Chapitre 22 :
Le pire de nous-mêmes
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Lily descendit les escaliers et continua sa ronde non loin de la tour d'Astronomie. Pour l'instant, elle n'avait vu personne : tout était calme en ce samedi soir. La journée aussi l'avait été. Enfin, plus ou moins. James s'était vengé d'une supposée blague de Severus en lui collant une glue magique sous les pieds et le pauvre Serpentard était resté bloqué pendant un moment devant les portes de la Grande Salle. Dumbledore lui-même avait dû s'y mettre pour libérer le brun.
Lily ignorait franchement comment James avait bien pu réaliser cet exploit, ni même si cela pouvait être considéré comme tel. Leur directrice de maison avait néanmoins semblé quelque peu impressionnée.
Ce que James avait fait n'était pas bien, mais il était une telle tête de mule que Lily n'avait plus espoir de lui faire entendre raison. Elle avait parlé avec Severus en espérant obtenir un meilleur résultat avec lui mais elle ne pouvait pas dire que ça ait vraiment marché. Severus persistait à dire que si Potter l'attaquait – lui ou Black – il répliquerait. Lily trouvait cette guéguerre stupide et ne s'était pas privée de le faire savoir mais le Serpentard avait simplement rétorqué qu'elle ne pouvait pas comprendre.
Severus ne pouvait pas plus se tromper : bien sûr que Lily comprenait. En fait, elle comprenait surtout que cette bataille permanente tournait autour d'elle alors qu'elle s'en serait bien passée. Et puis, les deux concernés refusaient de l'admettre mais elle était certaine qu'ils aimaient se chamailler et qu'ils s'ennuieraient trop sans leur passe-temps.
Elle avait quitté James parce que ses sentiments ne prenaient plus le même chemin que les siens mais sa relation avec Snape avait aussi joué. Elle avait naïvement pensé que James et elle séparés, tous ses problèmes se résoudraient. Malheureusement, c'était loin d'être le cas. Mais que faire à présent ?
En plus, si elle était honnête, elle pouvait dire que même si elle n'avait toujours pas envie de se remettre avec James, le Gryffondor lui manquait parfois. Comme ça avait été le cas avec Severus. Malheureusement, elle craignait de faire un pas vers le joueur de Quidditch et que celui-ci s'imagine qu'elle veuille donner à leur couple une autre chance.
Pourtant, pour elle, tout était clair. A l'heure actuelle, elle ne voulait pas de copain, juste retrouver ses amis. Cette idée semblait pourtant mission impossible tant ceux-ci ne pouvaient se supporter.
Quelle galère…
Lily continua sa ronde et sursauta en entendant du bruit plus loin devant elle. Elle lança un lumos et fit attention de diriger sa baguette par terre pour ne pas déranger les quelques tableaux présents. Elle continua de progresser mais ne vit rien. La rousse parvint alors à distinguer des pleurs et, inquiète, elle pressa le pas.
Et puis, elle la vit.
Pamela Alton.
Lily retint un hoquet de surprise en voyant la Serdaigle avancer, les yeux dans le vague alors qu'elle reniflait par intermittence. Elle portait une robe légère, très belle, d'un blanc si pur qu'il faisait encore plus ressortir les quelques taches de sang qu'elle avait entre les cuisses. Sa robe était déchirée et sale, comme si elle s'en était servie pour essuyer le sol, ou plutôt comme si elle avait été trainée par terre.
Pamela continuait d'avancer lentement, les pieds nus. Elle n'avait pas l'air de voir Lily, elle était juste complètement hagarde. La Préfète-en-chef était certaine que la Serdaigle ne savait pas elle-même ce qu'elle faisait. Lorsque Pamela passa à côté d'elle, Lily put sentir l'odeur acre du sexe et elle comprit sans mal ce qui venait de se passer.
-Alton, l'appela-t-elle doucement.
Elle savait que pour l'instant, la 6ème année était en pilote automatique et que c'était ce qui l'empêchait de s'effondrer. Elle ne devait pas la brusquer ni lui faire peur.
-Alton, l'appela-t-elle encore.
Sans résultat.
Elle marcha alors à sa suite pour ne pas la perdre. Elle enleva sa cape et se demanda comment elle pouvait procéder. Elle avait envie de recouvrir l'adolescente, de protéger son corps déjà bien trop exposé...
-Pamela.
La voix de Lily trembla. Elle n'attendit pas de réponse et posa sa cape sur la blonde. Celle-ci sursauta et se tourna lentement vers elle.
Et il se produisit exactement ce que la Gryffondor avait prévu.
Pamela trembla. Elle dévisagea Lily avant d'écarquiller les yeux et de regarder autour d'elle, comme pour s'assurer de la situation. Elle croisa ensuite les bras sur sa poitrine puis les remonta sur ses épaules, comme si elle essayait de se protéger. Finalement, elle secoua la tête et puis s'effondra par terre.
Lily l'accompagna afin d'atténuer sa chute et elle fut soulagée de ne pas être rejetée par la Serdaigle.
Elle l'écouta ensuite pleurer et hurler sa douleur quelques minutes, lui accordant au moins ça avant de prévenir quelqu'un.
Ses cris furent encore plus insupportables que sa douleur. Lily se sentit totalement impuissante.
xXx
Dumbledore n'avait pas été confronté à un tel drame depuis bien longtemps. Et pourtant, il n'était pas jeune et avait déjà vécu bon nombre de tragédies. La plus tragique et douloureuse étant la mort de sa petite sœur qui avait entrainé une rupture avec Abelforth, son frère. Il aurait aimé dire que leur éloignement avait tout arrangé, mais ça aurait été mentir. Plus de 70 ans plus tard, Albus était toujours incapable de faire face à son frère.
Le problème n'avait jamais été seulement son frère ou même Grindelwald. Il était lui-même en grande partie responsable de ce qui était arrivé.
Albus Dumbledore avait toujours été considéré comme étant quelqu'un de doué et ça avait commencé dès sa scolarité à Poudlard. Petit à petit, il s'était fait connaitre pour ses pouvoirs incroyables et son don pour la magie. Il avait pris goût à cette notoriété qu'il commençait à acquérir. Les éloges, les sourires, les compliments et la réussite étaient quelque chose auquel sa famille ne l'avait pas habitué. Pas après ce qui était arrivé à Ariana et l'attaque que la pauvre avait subie. Si Albus s'essayait à des raccourcis un peu faciles, il dirait que sa défunte sœur avait pour ainsi dire presque dicté sa vie, même après sa mort.
Lui n'avait pas souhaité déménager à Godric's Hollow même si au final, la vie là-bas lui avait plu. On ne lui avait simplement pas laissé le choix et déménager pour un enfant n'était jamais facile : c'était abandonner beaucoup de choses. Il l'avait accepté parce qu'il ne pouvait faire autrement. Ça aurait été trop cruel de laisser sa petite sœur vivre chaque jour à l'endroit où on l'avait attaquée. C'était comme lui imposer de revivre encore et encore l'agression qui l'avait laissée bouleversée et traumatisée.
La mise en prison de son père avait suivi et ça aussi, Albus aurait souhaité que ça n'arrive pas. Mais impossible de raisonner un homme en colère. C'était sa fille, c'était sa sœur, mais son départ avait un peu plus plongé la famille Dumbledore dans la tragédie.
Si Perceval était resté avec eux, est-ce que les choses auraient pu changer ? Regretter était inutile, on ne pouvait pas changer le passé. Ariana avait formaté leurs vies pour le meilleur et pour le pire, ils s'étaient construits autour d'elle et pour elle. Albus l'avait d'abord perçu comme une contrainte, surtout quand à Poudlard, il avait enfin pu se libérer de ces choix qu'on lui imposait. Montrer toutes ses capacités, se faire un nom et réussir. Il avait été différent d'Abelforth qui lui n'avait pas vu tous ces changements comme une contrainte.
S'il avait été plus comme son frère, Albus se demandait si les choses auraient alors pu se terminer autrement. Mais là aussi, il savait qu'il n'aurait pas de réponse.
Avec le recul, Albus se demandait comment il avait pu préférer la gloire, sa carrière, l'aventure et les découvertes, à sa famille dans le besoin. Il s'était servi de l'attaque qu'avait subie Ariana pour expliquer son envie d'agir sur et pour les Moldus, comme il le disait à l'époque. La vérité était qu'il avait juste été un peu mégalomane sur les bords et qu'il avait sincèrement cru toutes ces théories. Il avait été prêt à contrôler les Moldus. Tout ça pour quoi ? Pour leur bien ? Comment pouvait-on se voiler autant la face…
A l'opposé, la passion qu'il avait vécue avec Gellert, malgré le mal qu'elle avait apporté, il n'arrivait pas à la regretter.
Personne ne connaissait cette partie de sa vie. Tout le monde le voyait simplement comme le plus grand sorcier de tout les temps. On ne voyait que ses récompenses, ses découvertes et ses prix, comme il avait toujours voulu durant son adolescence…
Le défenseur du monde magique. Ce n'était pas pour rien qu'on lui avait proposé de devenir Ministre de la Magie.
