Chapitre 18 :
Fêlure
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Lundi, ce qui s'était passé deux jours auparavant était encore sur toutes les lèvres, si bien qu'il allait être difficile pour Severus d'oublier l'humiliation publique qu'il avait subie. Pire, certains continuaient à se moquer de lui. Des idiots sans aucun doute. Mais cela donnait au Serpentard l'impression horrible de revenir à ses premières années à Poudlard. Ces années où James et lui se menaient une petite guerre stupide. Sauf qu'ils n'avaient plus 12 ans et que cette fois-ci, ça ne s'était pas limité à des limaces dans le caleçon ou à une coloration de cheveux.
C'était pire et ça ne pouvait – ça ne devait - pas s'effacer aussi facilement.
Parfois, dans les meilleurs moments, Severus se réconfortait en se disant que Potter n'était pas sorti indemne non plus. Bien entendu, McGonagall l'avait forcé à récurer des chaudrons du cours de potion et avait en plus enlevé de précieux points à la maison Gryffondor. Mais tout cela n'avait pas eu d'importance : James avait à peine frémi. Ce qui le consolait vraiment, c'était que Lily avait décidé de larguer pour de bon cet imbécile. Beaucoup s'interrogeaient sur le pourquoi d'une telle décision, jouant bien volontiers les curieux. Ils oubliaient qu'aussi emblématique que pouvait être le couple, cela restait leur vie privée et ne les regardait en aucun cas. Cela s'appliquait même à Severus qui se refusait à en parler à Lily. Il ne voulait pas donner l'impression que son malheur lui fasse plaisir, ni le serve. Loin de là même. Lily avait beau avoir cessé toute relation avec le fougueux Gryffondor, ça ne signifiait pas pour autant qu'elle s'intéresserait à lui.
Elle n'avait pas rompu pour lui mais pour elle-même et à partir de là, la situation de Severus ne changeait pas vraiment. Mais à ce stade, le Serpentard s'en contentait. Que James soit aussi malheureux que lui était formidable !
Ces jours-ci cependant, Severus rasait presque les murs. Il baissait la tête et se cachait avec sa frange immense. Il avait eu tant de mal à perdre cette mauvaise habitude pour la reprendre aussitôt la première difficulté venue... Regulus n'en était pas heureux mais Severus n'arrivait pas à s'en vouloir : il avait encore le droit de se protéger comme il le voulait ! Il aurait d'ailleurs fait bien pire si le 6ème année ne l'avait pas secoué. Regulus était ainsi présent à chaque instant, le soutenant et fusillant les malotrus du regard. Cela avait étonné Snape. Il n'avait pas pensé un seul instant l'adolescent capable de cette attitude, surtout pour lui. Il prenait maintenant conscience, avec beaucoup de retard, que Regulus le considérait comme un réel ami. Ils ne parlaient peut-être pas des choses qui comptent ensemble, mais ils étaient tout de même là l'un pour l'autre. Le futur potionniste savait d'ailleurs ce qu'il lui devait.
Il s'en voulait d'avoir craqué, il aurait pu commettre l'irréparable. Regulus l'avait arrêter cette fois là comme s'il avait su ce qu'il s'apprêtait à faire, à dire. Mais cela lui semblait assez étrange, c'était des mots qui dépassait sa pensé, qui était là au bord de ses lèvres simplement à cause de la colère et l'humiliation. Il avait tenu à en discuter avec le Serpentard, il avait besoin de comprendre et également de se repentir, de lui expliquer. Il appréciait Regulus et ne voulait pas que le 6ème année pense qu'il était un sale raciste. C'était d'ailleurs perturbant, il n'aurait jamais pensé un jour devoir rassuré Regulus sur ce sujet. Sa famille était tellement pro sang-pur et conservatrice, que Regulus ait les même idées lui avait semblé logique. Mais en se rapprochant de lui et en devenant son ami, il avait appris que le brun avait une opinion plus nuancé que ses parents et que ses idées ne l'empêchait pas de respecter les gens différents de lui.
Entamer la discussion n'avait pas été facile, heureusement le cadet des Black lui avait facilité la tache en lui demandant d'aller à l'essentiel parce qu'il ne comprenait rien à ses balbutiement. Severus avait bien remarquer que si on était pas clair et concis avec l'attrapeur, celui-ci n'avait pas l'air de comprendre. Les sous-entendu, les allusions et envolés lyrics, l'horripilait. Rosier avait d'ailleurs eut du mal à lui faire comprendre qu'il l'attirait…enfin bon.
Regulus avait nié savoir ce qui allait se passer, Severus avait insisté, sûr de lui. Il n'était pas fier, si Regulus ne lui facilitait pas la tache, il n'allait pas s'en sortir. Au final Regulus avait finit par dire qu'il ne savait pas quelle insulte allait sortir de sa bouche, mais qu'il avait vu la colère et le rejet dans son regard. Lui aussi avait déjà ressentit ça et lui aussi avait souvent rejeté durement ceux qui avait essayé de l'aider, parce qu'il avait trop honte de lui, de sa situation. Que malheureusement les réunions auxquelles Severus continuait d'assister ne lui mettait pas forcément de bonne chose dans la tête.
La conversation s'était fini ainsi, sans que le futur potionniste n'ait pu le contrer. Regulus avait en partie raison. A ses réunions, il parlait beaucoup du statut des sorciers et du sang. La plupart d'entre eux semblait d'accord sur le fait que l'éducation et la méconnaisse des nés-moldus ne les plaçait pas sur un même pieds d'égalité qu'eux. Ceux qui avait toujours connu la magie, qui avait grandi dedans et qui savait ce qui avait à savoir. Les mots « êtres inférieurs et sang de bourbe » n'avait pas été prononcé, mais quelques uns les avaient pensés très fort.
La rumeur comme quoi ils étaient privilégié pour mieux s'adapter avait circuler. Comme le fait qu'il n'appartenait pas vraiment à leur monde, que c'était des « immigrés » qui venait pour changer leur monde, leur prendre leur poste. S'il continuait à accueillir autant de né-moldu dans le monde magique, bientôt la population de sang-pur serait quasi inexistante. Une sorte de théorie de grand-remplacement qui avait parler à Severus sans qu'il ne comprenne forcément tout les aboutissants. Il savait juste que comme Jedusor l'avait mentionné, les né-moldus seraient de plus en plus nombreux, qu'ils devaient être mieux informé et éduqué pour s'accoutumer à leur monde. C'était à eux qui devait s'adapter et pas l'inverse. Ils devaient rester à leur place, ils ne pouvaient pas être meilleur qu'eux, ce n'était pas possible.
Sans doute que tout cela était ressortit quand il avait vu Lily lui tendre la main, le sauver une fois de plus. Être si forte alors que lui était misérable encore. Que tout le monde se moquait de lui alors qu'elle était aimé et respecter…
Se rappeler de ça lui donnait l'impression qu'il allait mourir de honte.
Lily était génial et la restreinte à son sang, son statut, ce n'était pas correcte. Il l'aimait pour ça, son intelligence, sa force, sa gentillesse, sa beauté… Il ne se savait pas si macho pour être vexé que la fille qu'il convoitait était meilleur que lui dans beaucoup de chose, presque en tout d'ailleurs.
Regulus l'avait empêché de gâcher son amitié, sa scolarité et probablement sa vie. Severus ne se serait jamais remis d'avoir perdu Lily.
Il avait en effet une dette énorme envers Regulus qu'il doutait pouvoir un jour rembourser. Celui-ci devait même ignorer à quel point il lui était reconnaissant. Regulus était quelqu'un de formidable même si ça ne se voyait pas au premier abord et Severus se demandait au moins cinq fois par jour comment le discret et sensible cadet des Black pouvait être frère avec l'immature et idiot Sirius. Un mystère qui lui prendrait trop de temps à résoudre…
Au-delà de tout ce cirque dont le 7ème année avait du mal à se sortir, il y avait également Lily.
Son amie vivait une période difficile et il avait envie d'être proche d'elle. Mais une petite part de lui se sentait coupable. Même s'il n'avait pas forcé Lily à prendre sa défense et à rompre avec Potter, en avouant ses sentiments à la rousse, il avait fissuré l'équilibre du trio. Il ne voulait pas la lâcher alors qu'elle avait toujours tant fait pour lui mais sa position était délicate. De plus, il pensait souvent à la réaction qu'il avait eue envers elle et aux mots qu'il avait faillis avoir ce jour-là.
Faire un premier pas n'avait donc pas été facile car Severus n'avait jamais été bon à ce jeu. Mais il avait pris sur lui et avait été surpris de l'accueil bienveillant de Lily. Elle avait alors pu enfin retrouver son meilleur ami, Severus et elle ayant décidé de mettre de côté pendant au moins quelques jours les sentiments amoureux du brun. A présent, le Serpentard était ainsi bien décidé à ne plus fauter auprès de la rousse. James étant hors course, il ne tenait qu'à lui de convaincre Lily qu'ils pouvaient vivre quelque chose de merveilleux plus tard.
Peut-être aurait-il alors droit à la fin qu'il espérait depuis si longtemps.
xXx
La vie de James était autrement plus compliquée.
Lorsque Regulus repensait à ce qu'il s'était passé, il bouillonnait encore de fureur. Il aurait tellement aimé arriver plus tôt et empêcher James de faire une telle bêtise ! Il ne voulait pas le voir malheureux et il ne comprenait pas pourquoi le psychomage s'était mis sur son chemin. Il lui avait semblé qu'il avait montré de manière évidente son empressement pourtant. Malheureusement, ignorer la discussion aurait été d'une impolitesse incroyable et surtout, son insolence aurait interrogé. Mais peut-être qu'au final, il aurait tout de même dû passer outre.
-Plus j'y pense et plus je me dis que c'est impossible qu'il n'ait pas vu ce que James préparait, lança l'attrapeur.
Il se laissa tomber sur son lit. Tous ses camarades de chambre étaient en bas à prendre le petit déjeuner alors il pouvait s'exprimer sans craintes.
-Il revenait du parc et mon mensonge n'a pas dû le duper.
-Il essayait de te retarder, termina Black.
Les suppositions de l'adolescent allaient également dans ce sens et même s'il avait beaucoup d'éléments pour étayer cette supposition, il lui manquait le plus important : la raison. Cette question tournait en boucle dans sa tête. Pourquoi, pourquoi, pourquoi ?!
-Qu'est-ce qui l'aurait poussé à faire ça ?
Regulus se triturait la cervelle depuis dimanche. Il avait au début trouvé l'idée stupide, même inconcevable, avant de se décider d'en parler tout de même à Padfoot qui lui avait confirmé penser la même chose.
-C'est vrai qu'ici, ce n'est pas comme le monde, mais il y a de plus en plus de similitudes… Et même si Jedusor ne ressemble pas à un mage noir, je maintiens que cet homme n'a pas de bonnes intentions.
-Hum. Je dois aller le voir mercredi, lui rappela Regulus, mal à l'aise face à l'idée de ce rendez-vous. Tu dis que Voldemort avait un problème avec les nés-moldus et moldus, qu'il prônait la pureté du sang. Tu penses qu'il a choisi les élèves qu'il devait voir en fonction de ça ? Il y a pas mal de sang-pur et de famille riche, voir noble.
