Cadela : Coucou, quel joli nom ! C'est géniale si j'ai pu te faire découvrir ce couple. Entre nous, il sort de nulle part, mais franchement, si on réfléchit bien, ça pourrait marcher ! Comme toi j'ai découvert ce couple en lisant un OS que je n'arrive pas à retrouver depuis et j'ai eu envie d'en lire d'autre. Bah c'est vrai que c'est pas la joie et ça peut être décevant quand une histoire à laquelle on est attaché, ne se termine pas comme on le voudrait. Les UA donne plus de liberté en cela. Don't worry, cette histoire se termine bien, après je ne certifie pas que ça ne se fera pas dans la douleur ! ^^' Padfoot fait effectivement le parallèle entre l'histoire originel et celle alternatif de l'histoire. Il n'est pas forcément très apprécié au vu des derniers chapitres, je me demande ce que tu penses de lui.

Merci pour ton commentaire, agréable à lire.

Bonne lecture à tous !


Chapitre 25 :

Leçons apprises

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Daily Prophet

La débâcle par Harry Hinston

Ce jeudi précédent, un groupe d'élèves de la célèbre école de magie Poudlard, toujours dirigée par le célèbre sorcier Albus Dumbledore, était en visite à la prison d'Azkaban. Le groupe composé d'une vingtaine de personnes, tous âgés d'au moins 17 ans, a pu pénétrer dans le bâtiment historique. Ce privilège très rare leur a été accordé pour voir l'intérieur de cette forteresse impénétrable.

Tous imaginent en secret à quoi ressemble ce célèbre monument : comment y est la vie et dans quel état se trouvent les prisonniers ? Des élèves de Poudlard ont donc pu réaliser ce fantasme morbide et inquiétant. Était-ce réellement de la chance ? Sont-ils vraiment enviés ?

Probablement pas au vu des évènements tragiques qui se sont déroulés. Cette sortie scolaire était une demande du directeur de Poudlard ainsi que d'une partie du corps enseignant de l'école de magie. Cette initiative a d'ailleurs était vivement encouragée par le Ministre de la magie, actuellement en campagne pour un autre mandat.

En apprenant la nouvelle de l'attaque que ces élèves ont subie, notre rédaction s'est immédiatement interrogée : quel était le but de cette visite ? Pourquoi emmener des élèves voir des criminels ? Cette entreprise était forcément dangereuse. Aucune protection n'avait donc été prise ?

Dans la tourmente depuis cet incident, le Ministre de Magie n'a pas encore fait de déclaration. Son chargé de communication nous a simplement affirmé que le Ministre pensait avec émotion aux victimes et que la sécurité de la prison allait être renforcée. Des paroles soigneusement préparées mais qui manquent de sincérité. Quelles leçons en tirer ? Le gouvernement pense probablement à augmenter le nombre de Détraqueurs. Mais cela va-t-il arranger quoi que ce soit ? Nous rappelons que la majorité des foyers anglais ne sont pas favorables à l'utilisation des Détraqueurs.

Nous vous informons également que le Ministre de la magie passe sous la barre des 40% d'opinion favorable.

Quant à Dumbledore, il s'est excusé de son manque de clairvoyance. Il explique son mauvais choix par l'envie de faire plaisir à ses élèves, au savoir qui pouvait leur être transmis. Des précautions importantes avaient été prises mais qui n'ont malheureusement pas suffis. Des paroles bien sages.

En enquêtant un peu plus, votre journaliste Harry Hinston a pu découvrir plus en détails ce qui s'est passé exactement dans la prison d'Azkaban. Une personne extérieure serait à l'origine de ce fiasco. Par un moyen encore inconnu, elle aurait réussi à libérer un prisonnier. D'autres auraient suivi, alors que d'autres encore auraient réussi à s'extraire seuls de leur cellule. Comment expliquer une telle aberration ? Les restrictions magiques auraient apparemment été diminuées d'intensité pour permettre aux élèves d'évoluer dans la prison.

Nous ignorons encore l'identité de la personne en question, ni même comment des prisonniers auraient pu se libérer seuls. Mais nous pouvons d'ores et déjà vous communiquer l'identité des évadés.

Fenrir Greyback, Dorian McKinnon et Anthonin Dolohov. Tels sont les noms des fugitifs.

Le bilan aurait pu être bien plus lourd sans la perspicacité d'un des élèves de Poudlard. James Potter, en communication constante avec son ami Sirius Black, a en effet pu prévenir très vite l'adulte référent de son groupe de ce qu'il se passait. Comment a-t-il pu réaliser cet exploit ? Eh bien, il semble que les deux amis soient plutôt doués dans la conception et la réalisation de plans et de gadgets. Cette fois-ci, ils avaient mis en place un moyen de communication permanent, et ce même dans la prison magique.

Informée de ce qu'il se passait, la professeure Minerva McGonagall a pu mettre les élèves en sécurité et se débarrasser très vite de plusieurs prisonniers. L'alerte ayant été donnée au préalable, les Aurors ont pu intervenir et arrêter ceux qui semaient encore la zizanie.

Des blessés parmi les gardiens sont à déplorer mais les dégâts sont mimines ainsi que quelques élèves secoués. L'enquête pour retrouver les fugitifs a déjà commencé et elle risque d'être longue. Nous ne pouvons qu'inviter nos chers concitoyens à se montrer très prudents.

xXx

La politique n'intéressait pas vraiment Remus Lupin ainsi que ses parents. Eux, ce qu'ils voulaient, c'était la sécurité de leur fils. Mais avec le loup-garou dehors, c'était compliqué d'être serein. Lyall Lupin n'avait ainsi pas eu de mal à obtenir une protection pour sa famille étant donné les griefs qu'il entretenait avec Fenrir Greyback. Le loup-garou reviendrait forcément pour eux, il en était persuadé.

Le père de famille n'avait cependant pas encore eu le temps d'annoncer à sa famille cette demande de protection. Sa femme, Espérance, était moldue et jonglait encore avec les particularités du monde de son époux et de son fils. En lui expliquant bien, Lyall était persuadé de ne pas avoir de mal à la convaincre de se faire escorter d'un Auror pour toutes ses sorties.

Pour Remus par contre…

Son fils n'était pas un adolescent turbulent et encore moins rebelle, mais il n'aimait pas qu'on envahisse sa vie ni son espace personnel. Il était discret, parfois presque secret, et particulièrement doux. Ce serait un peu compliqué pour lui de devoir avoir affaire à un Auror, se plier aux exigences. Remus était un adolescent de 17 ans et Lyall s'en voulait de mettre tant d'inquiétude sur les épaules de son fils. Si seulement il avait fait attention et n'avait pas dit toutes ces âneries ! Il avait été un jeune homme malheureusement plein de préjugés. Avec son travail, il côtoyait et traquait pas mal de créatures magiques et il s'était contenté d'appliquer ce qu'il avait appris à l'école puis en formation sans voir au-delà de ce qu'on voulait tous leur faire croire.

Et si aujourd'hui le père de famille pensait toujours que les loups-garous étaient dangereux, il avait changé tout le reste de son discours. Oublié le « ce sont des créatures dépourvues d'âmes, diaboliques, ne méritant que la mort ». Lyall savait que si les loups-garous étaient des créatures magiques féroces, ils n'étaient pas que cela. Cette partie là ne se manifestait qu'une nuit par mois et il fallait justement veiller sur ceux qui avaient été transformés pour éviter qu'ils deviennent diaboliques.

Fenrir Greyback avait réussi à faire évoluer son jugement sur ses créatures. Son fils aurait pu devenir l'un d'eux et jamais il n'aurait pu le considérer comme un monstre. Il était facile de juger lorsqu'on ne connaissait pas la situation de l'autre, ce qu'il vivait. Avant cela, le père de famille se contentait de faire son travail, persuadé de faire les bonnes choses. A présent il avait apprit à traiter les choses de manière plus humaine.

Le loup-garou avait réussi à lui ouvrir les yeux, mais le criminel ne semblait pas vouloir s'arrêter là. Sa cause n'avait rien de noble malheureusement, simplement à un croisade barbare. Pour rien au monde Lyall ne le laisserait toucher à sa famille. La logique aurait voulu que Greyback vienne le trouver pour qu'ils règlent leurs comptes, mais l'homme était trop vil pour vouloir l'affronter de manière loyale.

Peu importe, le père de famille ne le laisserait pas faire.

Enfin, si ça famille voulait bien le laisser gérer…

A cet instant, Remus apparut dans la cuisine.

-Bonjour, mon garçon.

La mère du Poufsouffle déposa un baiser sur la joue de son fils qui lui sourit en retour. Remus était heureux de revoir ses parents. C'était le deuxième jour de la semaine de vacances de février, le dimanche, et il se sentait tout drôle. Il était revenu samedi après-midi chez lui après avoir passé plusieurs heures à l'hôpital suite aux évènements d'Azkaban, puis une autre éternité dans le bureau des Aurors à répondre à tout un tas de questions. Comme beaucoup d'autres élèves, mais lui encore plus que les autres. Les Aurors jugeaient en effet que sa personne, et sa famille de manière plus globale, était en danger depuis que Greyback s'était enfui.

Remus avait été si heureux de cette sortie. A présent, il ne pouvait la qualifier autrement que de cauchemar. Heureusement, il n'y avait pas eu de morts. Des blessés légers et pratiquement rien chez les élèves. Le groupe de Sirius qui avait assisté en direct à la grande évasion d'un détenu avait été le seul touché. James avait vraiment bien géré en informant discrètement la professeure de métamorphose. En procédant ainsi, il avait évité aux élèves de créer un mouvement de panique et à certains de mal réagir. McGonagall avait fait le choix de le croire – car cela aurait tout aussi bien pu être une blague du Maraudeur – et avait changé la suite de la visite sans les en informer pour les mettre en sécurité. Aidés des gardiens d'Azkaban, les professeurs avaient ensuite pu neutraliser quelques prisonniers et en ralentir d'autres jusqu'à la venue des Aurors.

Remus était heureux qu'aucun de ses camarades n'aient eu de graves séquelles : ça aurait pu mal finir pour tout le monde. Une enquête était toujours en cours pour tenter de comprendre comment des prisonniers avaient pu réussir à s'échapper. Remus n'avait pas encore écouté les infos car ça n'avait pas tellement été sa priorité mais son père disait que le chef de la prison avait été limogé et que le Ministre de la Magie était dans la tourmente.

Cette semaine de vacances tombait donc bien : il allait profiter de sa famille avant de retourner à Poudlard. Après ce qui s'était passé, d'abord avec Sirius puis à Azkaban, pouvoir s'éloigner était tout ce dont il avait besoin.

Remus salua également son père, heureux de ne pas l'avoir manqué car il partait toujours assez tôt au Ministère.

-Qu'est-ce que tu as prévu de faire aujourd'hui ? lui demanda justement son père.

-Rien de particulier. Isabel doit passer tout à l'heure, on va garder Percy ensemble.

