moins pesante. Les garçons de son dortoir n'avaient jamais été très bavards : ils discutaient de choses et d'autres et ces derniers temps particulièrement des protestations qui montaient lors des réunions du soir. Mais ce n'était pas des sujets qu'ils pouvaient aborder devant les Gryffondor. A part cela, Regulus ignorait de quoi ses camarades de dortoir pouvaient bien discuter.

Avec discrétion et retenue, Regulus observa ensuite son frère discuter gaiement avec ses amis. Sa vie avait l'air si simple et le Serpentard l'enviait tant…

-Je ne vois pas pourquoi il veut me voir, boudait Sirius. Est-ce que j'ai l'air d'avoir des problèmes ?

Il agita sa main devant Frank qui la repoussa.

-Peut-être qu'il veut te parler des problèmes que tu causes justement, avança Alice en souriant.

-Je suis sage comme une image !

-Les images bougent Sirius, lui rappela James.

-Tu vois, c'est ce que je disais à Remus hier e-

-Depuis quand vous êtes si proches tous les deux ?

Lily fronça les sourcils, suspicieuse.

-Depuis toujours ! D'ailleurs, lui aussi pense que je devrais y aller. Certainement pour les mêmes raisons que toi, Alice.

-C'est un homme clairvoyant. Mais ma foi, je suis étonnée que James n'y ait pas droit, sourit la rousse.

-Et pourquoi ça ?

-T'as beau t'être calmé, je pense que le voir t'aurais aidé à grandir un peu, commenta la rousse.

Les Gryffondor éclatèrent alors de rire, amusés par l'air outré du capitaine de Quidditch. Regulus esquissa lui aussi un sourire mais l'effaça aussitôt qu'il s'en rendit compte.

Il tourna ensuite la tête vers Padfoot, toujours présent à ses côtés. L'esprit attira alors son attention sur lui, ou plutôt sur celui qu'il était dans cette réalité. Regulus ne put que lui renvoyer un regard triste : il ne pouvait pas parler à son frère.

Sirius n'avait jamais été aussi proche de lui mais en même temps, il ne lui avait jamais paru aussi loin.

Une fois de plus, son regard se porta vers le groupe de Gryffondor assis juste devant.

Sirius avait maintes et maintes fois essayé de l'intégrer à son cercle d'amis, de ne pas le laissé seul. Mais par fierté, Regulus avait refusé. En effet, cette situation lui avait atrocement rappelé sa première année à Poudlard : son grand frère déjà intégré et lui qui hésitait entre le suivre ou rester avec ceux de sa maison. Et puis, Regulus avait compris que Sirius n'avait pas besoin de lui, qu'il avait déjà tant d'amis, qu'il avait vite remplacé son petit frère toujours dans ses pattes…

C'était sa perception, même si elle était sans doute fausse car Sirius n'avait jamais cessé, lorsqu'ils étaient encore en bons termes, de venir vers lui. Mais quelque part au fond de lui, l'attrapeur avait refusé parce que ça l'avait blessé de ne pas être la personne la plus importante pour ce frère qu'il considérait comme un modèle. Regulus tenait tant à être le premier dans le cœur de quelqu'un. Et il ne l'était pas pour son frère, ni pour James. Quant à ses parents, ils la lui avaient accordée parce que Sirius les avait déçus et que lui se pliait à leurs exigences. Mais à présent que ses choix ne concordaient plus avec les leurs, ils utilisaient d'horribles stratagèmes contre lui. Il n'avait en fait jamais réellement compté.

Alors il y avait bien Evan mais Regulus se serait largement passé de ce genre d'affection. Il ne se sentait pas libre d'agir avec lui et s'en voulait en même temps de penser ainsi car il était celui responsable de cette situation.

-Pourquoi ? demanda Lily.

Regulus n'avait pas suivi la conversation mais il supposait qu'ils parlaient encore du psychomage.

-Je n'ai pas confiance en Voldemort, répondit le Gryffondor.

Tout le monde le regarda avec surprise mais cela ne sembla pas déranger le joueur de Quidditch.

Regulus échangea un discret regard avec Black qui dévisageait lui-même Sirius, stupéfait. En réalité, ce n'était pas la première fois que les pensées de l'esprit se superposaient avec celles de son jeune lui. Regulus savait ainsi que Padfoot se demandait si dans une moindre mesure, il n'était pas capable d'interagir avec Sirius Black. Pas comme avec son frère qui le voyait et avec qui il pouvait échanger, mais en influençant son esprit ou en partageant ses sentiments et sa mémoire.

-Je… C'est un signe, Regulus, j'en suis sûr ! Tu ne peux pas lui dire la vérité, mais tu peux quand même essayer de lui dire ce qui ne va pas ! fit l'esprit en se tournant brutalement vers lui.

Regulus médita ses paroles tandis que sur la même banquette que lui, les Serpentard semblaient sortir de leur torpeur.

-Est-ce que tu viens de dire Voldemort ? s'inquiéta Avery.

-Non, j'ai dit Jedusor, répondit Sirius, sincèrement étonné. Enfin, je crois.

La navette s'arrêta à cet instant et le Gryffondor s'empressa alors d'ouvrir la porte.

-On est arrivé !

Il bondit à l'extérieur et Regulus se précipita soudainement pour le rattraper. Il devait faire vite car les autres s'extirpaient déjà de la navette. Il ne savait pas ce qui le poussait à agir mais Regulus était décidé. Peut-être que voir la petite vie parfaite que menait son frère, celle qu'il aurait aussi dû avoir, le poussait enfin à dire stop. A vouloir autre chose pour lui. Regulus était de toute façon certain que s'il continuait ainsi, il n'allait pas y laisser que sa santé.

Le brun n'était pas certain que l'esprit ait raison mais il avait envie d'y croire. Peut-être ce lapsus était-il réellement un signe alors il devait s'ouvrir à son frère. Le 6ème année n'avait que lui… Il devait lui parler avant de le regretter et de faire machine arrière.