Padfoot prit le temps de réfléchir, Regulus lui se repassait la liste dans la tête. Quel était l'intérêt du psychomage à faire ça ? Attendait-il quelque chose de la part de ces élèves ? Et puis s'il commençait à avoir un discours étrange, ça attirerait l'attention. Enfin il y avait bien ses réunions auxquelles il assistait sans que ça n'interroge personne. Peut-être que son intérêt se trouvait là. Severus assistait à ses réunions et Regulus l'avait déjà vu parler quelque fois avec Jedusor, seul.
-C'est possible, finit par répondre Padfoot. Mais il voit des élèves comme Peter, Severus ou encore Dorcas. Deux d'entre sont d'ailleurs loin d'avoir de l'argent ou de l'influence pour le soutenir dans un quelconque projet.
-Mais Severus et Dorcas sont doués et intelligent. Il pourrait faire comme dans ton monde et se servir d'eux ? Peter quant à lui est facilement manipulable. Il peut également l'avoir prit simplement pour ne pas éveillé les soupçons, il est clair qu'il a vraiment besoin de soutien professionnel, lâcha Regulus sans pour autant vouloir être désobligeant.
-Je comprends ton raisonnement, mais je n'arrive pas à comprendre ce qu'il recherche. Il a dû deviner ce que tu cherchais à faire et donc t'en empêcher. Mais t'empêcher d'aider qui ? Severus pour ne pas qu'il s'humilie ou James pour ne pas qu'il perde définitivement Lily ?
-James est un sang-pur et sa famille est riche mais pas bien vu par les famille de sorcier conservatrice. Il ne fait même pas partie de la liste.
-Il a dû se dire et surtout comprendre très vite que James et surtout sa famille ne se laisserait pas embobiner. Ils sont très ouverts et loin des idées de Voldemort.
-Alors ça devait concerner Severus, supposa Regulus.
-Peut-être. Padfoot fronça les sourcils. On est d'accord que même si c'est triste ce qui est arrivé à Severus, il est en quelque sorte gagnant avec Lily ?
Le 6ème année haussa les sourcils, pas sûr de comprendre.
-James et Lily c'est mort, pour l'instant, précisa t-il. Ça laisse une chance à Severus.
-Tu penses vraiment qu'il se soucie des histoires de cœur d'adolescent ? Fit-il, dubitatif.
Padfoot dû convenir qu'il n'avait pas tort.
-Alors il voulait qu'il se fasse humilier, qu'il se sente mal et intensifie ses visites avec lui pour pouvoir avoir d'occasion de l'embobiner, souffla t-il.
Regulus garda le silence, il n'en savait rien. Il lui était presque impossible de savoir à quoi pensait le psychomage. Il lui semblait qu'il portait constamment un masque pour cacher ses émotions.
La porte du dortoir s'ouvrit soudain et Regulus se leva de son lit. Il ramassa sa baguette et prit sa cape, essayant de ne pas avoir l'air trop pressé lorsqu'il se dirigea vers la porte. Evan entra et Regulus fit mine de se concentrer sur un élément de décor du mur mais il arrivait tout de même à sentir avec intensité son regard sur lui. Ses épaules se détendirent néanmoins quand la présence rassurante de l'esprit se fit sentir dans son dos. Rester seul avec Rosier était devenu quelque chose de très difficile. Il lui rappelait constamment la manière dont le jeune homme avait agi avec lui. Padfoot lui avait suggéré de demander à changer de dortoir mais Regulus n'en avait pas envie, trop fier. Il ne voulait pas laisser Rosier penser qu'il le faisait fuir. Pourtant, lorsqu'il tombait sur lui ainsi, il se demandait si accepter ne serait pas pour le mieux.
L'attrapeur savait que dans ce cas, il devait se dépêcher d'en informer son directeur de maison. Organiser un tel changement prendrait sans doute du temps car il faudrait surtout et avant tout lui trouver une autre place. Et cela, s'il arrivait à justifier convenablement son désir de changement. Or, Regulus n'était pas prêt à parler de ce qu'il s'était passé avec Rosier et il n'avait pas envie que Slughorn pense qu'il ne supportait plus d'être dans la même pièce que son ex petit-ami.
Rosier lui barra soudain la route et les pensées de Regulus s'envolèrent. Le 7ème année observait le brun avec un sourire enjôleur et une attitude hautaine sans pour autant se montrer méprisant.
-Je suis content de tomber sur toi. Depuis le temps que je cherche à te voir seul à seul. A croire que tu m'évitais…
-C'était peut-être le cas, répondit Regulus qui essayait d'ignorer les noms d'oiseau que lançait Padfoot derrière lui.
-Ne dis pas ça. Tu sais combien ça me brise le cœur.
Regulus garda un visage neutre. Se retrouver face au blond était étrange et douloureux à la fois. A présent qu'il n'y avait plus ce pacte entre eux et qu'il s'était éloigné, tout ce sur quoi il avait fermé les yeux, l'horreur de ce qu'il s'était passé, lui sautait à la figure. Avant, il s'était contenté d'encaisser et de se dire qu'il n'avait pas d'autres choix ou encore de croire aux paroles venimeuses de son ainé. Mais il s'était trompé. Il avait été faible, il avait douté, et Rosier avait profité de lui.
En théorie, tout était maintenant fini mais malgré tout, il lui arrivait de faire des cauchemars et la vue de son propre corps lorsqu'il était excité le dégoutait. Il n'était pas sûr de permettre à un autre homme de le toucher un jour sans trembler. Rosier lui avait dit que son amour et ses désirs étaient impurs, ses parents avaient fait la même chose et…
Il savait qu'il ne devait pas, mais le cadet des Black commençait à y croire.
-Je ne veux pas te parler, Evan, souffla-t-il.
-Pourquoi ça ? Parce que tes parents t'ont pardonné, tu me rejettes ?
-Non. Pas seulement.
Regulus observa le Serpentard et tendit la main pour la poser sur l'épaule du blond. Il espérait ainsi maitriser ses démons. Peut-être que s'il lui parlait à cœur ouvert, Regulus reprendrait le pouvoir sur lui. Peut-être aussi le 7ème année comprendrait-il ce qu'il désirait et qu'il le laisserait tranquille.
-Tu m'intriguais avant. Je te trouvais beau et je t'admirais un peu, même si je me disais que ce n'était pas une bonne idée d'être proche de toi. On aurait pu devenir amis mais tu as profité de ma situation pour faire ce que tu voulais de moi. Tu m'as manipulé, même si en réalité, je ne peux m'en prendre qu'à moi-même de t'avoir cru. A cause de ton attitude, je n'éprouve plus que de la colère envers toi. C'est comme ça, Evan.
-Je t'aimais vraiment, tu sais. Je t'aime toujours, Regulus.
Le brun frissonna. Il voulut retirer sa main mais Rosier l'attrapa et par ce geste, Regulus sentit pour la première fois qu'ils étaient à égalité. Le blond ne jouait pas un rôle à cet instant. Pourtant, ça ne changeait rien.
-Ton amour m'a fait beaucoup de mal, souffla-t-il. Il était douloureux et tordu.
-C'est vrai...
Il y eut un silence et Regulus put enfin lâcher la main du blond. Dans son dos, Padfoot le pressait de partir et il avait raison : plus rien ne le liait à l'autre. Il devait reprendre sa vie en main, s'occuper d'autres choses. Rien ne l'obligeait à ménager son ainé. Evan n'avait jamais fait attention à lui contrairement à ce qu'il avait essayé de lui faire croire.
-Si je ne m'étais pas comporté ainsi, tu m'aurais oublié bien vite pour un autre.
Regulus avait commencé à s'éloigner mais il entendit néanmoins très bien ses paroles.
-Là au moins, je suis sûr que tu te souviendras de moi pour un long moment. N'est ce pas, Regulus ?
Ce dernier claqua la porte derrière lui et quitta d'un pas régulier la salle commune des Serpentard, le cœur serré. Il prouverait à Rosier qu'il avait tort.
Le Serpentard arrivait tout juste dans le hall quand il croisa Remus Lupin. Celui-ci l'arrêta et Regulus en fut surpris. Il se demandait bien ce que pouvait lui vouloir le Poufsouffle : ils avaient peu échangé ensemble et ne voyait pas ce que le blaireau pouvait lui vouloir.
-Bonjour, Black, le salua poliment Remus.
-Bonjour. Qu'est-ce qu'il y a ? Je suis pressé.
-Désolé, c'est au sujet de ce qu'il s'est passé samedi…
Regulus arqua un sourcil, étonné. L'esprit était à ses côtés et semblait fort mal à l'aise également. Il devait être au courant de quelque chose dont il n'avait pas parlé à Regulus. Cela le décida à porter bien plus d'intérêt au châtain. Il esquissa alors un sourire poli, voulant ainsi paraitre plus aimable.
-Tout d'abord, je suis désolé de ce qui est arrivé à Snape, lui assura Remus. J'aimerais bien lui parler et savoir comment il va mais il refuse de me voir. J'ai l'impression qu'il croit que je suis mêlé à tout ça simplement parce que je suis ami avec James et Sirius…
-Mais non, Moony, souffla Black, attristé.
Bien entendu, Remus ne l'entendit pas.
-En fait, j'aimerais comprendre ce qu'il s'est passé. James a vraiment joué un tour de très mauvais goût et je sais qu'il peut avoir de la bouse de dragon à la place de la cervelle parfois, tout comme Sirius. Il n'est pas capable d'expliquer son geste à part dire qu'il le méritait… Je ne sais pas si Sirius était dans le coup. Il dit que non mais je ne suis pas sûr de pouvoir le croire. James dit aussi qu'il est le seul responsable mais j'ai l'impression que c'est juste pour couvrir son ami.
Remus soupira. Il semblait à la fois triste et déçu, et Regulus eut un peu pitié de lui. A quoi s'attendait le Poufsouffle ? James et Sirius étaient connus pour leurs blagues et mauvais tours autant que pour leurs capacités à rendre fou les professeurs. Ils avaient beau être sympas, ils n'étaient pas des enfants de chœur. Et peu importe l'animosité entre James et Severus ou que le Serpentard n'ait jamais été très tendre non plus avec le capitaine de Quidditch. Il n'avait pas mérité ce qu'il lui était arrivé samedi et James se cherchait des excuses pour expliquer son geste.
C'était juste de la jalousie dans un stupide triangle amoureux qui avait été trop loin.
Mais Remus voulait éclaircir le rôle de Sirius et il était vrai que l'un n'allait jamais sans l'autre dans ce genre de situation.
-Je t'en prie, Reg', ne dis rien, lui souffla Padfoot. C'est vraiment très important. Moony va me faire la tête aussi et c'est, enfin…Ton frère risque… S'il te plait ! s'embrouilla-t-il.
Regulus comprit que Black ne voulait pas trop lui en dire et il semblait que Remus ne devait pas s'éloigner de son frère, que celui-ci n'avait pas envie de baisser dans l'estime du châtain. Pourquoi ?
