Coucou !
Voici la suite avec quelques relations qui commencent à se nouer et les prémices de quelque chose.
Merci à ma bêta qui m'aide beaucoup sur cette histoire, ce n'est pas facile d'écrire sur des personnages qu'on connait si peu, mais j'espère m'en sortir.
Merci à Amelia-Queen-Black pour son commentaire qui m'aide à garder espoir mdr.
Bonne lecture à tous !
Chapitre 11 :
Nouvelles amitiés
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Plusieurs jours étaient passés depuis la brève tentative de Regulus d'approcher son frère. Depuis, celui-ci avait déjà commencé à agir pour essayer de comprendre et de l'aider mais malheureusement, Sirius se rendait compte que la tâche était bien plus ardue que ce à quoi il s'était attendu. Il n'avait aucune idée de ce qu'il se passait et rageait de ne pouvoir approcher Regulus pour simplement lui poser la question. Ce dernier avait en effet cessé de l'éviter mais d'un regard, il lui faisait comprendre de ne plus tenter de le revoir. C'était à ne rien y comprendre.
Pendant un instant, le Gryffondor s'était même dit qu'il s'était trompé, qu'il avait imaginé cet appel à l'aide. Mais alors, presque aussitôt, le sentiment que Regulus avait besoin de lui s'emparait impérieusement de tout son être. De plus, lorsqu'il analysait calmement la situation, il convenait que c'était trop étrange et inquiétant pour qu'il ne fasse rien. Il devait obtenir des réponses. Et peu importe ce que disait Regulus, il devait l'éloigner de Rosier car le blond avait vraiment une mauvaise influence sur lui.
Le Gryffondor était ainsi heureux et soulagé d'être aidé dans cette quête : il ne pouvait pas y arriver seul et aujourd'hui, il était justement temps de faire le point sur les différentes informations qu'ils avaient pu glaner chacun dans leur coin. Severus néanmoins se la jouait toujours solo et n'avait pas répondu à l'invitation. A moins que James et Sirius aient oublié de lui en parler… Cela dit, Remus lui était très impliqué et faisait bonne impression à l'ainé des Black. Il avait donc hâte d'entendre ce que le Poufsouffle avait à leur dire lorsque le trio s'installa à une des tables encore libres de la bibliothèque.
-J'ai bien réfléchi, annonça Remus.
Très sérieux, le châtain sortit alors un papier et sa plume pour marquer les différents points qu'il allait évoquer. James et Sirius échangèrent un regard, s'empêchant de sourire : tout ça était bien trop important pour qu'ils s'amusent de la minutie du châtain.
-J'ai bien observé Regulus Black et j'ai remarqué que son attitude différait selon que Rosier soit en sa présence ou non, commença-t-il. J'ai voulu croire qu'il s'agissait de ce truc d'amoureux à être différent auprès de la personne qu'on aime mais ce n'est pas ça. Regulus se place en retrait et n'a pas vraiment l'air de vouloir sourire même lorsqu'Evan est là.
-Attends, je ne comprends pas, l'interrompit James. Tu ne devais pas juste pratiquer la legilimancie sur lui ?
-J'ai essayé mais pratiquer une telle intrusion dans la tête de quelqu'un était finalement au dessus de mes forces alors j'ai choisi une autre méthode.
Il se racla la gorge et reprit ses explications.
-A la place, j'ai interrogé quelques personnes et je l'ai suivi e-
-Tu as fait tout ça ? s'étonna Sirius.
-Euh… oui, hésita Remus.
L'avouer à voix haute rendait son acte assez étrange mais le jeune homme était certain que les deux Maraudeurs avaient déjà fait bien pire.
-En tout cas, concernant Regulus, j'ai vite compris qu'il n'entretenait pas une relation amoureuse avec Evan, reprit-il.
-Oui, ça on le savait déjà. Il est avec lui parce qu'ils ont un arrangement, approuva Sirius.
-Quoi ?! Vous auriez pu me le dire, j'ai mis deux semaines à le comprendre, j'ai perdu du temps ! s'indigna Remus.
-Désolé, s'excusa le brun, malgré tout peu touché.
James lui se contenta de sourire de son air le plus innocent. Généralement, ça lui réussissait bien.
Pour que les choses soient plus claires, Sirius décida néanmoins de lui expliquer tout ce qu'ils savaient déjà.
-Eh bien, peut-être que Regulus s'est tourné vers lui parce qu'il pensait que c'était le meilleur choix, en conclut Remus après avoir été mis dans la confidence.
-Ce qui est clairement faux.
Le Poufsouffle ne prit pas ombrage de la nouvelle interruption de Sirius.
-Il a dû se passer quelque chose pour qu'il change d'opinion à ce sujet, réfléchit-il encore. Mais la question est que si ça ne lui va plus, pourquoi ne pas mettre fin à cet arrangement ? Je pense à quelques possibilités même si une seule tient réellement la route. Elle pourrait aussi expliquer cette impression que tu as eue, Sirius, que ton frère te demandait de l'aide.
-Qu'est-ce que c'est ? lui demanda James qui buvait ses explications.
-Un chantage, répondit très sérieusement le blaireau. Regulus a une très forte personnalité et malgré ce qu'il s'est passé avec sa famille, il n'en reste pas moins qu'il occupe une place importante chez les Serpentard.
-Il a quand même subi des brimades, releva James.
Sirius écouta ensuite Remus exposer les faits et mettre en avant son cheminement de pensée. Il le trouvait incroyable. Lui n'avait jamais cherché aussi loin ! Trop impliqué personnellement dans cette histoire, il avait été incapable de voir ce qu'un œil extérieur et observateur avait pu relever.
-Ces brimades n'émanaient pas que des Serpentards, je crois. Il s'agissait certes de Sang-Pur en général mais aussi d'autres personnes qui voulaient se venger de Sirius à travers son frère. Mais sur cet élément là, j'ai trop peu d'information pour me prononcer. Enfin, pour en revenir à la personnalité de Regulus, je l'imagine mal s'emprisonner dans quelque chose qu'il ne souhaite pas.
