Merci pour les ajouts en alerte et favoris.
Et bien entendu, merci à pommedapi qui m'a aidé pour ce chapitre et pour l'ensemble de la fic, qui avance bien.
Bonne lecture à tous.
Chapitre 13 :
Nuit d'ivresse
Partie 1
.
Vendredi. C'était le grand jour. Enfin, pas tout à fait : il était 03h du matin et James faisait sa ronde de Préfet. Il était content de ne pas avoir cours cette après-midi. Les profs avaient certainement voulu leur faire un petit cadeau. C'était bientôt Noël et demain matin, pour ceux qui seraient en forme, ils prendraient le train pour rentrer chez eux. Les autres attendraient de décuver et rentreraient plus tard. Bien entendu, il y aurait de l'alcool à cette soirée car les élèves trouvaient toujours un moyen d'en faire rentrer malgré l'interdiction officielle. Les profs n'étaient certainement pas dupes : ils avaient été jeunes eux aussi. Même si ça devait faire des siècles pour quelques uns, pensa James.
Sirius avait enfin eu son entretien avec le psychomage et James ne l'avait jamais vu aussi angoissé avant. Il n'avait pas bien compris sa réaction et avait tenté de le rassurer. Sans succès. Néanmoins, son meilleur ami était revenu agréablement surpris par son rendez-vous. En effet, pour une raison qu'il ignorait encore, Sirius était méfiant concernant l'adulte qui faisait des ravages auprès des élèves de Poudlard. Mais son ami lui avait parlé de son rendez-vous et lui avait dit avoir trouvé l'adulte professionnel.
C'était plutôt normal. Jedusor avait une réputation extraordinaire en tant que psychomage. Il utilisait aussi bien des méthodes moldues réputées que des moyens magiques pour réussir. James avait voulu interroger son ami sur ce qu'il avait dit à l'homme mais il ne s'en était pas senti le droit. C'était personnel ces trucs là et si le psychomage était tenu au secret professionnel, ce n'était pas pour rien. Il y avait aussi le fait que James avait peur de découvrir que Sirius lui cachait des trucs…
Il pensait par exemple souvent à la crise qu'avait faite celui qu'il considérait comme un frère. Sirius avait simplement marmonné qu'il avait fait un cauchemar sur sa famille et l'enfer qu'il avait vécu à ce propos. Découvrir que son meilleur ami en faisait même des cauchemars était horrible. James avait maintenant l'impression que Sirius n'avait pas dû être tout à fait honnête avec lui quand il lui avait parlé de sa famille. Qu'il avait sans doute dû se censurer pour ne pas l'inquiéter, ou qu'il ne se sente pas coupable de le laisser retourner au 12 Square Grimmaurd.
Le Gryffondor en voulait vraiment au destin de lui avoir donné une vie si belle et d'avoir fait de celles d'autres un enfer sur terre. Ce n'était pas juste d'accaparer tout le bonheur du monde, d'en priver les autres, ceux qui souffraient déjà tellement au quotidien. Il ne comprenait pas pourquoi certains parents étaient bons et d'autres si mauvais. N'était-ce pas normal d'aimer ses enfants et de les protéger ? Pourquoi tout le monde ne le faisait-il pas ?
Il était privilégié et il le savait. Il aurait aimé partager la peine de son ami et malheureusement, il ne le pouvait pas. Mais il n'arrêterait pas d'essayer pour autant. La famille de Sirius était défectueuse alors il serait sa famille et lui montrerait que ce mot pouvait aussi avoir de bons côtés. Eux deux, c'était à la vie à la mort. Le Gryffondor savait qu'un lien fort les unissait. Ils n'étaient pas frères de sang mais c'était tout comme.
Ils se disaient tout, même les choses qui n'étaient pas nécessaires. James était ainsi celui qui connaissait le mieux l'ainé des Black et Sirius pouvait lire en lui très facilement. Ils ne se cachaient rien. Du moins, c'est ce que James avait toujours pensé. Mais depuis son match contre Rosier, il n'en était plus aussi sûr. La situation était très grave et impliquait un retentissement inattendu. Pourtant, James n'arrivait pas à trouver la force d'en parler avec son ami. Comment lui énoncer de tels faits ?!
En plus, tout était toujours très confus dans sa tête. Une partie de lui-même ne pouvait pas y croire, s'y refusait même. Evan Rosier était un enfoiré qui adorait le provoquer. Il était jaloux et avait peut-être inventé ce mensonge horrible pour le faire sortir de ses gonds, retourner la situation à son avantage. Regulus ne lui parlait plus et James n'avait aucun moyen de vérifier les propos du Serpentard. Et puis, on parlait de Regulus Black ! Il n'était pas du genre à se laisser malmener ! Pourquoi laisserait-il Evan l'abuser ? Il était intelligent, charismatique, fort et débrouillard… James se rappelait encore ces fois où Regulus l'avait séché ou s'était montré froid !
Mais qu'en savait-il vraiment ? James ne connaissait pas Regulus comme il connaissait son frère. Sa froideur et sa retenue pouvaient être des défenses derrières lesquelles il se protégeait. Le 6ème année était sans doute plus fragile qu'il ne le laissait supposé. En effet, le Préfet de Gryffondor se rappelait encore de la gêne et de la frayeur de Regulus après qu'il l'ait repoussé dans les vestiaires.
James s'immobilisa. Il n'avait plus vraiment le cœur à faire sa ronde. Caché sous sa cape d'invisibilité, il avait espéré surprendre des couples et leur faire peur. Ou encore jouer les espions s'il croisait un vert et argent. Mais seul dans les couloirs vides, son envie d'amusement était vite passée.
Comment réagirait son meilleur ami s'il lui parlait de ses craintes ? Que Rosier lui ait menti ou non, James ne pouvait pas garder ça pour lui. De plus, il pourrait essayer de se convaincre autant que possible qu'Evan avait exagéré, il savait que la réalité des évènements n'était pas très glorieuse de toute façon. Il n'y avait qu'à voir comme Regulus semblait triste, presque apathique depuis qu'il avait entamé cette relation avec le blond. Rien que le fait que le 7ème année l'ait poussé à faire un Serment Inviolable avec lui était très grave. Cela démontrait à quel point Rosier voulait contrôler le plus jeune.
James espérait sincèrement que Regulus ne croyait pas aux paroles dégoulinantes de Rosier et aux autres mots d'amour qu'il pouvait lui sortir.
Soudain, le brun entendit des bruits de pas. Il releva la tête et observa le couloir sombre. Bientôt, une petite lumière fit son apparition : un lumos lancé au bout d'une baguette. Il reconnut Regulus et James se sentit nerveux. Il avait du mal à regarder ou à penser à l'adolescent sans avoir en tête les propos du blond.
Regulus marchait d'une démarche pressée et anxieuse. Il était rare de voir quelqu'un lors des rondes, plus encore des élèves, alors le capitaine de Quidditch marcha à sa suite, la tête pleine de questions. Le cadet des Black n'avait pas l'air bien mais il ignorait s'il pouvait ou non lui parler. Il se contenta donc de le suivre, se demandant s'il ne faisait pas une erreur. Ne devrait-il pas enlever sa cape, se présenter à lui et essayer de lui parler ?
-Arrête, grogna soudain Regulus.
Il se retourna et James se pétrifia sur place. Il avait la cape d'invisibilité, il n'était donc pas censé être visible de qui que ce soit ! Mais Regulus le dévisageait et James sentit son cœur battre plus vite dans sa poitrine.
-Je ne peux plus ! Tu veux m'entendre dire que tu avais raison ?!
C'était étrange. James ne comprenait rien à ce que disait le Serpentard. Pourtant, ce qui était sûr, c'est que ce n'était pas à lui qu'il s'adressait. Mais alors à qui ? Ils étaient seuls ! A moins que le pauvre garçon soit si perturbé qu'il se mette à divaguer ? James l'observa attentivement et n'eut pas l'impression que Regulus soit étourdi ou complètement paumé. Il était en colère et triste, fixant un point s'en vouloir s'en détacher.
Il continua de se taire, immobile et écouta la suite. Quoi qu'il se passe, s'il écoutait le Serpentard parler, exprimer sa rage alors qu'il se pensait seul, il en apprendrait plus.
-Tu m'avais promis que ce serait mieux mais peux-tu toujours dire ça ?!
Il y eut un silence. Regulus semblait attendre qu'on lui réponde et malheureusement pour James, le couloir restait désespérément silencieux.
-Je n'aurais pas dû t'écouter, c'est horrible...
Regulus recula ensuite, comme effrayé par quelque chose, puis baissa honteusement la tête. Il semblait vouloir pleurer, crier, mais décida finalement de se taire comme pour tenter d'oublier sa peine. Cette vision fit énormément de peine à l'attrapeur.
-C'était mon destin. Tout le monde ne peut pas être sauvé mais tu as essayé et je t'en remercie. Tu es le seul au monde à avoir jamais essayé…
Il y eut un nouveau silence pendant lequel Regulus sembla se calmer et reprendre ses esprits.
-J'aurais aimé que Sirius soit comme toi, même si je sais que c'est moi qui ne l'ai jamais laissé être ce frère là…
James avança vers Regulus. Il avait la furieuse envie de laisser tomber sa cape et de réconforter le plus jeune.