-Sirius discutait avec Severus et ensuite, James est arrivé, expliqua Regulus en se fiant à ce que le fantôme lui avait dit.
-Donc Sirius n'a pas fait de mal à Snape ?
-Non.
Remus sembla soulagé mais toujours aussi pensif. Et comme il savait le brun pressé, il ne le retint pas plus longtemps.
xXx
Padfoot suivait James. Il avait de la peine pour son ami et en voulait terriblement à Voldemort. D'une manière ou d'une autre, c'était de sa faute. Dommage qu'il ne soit pas dans un monde où cet homme n'existait pas, ça lui aurait fait des vacances. Enfin, autant que son être astral pouvait en avoir...
James avait sa part de responsabilité mais il était intervenu avec Regulus justement pour l'en empêcher. Tenter de l'en empêcher. Malheureusement, tout ce qu'ils avaient réussi à faire était de sauver les fesses et surtout l'amitié de Lily pour Snape. C'était déjà bien mais ça n'avait pas vraiment été l'objectif du brun. Et à présent, il était condamné à observer son meilleur ami ramer pour essayer de se faire pardonner auprès de la jolie rousse. Etrangement, cela lui rappelait ce que Severus avait lui-même vécu à son époque. Quand le « mot sang de bourbe » était sorti de sa bouche et que Lily l'avait banni de sa vie.
Était-ce ce qui attendait James ?
Impossible. James devait se marier avec Lily, ils étaient censés avoir Harry dans un peu plus de deux ans… Pourquoi cela changerait-il ? Parce qu'il ne s'agissait pas de son monde. Il ne s'agissait pas de James, de son meilleur ami, ni de Lily.
Black aurait tellement aimé pourtant : il voulait retrouver les Maraudeurs. L'adolescence torturée qu'il avait vécue à cause de ses parents et l'approche de la guerre à cause de Voldemort ici n'existait pas, ou plutôt était différente. Tout restait à écrire, en mieux. Il pourrait vivre la vie qu'il avait toujours voulue. Vivre, tout simplement. Même s'il ne s'agissait pas réellement de son existence.
Perturbé, il continua de suivre James.
Il avait fait une erreur en empêchant Severus de commettre l'irréparable. Il aurait dû l'insulter et Lily aurait dû le renier. Harry Potter devait naitre et pour ça, James et Lily devaient être ensemble.
Mais pourquoi Harry devrait-il à tout prix naitre ? Il n'y avait pas de guerre, donc pas besoin de survivant pour défaire Voldemort ici. Pourtant, et si Jedusor devenait réellement un mage noir ? Et si Harry ne naissait pas, il ne serait jamais parrain ! Mais Harry Potter pourrait également exister pour une autre raison que sauver le monde sorcier. Il pourrait être un enfant comme un autre. Connaitre le bonheur de vivre avec ses deux parents. Lui pourrait alors être le parrain du petit : il n'avait pas pu être là pour Harry dans son autre vie mais dans ce monde, Padfoot serait présent.
Ici, il ne se détournerait pas de Remus. Il éloignerait Pettigrow d'eux et protégerait ses amis. Il n'allait pas passer une seconde fois 12 ans de sa vie à Azkaban à se battre contre la folie.
Ici, il serait heureux. Il avait le droit de l'être après tout ce qu'il avait traversé. L'éternité dans le voile, succombant petit à petit, il était certain qu'il y avait une raison. Il devait…
-Lily ! cria James.
Black releva la tête pour observer l'échange de son regard étrangement vide. Distrait, il suivit à peine leur discussion. Il était perdu. Il vivait par procuration depuis que Regulus avait posé les yeux sur lui avant de s'enfuir l'été dernier.
Doucement, il commençait à ne plus faire la différence entre lui, le Sirius qui était passé à travers le voile à cause de Bellatrix, et le Sirius adolescent qui profitait de sa jeunesse et vivait un flirt avec Remus Lupin.
-Lily !
James grogna. La rousse ne semblait pas vouloir lui faciliter la tâche alors il courut et la rattrapa avant qu'elle n'entre dans la Grande Salle. Il essayait de lui parler depuis dimanche et il ne s'agissait que de mercredi mais il ne supportait plus son indifférence. Il s'était déjà excusé, bien que du bout des lèvres, et Lily refusait de l'écouter. Elle ne voulait même plus le voir, elle voulait juste passer à autre chose. James n'était pas désolé de son geste, il le reconnaissait volontiers et n'en démordrait pas. Il avait agi comme il devait le faire. Qui aurait agi différemment après avoir appris qu'un autre voulait sa copine ?!
Malheureusement, il était maintenant célibataire à cause de sa réaction et c'était bien la seule chose qu'il regrettait. La réaction de Lily.
-Je ne veux plus te parler, James.
-Tu devrais au moins nous laisser une chance ! Tu ne vas pas tout gâcher à cause de Servilus !
-C'est toi qui a tout gâché ! Et arrête de l'appeler comme ça ! C'est mon ami et ce que tu as fait, je ne peux pas le pardonner !
-Ton ami, railla James. Il est amoureux de toi, Lily, quand est-ce que tu vas t'en rendre compte ?!
-Je le sais déjà, répondit-elle alors plus doucement.
James en eut le souffle coupé. Pendant un moment, il ne sut quoi répondre et puis, il s'inquiéta. Pour lui, pour eux, pour ce couple qu'ils avaient formé et qui avait été heureux un temps.
-Tu le sais et tu restes avec lui ? Tu réalises quel genre de message tu envoies ? lui demanda-t-il d'une voix blanche.
Lily prit une inspiration mais ne baissa pas les yeux. Peu importe que le regard de James soit douloureux à affronter.
-Oui et je m'en fiche.
-Tu t'en fiches ? répéta-t-il. Mais il va croire que tu le choisis lui, que tu lui retournes ses sentiments !
Lily secoua la tête, dépitée, avant de contourner le jeune homme pour continuer son chemin. Elle ne voulait pas lui parler. Elle ne voulait plus rien avoir affaire avec lui du tout à vrai dire.
-Est-ce que tu l'aimes, Lily ?
Il n'y avait que de la désapprobation dans sa voix et Lily s'éloigna totalement avant que James ne recommence à être méchant. Elle avait assez donné. Elle voulait continuer à garder une bonne image de lui, notamment le souvenir d'un amour beau et merveilleux qu'elle lui avait porté.
-Courage, Jamie, elle reviendra. Elle est blessée mais elle t'aime, murmura l'esprit, compatissant.
xXx
Regulus approchait du bureau du psychologue, un brin nerveux. Le jour tant redouté était arrivé et il était angoissé. Le rendez-vous allait durer au moins une demi-heure, une heure maximum. C'était le premier entretien et il fallait établir un contact, définir de combien de séances il aurait besoin mais également à quelle fréquence. Enfin, c'est ce qui se passait normalement mais Regulus n'avait pas fait le choix de voir le professionnel, il avait donc décidé qu'il n'y aurait qu'une seule séance. Il n'en voulait pas d'autres alors ce serait la première et la dernière. Exactement comme Sirius.
Discuter avec Tom Jedusor dans la Salle Commune des Serpentard avec les autres de l'actualité du monde et de leurs envies était une chose, se retrouver seul avec l'homme était plus troublant et inquiétant. Le bourrage de crâne de Black à son sujet avait merveilleusement marché même si l'esprit admettait que pour l'instant, il n'avait aucune preuve quant à un hypothétique plan diabolique que le sorcier chercherait à mettre en place. Ici, jusqu'à preuve du contraire, il était un simple psychomage. Regulus le savait mais ça ne l'empêchait pas d'être méfiant vis-à-vis de l'homme. Sans les mises en garde de Padfoot, il aurait sans doute été fasciné par sa prestance et sa puissance mais depuis ce qu'il s'était passé le week-end, il se posait de plus en plus de questions. Il commençait également à se faire sa propre opinion.
Il prouvait ainsi qu'il pouvait être capable de penser par lui-même et n'était pas quelqu'un qui agissait d'une certaine manière simplement parce qu'on l'avait invité à le faire. Regulus était décidé à ne plus être cette personne. Pour autant, il avait conscience que changer ses habitudes ne seraient pas facile.
Ce rendez-vous le rendait donc nerveux pour plusieurs raisons. Par exemple, il n'était pas évident de savoir à quoi pensait Jedusor alors que lui semblait pouvoir lire dans son esprit avec une facilité déconcertante. Regulus avait ainsi entendu dire que les meilleurs Legimens pouvaient pénétrer votre esprit sans même que vous vous en rendiez compte. C'était plutôt effrayant et il n'avait pas envie de vérifier cette théorie. Il se raccrochait alors à l'idée que le psychomage n'avait pas le droit de faire une telle chose.
Le Serpentard fixa encore un instant la porte devant laquelle il s'était arrêté. Derrière lui, Padfoot était presque amusé par son manège.
-Plus vite tu iras, plus vite ce sera terminé, l'encouragea l'esprit.
Regulus ne pouvait lui donner tort alors il frappa à la porte et Jedusor lui donna presque immédiatement l'autorisation d'entrer. Il franchit le seuil et fit face au sourire ainsi qu'au regard troublant et énigmatique de l'homme. Ses pupilles sombres aux reflets rouges avaient toujours ce petit truc perturbant, hypnotisant. Il avança ensuite dans le bureau.
-Regulus, attends ! l'arrêta soudain Black.
Celui-ci se retourna sans pouvoir s'en empêcher et remarqua le visage livide de Padfoot.
-Je ne peux pas entrer !
Black fit une nouvelle tentative mais à peine le seuil franchit, il fut de nouveau projeté en arrière sous le regard médusé du cadet des Black.
-Ne rentre pas, c' est-
Il ne put jamais finir sa phrase car d'un mouvement de baguette, Jedusor verrouilla la porte et l'image de l'esprit disparut. Regulus sursauta et se retourna vers l'adulte.
-Excusez-moi, on dirait que je vous ai fait peur, nota Jedusor.
-Non… Je…
Regulus ne savait que répondre. Son gardien était de l'autre côté et il sentit la nervosité revenir. C'était la première fois que Padfoot ne pouvait pas accéder à une des pièces du château. Même le bureau du directeur lui était accessible. Les protections dans cette pièce devaient être très fortes, certainement enduites d'un peu de magie noir. Pourquoi cadenasser ainsi un tel endroit ? Était-ce seulement pour protéger les confidences des élèves et les dossiers que Jedusor gardait ? Pour ne pas paniquer, Regulus décida d'y croire.
Il observa alors le psychomage qui lui désigna un des sofas pour qu'il y prenne place.
Face à lui, Jedusor respirait la confiance et l'assurance, tout ce qu'il n'avait pas en cet instant. La magie l'imprégnait et la force qu'il dégageait était impressionnante, envoutante. Le psychomage s'approcha finalement, se pencha vers lui et posa ses mains sur le sofa de part et d'autre de son corps. Instinctivement, Regulus recula jusqu'au fond, touchant le dossier. Il ne pouvait quitter des yeux le regard profond de l'adulte et l'ambiance étrange ainsi que les avertissements proférés par Black plus tôt l'inquiétaient.
-Je sais que vous pensez ne pas avoir besoin de mon aide mais vous vous trompez. Vous plus que quiconque avez besoin d'aide, Regulus.
