Bonjour, j'espère que vous avez tous passez un agréable été, reposant et amusant. Ou quelque chose qui s'en rapproche. Cette pause est passé tellement vite, je ne suis pas sûr d'avoir atteint l'objectif que je m'étais fixé. Mais on va dire que c'était des vacances agréables, c'est déjà ça.

Voici le premier chapitre de cette deuxième partie avec moins de chapitre mais des chapitres plus dense. J'espère que vous êtes prêts/es pour ce qui vous attends !

Je ne suis pas sûr de l'avoir fait pour la première partie alors dans le doute, je le refais là.

Les personnages et une grande partie de l'univers viennent bien entendu de l'œuvre de J.K Rowling : Harry Potter. Je m'en inspire simplement pour en faire un peu ce que je veux. Et surtout parce que j'avais envie de voir évoluer les frères Black.

Encore une fois, merci à pommedapi pour toute l'aide qu'elle m'apporte alors qu'elle est déjà bien occupée !

Mio : Pour le dernier chapitre, j'avoue que je voulais un chapitre bouleversant. Rita à toujours le chic pour mettre le bordel, elle met en évidence les bons comme les mauvais côtés des gens. J'espère que ton opinion sur Lily s'améliorera lors de la partie 2. Pas mal de James et Regulus dans ce chapitre, je suis sympa non ? A voir comment les deux gèrent plus ou moins les remous que l'article à déclencher. Il est vrai qu'Isabelle aurait pu être plus curieuse, se poser plus de question, mais ça n'a pas été le cas. Comme pour Rosier qui ne croit pas Regulus quand il lui dit que c'est Sirius, elle fait de même, trouvant cela improbable. Même si elle pense que quelque cloche, elle est loin d'imaginer que c'est ça. Puis pour être exacte, elle n'a également, pas tellement chercher à savoir si cette hypothèse est possible. Lorsqu'elle a vu Sirius, elle a relégué sa dans un coin de sa tête, n'y pensant plus trop, voyant alors juste l'occasion d'être plus proche du garçon qu'elle apprécie. Padfoot à merder comme tu dis, ça partait d'une bonne intention, mais à trop vouloir bien faire, on ne fait qu'empirer les choses. Ce sont avant tout les problèmes de Sirius et c'est à lui de les régler. Merci de prendre le temps de commenter, c'est toujours un régal à lire !

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Normalement j'ai déjà répondu au commentaire non anonyme - ceux qui ont un compte - si ce n'est pas le cas, dites le moi. J'avoue que je ne suis plus sûr de moi x)

Bonne lecture à tous.


Partie II

Chapitre 24 :

Bascule

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-Vous avez donc changé d'avis, remarqua Jedusor.

En réalité, Marlene hésitait encore. Elle était sûre que ses parents n'accueilleraient pas bien la nouvelle. Marlene était une jeune femme studieuse dont ses parents pouvaient être fiers. Elle n'avait jamais fait de vague et était ce qu'on pouvait communément appeler une enfant sage. Aujourd'hui, ce serait la première fois qu'elle irait à l'encontre d'une interdiction.

Marlene McKinnon était une sorcière très douée malgré son jeune âge, l'une des plus prometteuse de son époque. Ses parents avaient toujours fait en sorte que leur fille reçoive la meilleure éducation possible et elle avait été en avance sur ses camarades à son entrée à Poudlard.

Ce que ses parents avaient moins apprécié, c'était voir leur cadette écouter avec moins d'attention leurs conseils au début de sa 5ème année. Ça leur avait fait peur et ils s'étaient dit un temps que Poudlard donnait des idées rebelles à leur enfant. Après ce qui était arrivé à leur fils ainé, ils ne voulaient surtout pas d'un autre enfant qui ferait parler de lui. La famille McKinnon comptait en effet trois enfants dont l'ainé, Dorian, avait été aussi prodigieux que Marlene. Il avait également été la fierté de la famille avant de faire quelque chose d'impardonnable et de terminer à Azkaban.

Personne ne parlait de lui à la maison depuis ce jour. Il avait dix ans de plus que Marlene et elle avait toujours eu l'impression qu'on l'avait privé trop tôt de son frère. Elle ne savait pas ce que Dorian avait bien pu faire pour terminer à Azkaban car ses parents ne lui n'avaient rien dit. Ils disaient juste qu'il valait mieux l'oublier, qu'il ne fallait pas en parler. Alors Marlene s'était imaginée un millier de choses, parfois parfaitement horribles.

La prison d'Azkaban était une prison très réputée pour sa sécurité et les visites interdites. En fait, seuls les Aurors pouvaient y pénétrer dans le but d'interroger les prisonniers alors Marlene n'avait même pas la possibilité de demander directement à son frère.

La dernière de la famille, Wendy, avait encore moins connu l'ainé et se posait également beaucoup de questions sur ce garçon présent sur les photos mais absent de leurs vies. La sorcière comprenait les interrogations de Wendy et là aussi, elle aurait aimé que ses parents y répondent. La benjamine n'avait pas développé de pouvoirs comme les autres membres de sa famille et elle était d'autant plus choyée car personne ne voulait qu'elle se sente rejetée parce qu'elle était différente.

Vu l'attitude qu'ils avaient concernant Dorian, Marlene s'était attendue à ce qu'ils montrent de la déception vis-à-vis du statut de Cracmol de la dernière, mais rien. La sorcière s'était sans doute trompée en pensant que ses parents comptaient sur elle pour faire oublier la déception qu'avait été le fils ainé. Elle avait pensé injustement que c'était ce qu'ils avaient toujours attendu d'elle, mais également de sa sœur.

Pourtant, ce n'était visiblement pas le cas, si bien que ça mettait juste un peu plus de bordel dans sa tête.

Qu'avait fait Dorian pour être ainsi rejeté par les McKinnon ?

Marlene avait eu du mal à se confier au psychomage, mais elle ne le regrettait pas. Il avait pu lui apporter les réponses que ses parents lui avaient toujours refusé. Et même si ce qu'avait fait Dorian était regrettable, la cadette ne comprenait pas pourquoi ceux-ci avaient fait tant de secrets à ce sujet.

Marlene avait ainsi appris que Dorian avait fait de mauvaises rencontres et avait commencé à absorber les idées de l'ancien mage noir Grindelwald. Lors d'une manifestation à laquelle il avait participé et qu'il avait organisé, il y avait eu des affrontements avec des Aurors. Une jeune fille était morte, touchée par un sort perdu. Il était impossible de savoir de qui venait le sort et beaucoup de monde avait été arrêté, dont son frère. Cela faisait déjà quatre ans et Dorian allait rester encore 15 ans à Azkaban.

Grace à Jedusor, la Serdaigle avait compris que ses parents, de par leur silence, essayaient de la protéger, elle et l'image qu'elle avait de son frère. Marlene était très attachée à lui et ils voulaient probablement que l'estime qu'elle avait pour lui ne baisse pas. Mais plus encore, ils désiraient peut-être se préserver tout simplement, ne pas évoquer de sujet trop douloureux. Espérer était vain. Dorian quitterait-il vraiment un jour la prison magique ? Azkaban était terrible et la plupart des prisonniers qui en sortaient devenaient fous.

La peine de Dorian était sévère, mais la justice magique se montrait souvent sans pitié avec les idéalistes et les anarchistes, surtout ceux qui revendiquaient les idées d'un mage noir. C'était un comble, surtout quand on savait que de nombreux sorciers partageaient encore une partie des idées du sorcier qu'avait été Grindelwald.

Un coup politique, certainement. C'est ce que lui avait dit Jedusor en tout cas.

Et Marlene le croyait car son explication était simple et logique. Le psychomage semblait savoir tellement de choses. Il savait les amener et ne la traitait pas comme une enfant. Il considérait qu'elle était assez grande pour savoir et se faire sa propre opinion. Marlene avait donc l'impression d'enfin ouvrir les yeux. En 5ème année, elle s'était faite simplement curieuse mais aujourd'hui, elle osait enfin aller au bout des choses.

Ce qui arrivait à son frère était injuste. Dorian n'était pas mauvais, il avait juste fait confiance aux mauvaises personnes, les avait écoutées presque aveuglement et avait fait preuve de négligence. Il méritait une peine car les actes étaient réels, mais pas de payer pour assurer la place d'un ministre de la magie sur le déclin.

-Il reste encore de la place au moins ? lui demanda-t-elle.

-Non mais ce n'est pas un problème, je vous ajoute quand même. Je trouve que c'est une bonne démarche et je suis heureux que vous vous lanciez malgré vos appréhensions.

-Merci.

La Serdaigle sourit, touchée par la manière dont le psychomage l'écoutait et la guidait.

-J'aurais aimé le voir lors de la visite. Malheureusement, je devrais attendre…

-C'est certain.

Jedusor rit doucement.

-Vous ne serez pas en contact avec les prisonniers. Vous visiterez une aile quasi déserte et pourrez parler à des gardiens ainsi que voir un interrogatoire en retransmission, c'est tout. C'est une sortie scolaire, mais ça reste une prison et la sécurité des élèves prime.

-Oui, je comprends bien.

Elle haussa les épaules et se leva pour partir.

-Un instant, l'arrêta cependant le psychomage.

Il lui tendit dans un sourire le questionnaire que Dumbledore l'obligeait à soumettre depuis quelques jours et la Serdaigle le prit, en lut quelques lignes avant de le plier pour le mettre dans ses affaires. Elle salua l'homme et se dirigea vers son premier cours de la journée.

xXx

Isabel se sentait horriblement mal. Elle s'était levée ce lundi matin pour être sûre de ne pas manquer Remus car c'était bien la première fois qu'elle craignait que son ami l'évite. Elle pouvait le comprendre. Ce qui s'était passé vendredi lui semblait encore surréaliste et elle était accablée par la honte.

Isabel ne pouvait s'empêcher d'y penser. Ce qui lui faisait le plus mal était encore le fait d'avoir le sentiment d'avoir trahi son meilleur ami. Comment avait-elle pu ? Bien sûr, elle ignorait tout des sentiments du Préfet-en-chef pour le Maraudeur, et encore plus que ceux-ci entretenaient une relation. Mais cela n'avait rien d'impossible pour ceux qui savaient assembler les bonnes cases. Même Peter n'avait pas été dupe. Il avait été plus clairvoyant qu'elle sur ce coup-là.

Par exemple, il y avait eu ce soudain rapprochement après le bal que la blonde n'avait jamais compris. Il y avait eu ces regards, ces moments passés ensemble, ces rires et cette tendresse évidente entre eux. Et bien avant ça, il y avait eu les taquineries parfois limites de Sirius, l'animosité entre le Gryffondor et Peter. La volonté de Remus de ne jamais trop accabler le batteur.

Isabel sentit son cœur se serrer. Tout cela, elle l'avait vu, mais n'avait pas voulu y croire. Au nom de quoi ? Parce qu'il s'agissait de Sirius Black et qu'il ne pouvait pas s'amouracher d'un garçon, de son meilleur ami de surcroit ? Elle se sentait bête. Elle avait mis le Maraudeur dans une case alors qu'elle ne le connaissait pas.