-Quel genre de chantage Rosier pourrait utiliser contre lui ? soupira son frère. Regulus n'est pas comme moi, je l'imagine mal se compromettre auprès des professeurs ou même dissimuler un œuf de dragon sous son lit...
Sur sa chaise, James ressentit soudain un certain malaise.
-Tu avais un œuf de dragon ?!
La bibliothécaire lança un regard noir en direction de Remus qui se fit tout petit. Il continua cependant d'interroger le Gryffondor qui le rassura en expliquant qu'il s'était fait avoir puisqu'il ne s'agissait pas d'un vrai. Le châtain et le brun se chamaillèrent ensuite gentiment alors que James se retrouvait de nouveau confronté à sa conscience : était-ce réellement à ce propos ? Comment Rosier aurait pu savoir que Regulus était ou avait été amoureux de lui ? Regulus aimait-il les hommes ? Il n'avait toujours pas répondu à cette question et se demandait d'ailleurs pourquoi il en revenait toujours à ça.
Visiblement et aussi improbable que cela puisse paraître, Rosier avait dû les surprendre dans les vestiaires. Pourtant, il était arrivé avec les autres membres de l'équipe alors ça ne collait pas vraiment. Les deux Serpentards partageaient cependant la même chambre depuis des années. Sans doute avait-il eu des occasions de comprendre la vraie nature des penchants du plus jeune. Comme Regulus n'avait jamais montré d'intérêt pour personne, chacun pouvait s'imaginer ce qu'il voulait pour tromper son ennui.
Alors que James continuait ainsi à se torturer l'esprit, Severus s'approcha d'eux et s'assit à côté de Remus, en face de Sirius. La dispute s'arrêta net et tous observèrent le Serpentard qu'ils n'attendaient plus. Sirius en particulier avait bien des questions à poser à Snape : pourquoi était-il en retard ? Pourquoi était-il là, tout simplement ? Ou encore pourquoi ne répondait-il pas à leur demande concernant leur mission commune ? Mais devant la mine fermée du futur potionniste, il sut que tout ça était bien secondaire. Si Snape, qui n'appréciait pas plus que ça leur compagnie était là, c'était qu'il avait appris quelque chose de grave.
Et le Serpentard ne semblait pas décider à leur annoncer cela en douceur.
-Il a fait un serment inviolable, déclara-t-il d'une voix sèche.
-Non mais c'est pas vrai, qu'est-ce qui lui a pris par Merlin à cet imbécile ?!
Toute la bibliothèque avait entendu Sirius et Madame Pince était devenue livide. Ils se retrouvèrent donc à la porte en un coup de baguette magique et restèrent quelques secondes les bras ballants sans trop savoir quoi dire, encore sous le choc de la révélation de Severus. C'était inimaginable.
Comment et pourquoi diable Regulus avait-il fait une chose aussi stupide ?!
Un serment inviolable était un accord volontaire entre deux personnes qui ne pouvait être rompu hormis par la mort. Il devait se faire en présence d'une tierce personne qui devenait l'Enchaineur et personne ne pouvait briser un serment inviolable : les risques étaient bien trop grands.
Mais alors que les deux Gryffondor insultaient mentalement Evan Rosier, Remus réfléchissait quant à lui à une solution, si tant est qu'il y en ait une.
-Qu'est-ce qu'on fait ? souffla Sirius, soudain abattu.
-Que veux-tu qu'on fasse, Black ? s'agaça Severus. Cet imbécile s'est lié à Rosier avec un serment inviolable, il n'y pas grand-chose qu'on puisse faire !
-Alors tu proposes qu'on fasse comme si de rien n'était ?! On va pas le laisser tomber ! s'indigna James.
-Silence, les interrompit Remus qui sentait que le capitaine de Quidditch et le Serpentard allaient se disputer. Nous en reparlerons plus tard.
Severus voulut protester mais Remus leva la main pour l'arrêter.
-Après les cours, trouvons un endroit tranquille sans oreille indiscrète. La pire chose qui pourrait nous arriver serait que Rosier apprenne ce qu'on manigance, lui ou l'Enchaineur.
-Il n'y a pas tellement d'endroit où on pourrait faire une telle chose, soupira James.
-La salle sur demande ? tenta Sirius.
-On pourrait se faire interrompre et ce serait louche d'être tous les quatre ensemble. On attire déjà les regards en plus, leur fit remarquer Severus avec dédain.
-Et la nuit ? proposa James.
-J'ai encore mieux.
Remus se rapprocha du groupe tout en baissant la voix.
-La cabane hurlante.
-Par Merlin, Moony, tu sais comment y aller ?! s'enthousiasma Sirius.
-Techniquement, oui, mais je ne… Attends, comment tu m'as appelé ?
Remus sentait qu'il rougissait : c'était bien la première fois qu'on lui donnait un surnom, hormis ses parents.
-Remus, répondit l'ainé des Black comme si c'était évident.
-Non, tu viens-
-Ça n'a pas d'importance, les coupa le Serpentard. Si tu sais comment y aller, ça me va, ajouta-t-il avec impatience.
-Je sais comment entrer dans la cabane mais pas comment sortir de l'école sans être vu, soupira alors Remus.
James et Sirius échangèrent un sourire malicieux, comme des enfants s'apprêtant à jouer un mauvais tour. Avec leur essai pour devenir des Animagus, ils s'étaient plutôt tenus tranquilles. Seul Sirius avait encore sa feuille de mandragore et il était lui-même surpris de tenir : il lui restait encore deux semaines et il comptait bien y arriver.
Mais avec ce qui arrivait à Regulus, peut-être qu'ils pourraient mettre à profit leur ingéniosité pour autre chose que des blagues. En plus, personne ne trouverait à y redire, ils en étaient sûrs.