-Je veux partir, répondit-il sans même y penser.
L'adolescent put lire, même brièvement, de la confusion chez son interlocuteur et il s'en voulut d'avoir craqué aussi vite. Il devait garder le contrôle ou au moins faire semblant de l'avoir. En bon Serpentard, il savait que l'ennemi n'utilisait que les faiblesses qu'on lui laissait entrevoir.
-Nous venons à peine de commencer, Regulus. Vous permettez que je vous nomme par votre prénom ? Je le fais avec tous les élèves que je vois. Sentez-vous libre de faire de même à mon égard.
Jedusor lui sourit dans une vaine tentative pour le détendre.
Regulus était coincé. La proximité de l'homme était dérangeante et cela lui rappelait de mauvais souvenirs. Il sentait son cœur battre plus vite et ses mains devenir moites. Il pressentait une sorte de danger mais ne parvenait même pas à saisir sa baguette pour se dégager ni faire quoi que ce soit. Il régnait dans la pièce une pression écrasante : le psychomage devait être un duelliste hors pair pour le faire se sentir ainsi sans même le menacer de sa baguette.
L'homme attendait qu'il parle mais le 6ème année demeura muet. Il n'imaginait quand même pas qu'il allait lui parler de sa relation bancale avec ses parents ou du fait de vivre sous le même toit que le garçon qui l'avait rejeté ! Eventuellement, il pourrait évoquer son homosexualité mais il n'arrivait même pas à la reconnaitre lui-même alors en parler à quelqu'un… Peut-être qu'il pourrait parler de Rosier ? De l'enfer qu'il avait vécu avec lui ? Non… Comme s'il pouvait avouer qu'il avait laissé quelqu'un le traiter ainsi en échange d'une supposée protection. Il se jugeait déjà sévèrement à ce sujet, il n'avait pas besoin que d'autres en rajoutent.
Que restait-il ? Padfoot ? Mais il faudrait d'abord que le psychomage le croie et que Regulus en ait envie. Il n'avait pas l'intention d'évoquer l'esprit. C'était son secret, son gardien.
-Vous paniquez, constata le professionnel. Vous n'avez aucune raison d'avoir peur avec moi. Je suis là pour vous aider. Dites-mois Regulus, que vous faisait Rosier ?
Regulus sentit la bile monter et il écarta brutalement l'homme de lui. Il se releva mais celui-ci le rattrapa avant qu'il n'ouvre la porte. Il le coinça alors contre le mur mais ne se colla pas à lui, le bloquant juste de ses mains. Il savait que Regulus ne ferait rien de plus. La proximité d'un corps lui était encore douloureux, surtout quelqu'un dans son genre.
-Comment…
-Il me l'a dit. Rosier est également un élève que je vois.
-Je veux partir, répéta Regulus.
Le joueur de Quidditch était en boucle et ne pensait à rien d'autre.
-Ça n'arrivera pas. Je veux d'abord que vous exprimiez ici tout ce que vous avez sur le cœur. Criez, hurlez, pleurez même si ça vous chante. Débarrassez-vous de toute votre douleur parce qu'après, il sera trop tard. Ce qu'il s'est passé ne devra jamais sortir de votre bouche. Est-ce clair ?
Le ton et l'ordre estomaquèrent Regulus tout comme ils lui glacèrent également les sangs. Comment Jedusor pouvait-il dire ça ?!
-Vous êtes un homme, Regulus. Si vous aviez été une femme, j'aurais compris que vous ne pouviez rien faire mais ce n'est pas le cas. Il l'a fait parce que vous l'avez laissé faire alors préservez votre fierté s'il vous en reste et n'ébruitez pas cette histoire.
-Comment osez-vous !
-Je dis cela pour vous, il s'agit de votre honneur et de votre réputation. N'embarrassez pas davantage la noble famille des Black en ébruitant un scandale pareil. Il ne vous a pas violé, vous vous en remettrez. Vous êtes fort.
-C'est faux ! ragea Regulus à qui les premières larmes avaient échappé.
-Non, et vous le savez.
Jedusor le lâcha et Regulus ne chercha pas à s'échapper. Il était effondré et ne tenait debout que grâce au mur derrière lui.
-Pour qu'il y ait viol, il faut un acte de pénétration et ça n'a pas été le cas, n'est ce pas ?
Regulus ne répondit pas.
-Il vous a simplement touché contre votre volonté ou tout du moins, c'est ce que vous dites. Aimer sur le coup et regretter ensuite est trop facile, Regulus.
-Vous êtes ignoble. Vous essayez de me faire passer pour le fautif, pour quelqu'un de faible qu-
-C'est ce que vous avez été en le laissant faire. Cependant, vous pouvez enfin vous montrer digne en reprenant le dessus. Asseyez-vous, Regulus, et discutons calmement.
Le Serpentard ne bougea pas pour autant, fixant le mur derrière Jedusor d'un air hagard. Son cœur lui faisait mal, ses tempes pulsaient et son corps le démangeait. Il se sentait sale, humilié une fois de plus. Il n'avait pas désiré en parler, il n'avait pas désiré être malmené, ni ses sentiments et sa douleur piétinés si vulgairement.
-Je suis désolé si je me suis montré abrupt avec vous. Je voulais juste vous obliger à sortir de votre carapace. Ne croyez pas que je vous accuse de quoi que ce soit. Ici, je ne juge personne, je pointe seulement les faits. Criez, Regulus, et débarrassez-vous de toute cette douleur une bonne fois pour toutes.
Et c'est ce qu'il fit. Regulus pleura de toutes ses forces mais silencieusement. Comme il l'avait toujours fait. Malgré tout, la douleur et la blessure restèrent.
Une demi-heure plus tard, quand Regulus sortit de son bureau, Jedusor se trouvait plutôt satisfait de lui. Rosier avait fait du bon travail avec le cadet des Black. Il ne lui restait plus qu'à jouer habilement pour reconstruire le jeune Serpentard comme il le souhaitait.
xXx
La fin de semaine arriva plus vite que prévu. Vendredi soir était déjà là et tout le monde était heureux de pouvoir profiter d'un bon week-end. La sortie à Pré-Au-Lard du lendemain faisait assez parler, chacun ayant envie de voir ce que le village sorcier réservait en ce mois de janvier. L'anniversaire de Severus était passé et comme à chaque fois, il avait reçu très peu de cadeaux mais Lily avait été avec lui et lui avait souhaité un joyeux anniversaire, un sourire magnifique aux lèvres. Et puis, elle lui avait annoncé avoir un cadeau merveilleux pour lui. Severus n'avait jamais été très matériel mais son amie tenait à lui faire ce plaisir.
Déjà qu'il n'avait pas été gâté pour Noël, elle voulait au moins qu'il ait un bon anniversaire.
Alors demain, Severus devait aller à Pré-Au-Lard avec elle. Ce n'était pas un rendez-vous mais ça lui plaisait. Être seul avec Lily, se promener, être proche l'un de l'autre et ne plus avoir à taire ses sentiments…
-Je ne sais pas comment me comporter avec elle, confia-t-il à Alton.
-Ça dépend de ce que tu veux, Severus.
-J'aimerais qu'elle tombe amoureuse de moi.
-Alors tu dois la séduire.
Severus souffla. Il le savait, son amie n'avait pas arrêté de le lui répéter. Mais c'était plus facile à dire qu'à faire ! Lui n'était pas doué pour ce genre de choses, il ne savait pas comment s'y prendre. Il avait peur d'être ridicule auprès de Lily. Et puis, elle avait dit – enfin pas vraiment – ne pas l'aimer. A insister, ne paraitrait-il pas un peu lourd à la fin ?
Il s'allongea sur son lit et Pamela vint s'installer à ses côtés. Elle tourna la tête vers lui et sourit. Severus appréciait la Serdaigle. Parfois, il regrettait de ne pas tomber amoureux d'elle et que la jeune femme ne désire rien d'autre que des distractions physiques avec lui. En vérité, même coucher avec elle lui manquait mais leur statut ayant changé, il ne s'en sentait plus tellement capable. Il avait peur d'abimer leur amitié.
Parfois, il lui arrivait de penser au corps d'Alton et à ses caresses. Il se demandait ce qu'il aurait ressenti en train de se perdre entre ses cuisses, de faire l'amour à une femme telle que la Serdaigle pour sa première fois. Mais il était trop tard pour regretter. Il était celui qui avait voulu arrêté et il n'osait pas demander à la blonde si elle l'avait remplacé.
-Comment je suis supposé faire ?
Alton haussa les épaules et Severus soupira de dépit.
-Tu la connais mieux que moi, je suis sûre que tu t'en sortiras très bien. Mais ne fais pas comme avant quand vous fermiez tous les deux les yeux. Ne la laisse pas croire que tu te contenteras de son amitié.
-OK.
Alton était douée pour ordonner mais Severus aurait bien aimé la voir à sa place. Ce n'était pas facile mais l'adolescente n'avait sans doute pas de problème pour séduire la personne qu'elle aimait.
Pamela retourna dans son dortoir avant l'heure du couvre feu. Elle reçut quelques regards appréciateurs de certains Serpentard en quittant leur salle commune mais elle les ignora. Malgré ses démentis, quelques élèves persistaient à croire qu'il y avait quelque chose entre Snape et elle. Tout ça parce qu'elle avait une certaine réputation à Poudlard. Mais au moins, les gens avaient arrêté de l'interroger.
Une chance pour le brun que Lily ne croit pas à tous ces racontars…
Le lendemain matin, Severus se leva tôt et alla trouver Regulus pour qu'il l'aide à se préparer. C'était un jour important pour lui et il ne voulait pas se rater. Il remarqua alors rapidement la petite mine de son ami et l'interrogea à ce sujet. Regulus lui donna une très bonne excuse mais qu'il ne crut pas : la peine du Serpentard n'avait pas l'air d'avoir quoi que ce soit à voir avec un devoir raté. Il voulut insister mais le cadet des Black ne le laissa pas faire. A vrai dire, Regulus semblait ravi d'avoir une distraction et il rit exagérément lorsque Severus lui fit part de sa requête. Il dût d'ailleurs le menacer de lui jeter un sort pour qu'il arrête. Severus était nerveux et ça le mettait dans des états pas possibles. En temps normal, il n'aurait jamais fait un truc pareil.
Regulus prit sur lui et lui prêta une crème pour le visage pour s'occuper ensuite de ses cheveux. Il se décida pour quelque chose de discret, juste pour que Severus se sente mieux dans sa peau tout en restant lui-même. Ce dernier menaça encore Regulus de représailles s'il divulguait quoi que ce soit : mettre cette crème pour peau grasse était assez humiliant comme ça, il n'avait pas besoin que tout le monde le sache.
-Tu mets ce genre de produits ? s'étonna-t-il.
-Bien sûr que non. Est-ce que j'ai l'air d'avoir besoin de ce genre de chose ? crâna Regulus.
Snape serra les dents et quitta la salle de bain. Regulus était aussi arrogant que son frère mais parfois, il arrivait encore à Snape de l'oublier. Il retrouva ensuite Lily dans le Hall et ils montèrent dans une navette avec des Poufsouffle de 4ème année. Severus pensa alors à Lupin qui avait essayé à de nombreuses reprises de lui parler avant d'abandonner.