Hétéro, beau, intelligent, amusant, joyeux, don juan, séducteur, attirant… Des qualificatifs quasi tous basés sur son physique très avantageux. Sans doute que comme beaucoup de personne, Sirius ne pouvait être que ça pour elle, un beau mec. Mais Isabel s'était trompée et aujourd'hui, elle comprenait combien elle avait fait erreur. Les larmes du Gryffondor lui avaient donné l'impression d'être la méchante de l'histoire.

Sirius et Remus s'aimaient, ça ne faisait aucun doute alors qu'elle, elle s'était laissée séduire parce qu'elle était sous le charme de son attirance physique, rien de plus.

Pourquoi Remus n'avait-il pas été honnête avec elle ? Si elle avait su, jamais elle n'aurait même flirté avec Sirius ! La Poufsouffle avait simplement cru réaliser un fantasme, sans arrière-pensée et sans attachement. Et Sirius alors ? A quoi avait-il joué ? Elle l'avait trouvé si sincère pourtant ! Avait-il couché avec elle pour tenter d'oublier le châtain ? Isabel soupira. Aurait-elle la réponse un jour, elle l'ignorait.

A 7h30, Remus quitta son dortoir et Isabel se leva du fauteuil de la salle commune des blaireaux en l'apercevant. Elle le regarda descendre les escaliers jusqu'à elle. C'était la première fois qu'elle le voyait depuis ce qu'il s'était passé ce week-end et elle n'était pas sûre qu'il veuille lui parler alors elle avait fait le choix de s'effacer, de lui laisser du temps. Qu'il ne fasse pas tout de suite face à celle qui avait couché avec son mec alors qu'elle était censée être sa meilleure amie. Elle-même avait eu besoin de temps pour remettre de l'ordre dans sa tête.

-Bonjour, Remus...

Le châtain lui répondit à peine.

-Je suis tellement désolée.

Son ami lui sourit mais Isabel perçut tout de même sa tristesse.

-Ce n'est rien, voyons.

-Bien sûr que si, je ne veux pas te perdre !

Remus soupira.

-Tu es ma meilleure amie et on se connait depuis des années. Tu as toujours été là pour moi, je ne vais pas tout gâcher pour une histoire comme ça. Sirius et moi, on n'a jamais été vraiment ensemble, j'étais le seul à y croire. Tu ne m'as rien volé si c'est ça qui t'inquiète. Fais juste attention à toi, c'est un vrai connard et il est très doué pour te faire croire que tu comptes…

Les yeux du châtain brillèrent d'émotion à ces mots et il se détourna. Il quitta ensuite la salle commune et Isabel s'empressa de le suivre.

Remus avait de longues jambes et marchait vite, elle devait ainsi presque courir pour rester à ses côtés. Un moment, elle se demanda même s'il ne le faisait pas exprès pour la semer. La conversation était-elle finie ? Elle choisit de croire que non. De plus, elle devait rectifier les choses : Remus se méprenait complètement sur Sirius et elle.

-Sirius et moi ne sommes pas ensemble et n'entretenons pas de relation. C'était juste une fois comme ça.

Le dire la fit se sentir assez mal. Remus s'arrêta d'ailleurs et lui lança un regard étonné avant de continuer sa route, plus doucement cette fois-ci.

-Je… D'accord, fit-il faute de mieux.

Isabel se demandait bien ce qu'il pouvait penser d'elle.

-Est-ce que vous avez pu parler depuis la sortie de l'article ? demanda-t-elle et Remus n'eut aucun mal à comprendre à qui elle faisait référence.

-Non, j'ai essayé plus de fois qu'il ne fallait mais il a toujours fui. Je n'ai plus envie de perdre du temps avec lui, Peter avait raison.

Remus s'arrêta et essuya quelques larmes traitresses.

-Je ne veux plus parler de lui, s'il te plait.

Isabel n'osa pas le lui refuser.

-Je n'ai plus très faim, je vais aller faire un tour dehors, reprit-il ensuite.

-Oh, très bien, allons-y, acquiesça-t-elle aussitôt, désireuse d'être là pour lui.

-Non, l'arrêta le Préfet-en-chef. J'ai envie d'être seul.

Il partit sans lui laisser le temps de répondre et Isabel resta un instant immobile avant de rejoindre Peter dans la Grande Salle. Remus avait affirmé que leur relation ne souffrirait pas de cet incident mais était-ce réellement possible ?

xXx

James avait l'impression de se trouver dans une impasse. Comme Sirius le lui avait demandé, il lui avait laissé du temps pour gérer tout le bordel qu'était devenue sa relation avec Remus. Du temps pour y voir plus clair, mais surtout pour s'excuser et essayer de ne pas perdre complètement son ami. James aurait aimé pouvoir l'aider davantage. Il avait l'impression, malheureusement, de ne pas en avoir fait assez.

Devant la détresse de Sirius, il avait été tenté d'aller parler lui-même à Remus. Mais cela n'aurait pas été correct pour le Poufsouffle. Remus méritait d'entendre la vérité de la bouche du batteur. Et puis, au fond, le préfet aurait bien été en peine de lui fournir toutes les explications qu'il attendait. Lui-même ne comprenait pas bien pourquoi Sirius avait agi de cette manière.

Ce qui était certain, c'était que Sirius avait eu peur, qu'il s'était trompé et ne s'était pas senti le courage d'affronter ses erreurs après avoir attendu autant de temps.

Sirius avait en effet semblé morose à la perspective d'affronter le blaireau, de se mettre à nu et de reconnaitre qu'il avait eu peur, qu'il avait agi en idiot, tout simplement. Ça avait duré tout le week-end, si bien que James s'était demandé si Sirius avait tenu son engagement et avait bien parlé à Remus. Il ne lui avait pourtant pas posé la question. Sirius était son ami et lui avait donné sa parole, il ne pouvait pas commencer à ne pas lui faire confiance maintenant. Après réflexion, le Gryffondor s'était tout simplement dit que la discussion ne s'était pas bien passée, que malgré son mea culpa, Remus n'avait pas pu pardonner à Sirius.

Si c'était le cas, James ne voulait pas accabler son ami plus que ça ni revenir dessus encore une fois et lui rappeler de douloureux souvenirs.

C'était ce qu'avait supposé le Préfet jusqu'à récemment. Pourtant, sans qu'il n'y comprenne quoi que ce soit, il avait vu son ami de bonne humeur le matin même. Il le voyait rire, blaguer et se faire remarquer. Cela aurait été merveilleux si ça n'avait pas sonné si faux. Une fois de plus, le brun se rendait compte que son meilleur ami ne lui parlerait pas. Il ne comprenait pas pourquoi mais il ne comptait pas le laisser s'enliser une fois de plus. Il avait envie de l'interroger. Néanmoins, il ne pouvait pas le faire maintenant, pas alors qu'ils étaient presque tous dans la salle commune des lions.

-Tu vas faire quoi pendant les vacances, James ? Tu rentres ou tu restes à Poudlard ?

Lily le regardait. Elle ne souriait pas, mais c'était mieux que l'ignorance et les soupirs qu'elle lui avait donnés depuis des semaines. Elle lui parlait parfois comme aujourd'hui, mais étrangement ça ne faisait pas plus plaisir que ça au Gryffondor. Lui qui s'était pourtant démené pour récupérer son attention… Peut-être qu'il comprenait enfin que c'était vraiment fini entre eux. Et s'il ne voulait pas la perdre complètement, il devait au moins accepter d'être son ami.

Il s'était lourdement trompé en plaçant ses espoirs sur cette vie qu'il aurait pu avoir avec Lily. Ils n'étaient sortis ensemble qu'un an mais il avait cru qu'elle était la femme de sa vie parce qu'il avait été tellement dingue d'elle. Lily avait été différente et l'avait changé.

C'était étrange de renoncer et cela ne lui ressemblait pas. Mais c'était comme ça. Lily ne voulait plus de lui et même s'il trouvait ça injuste, il ne pouvait pas l'importuner indéfiniment. C'était perturbant parce qu'il renonçait à une des certitudes qu'il avait eu de garder même après Poudlard. James se rendait compte qu'en fait, il avait peu d'acquis et basait beaucoup sa vie sur son entourage. C'était dur de comprendre que c'était vraiment fini et qu'on ne pouvait rien faire pour changer les évènements. Il était toujours amoureux de Lily et il savait que ses sentiments ne disparaitraient pas comme ça.

-Ouais, répondit-il de manière enjouée. Sirius et moi, on va bien trouver de quoi égayer nos vacances à Poudlard !

-On pourrait même faire un truc pour la Saint-Valentin ?! proposa le brun.

-Non, Sirius, râla la rousse. C'est votre dernière année, vous n'avez pas envie d'être sérieux pour changer ?

Les deux amis échangèrent un regard malicieux et Lily soupira de plus belle.

-Tu sais bien qu'ils en sont incapables, rit Dorcas.

-Et puis, Poudlard serait certainement moins drôle sans toutes leurs frasques, approuva Frank.

-Tu vois ! Enfin quelqu'un qui reconnait notre talent ! s'amusa James.

Lily décida de ne pas répondre mais James ne s'en offusqua pas. C'était agréable de juste pouvoir retrouver un semblant de relation avec elle. La Préfète-en-chef se détourna ensuite de Sirius et de lui pour parler avec Alice à voix basse. Un truc de filles peut-être.

Marlene était restée silencieuse depuis le début. Elle soupirait juste de temps en temps. Sirius s'était installé à côté d'elle et petit à petit, avait réduit la distance entre leurs deux corps. James avait vu son ami et doutait que ce soit une bonne idée. Après le bal de Noël, la Serdaigle avait fait le choix de laisser une chance à un de ses prétendants et cela avait semblé sonner la fin de l'arrangement des deux amis. Malheureusement, l'histoire n'avait pas décollé. A peine des lettres échangées pendant Noël et finalement à la rentrée, ils avaient décidé d'un commun à accord qu'ils en resteraient là. Depuis, Marlene continuait sa vie, sans plus se préoccuper des garçons et de Sirius Black plus précisément.

Elle avait mieux à faire et voulait penser à elle autrement qu'à travers les yeux d'un homme qui pendant presque 3 ans, n'avait jamais essayé sérieusement d'être avec elle. Au début, Marlene aussi avait voulu d'une relation sans attache mais lorsque les sentiments pointaient le bout de leur nez, c'était plus compliqué. Là, elle avait envie d'autre chose.

La Serdaigle avait même pensé qu'avec Sirius, s'ils s'y mettaient vraiment, ça pourrait donner quelque chose de beau et d'agréable mais elle n'avait jamais pu réellement s'en assurer. Alors passer à autre chose était ce qu'elle pouvait faire de mieux. Elle ne voulait pas rejoindre le club des filles à qui Sirius Black avait brisé le cœur de manière involontaire la majorité du temps, ce qui était le plus affligeant.

James aurait aimé que Sirius comprenne de lui-même que Marlene ne voulait plus être avec lui. En avait-il d'ailleurs vraiment envie ou était-ce là un moyen de penser à autre chose qu'à Remus ? Si vraiment le batteur persistait, le Préfet aurait la confirmation que la confrontation avec le Poufsouffle n'avait rien donné. Jamais Sirius n'aurait tenté quoi que ce soit avec Marlene si Remus lui avait pardonné.