Il n'y avait bien que son jeune frère, son ancien amant et son plus vieil ami, Elphias Doge, pour savoir qui il était vraiment. Dumbledore avait honte de son passé ou plutôt, ne l'assumait pas totalement. Il n'irait probablement jamais le raconter. Et parce qu'il culpabilisait, il avait refusé toutes les grandes opportunités de carrière qu'on lui avait faites. Il ne les méritait pas.
Dumbledore doutait tout le temps. Prendre la mauvaise décision était une de ses hantises. Provoquer sans le vouloir, encore un drame. Alberforth l'accusait d'avoir provoqué la mort d'Ariana et ce même s'il n'avait pas de preuve que c'était bien la baguette de l'actuel directeur de l'école de magie qui avait été responsable. Mais surtout, Abelforth lui reprochait d'avoir pu surmonter cette perte alors que lui en était incapable. Même son affaire « La tête de Sanglier » ne l'aidait pas à relever la tête. Mais ce que son cadet ignorait, c'était qu'Albus ne vivait pas mieux que lui en réalité.
Il s'en voulait chaque jour, mais en parler était inutile. Lui dire qu'il était aussi triste que lui n'arrangerait pas les choses et ne les feraient certainement pas avancer. Leur relation était morte de toute façon, alors à quoi bon.
Dumbledore avait assez à gérer comme ça.
Un problème grave s'était en effet présenté à lui et il allait devoir prendre les bonnes décisions, pour lui et pour son école.
- Que faisiez-vous hors de votre dortoir, Miss Alton ?
Le regard de Pamela se fit plus fuyant. Dumbledore était avec elle depuis presque dix minutes et il avait obtenu, avec beaucoup de mal, que Pomfresh les laisse un instant. Il avait besoin de prendre des nouvelles de son élève et de comprendre ce qu'il s'était passé.
La Serdaigle avait pleuré un moment et Dumbledore l'avait laissé évacuer sa peine. Il n'avait pas osé lui demander comment elle se sentait car elle était mal, forcément, et Dumbledore ne se sentait pas les épaules pour l'entendre. Parce qu'alors, il devrait apporter une réponse à la hauteur de sa souffrance.
Même avec la meilleure volonté du monde, il doutait de pouvoir vraiment comprendre ce que ressentait la jeune femme. Il ne pouvait que l'imaginer.
-Je devais rejoindre un garçon…
Elle eut honte de l'avouer et Dumbledore le comprit.
-Je sais que vous en avez conscience, mais si on vous demande de ne pas quitter vos dortoirs après le couvre-feu, c'est pour vous.
-Je sais que ce ne serait pas arrivé si je n'étais pas sortie !
Pamela serra les poings, furieuse contre elle-même, contre tout. Elle chercha ensuite à échapper au regard bleu du directeur.
-Sans doute, ne put que confirmer Dumbledore. Mais vous n'avez pas à vous en vouloir, vous n'êtes pas fautive ici.
-J'étais sous imperium, murmura-t-elle alors. Je n'ai même pas pu dire non…
Elle renifla mais n'arriva pas à empêcher ses lèvres de trembler.
-Je ne pouvais rien faire mais ça ne l'a pas empêché d'être violent ! Je ne comprends pas…
-Savez-vous qui vous a fait ça, Miss Alton ?
Elle secoua la tête et Dumbledore n'en fut pas surpris ni même déçu : il s'y était attendu.
-C'est trop flou, je me souviens à peine être tombée sur Evans.
Dumbledore baissa la tête, réfléchissant à ce qu'il pouvait faire à présent. Vérifier l'impérium était presque impossible. Quant à savoir qui avait lancé le sort impardonnable, c'était la même chose. Même s'il pensait bien à un suspect et qu'il vérifierait quel sort avait été en dernier lancé par sa baguette, il doutait d'avoir un résultat positif. Il suffisait qu'un autre sort insignifiant ait été lancé ensuite pour annuler la démarche.
-En fait, reprit Pamela. J'ai juste une odeur en tête. Le nougat.
Albus resta silencieux et Pamela s'excusa. Elle savait que ce n'était pas une information aussi inutile qui allait aider le directeur à avancer. De son côté, Dumbledore se leva de sa chaise, souhaita un bon repos à son élève et partit en lui assurant qu'il repasserait plus tard dans la semaine. En attendant, Pomfresh allait bien s'occuper d'elle. Pamela n'avait pas souhaité que ses parents soient mis au courant mais étant mineure, Albus aurait dû être dans l'obligation de les avertir. Il préférait néanmoins respecter le choix d'Alton. Et aussi, peut-être que ça l'arrangeait mais il ne voulait pas y penser. Les prévenir créerait forcément un scandale pour Poudlard et il voulait s'en occuper lui-même, discrètement.
Dans le couloir, il retrouva l'infirmière qui s'empressa de retourner auprès de sa patiente. Il y avait aussi Lily, inquiète et troublée par ce qu'elle avait découvert. Elle demanda des nouvelles de la Serdaigle et alla se coucher sous l'insistance du directeur après avoir été rassurée.
Albus avait assez à faire comme ça. Il était profondément inquiet car Poudlard était en train de trembler et il se demandait si les fondations de la célèbre école de magie allaient tenir…
xXx
-Depuis quand ?
Sirius ne sut que dire. Il ignorait même de quoi Walburga pouvait bien parler. Il était fatigué et terrorisé. Plus le temps passait, plus sa mère lui faisait peur. Et avec cette peur venait un autre sentiment. Celui de la colère. Il ne voulait plus subir. Pourtant, il n'avait pas encore la force de se rebeller. Il suffisait que sa mère élève la voix ou qu'Orion le menace de coups de ceinture pour étouffer net toute tentative. Il n'y arrivait pas. Seul, il ne pouvait rien faire. Regulus ne disait jamais rien et Sirius avait de plus en plus l'impression de subir la sévérité de sa mère.
Il était encore un enfant et ne comprenait rien à ce qu'on lui reprochait. Qu'avait-il bien pu faire cette fois ?
-Depuis quand ? répéta Walburga, les lèvres si pincées que Sirius eut du mal à la comprendre.
-Je… Quoi ? fit-il, décidé à avouer son ignorance.
-Ne fais pas l'ignorant ! Crois-tu que je n'en sache rien ?!
Sirius fronça les sourcils.
-Je ne te laisserai pas entacher notre famille ! Ça fait longtemps que tu es devenu une déception, Sirius, mais je ne te laisserai pas complètement nous humilier ! Tu accompliras au moins ta tâche de perpétuer la lignée et tu ne dévieras pas du droit chemin !
Sirius avait l'impression de rêver, ou plutôt de vivre un cauchemar. Sa mère était-elle réellement fâchée parce qu'il lui avait dit ne pas vouloir se marier ? Mais cette discussion datait de longtemps et Sirius n'avait même pas 12 ans ! Les filles, il s'en foutait ! Sa mère était folle et il voulait juste être tranquille.
-J'veux pas d'enfant, s'entendit-il donc répondre.
Les bébés, ça pleurait, ça faisait caca et pipi tout le temps, c'était chiant et c'était fragile. Regulus n'avait commencé à devenir intéressant que quand il avait commencé à obéir à Sirius !
Mais comme l'enfant s'y était attendu, sa prise de position sembla déplaire à sa mère, encore. Mais que pouvait-il y faire ? Elle n'allait pas le forcer à se marier et à avoir des enfants, il ne savait même pas comment on faisait ! Adromeda lui avait parlé de fleur, d'abeille et de chaudron ou l'inverse, il n'y avait pas compris grand-chose. Il se souvenait juste que Narcissa avait souri et que Bella lui avait jeté un regard dédaigneux.
-Ça suffit ! Tais-toi ! Et si ton frère t'entendait, y as-tu pensé au moins ?!
Sirius ne comprenait rien. Un instant, il se demanda même si ça mère ne parlait pas de quelque chose de plus grave encore. Elle était énervée, dégoutée, mais semblait également effrayée en posant ses yeux clairs sur lui.
-De toute façon, j'ai déjà fait le nécessaire.
Sa mère n'ajouta rien d'autre et Sirius ne sut quoi faire. Ils restèrent là, à se regarder, et Sirius ne comprit pas ce que sa mère attendait. Et puis, il arriva.
L'homme qui pénétra dans le boudoir du manoir était à la fois étrange et ordinaire. Il semblait mal à l'aise, nerveux, et ne pouvait s'empêcher de fixer Sirius tout en étant gêné par la présence de Walburga.
-Je vous le laisse.
Walburga jeta un regard dur à Sirius et commença à quitter la pièce.
-Mère ?
Sirius jeta un coup d'œil à l'homme, ne sachant que faire.
-Il sera ton instituteur, Sirius, et ce jusqu'à ton entrée à Poudlard. Je suis persuadée qu'il sera te mettre du plomb dans la cervelle et plus jamais tu ne tiendras ce genre de discours. Je ne te laisserai pas contaminer ton frère.