-Sirius !

Il attrapa son bras et celui-ci se retourna pour lui faire face, les sourcils froncés et visiblement préoccupé par l'empressement et la tristesse qu'il pouvait lire chez son frère.

Regulus sentait déjà le regard de Rosier dans son dos et les mots se bloquèrent dans sa bouche. Il était trop tard, il n'allait pas y arriver.

-Qu'est-ce qu'il y a, Reg' ? s'étonna le Gryffondor devant son silence.

-Non, je voulais juste m'excuser de… Je t'ai déçu. Mais crois-moi, je me déçois encore plus, murmura-t-il, les yeux baissés.

Il lâcha son frère et se précipita vers Rosier qui lui attrapa la main pour former leur parfait petit couple. Sirius ne les lâcha pas du regard.

xXx

-Apparemment, le bal de fin d'année, ça va être quelque chose ! Et dire que c'est déjà notre dernier, soupira Frank.

-C'est vrai que c'est passé vite.

Lily esquissa un sourire, nostalgique de cette époque où elle débarquait tout juste à Poudlard et qu'elle découvrait la magie.

-Vous savez déjà ce que vous allez faire après ? demanda Alice.

-Eh bien pour ma part, je veux toujours être Auror, avança son copain.

-Lily, tu veux toujours faire une formation pour être psychomage ?

La rousse acquiesça à la question de son amie.

-Moi, je vais juste essayer de me faire repérer par un quelconque entraineur. J'ai vraiment envie de devenir une joueuse professionnelle. Et vous, les gars ? Ce serait cool si on y arrivait ensemble !

Malheureusement pour elle, Alice semblait la seule à être enthousiaste.

-C'est vrai que la célébrité me siérait bien, mais je me vois plutôt inventeur, fanfaronna James

-Et t'inventerais quoi ? rigola Lily.

Alors que James répondait tout un tas de truc parce qu'il n'arrivait pas à se décider, Sirius ne parvenait pas à se concentrer sur la conversation pour sa part. Pas qu'il n'ait aucun intérêt pour son avenir, mais il restait trop soucieux par rapport à la scène que lui avait joué Regulus quelques instants auparavant. S'amuser avec ses amis, boire un verre aux Trois Balais et penser au bal, tout ça était loin de ses préoccupations. Revoir son frère avait été étrange. Depuis sa mise en couple avec Rosier, ils n'avaient quasiment eu aucun contact. Lui avait pourtant essayé d'approcher son frère, de lui faire entendre raison. En vain. Et alors qu'il avait presque abandonné, Regulus revenait vers lui. Ça s'était passé très vite et le Gryffondor n'était pas sûr d'avoir vraiment saisi ce que l'attrapeur avait essayé de lui dire.

La seule chose dont il était certain, c'était que le Serpentard n'allait pas bien. Quel que soit l'accord que les deux hommes avaient passé ensemble, le cadet des Black ne semblait plus y trouver son compte. Sirius était assez mature pour ne pas aller trouver son frère et le narguer en lui faisant remarquer qu'il l'avait prévenu. Même si ce n'était pas l'envie qui lui manquait… Regulus aurait dû lui faire confiance mais une fois de plus, il s'était tourné vers lui au dernier moment seulement.

Mais que se passait-il exactement ? Sirius en savait si peu. Il avait bien compris que le Serpentard s'était tût à cause du blond, mais accepterait-il de lui parler une fois seul ? Rien n'était sûr. Son frère s'était beaucoup isolé ces derniers temps, s'éloignant même de ses amis. Rosier avait sans aucun doute une influence néfaste sur lui. Et malgré tous ses efforts et sa bonne volonté, il n'était pas sûr de pouvoir un jour atteindre le cœur du Serpentard.

-Bien sûr qu'on va le faire ! s'exclama James.

Sirius cligna des yeux et fixa son ami, hagard. Il se força ensuite à suivre la conversation pour ne pas être perdu plus longtemps.

Le bal de Noël serait bientôt sur les lèvres de tout le monde et habituellement, c'était un évènement qu'il attendait avec impatience. Pourtant, jusqu'à ce que ses amis parlent du bal cette année, il l'avait oublié. Ce serait la dernière fois où il pourrait y assister alors hors de question de faire l'impasse dessus. Néanmoins, il n'avait encore rien organisé. Il n'avait ainsi pas prévu d'inviter la Serdaigle depuis l'article de Rita car les choses avaient changé entre eux. De toute façon, Marlene n'accepterait pas non plus, le Gryffondor en était même persuadé.

La jeune femme avait décidé de s'éloigner de lui et c'était une bonne chose. Sirius ne se sentait pas capable de lui donner plus qu'il ne donnait déjà. En effet, il avait toujours considéré ses relations comme libres, une sorte d'amitié avec avantages. Il ne voyait pas ce qu'il y avait de blessant ou d'immoral là-dedans. Ses amis avaient une place importante dans sa vie, il tenait à eux. Des relations physiques en complément d'une relation d'amitié, n'était-ce pas la relation parfaite ?

Si ça marchait, pourquoi chercher plus ?

Mais maintenant, il faudrait que Sirius trouve quelqu'un à emmener. Qui ? Il n'en avait franchement aucune idée. Mais ça pouvait attendre, il n'avait jamais eu de mal à trouver une fille à inviter après tout. Il observa Frank assis devant lui et afficha un sourire en réponse à celui de son ami. Il hocha ensuite la tête à la question d'Alice qui fronça les sourcils. Apparemment, il avait mal répondu. Il n'en était pas sûr, lui-même ne savait pas sur quoi il avait été interrogé…

-T'es étrangement silencieux, Sirius, s'inquiéta soudain Lily.

-Peut-être parce que je prépare un mauvais tour, mentit-il.