-Nous, on sait ! lancèrent-ils en chœur.
Et le rendez-vous fut pris pour la nuit même.
xXx
Sirius avait déjà envie d'y être. Pourtant, son cours de sortilège, il aimait s'y rendre en temps normal. Malheureusement, son esprit était déjà totalement focalisé sur cette histoire de serment inviolable. Il devait cependant se concentrer : s'il se mettait à régresser dans les cours qu'il aimait, il n'allait plus s'en sortir.
Aujourd'hui, le cours portait sur l'assistance à une tierce personne frappée par un sort ou un mal. Les élèves étaient mis dans deux situations différentes et devaient trouver le sort à lancer pour aider le pantin animé qu'ensorcelait leur professeur.
Lily était déjà passée et s'en était très bien sortie. Flitwick l'avait bien entendu encensée. Tout de même, elle n'avait pas été confrontée à une situation très compliquée : tout le monde pouvait utiliser un sortilège d'allégresse et encore plus celui d'anapnéo. Enfin, le temps de réaction de la rousse avait quand même été impressionnant, Sirius était bien obligé de le reconnaître.
Flitwick appela ensuite son meilleur ami et Sirius l'encouragea vivement. Ce n'était pas noté pourtant, un simple cours pour se rendre compte du niveau de chacun et voir s'ils étaient capables d'analyser une situation et d'y faire face rapidement avec la bonne solution.
James fit ainsi face au pantin qui, pour l'instant, était immobile, sans âme, lorsque la magie du petit professeur ne se manifestait pas en lui. Et puis soudain, le bras du pantin se tordit et il resta figé, sans exprimer de douleur alors que son bras pendait dans un angle un peu étrange. James leva sa baguette, indécis. Il pouvait lancer un reparo mais savait que ce n'était pas le sortilège requis ici. Et s'il se ratait… Le sort demandait beaucoup de maitrise justement.
Finalement, il se lança. Il se savait compétent dans cette matière et il ne fallait pas tergiverser pendant des heures lors un exercice pareil. Il n'oubliait pas non plus que Flitwick jugeait leur connaissance en sortilège mais aussi leur capacité d'analyse et leur temps de réaction.
D'une voix forte le Gryffondor lança donc un brachiumemendo. Il sourit ensuite franchement en voyant qu'il avait parfaitement exécuté le sort. Il attendit la suite, continuant de sourire lorsqu'il lança son deuxième sort : Episkey.
Quelques instants plus tard, le professeur de sortilège le félicita mais ne nota rien : ce n'était pas une évaluation comme il l'avait mentionné. Pourtant, les élèves n'avaient jamais été aussi sérieux lors de son cours et James retourna s'asseoir auprès de son ami comme un Serdaigle prenait sa place devant le pantin qui s'anima de nouveau.
Sirius observa la suite, intéressé. A présent qu'il était en dernière année, les choses avaient un peu changé dans sa manière d'aborder les cours. Il ne voulait surtout pas rater ses ASPICS et même s'il avait des facilités dans certaines matières et s'en sortait à peu près dans d'autres, il était conscient qu'il fallait qu'il s'y mette sérieusement. Les potions n'étaient toujours pas sa tasse de thé, pas plus que la botanique. Pas assez de patience et de minutie…
Lorsque le cours prit fin, Sirius était déçu : il passerait malheureusement la prochaine fois. La bonne nouvelle était cependant qu'il ne lui restait plus autant de temps à attendre avant la réunion dans la cabane hurlante le soir même.
Mais alors qu'il discutait avec James, Frank et Lily en allant à leur prochain cour, Jedusor vint soudain à sa rencontre.
-Vous voilà, monsieur Black, je vous cherchais.
-Pourquoi ? demanda Sirius qui ne pensa pas du tout à le saluer, ce que firent pourtant les autres.
Le psychomage leur adressa alors un sourire aimable et charmeur à la fois.
-Veuillez me suivre dans mon bureau, nous avons à discuter.
-Mais, on a cours, Monsieur, l'interrompit James.
Jedusor posa son regard noir aux reflets rouges intriguant sur le Sang-Pur et James fronça les sourcils, déstabilisé par l'examen qu'il subissait.
-Ne vous en faites pas, je ferai un mot à votre ami. Vous préviendrez tout de même votre professeur pour moi. Monsieur Black, fit-il ensuite à l'intention de Sirius pour qu'il le suive.
Il ne l'attendit pas pour se diriger vers son bureau et Sirius hésita. Il n'avait pas envie de discuter avec le psychomage. S'il n'avait pas souhaité des séances avec lui, ce n'était pas pour se voir obligé de le côtoyer quand même. Il n'avait rien de particulier contre Jedusor mais il avait l'impression qu'il devait le voir le moins possible. C'était un sentiment étrange qu'il n'arrivait pas à expliquer et qui venait du plus profond de lui.
Lily le poussa alors pour qu'il s'exécute et il n'eut d'autre choix que de se mettre en marche. De toute façon, il ne pouvait pas vraiment aller contre les ordres du psychomage, même s'il n'aimait pas ça. Le Gryffondor rattrapa donc rapidement l'homme et pénétra dans son bureau avec méfiance. Celui-ci était simple. Enfin, il l'était comparé à celui du directeur qui était encombré de tout un tas de trucs dont Sirius ignorait l'utilité. L'endroit était décoré dans des couleurs plutôt sombres mais ce n'était pas oppressant. Le mobilier était beau et confortable et il n'y avait pas de bureau, ce qui étonna le jeune homme. Les tableaux présents dans la pièce n'étaient pas non plus magiques de ce que comprit le Gryffondor : des paysages et de l'art abstrait.
Aucun regard ni oreille indiscrète. Des choses personnelles et importantes étaient dévoilées ici alors il fallait que les élèves se sentent en confiance et puissent se confier.
Sirius s'installa sur le divan vert et capta le sourire de l'adulte lorsque celui-ci s'installa sur un fauteuil noir en cuir.