« Je ne te laisserai pas contaminer ton frère. »
Sirius se réveilla à ces mots. Il ouvrit les yeux et resta de longues secondes immobile à observer ses rideaux et à écouter le souffle régulier de ses compagnons de dortoir qui dormaient encore, les sens en alerte. Il attendit que la crise survienne, que la panique s'empare de lui, que son monde ne vrille, mais les minutes passèrent et il resta simplement à attendre. Il lui fallut un moment pour comprendre que rien n'arriverait et alors, il put souffler de soulagement.
Généralement, lorsqu'il faisait ce genre de rêve, au réveil, il était toujours très abîmé. Mais là, rien de comparable. En même temps, il ne se souvenait pas de grand-chose à part cette discussion avec sa mère dont il ne comprenait toujours pas le sens aujourd'hui.
Sa mère l'avait-elle pensé homosexuel pendant toute son enfance ? Comment avait-elle pu s'imaginer un truc pareil ? Et que pouvait bien faire Regulus dans cette histoire ?
Sirius aurait aimé se souvenir de plus parce qu'il avait la certitude que ce n'était pas un rêve mais une réminiscence. Qui était cet homme ?
Sirius sentit alors sa poitrine se serrer et une certaine angoisse le prendre. Il se rappelait à peine son visage mais son souvenir furtif l'avait marqué. Il ne se sentait pas bien, il avait… peur ? Mais pourquoi ? Cet homme avait l'air inoffensif pourtant. Anxieux, gêné, pétrifié. Mais qui ne le serait pas devant sa mère ? Comme beaucoup, il avait dû être impressionné par cette femme austère.
Ça devait être ça parce que Sirius ne pouvait pas se tromper. L'impression que lui avait laissée cette personne était encore bien vivace. Il n'en avait pas un bon souvenir et ne se sentait pas bien.
Mais il ne voulait pas se souvenir pour être mal une fois de plus. Pour une fois, tout allait bien alors il voulait en profiter et ne pas se créer un nouveau problème.
C'était dimanche et James et lui devaient filer un coup de main à Remus pour son collier. Ils le lui avaient promis.
xXx
-C'est cool qu'on ait pu le retrouver aussi vite ! se réjouit Sirius.
Remus souriait et touchait son collier qui avait retrouvé sa place autour de son cou. Ils avaient profité du dimanche soir pour aller dans la forêt interdite tous les trois et ainsi récupérer le bien de Lupin. Pour faire plaisir à James qui ne l'avait jamais vu sous sa forme d'Animagus, Remus avait ensuite laissé sortir le puma et James avait eu la même réaction que Sirius lorsque Remus avait grogné. Ça avait beaucoup fait rire le batteur mais Lupin n'avait pas manqué de lui dire qu'il avait fait bien pire la dernière fois !
Retourner dans la forêt interdite n'avait pas été simple car Dumbledore en avait restreint l'accès. Il avait même rappelé les règles de l'établissement lors du petit-déjeuner, insistant sur le fait de ne surtout pas se balader dans les couloirs aux heures du couvre-feu. Le directeur s'était montré très ferme, presque dur. Dumbledore ne devait pas vouloir que d'autre incident se produise et devant ses nouvelles mises en garde, les trois amis avaient pensé qu'ils passeraient le week-end sans pouvoir mettre à exécution leur plan. Le directeur semblait étrangement sur les dents et si les deux Maraudeurs n'avaient pas peur de perdre des points – Remus un peu moins – ils avaient tous eu l'impression que les sanctions seraient beaucoup plus sévères.
Pas très rassuré, Remus leur avait certifié qu'il pourrait se débrouiller seul. Ce collier, il y tenait bien trop pour ne pas aller le chercher mais il ne voulait pas que les autres aient des ennuis à cause de lui. Pour autant, il était hors de question pour les Maraudeurs de le laisser seul. Heureusement, leur ingéniosité leur avait permis de triompher et ils n'avaient pas eu trop de mal à retrouver le bien de Remus : celui-ci l'avait égaré à l'endroit pile de l'attaque. Ils avaient donc réussi leur coup sans se faire attraper.
James et Sirius étaient satisfaits. Débutait selon eux une très bonne semaine.
-Tu ne nous as pas dit ce que c'était au fait. Ca a l'air d'une dent, remarqua James.
Sirius regarda de plus près et ne put que confirmer. Il n'y avait pas fait attention avant alors même qu'il l'avait vu. Il fallait dire que le Gryffondor ne s'y était intéressé que parce que le châtain y tenait…
Remus fit la moue et ralentit le rythme. James et Sirius s'arrêtèrent alors à leur tour et l'interrogèrent du regard. A l'époque, Sirius avait déjà posé cette question à Remus et il avait refusé de répondre. Maintenant qu'ils étaient amis cependant, il sentait qu'il pouvait leur dire. Leur raconter cette histoire.
Il était simplement incertain de leurs réactions...
Quand il en avait parlé à Peter, celui-ci avait un peu pâli. Il n'avait d'ailleurs rien trouvé de mieux à lui demander que s'il était certain de ne pas être contaminé. Mais Lupin n'était pas un loup-garou et il en était très heureux. Il n'imaginait pas ce qu'aurait été sa vie sinon.
-C'est une dent de loup-garou, avoua-t-il.
James et Sirius échangèrent un rapide regard que Remus ne vit pas.
-J'ai été attaqué lorsque j'avais 5 ans, mais je n'ai pas été mordu. Mon père a réussi à l'arrêter et cette dent est tombée lorsqu'ils se sont battus. Mon père en a fait un collier pour se rappeler cet évènement. Il avait provoqué l'homme plus tôt dans la journée sans connaitre sa vraie nature.
Remus osa enfin croiser le regard de ses amis et rougit sous l'intensité de ceux-ci. Il se racla alors la gorge et marmonna un truc inintelligible.
-Heureusement que t'as pu être sauvé, lança James, hésitant.
Sirius alla ensuite passer son bras autour des épaules de son ami et lui fit reprendre leur chemin. Il souriait malgré son trouble. Il s'y obligeait. Il ne voulait pas que Remus pense qu'ils étaient gênés par la révélation ou même méfiants. Si James et lui étaient si peu bavards, c'était parce qu'ils se souvenaient de ce que leur avait dit Padfoot – via Regulus – et les propos de l'esprit prenaient encore plus de sens lorsqu'ils comprenaient qu'il avait échappé à la tragédie de peu.
Le trio reprit sa route et ils croisèrent Snape dans un couloir. Le Serpentard leur jeta un regard noir avant de continuer son chemin. James s'était tendu et Sirius lui avait dit de lâcher l'affaire. Avec ce qu'il s'était passé il y a quelques jours, les Maraudeurs devaient faire profil bas avec le Serpentard. De plus, Remus était Préfet-en-chef et ne laisserait probablement rien passer. Sirius avait eu assez de mal comme ça à le convaincre de sa supposée innocence par rapport à sa vilaine blague et il ne voulait pas que le Poufsouffle doute.
-C'est dommage que vous soyez fâchés. Je trouvais qu'on s'amusait bien tous les quatre, souffla Remus, nostalgique.
James et Sirius choisirent de ne pas répondre.
Ils discutèrent encore un peu avec le Poufsouffle avant de le laisser s'en aller pour assister à son premier cours de la semaine. Eux rejoignirent alors avec un entrain tout mesuré le cours de Métamorphose, la tête encore embrouillée.
-Salut, Lily ! lança James alors qu'il s'arrêtait près de la rousse.
McGonagall n'était pas encore là, permettant aux élèves de 7ème année de chahuter un peu. A leur arrivée, les filles de la classe s'éloignèrent du duo, étrangement incommodées, mais James n'y fit pas attention, bien trop occupé à trouver comment parler à son ex sans qu'elle ne l'envoie une fois de plus paitre.
-Salut, Lily ! la salua Sirius en souriant.
-Bonjour, Sirius, répondit-elle, preuve qu'elle ignorait délibérément James.
Ce dernier soupira et se demanda combien de temps tout cela allait encore durer. Pourquoi se sentait-elle obligée de le punir ? Ils avaient rompu, James trouvait que c'était une peine suffisante ! Aujourd'hui, il percevait une autre facette de Lily : sa rancœur. Et il ne savait qu'en penser. Il savait qu'il le méritait sans savoir si c'était juste ou non.
Mais si Lily revenait vers lui, lui reparlait comme une amie, pourrait-il alors abandonner tout espoir de reconstruire quelque chose avec elle ? Probablement non. Il y verrait forcément un signe, une quelconque volonté de sa part. C'était peut-être pour ça que Severus s'était accroché si longtemps : parce que Lily était restée à ses côtés, lui souriant comme elle savait si bien le faire.
Il l'observa et essaya une nouvelle fois de lui parler. Lui ne pouvait pas faire comme si elle ne comptait pas. De plus, il la connaissait bien et avait l'impression qu'elle était préoccupée.
-T'as passé un bon week-end ? insista-t-il en s'approchant d'elle.
-Argh… James !
Lily recula et se masqua le nez, dégoutée. Le brun haussa alors un sourcil, surpris de sa réaction. James fut alors bien obligé de remarquer que les filles du groupe semblaient avoir un problème avec lui.