En vérité, Sirius n'arrivait toujours pas à être pleinement présent avec ses amis, trop inquiet et préoccupé par ce qu'il s'était passé plus tôt malgré ses efforts.

Le 7ème année connaissait bien son frère et il était sûr qu'il avait voulu lui dire quelque chose, surement concernant Rosier. Lui savait que cette relation était fausse et que son frère n'était clairement pas amoureux du Serpentard. Depuis quand était-il attiré par les gars d'abord ? Si ça avait été le cas, Sirius l'aurait su ! A qui d'autre Regulus aurait-il pu le dire si ce n'était à son grand frère ?

Enfin, le problème n'était pas là. Il avait pendant des jours pensé que Regulus s'était tourné vers Evan parce qu'il était la meilleure solution pour freiner les possibles brimades dont il était l'objet. Son petit frère lui avait même dit qu'ils feraient semblant d'être ensemble – il doutait que le patin que les deux Serpentard avaient échangé ait quoi que ce soit de faux cependant – mais avait-il réussi ? Rien n'obligeait le blond à accepter. Mais si Regulus avait persisté, c'est bien qu'il l'avait fait, non ?

Toute cette histoire lui donnait mal à la tête. Et puis, même si au final son frère s'était fait floué d'une manière ou d'une autre, il pouvait juste envoyer l'autre balader. Regulus était loin d'être une petite chose fragile. Bon sang, il savait se défendre et n'était pas réputé pour être un tendre ! Où s'était-il trompé ? Restait-il avec Rosier parce qu'il s'en sentait l'obligation ? Il lui avait dit qu'il se décevait.

-Tu penses à ton frère, Sirius ? lui demanda James.

Sirius soupira. Il n'avait pas vraiment envie de répondre. Ses amis firent pourtant peu de cas de son silence.

-Qu'est-ce qu'il t'a dit tout à l'heure ? voulut savoir Frank.

-Pas grand-chose, avoua le batteur.

Il savait que plus il garderait le silence, plus ses amis se feraient interrogateurs.

-Au moins, il te reparle, positiva son meilleur ami.

-Je n'appellerai pas ça comme ça, grimaça Sirius.

-Ouais, mais c'est mieux que rien. Je lui ai dit bonjour mercredi et il ne m'a même pas répondu. Je me suis senti con et en plus, tout le monde a vu le vent qu'il m'a mis, baragouina James.

-Ah oui, je me souviens, c'était hyper drôle ! se rappela Alice.

-Même Timmy Johns, le Poufsouffle de 2ème année qui a les dents de travers, s'est moqué de toi, James !

Frank aussi s'autorisa à rire et Sirius esquissa un maigre sourire à cette histoire. Cela sembla néanmoins agacer James qui prit une des cacahuètes sur la table et la lança sur leur compagnon de dortoir.

-Aie, se plaignit le châtain. Elle a atterri dans mon œil…

-J'espère bien, c'était ce que je visais !

-James, intervint Lily.

Elle soupira et Sirius pouvait l'imaginer se préparer à engueuler les deux garçons s'ils n'arrêtaient pas leurs enfantillages. Heureusement, elle n'eut pas à le faire.

-Severus m'a dit que Regulus ne lui parlait plus beaucoup, avoua-t-elle à son tour.

Cela ne le rassura pas du tout, même s'il s'en était douté. Sirius ne reconnaissait plus son frère. Regulus semblait être devenu quelqu'un d'autre au contact du blond.

-Par Merlin, dans quoi t'es-tu fourré, Reg'…

Sirius soupira de lassitude et pensa avec égoïsme qu'avant que son frère ne le suive à Godric's Hollow, sa vie était plus simple. Il ferma les yeux et laissa tomber sa tête sur la table. Il agita ensuite sa main pour répondre à la question que James lui avait posée et qu'il n'avait pas entendue.

Il voulait juste parler à son frère. Il avait envie de s'assurer que l'autre pot de colle demeure loin de lui au moins un petit moment. Quoi que même s'il arrivait à l'approcher, le même problème se présenterait : rien ne lui disait qu'une fois de plus, le Serpentard ne garderait pas les lèvres closes.

Il ne peut pas.

Mais se taisait-il de son plein gré ?

Sirius serra les dents, de plus en plus énervé. Cette idée s'insufflait de manière brutale en lui et il ne savait pas d'où elle venait mais elle ne voulait pas le quitter.

Tu n'imagines pas ce qu'il lui fait. Il le détruit.

Un sentiment étrange et profond montait doucement en lui, concentrant sa colère sur Rosier et l'amplifiant de seconde en seconde. Jusqu'à exploser.

Brutalement enragé, Sirius balaya d'un geste brusque les verres sur la table, les envoyant s'écraser par terre. Lily poussa un cri et Alice et Frank s'écartèrent d'un bond. James dévisagea son ami, à la fois inquiet et choqué.

-Nom d'un chaudron ! s'exclama le Préfet de Gryffondor. Est-ce que ça va ?!

Il avait peur que le brun ne se soit blessé. Heureusement, un rapide coup d'œil lui permit de confirmer que tout allait bien. Physiquement du moins.

-Oui, je… Oui, désolé, je ne sais pas ce qu'il m'a pris, bredouilla l'ainé des Black.

Et c'était vrai. Il avait juste ressenti une grande colère et n'avait pas pu se contrôler. Comme si cette colère n'avait pas été la sienne. La preuve, il était de nouveau très calme.

-Il faut que je trouve Snape, décida-t-il soudain.

Il ne servait à rien de se torturer plus l'esprit. Regulus avait beau s'être un peu éloigné de l'autre Serpentard, il restait de la même maison et Snape le voyait au quotidien. Il devrait pouvoir un minimum l'aider. Sirius ne supportait plus de rester assis là de toute façon.

Il se leva et James fit de même : il l'accompagnait et ce n'était pas négociable. Sirius ne pensa pas à protester d'ailleurs.