-Alors ? l'interrogea t-il. Est-ce que je vais avoir le droit à une séance de décryptage ?
-Pas exactement, répondit avec amusement le professionnel.
Mais il ne nia pas.
-Je croyais qu'on pouvait refuser les séances et qu'elles n'étaient pas obligatoires, contra Sirius.
-C'est vrai, mais sous certaines conditions. Si j'estime devoir voir certains élèves, c'est bien pour une raison. Cependant, l'obligation d'être suivi, d'avoir des entrevues et de parler, de se confier ou encore de se projeter ne serait pas productive. Alors j'ai mis en place une séance d'essai après laquelle l'élève pourra prendre sa décision. Qui sait, j'arriverais peut-être à vous convaincre que ce ne serait pas si mal de se voir de temps en temps. Vous ne serez pas obligé de me parler de vos problèmes ni de ce que vous ressentez, pas au début du moins. Je vois que vous êtes méfiant, Sirius.
Le Gryffondor tiqua à l'entente de son prénom et Jedusor le remarqua. Il esquissa alors un sourire.
-J'appelle toujours lors de ces rendez-vous les élèves par leur prénom. Vous pouvez également m'appelez par le mien si cela vous tente. Je considère que c'est une manière de rompre cette petite distance que les gens adoptent habituellement lorsqu'ils ne se connaissent pas ou qu'ils apprennent à se connaitre. Je veux que vous sentiez que vous pouvez me faire confiance, Sirius.
-Est-ce que c'est ma première séance ? demanda le jeune homme.
-Non. Aujourd'hui est simplement pour vous tenir informé de ma façon de procéder. J'ai fait pareil avec votre frère que je verrai après les vacances. C'est que j'ai un planning plutôt rempli, sourit-il. Mais vous, je peux vous voir dès la semaine prochaine. Jeudi, juste avant le bal pour que ça ne perturbe pas vos projets.
-Pourquoi me voir avant Regulus ?
Il était évident que son petit frère était dans une situation plus urgente que la sienne que Jedusor ne pouvait ignorer s'il avait tant observé les élèves.
-Je sens que votre frère aura besoin de plus d'une séance et pour ne pas qu'il s'arrête à la première, j'ai besoin de ne pas lui laisser deux semaines pour se désister, répondit tranquillement le psychomage. Mais ne vous inquiétez pas pour lui, il ne s'agit en aucun cas d'un favoritisme en votre faveur. J'ai d'ailleurs cru comprendre qu'il y avait une certaine rivalité entre vous qu'entretiennent sans doute malgré eux les autres.
Sirius préféra ne pas répondre bien qu'au fond de lui, il était soulagé de savoir que son frère aurait un soutien. Même si c'était de la part de cet homme bizarre dont il avait lui-même l'impression qu'il fallait se méfier.
-Quelle heure le rendez-vous ?
Sirius tenait à mettre un terme à cette discussion et à retourner en cours.
-Le soir. Venez juste, ma porte vous sera ouverte.
Sirius acquiesça et s'empressa ensuite de quitter le bureau avec un sentiment étrange. Jedusor avait l'air d'être un bon psychomage, connu et respecté. Dumbledore ne l'avait certainement pas choisi pour rien. Pourtant, il n'arrivait pas à se laisser aller.
-A bientôt, Sirius, le salua Jedusor alors qu'il sortait.
xXx
La nuit était tombée depuis quelques heures déjà et il était temps pour le groupe de partir en expédition. Remus se sentait euphorique mais aussi horriblement stressé. Il était préfet-en-chef, appartenait à la maison Poufsouffle – pas vraiment connue pour ses débordements– et était d'un naturel calme et plutôt timide en groupe. Et voila qu'aujourd'hui, il faisait le mur avec deux Gryffondor et un Serpentard ! Ça faisait longtemps qu'il n'avait pas fait quelque chose d'aussi fou. S'aventurer en dehors de l'école était formellement interdit, surtout la nuit, et la dernière fois qu'il avait désobéi, c'était le soir où il avait surpris l'ainé des Black en pleine crise de panique.
A partir de ce jour, Sirius et lui s'étaient rapprochés et le Gryffondor ne lui faisait même plus de crasse. Remus en était très heureux. Enfin, le brun avait malgré tout trouvé d'autres manières de le taquiner mais elles étaient moins rudes et intrusives. Être la cible de Black n'était pas agréable. Etaient-ils pour autant amis ? Remus se posait parfois la question et ne savait pas s'il le désirait. Sirius n'était pas un mauvais gars, il le voyait bien à présent, mais tout comme Peter, il ne pouvait pas juste faire comme si rien ne s'était passé.
Le châtain s'étonnait d'ailleurs qu'à la suite des excuses publiques que Sirius avait fournies à Peter, le Gryffondor n'avait pas eu la bonne idée d'avoir un mot gentil pour lui. Des excuses ou même une forme de repentance. Remus avait certes fait passer son ami avant mais lui aussi avait souffert des deux années où Sirius ne s'était pas montré tendre envers lui.
Cependant, le Poufsouffle ne voulait rien exiger. Il aurait aimé que pour une fois, ça vienne de Black. Que ce soit complètement sincère.
Mais est-ce que ça avait des chances d'arriver un jour ? Remus n'était sûr de rien. Sirius avait du mal à comprendre que la douleur et le mal n'avaient pas la même signification pour tout le monde. Son mal à lui semblait ainsi bien sombre et bien plus complexe. Il avait l'air de supporter beaucoup et s'étonnait que les autres ne puissent pas rire de quelques petites blagues. Pour toutes ces raisons, Remus commençait déjà à faire le deuil d'une possible discussion et d'un repentir de Black, fataliste.