Indécis, le brun continua d'observer son ami.

-J'aime bien tes cheveux aujourd'hui, tu devrais les attacher plus souvent.

Sirius attrapa la queue de cheval de Marlene et la fit glisser entre ses doigts.

-Arrête, râla doucement la Serdaigle.

Elle attrapa sa queue de cheval et la mit sur son épaule droite, la tenant éloignée du Gryffondor. C'était bien la première fois que le batteur agissait ainsi. Habituellement, il faisait de son mieux pour que les gens ne sachent jamais ce qu'il se passait entre eux. Même si tout le monde s'en doutait fortement.

Malheureusement, son geste ne sembla pas dissuader Sirius qui, lentement, posa ses doigts sur sa nuque juste à la naissance de ses cheveux. Marlene lui lança un regard étonné. Dans la salle commune des Gryffondor, leurs amis discutaient de la sortie à Azkaban en fin de semaine et personne ne faisait attention à eux. Personne sauf James qui avait tendance à surveiller son meilleur ami comme du lait sur le feu en ce moment.

La Serdaigle fut perturbée par le regard que lui lançait l'ainé de la famille Black. Il ressemblait vraiment à celui qu'avait Sirius quand il essayait de lui plaire. Mais elle ne voulait plus de ça.

Elle le repoussa alors sèchement et se leva.

-Si tu veux trouver quelqu'un pour passer le temps ou te faire oublier que ça ne va pas, il va falloir que tu cherches plus longtemps.

Elle lui jeta un regard dur et s'en alla sans adresser un mot à ses amis.

-Marlene ? s'étonna Lily.

-Qu'est-ce que tu as encore fait, Sirius ? Tu ne peux pas t'empêcher de la blesser ! l'engueula Alice.

-J'ai rien fait ! se défendit-il.

Agacé, Sirius se leva à son tour et monta dans son dortoir. Il ne fut pas surpris d'entendre la porte s'ouvrir de nouveau quelques secondes après.

-Tu n'avais pas besoin de me suivre, James.

-Sirius, j'ai besoin que tu me parles, souffla-t-il. Marlene a raison, ce n'est pas en fréquentant d'autres personnes que tu pourras l'oublier.

Sirius ne répondit pas et alla se coucher sur le lit de son meilleur ami. James ne protesta pas et alla le rejoindre. Il massa ensuite son cuir chevelu pour le détendre. Sa mère avait toujours fait ça avec lui lorsqu'il était petit et que ça n'allait pas. En grandissant, il avait refusé ce geste d'amour maternel, jugeant que ce n'était plus de son âge. Mais c'était quelque chose qui avait le mérite de bien marcher et l'utiliser sur Sirius qui en avait vraiment besoin était une bonne idée.

-Pourquoi tu ne me dis pas ce qu'il s'est passé, Sirius ? Je pourrais t'aider, tenta-t-il.

Son ami nia et cela le fit soupirer.

-Sirius, je t'en prie…

Mais les mains du batteur se crispèrent encore plus sur les draps du lit, si bien que James ignorait s'il devait insister ou non.

-Je pourrai pas te le dire, avoua finalement Sirius.

-Bien sûr que si, le rassura le Préfet.

-Non, s'obstina le Gryffondor. J'ai trop honte et puis si jamais je te le disais, je suis sûr que tu ne voudrais plus être mon ami !

-Mais qu'est-ce que tu racontes encore ! s'énerva James. Tu sais bien que nous, c'est éternel, Sirius !

-Mais ce que j'ai fait est vraiment mal, Jamie…Je suis une mauvaise personne.

-Bien sûr que non.

James n'insista pas plus et continua de masser la tête de son ami pour essayer de le détendre.

Il ne savait plus quoi faire.

xXx

Sirius se sentait bien mais ne savait pas combien de temps cela durerait. A quel moment exactement il déraillerait et recommencerait à faire n'importe quoi ? Les gestes de James étaient rassurants, l'apaisaient. Il en avait bien besoin en ce moment. Ces derniers temps, Sirius avait l'impression de partir en vrille et de ne plus rien contrôler.

Il avait toujours critiqué sa famille, plus particulièrement sa mère et sa cousine Bellatrix. Il les traitait de folle, de dégénérées, mais peut-être qu'au final, ce n'était pas de leur faute, que c'était simplement une maladie héréditaire. Sirius avait l'horrible impression de commencer à souffrir des mêmes maux. Comment expliquer sinon l'erreur monumentale qu'il avait commise la dernière fois ? Il avait des trous de mémoire et n'arrivait pas à comprendre comment il en était venu là. Mais plus que tout, il avait eu cette impression étrange de ne pas être en contrôle.

Ou plutôt d'être dépossédé de son corps. Sirius en était certain, ça n'avait pas été lui aux commandes. Il avait dû virer fou sans s'en rendre compte et c'était cette partie non rationnelle chez lui qui l'avait dirigée. Ce n'était pas la première fois que ça arrivait, mais c'était la première fois que ça faisait autant de dégâts.

Un instant, le Gryffondor repensa au souhait du psychomage de l'avoir en consultation. S'était-il douté depuis le début qu'il basculerait ainsi ? Le même destin attendait-il Regulus ?

Comment faire pour s'en sortir ? Sirius était complètement paumé et cette situation lui donnait envie de pleurer. Il avait perdu Moony et il savait que le mieux était probablement qu'il lui épargne sa présence et ses piteuses excuses. Il n'avait rien à dire pour sa défense de toute façon. Aucune explication à fournir étant donné que lui-même était dans le flou total. Remus n'accepterait probablement pas d'entendre une ineptie du genre qu'il ne s'était pas senti maitre de son corps. Il l'accuserait d'être juste un mec qui ne pensait qu'avec sa queue…

-Je suis en train de sombrer, admit-il soudain.

James arrêta de lui masser la tête. Il ouvrit la bouche, mais ne trouva rien à dire.

-Mais non. Je sais que c'est dur d'y croire vu comment la situation est merdique en ce moment mais ça finira par s'arranger, Sirius. Il faut déjà que tu commences par y croire. Et que tu me parles.

Les lèvres de Sirius restèrent pourtant closes. Il se redressa et fit face à son ami. Il n'arrivait pas à lui parler. Ce qu'il avait fait le dégoutait.

-Non, murmura-t-il finalement.

-Sirius ! Tu ne peux pas rester comme ça !

-Je peux toujours aller voir Jedusor, non ?

-Je… croyais que tu ne voulais pas ? s'étonna son ami.

Sirius acquiesça. Même cette décision, il avait l'impression que ça n'avait pas vraiment été la sienne.

-J'en sais rien. Mais ça pourrait être une solution, il est tenu au secret quoi que je dise, n'est-ce pas ?

-Ouais.

Sirius ferma les yeux et pensa à ses réminiscences de plus en plus fréquentes et intenses. Il pourrait peut-être parler de ça aussi.

-C'est cool si tu vas le voir. Moi, tout ce que je veux, c'est que t'ailles mieux.

-Ouais, souffla Sirius.

Il n'était pas sûr que ce soit le cas un jour. Le mal dont il souffrait ne pourrait peut-être jamais être guéri.

xXx

Regulus était en retard et il détestait ça. Il se pressa alors et retrouva très vite Remus Lupin en haut de la tour d'Astronomie. Les cours étaient finis et les deux sorciers s'étaient donnés rendez-vous pour parler un peu. Cette histoire d'article et de rumeur sur leur soi-disant couple avait eu un bénéfice, celui de les rapprocher.

Il trouvait en Remus une oreille attentive, quelqu'un qui ne le jugeait pas et dont il appréciait la compagnie. Le Poufsouffle était différent de Padfoot. Déjà, il était bien vivant et plus que réel. En plus, il dégageait une douceur et une bienveillance rares. Mais surtout, Regulus pouvait discuter avec lui sans avoir à surveiller sans arrêt ses arrières. C'était agréable de passer du temps avec le Poufsouffle, surtout que depuis vendredi soir, Padfoot était introuvable. L'esprit l'avait réveillé au beau milieu de la nuit, complètement paniqué et le visage défait. Il lui avait dit qu'il avait besoin de prendre un peu de distance mais qu'il reviendrait. Regulus n'avait pas eu le temps de comprendre ni même de lui poser une quelconque question. L'esprit était juste parti. Regulus espérait qu'il reviendrait vite car il lui manquait terriblement. Et surtout, il était curieux.

Padfoot n'avait pas été dans son état normal. Qu'avait-il bien pu lui arriver pour qu'il réagisse ainsi ? Il semblait qu'il n'avait rien fait pour troubler son gardien de la sorte et comme il était le seul à pouvoir interagir avec lui… Tout ça l'inquiétait assez.

Passer du temps avec Remus lui faisait du bien, ça le tranquillisait.

Arrivé en haut de la tour d'Astronomie, il trouva le châtain assis par terre, la tête levée vers le ciel bleu. Il faisait évidement trop jour pour voir les étoiles mais il restait agréable d'être ici, ne serait-ce que pour la vue.

-Salut, lança Regulus en s'avançant vers lui.

Remus se tourna vers lui et lui sourit.

-Salut. J'ai des biscuits, est-ce que tu en veux ?

Habituellement, Regulus n'aimait pas manger entre les repas mais il était très faible face aux friandises et aux pâtisseries. Il aimait beaucoup les choses sucrées, sans doute un peu trop…

-Merci, fit-il en piochant dans la boite que lui tendait le châtain.

Le brun s'installa confortablement à côté du Préfet-en-chef et tout en mangeant des gâteaux, regarda le ciel bleu.

Remus n'avait pas l'air d'aller très bien et Regulus se demanda si cela avait un rapport avec Sirius. Le Serpentard se rappelait d'une conversation pendant laquelle Remus avait encore de l'espoir pour Sirius et lui malgré ses propos contradictoires. S'était-il enfin aperçu qu'il ne servait à rien d'attendre quoi que ce soit de l'ainé des Black ?

Regulus avait du mal à comprendre son frère. Remus était gentil et mignon, pourquoi le faire souffrir ainsi ? Lui qui se disait tolérant, différent de ses odieux parents, ne l'était pas tant que ça finalement. Ou alors, assumer n'était pas le problème. Il avait réellement joué avec les sentiments de Lupin, ce qui serait plus cruel encore.

Regulus observa encore Remus alors que celui-ci avait l'air ailleurs.

-As-tu pu parler avec Sirius ? Est-ce que ça va mieux entre vous ?

Remus fut surpris par sa question et après quelques secondes d'hésitation, il décida de répondre.

-Sirius et moi ne nous parlons plus mais je crois qu'en quelque sorte, il m'a quand même donné sa réponse. Je n'ai plus qu'à l'oublier, soupira-t-il.

Regulus baissa la tête et remonta ses genoux contre lui.

-Si tu y arrives, j'aimerais bien avoir ta méthode, murmura-t-il.

Ce fut si bas que Remus ne l'entendit pas.