-Comment je pourrais me faire pardonner quand tout ça sera fini ? Parce qu'ils vont réussir, n'est-ce pas ? Je… C'est dur, tu sais. Rosier ne me touche plus mais je me dégoutte tellement quand même…
James essaya de taire la rage qui l'envahissait. Il venait d'avoir la confirmation des propos que Rosier lui avait tenus. Il s'en voulut alors de ne pas avoir voulu y croire, tout ça parce que Regulus était censé être assez fort pour se défendre. Mais que connaissait-il de sa situation ? Peut-être qu'il avait essayé mais qu'il n'avait pas réussi, peut-être qu'il n'avait pas pu, tout simplement… Enfin, avec les propos de Regulus, James avait également la confirmation que Rosier avait tenu parole et c'était le plus important. Regulus ne saurait jamais quel rôle il avait joué là-dedans et c'était mieux ainsi. L'attrapeur des Serpentard avait assez honte comme ça même si James ne le jugeait pas. Lui-même s'était fait avoir par le blond. Rosier était forcément un psychopathe pour jouer ainsi avec autant de subtilité avec les gens.
Il était très doué mais ça n'avait rien d'admirable.
-Ne dis pas ça ! s'écria soudain Regulus, faisant sursauter James.
Il s'était perdu dans des pensées sombres et avait oublié qu'il était en quelque sorte en train d'espionner le brun.
-Je ne sui-suis pas une victi…une victime ! balbutia-t-il. J'aimais ça, c'est moi qui suis dégoutant ! Ma mère avait raison quand elle disait que c'était contre nature et que ça n'apportait que des ennuis ! Sauf qu'elle se trompait, ce n'était pas Sirius qui était malade, mais bien moi ! Je ne veux plus discuter… Je veux aller dormir. Encore un jour et je pourrais dormir sur mes deux oreilles.
James ne bougea pas et observa Regulus partir sans jamais voir personne le suivre. Il était perdu. Qui était cette personne à qui le plus jeune s'était confié ? Il semblait avoir une confiance aveugle en lui. Était-ce comme pour les Sombrals ? Fallait-il avoir vu la mort pour voir cet être mystérieux ?
Quelque chose chez le Gryffondor lui disait que c'était plus compliqué que ça. Lui aussi rentra alors dans son dortoir. Il n'avait plus le cœur à faire sa ronde. Il était déçu de n'avoir rien appris d'important. Regulus souffrait et semblait mal vivre son homosexualité, certes, mais un truc turlupinait le capitaine de Quidditch. Pourquoi Walburga avait-elle pensé un temps que Sirius était gay ? Son ami ne lui en avait jamais parlé. Pourtant, connaissant maintenant son opinion sur le sujet, la vieille femme avait dû lui faire vivre d'horribles choses dans le simple but de le « guérir ».
Ca semblait tellement improbable. De ce qu'il en savait, Sirius aimait les femmes, la séduction en général, et ne s'était jamais intéressé à aucun homme. Il aurait même pu vivre une belle histoire avec Marlene McKinnon s'il ne se montrait pas aussi obtus. Mais était-ce ce que voulait son ami ? Si même la magnifique sorcière n'avait pas réussi à lui donner envie de se lancer dans l'inconnu, peut-être ne l'aimait-il pas assez pour ça, tout simplement. Pourtant, James avait toujours cru que son ami refusait de se plonger dans une histoire avec sérieux parce qu'il avait peur de l'abandon, de mal faire et de gâcher une belle amitié.
James se coucha avec plus de questions que de réponses et il en voulut à Regulus d'être si problématique.
xXx
L'après-midi passa vite et alors que Sirius se prélassait sur son lit, James avançait sur ses devoirs à son bureau. Du moins, il essayait. Sirius l'avait en effet vu avoir la tête ailleurs, soupirer et l'observer quelques fois en silence. Il n'avait rien dit, imaginant que son ami allait bien finir par lui parler. Lui-même n'était pas tranquille. Il repensait encore un peu à la séance qu'il avait eue avec Jedusor. Tout s'était déroulé normalement et pendant un instant, Sirius se demanda s'il pouvait parler au psychomage des cauchemars qu'il faisait, de sa peur des ténèbres et de toutes ses autres phobies. Après tout, c'était son métier de guérir les cas compliqués comme lui.
Sirius avait envie d'aller mieux mais en même temps, il avait peur de creuser la source de son mal être. Avoir une famille défaillante était déjà assez dur à vivre. Et s'il déterrait un secret encore plus sombre et qu'il se retrouvait incapable de l'affronter... S'il devenait fou ? Quelque part, il ne voulait pas savoir. Il avait appris à vivre avec ses angoisses, il n'en voulait pas de nouvelles. Alors même s'il pensait à prendre de nouveau rendez-vous, il savait qu'il ne le ferait pas.
Il n'était pas encore prêt pour affronter ces démons là.
Il devait d'abord se concentrer sur le bal et il ne voulait pas polluer ainsi son esprit à l'approche de Noël. Il devait profiter de ses vacances avant la prochaine pleine lune avant de faire sa deuxième tentative pour devenir Animagus. Et il y avait aussi son frère. Severus et Remus pensaient avoir découvert qui les avait lié. Les deux Préfets après réflexion en étaient venu à l'hypothèse très probable qu'il s'agissait d'un de leur compagnon de dortoir. La chambre des Serpentard était sans doute l'endroit le plus calme et rassurant pour pratiquer ce genre de magie sans attirer l'œil. Les professeur y venait très rarement et ils pouvaient y rester des heures, personnes ne trouveraient cela étrange. Rosier étaient proches de ses compagnon de dortoir et Severus les savait assez peu scrupuleux pour faire ce genre de chose.
Remus et lui avait interroger quelques élèves en supposant de la date approximative du Serment, pour connaitre l'alibi de chacun. Bien entendu tout ça restait plutôt vague, mais ils n'avaient que ça. Ils avaient supposé que le Serment avait été passé environ 10 jours après la « mise en couple » des deux garçons, au moment où Regulus avait commencé à avoir l'air plus renfrogné. Malgré leur manque de preuve et parce que Severus était sûr de lui, Remus et lui avait fait par de leur hypothèse au deux Gryffondor.
Ce matin, James quant à lui avait dit avoir une piste sans rien ajouter. Néanmoins, après l'avoir questionné un peu, il avait évoqué le fait que Regulus voyait peut-être une créature magique qui le suivait partout. D'après son meilleur ami, s'il pouvait la voir et communiquer avec elle, il en découvrirait plus. Sirius n'avait pas tout compris lorsque James avait essayé de s'expliquer. Ils avaient été interrompus par Lily et pour une fois, le Gryffondor ne s'était pas montré très enthousiaste en la voyant, ce qui avait alerté Sirius.
James semblait plus préoccupé qu'il n'aurait dû l'être au sujet de Regulus. Son ami s'était visiblement réellement pris d'affection pour son petit frère. En pensant à lui, Sirius se demanda à nouveau pourquoi Regulus l'avait suivi lorsqu'il avait quitté leur maison ce jour-là. Cela faisait longtemps qu'il ne s'était pas interrogé à ce sujet d'ailleurs. Leur relation était si compliquée qu'il avait du mal à comprendre pourquoi le Serpentard l'avait choisi lui et non pas leurs parents. Il n'avait jamais fait ce choix avant. Et quelque part, Sirius se sentait coupable de ne pas avoir réussi à protéger son frère alors que pour la première fois depuis longtemps, celui-ci avait fait un pas vers lui.
-Sirius…
Le batteur observa son ami jouer avec sa plume, la déposer sur son bureau puis se tourner vers lui. Sirius sut tout de suite que c'était grave parce que James arrivait à peine à le regarder dans les yeux.
-Est-ce que tu vas encore me parler de ce truc étrange ? Cette créature invisible qui discute avec mon frère ?
-Je t'assure que c'est vrai, même si c'est plutôt ton frère qui discute avec… Mais non, ce n'est pas ça.
-Qu'est-ce qu'il y a, Jamie ? Tu sais que tu m'inquiètes !
-Je sais, désolé…
Son ami resta finalement silencieux et Sirius ne sut qu'en penser. Il se demanda un instant si James voulait vraiment lui parler de Regulus ou s'il ne s'agissait pas d'un sujet plus grave encore. Si cela était possible. Le batteur se rapprocha alors du bord de son lit. Quoi que son ami ait à lui dire, il avait toute son attention.
-Est-ce que tu as déjà pensé à ce que devait vivre Regulus au quotidien ? Comment c'était pour lui de sortir avec Rosier, un garçon…
-Pas vraiment non, grimaça-t-il.
Il n'avait jamais trop apprécié le blond qui sonnait faux et manipulateur. Cette histoire avec son frère lui avait malheureusement confirmé ses impressions. Rosier l'exaspérait et il voulait à tout prix s'épargner les images mentales où il flirtait avec son frère. Il avait assez de mal comme ça à oublier le baiser échangé dans la Grande Salle le premier jour.
-Moi non plus et peut-être qu'on a eu tort de ne pas prendre ce paramètre en compte. J'ai toujours imaginé, et je pense que c'est pareil pour toi, que Regulus avait réussi à obtenir que leur faux couple donne le change seulement devant les autres…
James se racla la gorge pour observer ses pieds et sembla un instant se perdre dans ses pensées. Sirius haussa un sourcil.
-James ?