Les quatre jeunes hommes s'étaient retrouvés près de la tour d'Astronomie. Remus avait été le premier sur place. Severus l'avait vite rejoint et ils avaient attendu en silence pendant de longues minutes les deux Gryffondor. Severus avait tenté de ne pas s'énerver une fois qu'ils avaient été là mais son stress était flagrant et Remus avait été attendri de le voir si touché par la situation de Regulus.
Severus n'avait peut-être pas voulu répondre à l'interrogation de James à Pré-au-Lard mais il était évident que le Serpentard considérait le 6ème année comme un ami.
Lui était le seul à ne pas connaitre personnellement le jeune Serpentard. En effet, la seule fois où ils avaient parlé ensemble était lors de la première sortie de l'année à Pré-au-Lard. Il avait trouvé le brun charmant et très différent de Sirius. Plus réservé, moins exubérant, et il avait aimé discuter avec lui. Regulus était différent de l'image froide et distante qu'il pouvait parfois renvoyer. Dans ces conditions, son lien avec le cadet des Black n'était peut-être pas aussi fort que celui des autres, mais Remus était déterminé à l'aider.
Une fois les deux Gryffondor arrivés, ces derniers les avaient guidés vers un de leurs nombreux passages secrets. Black s'était caché sous la cape d'invisibilité de son ami et Remus s'était senti toujours autant émerveillé devant l'objet magique. Les trois autres pouvaient toujours feindre de faire une ronde commune étant préfet et préfet-en-chef. Sirius aurait par contre plus de mal à expliquer sa présence dans les couloirs du château la nuit.
Ils passèrent par un passage diffèrent de celui que lui avait montré Black la dernière fois. Le châtain se demanda alors à quel point les deux Gryffondor connaissaient le château et comment ils avaient bien pu découvrir tout ça. Une fois en dehors de l'école cependant, ce fut Remus qui prit le relais. Il les mena ainsi jusqu'au saule cogneur et garda ses distances, tout comme les trois autres.
-Voilà, c'est là. Il y a une espèce de tunnel en dessous qui nous mènera vers la cabane hurlante.
-Comment tu connais ce passage ? l'interrogea Severus.
-C'est quelqu'un qui me l'a dit. Un ancien élève.
-L'ami de ton père ? lui demanda Sirius.
Remus sentait le regard que le Gryffondor posait sur lui mais ne parvint pas à l'affronter. Il regrettait parfois d'avoir parlé de cette personne à Sirius. Il l'avait présenté ainsi lorsqu'il lui avait parlé de la raison pour laquelle il avait eu envie de devenir Animagus mais ce n'était pas totalement vrai. En réalité, il avait enjolivé la chose car il avait bien trop honte de la vérité. Ce mensonge n'aurait pas de conséquence de toute façon puisque jamais ils ne le rencontreraient. Heureusement. De cette manière, il pouvait continuer à avoir l'air de ce Remus doux et parfait que tout le monde voulait voir.
Alors, pour ne pas laisser la question de Sirius sans réponse, Remus acquiesça. Il avança vers l'arbre qui commença à s'agiter et lança le sort pour l'immobiliser avant de faire signe aux autres de le suivre. Il plongea ensuite à l'intérieur et atterrit avec brutalité sur le sol.
Il s'époussetait tout juste quand James atterrit sur lui. Le Gryffondor lui fit un sourire d'excuse et remit correctement ses lunettes sur son nez avant de s'écarter et de l'aider à faire de même. Severus et Sirius déboulèrent alors dans un grand désordre et bien entendu beaucoup de bruit. James rigola et Remus s'autorisa aussi à sourire.
Il les mena ensuite jusqu'en haut et derrière lui, il entendit James et Sirius discuter de la découverte de ce nouveau passage secret. Ils n'avaient aucunement l'intention de se faire discret et étonnamment, Severus participa, lui aussi surpris de cette découverte.
-Et dire que t'aurais pu venir dans d'autres circonstances, Snape ! T'aurais pas autant apprécié cependant, rigola Sirius. Même avec un loup garou aux trousses !
-De quoi tu parles ? l'interrogea Severus, soudain suspicieux.
-De rien.
Sirius souriait toujours et lorsque Remus croisa son regard, ce dernier lui fit un clin d'œil comme s'il était dans la confidence de quelque chose.
Remus était complètement perdu mais décida de ne pas s'y attarder.
Ils montèrent rapidement les marches et débarquèrent bientôt dans la cabane hurlante. Remus n'était venu qu'une seule fois, simplement pour tester ce que l'ami de son père lui avait révélé. C'était donc tout aussi étrange pour lui d'être là que pour les autres. Mais leurs présences avaient un but et ils devaient s'y atteler au plus vite. Remus n'avait pas l'habitude de contourner les règles et avait peur qu'à tout moment, quelqu'un découvre leur absence au château. Il essayait d'ailleurs de ne pas trop y penser de peur de regretter ses choix et de vouloir faire demi-tour. Enfreindre les règles amenait son lot d'excitation et d'adrénaline, mais aussi la peur, l'hésitation, les regrets et ce sentiment lourd de faire quelque chose de mal.
Remus savait qu'il s'était laissé entrainer dans une histoire qu'il ne maitrisait pas et il redoutait les conséquences néfastes qu'elle amènerait inévitablement. Pour se rassurer, il se disait qu'il fallait au moins quelqu'un de responsable avec eux, quelqu'un qui n'aurait pas peur de prévenir un adulte si ça dégénérait. Ou encore pour arrêter les disputes entres les Gryffondor et Snape.
Mais toutes ces bonnes raisons ne lui enlevaient pas son inquiétude et son appréhension quant à ce qu'il faisait. Une part de lui enviait l'insouciance des autres. Remus n'était pas habitué : on l'avait élevé dans la droiture, ne pas faire de bêtise et toujours penser aux autres. Tellement que s'en était devenu des travers dont il avait du mal à se débarrasser. Être toujours celui qui devait faire les bons choix et se mettre en retrait pour les autres était fatiguant.
Remus observa alors ses compagnons découvrir la cabane hurlante, cette maison si effrayante.