Espérance sourit, fier de son fils. Remus n'hésitait pas à dépanner la famille Weasley quand ceux-ci avaient besoin de quelqu'un pour garder un de leurs enfants. Bill, l'ainé, était déjà âgé de 7 ans et Charlie allait avoir 6 ans en fin d'année. Percy n'avait pas encore 2 ans et avait besoin de beaucoup d'attention. Malheureusement pour la pauvre Molly, enceinte de déjà 7 mois, il était compliqué pour elle d'être présente à 100% pour ses trois enfants. De plus, elle avait appris il y a quelques semaines qu'elle n'attendait pas un mais deux enfants - son ventre était bien trop gros pour qu'il ne s'agisse que d'un seul bébé. Elle s'en était doutée, mais elle qui avait été si certaine d'attendre une fille, avait eu la désillusion d'apprendre qu'elle était encore enceinte de garçons…

Ça n'avait pas été facile car Molly voulait vraiment une fille. Elle voulait une petite princesse qu'elle pourrait chouchouter et avec qui elle partagerait plein de moments privilégiés plus tard.

Espérance lui avait remonté le moral, lui disant qu'elle l'aurait juste plus tard. Molly s'était alors reprise. Peu importe que ses bébés soient deux garçons, elle devait être là pour eux, comme pour tous ses enfants.

Savoir que son amie allait bientôt devenir mère une fois de plus donnait envie à la mère de Remus d'avoir un autre enfant. Lyall et elle n'avaient pas essayé depuis la fausse couche qu'elle avait faite quand Remus était entré à Poudlard. Cet évènement les avait bouleversé tous les deux et ils n'en avaient jamais parlé à leur fils. Ils n'en avaient pas reparlé tout court en fait, mais Espérance avait envie d'essayer, d'être mère une fois de plus. Mais elle n'était plus toute jeune. N'était-il pas trop tard ?

-Tu as de la chance, il est heureusement plus calme que Bill et Charlie, sourit Lyall.

-C'est vrai. De toute façon, je ne m'inquiète pas trop. Je suis sûr que Percy va dormir une partie de l'après-midi. Et puis, en cas de pépin, je peux toujours utiliser ma baguette.

Remus fit un mouvement avec, faisant rire son père. Sa mère quant à elle fronça les sourcils mais ne put empêcher un nouveau sourire de venir fleurir sur ses lèvres. Ce que son fils appelait « pépin » était bien entendu les souillures sur les couches du petit garçon. Espérance n'était pas pour utiliser la magie à tout bout de champ. Se servir de la magie pour débarrasser la table ou faire la vaisselle n'était pas un moyen de se faciliter la vie, mais bien de la fainéantise. Elle aimait faire les choses par elle-même. Lyall trouvait ça adorable et Remus essayait de prendre exemple sur sa mère mais des fois, la magie restait quand même bien pratique !

La petite famille discutait encore et il était bientôt temps pour Lyall d'aller au Ministère et pour Espérance de prendre son poste chez le fleuriste pour lequel elle travaillait lorsqu'on sonna à la porte. La famille marqua un silence.

-Qui est-ce ? Ce n'est pas déjà Isabel, il est encore tôt, constata la mère de famille.

-Ce n'est pas Isabel, répondit son époux.

Lyall se racla la gorge et alla ouvrir.

Il savait de qui il s'agissait et il regrettait de ne pas avoir eu le temps d'annoncer la nouvelle à sa famille. Mais peut-être qu'il avait trainé exprès pour ne pas avoir à le faire…

Remus et sa mère furent ainsi surpris de voir entrer dans leur cuisine deux Aurors. Mme Lupin se montra assez inquiète alors que Remus était plutôt impressionné. Il s'agissait d'Alastor Maugrey ! Le jeune Auror n'avait que quelques années de plus que Remus et était très prometteur de ce qu'on disait, même s'il avait aussi plutôt mauvais caractère. Le Poufsouffle ne connaissait le deuxième homme que de nom. Savage, un Auror expérimenté chargé habituellement de la formation des jeunes Aurors.

-Bonjour. Je suis désolée, mon mari ne m'avait pas prévenue que nous aurions de la visite mais laissez moi vous offrir à boire.

-Ce ne sera pas la peine, ma chérie, l'arrêta Lyall. En plus, si on reste plus longtemps, on va finir par se mettre en retard.

-Je ne suis pas sûre de comprendre…

Lyall entreprit alors d'expliquer la situation : l'agent Savage accompagnerait sa femme au travail tandis que le jeune Auror resterait avec le Poufsouffle. Il leur expliqua que c'était pour le mieux et qu'ils en reparleraient plus tard. Mis devant le fait accompli, le reste de la famille n'eut pas tellement le choix que de faire avec.

Savage se montra poli et courtois avec Esperance qui était un peu déboussolée et Lyall quitta la maison après un hochement de tête en direction de son fils. Remus resta donc seul avec l'Auror qui le contemplait de ses yeux sombres. Remus eut du mal à ne pas s'attarder sur les nombreuses cicatrices de l'homme : il avait envie de l'interroger sur le sujet mais il savait que ça ne se faisait pas.

-Alors, commença Maugrey d'une voix basse. Quel est le programme du jour ?

-Je… Rien de spécial. Je vois une amie et je garde le dernier fils des Weasley.

-Merveilleux, marmonna l'agent.

Remus savait qu'il était sarcastique.

A 10h, Isabel sonna chez lui et fut surprise de ne pas voir son ami seul. La Poufsouffle était encore plus impressionnée que son ami par l'adulte. Elle lui trouvait aussi quelque chose d'assez séduisant et les cicatrices la rendaient curieuse.

-Isabel et moi allons monter dans ma chambre, l'informa Remus. Vous êtes sûr que vous ne voulez pas vous asseoir ?

En effet, Maugrey était resté debout depuis son arrivée et ne semblait pas vouloir quitter son poste. Il jetait des coups d'œil partout et tenait sa baguette comme s'il se préparait à devoir l'utiliser à tout moment.

-Négatif, répondit simplement l'Auror.

Remus haussa les épaules et invita son amie à le suivre. Ils montèrent dans la chambre du blaireau et s'allongèrent sur le lit. Isabel et lui parlèrent alors de ce qui s'était passé à Azkaban, de ce qu'ils avaient ressenti. C'était plus facile de se confier à quelqu'un qui savait ce qu'on avait vécu qu'à quelqu'un extérieur qui ignorait ce que cela faisait et à qui il fallait tout expliquer.

-Tu sais, à la fin, quand on a tous été pris en charge par des médicomages, Sirius semblait très inquiet pour toi, fit soudain Isabel.

-Oh. Oui, peut-être. On a tous eu très peur. J'avoue que j'étais aussi soulagé que personne n'ait rien eu de grave.

Son amie soupira et se mit de profil sur le lit. Remus fit pareil et ils se firent alors face.

-Je veux dire, il était inquiet pour tout le monde, surtout pour Potter, mais toi, c'était différent. Son regard… Je ne sais pas comment dire, c'est juste que je ne m'attendais pas à ça, surtout que ça faisait bien deux semaines que vous ne vous parliez plus.

-On était amis. Je pense que là-dessus au moins, il était sincère.

Remus ne savait pas quoi penser de ce que lui disait son amie. Ce jour là, il n'avait pas vraiment fait attention au Gryffondor, mais peut-être aurait-il dû. Il se demandait s'il ne manquait pas à Sirius. Il l'espérait tout en s'en voulant. A quoi bon espérer ? Il était passé à autre chose. Enfin, c'était en cours mais ça n'allait pas tarder.

-Tu sais, je repense parfois à la nuit où Sirius et moi avons…

Isabel ne termina pas sa phrase, mal à l'aise, et Remus le ressentit de la même façon. Savoir qu'ils avaient tous les deux couchés avec le même garçon était étrange.

-Je l'ai croisé près de notre salle commune, je crois qu'il venait te voir.

-Tu es trop gentille, Isabel. Ne lui cherche pas d'excuse, s'il te plait. Ca ne m'aide pas à le détester.

-Oui, je sais bien.

La jeune fille passa une main dans ses cheveux. Elle cherchait comment aborder la suite de la conversation. Ce ne serait pas facile mais elle ne voulait pas déjà abandonner. Isabel savait qu'en quelque sorte, si elle insistait trop, Remus pourrait s'énerver et cela pourrait rouvrir la blessure à peine cicatrisée que lui avait infligée le Gryffondor. De plus, vu ce qu'il s'était passé avec Sirius, elle n'était probablement pas la mieux placée pour lui parler de ce que Remus avait vécu avec lui et des sentiments qu'ils avaient l'un pour l'autre.

Mais comme elle l'avait certifié à James, elle trouvait dommage que les choses se terminent ainsi. Elle se sentait aussi incroyablement fautive. Et puis, malgré les dires de Peter, Isabel en était convaincue : Sirius aimait Remus. Elle s'accrochait fermement à cette idée pour avoir la force de continuer, ce qui l'aidait également à se persuader qu'elle faisait ce qu'il fallait. James serait un bon allié, mais elle devait faire sa part.

-Je me disais juste… Et si on se trompait sur lui ? Sirius a bien des défauts mais on n'a jamais essayé de discuter avec lui, d'avoir des explications. Pour ma part, je m'en passerai bien, mais toi, tu n'as pas envie de savoir pourquoi il a fait ça ni même si votre histoire a compté pour lui ?

-Sirius a eu des jours pour me parler, il ne l'a jamais fait, souffla le Poufsouffle.

-Dis-toi qu'il a sûrement manqué de courage. Je sais que c'est difficile à croire mais c'est justement le moment de montrer que les blaireaux en ont eux aussi à revendre ! lui fit-elle remarquer dans un rire.

Remus fronça les sourcils et observa son amie. Il avait du mal à partager sa bonne humeur et encore moins son espoir. Remus ne se faisait plus d'illusions. Il avait dû se faire une raison au sujet de Sirius et avait – en théorie – définitivement tourné la page le soir où il l'avait surpris avec sa meilleure amie. Il en avait d'ailleurs brièvement parlé avec elle et il avait pensé qu'elle comprenait son choix. Pourquoi essayait-elle de nouveau de défendre le Gryffondor ?

C'était étrange.

-Je sais que tu penses probablement devoir te rattraper et qu-

-Non. Enfin, Remus, tu ne veux vraiment pas savoir ?

-Dans ce cas, c'est ton côté romantique qui parle. On peut se tromper sur les gens et je me suis trompé sur Sirius Black. Je n'aurais pas dû lui faire confiance si vite. Encore en septembre, il me ridiculisait et s'amusait à mes dépends. Je me sens bête en y repensant. Personne ne change aussi vite…

-Remus…

-Isabel, la supplia-t-il soudain. Je ne veux vraiment plus parler de lui. Si tu es incapable de le faire, je préfère que tu t'en ailles. Je garderais Percy seul.

Le Poufsouffle se leva de son lit et se tint debout devant la porte, attendant de voir ce que ferait son amie. Il n'avait pas envie qu'elle parte mais son insistance l'énervait et après ce qui s'était passé à Azkaban et les jours difficiles qu'allait probablement traverser sa famille, il n'avait pas envie d'avoir d'autres combats à mener à côté.

Isabel se rassit sur le lit du châtain et esquissa un sourire contrit.

-Je reste, bien sûr.

xXx

Sirius s'essuya le front. Il n'aurait pas cru que transformer sa moto serait si épuisant. Mais il y était presque : elle volait déjà, il ne lui restait plus qu'à améliorer le style et la sécurité. S'improviser mécano quand on ne l'était pas n'était pas simple. Et comme les sorciers n'utilisaient pas vraiment de moyen de transport moldu, c'était normal qu'il n'y connaisse rien. Sirius était certain de faire sensation avec sa moto. Sous les conseils de Padfoot, il continuait d'avancer. Grâce à l'esprit, il avait pu avancer étonnamment vite. Ce dernier savait exactement ce qu'il voulait et devait faire. Ca lui procurait un gain de temps énorme.