-Mais si ce n'était pas le cas ? reprit alors son ami. Si Rosier voulait former un vrai couple avec lui et qu'ils agissaient comme tel, tout le temps ?
-Regulus l'enverrait se faire voir. Avec le coup du Serment Inviolable, il a compris quel type de personne il est. Et puis, mon petit frère n'est pas gay !
Sirius grimaça.
-Ah, t'imagines s'il aimait vraiment Rosier…
A ces mots, James baissa les yeux.
-Sirius, je…
Le jeune homme hésita encore, soupira, puis se leva pour venir s'asseoir à côté de son ami.
-Je pense qu'on s'est trompé en décidant de ne pas mêler les adultes à tout ça, murmura-t-il finalement. Remus avait raison, c'est un truc qui nous dépasse. Rosier… Rosier est venu me voir il y a quelques jours pour me raconter ce qu'il faisait à ton frère. J'ai d'abord pensé qu'il mentait mais je ne peux pas me voiler la face plus longtemps… J'en ai eu la confirmation quand je l'ai surpris en train de parler avec sa créature magique.
-Qu'est-ce que tu racontes ?
Sirius le dévisagea, les sourcils froncés.
-Tu sais, euh…
Le Gryffondor bredouillait, ce qui n'arrivait jamais en temps normal.
-Non, je ne sais pas justement ! s'énerva soudain son ami. Alors dis-le-moi !
Sirius ne se sentait pas bien tout à coup. Un malaise énorme venait l'étouffer et la nervosité qu'il avait ressentie plus tôt commençait à gagner du terrain.
-Dis-le clairement s'il te plait, chuchota t-il ensuite, le visage livide.
James lui offrit un visage contrit en retour.
-Je crois qu'il… Enfin, je ne sais pas jusqu'où s'est allé, mais je pense qu'il a au moins subi des agressions sexuelles de la part de Rosier…
Sirius accusa le coup tandis qu'il sentait son meilleur ami poser une main sur son épaule en un signe de soutien mais il le perçut à peine. Il était bloqué sur la signification réelle que sous tendait cette révélation. Sentir le corps, les mains et la bouche d'un autre sur sa personne alors qu'on ne le désirait pas, qu'on avait peur. Il imagina son petit frère se coucher tous les soirs avec une boule dans la gorge et le cœur serré, espérant que Rosier le laisse tranquille. Ses camarades de dortoir n'avaient-ils rien remarqué ? Regulus avait-il répliqué ou avait-il compris trop vite qu'il était pieds et poings liés ?
-Sirius, ne te torture pas avec ça, ça ne sert à rien… Il faut qu'on prévienne McGonagall ou alors Slug, le directeur de Serpentard.
-Et on leur dirait quoi ?
-La vérité, répliqua le Préfet.
-Je ne peux pas, souffla Sirius.
-Quoi ? Comment ça ? s'étonna son ami.
-On a aucune preuve de ce qu'on avance, n'est-ce pas ?
-Pas vraiment mais o-
-Regulus ne voudrait pas qu'on dévoile ce genre de faits de cette manière. Il a fait un Serment Inviolable avec Rosier, il est enchainé à lui, il ne peut pas en parler. Sa seule chance, c'est qu'on arrive à casser le contrat et c'est quelque chose que la plupart des gens ne se risquent pas à faire. Alors c'est sur que ce serait mieux pour lui que Rosier arrête de poser ses sales pattes sur lui mais tu l'imagines vraiment aller se plaindre ? Il a mis des jours à venir me voir pour me demander de l'aide ! Tu sais comme il est, à essayer d'arranger les choses seul, à endurer la douleur en se persuadant qu'il peut le faire...
-Si Regulus n'en parle pas, c'est à nous de le faire, Sirius, insista James.
-Je sais mais… Je ne veux pas faire ça dans son dos ! Même si c'est pour son bien, il ne comprendrait pas ma démarche ! Il se sentirait juste humilié et faible, et ça détruira la confiance qu'il a en lui !
Sirius fit ensuite quelques pas dans le dortoir et se passa la main dans les cheveux. Il s'arrêta finalement face à James et s'appuya contre le bureau qu'avait occupé son ami un peu plus tôt.
-Demain, on rentre à Godric's Hollow et il n'aura plus à voir Rosier. Je lui parlerai pendant les vacances.
-Tu penses qu'il acceptera de t'écouter ?
-Il n'aura pas le choix. J'ai également une idée pour le sortir de ce merdier. On va s'en occuper pendant les vacances et si ça ne marche pas, on en parlera à McGonagall à la rentrée.
-D'accord, céda James, légèrement rassuré.
Sirius vint alors s'allonger de nouveau sur son lit et posa son avant bras sur son visage pour dissimuler son regard. Sa bonne humeur de tout à l'heure avait fondu comme neige au soleil. Le bal débutait dans quelques heures à peine mais il n'était pas sûr de pouvoir s'y amuser.
-J'ai pas envie d'aller au bal…
-J'avoue que je n'ai pas trop le moral non plus, soupira James. Mais si je plante Lily, elle ne va pas comprendre pourquoi et elle va me faire la gueule.
-Y a de grandes chances, oui.
-Ça va aller, Sirius. Si tu n'arrives pas à aider ton frère, je suis sûr que McGonagall le pourra. Elle fera passer l'envie à Rosier de faire des trucs pareils !
-Ouais… C'est juste que j'ai cette impression stupide que Regulus est sous ma responsabilité et que je n'ai pas su le protéger…
-C'est normal, c'est ton petit frère. Si j'avais eu des frères et sœurs, je me sentirais le devoir de les protéger. Essaie de ne pas trop y penser au moins ce soir. Ca te bouffe sinon et je sais de quoi je parle, souffla le Préfet.
xXx
-Je suis désolé, Remus…
Peter semblait tellement mal.
-Arrête de t'excuser, je suis content pour toi. Dorcas est vraiment une fille géniale.
-Qui aurait cru que de nous trois, tu serais celui qui serait seul ce soir, s'amusa Isabel.
Remus esquissa un sourire puis haussa les épaules. Il n'avait pas cherché de cavalière puisqu'il aurait dû accompagner Peter. Mais Sirius avait eu raison, son ami était plus heureux avec une fille à son bras qu'avec quelqu'un comme lui pour l'accompagner au bal.
Le Poufsouffle s'observa à travers le miroir des toilettes. Il s'était mis sur son 31 même si c'était difficile pour lui. Remus n'avait jamais été vraiment féru de mode. Il avait un jean et une chemise blanche sous sa robe de sorcier et espérait que ce n'était pas indécent d'avoir mis des habits moldus pour une si grande soirée. Sa mère avait toujours espéré un bal de promo pour lui mais à Poudlard, il n'aurait que le bal de Noël alors il avait essayé de faire un peu comme si c'était aussi son bal de promo. Pendant lequel il serait seul malheureusement.
Isabel était ravissante et s'était faite une queue de cheval un peu bancale mais qui lui donnait un air négligé plutôt séduisant. Une mèche bouclée caressait son visage et sautillait dès qu'elle bougeait la tête. Elle avait également passé une robe moulante d'un rouge vif que les Gryffondor n'auraient pas renié.
Peter était celui qui était le plus métamorphosé : son visage même était différent. Son sourire plus vrai et éclatant, ses joues rebondies et roses le rendant mignon. Il avait fait de gros efforts pour plaire au moins un peu à Dorcas. Il ne voulait pas faire tâche à ses côtés. Contrairement à son habitude, il n'avait pas plaqué ses cheveux en arrière mais leur avait donné un peu de volume, histoire d'harmoniser le tout avec son visage rond. Ses vêtements étaient simples mais bien ajustés et bien choisis. Isabel l'avait conseillé et ne s'était pas trompée.
C'est motivé que les trois amis entrèrent ainsi dans la salle où se déroulait le bal. La fête commençait tout juste.
Dorcas était avec ses amies et les cavaliers de celles-ci. Frank et Alice étaient magnifiques ensemble, tout comme James et Lily. Peter eut un léger pincement au cœur en voyant Marlene au bras d'un Serpentard de 6ème année, beau et séduisant. Tout ce qu'il n'était pas. Le Gryffondor ignorait s'ils étaient en couple mais il les avait déjà vus quelques fois ensemble. Marlene avait en tout cas l'air bien décidé à tourner la page catastrophique qu'avait représenté Sirius Black.
Dorcas s'approcha du trio, saluant Isabel et Remus, et Peter bredouilla à sa vue. Après un échange un peu timide, il s'en alla finalement avec sa cavalière. Isabel prit alors Remus dans ses bras, lui souhaita une bonne soirée et fila également rejoindre son cavalier.
Sans que le Poufsouffle s'en rende compte et ne puisse y dire quoi que ce soit, il se retrouva seul. Les couples se formaient avant de s'éloigner ou de danser tranquillement sur la piste de danse. La musique était douce et lente. Pas un slow, juste un rythme pour bien débuter la soirée. Un professeur surveillait les boissons et certains élèves semblaient attendre le bon moment pour y verser de l'alcool ou autre chose, comme une potion désinhibante ou révélatrice de désir dans les punchs. A moins qu'ils ne se fassent plus joueurs encore et décident de tourner le bal de Noël au ridicule.
Pour une fois, Sirius et James ne s'étaient visiblement pas chargés de pimenter un peu la soirée mais ils devaient espérer que même sans eux et leurs petits tours, elle serait une réussite.