-Je me demande si ça a été joli un jour, commenta James.
-Sans doute, répondit Severus. N'importe quel endroit aurait l'air minable laissé à l'abandon après un meurtre.
Cette histoire, tout le monde la connaissait. En réalité, il s'agissait plus de rumeurs. Celles-ci existaient probablement seulement pour terrifier les élèves de Poudlard mais quelques uns y croyaient fermement. Ne disait-on pas que les rumeurs avaient toujours une part de vrai après tout ? Il se racontait ainsi que des meurtres horribles avaient eu lieu dans la cabane hurlante : une personne avait décimé sa famille entière, leurs hurlements se faisant entendre à des kilomètres et parfois, certains entendaient les réminiscences de cette nuit. Cette famille n'aurait ainsi jamais trouvé la paix et elle manifesterait sa tristesse et son désarroi de cette manière.
En effet, le meurtrier n'avait jamais été retrouvé et les gens ignoraient même de qui il s'agissait, les corps n'ayant pas été retrouvés non plus, sûrement cachés quelque part.
Cette histoire faisait froid dans le dos et Remus ne l'appréciait pas beaucoup, même s'il n'y croyait pas tellement. Son esprit cartésien l'empêchait d'être mort de peur lorsqu'il s'approchait de l'endroit. James et Sirius étaient quant à eux intrigués mais était-ce étonnant ? Snape lui paraissait calme, au moins d'un point de vue extérieur.
-Nous ne sommes pas venus pour observer la déco mais pour parler. Cela dit pour ma part, tout a déjà été dit, déclara justement le Serpentard.
-Tu es d'un optimiste, soupira Sirius.
Snape leva les yeux au ciel.
Il n'arrivait pas à croire qu'il était ici au lieu d'être tranquillement en train de dormir dans son lit. Heureusement qu'il n'avait jamais trop eu besoin sommeil pour être opérationnel. Enfin bon, il pourrait toujours avoir recours à un sort pour être dans un bon état d'esprit quand le soleil se lèverait.
-Très bien, commença Remus.
Il était celui qui avait eu l'idée de venir ici pour discuter, il était donc celui qui était le plus à même d'analyser avec calme la situation, sans trop s'impliquer émotionnellement. Etre clair et pragmatique était essentiel.
-Que savons-nous sur les serments inviolables ?
-Qu'ils sont inviolables et que les gens concernés meurent s'ils essaient d'aller contre, s'agaça Severus qui en avait marre de se répéter.
-Qu'il faut être trois. Les deux qui promettent et l'Enchaineur, poursuivit Sirius qui avait l'impression d'être en cours.
-Les règles sont annoncées et lient ceux qui font ce serment, termina James.
-Exactement.
James et Sirius l'observèrent. Ils pressentaient que Remus pouvait les sortir de là, que c'était son rôle dans leur groupe.
-Snape a raison, on ne peut pas briser ce sort, mais il n'est pas impossible de le contourner, leur fit remarquer le Poufsouffle. C'est comme dans les contrats que les moldus signent : il faut toujours lire les dix pages et surtout les clauses écrites en tout petit. Ce sont souvent celles-là les plus importantes.
-Je ne suis pas sûr de comprendre, s'excusa James.
Remus sourit et alla s'asseoir sur un fauteuil poussiéreux. La conversation risquait d'être longue et il valait mieux se mettre à l'aise. Severus lui préféra se positionner près de la fenêtre : il pouvait ainsi observer ce qu'il se passait dehors au cas où. Sirius pour sa part alla poser ses fesses sur le lit de la chambre. L'endroit était franchement repoussant mais à ses yeux, rien n'était plus horrible que le lugubre 12, Square Grimmaurd. Pour autant, la maison de ses parents était au moins propre car si Kreatur n'était pas agréable, au moins faisait-il du bon travail, et la cabane hurlante était dans un état de saleté incroyable. James en était particulièrement gêné de son côté et il prit finalement place sur la chaise en face de Remus, posant ses fesses bien au bord, ce qui fit sourire son meilleur ami.
-Imagine, James, que tu achètes quelques chose de très cher et de précieux auquel tu tiens beaucoup. Tu n'aurais pas envie de l'abimer mais parfois, des accidents arrivent. Sauf que toi, tu n'as vraiment pas envie que ça arrive.
Le ton que prenait Remus pour expliquer son idée au capitaine de Quidditch des Gryffondor fit sourire Severus. Remus lui parlait comme s'il s'adressait à un enfant et James ne semblait pas le remarquer. Sirius aussi écoutait attentivement et le Serpentard décida finalement de faire de même. Il était en effet curieux de savoir ce que le Poufsouffle avait en tête.
-Pourquoi tant d'inquiétude ? s'étonna Sirius. Il existe plein de sorts pour réparer des objets !
-Dis-toi que tu ne peux pas utiliser la magie dessus ou alors que ça le réparera, mais qu'il perdra ce truc qui te faisait tant l'apprécier, s'amusa le châtain. Et si la magie ne peut pas t'aider, il est possible de souscrire une assurance, quelque chose qui te garantit une réparation à l'identique ou un remplacement si tu le souhaites.
-Ce serait génial mais quel est le rapport avec notre histoire ? lui demanda James.
-J'y viens. Tu es donc d'accord pour signer le contrat qui stipule que l'objet te sera remplacé ou réparé en cas de problème. Mais le jour où ça t'arrive, on te dit que la réparation ne se fera pas parce que l'assurance ne prend pas en charge les problèmes mécaniques ou même l'oxydation par exemple.
-Et pourquoi ça ? Ce serait pas une arnaque ? s'indigna Sirius.
Remus haussa les épaules.
-Non, parce que ça aura été mentionné dans le contrat comme faisant partie des exceptions que tu n'auras pas pris le temps de lire, n'est ce pas ? comprit le Serpentard. Tu veux découvrir les termes exacts du serment qu'ils ont fait.