Regulus pensait souvent à son frère. Il avait beau être énervé contre lui, il savait que ça ne durerait pas. C'était son frère et celui-ci s'était démené pour le sortir de ce bourbier dans lequel il s'était fourré avec Rosier. Il était déçu et n'arriverait plus à lui faire confiance comme avant, mais il lui pardonnerait. Que pouvait-il faire d'autre ? Sa relation avec ses parents était compliquée, il avait l'impression d'être un funambule pouvant très vite basculer d'un côté comme de l'autre. Dans les deux cas, la seule chose qui l'attendait était la chute. Padfoot lui faisait du bien et il y était très attaché, mais il avait vu ce que ça avait donné l'été dernier. L'esprit pouvait malheureusement disparaitre à tout moment et il y avait plus de chances encore pour qu'il ne soit pas présent toute sa vie.

Au-delà de ça, Sirius était celui qui le rattachait à la famille Potter. Sans son frère, il ferait tache à Godric's Hollow. Les Potter, aussi gentils soient-ils, l'avaient accepté seulement par égard pour Sirius.

Par contre, James, il ne lui devait rien et il en avait marre de souffrir à cause de lui. Chaque jour, il repensait à ce baiser qu'il avait tenté de lui donner dans les vestiaires avec une boule dans la gorge. Son amour avait été piétiné. Pourquoi ça ne pouvait pas être lui ? Il avait enfin compris que la réponse était très simple. Il n'était rien pour James. Pas son ami, pas même un copain, pas un membre de la maison Gryffondor, pas même un choix possible. Il était un garçon qui aimait un autre garçon et ça ne le menait nulle part.

Il s'était senti très heureux quand James avait gardé son secret et qu'en plus, il n'avait pas révélé qu'il avait bêtement un béguin pour lui, qu'il lui parle encore normalement. De plus, jusqu'à quelques semaines plus tôt, le Gryffondor sortait encore avec Evans, alors forcément que c'était impossible. Mais après, Regulus s'était mis à avoir un mince espoir qui avait grandi avec les déclarations du brun, l'attention qu'il s'était mise à lui porter. Il n'aurait pas dû.

-Comment c'est d'être avec quelqu'un qu'on aime ? demanda-t-il soudain.

Remus le regarda et afficha un sourire tendre.

-C'est magnifique. Tout ce que tu ressens est tellement plus intense. C'est pourquoi ça fait si mal quand ça se finit, surtout quand ce n'est pas ton choix. Tu es déjà tombé amoureux ?

Regulus hésita. Il doutait que l'amour qu'il portait à James puisse valoir celui de Remus. Était-ce seulement de l'amour ? Il ne s'était jamais rien passé entre eux. La plupart du temps, il s'était contenté de l'observer de loin.

Néanmoins, James avait pour l'instant été le seul à le faire vibrer, le faire sourire même quand ça n'allait pas.

-Je crois, hésita-t-il. Mais je ne veux pas que ça se reproduise.

Remus sourit.

-Ce n'est pas quelque chose que tu peux contrôler. Même si c'est parfois douloureux, ça en vaut souvent la peine. Il faut juste apprendre à se blinder, c'est comme ça.

Regulus hocha la tête.

-As-tu commencé à lire le livre que je t'ai prêté ? demanda le Poufsouffle avec une joie retrouvée.

-Quelques pages seulement, j'avais une rédaction à faire en potion.

-OK, souffla-t-il avant de vite sourire de nouveau. J'ai tellement hâte que tu le lises et que tu me dises ce que tu en penses !

Regulus sourit, gagné par l'enthousiasme du plus vieux. Il ferait un effort, même s'il n'était pas trop pour lire des livres Moldu.

-Tu vas à Pré-au-lard samedi ?

-Je ne sais pas encore, souffla le Serpentard.

-On pourrait y aller ensemble si tu n'as rien de mieux à faire. Avec Isabel et Peter, on s'était bien amusé, non ?

Regulus fronça les sourcils et repensa à la dernière fois qu'il avait vu les amis du Poufsouffle. Un en particulier.

-Tu parles toujours à Peter Pettigrow ? s'étonna-t-il.

Remus fut surpris par sa question.

-Bien sûr, pourquoi pas ?

-Non, c'est que… En fait, je l'ai surpris il y a quelques jours juste avant la parution de l'article de Rita Sketter. Il était étrange, nerveux. Il était seul et semblait attendre quelqu'un.

-Et ? fit Remus qui avait du mal à voir où il voulait en venir.

-J'ai l'impression qu'il cachait quelque chose dans son dos.

Regulus se mordilla les lèvres et observa encore le châtain.

-Tu n'as jamais pensé que c'était peut-être lui qui avait donné la photo à Rita Sketter ?

Remus fronça les sourcils et secoua tout de suite la tête.

-Non, non, répéta-t-il. Peter est mon meilleur ami, il ne m'aurait jamais fait ça.

-Peut-être, mais il déteste Sirius. Il savait pour vous deux ?

-Oui, avoua Remus qui ne se voyait pas mentir. Mais ça ne veut rien dire. Rita n'a besoin de personne pour faire ses coups.

-Oui, admit Regulus. Mais il est rare qu'elle ait de réels scoops. La plupart du temps, c'est des bobards.

-L'article sur la liste était vrai, en grande partie du moins.

-Oui, mais tout le monde savait que les filles faisaient un truc sans savoir quoi exactement. Fouiller est sa spécialité, dénicher des scoops, un peu moins.

Remus sembla complètement atterré.

-C'est gentil de me prévenir, mais je ne peux pas le croire. Enfin, je ne peux pas accuser mon ami sans aucune preuve, bredouilla-t-il. Et puis, ça n'a plus d'importance maintenant.

Devant sa réaction, Regulus haussa les épaules : ce n'était pas son problème.

-Ça me plairait bien d'aller à Pré-au-Lard avec vous, décida-t-il alors.

Cela redonna momentanément le sourire à Remus.

xXx

-James, Rosier veut te voir, lança Frank.

Tout le monde dans la salle commune des Gryffondor leva les yeux vers James puis vers Frank. Le brun lui-même ne semblait pas y croire. Mais visiblement, c'était bien vrai : Rosier était venu jusqu'ici et souhaitait parler à James.

-Hein… ? Qu'est-ce que me veut ce serpent ?

Frank haussa les épaules. Il n'en savait rien du tout, Rosier ne lui avait pas dit grand-chose.

-Tu veux que je vienne avec toi ? proposa Sirius.

-Non, c'est bon.

James se leva, curieux de savoir ce que le blond lui voulait.

Il s'attendait à ce que Sirius proteste, qu'il lui recommande une énième fois de se méfier du Serpentard, mais il n'en fit rien. Il s'en retourna juste à la contemplation de la cheminée, activité qu'il savait pourtant peu divertissante. Et son ami osait lui dire que ça allait, qu'il n'y avait rien à faire… James avait du mal avec ça, il ne voulait plus voir son ami si abattu. A présent, il avait même du mal à faire semblant et beaucoup s'interrogeaient. Agir ainsi n'était pas dans les habitudes du Gryffondor. Certains se disaient que ça avait avoir avec la distance qu'avait instauré Marlene sans trop y croire.

Mais James lui savait bien quel était le fond du problème. Enfin, en partie. Sirius refusait toujours de s'exprimer et ça lui faisait craindre le pire.

Il alla retrouver Rosier en espérant que celui-ci ne lui emmène pas plus d'emmerdes.

-Salut.

Bien entendu, Rosier ne lui répondit pas et James se demanda une fois de plus pourquoi il perdait son temps avec lui.

-Laisse-moi deviner, il s'agit encore de Regulus.

-C'est exact.

James soupira. Regulus avait un frère, Sirius, pourquoi Rosier ne le dérangeait-il pas au lieu de venir l'embêter lui ? Le Préfet était persuadé que le blond n'avait que pour seule vocation de l'ennuyer.

-C'est maladif chez toi. As-tu un autre sujet d'occupation ? grinça-t-il, cynique.

-J'en ai pléthore mais aucun n'est aussi séduisant et distrayant que Regulus, sourit-il. Mais contrairement à ce que tu sembles penser, je suis venu en paix.

-Ha ha ha, se força-t-il à rire. On dirait la bande annonce d'un mauvais film. Je n'y crois pas du tout.

-Et pourtant, soupira Rosier. Je suis sûr que tu es au courant des rumeurs qui circulent à son sujet.

James acquiesça, plus attentif.

-Eh bien, je crois que c'est en train d'aller un peu trop loin. Mulciber lui a proposé de l'argent et d'autres suivront certainement. Parce qu'ils veulent de nouvelles expériences ou juste pour le faire se sentir mal, qui sait.

-Quoi ? Attends, reviens en arrière. Mulciber lui a proposé de l'argent pour quoi ? paniqua James.

-Je ne sais pas exactement. Du sexe oral ou intégral, quelle importance ? répondit Evan d'un air blasé.

James n'en croyait pas ses oreilles. Et l'autre qui lui disait ça tranquillement !

-Mais…m-mais…, bégaya-t-il.

Sa réaction fit rire le blond.

-Et tu n'as rien fait ?! Je croyais que t'aimais bien Regulus ?! s'étrangla finalement le Gryffondor. Et Mulciber, c'est ton ami, comment il peut te faire ça ?!

-Regulus n'est pas ma priorité et Mulciber fait bien ce qu'il veut.

Rosier croisa les bras et jeta un regard goguenard à James.

-J'avais offert ma protection à Regulus mais il a choisi de briser notre accord. S'il était resté avec moi, ce ne serait pas arrivé.

James sentit ses mâchoires se crisper. Décidément, il ne pouvait pas supporter le Serpentard.

-Tu as vraiment besoin d'une contrepartie pour le soutenir ? Est-ce que tu ne l'aimes pas au moins un peu ?!

-Si, répondit Evan sans hésiter.

-Alors pourquoi ?

Le blond éclata de rire avant d'hausser un sourcil.

-Tu es sérieux ? Ça me semble pourtant très évident. J'aime beaucoup Regulus, mais pas au point de me mouiller pour lui. Comme je lui ai toujours dit, l'homosexualité pour moi est une excentricité. Personne de sérieux ne s'engage là-dedans. Le sexe est intéressant et ça divertit des relations conjugales mornes vers lesquelles les sang-purs se dirigent. C'est juste comme ça, j'ai jamais cru que deux mecs ensemble pouvaient construire quoi que ce soit.

James était sidéré par ce qu'il entendait, il ne pouvait pas y croire. Il voulut répliquer, envoyer le Serpentard se faire voir, mais il demeura immobile. Une partie de lui se rappela alors la relation entre Sirius et Remus qu'il avait trouvé trop belle. Cette relation qui n'avait pas eu de nom, la raison pour laquelle les deux amis se voyaient la plupart du temps. Si Sirius n'avait jamais accepté la réalité de ses sentiments, peu importe à quel point il tenait à Moony… Était-ce à cause de ce genre de croyances ? Sirius pensait-il de la même façon que Rosier ?

Il secoua la tête et s'obligea à se concentrer sur le présent, sur Rosier, sur cet abruti de Mulciber et les foutues rumeurs sur Regulus.

Sirius était différent. Il n'avait jamais rien fait dans le but intentionnel de blesser Remus, il aimait vraiment le Poufsouffle. S'il n'avait pas pu faire le pas et s'engager dans une relation de couple, c'était simplement à cause de l'appréhension de mal faire, d'être différent.

James jeta un regard noir au blond.