Il avait d'ailleurs interrogé l'esprit à ce sujet et celui-ci avait pour une fois accepté de lui répondre. Dans son univers et de son vivant, il était celui qui avait bossé sur la moto. Il en avait parlé à Regulus et c'était comme ça que le plus jeune avait eu l'idée de lui faire un tel cadeau pour Noël.

Padfoot était bavard mais si on faisait attention, il était facile de comprendre qu'il n'en disait jamais trop sur lui et sur son univers, ni même sur le pourquoi il existait encore alors qu'il était supposé être mort. James et Sirius avaient eu plein de questions à poser, mais personne n'avait accepté d'y répondre clairement. Regulus, appuyé de Padfoot, leur avait dit que c'était sans doute mieux qu'ils en sachent le moins possible. Ce qu'ils pouvaient tous deux comprendre, mais ça restait frustrant. Surtout quand il était évident que Regulus en savait lui déjà bien trop.

Pour sa part, James avait l'impression que la voix de l'esprit ne lui était pas inconnue, mais il n'arrivait pas à mettre le doigt dessus. Sirius avait un peu la même impression. Il ne voyait pas qui pouvait être ce membre de sa famille qui en saurait autant sur lui et accepterait de l'aider ainsi. Un instant, il avait pensé à l'oncle Alphard, mais ça ne collait pas sur beaucoup de points et pas seulement parce que son oncle n'avait jamais rencontré James. C'était difficile de savoir. Il ne s'entendait pas avec les membres de sa famille, il restait même loin d'eux exprès.

Peut-être qu'il rencontrerait Padfoot plus tard. Les évènements chronologiques ne devaient pas se dérouler de la même manière dans chaque réalité. Enfin, Sirius en était encore à accepter ce fait, qu'il trouvait d'ailleurs trop cool ! Si des gens étaient émerveillés par la magie – les moldus et les enfants généralement – les choses qui fascinaient les sorciers étaient évidemment différentes.

Sirius souffla et se leva. Il s'essuya les mains avec un chiffon humide et admira le boulot qu'il venait de faire. Il était certain de pouvoir la faire marcher correctement avant la fin de la semaine. Il pourrait ainsi faire un tour avant de retourner à Poudlard. En fait, il voulait même faire mieux que ça. Il allait faire comme Ernie Danlmur et s'improviser taxi, ou plutôt il ferait faire des tours aux élèves de Poudlard contre rémunération.

Sirius avait besoin d'argent.

L'ainé des Black n'aurait jamais pensé dire ça un jour, mais c'était bien le cas. Il avait choisi de renoncer à l'héritage de son oncle Alphard pour sauver son petit frère et maintenant, il se retrouvait sans le sou. Il fallait qu'il trouve de quoi se renflouer les poches. Tant qu'il serait à Poudlard, ça pourrait aller, mais il fallait qu'il puisse se débrouiller après. Et puis, il n'allait pas rester éternellement chez les Potter. Avant, il avait prévu de s'acheter une belle maison et d'y vivre, d'avoir enfin son chez lui, mais ce projet s'éloignait de plus en plus. Il n'avait gardé que quelques économies, histoire de voir la suite venir et d'avoir de quoi vivre en attendant de se retourner. Le problème était que Sirius ignorait bien quel genre de boulot un étudiant pouvait faire.

Mais malgré sa situation compliquée, il était décidé à ne pas se laisser abattre.

Sirius sortit donc du nouveau garage constitué à l'arrivée de sa moto. Il se réarrangea grâce à sa baguette et alla trouver son meilleur ami et son petit frère qui petit déjeunaient dans la cuisine. Les Potter étaient déjà sortis et pour une fois, ils étaient restés discrets sur ce qu'ils allaient faire. Mais en écoutant aux portes la veille, James et lui avaient appris qu'il y avait une réunion à Poudlard, sûrement pour rassurer les parents au sujet de ce qui s'était passé à Azkaban.

Sirius, de fort bonne humeur, s'installa avec eux et se mit en tête d'avoir une conversation avec Regulus, très peu bavard le matin. Peu importe, il comptait bien parler suffisamment pour eux deux. Il évoqua alors un sujet sur lequel il était intarissable.

-Je te jure, il était énorme ! Ses crocs étaient d'ailleurs si gros qu'il ne pouvait pas fermer la bouche ! Et puis, il était moche et il sentait la mort.

-Et le sang, précisa James, amusé.

-Exactement ! Il a déboulé de nulle part, on n'avait pas nos baguettes ! T'imagines comme la situation était critique ?!

-Oui, étant donné que c'est déjà la quatrième fois que tu me racontes cette histoire.

Regulus leva les yeux au ciel et prit le restant de sa brioche avant de monter dans sa chambre.

-Tu avais raison, Sirius, il est jaloux parce qu'il n'a pas pu venir ! rigola le capitaine de Quidditch.

Son ami et lui se tapèrent dans la main.

Il y eut alors un bruit étrange dans le salon adjacent et les deux 7ème année se saisirent immédiatement de leurs baguettes, prêts à se défendre. Et bien entendu, Regulus avait choisi cet instant pour aller s'isoler seul en haut. James et Sirius savaient qu'ils devaient être sur leur garde. Il y avait quand même trois criminels dehors et même s'ils n'avaient aucune raison particulière d'être attaqués, il ne fallait jamais être sûr de rien.

-C'est un pigeon qui tape à la vitre, pouffa Padfoot.

James et Sirius échangèrent un regard avant de rigoler, se moquant de cette soudaine paranoïa. James se leva et alla recueillir l'oiseau. Il prit la lettre et l'oiseau alla se poser sur un des accoudoirs du fauteuil, attendant apparemment une réponse.

Le Gryffondor alla donner à manger au pigeon qui en fut bien heureux. Il observa ensuite l'enveloppe et fut surpris de voir qu'il s'agissait d'une lettre d'Isabel. Voulait-elle lui parler de ce qu'ils s'étaient dits à Azkaban avant que tout ne dégénère ? James jeta un coup d'œil à son ami qui était pour l'instant assez silencieux. Il devait pourtant être curieux sur l'identité de l'expéditeur. James prit alors tout son temps pour ouvrir la lettre et Sirius, qui avait été occupé pendant un long moment avec sa moto, alla finalement se préparer de quoi manger.

Une fois son ami hors de vue, James déplia rapidement le papier. Isabel démarrait sa lettre par les politesses d'usage et quelques indiscrétions au sujet du week-end de Remus. James sourit, amusé par la manière dont Isabel racontait les choses. Au milieu de sa lettre, la Poufsouffle passait enfin aux choses sérieuses en évoquant la relation entre Sirius et Remus. Visiblement, la blonde avait essayé de parler à son ami mais malheureusement, la blessure était trop vive pour que celui-ci l'écoute. Pour autant, Isabel ne pensait pas qu'attendre était une bonne idée. Cela conforterait Remus dans son choix et ses sentiments pourraient également s'estomper. Pour le moment, il avait mal, il était blessé et déçu mais ses sentiments pour Sirius étaient encore là, présents et forts.

Il fallait que Sirius lui parle. Isabel pensait qu'elle ne pourrait pas trouver les mots qui ferait changer d'avis Remus, mais le Gryffondor si. Dans sa lettre, Isabel précisait bien qu'elle n'était pas sûre que Remus désire pour autant retourner avec le Maraudeur après qu'ils se soient expliqués, mais ils devaient au moins le faire, aplanir les choses. James était d'accord.

Il continua de lire, découvrant avec joie la solution que lui proposait la Poufsouffle. : une rencontre « fortuite », un face à face ou aucun d'eux ne pourrait fuir. James trouvait qu'Isabel prenait beaucoup de risques. Lui-même avait déjà dû mettre son ami au pied du mur et avait dû aller contre lui pour lui ouvrir les yeux et ça ne s'était pas fait sans mal. Mais Sirius et lui était très liés, ils pouvaient tout se pardonner. Serait-ce également le cas pour Isabel et Remus ?

James l'espérait pour la Poufsouffle qui s'impliquait décidément beaucoup.

Il verrait si cet acharnement serait payant lors de cette sortie à la fête foraine. Il rangea précieusement la lettre et secoua ses cheveux, les emmêlant encore plus. Devant lui, le pigeon d'Isabel attendait toujours, continuant de picorer les graines que lui avait données James. Sans le vouloir, le Maraudeur croisa alors le regard de Sirius qui était revenu pour manger, assis confortablement sur le canapé. Le brun ne l'avait même pas entendu revenir. Sirius fronça les sourcils face au regard insistant de son ami.

-Des bonnes nouvelles ? lui demanda-t-il.

James sourit.

-Sirius, tu sais ce que c'est une fête foraine ?

xXx

John Dawlish se présenta le mardi à 08h à la porte des McKinnon. Sa visite n'avait pas été annoncée et qu'elle soit faite à l'improviste était ce qu'il souhaitait. Son but était de prendre la famille de sorciers au dépourvu et de ne pas leur laisser le temps de préparer une quelconque défense. Il n'était pourtant pas vraiment là pour un interrogatoire et il ne devait pas montrer une once de suspicion chez lui.

Même si c'était le cas.

L'Auror avait relu l'audition de la jeune Marlene McKinnon et était perturbé sans savoir pourquoi. Il ne pensait pas que la sorcière était un danger pour la société sorcière ni même qu'elle était une partisane des idées de Grindelwald mais les différents témoignages étaient clairs : la jeune Marlene McKinnon avait eu un comportement étrange et c'était elle qui avait libéré Antonin Dolohov. Celui-ci avait ensuite, comme Greyback, libéré des prisonniers pour assurer sa fuite. Surtout, le frère de la Serdaigle faisait partie des prisonniers libérés.

Dans le témoignage de la Serdaigle, celle-ci affirmait avoir subi un Impérium, un des trois sorts impardonnables. Les autres élèves de son groupe avaient en partie étayé cette thèse, parlant de l'attitude étrange de leur amie, de son air absent et de sa passivité. Dawlish était Auror et il était obligé d'enquêter, plus particulièrement si son instinct lui disait qu'il y avait un problème.

Avant tout, il voulait comprendre comment une fille si talentueuse avait pu être prise pour cible pour effectuer la salle besogne qu'était de libérer des détenus. Et surtout par qui.

Dawlish ne se considérait pas forcément comme un excellent Auror. Un sorcier talentueux, c'était certain, mais un excellent Auror, il ne savait pas encore. En tout cas, il faisait de son mieux et son unique but était de remplir convenablement ses missions. Il avait beau avoir obtenu un optimal à tous ses ASPICS, ça ne voulait pas dire qu'il était le meilleur dans sa discipline. Le tout jeune Alastor Maugrey, lui, était très prometteur. Un peu tête brûlée et sans doute qu'il n'avait pas assez le respect de la hiérarchie pour évoluer vite, mais Dawlish lui prédisait un grand avenir. Et même s'il n'avait que quelques années d'écart, l'Auror en était certain : si Maugrey s'en donnait la possibilité, il pourrait vite le dépasser.