-Qu'est-ce qu'il y a ? demanda-t-il, un peu inquiet.
Sirius haussa les épaules : il ne voyait pas d'où pouvait venir le problème. Ils avaient retrouvé Remus et avait discuté avec lui avant de tomber sur Snape. Ils s'étaient alors empêchés de le titiller un peu pour ne pas se faire reprendre par Remus puis avaient continué avec le Poufsouffle avant d'arriver ici. Pas une seule bêtise ni d'expérience farfelue ! Pour une fois, ils n'avaient rien fait.
-C'est horrible, tu sens vraiment mauvais, James ! grimaça Lily.
-N'importe quoi ! se vexa le capitaine de Quidditch.
Il se sentit les dessous de bras, juste pour être sûr, et ne remarqua rien. Il s'était douché le matin même ! Il avait une hygiène irréprochable, quoi que les filles en disent.
-Je t'assure que si, lança Alice en rigolant.
-Je ne sens rien moi, répliqua Frank, ce que confirmèrent Sirius et les autres garçons.
-Je suis sûr que c'est encore un coup de Snape !
Lily soupira et James oublia bien vite qu'il n'allait pas arranger la situation en accusant ainsi le meilleur ami de son ex.
-Tu l'accuses tout le temps et pour tout, constata-t-elle.
-C'est lui qui a fait le coup, j'en suis certain ! On l'a croisé en venant ici !
-Et alors ? Tu l'accuses sans preuves, soupira-t-elle encore, lasse d'avoir cette discussion avec lui.
-Je te dis que c'est lui !
-Tu ne peux pas faire ça, James. Tu ne peux pas décider sur un coup de tête qui est coupable juste parce que vous avez des problèmes. Si tu veux accuser quelqu'un, apporte les preuves de sa culpabilité.
-Tu te trompes sur Snape. Il est aussi très bon pour faire des coups fourrés, intervint Sirius.
-Peut-être, concéda Lily. Mais ça ne change rien à ce que j'ai dit.
Elle souffla et pénétra dans la salle quand McGonagall leur ouvrit la porte. Sirius haussa alors les épaules, intimant à son meilleur ami de laisser tomber. James en avait l'intention mais il râla une fois de plus quand sa directrice de maison commenta son problème évident d'odeur.
Snape allait lui payer ce mauvais coup !
xXx
-Vous aviez raison, souffla Peter.
Jedusor le savait, mais l'entendre dire était toujours plaisant. Même si ça venait de Pettigrow. Le Gryffondor était certainement celui qu'il voyait le plus et multiplier les séances lui permettait de mieux comprendre le blond et ainsi de l'aider en lui apportant des solutions ou la sérénité qu'il recherchait. Toutefois, Jedusor y voyait également une manière d'amener le Gryffondor à faire ce que lui désirait au moment où il en avait besoin.
L'ancien Serpentard n'avait pas menti sur sa profession : il était vraiment psychomage et avait bien entendu déjà aidé bon nombre d'adolescents et d'enfants. Mais il fallait être fou pour penser que c'était là l'objectif de sa vie ! Ce qu'il désirait réellement, c'était être Ministre de la magie et il comptait bien tout faire pour y parvenir. En effet, il trouvait que les conditions des sorciers étaient devenues de plus en plus misérables et que l'ouverture de leur monde aux nés-moldus avait dégradé la qualité de leur magie et de l'enseignement donné.
L'actuel Ministre de la magie n'avait en rien œuvré pour y remédier et les choses avaient même semblé se détériorer avec lui aux commandes. Il était en poste depuis bien trop longtemps et n'avait jamais rien fait de bon. Il n'avait pu garder sa place que grâce à des magouilles et des arrangements politiques. Apparemment, ces stratagèmes n'étaient pas réservés qu'aux moldus. Encore une dégradation subie par leur monde.
Harold Minchum était déjà à son deuxième mandat mais Jedusor n'était pas prêt à le laisser le terminer. L'homme avait fait beaucoup de gestes en direction des nés-moldus et pro-moldus ces dernières années dans l'espoir de se construire une base solide. Et si Minchum allait dans ce sens, Jedusor comptait bien tout faire pour capter l'autre pan de la société. Il allait juste devoir faire attention à ne pas se montrer trop extrême car personne ne laisserait un mégalomane à la tête de son pays. Enfin, pas dans le monde magique.
Il se laissait encore un an pour insuffler ses idées et convaincre les gens avant de lancer sa campagne officielle. A Poudlard, il pouvait parler aux élèves, plus influençables que les adultes. C'était également un environnement favorable pour se rapprocher via les enfants de leurs familles fortunées de Sang-Pur et d'élèves dont les parents travaillaient au Ministère.
Ça avait bien marché à Dumstrang et ça l'avait aidé à se faire un nom et une réputation.
Tom Jedusor était sûr de pouvoir réussir.
-Avez-vous parlé de ce que vous ressentiez à votre ami, Peter ? demanda le psychomage.
Mais pour l'instant, il avait un travail à faire.
-Remus dit qu'il sait ce qu'il fait mais je ne peux pas le laisser faire une aussi grosse bêtise !
-Je suis content que vous ayez enfin décidé de ne plus vous laissez faire et d'agir.
-C'est grâce à vous, fit le blond, reconnaissant.
Le psychomage n'avait aucun mal à le croire. Pettigrow était une telle chiffe molle. Pas sûr qu'il change un jour... Il avait peur de tenir tête à qui que ce soit s'il n'était pas soutenu et seul, il avait tendance à se montrer bien trop lâche. Peter manquait de confiance en lui.
-Le problème, c'est que je ne sais pas comment m'y prendre. Je ne veux pas non plus faire de la peine à mon ami. Je veux juste me venger de Sirius Black et l'éloigner de Remus. Lui faire du mal à lui et seulement à lui.
-Il faut que vous réfléchissiez à ce qui pourrait le plus embêter Sirius et en même temps l'éloigner de votre ami.
-Je suis sûr que la chose à laquelle il tient le plus est son amitié avec James mais je n'oserai jamais faire quoi que ce soit contre lui. En plus, ça se retournerait contre moi. J'avais aussi pensé au fait que Sirius s'entend bien avec son petit frère ces derniers temps mais les Serpentard sont trop impressionnants et Regulus semble être quelqu'un de sans pitié…
-Peter, avez-vous déjà pensé que Sirius Black pouvait également tenir à Lupin ?
Tom Jedusor n'avait habituellement que peu d'intérêt pour les histoires de cœur, de jalousie ou autres joyeusetés mais cette histoire l'intéressait particulièrement à cause d'une seule personne : Sirius Black. Le psychomage avait échoué à se rapprocher du cadet de la famille Black, à le rallier à sa cause. Il avait pourtant cru que cela serait simple car si Sirius était vu comme le vilain petit canard auprès de sa famille, Regulus lui était exemplaire et digne. Il avait de plus un grand besoin de reconnaissance. Malheureusement, Jedusor reconnaissait s'être montré maladroit avec le jeune homme : il avait tout simplement sous-estimé la blessure infligée par Rosier.
Il espérait pouvoir se rattraper avec l'ainé. La famille Black était en effet une des plus célèbres et influente famille de Sang-pur. Néanmoins, les Black faisaient partie de ces personnes qui ne se laissaient pas beaucoup approcher et qui plus que tout, jurait par le sang. Tom Jedusor n'était qu'un Sang-mêlé pour eux : tant qu'il ne brillerait pas en Angleterre, il ne serait en définitive, personne.
Il savait bien qu'il ne gagnerait pas les faveurs des Black avec Sirius, sauf s'il arrivait à le remettre dans le droit chemin. Apprendre que le Maraudeur fréquentait le Préfet-en-chef pourrait donc lui servir plus tard. A ce sujet, Peter Pettigrow était une vraie mine d'informations : personne ne faisait attention à lui et pourtant, il était là, partout et tout le temps. Jedusor se sentait chanceux d'avoir quelqu'un pour venir tout lui répéter ainsi.
Il observa le jeune homme un peu rondouillard et l'invita à parler.
-Non, enfin…
Pour Peter, que Sirius tienne à son ami était tout simplement impossible.
-Se faire plaisir et se laisser aller à fréquenter des filles pour s'assurer de son charme où juste par séduction est une chose, le faire avec un garçon en est une autre. Surtout quand on est une personne avec une sexualité « normale ». Sirius Black vient d'une famille de Sang-Pur où la priorité est la venue au monde d'un héritier mâle. Il a forcément dû être éduqué dans ce sens.
-C'est vrai que je me suis souvent dit qu'il regardait Remus bizarrement, à le chercher partout et à sourire tout le temps pour rien. Il n'en aurait pas conscience ? réalisa Peter.
Cette hypothèse semblait moins stupide lorsqu'elle sortait de la bouche de Jedusor.
Pour sa part, le psychomage haussa les épaules et changea de sujet : il avait donné toutes les cartes à Pettigrow. L'adolescent n'était pas très dégourdi mais il était loin d'être bête, il pouvait probablement se débrouiller.