Remus ne sut pas quoi faire, seul au milieu de tout ce monde, de ces groupes d'amis et de couples. Il alla donc se ranger dans un coin, comme pour ne pas gêner l'évolution de la soirée, et soupira. Le Poufsouffle n'avait pas prévu d'être seul et au final, il se retrouvait dans une situation peu enviable. Il essaya néanmoins de positiver. La soirée ne faisait que commencer.
Peter se sentait un peu gauche avec Dorcas. Il fallait dire qu'elle avait du caractère et était très différente de lui. Il l'aimait bien mais la trouvait assez intimidante. Il se trouvait même légèrement ridicule d'être impressionné par tout et tout le monde, surtout par une fille aussi accessible et gentille que Dorcas. Contrairement à Marlene, ce n'était pas sa beauté ou ce qu'elle dégageait qui le rendait tout timide. Il s'agissait de sa posture, de ses sourires, de sa confiance en elle et de sa manière de dire les choses, sans détours. Il avait pourtant connu une fille plutôt introvertie jusqu'à sa troisième année et puis elle avait changé. Apparemment, ça faisait suite à la mort d'un membre de sa famille. En effet, les épreuves de la vie changeaient souvent les gens.
Peter lui n'avait même pas pu profiter des bienfaits du départ de son bon à rien de père. Vermine jusqu'au bout celui-là !
-Tu veux boire quelque chose ? demanda-t-il à sa cavalière, et il fut heureux de ne pas avoir bafouillé.
Pourtant, la brune secoua la tête, un sourire s'affichant sur son visage mat.
-Tu es fou ? Qui sait ce qu'ils ont réussi à mettre dedans !
-Tu ne vas pas boire du tout ? s'étonna Peter.
Dorcas secoua la tête, lui prit la main et l'entraina auprès des autres couples. Une musique un peu plus entrainante résonnait et Peter se sentit nerveux. Il savait bien qu'il ne devait rien imaginer mais c'était bien la première fois qu'il était aussi proche d'une fille. Dorcas n'était pas son genre mais elle avait son charme, authentique et naturel.
-C'est vrai que c'est ringard de dire qu'on va tourner à l'eau pendant une soirée mais crois-moi, mieux vaut être sobre que finir dans un état pitoyable à la fin de la nuit. Ne me dis pas que tu as besoin d'alcool pour me supporter ?
-Non, non ! rougit Peter.
Dorcas était si à l'aise ! En même temps, il était juste Peter. C'était facile de lui parler à lui, plus qu'aux populaires de l'école en tout cas.
La brune n'ajouta rien et commença à danser. Elle posa ses mains sur le blond et celui-ci fit de même. Peter retrouva alors la fille parfois timide et introvertie du début de sa scolarité. Et puis, elle rit, le détendant enfin. Il essaya ensuite de s'amuser, savourant la chance de passer une bonne soirée.
Il improvisa soudain quelques pas et se trouva catastrophique. Il avait tout d'une marionnette qui avait du mal à s'articuler ! Il marcha même sur les pieds de sa partenaire et s'empressa de s'excuser. Il se trouva brutalement pitoyable : ce n'était pas possible d'être si mauvais danseur tout de même ! Il regrettait à présent de ne pas avoir participé avec plus de sérieux aux cours de danse dispensés par McGonagall. Mais jusqu'à aujourd'hui, il n'aurait jamais pensé aller au bal avec une cavalière et donc que des cours de danse lui serviraient…
-Peter ne soit pas si nerveux, rit Dorcas.
-Désolé, s'excusa-t-il encore.
-Ce n'est rien, tu n'es pas obligé de t'excuser pour la moindre petite chose. Je ne suis pas non plus une experte en la matière ! Essayons juste de ne pas trop nous ridiculiser et de ne pas écrabouiller les pieds de l'autre.
-Ça me va, sourit le blond.
Ils improvisèrent de nouveau quelques pas et au bout d'un moment, alors qu'il était plus à l'aise, Peter put enfin regarder sa partenaire et non plus là où il mettait les pieds. Dorcas lui sourit et ils tournoyèrent. Le parfum floral de la jeune femme parvint au Gryffondor. Dorcas était assez belle et Peter se demandait pourquoi elle était encore célibataire, surtout que toutes ses amies étaient en couple. Elle devait parfois se sentir seule quand celles-ci étaient occupées avec leurs copains… Enfin, c'est ce qu'il supposait.
-Je suis contente que tu aies accepté mon invitation, fit-elle une fois la musique finie et les danseurs à l'arrêt. Comme tu devais y aller avec Remus, je n'étais pas sûre que tu sois d'accord. Ça ne l'a pas trop dérangé que je te pique à lui j'espère ? lui demanda-t-elle ensuite.
Peter s'empressa de la rassurer.
-Remus est super gentil, il a compris que j'avais envie d'y aller avec une cavalière cette année.
C'était un choix logique pour le garçon rondouillet. Tout le monde préférait aller au bal avec une fille plutôt qu'avec son ami. Peter avait de toute façon depuis longtemps rangé dans un coin de sa tête le fait que Remus avait quant à lui refusé d'y aller avec quelqu'un pour ne pas le laisser seul.
xXx
James esquissa un sourire alors qu'il voyait Nott verser une fiole différente dans chaque récipient de punch. Il était curieux de savoir sur quoi il allait tomber. Par contre, il était déçu de sa façon de faire. Les gens manquaient franchement d'imagination ! Le vieux coup du leurre ! C'était trop bête mais ça avait quand même marché. Le bal avait débuté depuis déjà une heure et Lily et lui avaient dansé quelques fois avant de rejoindre leurs amis et de discuter un peu avec eux.
James avait finalement réussi à tirer son ami jusqu'à la soirée. Sirius n'était pas bien et James voulait qu'il se change les idées ici. Et puis, c'était leur dernier bal de Noël, le Gryffondor ne pouvait pas le manquer. James s'en voulait d'ailleurs de lui avoir fait part de ses découvertes juste avant. Le moment avait été mal choisi mais il n'avait déjà que trop attendu.
Sirius avait raison. Demain, ils retourneraient à la maison et avec Regulus dans les parages, lui parler d'un truc aussi intime aurait été trop compliqué. Le Préfet n'avait pas encore aperçu le 6ème année et il ignorait même s'il comptait venir. La salle était tellement grande que Regulus pouvait bien s'y trouver sans qu'il ne l'ait vu. Sirius avait quant à lui depuis longtemps disparu de son champ de vision. En effet, le brun l'avait suivi des yeux lorsqu'il était allé se chercher un truc à boire, puis l'ainé des Black s'était baladé parmi la foule d'élèves.
-C'est vraiment génial, fit soudain Lily qui se rapprocha de lui.
James la prit dans ses bras et observa de nouveau la salle de bal. La rousse avait raison, c'était magnifique. Noël était la fête que l'attrapeur aimait le plus. C'était réellement magique, le moment où on mettait des étoiles dans les yeux des gens et des paillettes dans leurs vies. Et malgré toute cette histoire autour du frère de son ami, James était heureux de pouvoir se trouver au bal avec Lily. Il n'y avait pas d'autre endroit où il aurait voulu être.
Il la contempla un instant, se demandant si c'était le moment pour lui d'en parler. En effet, dans ses plans d'avenir, épouser Lily Evans était tout en haut de sa liste. Il était sûr de son amour pour elle et voulait passer le reste de sa vie à ses côtés. Il avait également besoin d'avoir une bonne nouvelle à annoncer après toute cette merde que les frères Black vivaient en ce moment. Lui-même se sentait souvent à cran ces derniers temps et Lily était – avec Sirius - la seule personne à pouvoir l'apaiser et le rendre heureux.
-Dis, Lily, tu penses quoi du mariage ?
Sa petite amie se retourna vers lui et fronça les sourcils, surprise par sa question. Frank et Alice qui n'étaient pas encore repartis sur la piste de danse échangèrent un regard. Le silence suite à la question du lion commença à se prolonger et le malaise gagna lentement leurs amis. Le couple préféra alors s'éclipser discrètement : c'était un sujet sérieux et ils avaient sans aucun doute mieux à faire.
-Je ne sais pas, répondit finalement Lily dans un rire. Es-tu déjà ivre, James ? La soirée ne fait que commencer !
Malheureusement, James ne sembla pas gouter à la plaisanterie. Pire que ça, il se sentit vexé, ayant l'impression que Lily se moquait de lui.
-Je suis parfaitement sobre, je n'ai pas encore bu. Et je suis sérieux ! s'énerva-t-il.
-Je blaguais, James, soupira Lily, étonnée de la réaction de son petit-ami.
James soupira à son tour avant de détourner le regard. Il était à cran, il le savait, et il savait surtout pourquoi. Cette conversation n'avait pas que perturbé Sirius. Sans compter le fait qu'il lui avait fallu beaucoup de courage pour aborder ce sujet du mariage. Il y pensait depuis quelques semaines, ce n'était pas quelque chose qui tombait de nulle part. Lily était la femme de sa vie, il voulait l'épouser et même faire sa demande à la fin de Poudlard dans l'idéal. Mais avant ça, il voulait savoir ce qu'elle en pensait, si l'idée du mariage en général l'enthousiasmait autant que lui. Avec sa plaisanterie, Lily l'avait refroidi.