Pour l'instant, l'Auror était affecté à la protection de la famille Lupin, une possible victime du terrible Fenrir Greyback. Cette mission plaisait autant qu'elle ennuyait l'homme. Surveiller les gens, les suivre et se faire discret l'ennuyaient profondément. Mais protéger, se battre et avoir la possibilité d'arrêter le loup-garou étaient aussi motivant. Dawlish était ainsi certain que l'Auror serait déçu si avant la fin de la semaine, il n'y avait pas au moins un petit affrontement.

Mais peu importait car à la fin de la semaine, lorsque le fils Lupin retournerait à Poudlard, seul Savage resterait pour Mme Lupin et Maugrey pourrait revenir enquêter avec lui. En effet, l'Auror était avant tout un homme d'action : il avait un esprit vif et était précieux lors des enquêtes.

Dawlish pensait ne pas en être dépourvu non plus et il comptait bien le prouver.

Ce fut Mme McKinnon qui lui ouvrit, visiblement très surprise de le voir.

-Monsieur…

-Dawlish. Je suis un Auror envoyé par le bureau pour quelques vérifications.

-Mais pourquoi ? Marlene a déjà répondu à toutes vos questions samedi dernier !

Elle semblait agacée mais l'Auror ne pouvait pas imputer ce fait à un comportement anormal. Elle s'inquiétait pour sa fille et voulait juste que sa famille retrouve une vie ordinaire, c'était compréhensif.

-Je le sais bien, madame, ce ne sera pas long.

Il sourit, espérant la détendre un peu. Il ne devait pas avoir l'air de l'ennemi ici.

-Très bien…

Elle s'écarta et le laissa passer.

-Excusez-moi, c'est juste que cette histoire est si fatigante.

-Je vous en prie.

Elle lui proposa ensuite à boire mais il refusa. Dawlish demanda à voir Marlene immédiatement si c'était possible pour que ce soit réellement rapide et la mère de famille approuva. Sa venue avait attiré l'attention de la plus jeune des sœurs qui dessinait dans le salon. Elle le regarda étrangement et Dawlish se souvint que c'était une cracmol. Cette situation devait sonner particulièrement étrange à ses oreilles. Il n'y avait aucun signe du mari : il devait déjà être parti travailler.

Quelques minutes plus tard, Marlene vint le trouver. Elle portait une longue robe qu'elle avait du enfiler juste avant de venir le voir. La pauvre devait encore dormir lorsqu'il avait sonné. Les quelques traces encore visibles de son sommeil n'atteignaient pourtant pas son regard. L'Auror avait beaucoup entendu parler d'elle : une sorcière brillante, certainement une des meilleures de sa génération.

-Est-ce qu'il y a un problème avec mon précédent témoignage ? demanda-t-elle.

Dawlish attendit que la mère de famille sorte de la cuisine avec la plus jeune avant de répondre.

-Il n'y a pas de problème, nous avons juste besoin de faire quelques vérifications.

-D'accord.

Elle semblait un peu perdue, mais pas inquiète.

-Vous avez expliqué à un de mes collègues qu'à la base, vous n'aviez pas prévu d'assister à cette sortie scolaire. Pourquoi avoir changé d'avis au dernier moment ?

-J'ai pensé que je le regretterais si je ne le faisais pas.

-Pourquoi donc ?

-On parle peu de mon frère à la maison et on sait peu de choses sur ce qu'il se passe réellement à Azkaban. Je voulais… Non, je crois que j'espérais le croiser, savoir quel mal il avait fait pour finir comme ça. Peut-être même qu'il me manquait, nous étions proches lorsqu'il… était libre.

-Mais vous saviez pourtant que la visite des prisonniers lors de la sortie n'était pas prévue.

-Oui mais parfois, on ne peut pas s'empêcher d'espérer…

Elle soupira.

-Je suis désolée, je ne pense pas avoir de réponse satisfaisante à vous donner. J'ignore pourquoi j'ai fait ça. Je voulais juste… Savoir. Me faire mon propre avis.

-Vous n'envisagez pas une seule seconde que vous pouviez déjà être sous Imperium à ce moment-là ?

A ces mots, Marlene ouvrit de grands yeux, surprise.

-Je… Peut-être ? Je serai incapable de vous répondre. Je doute un peu de tout en ce moment, les derniers jours ne sont plus clairs dans mon esprit. J'avoue que si j'étais sûre de moi avant, maintenant, je me pose des questions. Je n'arrive toujours pas à croire que je me sois faite avoir si facilement…

-Vous n'avez pas à vous en vouloir.

L'Auror se racla la gorge avant de continuer.

-Pourquoi le psychomage vous a-t-il autorisée à participer à la sortie ? Le nombre d'élèves autorisés était atteint pourtant, pourquoi vous attribuer ce traitement de faveur ?

Marlene sembla hésiter avant de répondre.

-Le psychomage de Poudlard me suit. Il savait combien cette situation concernant mon frère me pesait, il a dû faire ça pour m'aider. Et personne d'autre n'y a trouvé à redire.

-C'est vrai, remarqua l'adulte. Que s'est-il exactement passé à Azkaban ?

Marlene soupira légèrement. Mais même si elle avait déjà tout raconté à des Aurors, elle recommença et parfois, elle se fit arrêter par Dawlish qui souhaitait des précisions. Par exemple, lorsqu'elle évoqua l'instant où elle avait volé la baguette de Jedusor.

-C'est un grand sorcier et il s'est fait voler sa baguette si facilement ?

-Je pense qu'il ne s'y attendait pas, supposa-t-elle.

-Pourtant, les élèves de votre groupe ont affirmé que vous aviez eu un comportement étrange et distant durant toute la visite. Vous avez même pu discuter un peu avec le psychomage un moment. De quoi avez-vous parlé ?

-Je ne m'en souviens pas.

Dawlish la regarda longuement et Marlene fit semblant de lisser sa robe, juste pour se donner quelque chose à faire. Il lui demanda alors de reprendre son récit et elle continua. Malheureusement, la suite manqua de précision. Elle se souvenait être montée à l'étage supérieur, son but étant de libérer Antonin Dolohov mais voir son frère l'avait perturbée. Néanmoins, sous Impérium, elle avait agi sans effort et avait libéré le prisonnier avant de lâcher la baguette et de demeurer immobile. Celle-ci avait roulé jusqu'à la cellule de Dorian McKinnon qui, en se penchant au maximum, avait pu l'attraper juste avant Antonin qui avait lui aussi tenté de s'en saisir après être sorti de sa cage. La baguette entre ses mains, le frère de Marlene avait pu se libérer.

Sur la suite, les conclusions de l'enquête n'étaient pas définitives mais les Aurors pensaient que les deux évadés avaient dû s'entendre et possiblement s'allier pour sortir de la prison. Antonin Dolohov était celui qui avait libéré les prisonniers, sûrement après avoir récupéré la baguette.

Jedusor était arrivé quelques secondes plus tard et les deux prisonniers avaient tenté de s'enfuir. Avant qu'ils n'y parviennent, Jedusor avait réussi à désarmer le partisan de l'ancien mage noir grâce à sa capacité d'utiliser des sorts mineurs et de désarmement sans baguette. Des renforts étaient alors arrivés, l'aidant à neutraliser les quelques prisonniers encore présents. Le calme partiellement revenu, le psychomage avait pu s'assurer que son élève n'avait rien. Il l'avait alors libérée du sortilège.

Dawlish retranscrivit le récit de la sorcière avec attention. Il prit ensuite congé de la famille McKinnon en s'excusant une fois de plus du désagrément occasionné.

xXx

-Je rêve, tu n'es pas encore prêt ?! s'indigna Sirius.

-Laisse-moi tranquille, je sors des toilettes, souffla Regulus, effaré que son frère vienne l'embêter jusqu'aux sanitaire.

-Ça fait une plombe que t'étais là-dedans, qu'est-ce que tu faisais ?

Regulus rougit d'embarras et prononça un informulable tout bas, espérant naïvement que cela marcherait. Malheureusement, le nez de Sirius ne fut jamais envahi de furoncles.

-Laisse tomber, je m'en fous. Dépêche-toi de te préparer.

-Arrête de me hurler dessus, je ne sais même pas de quoi tu parles.

Regulus alla se laver les mains, espérant comprendre ce qu'il se passait.

-James ne t'a rien dit ?

-Non. Au cas où tu ne l'aurais pas remarqué, Potter et moi ne nous parlons plus.

-C'est pas vrai…

Regulus se sécha les mains et se décida pour la première fois à regarder attentivement son frère. Celui-ci semblait trop plein d'énergie, comme monté sur ressort, même s'il dégageait une certaine appréhension. Quoi que Potter ait oublié de lui dire, Regulus n'était pas sûr de vouloir savoir. C'était les vacances et son programme était de réviser, de se reposer et de se renseigner sur les conditions pour pouvoir passer son permis de transplannage. Il devait être au point pour l'avoir du premier coup. Il pourrait le passer bientôt, ses 17 ans approchant.

-Nous sortons, finit par lui dire Sirius. On va s'amuser. Maintenant, vas te préparer.

-En quoi vous avez besoin de moi ?

-J'en sais rien, les Potter se sont dits que ce serait dommage de te laisser seul ici et James a pensé que ce serait plus ou moins une bonne idée. Pour ma part, j'ai juste besoin que ça aille vite, j'ai assez à m'inquiéter comme ça.

-Qu'est-ce qui t'inquiète tant ?

-Réussir à réparer mes erreurs.

Regulus fronça les sourcils, toujours aussi perdu.

-S'il te plait, le supplia soudain son grand frère.

-Très bien, abdiqua le Serpentard. Tu peux au moins me dire où on va ?

-A une fête foraine.

-Qu'est-ce que c'est ?

-Aucune idée, répondit son frère très honnêtement.

Ayant eu la confirmation que son frère venait et qu'il allait se préparer, Sirius le laissa tranquille et Regulus soupira tout en retournant dans sa chambre. Il contempla ensuite sa penderie. Il se souvint des mots de son grand frère : James était celui qui aurait dû l'informer, or il ne l'avait pas fait. Le Serpentard se demandait si cette fois-ci, le capitaine de Quidditch était vraiment énervé contre lui. Depuis cette sortie nocturne, les choses avaient semblé basculer. Avant, c'était Regulus qui lui en voulait mais depuis ses mots durs à l'encontre du Gryffondor, celui-ci avait changé. Avec stupéfaction, l'attrapeur se rendait compte qu'il avait réussi à lui faire mal comme il lui avait fait mal, qu'il l'avait blessé peut-être.

Néanmoins, il ne se sentait pas mieux pour autant. Alors quoi ?

Ils se parleraient à peine maintenant ? Se faisant même la gueule ?

Padfoot lui avait conseillé d'essayer d'être ami avec James, que ce serait mieux que rien. Mais les choses pouvaient-elles être aussi simples ?

Regulus avait beau avoir promis à son frère de se préparer, il resta de longues minutes immobiles devant sa penderie, perdu dans ses réflexions. Padfoot vint alors le trouver et il se tourna vers l'esprit.

-Tu n'es pas encore prêt, remarqua-t-il.

-Suis-je vraiment obligé de venir ? Ils ne souhaitent même pas vraiment que je vienne. Regulus regarda Padfoot, espérant que celui-ci lui donne sa bénédiction.

-Oui, tu n'as rien de mieux à faire de toute façon.

-Bien sûr que si ! se vexa-t-il.