Il n'avait pas compris pourquoi le blaireau s'était autant acharné. Lui et Lupin n'avaient jamais été amis de toute façon.
Les Poufsouffle avec eux n'avaient à la bouche que le match de Quidditch du lendemain matin et cela dérangea Severus autant que Lily. Quidditch voulait forcément dire James Potter, d'autant plus que c'était son équipe qui devait jouer. Severus était déjà certain qu'il allait en manger pendant tout le week-end et même plus encore si les Gryffondor gagnaient. Le brun espérait donc de tout son cœur que les lions se ramasseraient encore aussi pitoyablement que lors de leur match contre les Poufsouffle. Leur défaite l'avait mis de bonne humeur pendant au moins une semaine. Enfin, ça avait encore plus exalté les blaireaux mais, bons joueurs, ils avaient évité de trop fanfaronner.
Poufsouffle jusqu'au bout. Gagner contre les fiers lions méritait pourtant au moins un défilé, une fanfare tous les matins et le petit déjeuner au lit !
Pour sa part, Severus ne pensait pas assister au match. Il n'en avait pas parlé avec Lily mais il était sûr qu'elle irait. Peu importe l'animosité qu'elle avait à présent pour son homologue de maison, il s'agissait des Gryffondor et elle se devait de les encourager.
Arriver à Pré-Au-Lard sembla long mais une fois sur place, le temps défila étrangement vite. Se retrouver avec Lily pour passer un aussi bon moment fut agréable. C'était presque un rendez-vous mais ça n'en était pas un. Pas encore. Lily lui acheta ainsi un porte bonheur, un bracelet chamanique ensorcelé. Il était de bon gout et à un prix raisonnable. Et malgré que Severus ne croie pas vraiment en son pouvoir, il le porta. C'était un cadeau de Lily et il en était heureux. Il le porterait comme un vrai bijou et ça irait très bien comme ça.
Ils allèrent finalement boire un verre aux Trois balais mais James et sa clique étaient là. Severus voulut partir mais Lily l'en empêcha. A table, alors qu'ils attendaient de pouvoir passer commande, Lily lui prit la main. Cela fit chaud au cœur du vert et argent mais il n'était pas dupe : c'était plus pour blesser Potter que pour lui. Pour autant, il n'en voulut pas à son amie. Il apprécia le geste et se promit qu'un jour, il serait sincère. Bien vite, il fut temps de partir. Il faisait horriblement froid et ni Lily ni lui ne se voyaient rester des heures à Pré-Au-Lard.
Mais avant de rentrer, alors qu'ils attendaient la navette, Severus devint nerveux. Il repensait aux paroles de Pamela et il se rendait compte qu'il n'avait rien fait de la journée pour tenter de séduire Lily. Ne sachant que faire d'autre, il tenta alors de déposer un baiser sur les lèvres de la Préfète-en-cheffe mais celle-ci se détourna au dernier moment. Mort de honte, Severus espéra sincèrement que personne ne l'avait vu. A quoi s'était-il attendu ? Il n'avait pas fait preuve de témérité mais bien de bêtise…
Trop embarrassé, il chercha à s'éloigner de la Gryffondor mais celle-ci lui attrapa la main et il s'en étonna.
-Je suis désolée, Severus, c'est simplement que ce n'est pas fini depuis longtemps avec James.
Elle soupira, ayant l'air d'un coup fatiguée.
-Je pense avoir besoin d'un peu de temps pour envisager une prochaine relation avec un garçon.
-Bien sûr, bredouilla-t-il.
Même si au fond il ne savait pas trop comment prendre cette déclaration.
-Mais j'ai passé un très bon moment avec toi aujourd'hui, merci.
Elle lui sourit et il fit de même, approuvant ses paroles : lui aussi avait réellement apprécié la journée.
Lily avait déclaré avoir besoin de temps, pas qu'elle ne voulait pas de lui. C'était mince comme espoir mais il décida de s'y accrocher. La navette arriva et avant de monter, Severus croisa le regard de James qui sortait des Trois Balais. Il esquissa un sourire sardonique à l'intention du brun, juste pour le narguer un peu plus.
Décidément, c'était une très belle journée.
xXx
Remus avait passé une agréable journée : il avait eu l'impression de partager un rendez-vous avec Sirius. Bien entendu, le Gryffondor n'avait pas présenté les choses ainsi mais Remus avait encore le droit de s'imaginer ce qu'il voulait. Surtout que dès qu'ils avaient été seuls, Sirius lui avait demandé l'autorisation de l'embrasser. Euphorique, Remus avait accepté sans réfléchir. La discussion qu'ils avaient eue dans la forêt interdite lui était alors revenue.
Perdu, il avait pensé en parler à ses amis avant de finalement reculer. Comme pour son amour pour Arthur Weasley, il avait peur d'être jugé. C'était comme s'il savait qu'il faisait quelque chose de mal. Alors il s'était tût. Parce que même s'il était plein de doutes, il n'avait pas envie de renoncer. Remus voulait y croire. Il était même prêt à y croire suffisamment pour deux.
Ses parents avaient toujours fait attention à lui donner une bonne éducation et lui inculquer les bonnes manières. Décevoir ou faire des bêtises étaient des choses inenvisageables pour lui. Il voulait être à la hauteur de l'amour de ses parents, des attentes de ses professeurs, des besoins de ses amis et de l'attention de Sirius.
Alors peut-être qu'enfin, quelqu'un le verrait autrement. Avec cette dévotion que lui ressentait et qu'il espérait tant retrouvée un jour chez quelqu'un d'autre.
Remus ignorait d'où venait ce besoin constant de reconnaissance et d'amour. Il n'en avait jamais manqué de ses parents pourtant. Mais aujourd'hui, il reconnaissait qu'après l'attaque ratée de Greyback, ces derniers l'avaient surprotégé, étouffé d'inquiétude plus que d'un amour normal. Pour les rassurer, il avait toujours respecté les règles, même celles qu'il avait jugé trop restrictives, voire stupides. Il avait juste voulu être un bon enfant. Après son entrée à Poudlard, il avait commencé à s'émanciper et à chercher des gens qui le percevraient comme un adolescent normal, sans lui renvoyer constamment à la figure qu'un loup-garou avait failli gâcher sa vie. Mais Remus, enfant isolé, n'avait pas eu les codes pour se démarquer ni pour se faire une belle bande d'amis.
Alors il avait fait ce qu'il savait faire de mieux : l'élève modèle, gentil et toujours prêt à rendre service.
Mais malgré son manque de folie, de rébellion, Sirius Black était plus qu'intéressé. Que ce soit juste physique ou non, au final, quelle importance ? Pour une fois, il ne voulait pas penser aux conséquences. Pour l'instant, tout allait bien et il n'avait pas envie d'entendre Peter lui dire qu'il faisait une grosse connerie. Peter détestait Sirius de toute façon.
Leur sortie à Pré-au-Lard touchait à sa fin et Sirius et lui se dirigeaient lentement vers les navettes. James avait passé une partie de la journée avec eux avant de s'éclipser avec un groupe de Gryffondor pour aller aux Trois Balais.
-Pas trop de stress pour demain ?
-A propos du match de Quidditch ?
Le Poufsouffle hocha la tête.
-Pas du tout !
Remus sourit. Il avait l'impression que le Gryffondor bombait presque le torse.
-T'as l'air confiant, c'est bien.
-Evidemment ! Hors de question de perdre contre les Serdaigle ! En plus, ils sont nuls cette année. On va gagner, sûr et certain.
-Ne parle pas trop vite, on vous a battu alors qu'on n'était pas donné favoris.
-Erreur de parcours.
Remus se mit à rire et Sirius lui jeta un petit regard.
-Tu ne me crois pas ?
-Si, si. C'est juste que je suis stupéfait par la confiance que tu as en toi. Donc pour demain, je dois m'attendre à une victoire écrasante ?
-Quelque chose comme ça. Je mise sur 100 points, voire même 200 points de différence en faveur des lions.
-N'importe quoi, pouffa le châtain.
Sirius l'imita.
-Et si j'ai quand même raison, tu me récompenserais ?
L'hilarité de Remus mourut instantanément sur ses lèvres devant le regard envoutant du plus petit. Il esquissa un sourire un peu bancal pour y répondre et fut heureux que ça n'ait pas l'air d'une grimace. En tout cas, Sirius n'eut pas l'air dégouté.
-La victoire seule devrait t'animer et représenter une source de joie suffisante.
-Moony, bouda le brun. C'est James, le fou de Quidditch ! J'ai d'autres besoins et envies pour ma part.
-OK et qu'est-ce qui te ferait plaisir ?
-Toi.
Le fait que Remus rougisse n'était pas une surprise. C'était même sans doute le but du Gryffondor car il le taquina à ce sujet.
-Allez, Moony !
-Je croyais que ça ne t'intéressait pas ? Que juste s'embrasser était suffisant ?
Sirius hocha la tête.
-C'est vrai, sur le coup je ne l'ai pas vraiment envisagé mais depuis qu'on en a parlé, j'arrête pas d'y penser. Qu'est-ce que t'en dis ?
Remus avait envie d'accepter. Parce que lui aussi désirait Sirius autant, sinon plus ! Mais comme d'habitude, Remus ne savait pas s'il devait être sincère. Faire connaitre ses véritables envies ou agir comme une bonne personne, un bon garçon ? S'il disait oui, Sirius ne le prendrait-il pas pour un mec facile ? Cela pourrait aussi conforter les stéréotypes que le Gryffondor semblaient avoir sur les homos : comme quoi ils ne pensaient qu'au cul et s'en prenaient à de pauvres hétéros… Et puis, si jamais ça venait à se savoir, qu'est-ce que les gens diraient de lui ?
-Remus ?
Surpris, le Poufsouffle sursauta. Sirius lui saisit alors la main pour attirer son attention.
-Est-ce que ça va ?
-Oui, je…
Remus se mordilla les lèvres, hésitant à confier le fond de sa pensée.
-Tu ne te moques pas de moi, n'est-ce pas ? Tu n'iras pas raconter à tout le monde ce qu'on fait ?
Sirius l'avait déjà rassuré à ce propos et Remus avait peur qu'il se vexe de cette énième interrogation, de ce manque de confiance évident. Mais peu importe, le châtain avait besoin de l'entendre.
-Non, c'est entre nous.
-D'accord alors…
-D'accord ? répéta Sirius qui ne savait pas à quoi il répondait.
-D'accord pour nous deux. Mais seulement si les Gryffondor gagnent ! ajouta-t-il.
-Tu sais comment me motiver, toi !
xXx
Le match allait commencer dans quelques minutes et si habituellement James était monté sur ressort et gueulait sur son équipe comme s'ils étaient des pauvres putois dans une mauvaise imitation d'un chef d'armée qui motivait ses troupes avant la bataille, aujourd'hui, Sirius s'était auto-attribué ce rôle à ses côtés.
-J'espère que vous êtes prêts à vous donner à 2000% ! cria James en frappant le manche de son balai contre le sol.