-C'est ça. Du genre, si tu ne peux pas aller à Pré-au-Lard, Pré-au-Lard viendra à toi. Il y a toujours des failles ! Mon père dit que s'il n'y a pas de solution, c'est qu'il n'y a pas de problème !
Trois paires d'yeux le fixèrent intensément et Remus se racla la gorge. Peut-être s'était-il laissé emporter…
-Comment peut-on savoir ça ? Généralement, les gens gardent le secret pour éviter qu'il y ait des interférences, lui fit finalement remarquer James.
-Il faut s'adresser aux seules personnes capables d'aller partout et d'être partout sans que ça ne soit dérangeant ni n'éveille les soupçons, expliqua Severus.
Sirius repensa alors à son entrevue avec le psychologue et ce qu'il avait pensé du bureau. Il lui avait semblé qu'il n'y avait rien de magique là-dedans, pas de visible pour lui en tout cas. Aucun regard ni oreille indiscrète, sauf celle de Jedusor.
-Des tableaux ! comprit-il. Les elfes peut-être ou encore, les fantômes du château !
-Bien joué, Sirius !
Remus était plein d'entrain et le compliment fit plaisir au Gryffondor.
-Mais ça peut aussi être une mauvaise pioche. Il nous faut autre chose au cas où, intervint Severus, agaçant Sirius.
-On pourrait aussi essayer de deviner l'identité de l'Enchaineur, remarqua James.
-C'est une possibilité. Rosier a beau avoir beaucoup de contacts, je ne suis pas sûr qu'il ait beaucoup d'amis de confiance, pas assez pour faire ça pour lui en tout cas.
-A qui penses-tu, Snape ? le questionna Remus.
-Ses compagnons de chambre.
-Pourquoi Moony et toi vous ne joueriez pas aux détectives avec les Serpentard pendant que James et moi irions titiller les fantômes du château ? proposa alors Sirius.
Il était tard et chacun était fatigué, si bien que Remus ne prêta pas vraiment attention à ce surnom par lequel Sirius s'obstinait à l'appeler dernièrement. Le deal allait à tout le monde et ils se tapèrent dans la main pour sceller leur pacte. Snape déclara ensuite qu'il était temps pour lui d'aller retrouver son lit tandis que James lui pensait avec dépit à sa ronde : il n'allait clairement pas être en forme demain.
Le groupe prit alors les escaliers dans le but de rentrer.
-On devrait trouver un nom pour notre groupe ! s'enthousiasma soudain James qui voulait profiter une dernière fois de ses amis avant de déambuler seul dans les couloirs du château.
-T'as trop raison, Jamie ! s'exclama son meilleur ami. Pourquoi on garderait pas les Maraudeurs ? Moi, j'aime bien notre nom !
-Vous voulez rejoindre les Maraudeurs, les gars ?!
La mine réjouie, James fixait Lupin et Snape alors que ces derniers se tenaient juste devant l'entrée du tunnel qu'ils devaient à présent remonter en sens inverse. Severus se sentit perturbé par la demande de Potter : c'était bien la première fois qu'on lui proposait de faire partie d'un groupe d'amis – ou de débiles comme il aimait nommer les Maraudeurs. Il ne voulait donc pas participer mais la proposition lui fit plaisir. Pas qu'il compte l'avouer un jour.
Lily avait été sa première amie et il était devenu par la force des choses, et surtout parce qu'il n'avait pas voulu la perdre, plus proche des deux Gryffondor. Ça n'avait pas été simple. Ils ne s'entendaient pas vraiment au début et personne n'avait fait de réel effort. Mais pour Lily, il avait tenu, tout en lui faisant comprendre qu'il lui était impossible de devenir ami avec Potter et Black. Les raisons étaient simples : ils n'avaient pas vraiment les mêmes centres d'intérêt. En plus – mais elle l'ignorait- il n'était pas maso au point de se lier d'amitié avec son petit-ami alors qu'il lui arrivait encore de crever de jalousie.
Pourtant, le temps avait changé les choses et s'il aimait toujours autant Lily, il avait fini par comprendre que ce ne serait jamais son cas. Que Potter la rende heureuse, c'était tout ce qu'il pouvait souhaiter, même si ça le faisait encore grincer des dents. Et puis, il mentirait s'il ne disait pas que depuis le début de leur scolarité, il ne s'était pas habitué aux frasques et à ses disputes avec les Maraudeurs.
Heureusement, ça n'était jamais allé bien loin et il leur avait toujours rendu la pareille. Il y avait même trouvé un certain amusement : les prendre à leur propre jeu, il n'existait pas pour lui plaisir plus grand !
-Les Maraudeurs ? Qu'est-ce que c'est ? demanda Remus, curieux pour sa part.
Severus soupira alors que les deux amis souriaient sans doute un peu trop pour que ce soit rassurant.
-Les Maraudeurs, c'est nous ! lui apprit alors James d'un air ravi.
-Et toi aussi, si tu veux, continua son ami, presque charmeur.
-Hors de question, répondit platement Severus.
-C'est pas à toi que je m'adressais !
Le Serpentard haussa les épaules et continua sa route. Derrière lui, James expliqua avec plus de précision à Remus de quoi il était question et celui-ci hésita.
-Ou alors, on pourrait être les quatre Mousquetaires ? proposa Black.
-Tu connais ? s'étonna Remus.
Sirius approuva même s'il avait juste entendu ça lors de son cours d'étude des Moldus. Le Poufsouffle avait l'air impressionné et il regretta de ne pas avoir écouté ce jour-là : il ignorait qui étaient ces gens et ce qui était si positif à leur sujet.
-Les Mousquetaires sont trois, idiot, le corrigea Severus.
-Pourquoi on serait trois idiots ? s'enquit James, perdu.
-Restons sur les Maraudeurs si ça vous tient à cœur, coupa Remus.