Pourtant, l'épouser était la seule certitude qu'il avait pour son futur. Le mariage, James trouvait ça romantique. La preuve ultime d'un grand amour. Ses parents s'étaient mariés jeunes et s'aimaient d'un amour sans faille, affrontant les épreuves de la vie, la difficulté d'avoir un enfant ayant été la plus dure. Mais James était là et il était leur trésor. Il voulait quelque chose de similaire.
-Je ne suis pas contre si c'est ta question mais ce n'est pas vraiment dans mes projets, reprit-elle honnêtement.
-Pourquoi ça ? Tu ne voudrais pas m'épouser ?
Lily l'observa encore plus intensément puis secoua la tête. Elle chercha ensuite ses mots. A quoi rimait cette conversation ? Ils étaient au bal de Noël, leur dernier, et étaient supposés profiter des vestiges de leurs adolescences.
-Je… Est-ce que tu me fais une demande en mariage, James ?
Elle essaya de ne pas paniquer mais son visage la trahit.
-Je vais nous chercher un verre.
James s'éloigna. Il y avait du monde. Maintenant que tout le monde savait qu'il ne s'agissait plus seulement de jus de citrouille ou autre, ils avaient plus envie de se souler et de faire la fête. Remus était près de la table, regardant avec un sourire triste la fête, un verre depuis longtemps vide à la main. James se demanda s'il allait bien. Il aurait aimé aller le voir pour le questionner mais à vrai dire, il sentait qu'il allait plutôt devoir affronter un problème bien plus grave avec Lily. Il savait qu'il avait manqué de tact et avait pratiquement lâché une bombe sans la prévenir.
Mais l'ambiance, l'instant était magique et il avait juste voulu savoir si c'était une idée qui lui plaisait. Il s'était montré sérieux. Néanmoins, James se demandait de plus en plus si les projets qu'avait la Préfète-en-cheffe ne différaient pas des siens. Il ne comprenait pas. Avant, ils étaient sur la même longueur d'onde, deux amoureux ayant tout le temps besoin de se voir et de se câliner. Sirius s'était d'ailleurs largement foutu d'eux à ce sujet. Mais cette année… Les choses avaient changé sans qu'il ne comprenne pourquoi. Il avait eu moins de temps à accorder à Lily et à chaque fois qu'il essayait de la voir, c'était elle qui l'était. Elle lui faisait des reproches alors qu'il avait pourtant changé pour elle. Il avait laissé tomber les moqueries et les jeux sur Snape. Mieux encore, James avait tout fait pour se rapprocher de lui. Le Gryffondor avait ainsi fait de son mieux pour gagner en maturité mais il ne voulait pas trop changer sa personnalité non plus. Il était attachant, joueur, espiègle, innocent et maladroit. Lily n'était-elle pas tombée amoureuse de ce gars là ? Celui qui la faisait rire et qui arrivait à la surprendre ? Qui était fidèle et touchant, à l'écoute pour ses amis ?
James était toujours ce type là, mais peut-être que Lily ne voulait plus s'en contenter. Et pour être honnête, James désirait aussi que Lily soit différente parfois. Qu'elle soit plus fun, qu'elle ose le suivre dans ses délires sans être toujours la voix de la raison. Il avait parfois l'impression d'entendre plus de remontrance de la part de sa petite amie que de mots d'amour. C'était déstabilisant de comprendre qu'on n'avait pas beaucoup de points communs avec sa petite amie mais ça ne l'empêchait pas de l'aimer. C'était simplement que des fois, forcément, ça se ressentait.
Et puis, James voulait se rapprocher physiquement de sa copine. Il avait 17 ans et n'avait pas eu de relations sexuelles depuis presque 1 an et demi. Il ne savait pas pourquoi Lily ne voulait pas. Il aurait aimé en parler avec elle, savoir ce qu'il faisait de mal, la rassurer ou répondre à ses questions si elle en avait. Ils étaient un couple, ils auraient dû pouvoir en parler.
Mais étant donné le début de conversation entre eux, James n'était plus sûr de le vouloir. Son objectif était de terminer cette soirée de manière correcte. Lily et lui ne se disputaient pas souvent et il n'avait pas envie de se fâcher avec elle avant les vacances. Ils n'allaient pas se voir avant longtemps donc il se refusait d'être en colère.
Nott passa à côté de lui à cet instant et, amusé, James lui demanda ce qu'il avait mis dans les boissons.
-Alcool ou potion désinhibante qui révèle les désirs de chacun.
James rit et se servit dans deux récipients différents.
-Tu me demandes pas ce que tu as pris ?
-Non, ce sera la surprise. C'est inoffensif ton truc de toute façon, sinon les gens seraient soit en train de vomir ou de se tripoter sur la piste de danse.
James s'éloigna avec ses deux verres et Nott l'observa, amusé à son tour. Il se garda bien de dire au Gryffondor que si l'alcool avait des effets de type standard, la potion agissait quant à elle à retardement. Ça promettait une belle fin de soirée avec une gueule de bois mémorable pour certains le lendemain !
xXx
-Regulus ?
Severus termina de descendre les marches pour arriver dans la salle commune des Serpentard. Le frère de Sirius Black était sur un des canapés, un livre à la main, et il leva la tête lorsque son ainé prit place à ses côtés. Severus fut alors surpris de constater que Regulus n'était même pas habillé pour aller au bal. Comptait-il seulement y aller ?
Enfin, il pouvait bien parler ! Lui, il était en pyjama et dormait depuis 20h. Il ne s'était levé que parce qu'il avait eu un petit creux et qu'il espérait trouver à manger en cuisine. Il aurait dû manger davantage lors du repas du soir mais les festivités à venir et sa solitude lui avaient comme qui dirait coupé l'appétit.
-Toi aussi tu es là, lui fit inutilement remarquer le 6ème année.
-Il faut croire que tout comme toi, ce stupide bal ne m'intéresse pas. Moi qui pensais que tu y serais allé avec Rosier.
-Il y est allé. Moi, je n'en avais pas envie.
-Oh, et tu n'es pas jaloux ? Il a une cavalière ? se moqua Severus.
Il s'étendit ensuite sur le canapé alors que Regulus l'ignorait. A cet instant, il aurait au moins aimé avoir une bouteille de whisky pur feu. Il se serait même contenté d'une bière-au-beurre. Au pire, il était certain d'obtenir un peu d'alcool en faisant une brève apparition au bal.
Son ami resta silencieux et Snape grimaça intérieurement. Parler du blond avec Regulus n'était sans doute pas une bonne idée. Ils n'avaient pas vraiment échangé depuis qu'il avait obtenu la révélation concernant le lien entre les deux hommes.
-Tu lis ? Sérieusement ? soupira-t-il finalement.
-Je n'arrivais pas à dormir. Pourquoi ne pas être allé au bal, toi ?
-Ça ne m'enchantait pas plus que toi. Mais je serai presque tenté d'y aller. Et après, je me rappelle que ce genre d'évènement n'est pas trop ma tasse de thé. Et toi ?
-Il faut croire que pour une fois, je n'avais pas envie de voir les gens afficher leur bonheur au grand jour, grinça le cadet des Black.
Severus était d'accord avec lui. Pendant un moment, il avait espéré pouvoir y aller avec Pamela mais celle-ci était partie avec un élève de 5ème année dont il ne connaissait rien du tout. Elle avait eu l'air heureuse et il n'avait pas fait sa demande. Alton était son amie et il n'avait voulu l'accompagner que pour ne pas être seul. La Serdaigle avait réussi à se trouver un cavalier, un garçon qu'elle aimait bien, alors il n'allait pas venir l'empêcher de passer une bonne soirée en bonne compagnie.
Il se coltinait donc Regulus, mais ce n'était pas forcément plus mal.
Pour que ce dernier bal soit parfait pour lui, il aurait simplement fallu qu'il y aille avec sa meilleure amie. Mais Severus se connaissait. Jamais il n'aurait osé lui demander. De toute façon, c'était évident qu'elle y allait avec son copain. Elle devait passer une soirée merveilleuse.
Et puis, il avait décidé qu'il était temps qu'il passe à autre chose. Qu'il renonce à cet amour. Mais comme d'habitude en amour, c'était plus facile à dire qu'à faire. Il était conscient que pour y arriver, il devrait s'éloigner d'elle. C'était triste à dire alors que pendant presque 6 ans, il avait tout fait pour que ça n'arrive pas. Le fait de ne pas être dans les mêmes maisons avait déjà été assez difficile comme ça. Il aurait pu la perdre tellement de fois. Mais Lily était si gentille, elle s'était toujours accrochée.
Pourtant, elle aurait dû le laisser dans ses problèmes parce que sans s'en rendre compte, elle l'avait fait souffrir d'une autre manière. Donner à manger à celui qui meurt de soif est sans conteste d'une cruauté sans nom.
Snape soupira. Il commençait vraiment bien ses vacances. Il sentait qu'il allait passer un Noël horrible avec son bon à rien de père. Enfin, il disait Noël mais le 24 et le 25 allaient se résumer à se barricader dans sa chambre pour échapper à la verve ou encore aux coups de son père. Malgré le froid, il passerait ses journées dehors pour le voir le moins possible.
Heureusement, il n'avait plus que cette année à tenir. En effet, Jedusor lui avait promis qu'il se chargerait de sa formation de potionniste après Poudlard. Il voulait le croire. Sa vie serait meilleure ainsi. Elle commencerait réellement à cet instant. Le meilleur était à venir.