-Wow… Autant ? s'étonna Frank qui craignait l'état dans lequel il ressortirait dans ces conditions.
-Et bien plus encore ! confirma Sirius d'une voix toute aussi forte.
James hocha la tête, parfaitement d'accord.
-Aujourd'hui, vous devez être prêts à mourir sur ce terrain ! Personne ne sera autorisé à en sortir sur ses deux jambes, déclara-t-il alors que ses yeux se plissaient.
Sirius contempla avec satisfaction chacun des joueurs qui avalaient difficilement leurs salives.
-Ecoutez, les gars, reprit James. Et les filles, ajouta-t-il devant le regard courroucé d'Alice. On a déjà perdu un match, on est à la traine au niveau des points ! On n'a plus le droit à l'erreur ! On doit se révéler, maintenant ! Montrez ce pourquoi on a bossé si dur et que les lions sont féroces !
-Ouais !
Ils crièrent en cœur et avant qu'ils ne sortent des vestiaires, Sirius les motiva une dernière fois.
-Il faut qu'on gagne avec au moins 100 points de différence, sinon c'est pas la peine de gagner !
Personne ne comprit trop sa remarque mais tant pis : les Gryffondor étaient en feu et bien déterminés à faire un match d'exception. Ils laisseraient leurs âmes sur le terrain de Quidditch, quitte à se casser les deux jambes comme l'avait exigé Sirius !
Les Serdaigle entrèrent les premiers sur le terrain, volant sur leurs balais dans une belle chorégraphie. Ils étaient annoncés joyeusement par Fillemine, une Serdaigle aussi. Et puis, ce fut à leur tour et c'est Remus qui se chargea de les présenter.
-En tête, James Potter, le charismatique capitaine de l'équipe et attrapeur. Longtemps poursuiveur, il a fait une reconversion réussie et est le pilier de son équipe !
James fanfaronna : il ne lui en fallait pas beaucoup pour être flatté et il aimait la présentation de Remus. Le Poufsouffle avait beau être un peu ronchon contre lui, il savait faire la part des choses.
-A sa suite, Frank Londubat, gardien de l'équipe. Il est quant à lui le pilier de la défense et l'un des meilleurs gardiens de sa maison. Fort et stable, il a la confiance de ses coéquipiers !
Frank vola derrière son capitaine, le sourire aux lèvres. Alice arriva à sa suite et Remus fut encore plus élogieux à son sujet, la présentant comme une poursuiveuse de talent. Il put même donner le nombre de buts qu'elle avait marqué à elle seule. Alice rejoignit alors son copain et ils firent des pirouettes avant de continuer à faire le tour du stade à la suite de leur capitaine.
-Sirius Black. Batteur énergique et stratège hors pair de l'équipe. Il est aussi vice-capitaine et à un courage impressionnant. Il assure les arrières de ses co-équipiers et ses coups sont aussi vifs que douloureux !
Sirius était mort de rire sur son balai et lorsqu'ils passèrent près des commentateurs, il fit un clin d'œil à Remus. Etrangement, celui-ci bredouilla une présentation assez vague pour le restant des joueurs et Fillemine qui avait vu l'échange lui lança un regard interrogateur auquel il refusa de répondre. Et puis, le match commença.
xXx
Dans les vestiaires, les lions exultaient. James était porté en triomphe et si ça avait été plus confortable, il aurait pu dormir là. Le match n'avait pas duré longtemps et si ça avait légèrement frustré les spectateurs, ça n'en restait pas moins quelque chose de formidable. Les Serdaigle avaient marqué 12 points seulement et les Gryffondor 15 de plus avant que James n'attrape subitement le vif d'or. Personne n'avait rien vu venir, le match ayant à peine eu le temps de se lancer. Cependant, ce n'était pas Sirius qui allait s'en plaindre, ni James qui avait mené plus ou moins à lui seul son équipe à la victoire. Pour les autres, l'objectif avait été atteint et c'était le principal.
Les lions comptaient fêter cela comme il se devait plus tard dans leur Salle Commune mais pour l'instant, James avait quelqu'un à voir. Il s'éclipsa sous les applaudissements, encore dans sa tenue de Quidditch. Lorsqu'il avait attrapé la petite balle dorée, son regard avait croisé de brèves secondes celui de Lily. Il avait cru y lire de la sympathie et de l'émerveillement. Peut-être. C'était sans doute complètement stupide et un peu naïf mais cet échange rapide lui avait donné l'impression qu'elle n'était peut-être plus aussi fâchée contre lui. Le vif d'or en main, il avait donc pour but de la retrouver.
Il voulait se dépêcher avant qu'elle ne quitte le terrain. Il avait pour habitude de lui offrir le vif d'or à chacun de ses matchs lorsqu'il réussissait à l'attraper et ils n'étaient peut-être plus ensemble et elle ne voulait peut-être plus lui parler mais il avait envie de faire un énième essai. Mais alors qu'il s'approchait des gradins qui se vidaient, Lily passa si vite à côté de lui qu'il faillit la manquer. Il essaya de la rattraper mais elle lui lança un regard noir qui le stoppa net. Il repensa à la fin du match, à leur échange de regards, et comprit que ce n'était pas pour lui qu'elle avait eu cette expression si belle, mais pour l'équipe des lions qui avait remporté le match. Il se trouvait juste que James en faisait également partie et qu'il avait, par le plus grand des hasards, croisé son regard à cet instant là.
James sentit la douleur lui compresser la poitrine et il s'en voulut d'avoir imaginé des choses. Les Gryffondor encore présents autour de lui continuaient de le féliciter mais pour la première fois de sa vie, cela ne le rendit ni fier, ni heureux. Il esquissa simplement un sourire pour donner le change. Il n'avait pas envie de rester dans cette bonne ambiance alors qu'il se sentait soudain si triste.
Aujourd'hui, il prenait conscience pour de bon que tout était vraiment fini avec Lily et que ça ne changerait probablement jamais. Ou alors pas dans un avenir proche. Il supposait qu'il l'avait bien cherché mais c'était quand même douloureux. Il l'avait aimée comme un fou… Au début, il lui avait couru après simplement pour le plaisir, l'envie de la faire craquer. La rousse avait été l'une des rares filles à ne pas se pâmer devant lui. Il était populaire et riche mais ça n'avait pas eu l'air de l'intéresser. Lily avait été la seule fille devant qui il avait laissé tombé le rôle qu'il jouait et que son public exigeait de lui. Il s'était senti mal à l'aise mais lorsqu'il avait laissé tomber son côté trop sûr de lui, arrogant et blagueur, elle avait commencé à s'intéresser à lui et à le découvrir. James avait également eu l'impression d'apprendre à se connaitre à ses côtés. Il avait pu être lui sans se sentir obligé de toujours sourire, d'être optimiste et de continuer sans cesse ce spectacle sans fin.
Et maintenant, c'était fini. Il se sentait terriblement seul.
Avec difficulté, il quitta le terrain, arpentant les couloirs de Poudlard encore dans sa tenue de sport pour retourner au dortoir. Il devait prendre une douche.
Il croisa alors Regulus et fut étonné de le trouver dans le château.
-Tu n'as pas regardé le match ? lui demanda t-il sans même le saluer.
James était un peu déçu. Il avait beaucoup d'admiration pour le joueur qu'était le Serpentard alors il aurait aimé qu'il voit sa prestation et peut-être qu'il le félicite.
-Je voulais mais j'ai été retardé par un prof. Et puis, quand j'ai entendu les cris, j'ai compris que c'était trop tard. Bravo pour votre victoire. Tu dois avoir battu un record de vitesse en tant qu'attrapeur.
-Peut-être. Tu sais, je ne m'intéresse pas vraiment à ça.
Le vif d'or bougea entre ses doigts et James resserra sa prise dessus. Regulus suivit son geste des yeux et vit l'objet. Il esquissa alors un sourire amusé et s'apprêtait à reprendre son chemin mais James l'arrêta.
-Attends.
Il tendit la main pour lui donner le vif mais Regulus ne fit aucun geste pour le prendre.
-Tu n'en veux pas ? s'étonna le Gryffondor.
-Un cadeau qu'Evans ne voulait pas, tu me le refiles à moi ?
Regulus secoua la tête, déçu.
-Non, je n'en veux pas, James.
Le Serpentard s'éloigna, laissant James troublé et perdu.
xXx
Peter Pettigrow se sentait étrange. Il n'arrivait pas à être gagné par l'euphorie qui habitait la Salle Commune des Gryffondor. Bien sûr, quand les lions gagnaient, ils devaient fêter ça en grande pompe !
Les gens riaient, dansaient et se laissaient porter par la musique et la bonne ambiance. Quelques 7ème année avaient pu acheter de l'alcool la veille à Pré-au-Lard et bien entendu, tout le monde en profitait ce soir.
Tout le monde sauf les plus jeunes et Peter. Il ne se sentait pas trop de boire ni de se mêler aux autres. Il avait lui aussi regardé le match de Quidditch et l'avait trouvé génial, bien que trop court. En 3ème année, il avait hésité à passer les tests pour faire partie de la sélection mais à quoi bon ? Il n'était pas si bon que ça sur un balai et n'aurait jamais été pris. Il était maintenant heureux rien qu'en regardant les matchs, vivant avec intensité les confrontations de Quidditch. Des fois, il se demandait ce que ça ferait si c'était lui qu'on applaudissait et qu'on adulait à la fin des matchs. Cela devait être euphorisant, galvanisant…
Peter ne savait pas comment trouver sa place et il savait qu'il enviait bien trop les autres. Qu'au fond, il ne faisait pas grand-chose pour se faire des amis. Mais il avait tellement dans l'idée que c'était plus facile que ce soit les autres qui viennent à lui. Il était seul et avait été harcelé par Black pendant des années, c'était normal que les autres essaient de se faire pardonner de n'avoir rien fait en étant gentil avec lui.
Sauf qu'il était celui qui avait besoin d'amis, qui en voulait. Alors il était celui qui devait s'en faire par ses propres moyens.
Peter soupira. Il n'était pas sûr de rester bien longtemps mais il n'était pas encore 19h, le repas ne serait pas servi tout de suite. Retrouver Remus et Isabel lui paraissait être une bonne chose, il pourrait alors faire une partie de carte explosive ou une promenade dehors, profiter encore de l'hiver blanc.
Il n'avait pas de séance avec Jedusor avant mardi et cela le désolait. Il avait déjà envie de voir l'homme.
-A quoi tu penses ? le taquina Dorcas.
-A rien, bredouilla le blond.
Parfois, la jeune femme lui parlait. Un petit bonjour lorsqu'ils se croisaient dans les couloirs, lors des repas, ou encore un sourire de loin quand elle était avec ses amis.
Un instant plus tard, Marlene se laissa tomber sur le canapé juste à côté du blond qui se figea. C'était la première fois que McKinnon et lui étaient si proches et il se sentit stupide de le remarquer. Marlene était belle, intelligente et forte. C'était pour lui la fille parfaite. Il la regarda timidement et croisa le regard fermé de la Serdaigle. Il sentit alors son cœur battre plus fort et l'angoisse le prendre.
