Mio : C'est drôle c'est petit onomatopées ou plutôt c'est mots qui ne veulent rien dire mais qui exprime complètement ce trop plein de sentiment qui n'a pas de sens particuliers. Personnellement je m'exprime beaucoup avec mes mains! Quand on écrit des histoires, j'ai envie de dire, c'est la base, couper pile avant que ca devienne intéressant. Une manière de frustrer et de donner envie aux lecteurs et lectrices de vite avoir la suite. ^^ Je vois beaucoup James comme un personnage très drôle et sensible, mais aussi assez maladroit. J'ai bien rigoler en écrivant la scène !
C'est vrai que le sujet Rosier revient souvent, signe pour dire que cette histoire n'est pas derrière lui et qu'elle n'est pas tout à fait terminer. Est-ce que Regulus va parler, le dénoncer, le confronter pour pouvoir être en paix avec lui même et passer à autre chose. Est-ce que ce sera utile ?... Prochain cours de duel dans ce chapitre, je crois, j'ai pas l'esprit très clair... En tout cas Hugo apportera pas mal de chose, au delà des cours de duel. Je pensais qu'il aurait pu en agacer vis à vis de ses remarques sur le traitements des créatures magiques et son désaccord avec Remus, mais ça va ! Hugo est un moldu, ces punitions vont de même. Ce chapitre-ci est dans la continuité du précédent alors je pense que tu devrais apprécier
Merci pour ton commentaire
Bonne lecture à tous !
Chapitre 30 :
Secret de famille
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Maugrey entra dans la boutique lugubre de l'allée des Embrumes. Il observa les étagères emplies d'objets plus curieux et douteux les uns que les autres. Il était venu une seule fois ici auparavant, peu après avoir réussi le concours d'entrée pour devenir Auror. Une simple visite de routine, un moyen de contrôler les magasins après une série de prolifération de vols et d'objets de contrebande. Le jeune Auror qu'il avait été avait trouvé la mission très ennuyeuse et peu instructive, mais cela faisait aussi partie du travail.
Aujourd'hui, il était là pour une toute autre raison. Déjà, il n'était pas là à la demande de sa hiérarchie. En fait, s'il entrait même dans les détails, il était plus ou moins hors procédure. Quelques jours plus tôt, il avait en effet appris que Barjow et Beurk, les propriétaires de la boutique, avaient retiré leur plainte, ce qui l'avait fortement intrigué.
Dans ces conditions, les Aurors n'avaient plus vraiment de raison d'enquêter. D'ailleurs, ça avait bien arrangé le chef du département qui clamait haut et fort que jusqu'à ce que les fugitifs d'Azkaban soient arrêtés, rien d'autre n'avait d'importance. Mais Maugrey n'était pas vraiment du genre à écouter qui que ce soit, surtout si son instinct lui disait qu'il y avait anguille sous roche. Il sentait qu'il fallait fouiller et qu'il risquait de tomber sur quelque chose d'important.
Il se fit discret dans la boutique. Barjow était en train de conclure une vente lorsque la cloche annonçant son arrivée retentit. Le vendeur lui jeta un coup d'œil et l'Auror put tout de suite voir sa crispation. Les deux hommes ne s'étaient jamais vus mais Maugrey savait qu'il était facile de deviner qu'il était un Auror. Il avait cette raideur qui ne trompait pas et les missions d'infiltration n'étaient clairement pas pour lui. Il attendit patiemment que Barjow soit libre pour pouvoir discuter et pour s'occuper, il fit le tour des rayons, prenant bien soin de ne toucher à rien. Qui sait quel maléfice pourrait le frapper…
Quelques minutes plus tard, l'homme vint à sa rencontre.
-Monsieur… ?
-Ronald Liott, mentit-il.
-Que puis-je pour vous ?
-Je viens pour discuter de votre plainte.
Barjow sembla mal à l'aise, presque sur ses gardes.
-Nous avons retiré notre plainte, vous ne devriez pas perdre de temps avec cela.