Il continua à écouter le lion en pensant à son prochain rendez-vous. Il devait voir la Serdaigle, Pamela Alton. L'infirmière avait discuté quelques instants avec lui pour lui parler de la situation de la jeune femme. Il ne connaissait pas tous les détails mais travaillerait avec la jeune fille pour que celle-ci aille mieux et puisse se relever de ce qu'elle avait subi.
xXx
Sirius frissonna lorsqu'il observa son membre sortir de l'intimité du Poufsouffle. Cette vision était toujours aussi perturbante. Coucher avec un homme aussi. Sirius doutait de pouvoir s'y habituer un jour : cela ne lui ressemblait tellement pas. Pourtant, cette relation secrète était sans doute celle qui lui apportait le plus de bonheur comparée à celles qu'il avait pu avoir avec des filles. Il savait que c'était parce que c'était Remus justement. Faire ça avec quelqu'un d'autre ne lui traversait pas l'esprit une seule seconde !
Et comme à chaque fois que Sirius ressentait des sentiments aussi forts, il évitait de trop s'interroger. Il était bien, pourquoi se prendre la tête et ne pas juste vivre cette relation simplement ? Essayer de la faire évoluer était trop compliqué et amenait des problème. L'amitié était éternel, l'amour éphémère.
Il appréciait trop Lupin pour accepter de le perdre alors tant qu'ils continuaient leur arrangement et donc que cette relation restait cachée, tout irait bien. Il en était certain.
Ça n'avait aucune raison de changer de toute façon.
Il avait simplement ce sentiment étrange de devoir se le répéter régulièrement, comme pour s'en convaincre lui-même. Il faisait d'ailleurs taire par la même occasion cette petite voix qui lui disait que ça ne pouvait pas être aussi simple.
Le Gryffondor ne voulait pas y penser. Pour lui, il s'agissait de pensées parasites qui venaient ralentir les mécanismes bien huilés de sa vie.
Il se concentra alors sur Remus, sur les sensations qu'il ressentait et sur ce que le Poufsouffle dégageait. Avec lui, faire l'amour semblait prendre tout son sens. Sirius se surprenait ainsi à toujours vouloir être regardé avec cette petite étincelle par le Poufsouffle. Il aimait ce qu'il provoquait chez lui et ce qu'ils créaient ensemble.
Remus caressa soudain sa joue et l'embrassa. Sirius soupira alors contre ses lèvres et ferma les yeux pour en apprécier l'intensité. Il balada ses mains sur le corps du châtain avant d'agripper fortement ses hanches et de se mouvoir en lui. Il voulait donner un orgasme à son partenaire et voir le moment exact où Remus perdrait pied.
Et lorsque ce fut le cas, il le suivit, heureux d'éprouver de nouveau cette sensation si particulière. Ils s'enlacèrent ensuite un moment avant que les caresses ne se fassent plus audacieuses à nouveau. Ils ne semblaient jamais avoir assez de l'autre. Leurs désirs remontèrent donc bientôt en flèche et, alangui, Sirius observa Remus s'empaler sur lui.
Il le contempla, comme subjugué, et retint sa respiration à chaque mouvement du châtain, observant ses expressions, ses soupirs, ses sourires… Le plaisir montait de plus en plus et avec lui, les sensations qui naissaient chez le Maraudeur. Il avait l'impression de s'abandonner dans cet acte.
Remus était beau, Remus était touchant. Il le faisait rire et était quelqu'un de bien. Tellement différent de lui. Et malgré tout ce qui les éloignait, tous les mauvais côtés du Gryffondor, le Poufsouffle voulait bien de lui. Sirius se sentait apaisé à ses côtés.
Peut-être trop. Et tous ces sentiments, toutes ces émotions commençaient à le submerger.
Cela se termina sans même qu'il ne s'en rende compte : il avait été comme transporté hors de son corps, juste capable de ressentir, de donner.
Sirius se sentit étrange tandis qu'il essayait tant bien que mal de se ressaisir. Il n'avait jamais éprouvé quelque chose comme ça et une unique larme lui échappa sans qu'il ne comprenne bien pourquoi. Il continua alors à observer le plafond, presque absent, avant que Remus ne se penche vers lui. Il avait l'air inquiet mais terriblement mignon avec un des draps le couvrant grossièrement.
-Est-ce que ça va ? T-tu as besoin de quelque chose ? lui demanda-t-il, la panique le faisant bégayer.
-Toi, répondit Sirius sans même y penser.
Il regretta aussitôt ses paroles, se demandant dans quoi il s'embarquait. Mais déjà, Remus souriait et il ne trouva rien à dire : il ne voulait pas gâcher ce moment. Il fit alors taire comme il put le besoin, le reflexe presque, de s'enfuir.
Remus s'allongea à ses côtés et Sirius se rapprocha de lui. Remus l'étreignit bien volontiers et il termina après s'être un peu taquinés en petite cuillère. Sirius voulut protester mais cette position ne le gênait pas tant que ça en réalité alors il ravala sa fierté. La présence de Remus était rassurante et en lui tournant le dos, il avait moins peur de laisser échapper une bêtise. Ou pire, que ses émotions, ses sentiments dont il ne voulait pas, se lisent sur son visage…
-C'est bientôt la pleine lune, commenta Remus après un moment.
Ils s'étaient rhabillés quelques minutes auparavant et s'étaient installés plus confortablement sur le lit. Remus était assis alors que Sirius flânait encore, la tête sur ses cuisses, le Poufsouffle lui caressant tendrement les cheveux. Sirius appréciait l'attention : c'était agréable et reposant.
-Ne parle pas de ça, je ne vais jamais m'en remettre.
Remus leva les yeux au ciel et Sirius le vit faire. Cela le fit juste sourire un peu plus.
-J'espère que je vais réussir, James commence à en avoir marre.
-Rien ne vous y oblige, tu sais. C'est dur, vous avez aussi le droit d'abandonner.
Remus se sentait coupable de leur avoir fourni le procédé : il encourageait en quelque sorte ses amis dans l'illégalité. De plus, il avait avoué pour avoir la paix, persuadé qu'ils ne s'accrocheraient pas bien longtemps. Aujourd'hui, il s'en voulait d'avoir des arrière-pensées. Il comprenait d'ailleurs mieux dans quelle situation s'était retrouvé Arthur Weasley…
- Non, on ne peut pas. Je sais qu'on va réussir, j'en ai la certitude.
Remus continua à caresser les cheveux bruns de Sirius sans rien ajouter de plus sur ce sujet.
-La liste d'inscription pour visiter Azkaban sera disponible d'ici 2 ou 3 jours, je crois. Tu vas y aller ?
-Bien sûr, ce sera juste incroyable ! C'est comme pénétrer un lieu secret ! Bon, pas aussi agréable que celui que je viens de quitter, mais quand même !
Il rigola et Remus rougit, gêné.
-Tu ne peux pas être sérieux deux minutes, lui reprocha-t-il gentiment.
-Bien sûr que si ! Tu iras, j'espère ?
-Oui. C'est vrai que ce sera intéressant et un peu excitant…
-Tu vois !
xXx
Peter était nerveux. Ca lui arrivait souvent mais là, c'était différent. Là, c'était parce qu'il allait faire quelque chose de mal et il le savait. Pourtant, il ne voulait pas reculer. Il savait que Rita était toujours à la recherche d'un bon scoop et sortait généralement un article chaque semaine. Le lundi, histoire que tout le monde en parle pendant des jours. Il lui avait donc donné rendez-vous le matin même après avoir terminé son petit déjeuner.
La Serdaigle n'avait pas semblé fort emballée mais Peter avait insisté, tellement qu'il s'était attiré quelques regards intrigués. Il devait à tout prix remettre cette photo à la journaliste en herbe. Elle devait la publier, c'était sa seule chance d'éloigner Sirius Black de son amant sans trop avoir besoin de se mouiller.
Peter observa une fois de plus la photo. Ses doigts tremblaient un peu mais il n'y fit pas attention. Il avait pu capturer discrètement un moment alors que le couple sortait de la Salle sur Demande et Peter ne préférait pas imaginer ce qu'ils y avaient fait. Sirius était de dos et alors qu'ils se pensaient seuls, le brun avait déposé un tendre baiser sur les lèvres du châtain. Sur la photo, on voyait Remus sourire, un peu gêné, mais le regard amoureux.
On ne voyait jamais le visage du Gryffondor et Peter l'avait fait exprès. Il voulait démontrer à Remus que Black n'assumerait jamais leur relation, qu'il était aussi lâche que lui. Qu'il le laisserait affronter seul les regards et commérages que récolterait la photo.
Peter n'arrivait pas à se réjouir du bonheur éphémère que pouvait ressentir son ami car il était réellement persuadé que celui-ci se berçait d'illusions. Mais après avoir discuté avec Jedusor, il s'était rendu compte avec angoisse qu'il avait plus peur encore que le brun soit sincère. Cette hypothèse était logique : le comportement de Sirius Black n'était pas habituel, il était donc probable qu'il soit vraiment intéressé par Remus.