-Sirius m'a l'air très nerveux, ta présence lui fera du bien même s'il ne l'avouera probablement pas.

Regulus observa longuement Padfoot, indécis. Il savait que lorsqu'il parlait de Sirius, il pouvait le croire sur parole. Mais accepter d'aider son frère, cela lui semblait un peu tôt. Même s'il lui avait pardonné, il n'oubliait pas ce que celui-ci lui avait fait. Pourtant, il savait aussi que s'il ne faisait pas d'effort, sa relation avec Sirius pourrait très vite revenir à celle qu'ils partageaient avant qu'ils ne fuient ensemble. Il n'en avait aucune envie.

A contre cœur, il se changea et alla rejoindre les deux Gryffondor en bas.

xXx

Sirius ne savait pas à quoi il s'était attendu mais sans doute à tout sauf à ça. Jamie et lui avaient cherché dans leur vieux cours d'Etude des Moldus, trop curieux pour se contenter d'attendre sagement le jour J, tout ça pour ne rien trouver au final. A se demander ce qu'ils étudiaient dans ce cours…

Mais loin de les décevoir, ils n'en avaient été que plus excité. Ils avaient d'ailleurs pu travailler leur imagination et ça avait été encore plus plaisant. Ça avait aidé à faire passer l'attente, peu importe qu'elle ne soit que d'un jour.

Regulus avait rechigné à venir, comme d'habitude. Sirius l'avait entendu s'agacer et se plaindre chaque jour de sa courte vie alors il n'avait pas été étonné par son attitude. C'était normal, c'était Regulus, quoi ! C'était quand il ne le faisait pas, qu'il restait silencieux, que Sirius savait que quelque chose n'allait pas pour son petit frère. Et puis, Reg n'était pas à l'aise avec le monde non magique, il arrivait encore moins à se fondre dans la masse.

Mais James et lui ne lui avaient pas laissé le choix parce qu'Euphémia ne le leur avait pas non plus laissé. Peu importe. De toute façon, Regulus n'avait rien de mieux à faire un jour de saint-valentin et même les autres jours, il n'avait rien à faire de plus important que de découvrir ce qu'était une fête foraine, Sirius en était persuadé. C'était les vacances, bien sûr qu'ils n'avaient rien d'autre à faire à part s'amuser et glander ! Plus ou moins.

L'endroit où ils étaient se trouvait dans une ville d'Angleterre très verdoyante avec un nom imprononçable. C'était immense, bruyant et Sirius comprit que la fête foraine était un endroit avec beaucoup de jeux, « des attractions » avaient-ils entendu de la bouche d'un moldu. Ça avait l'air génial. Le regard de James brillait et ça faisait chaud au cœur du batteur. Son meilleur ami était si euphorique que ça augmentait sensiblement sa propre bonne humeur. Et surtout, ça lui changeait de son frère à sa gauche qui continuait à tirer la tronche. James avait dit qu'il ressemblait à un centaure hargneux et Regulus n'avait pas gouté à la blague. Effectivement, étant donné qu'il avait failli mourir piétiné quelques semaines auparavant, ce n'était sans doute pas de bon goût. James était maladroit, c'était comme ça.

Il ressortirait cette blague dans deux mois en espérant avoir plus de succès.

Pendant un moment, la joie de cette nouvelle découverte qu'était une fête foraine avait fait oublier à Sirius ce qui l'attendait exactement. Mais il fallait qu'il se concentre. Il pensa alors à Remus et aussitôt, la nervosité qui l'avait accompagné une partie de la matinée fut de retour. Il sentit sa poitrine se serrer et son estomac se contracter. Il espérait seulement ne pas avoir besoin d'aller aux toilettes…

Pour ne pas avoir l'air trop bizarre, le trio avait mis les vêtements les plus discrets qu'ils avaient. Sirius et James avaient ainsi fait une sortie dans le Londres moldu et ils savaient à peu près comment s'y prendre. Ne pas avoir l'air de découvrir la vie à chaque objet qu'ils voyaient était recommandé, tout comme ne pas évoquer le fait que les balais étaient super. Encore moins recommandé était de demander un whisky-pur-feu à boire. Forts de ces informations, ils se sentaient presque des vétérans maintenant : ils étaient capables de se débrouiller seuls. Et ils n'en étaient pas peu fiers !

-Je vois Moony ! s'écria soudain James.

Sirius sentit son cœur faire une embardée. Il ne voyait pas encore le Poufsouffle et il avait envie de se pencher pour le voir mais il s'abstint, son stress risquant d'augmenter considérablement. A côté de lui, Regulus soupira, semblant enfin comprendre pourquoi ils étaient tous là. Sirius s'apprêtait à dire quelque chose car se concentrer sur son petit frère lui offrait toujours une bonne porte de sortie mais James se tourna vers lui et le força à s'arrêter.

-Euh… J'ai quelque chose à te dire, Sirius. Je pense que ça ne va pas te plaire mais que tu seras en mesure de comprendre.

-Suis-je obligé d'assister à cette discussion désagréable ? ronchonna Regulus.

-Allons retrouver Moony, Regulus, fit Padfoot.

Regulus s'éloigna et Sirius réalisa alors seulement que l'esprit était avec eux. S'il ne parlait pas, ils n'avaient vraiment aucun moyen de savoir où il se trouvait, ni même ce qu'il faisait.

-Je ne savais même pas que Padfoot était avec nous ! constata-t-il. C'est flippant de ne pas savoir quand il est là, non ?

James fronça les sourcils, surpris par les réflexions de son ami.

-Concentre-toi, s'il te plait !

-Qu'est-ce qu'il y a ?

-J'ai quelque chose à te dire…

-Oui, tu l'as déjà dit… Est-ce que je dois m'inquiéter ou adopter une expression choquée ?

-Peut-être…

James soupira.

-Il se peut… Non, il est même très probable que Remus ne sache pas qu'on va le rejoindre, avoua-t-il alors.

Cette-fois-ci, Sirius fronça les sourcils.

-Je croyais qu'Isabel et lui nous avaient invités ?

-C'est juste Isabel, murmura James.

Sirius pâlit visiblement à ces mots, inquiétant son ami.

-Ça ira, Sirius.

Celui-ci s'agaça.

-Arrête de dire tout le temps ça, c'est faux et tu le sais très bien ! Moony ne veut pas me voir et là, je…

Sirius marqua un temps d'arrêt et ses yeux s'écarquillèrent d'effroi.

-Par Merlin, Regulus est avec lui !

Il ne laissa pas le temps à James d'essayer de le rassurer et fila retrouver son frère, espérant vainement pouvoir arrêter la catastrophe qui se profilait.

xXx

Remus avait été surpris par la proposition de son amie d'organiser une sortie à la fête foraine. Cela faisait si longtemps qu'il n'y était pas allé ! Mais il ne doutait pas que cela lui ferait du bien. Il n'était pourtant pas sûr qu'avec les temps qui courent, ce soit une bonne idée : Maugrey lui-même n'avait pas eu l'air ravi mais le jeune Auror ne semblait pas énormément sourire non plus en temps normal. Néanmoins, Isabel avait tant insisté qu'elle avait réussi à le convaincre que ce serait une bonne idée. Ils feraient attention et dans le monde non magique, il y avait très peu de chances que Greyback débarque pour lui faire du mal. Ce qu'il devait bien admettre. Mais peu probable ne voulait pas dire impossible alors Maugrey était déterminé à garder l'œil ouvert.

Ce voyage ne l'enchantait guère mais il avait une mission à mener et quoi que soit réellement une fête foraine, il était certain que ce serait moins ennuyeux que de rester debout dans la maison pendant que le jeune Lupin discutait avec son amie.

Son accord avait rassuré le Poufsouffle qui ne voulait pas lui compliquer la tache avec des décisions inconsidérées. Si cela avait été totalement impossible, aucun doute que l'Auror le lui aurait signalé.

A quel moment les enfants Weasley s'étaient ajoutés dans l'équation ? Il l'ignorait. Simplement, leur sortie tombait le jour de la st-valentin, la fête des amoureux, et habituellement, Remus faisait la nounou pour Arthur et Molly ce jour-là donc il n'avait pas voulu déroger à la règle. De plus, il savait que cela ferait plaisir aux enfants. Isabel par contre n'avait pas semblé satisfaite mais n'avait pas pour autant dit quelque chose. Sans doute était-elle heureuse que Percy ne soit pas de la partie. Même si Remus adorait les enfants, il ne se sentait pas capable de s'occuper d'un enfant en bas âge. Et deux étaient déjà bien suffisants.

Présent sur les lieux, Remus redécouvrait avec plaisir l'ambiance qui régnait dans cet endroit moldu. Maugrey, lui, réussissait l'exploit d'être stoïque et nerveux à la fois. Ses yeux se baladaient partout sans vouloir se poser nulle part. Il semblait encore croire qu'un quelconque danger pourrait surgir de n'importe où et parfois, le Poufsouffle avait l'impression que l'homme l'espérait au moins un peu.

Les petites têtes rousses quant à elles étaient impatientes de s'élancer dans la foule et d'aller découvrir ces drôles de trucs volants qui n'étaient pas des balais et qui faisaient crier les gens. Remus avait la même envie. Il remerciait intérieurement Isabel d'avoir tant insisté car cette sortie tombait à point nommé pour lui changer les idées, que ce soit pour oublier cette sortie scolaire ou Sirius.

-On peut y aller, Rem ? lui demanda Charlie, des étoiles dans les yeux.

Remus sourit, amusé par la réaction sincère et pleine d'envie du plus jeune. Il s'apprêtait à lui répondre lorsqu'Isabel le devança.

-Non, attendons encore un peu. On n'est pas pressé, profitons d'abord de la vue.

Remus fronça les sourcils : cela faisait déjà presque dix minutes qu'ils profitaient de cette vue. Il pensait en avoir fait le tour maintenant. A rester plantés là au milieu de la foule en espérant ne pas gêner, ils allaient simplement réussir à s'attirer la curiosité des gens. L'Auror se démarquait déjà bien assez avec son air lugubre et ses cicatrices.

Le Préfet-en-chef était de plus en curieux quant à l'attitude étrange de son amie. Il se posa même de sérieuses questions quand il vit Regulus Black se diriger vers eux. Il jeta un coup d'œil suspicieux à Isabel qui, pour le coup, sembla aussi étonnée que lui. Cela le rassura un peu. Pendant une seconde, il avait cru qu'elle avait invité les frères Black et James Potter.

Mais alors, que faisait le Serpentard ici ? Remus avait du mal à croire que le 6ème année soit un adepte de fête foraine.

-Regulus ? Bonjour, qu'est-ce que tu fais là ? demanda Isabel.

-Je n'en ai aucune idée, souffla-t-il.

Sa réponse intrigua encore plus le châtain avant qu'il ne voit Sirius et James se précipiter vers eux. Aussitôt, il comprit. Il avait été piégé. Soudain, cette sortie ne lui semblait plus être une si bonne idée mais il pensa à Bill et à Charlie. Pouvait-il les priver d'une sortie qu'ils avaient tant attendue ? C'était la raison pour laquelle Isabel avait finalement accepté leur présence. Elle savait comment était son ami et se servait de sa gentillesse contre lui.

Cela ne lui fit pas seulement de la peine, mais provoqua aussi une grande colère en lui.