-Tu peux bien me juger mais tu n'es pas mieux que moi. Si tu crois tant en l'amour entre personne du même sexe, pourquoi n'irais-tu pas le retrouver pour l'embrasser devant tout le monde ? lui fit remarquer Rosier.

-Quoi ? M-mais qu'est-ce que tu racontes ?

-Alors tu choisis de te voiler encore la face, de te défiler ? Si tu ne veux pas assumer, peut-être que je devrais de nouveau tenter ma chance, lui proposer mon aide. Je lui ai toujours dit qu'il ne pourrait jamais rien espérer de mieux mais je ne pensais pas que ce serait toi qui me donnerais raison.

-Ça t'amuse de jouer avec lui, hein ? s'énerva James.

Il ne pouvait pas supporter ce que le blond était en train de sous-entendre. Il avait du mal à voir où il voulait en venir.

-Pourquoi agir ainsi ? Pourquoi lui ?

Evan semblait complètement obsédé par le cadet de la famille Black sans que le brun n'arrive à comprendre pourquoi. Il avait besoin d'explication. Que Rosier mette des mots sur ce qu'il semblait lui-même parfois ressentir.

Rosier sourit. Pour lui, tout était très simple.

-On peut dire tout ce qu'on veut sur Sirius, mais Regulus est spécial. L'as-tu déjà bien regardé ? Ne t'es-tu jamais dit que tu ferais n'importe quoi pour lui ? Voilà, pourquoi. Je l'aime quoi que tu en dises et quand tu arrêteras de te voiler la face, tu comprendras enfin que toi aussi. Tu ne vaux pas mieux que moi, Potter. Quand tu l'auras en dessous de toi gémissant doucement parce qu'il a trop honte, ça te sera moins difficile de comprendre.

-Dégage, connard, gronda James qui perdit soudain son calme.

Il était furieux à un point inimaginable. Proche de basculer. Il regrettait d'avoir posé la question, d'avoir accepté de discuter avec le blond.

Rosier s'éloigna alors lentement, un sourire satisfait aux lèvres.

James n'arrivait toujours pas à comprendre pourquoi il était venu le voir. Pour aider Regulus ou pour le narguer ?

Lui, avoir des sentiments pour le petit frère de Sirius ? Que pouvait en savoir Rosier ! Sa rupture avec Lily était récente, il l'aimait encore…

Mais il était bien obligé de reconnaitre que la colère et la distance du brun lui faisaient mal. Regulus lui manquait.

xXx

-Tu es sûr que tu ne m'en veux pas ?

-Je t'assure que oui, répondit Remus.

-Tu en aurais le droit, tu sais.

Le trio d'amis était installé dans la chambre de Remus à jouer aux dames sur le lit du Poufsouffle. Peter restait silencieux et n'osait pas parler. Il avait appris la nouvelle il y a quelques minutes seulement et n'arrivait pas à y croire. Lorsqu'Isabel l'avait invité à passer la soirée avec Remus et elle, il s'était attendu à une bonne soirée jeux et confidences comme le trio en avait l'habitude. Malgré eux, ils s'étaient un peu éloignés depuis le rapprochement plus qu'évident entre Sirius et Remus et il avait été enthousiaste à l'idée de se retrouver.

Confidences il y avait eu, mais Peter ne s'était pas attendu à ça. Isabel et Sirius avaient couché ensemble ! Comment cela avait-il pu arriver ? Il en voulait à Black. Une fois de plus, il faisait du mal à un de ses amis et jouait avec eux. A cause de lui, ça n'allait pas fort entre Remus et Isabel. Peter était énervé : il avait pris le risque de blesser son ami pour le protéger, l'éloigner du fléau Black et également faire du mal au Gryffondor, mais il avait l'impression d'avoir échoué. Sirius n'avait jamais tenu à Remus, ce n'était pas possible. Il ne lui aurait pas fait ça sinon. De plus, il s'était montré lâche et n'avait même pas pris la peine de venir voir le Poufsouffle et encore moins de rétablir la vérité.

-Je te mentirais si je te disais que ça ne me fait rien. Mais dans toute cette histoire, c'est surtout à moi que j'en veux. Je ne sais pas ce que j'espérais…

Remus serra les pauvres cartes dans ses mains. Cela faisait quelques minutes que le jeu était à l'arrêt.

-Tu étais attaché à lui, tu l'aimais, résuma Peter. C'était normal d'y croire. S'il y a quelqu'un contre qui vous devez ressentir de la colère et en vouloir, c'est lui. Je n'ai pas envie de vous voir fâchés.

Isabel afficha un grand sourire et l'enlaça. Peter s'en réjouit et il regarda Remus pour voir si ses paroles lui avaient également fait du bien mais il ne vit que son air songeur.

-Remus ? Ça va ?

Remus l'observa et baissa la tête avant de se triturer les doigts. Peter le sentait nerveux.

-Je… Regulus m'a parlé de quelque chose et même si ça me semble fou, je n'arrive pas à m'enlever ça de la tête.

-Quoi donc ? s'inquiéta Isabel.

-Peter, souffla le châtain. Est-ce toi qui as donné la photo à Skeeter ? J'ai besoin de savoir s'il te plait.

Isabel le dévisagea et Peter sentit tout son être se figer. Il repensa aux questions du Serpentard et au regard qu'ils avaient échangé juste avant que celui-ci ne s'éloigne avec Potter. Il voulait mentir pour ne pas que son ami le déteste. Mais à quoi bon, sa réaction et surtout son silence parlaient presque pour lui. Leur trio allait mal, mentir n'arrangerait rien. Il ne regrettait pas son choix alors il était juste temps d'en assumer les conséquences, même si ça le terrifiait.

-Je ne t'en voudrais pas si c'est toi, affirma Remus. Je crois même que je comprendrais.

-C'est moi, admit-t-il timidement.

-Peter ! s'exclama Isabel, sidérée.

-Je suis désolé.

-Mais pourquoi ?! insista-t-elle.

Elle ne comprenait pas et voulait lui poser des questions, lui rappeler combien ce qu'il avait fait était une trahison.

-Ce n'est rien. Comme je l'ai dit, je comprends, murmura Remus à ses côtés.

-Pourquoi ? voulut savoir Peter qui avait l'impression qu'une fois de plus, Remus se montrait trop indulgent.

-Parce que tu m'avais prévenu à son sujet et je refusais de t'écouter. Alors que tu avais raison. C'est moi qui suis désolé. Néanmoins, ça m'a blessé. Je ne voulais vraiment pas parler de mon homosexualité mais en quelque sorte, grâce à toi, j'ai ouvert les yeux. Je suis juste content que ce soit arrivé avant que ça n'aille trop loin.

Peter sourit, soulagé. Remus le pardonnait et en plus, il le remerciait ! Cela le rassurait sur le choix discutable qu'il avait fait. Isabel semblait plus perplexe par contre mais ils continuèrent de parler et reprirent tranquillement leur jeu.

Une demi-heure avant le couvre-feu, Isabel et Peter souhaitèrent une bonne nuit à leur ami. Peter avait pour idée de se dépêcher de rejoindre son dortoir mais Isabel l'arrêta avant même qu'il ne puisse descendre les escaliers.

-On ne peut pas le laisser comme ça.

-Qu'est-ce que tu veux dire ? s'étonna-t-il.

-Remus souffre beaucoup et Sirius n'est pas heureux.

Peter serra les poings, énervé que son amie parle du Maraudeur.

-Tant pis pour lui, il n'a que ce qu'il mérite.

-Et Remus ? Il a ce qu'il mérite peut-être ?

-Non, admit-il. Mais il vaut mieux que ça arrive maintenant. Sirius se jouait de lui comme il s'est joué de toi.

-Qu'est-ce que tu en sais ? Je suis sûre que tu penses avoir fait le bon choix, Peter, mais tout ça ne reste que des suppositions. Moi, je crois que Sirius était sincère, il n'était simplement pas prêt et en dévoilant cette photo, tu l'as privé du temps nécessaire dont il avait besoin. Je sais que tu le détestes, mais j'étais là quand Remus nous a surpris. Il était si triste, je pouvais clairement voir qu'il avait le cœur brisé !

Peter secoua la tête et commença à descendre.

-Tu n'es pas objective, tu l'apprécie trop, lui fit-il remarquer.

-Peter !

Elle le rattrapa rapidement, déterminée à faire entendre son point de vue.

-Remus est notre ami et on l'a en quelque sorte tous les deux trahis. Il est malheureux et s'il y a une infime chance pour que tout s'arrange avec Sirius, on doit essayer. Black n'est pas parfait mais il aime Remus, j'en suis sûre. Il a droit à une chance, ils y ont droit.

Peter refusait d'en entendre plus. Il força alors Isabel à le lâcher et quitta la salle commune des Poufsouffle. Il avait eu beaucoup de mal à se débarrasser de Sirius Black alors il ne comptait pas revenir en arrière. Remus surmonterait ce chagrin. Il serait là pour son ami.

xXx

La même nuit, dans la salle de bain des Serpentard, Regulus était confronté à un autre type de problème. Padfoot venait juste de revenir vers lui et il en était très heureux. Son départ restait toujours un grand mystère car il n'avait pas d'explication quant à cette absence. Et même s'il était heureux de le revoir, il ne pouvait manquer le fait que l'esprit semblait encore maussade et pas en très grande forme.

Il semblait avoir le teint pâle, chose relativement normale pour un esprit, sauf que cet état donnait l'impression que Padfoot était malade.

-Est-ce que ça va ? Tu m'inquiètes, admit-il.

-Je… Oui, je crois.

-Ça n'a pas l'air d'aller, insista Regulus. Tu peux me parler, tu sais.

Padfoot faisait tellement pour lui, il voulait lui rendre la pareille même s'il doutait de pouvoir être à la hauteur. Au fond de lui, Regulus se doutait de la raison de sa petite mine. Peu importe que Padfoot vienne d'une autre réalité, il restait son frère en quelque sorte et Padfoot n'avait pas trop de mal à lire en lui. Si son frère n'était pas au mieux de sa forme après l'article de Rita et surtout par rapport à ce qu'il se passait avec Remus, il supposait sans mal que Padfoot en souffrait aussi.

Le Serpentard trouvait que Sirius méritait ce qui lui arrivait. Après tout, il s'était mis dans cette situation tout seul. De plus, comme il refusait de s'expliquer car il estimait probablement ne rien lui devoir, Regulus ne pouvait que se faire ses propres films. Avait-il vraiment tenu à Remus ? Il n'en était pas sûr mais il était obligé de voir que son frère était plus taciturne, plus renfermé depuis la parution de l'article.

Pour Padfoot qui ne pouvait qu'observer tout ça de loin, la situation ne devait pas être facile. Regulus savait combien ses limites lui pesaient.

-Comment va Remus ? souffla justement l'esprit.

C'était presque douloureux à demander et Padfoot osait à peine croiser le regard de son jeune protégé. Regulus le pensait tellement irréprochable, presque parfait par rapport à ce frère souvent défaillant…Il ignorait à quel point ils étaient semblables.