-Vas-tu encore rester ici pour Noël ? lui demanda soudain Regulus.
-J'aurais aimé, mais non. J'ai un petit boulot pendant les vacances, quelques heures à peine par jour mais j'en ai besoin, avoua-t-il d'une voix blanche.
Il n'aimait pas reconnaitre qu'il avait besoin d'argent mais Regulus étant dans une situation encore plus complexe que la sienne alors il ne se sentait pas honteux d'en parler avec lui.
-Rester à Poudlard et faire des allers-retours chaque jour serait trop compliqué. Et toi ? Je ne suis pas sûr qu'il y aura grand monde, tu sais, fit-il.
-Hm. De toute façon, je ne reste pas. On dirait que je vais passer les fêtes chez les Potter. Ca ne m'enchante pas vraiment mais je l'avais promis à mon frère...
-Tu comptes te rabibocher avec eux ? D'ailleurs, est-ce que tu parles avec moi pour au final m'ignorer demain ? s'amusa Snape.
-Non, je ne compte pas faire ça. Pour Sirius, ce sera plus compliqué. En fait, Rosier a… Enfin, je peux parler avec James mais j'avoue ne pas en avoir très envie.
Son visage devint soudain bien sombre et il détourna le regard. Severus le contempla, étonné. Il avait cependant l'impression qu'il était inutile d'interroger Regulus. Le Serpentard était certain de ne pas obtenir de réponses de toute façon. Au lieu de ça, Severus préféra parler d'autre chose.
-J'ai l'impression que Rosier et toi êtes moins ensemble. Est-ce que tu l'as enfin envoyé balader ou alors il a décidé pour je ne sais quelle raison de te laisser tranquille ? Être un petit-ami pot de colle, c'est vraiment nul, se contenta-t-il de commenter.
Regulus esquissa un sourire plutôt discret.
-Je crois qu'il a compris que j'avais besoin d'espace, même si j'avoue que j'ai été surpris qu'il cède si facilement. En fait, il agit même comme avant que toute cette histoire ne commence.
Regulus se garda bien de lui dire qu'il lui avait aussi lancé un sort la dernière fois que Rosier avait essayé de s'introduire dans son lit. Ils avaient ensuite parlé et le cadet des Black lui avait dit qu'avant qu'ils ne fassent ce serment, il avait eu une certaine admiration pour lui, qu'il l'appréciait un peu, mais qu'à agir de la sorte, il ne réussissait à obtenir que son dégout et sa colère.
Ce discours avait-il fait mouche ? Regulus ne voulait pas parier là dessus.
-Bon, si on doit passer la soirée ensemble à se raconter nos vies minables, il va au moins nous falloir un peu d'alcool pour ne pas déprimer.
Snape se leva, bien décidé à subtiliser quelques victuailles et boissons dans la salle de bal.
xXx
Remus se sentait seul mais il avait l'impression que c'était l'histoire de sa vie. Parce qu'il était gentil, les gens pensaient qu'il pouvait tout accepter avec le sourire. Peut-être était-ce de sa faute. Malheureusement, il n'osait pas vraiment dire non. Si quelqu'un avait besoin d'aide, c'était normal de se proposer. Ne pas le faire était égoïste. Ses parents ne l'avaient pas élevé comme ça.
Le problème à être trop gentil, serviable et discret, c'est qu'à force, on devient invisible pour les gens et comme par magie, ils nous voient de nouveau lorsqu'ils en ont besoin. S'entendre dire qu'on est gentil n'est pas un compliment. Remus voulait plutôt qu'on lui dise qu'il était beau, sexy ou même mignon, peut-être même drôle ou intelligent, rusé ou encore ingénieux, imaginatif. Les adjectifs ne manquaient pas et il ne voulait pas être résumé à un seul mot. Pourtant, les gens ne l'envisageaient pas autrement que comme le pote sympa.
Par exemple, il n'avait pas cherché de cavalière parce qu'il devait y aller avec Peter mais voilà que son ami s'amusait sur la piste de danse avec Dorcas et que lui se retrouvait seul, invisible dans la foule.
Est-ce que quelqu'un le voyait au moins ? Pas juste comme un ami, mais comme un amant, un copain, une personne précieuse ?
Remus vida son verre et fit la moue. Il aimait danser mais il était seul et il y avait tellement de monde… Il avait trop bu et sa tête lui tournait un peu. Il ne se sentait pas de zigzaguer entre toutes ces personnes pour retrouver un visage familier. Il ne comprenait d'ailleurs pas pourquoi il ne se sentait pas bien : le jus de citrouille et les boissons pétillantes ne lui faisaient pas cet effet là d'habitude.
-Salut, Remus.
Le Poufsouffle observa Sirius venir se poser à côté de lui. Le batteur s'appuya contre le mur et son épaule frôla la sienne. Remus haussa un sourcil : il n'avait pas eu le droit à un surnom étrange ou à une blague stupide. A bien y regarder, le Gryffondor ne semblait pas en grande forme. Peut-être que comme pour lui, la soirée n'était pas aussi amusante que pour les autres.
-Cette fête est pourrie, n'est-ce pas ? soupira le brun.
Remus ne sut quoi répondre. Si tout le monde s'amusait sauf eux, c'est qu'elle devait l'être au moins un peu, non ?
-Oui, répondit-il pourtant.
C'est ce qu'il ressentait. Il n'y trouvait aucun attrait et pensait de plus en plus à retourner dans son dortoir.
-Je ne pensais pas que tu trouverais une cavalière pour Peter.
-Je suis fort et il faut au moins ça pour ce genre de mission.
-Tu as juste demandé à ton amie, sourit Remus en lui jetant un coup d'œil amusé.
Celui-ci avait toujours les yeux sur la piste de danse, visiblement ailleurs.
-Tu es seul. Enfin, je veux dire, tu n'as pas de cavalière ?
Remus secoua la tête.
-Je n'ai pas cherché, je devais y aller avec Peter.
-Et donc tu es seul. Tu devrais arrêter d'être aussi sympa avec ce type. Au final, c'est toujours toi qui es laissé pour compte.
Remus se renfrogna. Il savait que le brun avait raison mais n'avait pas envie de s'engager sur ce terrain là avec lui.
-Toi aussi tu es seul, lui fit-il alors remarquer.
-Ouais.
Sirius esquissa un sourire et se tourna vers Remus qui cligna un peu des yeux face au regard du lion.
-On a qu'à dire qu'on est ensemble, comme ça aucun de nous ne sera seul.
Remus rougit et détourna le regard. Il se sentait soudain gêné par la discussion. C'était d'ailleurs rare qu'il puisse discuter avec le lion sans qu'il se sente agacé à un moment ou à un autre. Sirius était correct et se montrait aimable avec lui. Le Poufsouffle se demanda alors s'il agissait ainsi parce qu'il ne se sentait pas bien. C'était en effet évident.
-N'importe quoi, finit-il par dire.
-Tu peux y aller avec cet empoté de Pettigrow et pas moi ?!
Sirius le dévisageait, les sourcils froncés, et Remus se demanda s'il n'était pas réellement vexé mais il avait du mal à y croire.
-Moi, je ne t'aurais pas laissé tomber, marmonna ensuite le Gryffondor.
Encore une fois, Remus ne sut quoi répondre et préféra garder le silence. Ils restèrent ainsi tous les deux debout, le dos contre le mur, à observer les couples évoluer. Tout ça donnait envie au châtain. Lui qui appréciait la fête et la danse en général, il se retrouvait coincé au bord de la piste. Sirius avait beau proposé qu'ils soient cavaliers pour le bal, c'était impossible. S'ils se mettaient soudain à danser parmi les autres, ce serait bizarre. Même si Remus savait bien que le Gryffondor n'avait pas fait cette proposition dans ce sens-là.
-Je me fais trop chier, je pars.
Remus fut prit de court et dévisagea pendant quelques secondes le brun qui s'éloignait avant de se décider à le suivre.
-Sirius !
Malgré le bruit, le Gryffondor l'entendit et s'arrêta pour se tourner vers le Poufsouffle. Remus le rattrapa ensuite et se rendit compte qu'il ne savait pas quoi dire. Il ne savait même pas ce qui lui avait pris de le suivre. Il se sentit gêné et sa timidité revint au galop. D'un côté, Sirius n'avait pas l'air très bien et il n'était pas rassuré de le savoir seul. D'un autre, il n'avait pas non plus très envie de retourner dans son petit coin et d'être de nouveau invisible pour tous les autres.
Sirius se rapprocha à son tour et Remus sentit son cœur battre plus vite. Ses mains se serrèrent autour de son verre vide. Ils étaient au milieu de la foule et le châtain sentit une vague de chaleur l'envahir. Il baissa la tête, troublé. Il ne comprenait pas bien ce qui lui arrivait.
-On peut aller passer la soirée ailleurs si tu veux, lui proposa-t-il finalement d'un air maladroit.
-OK, accepta Sirius. Je suis sûr qu'on ne manquera pas grand-chose de toute façon.