-Vous allez vous inscrire pour la visite d'Azkaban ? demanda Peter.
Il devait à tout prix parler, dire quelque chose et ne pas laisser Marlene penser qu'il n'avait aucune conversation.
Dorcas sembla gênée par la question et Marlene continua à boire son verre sans le regarder.
-Je ne sais pas, sans doute pas. Je ne pense pas me sentir à l'aise là-bas même si je trouve l'idée intéressante. Je changerais peut-être d'avis d'ici la fin du mois.
-Et toi, Marlene ?
C'était surtout sa réponse qui l'intéressait. Peter espérait qu'elle irait car il voulait qu'ils y aillent tous les deux et que cette expérience les rapproche.
-En quoi ça te regarde ?
Elle secoua la tête et se releva pour s'en aller. Dorcas se leva alors à son tour et suivit son amie, certainement pour lui parler. Peter n'eut cependant pas le temps de se lamenter que James prenait la place de la brune. C'était bien la première fois qu'autant de personnes populaires l'approchaient…
Mais James n'avait pas vraiment l'air décidé à lui parler non plus. Il jouait avec le vif d'or qu'il avait attrapé lors du match, ce qui étonna Peter. James ne semblait pas si heureux. Il était plutôt du genre à fanfaronner pourtant et c'était étrange de le voir si apathique. Pettigrow se demandait si ça pouvait avoir un quelconque rapport avec la fin de son couple avec Evans. C'était vrai que c'était un coup dur mais James était un bon parti en plus d'être un beau jeune homme. Les filles folles de lui à Poudlard, ce n'était pas ça qui manquait.
-Tu le veux ?
Peter fut surpris par la question et il pensa même à un piège. Néanmoins, James lui tendait toujours le vif d'or et ne semblait pas avoir d'arrière pensée. Il acquiesça alors et prit l'objet, un peu gêné. Il s'attendait encore à ce que James ne change d'avis mais le Gryffondor monta ensuite dans sa chambre sans rien ajouter. Peter observa le vif d'or dans sa main et sourit. C'était un cadeau étonnant qu'il avait envie de chérir.
xXx
Remus était assis sur le lit dans la salle sur demande. Sirius lui avait envoyé une missive plus tôt dans la journée alors que le match n'avait pas encore eu lieu pour lui expliquer où ils se retrouveraient le soir venu. Ça avait fait rire le Poufsouffle qui avait trouvé le brun bien présomptueux mais le résultat était là, les Gryffondor avaient gagné avec plus de 100 points de différence. Et Remus savait ce que ça voulait dire.
Il n'arrivait toujours pas à croire qu'il allait vraiment le faire. Coucher avec un garçon juste parce qu'ils avaient passé un arrangement. En était-il capable ? Rien ne l'y obligeait après tout, Sirius avait presque décidé seul.
Mais s'il était là, c'était qu'il le désirait aussi…
Remus ne pouvait s'empêcher de se demander si le fait qu'il soit prêt à coucher avec Sirius Black simplement comme une récompense faisait de lui un garçon facile ou même un être simplement stupide. Peut-être que oui mais c'était son corps, son choix.
Il espérait sans doute naïvement que Sirius ne s'empresserait pas d'aller en parler à ses amis dès le lendemain. Non, il ne lui ferait pas ça. Ils étaient amis et Sirius n'avait pas l'air d'être quelqu'un qui trahissait la confiance de ses amis. Il le lui avait également promis et il avait envie de lui faire confiance.
Lupin se sentit fébrile au fur et à mesure que les minutes s'égrenèrent : le Gryffondor ne devrait plus tarder à présent, il devait se préparer.
Remus se déshabilla avec nervosité et laissa ses vêtements sur la table de nuit. Il attrapa sa baguette qu'il avait abandonnée sur le lit deux places et lança un sort de lubrification. C'était étrange cette sensation d'être mouillé et dégoulinant à cet endroit. De cette manière là en tout cas. A chaque fois qu'il l'avait fait dans ce sens là, ses partenaires avaient toujours pris soin de le préparer avec du lubrifiant moldu car il avait évité de fréquenter des sorciers. Quelqu'un aurait pu le reconnaitre.
Remus avait ensuite compris que ce n'était pas ce qu'il désirait. Il avait agi ainsi pour de mauvaises raisons. Il avait voulu attirer l'attention d'un homme qui jamais ne le verrait comme un amant potentiel et se débarrasser de cette innocence qui le faisait parfois ressembler à un enfant. L'expérience avait été tordue et inutile. A présent qu'il y pensait, il n'arrivait pas à croire que des gens aient répondu à ses avances alors qu'il était flagrant qu'il était mineur.
Arthur au moins avait eu de la considération pour lui en refusant.
Mais tout ça était du passé et le Poufsouffle se concentra sur le présent, sur ce qu'il s'apprêtait à faire. Il n'avait pas tant d'expérience que ça, même s'il s'y connaissait au moins plus que le Gryffondor en matière d'homoromance et de sexualité. En effet, Sirius avait une réputation plutôt sulfureuse mais il n'avait jamais été avec un homme. Si Remus se ratait, le brun serait déçu et ne verrait probablement plus aucun intérêt à continuer quoi que ce soit avec lui.
Lupin s'allongea sur le lit, toujours nerveux et ne sachant trop quoi faire pour patienter. Sans doute devait-il se mettre dans l'ambiance ? Coucher avec quelqu'un n'était pas quelque chose qu'il pouvait faire sur commande et il ignorait également dans quel état d'esprit serait Sirius à son arrivée. L'alchimie entre deux personnes et le désir étaient importants. Pour cela, il fallait créer une atmosphère. Prenant son courage à deux mains, il écarta alors les cuisses et releva les jambes. Ses doigts fouillèrent son intimité avec empressement : il refusait d'être surpris par Sirius dans cette posture, c'était assez gênant comme ça. Le sort avait bien marché et son index rentra facilement. Le majeur le rejoignit assez vite. L'inconfort était léger et Remus fit des mouvements amples pour se détendre au maximum.
Il voulait que la pénétration se passe bien, autant pour lui que pour Sirius. Coucher avec un garçon était plus contraignant qu'avec une fille. Bien entendu, il ne pouvait pas s'auto-lubrifier et il fallait s'assurer d'être propre mais tout ça, il ne voulait pas que Sirius y pense. Si le sexe avait l'air trop compliqué, il fuirait sûrement. Remus savait de quoi il avait l'air à cet instant : pathétique, sans aucun doute, car il espérait sincèrement que si tout se passait bien, Black finirait par tomber amoureux de lui. A force de se fréquenter, de coucher ensemble et de partager des choses…
Mais personne ne l'avait jamais aimé avant, pourquoi Sirius l'aimerait-il ? Remus n'était jamais que le bon copain, la personne gentille qu'on aimait bien avoir dans son entourage lorsqu'on avait besoin d'un service.
Soudain, il se sentit bête et ses doigts enfoncés en lui se figèrent. Il les ramena devant son visage. Ils étaient poisseux et Remus les essuya sur les draps du lit avant de le regretter.
Sirius allait-il venir ? Ou était-il un simple idiot à l'attendre nu et dilaté dans la Salle sur Demande ?
Remus avait l'impression d'une fois encore faire le mauvais choix. Il ne les faisait jamais en amour. Il allait finir par souffrir, il le savait.
Sirius entra à cet instant dans la pièce et il fut trop tard pour se demander si c'était vraiment une bonne idée.
Le Poufsouffle se releva et essaya de se couvrir avec les draps. Il n'était pas très à l'aise de l'accueillir ainsi et avait espéré au moins remettre son sous-vêtement.
-Ah… Euh, OK ! Je me déshabille aussi alors ? lui demanda Sirius, visiblement surpris.
Remus n'eut pas le temps de répondre que déjà, le Gryffondor enlevait ses premières couches de vêtements. Il croisa son regard gris et Sirius lui sourit. Cela le détendit un peu.
Le Gryffondor garda néanmoins son pantalon et Remus se sentit vulnérable. Il voulait dire quelque chose sans savoir quoi. Il fut néanmoins un peu soulagé lorsqu'il remarqua que Sirius, d'habitude bavard, semblait bien peu loquace. Le brun monta ensuite sur le lit à genoux devant Remus et lentement, tendit la main vers lui. Il le toucha avec délicatesse puis d'un regard, lui demanda l'autorisation de faire tomber le drap. Remus acquiesça mais s'accrocha quand même bien trop au tissu, ce qui fit rire le lion.
-Lâche-le maintenant !
-… D'accord.
Sirius voulait le voir en entier et détailler ce corps dont il n'avait pas pu apprécier la beauté avant les vacances. Regarder le sexe d'un autre homme était étrange et il passa plusieurs secondes les yeux fixés dessus sans rien dire, n'ayant pas conscience de la gêne ni de l'excitation que son regard sombre faisait naitre chez le blaireau. Jusqu'à ce que l'anatomie du châtain commence à s'éveiller. Sirius trouva le constat excitant. Le désir de Lupin pour lui gonflait son égo et son entrejambe.
-Alors, qu'est-ce qu'on fait ?
Il semblait un peu gêné et avait pour ainsi dire voulut se débarrasser au plus vite de la question.
-J-je… Quoi ?
Remus le dévisagea. Il avait cru qu'il était assez clair qu'ils allaient coucher ensemble...
-Je me suis dit que ça viendrait tout seul une fois qu'on serait ensemble et que je n'aurais pas besoin de me documenter mais j'aurais peut-être dû… Ils font des livres super sur le sujet avec des images détaillées dans l'Allée des Embrumes.
Remus écarquilla les yeux sous la surprise.
-Non, ne t'inquiète pas, je te guiderai.
Il n'avait aucune envie de savoir comment Sirius Black pouvait savoir ce genre de choses...
-Ne stresse pas, ajouta-t-il.
-Je ne suis pas stressé.
Sirius lui sourit et lentement, caressa sa joue avant de descendre ses mains sur ses bras puis son torse. Les tétons de Remus, d'adorables boutons roses, pointèrent lorsque Sirius passa ses doigts dessus plusieurs fois. C'était étrange pour l'ainé des Black de ne pas trouver de la protubérance à cet endroit là. Remus n'avait pas de sein mais Sirius aimait bien ses tétons. Il se pencha alors vers le torse du plus jeune et en embrassa un. Remus gémit, surpris par le geste. Sirius colla ensuite son corps contre le sien, un bras dans le bas de son dos et l'autre posé sur sa hanche. Il lécha le bouton de chair, appréciant de découvrir comment faire l'amour à un homme. Il pouvait apprécier cela, il le sentait.
-Sirius…
Le brun releva la tête et observa son ami dont les yeux mordorés le fixaient avec envie.
-Embrasse-moi.
Et il le fit. Ils s'embrassèrent avec passion, retrouvant la même intensité et le même désir qui les avait habités lors de la soirée du bal. Remus laissa ses mains se balader sur le corps du Gryffondor : Sirius était bien bâti même s'il n'était pas grand. Il était bien fait et avait un corps ferme, agréable au toucher. Remus avait pour sa part peur que son corps ne plaise pas à son ami. Il n'était pas aussi musclé, ni aussi bien proportionné. Mais s'il avait été plus musclé, plus ferme, Sirius aurait peut-être trop senti à quel point il avait un homme en face de lui…
Remus se sentait vraiment excité maintenant et il bascula soudain Sirius sur le lit. Aux oubliettes toutes ses interrogations, il voulait vivre ce moment le plus parfaitement possible. Ça pouvait tout aussi bien être la première et la dernière fois.