Sirius avait fauté et s'était montré négligent, mais Padfoot n'avait pas fait mieux. Ils étaient la même personne après tout. Padfoot n'arrivait pas à croire qu'il s'était mêlé des histoires de son jeune lui et qu'en plus, il avait envenimé les choses. Il se sentait misérable et partir pour faire le point n'y avait rien changé. Il se sentait incapable d'en parler à Regulus et devrait donc vivre avec la culpabilité de ce qu'il avait fait. Il ne s'expliquait pas son comportement. Au bout d'un moment, il avait juste perdu le contrôle et au lieu de partir, avait persisté.

-Je ne sais pas. Il a dit qu'il s'en remettrait, lâcha Regulus. Il aimait vraiment Sirius.

Padfoot sentit son cœur se serrer.

-Je tiens beaucoup à lui moi aussi.

-Vous étiez très amis dans ton monde.

Padfoot acquiesça.

-Il ne me restait que lui. James était mort et Peter était un traitre. Il est si gentil et doux, il ne mérite pas de souffrir.

-On n'y peut rien, murmura Regulus, bouleversé par l'émotion de Padfoot.

-Sans doute.

L'esprit ne pouvait lui donner tort. Après le fiasco qu'il avait essuyé, il préférait rester en dehors de ça. La sortie à Azkaban arrivant, cela lui offrait en quelque sorte, une occupation suffisante pour ne plus se prendre la tête. Il voulait surtout essayer de se rattraper en faisant mieux, en évitant qu'une possible catastrophe ne se produise. Il avait besoin d'une victoire pour éviter de continuer à broyer du noir. Il ne savait pas si dans sa situation, il était dangereux d'avoir l'esprit tourmenté. Pouvait-il basculer et devenir un esprit vengeur ou quelque chose de pire ?

La sortie à Azkaban devait se dérouler sans accroc. Beaucoup de ses amis y allaient et il ne voulait pas qu'il leur arrive quelque chose de grave. Au moins, Regulus resterait en sécurité au château.

Il était presque vital pour Padfoot de participer à cette sortie et Regulus comprenait son inquiétude et son envie de s'assurer que tout irait bien. L'esprit lui disait souvent qu'il fallait surveiller les agissements de Jedusor de près. Et si Regulus émettait également des réserves sur le psychomage, il ne pouvait affirmer, à la différence du fantôme, que l'homme préparait un mauvais coup. Après tout, ils n'avaient aucun moyen de le savoir.

-Je sais que tu t'inquiètes mais as-tu déjà pensé que celui qui est dans cette réalité n'a peut-être rien à voir avec celui que tu as connu ?

-Non, répondit Padfoot bien trop rapidement. Les gens sont différents, je le sais, mais malgré les univers parallèles que je visite, j'ai toujours pu retrouver une similitude, un même noyau et une continuité. Des détails peuvent être différents mais pas leur nature profonde. Si je savais que tu pouvais changer, Regulus, et ne pas sombrer, c'est parce que déjà dans mon monde, tu étais une bonne personne. Tu n'as juste pas eu le temps de le démontrer.

Regulus accepta l'explication de l'esprit. Padfoot était différent de Sirius et pourtant, il avait parfois l'impression de se trouver avec son frère. Il était un autre, mais similaire à la fois.

Il fit alors quelques pas dans la salle de bain, réfléchissant à ce qu'ils pouvaient faire. Le Serpentard avait lancé un sort de silence et verrouillé la porte, ils ne seraient donc pas dérangés mais ne pouvaient pas rester là indéfiniment. Les autres garçons du dortoir n'étaient pas là pour l'instant. Ils assistaient à la réunion que présidait Jedusor et qui regroupait ceux qui désiraient que le monde magique change. Si au tout début, il n'y avait eu que les Serpentard, aujourd'hui, les choses étaient différentes. Des élèves d'autres maisons étaient là hormis des Poufsouffle mais tout le monde s'en fichait bien. Le professeur de potion aussi était présent et il trouvait ça très intéressant. Regulus quant à lui trouvait que cela prenait des proportions énormes, bien au-delà de ce que ça avait été au début, à savoir un simple groupe de paroles pour des élèves qui n'avaient plus l'impression d'être écoutés.

Severus n'avait manqué aucune réunion et l'admiration qu'avait le Serpentard de 7ème année pour le psychomage inquiétait le cadet des Black.

-Il a créé plusieurs guerres et pas seulement d'où je viens. Si ce n'est pas le cas ici, c'est merveilleux, mais tu ne pourras pas me faire croire que tu penses sincèrement que ses intentions sont bonnes. J'aimerais les connaitre, ce serait plus facile pour se préparer.

-Que penses-tu qu'il pourrait faire à Azkaban ? demanda Regulus.

-Son but est clairement d'entrer dans la prison, cette sortie n'est qu'un prétexte.

-Pourquoi inventer tout ça ? Il ne peut pas juste faire une demande ? Les visites aux prisonniers sont interdites mais si des élèves peuvent y aller pour une sortie scolaire, ce n'est pas quelque chose qui lui est impossible.

-C'est sûr, mais s'il est accompagné, l'attention sera moins sur lui et ça veut dire qu'il sera moins surveillé. S'il y va seul et qu'il se passe quelque chose, on saura forcément que c'est lui. Et peut-être que son but est d'aller voir les prisonniers. Un rapide passage est prévu lors de la sortie, réfléchit Padfoot qui s'était déjà beaucoup renseigné. Son but est peut-être de récupérer ou d'y cacher quelque chose. Faire du repérage ou quelque chose d'aussi fou que faire évader des prisonniers.

Regulus écarquilla les yeux, choqué.

-C'est ce qu'il s'est passé dans mon monde et ce n'est pas impossible. Moi-même, j'ai réussi à m'évader d'Azkaban. Je suis d'ailleurs une des rares personnes à avoir réussi cet exploit.

Black regarda ses ongles, l'air faussement humble. Il rigola ensuite en voyant le visage choqué de son petit frère. Regulus était si transparent pour lui ! Il était un peu sa bouée de sauvetage ces derniers temps. Il était l'adulte, celui qui devait veiller sur le petit Regulus, mais voilà qu'il comptait sur l'attrapeur pour ne pas faire n'importe quoi.

-Il faut qu'on trouve un moyen pour que tu participes, reprit l'esprit après quelques instants. Si je repère quelque chose, ça ne sert à rien si je ne peux communiquer avec personne pour l'en empêcher !

-Mais comment je pourrais faire pour y aller ? Je ne suis pas majeur et pour m'inscrire, il est de toute façon trop tard. A part voler la place de quelqu'un d'autre et me faire passer pour lui sous polynectar, je ne vois pas quoi faire d'autre.

-Reg', c'est une merveilleuse idée !

-Bien sûr que non, je n'étais même pas sérieux ! Trouvons autre chose.

-Bien sûr que non ! s'amusa l'esprit.

-Mais c'est impossible, comment veux-tu faire une chose pareille ? Je ne peux pas préparer du polynectar, le voyage scolaire est pour bientôt !

Le seul problème de Regulus semblait être devenu le temps. Pour lui, cette potion n'avait rien de sorcier, ou un peu quand même.

-Reg, il va falloir que tu fasses une nuit blanche.

-Pour quoi faire ?

-On va aller faire un tour à l'allée des Embrumes.

-Je n'irai pas dans ce coin mal famé ! s'offusqua-t-il.

-Si on n'a pas le temps de faire du polynectar, il faudra bien trouver quelque chose. Fais-moi confiance, tout ira bien.

Regulus soupira, pas aussi certain que lui.

Il quitta la salle de bain bien plus tard et fut heureux d'être encore seul dans son dortoir. Il alla dans son lit et chercha un livre à lire. Il tomba alors sur celui que Lupin lui avait prêté et qu'il avait à peine commencé. Et puisqu'il n'avait rien de mieux à faire, il décida d'en lire encore quelques pages.

Il en lut plus que prévu et s'endormit sur ses draps, le livre reposant sur son torse. Les élèves assistant à la réunion rentrèrent tard et Rosier trouva Regulus ainsi. Cela lui tira un sourire attendri. Il le débarrassa du livre qu'il déposa sur la table de chevet et déplaça le corps du jeune homme grâce à sa baguette pour le couvrir de ses draps. Il voulut ensuite se pencher pour l'embrasser mais se retint. Ce n'était plus quelque chose qu'il devait faire à présent. Il alla dormir et le dortoir fut vite silencieux.

Au milieu de la nuit, Regulus fut réveillé par Black. Il ronchonna et essaya de l'ignorer mais l'esprit ne le lâcha pas. Il se leva donc et mit sa cape avant de sortir de son dortoir, sa baguette en main. Black lui servait de guide puisqu'il connaissait le château mieux que personne. Regulus ne connaissait pas non plus l'allée de Embrumes. Il savait juste qu'il n'était pas bien vu d'y être aperçu et que le lieu était spécialisé pour les achats de magie noire. Il n'avait pas envie de se faire repérer mais cela n'avait pas l'air d'inquiéter Black. Regulus n'était toujours pas persuadé que le plan soit bon mais il devait reconnaitre que l'endroit pouvait leur être utile pour y dénicher de bons objets et faire en sorte que sa présence ne soit étrange pour personne. Restait à trouver quoi.

Regulus continuait d'avancer, perdu dans ses pensées et se fiant entièrement à l'esprit qui semblait savoir ce qu'il faisait. Il quittait tout juste son étage quand il aperçut au loin James Potter. Il soupira et jeta un regard noir à son gardien. Il ne pouvait pas croire qu'il faisait preuve d'autant de malchance ! Les rondes des Préfets de maison étaient normalement rares mais depuis le discours un peu étrange de Dumbledore, les règles concernant Poudlard et sa sécurité semblaient s'être renforcées. Dans son malheur, Regulus échappait au moins à la présence problématique d'un professeur.

-Tu aurais pu me prévenir, ronchonna-t-il alors que James venait vers lui.

-Je sais que tu es fâché, mais tu ne pourras pas lui faire la tête éternellement. Et puis, il pourrait aider. S'il t'arrive quelque chose là-bas, je ne pourrais rien faire pour toi, expliqua Padfoot.

Regulus le regarda et comprit que cela inquiétait réellement l'esprit. Et parce qu'il ne voulait pas lui faire de peine, il laissa le Gryffondor venir à lui.

xXx

Dire que James avait été surpris de tomber sur le 6ème année dans les couloirs du château en dehors du couvre-feu serait un euphémisme. Il avait commencé sa ronde presque soulagé de pouvoir quitter son lit après avoir passé plus de deux heures à tenter de trouver le sommeil sans succès. La discussion qu'il avait eu avec Rosier lui tournait constamment dans la tête et il avait du mal à accepter les insinuations du blond. Bien entendu, à force de penser au petit-frère de son meilleur ami, ses pas avaient fini par le mener dans l'aile des Serpentard.

Regulus s'était arrêté au beau milieu du couloir, observant quelque chose à ses côtés. Padfoot sûrement. Et puis, il avait croisé les bras et l'avait laissé venir jusqu'à lui, semblant attendre sa sentence. Cela fit sourire James. Il n'avait pas eu l'occasion de parler au Serpentard depuis que celui-ci avait déclaré le détester. Cette nuit, il semblait ouvert à la discussion avec lui ou au moins, il ne le fuyait pas et c'était déjà pas mal.