-Mais qu'est-ce que…

Lily ne put finir sa phrase, se contentant de les regarder quitter le pub dans un soupir. Le couple devant elle haussa alors les épaules, aussi perdu que la rousse.

xXx

-Qu'est-ce qu'il se passe avec Snape ? lui demanda James alors qu'ils s'éloignaient des Trois Balais.

-J'ai un service à lui demander.

-Et ça t'es venu d'un coup ? s'étonna-t-il. Ça a l'air sérieux en tout cas, est-ce que je dois m'inquiéter ?

-J'espère que non.

Sirius s'arrêta net et se tourna vers son ami qui faillit lui rentrer dedans.

-Oh, fit James en souriant bêtement. Ça fait longtemps que je n'ai pas vu ton visage d'aussi près !

Sirius tenta de ne pas rire avant de secouer la tête pour rester sérieux.

-Je n'ai aucune idée d'où est Snape, lui avoua-t-il.

Au moment où Sirius prononçait ses mots, Remus et Severus sortirent justement d'une librairie. Ils discutaient avec animation et cette vision perturba pendant quelques secondes l'ainé des Black. James lui, marchait déjà vers eux, ravi de cette rencontre inopinée. Sirius se secoua et rattrapa vite son ami.

-Bonjour, les salua Remus.

Il leur sourit timidement et fut un peu déçu que les deux Gryffondor lui rendent à peine sa salutation.

-Severus, il faut que tu fouilles dans la tête de Regulus, lança immédiatement le batteur.

-Je ne vois pas pourquoi je ferais ça, Black, répliqua vertement le Serpentard.

-Et pourquoi pas ? Des amis, ça s'entraident ! osa James.

Il se reçut deux regards étonnés et un autre qui se demandait s'il était utile qu'il reste.

-T'es ami avec Regulus, non ?

James était décidé à tenter une autre tactique mais il n'obtint aucune réponse du futur potionniste.

-Il a un problème, il vient de me demander de l'aider il n'y a pas une heure ! tenta d'expliquer Sirius.

-Je ne vois pas en quoi je suis utile dans cette histoire.

-Le problème, c'est qu'il ne peut pas me parler et j'ignore pourquoi ! Ça a un rapport avec Rosier, j'en suis sûr !

-Si Regulus Black a des problèmes, il devrait en parler au directeur ou à son responsable de maison ! s'indigna Remus qui avait finalement décidé de rester.

Sirius et James lui lancèrent un regard ennuyé et Remus se vexa : c'était la meilleure solution pourtant !

-Enfin, Severus, tu es Préfet de Serpentard ! Tu ne peux pas te dérober à tes obligations, argumenta le Poufsouffle.

Personne ne semblait vouloir l'écouter, mais son devoir était de faire en sorte qu'aucun des trois hommes présents ne se lance dans une manœuvre dangereuse ou interdite.

-Même si j'y arrive – et je suis capable de le faire – Regulus n'a pas l'air de vouloir me parler non plus, soupira Severus. Et Rosier aime l'avoir à côté de lui. Par Merlin, j'ai l'impression que ça lui ait vital de l'avoir tout près de lui !

-Ne parle pas de quelque chose d'aussi dégoutant s'il te plait, grimaça Sirius.

-Eh bien, le mieux est que che shoit quelqu'un dont ne… se méfie pas Rosier et à qui Regulus ne parle pas habituellement. Comme ça, aucun risque qu'il soit méfiant.

James était fatigué et les longues phrases étaient dangereuses. Il repositionna alors sa feuille de mandragore pour ne pas qu'elle le gêne pour la suite de la conversation et Snape lui lança un regard étrange.

-Il t'arrive donc de réfléchir, Potter. Je te félicite, lança finalement le Serpentard.

-Ne sois pas si cassant, Severus, la jalousie te va mal. Je réfléchis chaque jour, comment tu crois que je peux être aussi fort et doué sans un minimum de jugeote ?

Le Serpentard leva les yeux au ciel.

-Et donc, que proposez-vous ?

Ils se regardèrent quelques secondes avant de porter leur attention sur Lupin qui était déjà à quelques mètres. Ne se sentant pas désiré, celui-ci avait préféré partir, personne n'écoutant ses idées de toute façon.

-Remus, l'appela Sirius, doucereux.

Le blaireau s'arrêta et l'observa d'un œil sceptique. James et Severus ne tardèrent pas à les rejoindre.

-Je ne suis pas sûr que la suite me plaise…

-Et pourquoi ça, essaya de l'amadouer James.

-Parce que le début n'était déjà pas très glorieux.

-Tu maitrises la Legilimancie, non ?

Remus acquiesça.

-Eh bien, tu es le candidat parfait, sourit Snape.

Lupin les dévisagea, abasourdi.

-Lire dans l'esprit des gens sans leur accord est totalement inapproprié ! leur rappela-t-il avec indignation.

-C'est mon frère et il a des problèmes, insista Sirius.

-Au moins si c'est toi, on sera certain que les informations personnelles ne seront pas répétées ni utilisées contre lui, approuva James à son tour.

Acculé, Remus se sentit difficilement en position de refuser. James marquait un point. Il n'aimait pas savoir un élève en difficulté et en agissant de cette manière, n'était-ce pas un moyen de s'assurer qu'une aide proportionnée lui serait apportée ? Au besoin, il pourrait toujours mettre des adultes dans la confidence…

-Je le ferai, soupira-t-il.

Comme les trois autres jeunes hommes se félicitaient, Remus se demanda s'il allait regretter un jour d'être aller à Pré-au-Lard au lieu de rester au château avec Peter et Isabel pour avancer dans ses leçons…

xXx

Les vacances étaient dans dix jours et le bal de Noël avait lieu juste avant. James essayait de calmer Sirius qui était sur les nerfs parce qu'il attendait toujours que Remus le tienne au courant de ses découvertes. De son côté, le Poufsouffle faisait de son mieux mais pénétrer l'esprit de quelqu'un, une personne entrainée en plus – demandait des efforts. Il devait le faire discrètement et surtout pas à la vue et au su de tous.