Tout le monde avait sommeil et se lancer dans un débat pour le nom du groupe avait de grandes chances de durer encore plus longtemps que la réunion elle-même. Et puis, c'était juste pour contenter les deux Gryffondor : ils étaient les seuls pour qui ça comptait apparemment.
Alors que James et Sirius se tapaient dans la main à ces mots, Severus commença à ramper dans le trou. De son côté, Lupin était certain que dans la nuit, les deux bruns allaient certainement essayer de leur trouver des surnoms comme les super-héros de bandes dessinées à entendre leurs exclamations enjouées. Enfin, Remus n'était pas sûr que les deux Gryffondor connaissent les bandes dessinées…
Pour autant, James arrêta soudain son babillage et s'engouffra aussi vers la sortie.
-Tu veux y aller avant ? proposa alors Sirius au blaireau.
-Oh non, ne t'inquiète pas.
Remus pensait que Sirius essayait d'être poli pour ne pas le laisser seul dans cette maison lugubre. C'était gentil de sa part, il n'aurait jamais imaginé Sirius comme quelqu'un d'attentionné.
Sirius se baissa ensuite pour s'engager et Remus le suivit. Il fut cependant surpris quand le brun s'immobilisa à mi-chemin.
-Un problème ? lui demanda-t-il, inquiet.
Il pensait déjà à se servir de sa baguette pour les sortir d'un problème quelconque lorsque Sirius regarda par-dessus son épaule et capta plus ou moins difficilement le regard du châtain.
-Non. Je me demandais juste si la vue te plaisait.
-La vue ? répéta le Poufsouffle, confus. Il fait noir, je ne suis pas sûr de voir où je mets exactement mes mains, lui fit-il remarquer. Et puis, je ne suis pas sur de le vouloir : j'aime la nature mais je n'ai jamais trop apprécié me rouler dans la boue et m'amuser dans la terre.
Sirius étouffa un rire et Remus s'en étonna de plus belle. Avait-il réussi à faire rire Black ? Il se souvenait qu'avant, le jeune homme l'avait accusé de ne pas être très drôle.
Le Gryffondor se remit en mouvement et rapidement, ils émergèrent du trou. Ils rentrèrent ensuite discrètement au château, pressés de dormir.
xXx
Padfoot observait le jeune Sirius dormir. Voir son double de cet univers ne pas abandonner Regulus malgré le pétrin dans lequel il s'était fourré le rassurait. Dans cette vie, Sirius avait l'air insouciant, insolent, libre et empli d'un profond sentiment de rébellion contre les règles, la loi, les mœurs, l'éthique…
Alors en le découvrant, il s'était demandé si le jeune Gryffondor allait s'en sortir, bien tourné, et ne pas faire les mêmes erreurs qu'il avait lui-même faites. Il n'avait pas été exemplaire lors de sa scolarité. Severus Snape et bien d'autres pouvaient témoigner de ses quelques dérapages. Mais aujourd'hui, comme les jours précédents d'ailleurs, il pouvait certifier que le jeune homme n'était pas aussi égoïste et détaché qu'il voulait bien le laisser paraitre.
Lui au moins avait eu la volonté de ne pas abandonner son frère. Il avait également su reconnaitre ses torts auprès de Peter Pettigrow. Ce dernier n'avait d'ailleurs rien à voir avec le rat avec lequel lui avait partagé son dortoir. Il eut alors la pensée qu'il aurait apprécié ce Peter, le garçon timide qu'il aurait aimé protéger et aider à s'affirmer. Et puis, une voix dans sa tête lui rappelait que s'il avait été ami avec Peter dans cette réalité, celui-ci aurait peut-être fini comme celui de son époque. En retrait, pas sûr d'être leur égal ni un véritable ami. Vivant dans leur ombre à James et à lui. Jaloux de ce qu'il n'arrivait pas à être, de ce qu'ils étaient et parvenaient à faire avec une étonnante facilité.
Hormis ce détail, la situation de Regulus n'était pas simple et le préoccupait bien plus. Lui ne pouvait rien faire mais Sirius en était capable et il semblait décidé à arranger les choses alors Padfoot voulait l'aider. Cela faisait ainsi plusieurs jours qu'il le suivait, lui parlait, l'observait. Il avait même essayé de le toucher, sans succès. Mais il y avait quelque chose qui fonctionnait parfois : la projection de souvenir ou de sentiment.
Lui-même ignorait comment il faisait. Il se concentrait simplement sur son jeune lui, se tenait à ses côtés, pensait, se remémorait… allant jusqu'à murmurer à son oreille. La sensation, le processus ressemblait à l'utilisation astrale d'une pensine, même si l'esprit ignorait si c'était possible. Il avait l'impression de mettre ces choses directement dans la tête du jeune Maraudeur sans même qu'il le sache ou n'en soit perturbé. Il n'en avait pas conscience mais pouvait les utiliser naturellement comme lorsqu'il avait appelé Remus Moony ou lorsqu'il taquinait Severus en ressortant ce surnom débile dont il l'avait affabulé un temps. Ses sentiments comme la colère, la joie ou l'envie se manifestait aussi quelquefois.
Il restait cependant limité par rapport à ce qu'il pouvait faire avec Regulus puisque Sirius ne pouvait pas le voir ni lui parler. Du moins l'avait-il cru avant mais l'esprit avait l'impression qu'il pouvait tenter quelque chose de ce côté-là.
Quoi, il n'en était pas exactement sûr, et il y réfléchirait plus tard.
Cette nouvelle version étonnante du quatuor cherchait à savoir les termes exacts du Serment inviolable qui avait été fait et lui avait la réponse à cette question. Alors il la murmura à l'oreille de Sirius encore et encore jusqu'au matin en espérant que ce soit suffisant.
Et si ça ne l'était pas, il recommencerait les nuits suivantes jusqu'à ce qu'enfin, Sirius comprenne.
Prochain chapitre - le 27 ou le 28/10 - A l'approche du bal
A bientôt !