C'était l'occasion pour lui d'essayer d'arranger les choses. Il n'allait pas laisser Rosier lui pourrir la tête.

-Regulus, tu joues au rebelle ! Qu'est-ce que tu fais en dehors de ton dortoir ? l'interrogea-t-il en arrivant à sa hauteur.

-Rien qui te regarde.

James continua de le fixer dans l'attente d'une réponse et Regulus soupira.

-Demande à Padfoot, lâcha-t-il finalement.

-Tu sais bien que je ne peux pas, rit James. Pourquoi es-tu là ? Si tu ne me réponds pas, je devrais considérer que tu n'as aucune raison légitime de te trouver en dehors de ton dortoir la nuit et t'enlever des points. Je devrais également le signaler à ton directeur de maison…

Regulus se mordilla les lèvres et cela amusa le Maraudeur. Cela ne lui plaisait pas mais il était Préfet et devait parfois agir comme tel, ne serait-ce que pour donner le change. Il croisa donc les bras et attendit la réponse du brun qui vint du bout des lèvres.

-Je me rends à l'allée des Embrumes…

Une sorte d'excitation monta instantanément chez James.

-Trop bien, je viens ! s'exclama-t-il.

-Qu-quoi ?! Mais tu ne sais même pas ce que je vais y faire !

-Un truc cool et dangereux, j'en suis sûr !

Regulus ne pouvait pas lui donner tort.

-Arrête de sourire comme ça, tu ne viens pas.

-Tu ne peux y aller seul, Mini-Black, on parle de l'allée des Embrumes !

Au moins, Potter se rendait compte de la dangerosité de la chose. Pendant un instant, le Serpentard avait pensé que le Gryffondor était complètement irresponsable et imprudent mais aujourd'hui, il avait la preuve que non. Potter ignorait juste sciemment le danger.

-Padfoot m'accompagne, tenta Regulus.

-Tant mieux, donc je peux venir aussi.

James le voyait sur le point de s'agacer, chercher un moyen de refuser. Il regardait parfois à côté de lui et l'esprit devait plaider sa cause. Cela énerva un peu James. Regulus faisait l'enfant alors que ce n'était pas le moment. Il était énervé contre lui et il pouvait le comprendre, mais concrètement, il ne lui avait rien fait. Il avait fait le choix de soutenir son meilleur ami car Sirius n'allait pas bien, c'était normal. La fameuse discussion, ce n'était pas à lui de l'avoir mais aux deux frères de s'expliquer. Parce qu'il était fâché, Regulus était prêt à se mettre en danger. C'était dangereux et irresponsable.

Au bout d'un moment, Regulus sembla enfin être venu à une solution.

-Je préfère encore y aller avec Sirius qu'avec toi.

-Ah bon ? Je pensais que tu étais brouillé avec ton frère ? s'étonna le lion. Encore plus qu'avec moi en tout cas.

-Justement.

Potter grimaça et se passa une main dans les cheveux.

-Il dort, répondit-il.

-Si tu ne comptes pas me laisser sortir seul, vas le réveiller, j'irais avec lui, ordonna Regulus qui ne voulait pas en démordre.

-Tu es vraiment incroyable, s'agaça-t-il. Tu préfères y aller avec ton frère qui te laisse être accusé à sa place alors que dans mon cas, je n'ai fait que soutenir mon meilleur ami ?!

Regulus lui renvoya un regard noir et réduisit de deux pas la distance entre eux.

-Sirius est un imbécile, mais c'est mon frère. Toi, tu n'es rien pour moi.

James savait qu'il était possible que Regulus soit volontairement méchant pour qu'il le laisse partir seul, peut-être même pour le blesser. Qu'il ne devait probablement pas penser ce qu'il venait de dire. Cela n'en restait pas moins douloureux. Il n'eut ainsi pas le temps de lui répondre que l'expression de Regulus changea du tout au tout et il jeta un bref coup d'œil derrière lui.

-Des professeurs arrivent !

James claqua sa langue contre son palais et attrapa le poignet du plus jeune pour le mener à l'un des cachettes du château que Sirius et lui connaissaient. Regulus ne pensa pas à se plaindre, conscient que s'il se faisait prendre, il aurait de gros problèmes.

James n'hésita pas une seule seconde avant de déplacer légèrement dans un mouvement précis et coordonné un des grands tableaux de paysage du couloir. Il fit ensuite signe à Regulus d'entrer et à la surprise du Serpentard, rentra à sa suite. Ils étaient serrés et ne pouvaient pas vraiment bouger. Cet endroit était à la base fait pour une seule personne et ils se faisaient face mais ne pouvaient pas se regarder. James pouvait sentir la respiration du brun s'écraser sur son cou et ses cheveux caresser son visage.

Il aurait probablement dû le laisser et faire semblant de continuer sa route mais il craignait que Regulus aille vraiment seul dans l'allée des Embrumes. Il ne voulait pas prendre de risque.

Mais c'était dur. Alors qu'il se trouvait étroitement lié à Regulus, il pouvait sentir le cœur du Serpentard battre la chamade. Taper fort dans sa poitrine. L'immobilité du plus jeune le rendait encore plus perceptible et James avait l'impression que son propre cœur faisait une course folle. Il n'avait jamais autant eu conscience de la présence du Serpentard. Son corps de sportif svelte et ferme à la fois. Son odeur ambrée qui laissait sur sa langue un gout sucré et chaud à chaque fois qu'il ouvrait la bouche pour prendre une inspiration. C'était une odeur que James aimait beaucoup. C'était sensuel et plein d'émotion.

Les mots de Rosier lui revinrent alors à l'esprit et c'était vraiment le pire moment.

« Deux mecs ensemble, ça ne peut pas marcher. »

Il pensa à Sirius et à sa détresse face à ses sentiments. Lui-même se sentait fébrile et complètement perdu. Il ne comprenait pas d'où lui venait ce trouble. Lily et lui, ça ne remontait pas à si loin, il ne pouvait pas déjà être passé à autre chose. Pour un garçon dont il s'était à peine soucié avant les vacances d'été en plus ! Mais Regulus faisait naitre tout un tas de sentiments et d'émotions chez lui. Il le troublait et James n'était pas sûr que cela lui plaise.

A cet instant, il comprenait ce que Sirius avait pu vivre face à la compréhension de ses sentiments pour Remus. Lui-même n'était pas vraiment amoureux de Regulus, mais l'intérêt, le désir léger et la forte affection qu'il ressentait mettaient son monde et sa réflexion en vrac. C'était comme si soudainement, il découvrait que quelque chose n'allait pas dans sa vie si bien rangée, si belle et fun. Un truc étrange dont il avait du mal à s'accommoder mais qu'il ne pouvait pas ignorer, ni s'en débarrasser.

C'était compliqué et effrayant. Ce n'était pas seulement ses sentiments qu'il fallait assimiler, mais la manière dont il devait vivre avec ce nouveau truc. Et comme si ce n'était pas assez dur comme ça, il fallait aussi gérer les autres et surtout cette fameuse personne qui lui faisait réaliser qu'avant elle, son monde n'était pas dans le bon sens. Ne pas se détester, ne pas le ou la détester, et surtout ne pas paniquer parce que tout allait bien.

Le cœur de Regulus continuait de jouer un véritable concerto à ses oreilles et James se sentit fragile. Il pensa à Lily, à quel point il l'avait aimée, à quel point il l'aimait encore et c'était ça le plus étrange. Il ne comprenait pas comment Regulus pouvait le perturber alors qu'il aimait toujours Lily comme un fou. Il se pencha pour tourner la tête et son nez frôla la nuque de Regulus. Son odeur l'envahit et il eut l'impression d'avoir la bouche sèche alors qu'il devinait cette peau pâle tout près de lui. Regulus tourna également la tête vers lui, sûrement pour lui dire de reculer, mais quand leurs regards se croisèrent dans le noir, aucun d'eux ne put dire quoi que ce soit. Le Serpentard détourna très vite les yeux et fixa le mur comme si sa vie en dépendait.

Des bruits de pas se firent alors entendre et James en fut véritablement soulagé. Une petite partie en lui espérait même qu'ils soient surpris pour pouvoir se séparer. Mais les professeurs passèrent à côté d'eux, ralentissant deux mètres plus loin pour finir par s'arrêter.

Il distingua ensuite une discussion entre Dumbledore et sa directrice de maison.

-Je ne comprends pas, Albus, fit Minerva. Vous voulez que j'accompagne le groupe d'élèves et Tom Jedusor pour la visite à Azkaban ?

Il y eut un silence pendant lequel James supposa que Dumbledore lui répondait.

-Ce n'était pas ce qui était prévu. Pourquoi avoir changé d'avis ? Vous pensez que le psychomage ne sera pas capable d'encadrer les élèves ?

-C'est possible. J'ai encore reçu des lettres de parents ne comprenant pas cette démarche. Je pense que renforcer la sécurité est primordiale. Y ajouter des professeurs donnera un côté plus pédagogique et moins sensationnel à cette sortie. Tom Jedusor est psychomage et non enseignant. Il n'a pas les codes pour encadrer des élèves. Acceptez, Minerva, cela m'enlèverait une épine du pied.

-Bien sûr, Albus, fit la professeure.

-Merci, ma chère. J'essaierai de convaincre encore quelques autres professeurs, ajouta-t-il.

-Albus, fit son amie. Est-ce que tout va bien ? Vous semblez perturbé ces derniers temps.

Il y eut un autre silence et James tendit l'oreille pour entendre la réponse.

-Quelque chose vous inquiète, n'est-ce pas ?

-Ce n'est rien de grave.

Ils s'éloignèrent mais James ignorait si la conversation au sujet de la sortie à Azkaban était finie. Les propos de McGonagal le préoccupaient. Il se demandait si quelque chose inquiétait réellement le directeur de Poudlard. Peut-être même que ça avait à voir avec Azkaban ou les parents qui émettaient de sérieux doutes sur la nécessité d'un tel évènement ?

Regulus bougea et James se rappela de l'endroit où ils se trouvaient.

-Padfoot dit que la voie est libre.

James acquiesça et sortit lentement de la cachette. Regulus ne se fit pas prier pour le rejoindre.

xXx

-Attends-moi là, je vais récupérer des trucs dans ma chambre et j'arrive. Et ne t'avise pas de me faire faux bond, je sais où tu vas de toute façon.

James s'éloigna sans même vérifier que Regulus faisait bien ce qui lui demandait et ce dernier le regarda s'éloigner, à la fois soulagé et perturbé. Il avait eu l'impression que ce qu'il s'était passé derrière cette cachette avait été étrange. Par exemple, il était plus que certain que James avait entendu son cœur tambouriner à n'en plus finir. La proximité avec le Préfet l'avait tant troublé qu'il avait eu la sensation étrange que son cœur aurait pu exploser. Il se sentait bête à présent. Bien sûr que James n'avait rien trouvé d'étrange dans cette situation. Regulus était celui qui l'aimait à en souffrir.

Il soupira et regarda Padfoot en espérant qu'il lui dise quoi faire. Devait-il partir ou l'attendre ?

-S'il retourne dans son dortoir, il pourrait réveiller Sirius, réalisa-t-il.

Il ronchonna alors devant le sourire de Padfoot.