Severus qui avait été intrigué par les dires de Black avait voulu mener également son enquête après coup. Sirius et James espéraient d'ailleurs qu'il ait plus de chance. James ne savait pas trop comment se sentir par rapport à cette histoire. Il se rappelait encore de sa dernière conversation avec Regulus. C'était hyper gênant et il se sentait mal pour le brun. Pourtant, celui-ci l'avait rassuré sur ses sentiments donc il n'avait pas à s'inquiéter. A première vue. En effet, il ne pouvait s'empêcher de se dire que peut-être, il lui avait menti.

C'était même évident s'il y réfléchissait sérieusement. Mais sur le coup, il n'avait rien vu. Il avait juste été soulagé et l'avait montré de manière bien trop évidente. Simplement parce qu'il était avec Lily et qu'il l'aimait. Regulus, en plus d'être un garçon, n'était pas quelqu'un qu'il fréquentait depuis longtemps. Il le connaissait à peine et James ignorait même la date d'anniversaire du plus jeune. Enfin, c'était surtout et avant tout le petit frère de son meilleur ami. Qu'ils restent amis était bien plus simple pour eux. Enfin, surtout pour lui…

Parfois, James se disait que Regulus s'était jeté dans les bras de Rosier pour l'oublier. Mais c'était sans aucun doute trop présomptueux de sa part. Néanmoins, cette idée refusait de le quitter.

Le joueur de Quidditch pensait parfois à en parler à Sirius avant de se dire que ça n'avait aucune utilité. Ça ne faisait pas avancer l'histoire. Le problème était Rosier, pas ce qu'il pensait que Regulus ressentait pour lui.

Et puis, à chaque fois qu'il se disait ça, il se sentait un peu lâche et même coupable lorsqu'il était avec Lily. Mais il n'allait pas s'en vouloir de ne pas être amoureux du Serpentard ! Et d'abord, pourquoi Regulus ressentirait-il ça pour lui ? Ils ne s'étaient jamais trop parlés avant que le 6ème année ne vienne habiter chez lui !

Il savait cependant que ce genre de sentiment ne se contrôlait pas. Pour sa part, il avait eu le coup de foudre pour la rousse, même s'il avait eu du mal à l'admettre au début. James avait ensuite appris à la connaitre en essayant de la séduire. Mais peu importe qu'il ne soit pas amoureux du Serpentard, il l'appréciait et avait envie d'aider Sirius à sauver son petit frère, si tant est qu'il soit réellement en danger.

Malheureusement pour l'instant, il ne pouvait rien faire et James n'avait aucun scrupule à accorder toute son attention à sa petite amie : elle le méritait amplement.

-On pourrait essayer de se voir pendant les vacances ? lui proposa-t-il comme Lily feuilletait un livre à quelques pas.

-Tu sais bien que ce n'est pas possible. Noël en famille, c'est sacré chez moi. Ne t'inquiètes pas, les vacances seront finies avant que tu ne t'en rendes compte.

James fit tout de même la moue.

Lily se leva alors du canapé sur lequel elle était assise et alla rejoindre James sur son pouf. Elle passa ses jambes de part et d'autre de son corps et prit son visage en coupe pour déposer de légers baisers sur son visage. Elle se mit ensuite à rire avant de se décider à l'embrasser plus sérieusement. James la prit aussitôt dans ses bras en retour, heureux de l'avoir si près de lui. Bientôt ils seraient séparés – encore - avant d'enfin pouvoir se retrouver.

Mais d'un seul coup, il fit la grimace et Lily s'écarta précipitamment de lui. James se couvrit brusquement la bouche, honteux et agacé. Il observa à la dérobée sa copine qui, les traits pincés, retirait une feuille toute ramollie et enduite de salive de sa bouche.

-C'est dégoûtant ! grimaça-t-elle. Qu'est-ce que c'est ?!

James s'empressa de reprendre la feuille pour la lui cacher. Il savait qu'il devait s'en débarrasser. Malheureusement, il venait de rater la première étape. 11 jours pour rien…

-De la… salade, tenta-t-il, et Lily sembla le croire.

-Par Merlin, brosse-toi les dents ou utilise au moins un sort ! Elle était énorme !

Elle secoua la tête, quand même un peu amusée, et s'éloigna de son copain.

James la regarda ensuite passer la porte pour se préparer à aller en cours, se demandant s'il avait bien fait de débiter un mensonge. Maintenant, sa copine allait penser qu'il n'avait pas d'hygiène…

Il soupira, à nouveau seul dans la salle commune, et se sentit affligé par le silence oppressant de la pièce. C'était la première fois qu'il ressentait quelque chose comme ça dans la salle commune des Gryffondor. Vide d'élèves, elle semblait étrangement moins chaleureuse. James resta ainsi de longues minutes assis sur son pouf à ressasser.

Lorsque Sirius le retrouva peu après, James l'accueillit donc avec un petit sourire. Il lui annonça tristement avoir échoué : il venait de perdre sa feuille de mandragore. Son ami se moqua alors tant de lui que pendant un instant, James souhaita qu'il recrache aussi sa feuille.

-T'en as fait quoi ? lui demanda Sirius une fois calmé.

-Jeter dans la cheminée. Dès que Lily est partie, je n'avais qu'une seule envie, m'en débarrasser. J'avais la main tout gluante et sale, c'était franchement ignoble...

-Tu m'étonnes, j'essaie de ne pas penser au fait que j'ai ce truc dans la bouche. Enfin, je suis content d'être célibataire, j'ai peu de chance de le perdre de la même manière que toi.

-Pas faux, capitula le plus jeune.