Depuis quelques jours, il n'arrêtait pas de repenser à tous ces regards que le lion avait jetés à son ami en sa présence. Ses provocations, ses rituels, ses sourires, ses remarques, sa manière de toujours le chercher, de lui courir après. Il ne lui avait laissé aucune chance : Remus ne pouvait que succomber car c'était la finalité de toutes les proies du Gryffondor.
Mais si Sirius était sincère ? Si Remus et lui sortaient vraiment ensemble, se fréquentaient comme un couple et oubliaient leur pudeur et leur peur pour s'avouer leurs sentiments ? Qu'adviendrait-il alors de Peter ? Que lui arriverait-il ?!
Remus le délaisserait et il finirait seul. Il le savait, il le sentait. Triste, seul et malheureux. Il trouvait ça injuste. Pourquoi devait-il toujours être celui laissé sur le bord de la route ? Tout le monde semblait trouver le bonheur autour de lui, tout le monde sauf lui. Jedusor l'avait convaincu de ne plus être une victime et il avait raison. Lui aussi pouvait jouer sa partition. Il ne voulait pas abandonner. Remus était son ami, son premier ami. Il ne le laisserait pas partir et surtout pas pour Sirius Black.
Les sentiments qu'ils semblaient éprouver l'un pour l'autre étaient peut-être réels mais une chose était sûre, le Gryffondor n'était pas prêt à les assumer. Il avait beau tenir des plus beaux discours sur la tolérance et la liberté, l'acceptation et l'antiracisme, il était comme tout le monde. Ça allait tant que c'était chez l'autre mais chez soi, c'était une autre histoire. Peter se rappelait encore la manière dont il avait réagi en voyant son frère embrasser Rosier dans la Grande Salle.
Il avait un problème avec l'homosexualité, Peter en était persuadé.
Il se répéta ces mots encore une fois en regardant la photo et sentit son estomac se tordre. Il n'avait jamais été aussi nerveux de sa vie ! Il entendit alors des bruits de pas et une discussion au loin. Il pensa à Rita Sketter : il lui avait donné rendez-vous et elle se faisait toujours attendre. Ce couloir était peu emprunté, ça ne pouvait être qu'elle. Pourtant, ça n'en avait pas l'air.
Peter comprit très vite qu'effectivement, il ne s'agissait pas de la Serdaigle. Il cacha la photo dans sa poche et garda sa main serrée dessus, incapable de savoir quoi faire. Devait-il encore attendre ?
La discussion au loin se fit plus claire et il y prêta attention avant de se figer en comprenant qu'il s'agissait de James Potter et de Regulus Black.
-J'essayais de t'aider !
-A quoi ? fit la voix neutre de Regulus.
-Il t'embêtait, non ? répondit le Gryffondor.
-Son pull jaune canard m'agressait les rétines mais j'aurais pu m'en sortir. Pourquoi ne te mêles-tu pas de tes affaires et ne me laisses-tu pas tranquille ?
-J'essayais juste de t'aider, répéta James en soupirant.
Peter les regarda approcher et baissa la tête. Il n'avait pas réussi à bouger et il ne comprenait pas pourquoi. Il aurait dû. Même si Rita venait maintenant, la présence des deux joueurs de Quidditch pourrait la faire fuir. Ou pire, elle pourrait ne pas renoncer et l'approcher et alors, il attirerait leur attention.
Le stress monta et il douta. Ce qu'il faisait était mal, il n'y aurait pas de retour en arrière possible. Si Remus le découvrait, pourrait-il un jour lui pardonner ? Mais lui pardonner quoi ? Sa trahison ou la possibilité d'avoir gâché son histoire avec le batteur ?
-Je ne vois pas ce que Jimmy aurait pu me faire.
-Méfie-toi de ce Poufsouffle aux dents de travers ! rigola James.
Il taquina encore Regulus qui grogna. Peter comprit alors que le Serpentard devait subir depuis bien trop longtemps la présence du Préfet. Les voir évoluer ainsi l'interpella. Depuis quand ces deux là étaient-ils proches ? L'année dernière encore, James ne calculait même pas le petit frère de son meilleur ami.
Peter les observa, curieux, en oubliant presque qu'il n'était pas invisible. Forcément, James finit ainsi par détourner les yeux et croisa le regard du Gryffondor. Il s'arrêta alors et étonnamment, Regulus fit de même.
-Peter ?
Le blond rougit, gêné. C'était étrange de se voir appeler ainsi par le si populaire Gryffondor.
-Tu fais quoi tout seul ici ? lui demanda James.
-J-je- rien ! J'avais juste besoin de m'isoler.
James l'interrogea du regard et Peter sentit son cœur battre plus vite. Il se rappela le vif d'or que l'attrapeur lui avait donné et espéra au plus profond de lui qu'il l'interroge encore. Qu'il s'intéresse à lui. Mais il ne le fit pas.
-Qu'est-ce que vous faites ensemble ?
Il s'en voulut à la seconde où l'interrogation sortit de sa bouche.
-On discute entre amis, lui répondit sèchement le lion.
Sa question ne lui avait pas plu et Peter pouvait le comprendre. Bien sûr qu'ils discutaient, ils les avaient même entendus ! C'était normal entre amis ! Et même si l'année dernière encore, James se fichait bien de Regulus et vice-versa, aujourd'hui, ils habitaient ensemble et c'était indéniablement rapprochés. Il était stupide.
Peter baissa la tête et inconsciemment, serra avec plus de force la photo, l'abimant au passage.
-Qu'est-ce que tu as dans ta poche ? voulut savoir Regulus.
Peter se figea et devint aussitôt livide.
Le rire de James ne suffit pas à le détendre.
-Pfff, lâche-le, Mini-Black.
James lui attrapa les épaules et le força à continuer sa route.
Peter les regarda partir, le cœur plus léger. Regulus lui jeta un dernier coup d'œil suspicieux avant de disparaître et Peter le fusilla du regard. Sirius était beau, brillant, impressionnant, charismatique, fort, drôle, courageux et malheureusement, c'était aussi un bel enfoiré. Regulus était si peu comparé à son ainé. Il impressionnait donc un peu moins Peter et pour cette raison, celui-ci refusa de baisser les yeux et d'avoir l'air d'une petite chose effrayée, même si ce fut difficile.
La ressemblance de Regulus avec son frère raviva alors la colère que le blond ressentait envers le Gryffondor. Il ferait payer à Sirius toutes ces années. Il ne le laisserait pas être heureux.
Quand Rita arriva, il lui offrit un sourire éblouissant malgré son énorme retard. Elle s'immobilisa pourtant devant le blond d'un air exaspéré et le Gryffondor ne sut trop comment agir.
-J'espère pour toi que c'est important, Pettigrow !
Elle était en retard mais Rita n'était pas du genre à s'excuser pour si peu. Elle avait déjà l'impression de faire une faveur au lion, ce n'était pas pour se ratatiner devant lui.
-J'ai un scoop.
-Ça, c'est à moi d'en juger, lui rappela-t-elle.
Peter lui tendit la photo et il fut loin des doutes et de l'appréhension ressentis plus tôt. En lui ne restait que la satisfaction malsaine de savoir qu'il allait blesser Sirius Black. Que Remus resterait avec lui.
xXx
Albus Dumbledore aimait la tranquillité du château, de son poste. Il s'obligeait à cette vie car vouloir autre chose engendrerait forcément du mal. S'il ne pouvait pas gérer son ambition, il devait y renoncer. Mais la tranquillité pour laquelle il s'était battu était mise à mal, son statut ébranlé. Il doutait.
Avant, ça ne lui était jamais arrivé. Gellert ne le reconnaitrait pas s'il le voyait aujourd'hui. Il était à présent méconnaissable, comme Gellert l'avait lui-même été.
Voilà où leur folie des grandeurs les avaient menés.
Comment en était-il arrivé là ? L'homme se sentait aux abois. Il pressentait la catastrophe qui risquait de s'abattre. Qui s'abattrait forcément. La vérité ne pouvait pas rester cachée bien longtemps. Les gens sauraient forcément ce qu'il avait fait, qu'il avait donné sa confiance à un homme qui ne le méritait pas.
En engageant Jedusor, il n'avait vu que le prestige de l'homme, sa grandeur, sa puissance et son pouvoir. Un professionnel exceptionnel qui révolutionnerait probablement l'Angleterre magique. Albus Dumbledore n'avait pas voulu passer à côté d'une pépite pareille. Aujourd'hui, il le reconnaissait. S'il s'était montré si enthousiaste et si peu méfiant, c'était parce que quelque chose chez Tom Jedusor lui avait rappelé son ancien amant et ami, Gellert Grindelwald.
Mais dès le début, les doutes auraient dû être là. Tom Jedusor, même s'il était très compétent, était un sorcier plutôt controversé. Rien que son amitié avec de célèbres mages d'extrême droite de Russie faisait parler. La grande qualité du psychomage était qu'il pouvait discuter avec tout le monde et débattre sans mal, sans jamais imposer ses idées. Il était d'ailleurs plutôt discret à ce sujet même si un bon observateur pouvait les deviner sans mal. Le sorcier était également assez réservé sur sa vie personnelle de manière globale. On savait peu de chose sur lui, ce qui amenait à des suppositions, des rumeurs sur sa vie.