-C'est à moi d'en décider. Si vous me parliez un peu plus en profondeur de cet objet ? Lors de votre dépôt de plainte, vous avez fait un bref descriptif mais vous n'avez amené aucune photo.
-C'est exact.
-C'est un peu léger pour lancer correctement une recherche. Puisque je suis là, pourquoi ne pas me montrer le dossier de l'enregistrement de l'objet ? J'aimerais dans le même temps comprendre ce qu'il a de particulier pour avoir déclenché un vol.
-C'était peut-être juste du hasard. Et puis, je ne suis pas sûr qu'on puisse dire qu'il s'agit d'un vol.
-Comment ça ?
Maugrey fronça les sourcils et l'homme se racla la gorge.
-Eh bien, il a été réglé. C'est… Ecoutez, nous vous avons dérangé pour rien.
-Vous venez porter plainte pour vol pour un bijou qui a finalement été payé ? voulut comprendre Maugrey.
-C'est que nous ignorons qui l'a pris. Il a soudainement disparu et de l'argent est apparu à la place.
-Sans doute une personne souhaitant rester dans l'anonymat, comprit l'Auror. Donnez-moi la fiche d'enregistrement.
Il y eut un silence et Maugrey se demanda si Barjow allait vraiment refuser d'obéir à un ordre d'une personne dépositaire de l'autorité publique. Comme il enquêtait hors procédure, le propriétaire du magasin n'était pas obligé de donner suite à ses demandes, mais il l'ignorait. Alastor trouvait cette histoire de plus en plus étrange. Il observa l'homme, essayant de comprendre ce qui le freinait autant.
-Cet objet n'est pas enregistré, n'est-ce pas ? Comment vous l'êtes-vous procuré ?
Barjow devint blême et Alastor soupira.
-Ecoutez, je me fous de vos magouilles, dites-moi juste ce que ce bijou a de si précieux pour que quelqu'un le vole discrètement.
Il dût insister encore et même sous-entendre de l'amener continuer cette discussion au poste pour que Barjow se décide enfin à parler. Il lui décrivit alors l'objet et avoua que c'était un bien qui appartenait normalement à la famille Black, un bracelet ancien capable de reconnaitre la magie et le sang de cette famille. Comme Alsator s'en doutait, il était baigné de magie noire et avait un pouvoir immense. L'Auror prit un maximum d'informations puis prit congé du plus vieux. Avant son départ, celui-ci s'inquiéta des amendes et autres mesures restrictives que le département de la sécurité et celui du commerce pourraient prendre contre son magasin. Maugrey le laissa sans réponse simplement pour le plaisir de le voir angoisser des jours durant jusqu'à qu'il comprenne que rien n'arriverait.
A présent, il comprenait mieux pourquoi Barjow et Beurk s'étaient rétractés. En y réfléchissant bien, ils avaient dû se dire qu'ils avaient plus à perdre qu'à gagner. Et ils n'avaient pas tort, retrouver ce bracelet mystérieux serait difficile et en s'exposant, les commerçants risquaient pas mal de démêlés avec la justice.
Enfin, cela n'était pas du ressort de l'Auror. Cette histoire de bracelet l'intriguait de plus en plus mais il devrait continuer ses investigations plus tard. Il devait aller au bureau pour prendre ses ordres de mission.
xXx
-Tu vas voir Regulus ? demanda James.
Il eut alors le déplaisir de voir son ami hésiter à lui répondre.
-Oui.
-Cool ! Attends, je viens avec toi.
Le Préfet s'empressa de ranger ses affaires, laissant en plan le cours qu'il était en train de réviser. Du coin de l'œil, il vit néanmoins la grimace fugace sur le visage de son meilleur ami.
-Qu'est-ce qu'il y a ? lui demanda-t-il, interloqué par son comportement.
-Rien, c'est juste… Je pensais y aller tout seul en fait.
-Quoi ? Pourquoi ?
Encore une fois, Sirius sembla hésiter et puis finalement, il soupira et se laissa lourdement tomber sur son lit. James haussa un sourcil.
-Tu sais très bien pourquoi. Ecoute, je n'ai aucune envie d'être entre vous quand il va te massacrer.