James garda le silence et ne bougea pas quand Sirius remonta dans leur dortoir. Il se sentait étrangement las aujourd'hui. Il avait la flemme de bouger et n'osait pas penser à la ronde qu'il allait devoir effectuer cette nuit. Ce n'était pas ce qu'il préférait alors qu'habituellement, il était toujours partant pour faire une nuit blanche. Mais ses nuits blanches le menaient à de l'amusement ou à des soirées sympas qui consistaient à élaborer de nouveaux tours avec Sirius. Pour sa ronde, ce serait juste lui, marchant seul dans les couloirs. Et encore, s'il avait la chance de tomber sur des élèves insouciants ou désobéissants, mais bien souvent ça n'arrivait pas. A croire que seuls son meilleur ami et lui savaient profiter des nuits à Poudlard.

Mais c'était son devoir alors il allait s'obliger. Il ne pouvait pas laisser Lily tout faire. Et puis, il adorait être préfet !

-T'as pas cours, James ? s'étonna Frank qui descendait de la chambre, certainement mis dehors par Sirius.

-Si, soupira James. Tu veux pas y aller à ma place ?

-Non.

Frank s'empressa alors de partir avant que son ami n'insiste. James soupira et se leva. Il était déjà en retard et n'avait pas envie d'avoir de retenue alors que c'était bientôt les vacances. Il y avait le bal aussi. A ce sujet, le Gryffondor était à la fois excité et un peu morose. C'était sa dernière année et en parler avec ses amis lors de leurs précédentes sorties à Pré-au-Lard le lui avait durement rappelé.

James était inquiet à l'idée de quitter l'école de magie. Il s'y sentait si bien ! Pourtant, il avait conscience que quitter Poudlard était dans la logique des choses, surtout à la fin de sa 7ème année. James avait juste cette angoisse d'être séparé de tous ses amis car c'est ce qui arrivait quand on n'était plus tous au même endroit. Dans le même temps, il savait que jamais rien ne le séparerait de l'ainé des Black, ni même de Lily Evans qu'il avait déjà pour projet d'épouser très bientôt.

Mais les autres ?

Ses fidèles équipiers de Quidditch.

Frank Landubat, même Alice, Dorcas et Marlene ? Et il n'y avait pas qu'eux. Il y avait tout ces gens à qui il parlait sans forcément être amis, des connaissances, des voisins de table ou des membres de la maison Gryffondor. Il ne voulait pas oublier ces gens qui l'acclamaient et l'applaudissaient lors de ses blagues avec Sirius ou lorsqu'il faisait un truc impressionnant sur son balai, comme attraper de manière spectaculaire le vif d'or.

Il n'était pas sûr d'être prêt à se passer de tout ça.

La vérité était qu'à Poudlard, tout était simple pour lui. Il se sentait protégé et aimé. Dehors, ce serait différent. Parce que qui serait-il lui ?

La vie d'adulte, travailler, avoir des responsabilités… C'était loin de ce qu'il était, lui qui aimait l'aventure et l'amusement, le plaisir. Avoir un chef à qui rendre des comptes et qui en plus ne l'autoriserait pas à faire ce qu'il désirait parce qu'il y avait des règles, ce ne serait pas simple. Continuer ses études pendant deux, trois ou quatre ans pour un métier qu'il n'arrivait pas encore à choisir, c'était tout aussi difficile.

James avait conscience de penser ainsi parce qu'il était un enfant choyé, peu habitué à faire des efforts ou autre chose que ce qui lui plaisait. A Poudlard, c'était lui le leader, l'électron libre. En sortant de l'école de magie, il ne serait rien et devrait faire ses preuves. C'était la procédure, ça marchait comme ça la vie. James avait conscience d'avoir des inquiétudes inexplicables et qu'il n'était pas à l'aise parce que pour une fois, il ne serait plus dans un cocon qu'il pourrait assimiler à un espace de jeu, de développement.

Il se trouvait un peu stupide et n'osait parler de ses craintes à personnes, même pas à Sirius qui avait assez à faire comme ça. C'était à lui de l'aider, pas de se plaindre. Et Lily… Il préférait encore se taire que de se faire traiter de gamin.

Grandis un peu !

xXx

-Arrête de me tourner autour, je sais déjà que toi et Lupin essayez de lire dans mon esprit.

-Je trouve ces accusations délirantes et sans fondement, se défendit Severus qui insultait déjà mentalement le Poufsouffle pour son manque de discrétion.

-S'il te plait. Lupin ne sait pas mentir, rigola le Serpentard.

Severus ne chercha pas à nier. Regulus semblait bien aujourd'hui, pas renfermé sur lui et apparemment décidé à lui parler. Il était dans la salle commune des vert et argent et en ce jeudi soir, elle était pratiquement déserte. Regulus était habillé chaudement. De nouveaux habits assurément. Severus ne se souvenait pas les avoir déjà vus. Le futur potionniste assit en face de son ami essaya donc de ne pas avoir honte de ses vêtements de qualité inférieure. Même à présent pauvre, le cadet des Black restait mieux apprêté que lui.

-Tu sembles décidé à me parler aujourd'hui, remarqua-t-il.

-Je ne t'ignorais pas avant.

-C'est cela oui, lança Severus, pas dupe. Mais Rosier n'est pas là et je présume que c'est une réponse en soit, n'est-ce pas ?

-Rosier n'est…

Regulus s'interrompit et soupira.

-Contrairement à ce que tu penses, Rosier ne me dicte pas ma ligne de conduite. Je suis un Black et un Black ne se laisse pas marcher sur les pieds.

Severus l'observa, un sourcil haussé. Regulus ne s'était plus conduit de cette manière depuis la fin de sa 5ème année. S'était-il donc ressaisis ou était-ce une pauvre manœuvre pour donner le change et s'empêcher d'avoir l'air plus pitoyable encore ? A moins qu'il n'essaye simplement de se convaincre lui-même ? Severus n'était sûr de rien.

Devant le regard insistant de son ami, Regulus se sentit ainsi obligé de développer.