Il embrassa Sirius et dessina une ligne de baisers le long de son torse, s'arrêtant juste sur son bassin. Il embrassa la bosse qui déformait son pantalon et le descendit tandis que Sirius l'aidait en relevant les hanches. Le châtain embrassa le sexe encore couvert par le tissu du sous-vêtement avant de mordiller très doucement le gland.
-Fais-le, Moony, souffla le brun que cette vision excitait particulièrement.
Remus sourit, plus en confiance d'avoir pu reprendre les rênes. Il était celui qui allait recevoir mais il refusait de ne pas au moins un peu mener le jeu. Il voulait que Sirius craque. Qu'ensuite, Sirius pense à lui constamment et le désire encore et encore.
Qu'il l'aime, tout simplement.
Il savait ce que Sirius attendait, il pouvait parfaitement le deviner. Il se sentit néanmoins un peu nerveux à l'idée mais essaya de le cacher. Il échangea encore un long regard avec Sirius avant que celui-ci ne se débarrasse de son vêtement. Il tira alors Remus jusqu'à lui et ils échangèrent un baiser. Remus se demandait si Sirius avait deviné qu'il était soudain devenu moins à l'aise et si d'une certaine façon, il essayait de le ménager. Il ne voulait pas être perçu comme hésitant, il était bien avec Sirius. Il pouvait lui accorder ce qu'il demandait car il en avait aussi envie.
Il descendit de nouveau le long du corps du Gryffondor et le caressa. Ses cuisses, son ventre, son aine. Il embrassa ses abdos légers puis le haut de sa cuisse avant de diriger la pointe de sa langue sur sa virilité. Il le sentit se contracter légèrement et continua. Sentir son regard sur lui avait un effet désinhibant, tout comme son souffle irrégulier et ses doux gémissements. Remus se concentra tant qu'il fut surpris de sentir soudain la main du brun se poser sur sa tête et il se figea, relevant précipitamment les yeux. Sirius retira aussitôt sa main, inquiet devant sa réaction.
-Je voulais juste te caresser les cheveux, expliqua-t-il.
Remus ne sut que dire. Il avait pensé que Sirius cherchait à le contraindre mais il se sentait idiot à présent et avait l'impression d'avoir brisé le moment. Il devait passer à la suite pour ne pas laisser le malaise s'installer. Il grimpa alors sur les cuisses du Gryffondor et l'embrassa. Ca, il savait faire et ce geste avait le don de les faire se sentir très bien tous les deux. Sirius toucha son corps et Remus le laissa faire, ayant la sensation d'être choyé, aimé. Il n'en avait jamais assez. Découvrir les zones érogènes chez l'autre, le toucher, le sentir, le lécher…
-Prends-moi…
La voix de Remus si proche faillit faire chavirer le Maraudeur. Il en avait terriblement envie et ne se fit pas prier. Remus, le cœur battant la chamade, essaya alors de faire le vide dans sa tête. Il devait complètement se détendre pour que ce ne soit pas pénible au début pour lui. Il observa Sirius, ses yeux si beaux, et l'enlaça. Il sentit le Gryffondor pousser en lui et se crispa. Quelque chose n'allait pas.
-Attends, Sirius. Tu…
Remus se redressa, repoussant légèrement son amant.
-Tu n'as pas lancé le sort de protection.
-T'es un mec, Moony, tu ne vas pas tomber enceinte !
-Ce n'est pas à cause de ça.
Remus fronça les sourcils. Il aurait aimé que Sirius le fasse sans poser de questions mais il allait devoir insister. Il espérait juste qu'il n'allait pas passer pour un rabat-joie…
-Fais-le, s'il te plait.
Sirius n'en voyait pas l'intérêt mais il le fit quand même. S'il ne fallait que ça pour pouvoir aller jusqu'au bout, ce n'était pas un problème. Il lança l'informulé et put enfin posséder Remus. Il avait voulu y aller lentement mais lorsque la chaleur de l'intimité de Remus s'était refermée sur lui, qu'il s'était senti si serré et si chaud, il n'avait pas pu résister. Sirius ne trouva pas étrange d'avoir pu le pénétrer si facilement et encore moins que Remus soit lubrifié. Il se concentra simplement sur les sensations particulièrement plaisantes.
Il caressa le dos de son amant, voulant le détendre parce qu'après avoir repris ses esprits, il avait senti Remus se crisper. Il voulait bien faire alors il attendit que ça passe. Et il en fut récompensé.
Lorsque son amant sembla prendre autant de plaisir que lui, Sirius se fit ainsi un peu moins précautionneux. Il avait 18 ans et le contrôle dans ce genre de situation n'était pas forcément une de ses plus grandes qualités. Il fit gémir et haleter Remus, claquant ses hanches contre les fesses du châtain.
Son bas-ventre le brulait et il avait l'impression de pouvoir jouir à tout moment. Soudain, il empoigna les fesses de Remus à pleine mains et lorsque le plus jeune se redressa pour avoir un meilleur contrôle de son plaisir, il accompagna ses mouvements. Dans cette position, il avait l'impression d'aller plus profondément encore. Faire l'amour avec un homme était bon et Sirius n'était pas sûr de pouvoir se passer de ce genre de sensation. Il ne voulait pas que ce moment se termine, jamais.
Il s'immobilisa pourtant subitement.
-Je p-peux…
Sirius ne savait comment formuler sa demande. Même s'il aimait tout ce qu'ils faisaient, il avait besoin d'une meilleure position pour bouger comme il l'entendait.
Son regard croisa celui de Remus qui, les joues rouges, avait bien dû mal à déchiffrer sa demande silencieuse.
-On peut faire autrement ? demanda-t-il alors.
Remus hocha la tête et laissa Sirius le guider. Si son partenaire le voulait sur le ventre, ça ne le dérangeait pas. Il en profita d'ailleurs pour se saisir d'un des oreillers qui lui servirait d'ancrage pour ne pas perdre pied.
Lorsque Sirius le posséda de nouveau et que ses coups de rein devinrent plus vigoureux encore, ses gémissements changèrent et son amant s'en étonna. Le brun semblait avoir trouvé son point magique et Remus plongea la tête dans l'oreiller. Après quelques mouvements encore, il se tendit.
Sirius le sentit se resserrer autour de lui et il fut prit de court, son orgasme le fauchant d'un coup. Il s'écroula sur Remus et essaya tant bien que mal de retrouver une respiration normale.
-Moony...
Remus sourit mais lui fit signe de se décaler : il avait besoin d'air et surtout, il avait chaud. Sirius s'écarta et il se redressa pour prendre appui contre le dossier du lit. Il avait bien compris que Sirius n'avait pas pu se retirer à temps et il détestait la sensation d'être poisseux en bas. Le Gryffondor cherchait à le câliner mais Remus se déroba. Il avait besoin de se nettoyer et il était tellement dans ses pensées qu'il n'eut même pas conscience du geste qu'avait initié le plus âgé.
-Remus ?
Sirius fronça les sourcils. Il n'aimait pas cette distance que le châtain mettait entre eux.
-Désolé, c'est juste qu'il faut… Enfin...
Remus sembla gêné et Sirius était en train de craindre le pire. Peut-être que son ami regrettait déjà et qu'il ne voudrait même plus lui parler…
-S'il te plait, ne t'inquiète pas, Sirius.
Il soupira.
-Il faut juste que j'aille me débarrasser de ce que tu as laissé en moi, expliqua-t-il d'un air embarrassé.
Sirius rougit en retour et se rallongea pour l'attendre, hochant la tête. Il était content d'avoir partagé cet instant avec Remus et il était encore plus heureux de pouvoir continuer à parler et à rire avec lui sans qu'une gêne ne s'installe. Sirius ne comprenait toujours pas son attirance pour le blaireau mais il aimait se laisser aller en sa présence. Les choses allaient bientôt se compliquer pour lui mais il allait y faire face. Pouvoir partager ce genre de moments d'insouciance et de plaisir avec Remus seraient le bienvenu.
Comme un exutoire.
Remus revint un long moment plus tard et s'allongea tandis que Sirius rouvrait les yeux. Il se coula alors dans les bras du Poufsouffle et les rougeurs sur les joues du châtain s'amplifièrent. Cette image plaisait à Sirius.
-Sirius…
-Ouais ?
-Par rapport au sort de protection, tu sais, il faut que tu l'utilises à chaque fois. Enfin, je me doute bien que tu n'en vois pas l'intérêt avec un garçon mais c'est aussi très important.
-Pourquoi ?
-Pour les maladies. Celles qui sont sexuellement transmissibles. Ce n'est pas encore très clair mais il y a de plus en plus de cas pour le VIH et-
-C'est des trucs de moldus, Remus. Arrête de t'inquiéter.
Sirius caressa sa peau. Il avait envie de recommencer et le désir dans ses yeux ne devait pas tromper son ami.
-Je ne sais pas…
Remus ne savait pas quoi penser. C'était loin d'être établi et aucun cas n'avait été déclaré chez les sorciers. De toute façon, même chez les moldus, c'était plutôt tabou. Mais au-delà de cette maladie, il y avait les infections qu'ils pouvaient attraper et Sirius semblait trop insouciant sur le sujet. Remus se demandait si ses parents lui en avaient au moins parlé. Sans doute que non. Les Sangs-Pur et les Sang-Mêlé avaient une constitution qui divergeait légèrement des moldus et beaucoup se sentaient immunisés contre les maux qui les touchaient sans qu'on ne sache vraiment si c'était à raison ou non.
-Mais, Sirius, tu devrais-
-T'inquiète pas, Moony. Je suis un Sang-Pur, qu'est-ce que tu crois que ça veut dire ?
Sirius souriait, content de sa blague, mais elle ne fit pas rire Remus.
-Je dis ça pour toi. C'est important et tu devrais le savoir, lui fit-il remarquer. Enfin, je présume que si tu l'utilises avec les filles, c'est déjà bien.
-Mais oui.
Le Gryffondor souriait toujours et Remus essaya de chasser la colère qu'il commençait à ressentir. Il aurait aimé que Sirius le détrompe, qu'il lui dise qu'il n'avait pas l'intention de coucher avec des filles, ni qui que ce soit d'autre.
Mais il n'en fit rien. Remus sentait que le Gryffondor avait de nouveau envie de lui mais il avait le cœur gros et il le repoussa gentiment. Il avança le fait que la fougue de Sirius avait été un peu trop pour lui et qu'il n'allait pas pouvoir recommencer avant un moment.
Sirius s'excusa et Remus lui tourna le dos, préférant dormir. Le Gryffondor se colla alors à lui, passant ses bras autour de sa taille, et Remus posa sa main sur son bras. Après tout, il ne voulait pas le repousser complètement.
Il ne voulait pas pâtir de ses états d'âme.
Prochain chapitre : Non-dit