Il avait demandé à la blonde de ne plus lui parler de Sirius. Il voulait passer à autre chose mais elle n'en faisait qu'à sa tête, persuadée qu'elle savait mieux que lui ce qu'il devait faire.

Il se détourna alors de Regulus et des Maraudeurs pour jeter un regard noir à son amie, croisant les bras dans l'attente d'une explication.

xXx

Il était trop tard, Sirius le sut tout de suite. Il avait vu le visage de Remus se fermer de loin et la colère qu'il ressentait se diriger lentement vers sa meilleure amie. Probablement qu'elle le lui serait destinée une fois qu'ils se feraient face. Pourrait-il alors dire qu'il n'était au courant de rien ? Quelle différence cela ferait-il ? Remus était en colère contre lui pour des évènements antérieurs à cette journée, cela n'y changerait rien.

Il soupira et continua à suivre James jusqu'au groupe. Remus leur tournait toujours le dos alors son regard accrocha celui sombre et dangereux de l'homme qui l'accompagnait. Il était certain que c'était un Auror qui n'avait pas réussi à cacher sa fonction. Il semblait même n'avoir fait aucun effort. Il paraissait aux aguets, un peu sur les nerfs, et le bout de sa baguette dépassait de sa ceinture. Un moyen de la dégainer plus vite et facilement. Il devait penser avoir besoin de le faire en tout cas et Sirius espérait bien qu'ils ne seraient pas attaqués une fois de plus dans le mois.

L'homme avait des cicatrices impressionnantes sur le visage et Sirius compatit : il espérait ne jamais finir défiguré.

Lorsqu'il put enfin détacher son regard de l'Auror – pas de preuves mais il en était certain – il capta les deux morpions accrochés aux jambes de Lupin. Deux rouquins. Okay… Ca l'enchantait encore moins que l'Auror. Lui qui avait pensé que ce serait juste eux cinq aujourd'hui. La lettre d'Isabel lui avait fait penser à autre chose qu'à… ça. Enfin, il avait également pensé que Remus ne serait plus aussi énervé contre lui et qu'il accepterait sa présence. A l'évidence, il n'y avait pas eu grand-chose de vrai dans ce qu'on lui avait raconté.

-Bonjour !

James essayait d'être joyeux et de bonne humeur alors Sirius fit de son mieux pour retrouver le sourire. Même si c'était le bordel et qu'il avait été mené en bateau, son but ne changeait pas : parler à Moony, s'expliquer. Il salua alors également le groupe et Remus se tourna enfin vers eux. Sirius essaya de capter son regard mais il y parvint à peine quelques secondes avant que Remus ne se détourne vers James. Isabel ne semblait pas en mener large et elle leur fit un petit sourire puis se racla la gorge.

-Bonjour, les garçons. Je vous présente l'Auror Alastor Maugrey. Il est chargé de la protection de Remus à cause de Greyback.

-Papa dit que c'est un loup-garou méchant ! fit Bill.

-Il est méchant parce qu'il a des caries ! Ça lui donne des rages de dents et ça fait vraiment mal alors c'est pour ça qu'il est tout le temps en colère !

-C'est la chose la plus stupide que j'ai jamais entendu, souffla Regulus, blasé.

-Sans doute un truc que lui racontent ses parents pour qu'il ne néglige pas son hygiène buccale et dentaire, rigola Padfoot.

Regulus ne semblait pas être le seul estomaqué par de telles âneries : Maugrey regardait l'enfant avec un air circonspect. Cela redonna néanmoins le sourire à Remus pendant un instant.

-Je pensais pas que vous fricotiez avec des Black, lâcha le concerné.

-En quoi cela est-il un problème ? se vexa Regulus.

Si Sirius se fichait bien de ce qu'on pouvait dire sur sa famille, ce n'était certainement pas le cas du cadet et il était bien décidé à le faire savoir.

-Des mages noirs en puissance, tout le monde le sait, répondit franchement l'Auror.

-Je vous interdis d'insulter ma famille !

-Je ne fais que souligner la vérité. Votre famille n'est pas fréquentable.

Maugrey s'était attendu à ce que le gentil Poufsouffle ait de meilleures fréquentations. Face à lui, Regulus serrait les poings et était visiblement tenté de lui faire ravaler ses propos. Sa baguette le démangeait et l'adulte l'avait remarqué. Le Serpentard avait lui aussi compris son manège et semblait même s'amuser de sa réaction. Peut-être était-ce qu'il désirait. ? Lui-même avait envie de dégainer sa baguette, juste pour un peu d'action.

-Regulus et moi sommes amis, ne soyez pas désagréable, Maugrey, s'il vous plait, intervint Remus.

L'Auror soupira et jeta un bref coup d'œil à Sirius, l'air de s'interroger sur ce qu'il devait penser de lui. Le Gryffondor se demandait d'ailleurs exactement la même chose. Et depuis quand Regulus et Remus étaient amis ?

-Bon, voici Bill et Charlie Weasley. Ce sont les enfants d'amis de ma famille. Il m'arrive de les garder de temps en temps.

-Est-ce que tu es un prince ? demanda Charlie à Regulus.

-Non, répondit Regulus en haussant un sourcil.

-Il est encore mieux que ça, c'est un roi, se moqua Padfoot.

Regulus leva les yeux au ciel.

-T'es riche pourtant, réfléchit Bill. C'est toi le prince alors ? demanda-t-il à Sirius qui sourit.

-Et moi alors ? lança James, faussement offensé.

Les Weasley s'apprêtaient à ajouter quelque chose mais Remus leur fit signe d'arrêter.

-Bill et Charlie rentreront à Poudlard dans quelques années et ne jurent que par Gryffondor.

Il eut un sourire de dépit et partagea une brève grimace avec Regulus.

-C'est génial ça ! s'exclama James.

-Tout le monde sait que Gryffondor est la meilleure maison ! fanfaronna Sirius, ce qui lui valut quelques regards des gens aux alentours.

-Oui, on sait ! affirma Bill, le plus bavard des deux enfants. Toute notre famille est allée à Gryffondor, on veut faire pareil parce qu'ils disent que c'est trop bien !

-J'adorerais qu'ils se retrouvent à Serpentard, marmonna Regulus.

Sirius cogna son épaule contre la sienne, partageant son amusement, et Regulus se sentit bizarre : Sirius et lui se parlaient peu en ce moment et il ne savait pas comment se comporter avec lui.

-Bon, et si nous y allions ? Il y a tellement de trucs à voir et je crois que nous n'avons plus de raison d'attendre, n'est-ce pas ? lança Remus à l'intention de son amie.

-Ça, tu l'as dit ! s'exclama James qui marchait déjà vers la première attraction devant lui.

Remus se baissa alors pour parler aux deux Weasley.

-Pas de bêtises ni de caprices, c'est compris ?

Ils hochèrent la tête.

-On me donne la main et quand je dis que c'est l'heure de rentrer, c'est l'heure.

Bill et Charlie sourirent et Remus se releva.

-T'as l'air à l'aise avec les enfants, c'est dommage de se dire que tu ne pourras pas en avoir, constata alors Sirius.

Remus fut étonné de sa remarque et encore plus qu'il lui parle directement. Sirius ne l'avait pas vraiment habitué à ça ces dernières semaines. Le concerné se fit d'ailleurs très vite la même réflexion : il n'avait pas parlé au Poufsouffle depuis des jours et la première chose qu'il trouvait à dire était de lui parler d'enfant ! Il essaya de se rattraper, mais la nervosité lui faisait décidément dire n'importe quoi.

-Je veux dire comme tu… avec les femmes… Enfin, après, tu peux ! Tu pourrais aussi décidé d'en avoir, un gentil garçon qui s'appellerait Teddy et qui irait à Poufsouffle comme toi. Il serait peut-être métamorphomage et il aurait tes yeux !

-Quoi ?

Remus fronça les sourcils, abasourdi.

-Rem, ton ami est bizarre, rigola Charlie.

Cela suffit à remettre les idées en place au Gryffondor qui bredouilla quelque chose avant de rejoindre James.

Remus décida d'oublier l'incident et proposa à Regulus de le suivre, ce que le plus jeune fit sans hésiter. Le Serpentard n'était pas tranquille ici : il y avait trop de monde et il n'avait pas envie de se perdre comme au marché de Noël.

Ils patientèrent ensuite tous devant les auto-tamponneuses alors que le châtain leur expliquait le fonctionnement. Maugrey était à bonne distance d'eux. Lui ne s'amuserait pas. Il n'était pas là pour ça et il surveillerait le jeune Lupin et les enfants Weasley avec attention. James accepta de monter avec Bill et Remus put prendre Charlie avec lui. Regulus ne souhaita pas participer mais observa les autres s'amuser. Sirius et Isabel se mirent bientôt à rire alors que James galérait à faire marcher sa voiture. Bill applaudissait quant à lui à chaque fois qu'on leur rentrait dedans. Remus pour sa part avait laissé Charlie conduire et l'enfant se débrouillait bien.

Ils firent au moins trois tours avant de sortir et de s'essayer au tir. Cette fois-ci, Regulus participa et s'avéra être très doué, tout comme James et Sirius. Probablement rien d'étonnant pour d'excellents joueurs de Quidditch. Isabel tenta d'aider Bill et Charlie qui eurent peu de succès. Charlie en particulier fut déçu et regarda avec tristesse le plus gros lot. Il voulut demander à Remus de l'aider à le décrocher mais le pauvre Poufsouffle semblait encore plus nul que lui.

-Je détestais déjà ce stand quand j'étais petit, soupira-t-il.

Regulus croisa les bras sur son torse et l'observa faire.

-Tu t'y prends comme un manche.

-Je sais, capitula le châtain.

Regulus tenta alors de lui donner des conseils mais sans grand succès non plus. Agacé, il finit par prendre les choses en main, ainsi que le pauvre Remus. Il se tint derrière lui et tenta de lui montrer comment viser correctement. Si le Préfet-en-chef eut l'air mal à l'aise, ce ne fut pas le cas du Serpentard qui ne voyait que la cible devant lui. Remus fut pourtant si embarrassé qu'il se montra encore plus maladroit et Regulus le regarda avec des yeux ronds pour finir par terminer son tour à sa place. Il réussit alors l'exploit de remporter le gros lot qui faisait envie à Charlie.

-T'es vraiment doué, dommage que tu sois un si mauvais prof…

-Je ne veux pas entendre ça de la part de quelqu'un qui a réussi à envoyer une balle dans l'œil du gars qui tient le stand. Et ce, alors qu'il était de dos !

Remus soupira d'embarras tandis que les enfants Weasley se moquaient de lui.

Le châtain se mordilla ensuite les lèvres avant de répliquer.

-Je te trouve bien condescendant, je suis ton ainé je te rappelle !

-Et si nous passions à autre chose ? lança bien trop fort Isabel.

-Ça c'est une tentative de détournement d'attention ou je ne m'y connais pas, marmonna Padfoot et Regulus ne savait pas vraiment si les mots de Padfoot lui étaient adressés ou non.

-Oui, faisons ça. Allons-nous amuser dans cette roue géante ! proposa James.

-Euh oui, on peut faire ça, fit Remus, pris au dépourvu.

Le groupe s'éloigna et Sirius les suivit en trainant des pieds.