-J'ai ouvert les yeux ce matin et j'ai réalisé que j'étais celui qui pouvait influencer mon destin. Je n'ai jamais été une victime ni même celui qui subi les choses – pas comme ça - et ça n'arrivera jamais.

Le regard qu'il accorda ensuite au plus vieux était fermé. Il y avait de cette dignité que Regulus exprimait parfois et qui lui donnait quelque chose d'important, d'impressionnant par rapport à ses comparses. Mais Severus ne fut pas dupe encore une fois. Peu importe qu'il ait retrouvé un peu de vivacité, ses yeux restaient toujours aussi ternes.

-Ça fait longtemps que tu ne m'as pas aidé à améliorer mes dons d'Occlumens et voir Lupin se rapprocher maladroitement de moi m'a donné envie de m'y remettre.

Severus l'observa soigneusement, se demandant si Regulus lui offrait simplement ce qu'il désirait : fouiller dans son esprit pour savoir ce qu'il cachait. Ou cherchait-il à retrouver ce qui les liait avant en renouant avec ce qui les avaient rapprochés ?

-Pourquoi pas. J'aime te voir perdre et t'énerver parce que j'aurais découvert tous tes petits secrets.

-Tu rêves à voix haute, Severus.

Le jeune Black esquissa un sourire avant de serrer sa baguette entre ses doigts alors que Severus s'engouffrait dans sa tête. Il érigea ses barrières mentales, un peu branlantes. Comme il s'y était attendu, il n'était pas encore assez doué pour exceller dans cet art.

Il hésita un instant alors que Severus détruisait ses maigres barrières et qu'il balayait rapidement les informations inutiles qu'il lui montrait exprès. Il ne pouvait pas lui dire mais il savait qu'il devait le faire. Alors il choisit de lui faire comprendre, de lui donner ce qu'il cherchait sans se compromettre. Un indice caché derrière un souvenir en apparence sans importance. Il était un imbécile et n'avait pas besoin de se l'entendre dire.

Il regrettait chaque jour son choix.

Le souvenir s'engouffra donc chez Severus qui l'étudia attentivement, étonné que le plus jeune le lui serve sur un plateau d'argent.

-Tu le diras pas à Mère ni à Père ?

Regulus renifla. Il avait les larmes aux yeux et serrait dans ses poings son pyjama.

-Mais non, Reg' ! C'est notre secret, d'accord ?

Le sourire que lui renvoya son grand frère soulagea grandement le petit enfant de cinq ans. Il avait toujours pu compter sur son frère auparavant et aujourd'hui ne faisait pas exception. Pourtant, mère et père n'étaient pas tendres avec Sirius. Regulus ne comprenait pas bien pourquoi. Il trouvait parfois cela injuste, mais n'osait pas contredire ses parents. Ce n'était pas quelque chose qu'il devait faire. Mère le punirait sinon, il devait rester à sa place.

Et puis, il était normal d'être puni lorsqu'on faisait des bêtises et son grand frère en faisait. Sans doute un peu trop. Un jour par exemple, Sirius avait joué – ou plutôt embêté – des moldus. Il voulait tester les sorts que leurs cousins lui avait appris mais ça ne s'était pas déroulé comme il avait voulu. Regulus avait trouvé ses actes cruels mais une fois encore, n'avait pas osé le formuler ainsi devant son grand frère adoré. Lorsqu'il avait interrogé Sirius sur ce qu'il faisait, celui-ci avait juste fanfaronné en affirmant que ce n'était pas un truc qu'un gamin comme lui pouvait faire. Bien avant encore, Sirius lui avait retourné les mêmes arguments le jour où Regulus l'avait empêché de faire du mal à des insectes.

Vexé, le cadet avait voulu faire comme lui, montrer qu'il en était capable et comprendre ce que son frère appréciait tant dans ses actes. Mais Sirius l'avait arrêté avec quelque chose comme de la peur dans le regard. Regulus n'avait rien compris : son frère était bizarre parfois. Il ne comprenait pas pourquoi Sirius pouvait faire des trucs et pas lui. Heureusement, plus tard, il avait saisi que son ainé cherchait juste à le préserver.

« Ne deviens pas comme moi, Reg », lui avait-il dit un jour.

Pourtant, c'était la chose à laquelle Regulus aspirait le plus.

Il savait qu'il était le seul à penser ainsi. Mère et Père voyaient Sirius comme un voyou et Sirius lui-même ne se trouvait pas une bonne personne. « Pourri » était le mot qu'il avait employé un jour, mais Regulus lui le percevait comme son héros ordinaire. Celui qui était toujours là pour lui, qui l'aidait.

-On fait un serment inviolable ? souffla Regulus, plein d'espoir.

Présent depuis le début de la scène, Severus eut une sensation étrange. Les mots semblaient résonner en écho dans son crâne, le troublant. Il continua ensuite d'observer les frère Black, encore enfants, parler de quelque chose de particulier et de dangereux. Il les contempla attentivement, curieux. Etaient-ils assez bêtes pour avoir réellement fait un serment inviolable ? Non, impossible, il leur manquait quelqu'un.

La scène continua de défiler et Severus se sentit brusquement nerveux.

Regulus regardait son frère le débarrasser des draps souillés de son lit et Sirius s'arrêta pour le fixer, surpris par sa question.

Regulus baissa le regard. Il avait l'impression que son frère n'était pas très emballé mais lui avait envie d'en faire un. Il n'y avait que comme ça qu'il serait certain que Sirius ne dirait jamais à personne qu'il avait fait pipi au lit. C'était trop la honte à son âge ! Malgré lui, parfois, il avait peur de traverser tout seul le long couloir de la maison pour aller aux toilettes la nuit. La maison était vieille et sombre, remplie de bibelots et d'objets effrayants aux yeux d'un enfant.

-Un serment inviolable, c'est quoi ? murmura Sirius, curieux.