Mais cela restait très rare et beaucoup étaient loin du compte.
Albus connaissait donc les ambitions politiques du psychomage même s'il ignorait ce que désirait réellement le sorcier. Cela n'avait pas beaucoup d'importance pour le directeur de Poudlard. Il ne s'était jamais vraiment intéressé à la politique et avait toujours fait attention à rester neutre. S'occuper de son école lui allait très bien et était un travail prenant.
Le grand sorcier savait que des réunions se tenaient souvent dans la salle commune des Serpentard et que de plus en plus de monde y assistait. Tout cela sous la houlette du psychomage. Cette initiative avait intrigué Albus mais une fois de plus, il n'avait pas réagi : les élèves semblaient ravis et ils ne faisaient rien de mal, cela restait des discussions, de l'échange d'opinion. Petit à petit, Tom Jedusor avait ainsi pris plus de place à Poudlard, plus que son poste de psychomage ne lui accordait.
Minerva ne voyait pas ça d'un très bon œil. Elle lui disait souvent que l'homme cachait quelque chose, que rien ne semblait vraiment sincère chez lui. Albus se contentait de lui sourire en réponse. Il se demandait si c'était son instinct de chat animagus qui parlait ou son intuition féminine. Cette femme était impressionnante et restait sa plus grande amie. Ce que ressentait la professeure de métamorphose, il lui arrivait également de le ressentir. Voilà pourquoi l'agression qu'avait subie la jeune Alton l'avait tant secoué. Il s'agissait forcément d'une personne qui vivait ou côtoyait Poudlard. Un élève, un professeur même peut-être. Dumbledore avait du mal à imaginer un de ses professeurs commettre un tel acte mais il ne pouvait pas automatiquement les écarter pour se concentrer seulement sur les élèves.
Et puis, il avait réfléchi et ouvert les yeux. Ce qui s'était passé avec Alton ne s'était jamais produit avant, ou alors il n'en avait pas eu connaissance. Avant Jedusor en tout cas. Il était plus facile de soupçonner cet inconnu qu'un de ses chers collègues, ou même un de ses élèves. Il ne savait presque rien de lui après tout. Tout cela l'inquiétait et le forçait à agir dans la précipitation.
Il n'avait aucune preuve de la culpabilité du psychomage mais il ne pouvait pas attendre d'en avoir la confirmation. Il devait se dépêcher de régler le problème. Poudlard était réputé pour être un endroit sûr, protégeant les occupants des menaces extérieures. Mais qui protégeait les gens d'eux mêmes ou de leurs homologues ? Ça, c'était le travail des professeurs et plus particulièrement du directeur. Et Albus avait le sentiment d'avoir échoué.
Ce qui était arrivé à la jeune Alton le peinait énormément et il ne pouvait plus rien faire pour elle. Le mal était déjà fait. Trouver le coupable était presque impossible. Il avait des doutes mais son suspect était un oclumens de talent, il ne pourrait pas l'avoir aussi facilement. Il avait fait entrer le loup dans la bergerie et si un jour la vérité éclatait- ce qui arriverait, il en était certain - il serait sans aucun doute aussi coupable que lui. Il serait coupable de ne pas s'être méfié, de ne pas avoir vérifié les antécédents de l'homme alors qu'il le faisait pour chaque adulte ayant pour vocation à travailler au château.
Dans un bureau d'une école moldue de Londres, le directeur tenait ainsi dans ses mains un mince dossier. Il avait réceptionné celui qu'avait le bureau de police de la ville et l'avait d'ores et déjà détruit. Il ignorait pourquoi le Directeur de Drumstrang avait décidé d'embaucher le psychomage qui avait avant officié dans le monde moldu malgré son dossier accablant. Peut-être qu'il l'avait ignoré, mais Dumbledore en doutait fort. Lui-même avait pu se le procurer si facilement…
Il avait sans aucun doute fait le choix de l'ignorer, tout comme lui. Tout s'était bien passé à Drumstrang, si bien qu'Albus avait voulu y croire. Ce n'était que des accusations, pas de condamnation. Ca ne voulait rien dire. Sa culpabilité n'était pas prouvée. Pourtant, il paniquait. Il n'avait pas plus de preuve de la culpabilité de Jedusor mais il faisait le choix de se montrer prudent, de ne rien laisser au hasard.
Si Jedusor tombait, lui aussi tomberait et il ne pouvait pas tout risquer après avoir autant sacrifié. Alton était la seule victime, Poudlard était une école réputée. Il la soutiendrait, elle s'en sortirait.
Il brula le dossier qui mentionnait quelques commentaires troublant sur l'attitude du psychologue envers les élèves. C'était étonnant pour un homme si méticuleux d'avoir laissé de telles preuves derrière lui. Bien entendu, ce n'était pas des condamnations, ça avait de l'importance seulement pour ceux qui voulaient bien leur en accorder. Et puis, c'était chez les Moldus. Certainement que ça ne voulait rien dire pour beaucoup de monde malheureusement.
Albus quitta le bureau et transplana dans son propre bureau à Poudlard. Il lui restait encore à avoir une discussion avec Tom Mavelo Jedusor.
xXx
A ce jour, Jedusor avait eu deux séances avec la Serdaigle, Pamela Alton. Deux séances depuis ce qui lui était arrivé. Il l'avait surtout écouté parler, sachant que ce n'était pas une bonne idée de la pousser à dire plus qu'elle ne pouvait divulguer. La jeune fille à qui il avait eu à faire était très différente de celle qu'il avait côtoyé à son arrivée : malgré les efforts de la blonde, le psychomage avait sans mal décelé sa tristesse, sa douleur et surtout sa colère.
Pamela Alton était une fille qui tranchait par rapport aux jeunes filles sages ou sérieuses qu'on avait l'habitude de voir à Poudlard. Elle attisait autant la jalousie et le ressentiment que la curiosité et l'envie. Elle était beaucoup critiquée parce qu'elle était différente mais malgré tout, elle ne souhaitait pas se plier aux standards. La plupart du temps, la blonde faisait comme si cela ne l'atteignait pas mais même si elle était forte, forcément, parfois, c'était dur. Ce n'était pas évident de toujours affronter les critiques souvent injustes et de continuer à sourire. Aussi forte soit la Serdaigle, les gens oubliaient qu'elle n'avait que 16 ans et que ce qu'elle vivait serait insupportable pour beaucoup.
Le viol dont elle avait été victime, pour l'instant, elle ne voyait pas comment elle pourrait s'en remettre.
Cela transparaissait beaucoup lors de ses séances et Jedusor la sentait même sur la réserve, pas forcément prête à se dévoiler entièrement. Son regard restait la majorité du temps fixé sur le sol ou sur ses doigts qu'elle triturait sur ses genoux. Elle avait même l'air soulagé que le psychomage connaisse déjà les grandes lignes de ce qui lui était arrivé. La Serdaigle n'arrivait même pas encore à dire exactement ce qui lui était arrivé. Le mot viol n'avait pas passé la barrière de ses lèvres une seule fois.
Jedusor avait fait de son mieux avec la jeune femme et il n'avait pas reprogrammé de rendez-vous avec elle. La sorcière ne se sentait pas encore à l'aise pour parler de son traumatisme. Il était donc encore trop tôt et le psychomage n'allait pas la forcer à parler.
Il arrivait très souvent à Jedusor de penser au cas Alton. Cela le rendait à la fois anxieux et impatient. Ce qu'avait subi la blonde ne pouvait pas rester impuni et le psychomage savait que Dumbledore se chargeait personnellement de cette affaire. Il avait ainsi imaginé pendant un instant que le vieil homme en parlerait lors de l'un de ces discours dans la Grande Salle. En quelque sorte, il l'avait fait, mais simplement pour demander aux élèves de faire attention et de bien respecter le couvre feu. A quoi d'autre s'était-il attendu ? Il s'agissait du directeur très secret de la célèbre école de magie. Il ne désirait probablement pas ébruiter l'affaire, ni que les gens cèdent à la panique ou à la colère.
Le psychomage ne trouvait pas cela très judicieux mais il n'allait pas se plaindre de ce silence. Cela l'arrangeait bien dans un sens. Il ne voulait pas que les gens commencent à être méfiant ni que les Aurors viennent fouiner à Poudlard. La visite à Azkaban approchait et il ne fallait surtout pas qu'un évènement quelconque vienne la retarder ou l'annuler. Il savait déjà qu'il allait devoir affronter quelques problèmes. Dumbledore ne pouvait pas ne pas savoir. Le psychomage s'en voulait d'ailleurs de ne pas s'être débarrassé de ces preuves quelque peu encombrantes de son passé. Il n'avait jamais pensé que cela pourrait lui nuire un jour.