-C'était horrible, lâcha-t-il parce que ce qu'il s'était passé le perturbait trop.

Regarder James dans les yeux serait malaisant à présent.

-Mais non, souffla l'esprit.

-Pourquoi je n'arrive pas à rester loin de lui ?

-Si tu n'y arrives pas, tu pourrais essayer d'être son ami. James a vraiment envie d'être proche de toi.

-Ce n'est pas ce dont j'ai envie, grogna Regulus.

-Oui, je comprends, admit Padfoot. Mais, Regulus, tes sentiments finiront par s'estomper, ne t'inquiète pas. Et à ce moment-là, tu seras heureux d'au moins être son ami. L'amitié est toujours quelque chose qui reste.

Regulus comprenait ce que voulait dire l'esprit. Néanmoins, ce qui était vrai pour son frère ne l'était pas forcément pour lui. Finalement, il décida de ne pas attendre Potter : il avait l'impression de s'être en quelque sorte ridiculisé plus tôt et parce qu'il avait honte, il ne souhaitait pas lui faire de nouveau face.

Il s'éloigna donc et Padfoot le suivit après quelques protestations.

-Je viens de me souvenir d'un truc qui pourrait nous être utile, se rappela soudain Regulus. Dans la famille, il y un bijou particulier empli de magie qui aurait apparemment le pouvoir de rendre tout facile et réalisable.

- Tu penses que ça pourrait nous être utile ?

Regulus acquiesça.

-Avec ça, tu pourrais communiquer avec d'autres personnes que moi. Si ce qu'on dit dessus est vrai.

Regulus vit l'espoir naitre chez son ami à cette idée et sourit.

-Il a disparu il y a longtemps et mes parents pensent qu'il est dans la boutique de Barjow et Beurk. Espérons qu'ils ont raison.

Padfoot était du même avis et Regulus gagna finalement l'extérieur du château. Il fut alors stupéfait de tomber sur James.

-Je savais que tu partirais. Comme quoi, j'ai eu raison de venir t'attendre ici. Tu en as mis du temps d'ailleurs.

James était doté de sa cape d'invisibilité et d'un petit sac contenant probablement le nécessaire à tout expédition dangereuse.

-Quel est le plan ? demanda le 7ème année.

-Je pensais y aller en volant, marmonna Regulus qui commença à marcher jusqu'à la réserve où était rangé son balai.

-Je peux nous faire transplaner si on s'éloigne assez de Poudlard.

-Ce ne sera pas nécessaire.

Il s'attendait à ce que James le contredise mais il n'en fit rien. Etonnamment, le Gryffondor se contenta de le suivre en silence. Regulus aurait pourtant préféré qu'il dise quelque chose, qu'il se plaigne ou qu'il fasse une énième blague débile. Le silence le rendait nerveux.

Il enfourcha son balai sans que James n'ait encore dit un mot mais quand celui-ci monta derrière lui, ce fut lui qui ne put plus se taire.

-Que fais-tu ?!

-Je monte avec toi, répondit James, étonné que Regulus ne comprenne pas quelque chose d'aussi simple.

-P-pourquoi ne prends-tu pas ton propre balai ?!

-Pour que tu me fasses encore faux bond ? Je sais que je t'insupporte, mais tu vas bien pouvoir me supporter une heure, non ?

La voix de James claqua assez durement et Regulus ne se sentit pas de répliquer.

La situation était vraiment insupportable et James faisait tout pour le lui faire sentir. Il décolla néanmoins et pria pour que tout se termine vite. James semblait vraiment énervé, voire blessé par son comportement, mais Regulus estimait avoir plus de raison d'être en colère. Cependant, il n'allait pas démarrer un débat ici, ce serait inutile.

Se concentrer sur le vol fut bénéfique au Serpentard et lorsqu'ils arrivèrent à destination,

il fut un tantinet impressionné par l'endroit, tout comme James. La nuit lui donnait quelque chose de plus lugubre encore et de fascinant à la fois. Les gens les regardaient et dans la nuit, ils n'avaient l'air que de deux jeunes sorciers lambda avec leur capes noires. Mais cela ne durerait pas. Regulus Black et James Potter n'étaient des inconnus pour personne. Si quelqu'un avait la mauvaise idée de les regarder plus de quelques secondes, cela leur sauterait aux yeux. Les deux élèves de Poudlard auraient alors bien du mal à se déplacer et à faire ce pour quoi ils étaient venus.

Regulus avait fait en sorte d'atterrir dans une ruelle. Il venait de demander à Padfoot d'aller s'assurer qu'il pouvait sortir sans crainte et James et lui restèrent quelques instants dans les ténèbres, réfléchissant à ce qu'ils allaient faire. Regulus était impressionné d'être là. Il n'était pas tout à fait rassuré non plus. Il savait que s'il n'avait pas rencontré Padfoot, il n'aurait jamais fait un truc aussi fou.

Il prit d'ailleurs conscience à ce moment-là que l'esprit avait vraiment une très grande influence sur lui. Il ne savait pas si c'était mauvais ou non mais ce qui était certain, c'était que Black ne lui voulait que du bien et était son allié. Il était toujours présent pour lui, bien plus que le frère qu'il avait dans sa propre réalité.

-Vous pouvez y allez, leur dit Padfoot.

-Très bien, allons chez Barjow et Beurk.

-Très bien.

-Eh bien, allons-y, se contenta de dire James.

Regulus n'arrivait pas à savoir s'il était plein d'entrain ou non.

James sortit sa cape d'invisibilité et les recouvrit avec. Ils marchèrent ainsi lentement jusqu'au magasin dont James ouvrit la porte. Regulus resta collé à son dos et retint sa respiration lorsque Beurk approcha de l'entrée pour voir qui était le client qui venait d'entrer dans la boutique. Ils s'éloignèrent ensuite du sorcier anxieux et Regulus tira sur la manche droite du plus vieux pour lui dire où aller. Après une minute, il fit signe à James de s'arrêter devant un étal de bijoux. Il fixa alors son regard sur ceux du bas, lisant les inscriptions. James quant à lui continuait d'observer l'un des deux propriétaires du magasin, attentif.

Regulus se concentra sur les bijoux. Plus jeune, Orion avait parlé à son plus jeune fils des artefacts de la famille Black. C'était un objet qui avait attrait à la magie noire, comme la plupart des choses appartenant aux Black. Sirius ne devait pas en connaitre l'existence car ces choses-là ne l'intéressaient pas à l'époque et ça n'avait pas tellement changé aujourd'hui.

Beurk avait des liens avec la famille Black sans en faire vraiment partie. On pouvait néanmoins considérer qu'il y appartenait d'une certaine manière. Regulus n'avait jamais cherché son nom sur la tapisserie familiale car ses parents pourtant adeptes de la magie noire ne portaient pas la boutique dans leur cœur. Regulus était certain qu'il devait y avoir des choses appartenant à sa famille ici, ses parents eux-mêmes en étaient persuadés.

Il sourit en repérant ce qu'il était venu chercher : un bracelet doré soufflé par le feu ardent d'un dragon. Son père lui avait dit que le bijou avait été trempé dans une larme de licorne et fabriqué par le même gobelin qui avait créé les plus puissants artefacts magiques. Regulus ne voulait pas savoir si c'était vrai ou non. Ce qu'il désirait, c'était savoir s'il marchait.

Le bracelet était doré. Il possédait un fermoir en fer et comportait en signature une formule magique. Une pierre précieuse émeraude représentait le cœur. Le bracelet permettait d'entendre toute voix, même celle qui ne pouvait se manifestait et guidait les puissants sorciers vers la réussite et le pouvoir, par le même biais de cette voix. Regulus pensait que peut-être, grâce à ce bracelet, James et Sirius pourraient communiquer avec Padfoot. Si l'esprit les accompagnait à Azkaban, le jeune Serpentard était persuadé que tout se passerait bien. Ça lui éviterait ainsi de se mettre dans une situation compliquée et aussi de se donner du mal pour pas grand-chose. Rien n'indiquait qu'il se passerait quelque chose dans la prison magique après tout. Ça le rassurerait lui, mais Padfoot encore plus.

-Il me faut ça, murmura Regulus à l'oreille de James.

Le plus jeune montra à l'attrapeur le bijou en question et James lut les indications sur l'étiquette. Après un dernier coup d'œil à Beurk, il essaya ensuite de s'en saisir. Malheureusement, il ressentit aussitôt une vive douleur aux doigts, une sensation horrible de brûlure qui attira bien entendu l'attention du propriétaire. Comme tout ce qui était vendu ici, le bijou était sous protection et peu importait son utilité, sa magie douteuse pouvait être dangereuse.

Padfoot apparut aussitôt à leurs côtés, inquiet, et jeta un coup d'œil vers la porte. Beurk approchait et il fallait qu'ils partent mais Regulus ne voulait pas être venu ici pour rien. Il essaya alors à son tour d'attraper le bijou en espérant que les histoires que lui avait raconté son père soit vraies. Comme quoi les éléments et les objets magiques ayant appartenu à sa famille avaient le pouvoir de reconnaitre les héritiers Black. Il souffla ensuite de soulagement lorsqu'il put saisir sans difficulté l'objet.

James balança immédiatement un petit sac rempli de morilles sur l'étagère, attrapa Regulus par la taille et transplana dans la ruelle où ils avaient atterri plus tôt avant que beurk ne soit parvenu jusqu'à eux.

Regulus sortit alors de sous la cape, étouffant à cause de la chaleur. La différence de température le fit soupirer un instant avant qu'il ne regarde le bijou en souriant.

-Mission réussie ! s'amusa James. Même si j'ai failli y laisser mes doigts...

-Désolé, j'aurais dû penser que le bracelet te rejetterait.

-Pas grave. Qu'est-ce que tu comptes faire de ça ?

-Ce n'est pas pour moi. Enfin, pas dans l'immédiat.

James haussa un sourcil, surpris. Il avait pris beaucoup de risques et au final, il apprenait que ce n'était même pas pour le cadet des Black.

-C'est pour Sirius et toi.

-Ah bon ?

-Padfoot pense qu'il se passera peut-être quelque chose lors de la sortie scolaire. Je ne peux pas venir malheureusement mais vous, vous y allez déjà. Avec ce bracelet, vous pourrez communiquer avec lui, j'en suis certain. Il vous avertira si jamais il y a un danger.

-Tu es sûr de toi ?

-Oui. Padfoot est mon gardien et il prendra soin de vous aussi.

Regulus passa le bijou à son poignet pour ne pas le perdre et sortit son balai de sa poche pour lui redonner sa taille réelle. Il l'enfourcha ensuite et invita James à monter derrière lui, ce que fit le sorcier sans se faire prier.

Alors qu'ils volaient au-dessus de la ville, Regulus repensa aux mots de Black. Même si ça l'avait rendu nerveux, il ne pouvait nier qu'il avait été excité par la situation. Il se sentait d'autant plus incroyable qu'il avait réussi. Bien sûr, il avait eu un peu peur. Il avait 16 ans et n'était pas habitué à se mettre dans de telles situations. Mais avoir Padfoot et James avec lui l'avait convaincu que tout irait bien.

Il était content d'avoir eu raison.


Prochain chapitre - Azkaban, forteresse impénétrable - 29/09