Charlie continuait de loucher sur l'ours géant qu'avait attrapé Regulus mais le Serpentard fit semblant de ne pas le voir pour finalement le lui fourrer discrètement dans les bras lorsque les autres furent assez loin d'eux. C'était sans compter sur Maugrey, encore derrière lui, qui ricana bien allègrement de son manège.

xXx

Le groupe avait finalement décidé de faire un tour de grande roue plus tard, le temps d'attente étant bien trop long. Ils espéraient simplement qu'en milieu d'après-midi, la file serait moins dense. Pour patienter et parce que les enfants roux se plaignaient de leurs estomacs vides, ils décidèrent de manger.

A cette occasion et pendant dix minutes, James regarda sans y croire Regulus et Remus parler et rigoler ensemble. Dans le même temps, Sirius semblait s'enfoncer de plus en plus dans un profond désarroi. Regulus était habituellement peu bavard et le Gryffondor pouvait compter sur les doigts d'une main les fois où il l'avait vu rire aux éclats. Et là, il décidait de se montrer extraverti pile aujourd'hui… James se sentait mal pour son meilleur ami. Le plan d'Isabel était en train de tourner à la catastrophe. Le Poufsouffle semblait bien trop s'entendre avec Regulus.

Tout comme lui, Isabel semblait comprendre que son plan génial pour rabibocher leurs deux amis tournait au fiasco. Au moins n'était-il pas le seul à trouver la situation épouvantable.

-James, allons nous promener pendant un instant, lui lança-t-elle.

Il n'eut pas le temps de comprendre que la jeune femme l'entraina plus loin pour s'arrêter à bonne distance du groupe qui pique niquait. A cet endroit, ils ne pouvaient plus les entendre mais les voyaient bien distinctement.

-On a un gros problème, se désola Isabel.

-J'avais remarqué, soupira-t-il.

-Il faut que Sirius et Remus se parlent pour pouvoir se réconcilier !

-Ouais, ça semble logique.

-Regulus n'arrête pas de coller Remus, il faut qu'on trouve un moyen de les séparer et ainsi permettre à Sirius et à Remus de se retrouver en tête à tête…

-Comment on fait ? On va pas lui dire de dégager, c'est nous qui l'avons invité !

-Bonne idée d'ailleurs, fit-elle, agacée.

James haussa un sourcil, étonné. Celle-ci soupira alors, s'en voulant probablement pour le ton qu'elle venait d'employer.

-Excuse-moi, c'est juste que j'ai l'impression que je suis en train de perdre mon ami pour rien... J'ai vraiment besoin que ça marche sinon Remus aura une raison de plus de me détester…

James voulut la rassurer mais il se souvenait de Sirius qui s'était énervé à cause d'une situation similaire un peu plus tôt.

-La journée n'est pas finie, on va trouver une solution pour éloigner Regulus et Remus.

Cette décision ne lui plaisait pas beaucoup cependant. Il avait l'impression, une fois de plus, de privilégier l'ainé des Black au détriment du cadet. Regulus, qui était si réticent à venir à cette fête foraine, s'amusait à présent très bien. Cela avait l'air d'être en grande partie grâce au châtain et pourtant, il allait devoir les séparer.

-Bien, je compte sur toi pour occuper Regulus. Je m'occuperai de Bill et Charlie.

-Quoi ? Pourquoi on ne ferait pas l'inverse ?!

James n'avait aucune envie de se retrouver seul avec Regulus. C'était encore le bordel dans sa tête et surtout, il avait un certain ressentiment envers le Serpentard, pour la façon dont il lui faisait payer quelque chose dont il n'était, à son avis, pas responsable. Mais surtout parce qu'à cause de lui, il mettait en doute son amour pour la jolie Lily.

Avant que Regulus ne l'embrasse, sa vie était simple et amusante. A présent, le Gryffondor avait l'impression d'enchainer les catastrophes. Pourtant, il ne s'était jamais senti aussi vivant. Ce paradoxe l'ennuyait et lui faisait pressentir que plus rien ne serait simple dorénavant.

-Tu me poses sérieusement la question ? Je ne vais pas te laisser t'occuper des Weasley, tu n'arrives même pas à les différencier ! Et tu appelles Charlie, Charles !

-C'est pareil, non ?

-Non.

Isabel croisa les bras et James sut qu'il avait perdu. Il capitula et la Poufsouffle et lui rejoignirent vite les autres.

-Si vous avez fini de manger, ça vous dirait d'aller faire un tour ?

-Oui ! crièrent les enfants.

Comme attendu d'enfants, ceux-ci se levèrent sans attendre, prêts à repartir. Remus termina quant à lui rapidement sa bouchée et croisa le regard d'Isabel, surpris.

-Attendez, nous n'avons même pas fini de manger ! Et puis, faire un manège tout de suite alors qu'on n'a même pas encore eu le temps de digérer, ce n'est pas recommandé. Nous ferio-

-Ce n'est pas un problème, Remus. Je n'ai plus faim, je vais accompagner Bill et Charlie. On va se promener et tenter la pêche au canard.

-C'est pour les bébés, grimaça Bill.

-Pas de commentaire, le reprit Isabel dans un sourire.

-Je…

Remus semblait de nouveau vouloir protester alors James vola au secours de la Poufsouffle.

-Oh mince, j'ai perdu…

Il fouilla dans ses poches, se reprochant d'avoir parlé avant de réfléchir.

-…Ma baguette ! Viens, Mini-Black, on va essayer de la retrouver. Vous ouvrirez l'œil pendant votre promenade vous aussi, bafouilla-t-il ensuite à l'intention d'Isabel.

Celle-ci leva les yeux au ciel devant sa piètre prestation mais prit la main des deux garçons et se dépêcha de décamper. James voulut faire de même avec Regulus mais bien sûr, celui-ci ne se laissa pas faire.

-Je ne vois pas pourquoi je devrais t'aider !

-Je vais venir, James, lui proposa Sirius.

-Non, surtout pas ! s'affola le Gryffondor.

A ces mots, tout le monde le dévisagea et même Maugrey, qui jusque là était stoïque, commença à le regarder bizarrement.

-Viens, insista-t-il à l'attention du plus jeune.

Il tira ensuite sur le bras de Regulus qui grimaça.

-Tu me dois bien ça, chuchota-t-il encore.

Il profita alors de l'incompréhension du Serpentard pour filer à l'anglaise.

Remus et Sirius se retrouvèrent ainsi seuls. L'Auror, qui n'avait pas voulu s'asseoir avec eux, se trouvait néanmoins à quelques mètres, gardant le fils Lupin dans son champ de vision.

Bien entendu, Isabel et James avaient été si peu discrets qu'il n'était pas difficile pour Remus et Sirius de comprendre la raison de leur comportement.

xXx

-C'est stupide, lâcha Regulus.

-Quoi donc ? lui demanda James.

Regulus s'arrêta et croisa les bras, furieux. Il n'avait pas cru une seule seconde au bobard de James. De plus, le Gryffondor ne se donnait même pas la peine de faire semblant et marchait simplement entre les différents stands ! Il ne cherchait vraisemblablement pas sa baguette.

-Que fais-tu ? s'enquit James alors qu'il venait de remarquer que le brun s'était arrêté. Ne traine pas, je n'ai pas envie de te perdre comme au marché de Noël.

Regulus se mordilla les lèvres pour ne pas répondre. A la place, il choisit de dévoiler le fond de sa pensée.

-Sirius a eu sa chance, c'est trop tard maintenant. Votre stratagème ne trompe personne, Remus n'est pas idiot. Et puis, il a choisi de passer à autre chose, vous devriez respecter sa décision.

-On doit au moins essayer. Tu ne les as pas vus ensemble… Quand ils parlent l'un de l'autre, ça devient évident qu'ils s'aiment et tiennent énormément l'un à l'autre.

-Et alors ? fit Regulus que l'explication ne touchait pas du tout. Parce qu'ils s'aiment, ça devrait forcément marcher ? Si je suis ton raisonnement, je devrais laisser une chance à Rosier ? Après tout, il dit m'aimer. Ou alors me donneras-tu enfin une chance ? lui fit-il sournoisement remarquer.

James tiqua et se passa une main nerveuse dans les cheveux avant de se rapprocher du plus jeune. Il lui attrapa alors de nouveau le bras et continua de l'entrainer loin du duo.

-Ce n'est pas pareil. Eux, c'est réciproque. Je sais que tu m'en veux beaucoup, Regulus, mais là, il ne s'agit ni de toi ni de moi. Tu n'as pas envie que ton frère soit heureux ?

-Alors c'est ta réponse.

James mit du temps à comprendre de quoi Regulus parlait. Lorsque la réalisation se fit, il détourna le regard, mal à l'aise. Ils étaient de nouveau arrêtés, mais au moins maintenant ne gênaient-ils plus la foule.

-Ma réponse, je te l'ai donnée ce jour-là dans les vestiaires, Regulus. Je t'apprécie beaucoup et j'aimerais qu'on soit amis, sincèrement.

Regulus ne dit rien. Il n'était pas blessé. Cette réponse, il avait eu besoin de l'entendre pour ne plus avoir aucun espoir. Enterrer ses sentiments et ainsi pouvoir s'en libérer et passer à autre chose. Il se demandait bien pourquoi James s'était montré si gentil avec lui à cette époque. Pourquoi lui avoir demandé de ne pas abandonner si vite ? A quoi bon ? La finalité était la même alors autant ne pas se torturer.

Le Serpentard se rappela des mots de Padfoot : accepter au moins son amitié pour ne pas prendre le risque de le perdre complètement. Y arriverait-il ? Il n'avait pas d'autre choix malheureusement. La discussion qu'il avait eue avec Remus à ce sujet lui avait fait du bien. Cet échec lui apprendrait à se blinder et à ne pas se laisser embobiner aussi facilement la prochaine fois.

Alors même s'il n'en avait pas envie, Regulus continua de marcher aux côtés du Maraudeur. Cette fête foraine n'avait soudain plus rien de divertissant.

xXx

-C'est vraiment une belle journée, commença Remus alors qu'il arrachait quelques herbes.

Il n'osait pas regarder le Gryffondor et ce dernier faisait de même. Le Poufsouffle n'était pas dupe pourtant : tant qu'il ne parlerait pas à Sirius, leurs amis continueraient d'œuvrer plus ou moins dans l'ombre pour les rapprocher. Le geste de son amie l'énervait car Remus avait l'impression d'être un garçon sans histoire, aimable et serviable, souvent trop gentil. Il avait le sentiment de faire beaucoup pour les autres et là, il n'avait demandé qu'une seule chose, qu'on arrête de lui parler de Sirius Black ! Qu'on le laisse gérer seul pour tenter de passer à autre chose. Mais même cela, on le lui refusait… Après, on s'étonnait qu'il ne fasse jamais de vagues mais on ne l'écoutait pas alors à quoi bon ? On ne faisait qu'attendre de lui. Cela le fatiguait de plus en plus.

Il avait certifié à Isabel qu'il ne voulait plus rien avoir affaire avec le Gryffondor, qu'il ne voulait pas de ses explications. Pour autant, il était bloqué avec le brun et savait qu'il lui faudrait parler avec lui, s'expliquer. Comprendre pourrait peut-être apaiser sa rancœur et sa douleur ? Si Remus s'écoutait, il savait qu'il avait besoin de comprendre. Accepter de discuter avec le Gryffondor ne voulait pas dire qu'il lui pardonnait. Cependant, Remus ignorait également comment il pourrait réagir aux mots de Sirius.