Le Gryffondor lui prit la main et l'entraina loin des danseurs vers la table qui croulait sous les boissons. Les professeurs chargés de les servir et de les surveiller s'étaient depuis longtemps éclipsés sur la piste de danse, laissant les élèves se servir eux-mêmes, et il ne faisait aucun doute qu'ils avaient dû gouter aux breuvages de Nott au vu de leurs comportements, à moins qu'ils soient tout simplement décidés à s'amuser. Alors qu'il suivait toujours le brun, Remus eut l'étrange impression que tout le monde les regardait, que le fait qu'ils soient ensemble était étrange.
-Viens.
Le Gryffondor le sortit de ses pensées, transformant son verre en bouteille - Sirius avait toujours excellé en métamorphose. Où qu'ils aient prévus de finir la soirée, ils ne pouvaient le faire sans alcool visiblement. Remus sourit et après un soupir, hocha la tête. Ils sortirent de la salle.
-Où est-ce qu'on va ? lui demanda-t-il.
-Au seul endroit où on sera sûr de ne pas être dérangé.
-La cabane hurlante ?
Sirius acquiesça.
-Ça ne fait pas très esprit de Noël, commenta Remus.
- On n'y va pas pour fêter Noël.
- Pour quoi faire alors ?
Sirius s'arrêta devant l'un des passages secrets du château et sembla réfléchir pendant un instant avant d'hausser les épaules.
-On verra bien.
Remus secoua la tête, amusé. Il prit le passage secret à la suite du lion et trébucha sur une petite bosse qu'il fut incapable d'identifier dans le noir. Il se rattrapa alors en s'accrochant aux épaules du plus petit.
-Ça va ? lui demanda Sirius.
-Oui, désolé.
-Tu ne marches même plus droit, Moony, t'es bourré, rit le Gryffondor.
-Non, je n'ai pas bu d'alcool. Il n'y en avait pas à la fête.
-Bien sûr que si, Nott en a versé très tôt dans la soirée. Tu ne l'as pas vu faire, c'est tout.
Remus voulut répliquer mais ne sut quoi dire. Pour être honnête, il avait bien remarqué que les boissons avaient un arrière goût inhabituel mais comme ce n'était pas bien fort, il n'y avait pas fait plus attention que ça. Il n'avait pas cherché à comprendre en fait.
-Tu as l'air bien, toi, constata-t-il ensuite. Tu n'as rien bu ?
-Si, j'ai peut-être pris autre chose, c'est tout.
Ils marchèrent encore quelques mètres avant de sortir du passage secret et d'atterrir à l'extérieur. Ils s'empressèrent alors de se rendre dans la cabane hurlante. Sirius faillit se prendre un mauvais coup du saule cogneur parce qu'il s'était approché trop près mais ça le fit plus rire qu'autre chose, ce qu'eut du mal à comprendre Lupin. Mais au moins, le Maraudeur avait retrouvé sa bonhomie habituelle.
Arrivés à l'étage dans ce qui semblait être la chambre, l'endroit le moins sale de la maison, Sirius alluma la cheminée décrépie d'un coup de baguette. Remus l'observa sans rien dire mais il espérait que rien ne prenne feu. Tout était si vieux… Le Préfet-en-chef jeta ensuite quelques sorts pour faire partir le maximum de poussière et que l'endroit ait l'air un minimum présentable.
Sirius lui tendit finalement sa bouteille et Remus la refusa d'un signe de la tête.
-Je pense que je vais arrêter là les frais pour ce soir.
-Dommage.
Sirius en but une longue gorgée avant de la poser sur la table de chevet près du lit.
-Qu'est-ce que tu veux faire ?
-Danse avec moi.
Remus s'était retenu une grande partie de la soirée mais ici, à deux, il pouvait bien faire ce qu'il voulait. Enfin, il n'était pas sûr que le Gryffondor accepte…
-Sans musique ? s'étonna Sirius.
Remus se sentit presque soulagé par la question du brun. Au moins ne le trouvait-il pas bizarre de faire une telle demande. Sirius semblait ouvert, désirant s'amuser, tout simplement. Cette simple constatation lui enleva alors toute sa nervosité.
Comme pour répondre, il sortit une pierre de sa poche et Sirius le regarda la poser sur la fenêtre puis pointer sa baguette vers elle. Il lança un informulé et de la musique s'éleva. Sirius, qui adorait la musique moldue qu'il avait découverte plutôt récemment, apprécia les sonorités qui s'élevèrent. C'était une musique rythmée, de quoi lui redonner de l'énergie et danser une bonne partie de la nuit.
-Je l'ai ensorcelée pour qu'elle joue mes musiques préférées, j'aime bien avoir un peu des deux mondes avec moi quand je suis à Poudlard, expliqua Remus.
-Ce n'est pas trop dur parfois ?
Le Poufsouffle fronça les sourcils face à la question. Il alla ensuite s'asseoir sur le lit et Sirius le rejoignit.
-De quoi ?
-D'essayer de trouver sa place. Être un sorcier, mais pas seulement. Connaitre un autre monde où tout est différent.
-Parfois. J'ai toujours vécu dans le monde magique alors je me sens forcément un peu plus sorcier que moldu. Pourtant, ici, je ne suis jamais considéré comme un sorcier à part entière. On me ramène souvent à mon côté moldu et je sais que c'est vrai pour la plupart des sangs-mêlés.
-C'est parce que dans le monde magique, tout est une question de sang ou presque. Il n'y a qu'à voir mes parents et leur folie avec leur sang toujours pur. Tu savais qu'à une époque, il était même fréquent de se marier avec des membres de sa propre famille dans le but de préserver la lignée ?
Sirius soupira et Remus esquissa un sourire à son attention.
-Comment c'est de vivre dans un monde où la magie n'existe pas ? Ça doit être effrayant, non ? reprit le Gryffondor.
-Je… Comme je te l'ai dit, ma famille et moi vivons dans le monde magique mais il nous arrive d'aller dans l'autre. J'y ai même vécu quelques années à vrai dire.
Remus se garda bien de préciser quels évènements avaient motivé ce choix. Il n'était pas assez proche du Gryffondor pour lui parler de Greyback ni même de l'attaque qu'il avait subi. Après ça, ses parents avaient souhaité plus de tranquillité et de sécurité dans le monde non magique. Sa mère en avait été heureuse, elle qui avait tout quitté pour suivre Lyall. Retrouver sa famille et sa vie d'avant lui avait mis du baume au cœur. Malheureusement, ça n'avait pas duré. Leur vie à trois, ils l'avaient construite avec la magie et elle leur avait bien vite manqué. La lettre de Remus pour Poudlard avait été l'occasion de retourner chez eux, à l'endroit où finalement, ils se sentaient tous le plus heureux.
-Quand tu as l'habitude de la magie, quand tu as grandi avec, ça peut être effrayant de devoir t'en passer, admit Remus. Les sorciers ne sont pas autorisés à faire usage de la magie chez les moldus car ils pourraient être découverts et révéler le secret du monde magique.
-Ouais, je sais, soupira Sirius. C'est dommage.
-Tu serais pour briser le secret de notre monde ? lui demanda Remus, étonné.
-Je ne sais pas, peut-être. Je me dis juste que c'est dommage de devoir cacher qui l'on est vraiment. Mais je comprends bien que ce genre de révélation apporterait plus de problèmes qu'autre chose.
Sirius se laissa soudain tomber en arrière, s'allongeant sur le lit un peu dur. Il observa le plafond abimé, ferma les yeux et écouta la musique.
Remus, encore assis, observa le visage paisible du brun. Sirius était beau. C'était une pensée qu'il s'était toujours refusé à avoir mais il devait bien le reconnaitre à cet instant. Depuis la rentrée de septembre, le Préfet-en-chef avait l'impression de s'être beaucoup rapproché du lion. Il avait appris à connaitre le Sirius qui se protégeait et donnait le change derrière des pitreries, des remarques blessantes ou en faisant le beau devant sa cours de fidèles. Il se demandait ce qui avait motivé ces changements chez le Gryffondor. Était-ce son départ de la demeure familiale ?
Que ce soit cela ou non, Sirius semblait bien mieux. Plus authentique et rayonnant. Remus était soulagé de le voir plus souriant qu'au début du bal. Il avait envie de lui demander ce qui avait bien pu le tracasser mais une fois de plus, il ne s'en sentit pas capable.
Sirius rouvrit brutalement les yeux et croisa le regard doré du Poufsouffle embarrassé. Il venait d'observer le brun de longues secondes sans rien dire, c'était étrange, non ? Pourtant, il n'arrivait pas à se soustraire au regard envoutant du batteur.
Le Gryffondor se redressa alors et décala une mèche de cheveux du châtain derrière son oreille.
-Tu ne voulais pas danser ?
-Si mais, je...
Sirius se leva et tira fortement son bras pour qu'il fasse de même, ce qui les fit rentrer en collision. Remus grimaça et Sirius se frotta le front en s'excusant.
Le châtain s'en amusa.
-Tu as bu et pourtant, tu n'es pas plus drôle que d'habitude, grogna Sirius.
- On n'a pas le même humour, se défendit le concerné.
-Ah ouais, tu vas encore me raconter une de tes blagues moldues ? se moqua-t-il.
-Non, je ne m'y risquerai pas !
Il accepta la main que le Gryffondor lui tendait et rit de plus belle quand celui-ci le fit tourner. Sirius improvisa ensuite quelques pas qui n'allaient pas du tout avec la musique. Le pauvre ne devait même pas s'en rendre compte et ses quelques boucles brunes tressautèrent alors qu'il se tortillait pour enlever quelques couches de vêtements. La cheminée avait en effet eu le temps de bien réchauffer la pièce et il y faisait maintenant une température agréable.