Il savait que Dumbledore viendrait le trouver et lui demanderait des explications. Cela l'embêtait assez mais il était confiant. La confrontation avec le directeur ne l'inquiétait pas vraiment et peut-être même qu'il l'attendait en quelques sorte. Et en voyant l'illustre sorcier entrer soudain dans son bureau, il sut que ce serait pour ce soir.
Il sourit, accueillant le directeur comme il l'avait toujours fait, mais la mine grave du vieil homme lui apprit que cela ne se passerait pas forcément très bien. Le sorcier avait un visage sérieux, loin de la jovialité que son regard laissait voir habituellement.
-Je veux que vous quittiez votre poste et l'établissement à la fin de cette année scolaire.
Jedusor resta de marbre. Dumbledore l'avait salué mais avait refusé de s'asseoir lorsqu'il l'avait invité à le faire. Ils étaient restés silencieux au milieu d'une atmosphère lourde pendant plusieurs secondes.
Et puis, sans prendre de pincette, Dumbledore venait de le licencier.
-La visite d'Azkaban sera maintenue mais un enseignant vous remplacera. Je vais revoir la liste des élèves que vous avez en charge et leur soumettrait un questionnaire pour m'assurer qu'il n'y a pas eu de problème, continua le vieux professeur.
Il semblait y avoir réfléchi pendant un moment.
-Dumbledore, puis-je savoir pourquoi vous prenez une telle décision ?
-A cause de la jeune Alton.
Jedusor haussa un sourcil circonspect.
-Pamela Alton ? Mettez-vous en doute ma méthode d'approche avec elle ? Nos séances sont en pause mais il s'agit de lui laisser le temps de cheminer. Il ne sert à rien de la brusquer.
-Il ne s'agit pas de ça, mais de l'agression qu'elle a subie.
Le visage de Jedusor ne changea pas. Il n'avait pas l'air étonné mais il était si doué pour cacher ses émotions que ça pouvait tout aussi bien être une erreur. Le psychomage se savait observé et il sentait Dumbledore gratter les parois de son esprit. Mais sa magie se cognait sans relâche à ses murs qu'il avait dressés.
-Etes-vous en train de m'accuser ? Enfin, je dis ça, si vous êtes ici, c'est que vous êtes déjà certain de vous. Quelles sont vos preuves ?
-Je suis au courant pour Richefleur.
Jedusor ne changea pas d'attitude, même après avoir entendu le nom du premier établissement où il avait exercé. Il s'y était attendu après tout. Il riait même intérieurement : Dumbledore était si prévisible.
-Je ne vois pas de quoi vous parlez. Soyez plus précis ou mieux encore, montrez-moi, fit-il, presque provoquant.
Mais Dumbledore ne fit aucun geste et cela conforta Jedusor dans sa position de force.
-Vous m'accusez donc sans preuve, lâcha-t-il lentement, savourant l'avantage qu'il avait.
-Je ne veux prendre aucun risque pour l'école et ses élèves. Je vous autorise seulement à rester jusqu'en juin, Jedusor, répliqua le directeur de Poudlard, imperturbable.
Il observa ensuite le bureau. Jedusor s'était si bien installé. Il se sentait coupable de faire ce qu'il faisait mais sa position impliquait de prendre de lourdes décisions. Jedusor semblait bien moins atteint que lui. Pourtant, il était celui en position de faiblesse.
Du moins, c'est ce que pensait le directeur de Poudlard. Il savait que l'homme s'intéressait à la politique et Dumbledore était très apprécié dans le monde magique. Sans son soutien, il aurait forcément du mal.
-Pourquoi ne pas me demander de quitter les lieux dès ce soir ? Vous avez besoin d'un méchant, d'un bouc-émissaire, mais la vérité, c'est que vous ne valez pas mieux que moi, Albus. Vous privilégiez vos intérêts et ceux de l'école avant ceux de votre élève. Vous savez que si l'affaire s'ébruite, cela fera grand bruit et ce n'est pas ce que vous désirez.
-Comment os-
-Pourquoi ne pas me faire prendre du Véritasérum ? le coupa Jedusor.
Dumbledore resta immobile, troublé par la justesse de ses propos.
-Pour les même raisons qui font que vous n'avez rien dit dans la Grande Salle ce jour là, termina alors le psychomage pour lui.
En effet, l'utilisation du Véritasérum était règlementée et si Dumbledore en faisait la demande, il devrait se justifier auprès des autorités compétentes.
Après un long échange de regards, Albus quitta le bureau de l'ancien Serpentard, plus aussi sûr d'avoir pris une bonne décision. Jedusor n'avait-il pas raison ? Quand serait-il enfin capable d'assumer ses actes ?
Albus se demandait si un jour, il pourrait changer.
Le psychomage n'avait pas tort lorsqu'il disait qu'il pensait d'abord à l'école avant de penser à Alton. Mais si l'école était fermée, s'il y avait une enquête d'Auror, la jeune Serdaigle ne serait pas la seule à en souffrir. L'école fermerait peut-être, des élèves qui n'avaient nulle part où aller se retrouveraient en difficulté. Poudlard était une maison pour la plupart d'entre eux.
Pour lui le premier.
xXx
Rita jeta un dernier coup d'œil au canapé dans la salle commune des Serdaigle avant de monter dans son dortoir. Aujourd'hui encore, Pamela Alton était absente et personne ne semblait s'en soucier. Il lui semblait ne pas avoir entendu une seule personne s'inquiéter pour la blonde un brin sulfureuse. Les deux jeunes femmes n'étaient pas vraiment amies, mais la journaliste en herbe avait cette impression qu'elles se ressemblaient bien plus qu'elles ne l'imaginaient.
Elle n'était pas dupe, elle savait très bien que Pamela lui avait permis de mettre la main sur la fameuse liste. Elles n'en avaient jamais parlé car elles n'en avaient pas eu besoin. Rita imaginait sans mal pourquoi la 6ème année avait agi ainsi. A sa place, la journaliste aurait probablement fait pareil.
Elle ignorait pourquoi Alton et elle avaient tant de mal à se faire des amis à Poudlard. Elles étaient différentes, voire plutôt spéciales, mais la blonde ne voyait pas le mal là-dedans. Néanmoins, les populaires de Poudlard les ignoraient alors personne n'avait envie de s'intéresser à elles. Peter Pettigrow était dans le même cas et c'était sans doute la raison pour laquelle il lui avait passé cette photo.
Rita Skeeter alla s'asseoir à son bureau et sortit la photo qu'elle avait reçue plus tôt. Elle l'observa alors longuement, se demandant si elle devait vraiment l'utiliser et encore plus si elle devait écrire un article dessus. Comme pour Pamela Alton, Rita savait que Peter Pettigrow se servait d'elle pour se venger. Elle ne devinait pas qu'il s'agissait de Sirius Black aux côtés de Remus Lupin mais elle savait la rancœur et l'animosité que le Gryffondor vouait au Maraudeur. Alors elle supposait qu'il s'agissait de lui. Elle soupira, se demandant si elle pouvait vraiment prétendre qu'il s'agissait de Sirius. Elle savait que personne ne la croirait ou plutôt, ne voudrait la croire. Une fois encore, elle serait accusée de mensonge, de simplement vouloir faire du sensationnel.
La Serdaigle n'avait pas non plus très envie d'être utilisée par Peter Pettigrow pour se venger de Black. Tout cela parce qu'il n'avait pas le courage de le confronter lui-même ! Rita avait accepté d'agir en tant qu'intermédiaire pour Alton, d'être utilisée en quelque sorte, parce que cela lui avait apporté quelque chose. Elle avait pu montrer à tout le monde que les filles que beaucoup adulaient n'étaient pas si parfaites que ça et que c'était elles qui faisaient vivre les nouvelles, les rumeurs. Elle était peut-être responsable de ce qu'elle écrivait, mais elle ne faisait que retranscrire ce que les gens voulaient lire.
Par contre, la petite guéguerre pitoyable entre Sirius Black et Peter Pettigrow la laissait de marbre. Mais peut-être qu'elle pourrait trouver un moyen de s'amuser tout de même avec cette photo ? Inspirée, elle se saisit de sa plume et commença à écrire.
Peter serait-il satisfait de sa version ? Peut-être. Elle s'en fichait bien. L'avis d'un garçon capable de trahir son soi-disant ami pour une stupide vengeance ne l'intéressait en rien. Elle était cependant certaine d'une chose : une fois de plus, elle s'amuserait bien lundi.
Et hop encore un chapitre de fini.
Ne vous inquiétez après la pluie vient le beau temps. Tout les personnages de cette histoire ne sont pas destinés à souffrir. ^^
N'hésitez surtout pas à commenter, je me sentirais moins seule déjà mdr, et puis je suis sûr que vous voyez des choses du point de vue du lecteur qu'en tant qu'auteure, je ne vois peut-être pas. Pour les suggestions c'est pas mal aussi, j'avoue que j'y fait assez attention. Des personnages à mettre en avant ou des explications à fournir par exemple.
Concernant le dernier chapitre, une fois n'est pas coutume, pas de date, mais bientôt on va dire...