Il n'était plus sûr de rien lorsque le Gryffondor était à ses côtés.

Il n'avait pas envie de craquer mais il sentait déjà con cœur battre la chamade du fait de sa présence. Qu'allait-il donc advenir de lui après aujourd'hui ?

-Ouais, les fêtes foraines, c'est vraiment trop cool, répondit Sirius, mal à l'aise.

Remus eut envie de soupirer de dépit. Le silence s'installa à nouveau très vite et le châtain se demanda pourquoi Sirius ne lui exposait pas toutes les excellentes raisons qui l'avaient fait agir comme la pire des personnes avec lui, brisant son cœur. N'était-ce pas lui qui avait tout organisé ?

Le Poufsouffle continua d'attendre, mais il ne se passa rien de plus. Sirius semblait mettre toute son énergie et son attention à manger sa nourriture typiquement moldue et Remus fronça les sourcils, observant les alentours. Toujours aucun signe de leurs amis et des enfants Weasley. Sirius allait attendre jusqu'à quand encore ? A moins qu'il se soit trompé et que le Maraudeur tout comme lui se soit fait piéger par son ami ? C'était plausible, Sirius n'avait jamais saisi une seule des occasions qu'il lui avait offertes de s'expliquer alors pourquoi voudrait-il le faire maintenant ?

Remus pensa à se lever et partir car il s'avérait que rien ne le retenait. Il pouvait toujours aller retrouver les Weasley ou bien se balader seul.

Mais Isabel s'était donnée tant de mal… Il voulait savoir ce qui l'avait convaincue de risquer leur amitié.

-Tu n'as rien de spécial à me dire ? L'occasion ne se représentera pas, Sirius, souffla-t-il alors.

-Si, bien sûr, admit le jeune homme.

Il le contempla ensuite quelques secondes avant de détourner les yeux.

-Mais je sais que tu me détestes et je comprends tota-

-Je ne te déteste pas, Sirius.

Le brun en fut si troublé qu'il ne put le cacher et Remus recommença à jouer avec les brins d'herbe avant de soupirer.

-C'est surtout à moi que j'en veux. Je me sens assez bête à vrai dire. Peter m'avait prévenu et même sans cela, je connaissais ta réputation avec les filles. Le fait que tu t'intéresses à moi, à un homme, aurait dû plus que m'alerter. Si j'ajoute à cela la relation compliquée qu'on avait avant… C'en est risible, je me sens idiot.

Le Poufsouffle cacha mal le rire nerveux qui le prit quand ses mots semblèrent plus blesser Sirius que le rassurer et Remus tenta de lui sourire. Il voyait bien que le Gryffondor semblait profondément accablé et malgré son amertume, ce n'était pas ce qu'il recherchait. Comme il le lui avait dit plus tôt, il avait été profondément déçu par le comportement de Sirius mais dans l'histoire, c'était surtout à lui qu'il en voulait. Il avait été naïf. Il avait tellement voulu y croire qu'il n'avait pas vu les signes que ça ne pouvait pas marcher, qu'il était trop tôt, qu'ils étaient également encore trop différents.

-Ça va sans doute te sembler dur à croire, mais j'étais sincère, Moony, murmura alors Sirius. C'est juste que je ne suis pas habitué à ça, je ne savais pas comment agir… Au final, tout est allé tellement vite…

Sirius se mordilla la lèvre inférieure, comme incapable de trouver les bons mots, et Remus comprit qu'il ne s'agissait pas d'indifférence ou d'un genre que Sirius tentait de se donner : le Gryffondor était réellement nerveux.

-Je voulais qu'on passe du temps ensemble, qu'on fasse des trucs, reprit-il après un petit silence. On s'entendait bien et tu m'as tellement apporté… Notre amitié m'a fait du bien. Je voulais faire des efforts parce que je voyais bien que tu en valais la peine et je ne voulais pas faire de conneries pour que tu te mettes à me détester... C'est assez ironique, non ?

Remus ne répondit pas. Il était perplexe devant les confidences du brun. Sirius était visiblement en train de s'exprimer à cœur ouvert et il ne s'était pas attendu à cette démarche venant du Gryffondor. Tout cela lui ressemblait si peu. Il se sentit alors étrangement ému. Il avait la sensation que Sirius Black était sincère et que peut-être, Remus avait réellement compté pour lui.

-Je… Enfin, c'est…

Sirius s'arrêta, troublé par le silence du Poufsouffle, puis prit le temps de se calmer avant de continuer.

-Je me suis senti chanceux que tu veuilles bien me laisser une seconde chance après tout ce que je t'avais déjà fait subir avant… Je voulais vraiment t'apporter autant que tu m'apportais mais j'ai commencé à te désirer et ça a tout gâché…

Sirius soupira.

-Je ne sais pas ce qui m'a pris, je ne suis pas habitué à être si perdu. J'ai beau dire que je ne suis pas du tout comme ma famille, peut-être que je me trompais… Les chiens ne font pas des chats comme on dit.

Le Gryffondor baissa les yeux et Remus haussa un sourcil.

-Je crois que… j'arrivais pas à assumer et que j'en devenais fou, murmura finalement Sirius. Je dis que je suis tolérant mais j'assume même pas d'aimer passer du temps avec toi, de t'embrasser. Des tas de trucs sont remontés à la surface, des choses que me disaient ma mère et…

Remus sentit l'émotion prendre le pas sur Sirius et il tendit la main pour attraper la sienne. Il la serra ensuite doucement pour attirer son attention.

-Je comprends, le rassura-t-il. On a tous nos démons. L'homosexualité n'est pas un sujet facile, surtout si on a grandi dans un foyer qui donne l'impression que c'est la pire des tares.

-Tu penses que je suis homosexuel ? s'étonna Sirius.

-Peu importe, ce n'est pas le sujet. Je ne t'en veux pas de ne pas avoir assumé, souffla Remus. C'est de m'avoir ignoré, d'avoir fait comme si rien ne s'était passé entre nous, de m'avoir fuis que je te reproche.

Sirius se figea alors un instant pour méditer ses paroles.

- Je ne voyais pas les choses comme ça mais je comprends, souffla-t-il ensuite. Je suis désolé, je n'ai rien à dire pour ma défense, je suppose.

-On avait un arrangement tous les deux et je me suis peut-être trop vite projeté vers quelque chose d'autre, ce n'était pas intelligent de ma part, reconnut alors le Poufsouffle à son tour.

-Je ne suis pas sûr de comprendre…

Le brun le dévisagea un instant et Remus vit le moment exact où il saisit la signification de ses paroles. Ses yeux s'agrandirent sous le choc et Remus tomba des nues à son tour : il lui avait pourtant semblé avoir manqué plusieurs fois de discrétions vis à vis de ses sentiments !

-En réalité, je ne sais pas bien moi-même ce que je voulais mais ce qui est sûr, c'est que notre arrangement ne m'allait plus, précisa-t-il. Tout était plus simple quand nous essayions simplement d'être amis.

-Il n'est peut-être pas trop tard, murmura Sirius. On a tout fait dans le désordre mais on peut reprendre depuis le début et y aller à notre rythme. J'ai trop besoin de toi, Moony, tu me manques, lui avoua-t-il soudain. J'ai aussi envie de te prouver que je peux t'apporter quelque chose, que peu importe ce que tu as vu en moi, tu n'as pas eu complètement tort. Je ne suis pas totalement pourri à l'intérieur, je te le promets, termina-t-il dans un souffle, la voix gonflée par l'émotion.

Remus le dévisagea, abasourdi. Il n'arrivait pas à en croire ses oreilles. Sirius lui proposait-il vraiment de faire table rase du passé et d'essayer de recommencer avec de nouvelles bases ? Cela pouvait-il au moins marcher ? Après s'être fait berné une fois, Remus n'avait pas envie de retomber de nouveau dans le panneau. Il n'avait rien à gagner en donnant une nouvelle chance à Sirius même si cette fois-ci, il ne s'agissait que d'être amis.

Remus l'observa davantage. Le Gryffondor le regardait droit dans les yeux, prêt à affronter sa décision. Ses mains tremblaient légèrement à cause de la nervosité et Remus se perdit un instant dans le spectacle que Sirius lui renvoyait. Pendant une seconde, il se rappela ces moments qu'ils avaient partagés, leurs baisers, leurs rires, leurs confidences, ces moments volés, cachés au reste du monde…

-Pourquoi pas, murmura-t-il après un instant, indécis.

Sirius lui faisait tant de peine, il ne voulait pas se montrer sans cœur. Le Gryffondor avait fauté mais en fin de compte, il ne lui avait jamais rien promis. Sa colère devait retomber, il devait passer à autre chose. Remus avait l'habitude de désirer celui qu'il ne pouvait pas avoir après tout. Pour autant, il appréciait sincèrement le Gryffondor et tout comme lui, il voulait sauver ce qui pouvait encore l'être.

Cela lui laissa néanmoins un sentiment profond de confusion. N'allait-il pas encore le regretter ? Et qu'allait-il pouvoir dire à Peter ? Mais il avait toujours été raisonnable… Pour une fois, ne pouvait-il pas avoir le droit d'agir de manière inconsidérée ?

A présent qu'ils avaient parlé, que la tension était retombée, Remus ressentait encore plus cette gêne, cette pression à la poitrine. Lui qui avait cru – espéré – que parler avec Sirius lui ferait du bien, l'apaiserait, ce n'était pas tout à fait le cas. Il avait attendu autre chose de cette conversation. Mais lui-même n'était pas en mesure de dire quoi.

-Peut-être pourrions-nous rejoindre les autres, leur faire comprendre qu'ils n'ont plus besoin de faire semblant d'être occupé ? proposa alors Sirius.

A ces mots, Remus se demanda si tout comme lui, cette situation le mettait mal à l'aise. Il apprécia cependant la proposition et l'accepta.

Ils se levèrent, se mirent en marche en silence, et Remus se souvint de cette sortie à Pré-au-lard. Sirius et lui s'étaient baladés ensemble à cette occasion, heureux et un peu timides alors que les sentiments naissaient déjà chez lui. C'était peu avant leur première fois. Ce jour-là, Sirius lui avait dit qu'il avait envie de lui, qu'il l'appréciait et qu'ils étaient bien ensemble.

Aujourd'hui, plus rien n'était pareil. Il leur faudrait du temps pour que les choses s'arrangent mais Sirius semblait déterminé à ne pas le perdre. Remus trouvait cela louable tout en ne comprenant pas sa démarche. Mais il avait donné son accord alors il ferait un effort. Peut-être qu'au fond de lui, il n'était pas encore prêt à renoncer complètement au Gryffondor…


Après ce qu'il s'est passé à Azkaban, les aurors se mettent au boulot. J'aime bien écrire ce genre de partie, les enquêtes, les complots, machination, manipulation et tout ça. J'espère que les parties hors cadre de Poudlard ne vont ni vous gêner, ni vous perturber et encore moins lasser.

Ou sinon, les fans de Sirius et Remus ont dû être rassurer sur ce chapitre ! Je l'espère en tout cas. Tout n'est peut-être pas perdu...

Après je reconnais que ceux qui veulent du Severus, du Lily, ou une vrai avancer entre Regulus et James doivent s'impatienter. Mais ça ira, ça arrive à grand pas et je ne sais pas si vous êtes prêts pour ça !

Prochain chapitre - Eveil politique - 26/10