Oubliant sa timidité, Remus l'imita. Catastrophé par les improvisations hasardeuses de son ami, il décida ensuite de prendre les choses en main et montra au brun comment les gens bougeaient habituellement sur ces musiques-là.
Les minutes défilèrent et bientôt, elles devinrent une heure mais les deux sorciers ne semblaient pas vouloir s'arrêter, enfin heureux pour ce dernier soir avant le départ des vacances. Le regard rivé l'un à l'autre, ils se rapprochaient avant de mieux s'éloigner, jouant l'un avec l'autre.
Peut-être écoutaient-ils encore la musique mais ils n'en avaient pas vraiment l'air. Hypnotisé et recherchant simplement le contact avec l'autre, Remus s'était habitué à l'effet de l'alcool dans son sang, la joie et l'euphorie faisant doucement vibrer son être.
-T'es bien mieux quand tu laisses tomber ton air coincé, Moony ! lui fit soudain remarquer Sirius alors qu'il s'arrêtait de danser, la fatigue le rattrapant peu à peu.
Sous l'effet de la danse et de la chaleur ambiante, le Gryffondor déboutonna les premiers boutons de sa chemise. Son cœur battait vite et il peinait encore à adopter une respiration plus calme.
A cet instant et pendant un court moment, alors que Sirius se passait une main dans les cheveux, le regard ailleurs, les yeux de Remus s'attardèrent sur la peau visible que dévoilait sa chemise défaite. Sirius dégageait une sensualité et un attrait difficile à ignorer et depuis qu'il avait changé son attitude à son égard, le Poufsouffle avait moins de mal à l'admettre. Il ne s'expliquait pas par contre pourquoi le brun cherchait si souvent son contact, lui donnait ce petit surnom et l'obligeait à faire des trucs complètement fous. Remus connaissait en effet Sirius Black depuis la 1ère année, mais c'est seulement lors de leur dernière année – la 7ème – qu'il avait eu l'impression de voir réellement qui était l'ainé de l'honorable famille Black.
Il l'avait vu sourire pour autre chose qu'un mauvais coup à une personne innocente. Il l'avait entendu rire et essayer de cacher son hilarité face à ses blagues peu drôles. Et puis, il voyait aussi combien l'amitié était importante pour lui, tout comme son frère. Il était libre et ne voulait pas d'attaches. Son esprit si vorace à ce sujet le fascinait parce qu'il n'en devinait pas encore les réelles raisons.
Il y avait aussi cette rencontre dans un couloir de l'école alors qu'il faisait une crise de panique… Pour la première fois, Sirius s'était montré fragile devant lui. Sirius Black était une personne complexe et Remus avait envie de le connaître, de faire partie de sa vie. Qu'il lui sourie encore, que ses yeux le cherchent, lui, le gentil Poufsouffle. Qu'ils discutent encore, de tout et de rien.
Qu'il égaie sa vie.
La vie aux côtés du Gryffondor avait une saveur différente.
Cette constatation le troublait au-delà des mots et il savait que c'était mauvais signe mais il s'en inquiéterait demain. Ce soir, ils étaient juste tous les deux et il pouvait faire ce qui lui plaisait.
Au final, Sirius n'était ni un bon ni un mauvais danseur. Il était de ces fêtards qui bougent sans honte sans se préoccuper des lendemains. Remus, lui, semblait devenir quelqu'un d'autre lorsqu'il se laissait entrainer par la musique. Il avait tout d'un séducteur. Et à partir du moment où Sirius lui avait tendu la main, son attitude charmeuse n'avait été qu'un prélude à un flirt de moins un moins innocent.
Sirius n'avait pas trouvé ça étrange puisque lui se comportait toujours ainsi. Il voulait plaire, être aimé et apprécié. Il cherchait donc constamment chez les autres ce qu'il n'avait jamais eu chez lui. Mais pour Remus, c'était différent, et peut-être qu'il interprétait mal les intentions du brun.
A moins que Sirius s'en fiche. Qu'il veuille provoquer cette chute…
La musique changea brutalement et se fit basse. La voix grave du chanteur était langoureuse et susurrait des mots d'amour à sa conquête imaginaire.
L'un près de l'autre, le visage de Sirius alla alors se nicher dans le cou du châtain et ses mains glissèrent sur le dos du blaireau. La peau de Remus était moite, l'alcool lui ayant donné bien trop chaud. Il sentait bon, un mélange entre l'ébène et un parfum plus léger et enivrant que Sirius ne connaissait pas.
De son côté cependant, Remus se crispa et fut incapable de continuer à bouger. Sirius ne parut pas le remarquer et le Poufsouffle essaya de reprendre pied. Il se sentait excité et ne voulait pas se trahir. Mal à l'aise, le Préfet-en-chef essaya donc de s'éloigner des bras du brun mais celui-ci s'accrocha. Il l'observa ensuite pour comprendre ce qui lui arrivait mais Remus était incapable de lui faire face. Au fond de lui, il se sentait bien et ne voulait pas tout gâcher alors il se contenta de sourire à nouveau à son cavalier. Il écouta la musique et se concentra sur les différentes sonorités, se laissant bercer dans les bras de Sirius.
-Dis-moi un truc sur toi, murmura soudain Sirius à son oreille.
-J'aime le chocolat.
-Je m'en fous, rigola l'ainé des Black.
Remus s'en était un peu douté mais ça l'avait amusé.
-Autre chose. Quelque chose que tu ne dirais pas au premier venu.
Le jeune homme hésita un instant puis repoussa doucement le Gryffondor. Cette fois-ci, son cavalier le laissa faire.
-Tu avais raison, je suis gay, avoua-t-il alors.
Sirius écarquilla les yeux, sidéré.
-Je croyais que t-
-J'avais juste dit que je n'étais pas avec Peter, ça, je l'ai toujours nié. Mais si tu y réfléchis bien, je n'ai jamais répondu à cette question là précisément.
-Tu es un Poufsouffle vicieux !
-Merci.
-Pourquoi me le dire maintenant ? s'étonna Sirius.
-Parce que tu danses avec moi et que… je crois que ça ne me laisse pas indifférent, admit-il en baissant les yeux.
Le silence se fit et Remus se mordit les lèvres. Evidemment, il avait cassé l'ambiance.
-Et toi ? demanda-t-il alors pour briser le malaise qui commençait à s'installer.
Remus voulait connaitre un secret concernant Sirius mais le Gryffondor pensa qu'il l'interrogeait sur sa sexualité.
-C'est les filles mon truc mais… Tu vas rire, j'ai… Enfin, j'ai l'impression que dans une autre vie, j'ai aussi bien côtoyé un genre que l'autre.
Sirius se mit ensuite à sourire, perdu dans ses pensées.
-Du genre je pense que je saurais naturellement quoi faire si je devais coucher avec un mec !
Remus se sentit rougir. Le regard du brun sur lui était si intense. Et cette confession, elle semblait être faite juste pour qu'il succombe ! Il se força pourtant à s'en détourner. Il savait qu'il interprétait probablement ces paroles comme il désirait les percevoir et non pas pour ce qu'elles étaient vraiment. La dernière fois aussi il s'était fait des films et avait fini par faire n'importe quoi.
-C'est stupide, marmonna soudain Sirius, comme réalisant ce qu'il venait de dire.
-Non. Enfin, je ne crois pas.
A ces mots, le Gryffondor releva les yeux et Remus sentit son cœur battre plus vite encore. Ils étaient trop proches.
-Je devrais partir…
-Hein ? Pourquoi ?
-Sérieusement, tu… Ce n'est pas une bonne idée.
-Pourquoi ?
-Parce que tu me plais !
Le Gryffondor sembla enfin prendre conscience de son attitude et esquissa un sourire désolé avant de s'éloigner pour allez boire. Remus soupira et jeta un coup d'œil vers la porte. Pouvait-il laisser le Gryffondor seul ici ?
-T'es pas obligé de partir, lui fit alors remarquer le brun.
Remus fronça les sourcils et Sirius s'installa de nouveau sur le lit, invitant Remus à le rejoindre mais celui-ci ne bougea pas.
-Alors… tu veux qu'on s'embrasse ?
Remus leva les yeux au ciel et croisa les bras.
-Je ne me moque pas de toi, Moony, soupira Sirius. Je crois que… j'en ai envie. Pas toi ?
Le Poufsouffle décroisa les bras et prit une seconde pour mieux l'observer. Sirius semblait sincère.
-Bien sûr que si.
Après une nouvelle hésitation, Remus s'assit à son tour sur le lit. Gênés, ils s'échangèrent quelques regards maladroits avant que Sirius ne prenne les choses en main.
Remus ferma les yeux, nerveux.
Une petite voix au fond de sa tête lui hurlait que c'était une mauvaise idée mais plus le brun se rapprochait de lui, moins elle se faisait bruyante.
Il ne l'entendit presque plus lorsqu'il sentit le souffle de Sirius sur sa peau.
Elle disparut complètement lorsque ses lèvres se posèrent sur les siennes.
Et voilà, premier baiser ! J'espère que ce long chapitre vous aura plu.
Prochain chapitre - Nuit d'ivresse partie 2 - 28/03
A bientôt !