-C'est plus fort que les promesses faites avec le petit doigt. C'est une grande preuve de loyauté. Si jamais tu ne respectes pas ta promesse, tu meurs.

-Je ne veux pas faire ça, ça a l'air dangereux ! C'est avec la magie ?

Regulus acquiesça.

Il avait vu un jour alors qu'il espionnait – c'était mal, il s'excusait – son père et Malfoy père en faire un à propos d'un truc de grand qu'il n'avait pas compris. Ensuite, Regulus avait demandé à son elfe ce que ça voulait dire. Celui-ci était gentil et lui expliquait beaucoup de choses.

-Pourquoi tu veux faire ça ? Si je te dis que je ne dirais rien, tu dois me croire et c'est tout.

-On fait au moins la promesse du petit doigt.

Sirius rigola et s'approcha de son petit frère pour lui tendre son petit doigt.

-D'accord. Je promets que je ne dirai jamais rien et que je t'aiderai toujours si tu en as besoin.

-Promesse du petit doigt, chuchotèrent-ils ensuite en même temps.

Ce n'était pas un serment inviolable mais Regulus s'en contenta. Et puis, son frère avait raison, il n'avait pas envie qu'il meurt. Sirius était si doué pour se faire prendre après tout !

Severus fut éjecté du souvenir de manière un peu violente et il tangua alors que Regulus s'affaissait sur un des fauteuils de la salle commune. Il était pâle et fuyait le regard de son ami. Il lui fallut pourtant moins de deux minutes pour se relever et s'en aller.

Pour sa part, Severus ne pensa pas à le retenir, encore affligé parce qu'il venait d'apprendre. Regulus s'était réellement mis dans une situation qu'il ne contrôlait pas finalement. Il espérait que son grand frère lui vienne en aide mais il ne pouvait visiblement même pas lui parler.

Severus secoua la tête. Maintenant qu'il savait que le jeune homme voulait s'en sortir, il ne pouvait pas fermer les yeux.

xXx

Ce vendredi matin, Sirius reçut une lettre qui n'avait rien à voir avec celles qu'il recevait habituellement. Il se demanda un instant s'il s'agissait de ses parents ou d'un quelconque autre membre de sa famille. Son aigle royal se posa ainsi majestueusement sur son avant bras et laissa tomber la lettre sur son visage. Sirius était presque certain que l'oiseau l'avait jeté sur lui : aucun papier n'arrivait à vous frapper comme par magie au visage, allant même jusqu'à vous égratigner. Enfin, il n'allait pas commencer à se plaindre.

De toute façon, ce rapace ne l'aimait pas et était tellement fier que s'en était insupportable, même pour Sirius. Il hésitait à ne pas lui donner à manger mais le regard perçant de l'aigle l'en dissuada.

Il est capable de me crever l'œil, pensa-t-il.

Alors il s'exécuta et l'oiseau s'envola, satisfait. Sirius tourna ensuite l'enveloppe entre ses doigts, soulagé que ce ne soit pas une beuglante. Il détestait ça, sauf quand c'était les autres qui en recevaient !

Sirius sentit le regard de son meilleur ami sur lui. Il savait James curieux : celui-ci devait tellement avoir envie de lire par-dessus son épaule ! Sirius commença sa lecture et se demanda s'il pourrait en parler à son meilleur ami ou si le contenu de la lettre était si grave qu'il choisirait de garder ça pour lui.

Malheureusement, même une fois sa lecture finie, l'ainé des Black ne parvint pas à se décider. Il se sentait perdu, un peu hagard. La nouvelle l'avait sonné. Il était un peu irrité aussi mais à quoi servait-il de s'énerver alors que ce genre de chose était prévisible ?

Tandis qu'ils se dirigeaient vers leur cours de vol, James décida pourtant de l'interroger.

-T'as pas l'air bien, Sirius, t'as reçu une mauvaise nouvelle ?

-Mon oncle Alphard est mort, déclara-t-il avec lenteur, comme si le dire lui était étrange.

-Mince, je suis désolé.

Sirius haussa les épaules et James se sentit maladroit parce qu'il ne savait pas quoi dire d'autre. C'était compliqué de trouver les bons mots pour quelqu'un qui venait de perdre un membre de sa famille. En plus, il n'arrivait pas à lire quoi que ce soit sur le visage de son ami. Était-il triste ou juste choqué par l'annonce brutale de la mort de son oncle ? Pas comme si le Gryffondor était très proche de sa famille après tout.

-Il est mort en octobre et ses funérailles on eut lieu dans la foulée, ça fait plus d'un mois et on me prévient que maintenant…

-C'est vraiment dégueulasse de leur part. T'aurais aimé y aller ?

-Je ne sais pas. Même si mon oncle Alphard n'était pas aussi pourri que les autres, on n'était pas vraiment proches. Il m'a quand même aidé quelques fois. Surtout financièrement. La lettre que j'ai reçue, c'est pour m'annoncer qu'il fait de moi l'unique bénéficiaire de toute sa fortune. Et ça va rendre mes parents fous de rage…

Il esquissa un mince sourire, un peu satisfait, mais pas trop non plus. Sirius se demanda soudain si son oncle avait eu un bel enterrement ou s'il avait simplement eu droit à une tombe minimaliste, sans personne pour pleurer sa mort. Alphard, tout comme lui, avait été retiré de la tapisserie de la famille alors normalement il n'existait plus pour les autres Black.

Sirius se sentit peiné pour cet homme qui avait été gentil avec lui, mais qui avait trop souvent été partagé entre sa famille et ses convictions personnelles.

Un jour, son oncle lui avait dit que lui aussi serait parti s'il en avait eu le courage, mais il ne l'avait jamais fait. Au lieu de ça, il avait fini ses jours isolé et il était certainement mort comme il avait vécu : seul.


Prochain chapitre - Nouvelles amitiés - 10/02

A bientôt !