-Je… Il ne va pas faire ça !
-Bien sûr que si. Et tu le sais très bien, d'où la raison pour laquelle tu n'as pas envie de te retrouver seul avec lui. Regulus est le pire mauvais perdant que je connaisse et vu la manière dont s'est terminé le match, il risque de l'avoir mauvaise pendant un moment...
James grimaça. Malheureusement, il n'avait pas grand-chose à répondre. Sirius n'avait pas tort mais une partie de lui savait aussi que la défaite des Serpentard ne serait pas la seule explication de la mauvaise humeur du 6ème année à son égard. Il n'oubliait pas qu'ils s'étaient méchamment engueulés tous les deux. Que ça avait plus ou moins dégénéré et qu'ils avaient fini par s'embrasser. Ouais, ils s'étaient embrassés et James avait la sensation de s'être jeté sur lui comme un affamé pour finir avec une incroyable érection. Tout ça pour un baiser… Ce n'était pas son genre de s'enflammer autant pour si peu. Mais il fallait dire que James était plus ou moins frustré dernièrement et que ce baiser n'avait rien eu de chaste. En vérité, ça avait été à la fois tendre, sensuel, sexy et chaleureux. Il eut alors un discret sourire en repensant aux lèvres du Serpentard.
-Eurk, fit Sirius. Rien qu'à ta tête, je devine que tu penses à un truc pervers et c'est absolument dégoutant !
James décida de l'ignorer.
-Si t'es là, il n'osera pas tenter de m'étrangler.
-Bien sûr que si. Je te parie même tout ce que tu veux qu'il tentera de faire pareil avec moi juste après !
Il rigola mais James ne gouta pas à la blague : c'est qu'il appréhendait sérieusement, lui !
-Allez, dis-toi que si tu le vois quand vous êtes seuls, vous pourrez vous faire plein de petits bisous...
-Je… Je t'ai déjà dit, Sirius, que Regulus et moi n'en étions pas encore là !
Comme ils ne s'étaient pas reparlés depuis qu'il avait pris la fuite, James ne savait pas trop ce qu'il se passait entre eux, ni même ce que Regulus désirait.
-Pas de détails s'il te plait, j'ai assez d'images traumatisantes comme ça dans la tête.
-Sirius, le gronda James.
Depuis la découverte des raisons des cauchemars de son ami, James était assez mal à l'aise sur le sujet, n'y voyant pas de quoi rire. Il ignorait comment Sirius faisait pour blaguer. Enfin, il se doutait que comme d'habitude, il ne s'agissait que de façade et d'autodérision.
-Ouais. Enfin, je veux le voir tout seul parce que j'ai aussi des trucs à lui dire.
Il n'en dit pas plus et James respecta sa décision de garder le silence. Il hocha la tête et laissa son ami partir. Il tenta ensuite de reprendre ses cours et de faire rentrer quelques informations dans sa tête mais ce ne fut pas un grand succès. Ce fut pire quand ses camarades revinrent dans le dortoir : ils jouaient à un jeu de cartes et faisaient bien trop de bruit. Comme James n'avait pas particulièrement envie de les rejoindre, il alla faire un tour dehors. Au bout d'un moment, il décida d'aller à l'infirmerie, espérant que Sirius avait eu le temps de dire à son frère tout ce qu'il souhaitait.
Une fois devant la porte cependant, il sentit une certaine appréhension le prendre. Finalement, il soupira et entra. Il ne voulait pas partir défaitiste mais il imaginait le pire, même si ça pouvait également bien se passer. De toute façon, il avait vraiment envie de voir Regulus. La dernière fois qu'il l'avait vu, le Serpentard était blessé, inconscient… Il espérait ardemment avoir de nouvelles images de lui, de le voir sourire, aller mieux. Être serein et heureux.
L'infirmerie était presque vide à cet instant car à part lors des entrainements ou des matchs de Quidditch, ou encore lors de petites épidémies bien particulières, Pomfresh n'était pas trop débordée. Enfin, il y avait également les accidents rares en cours de potion et ceux plus fréquents dus aux escaliers récalcitrants. C'était sans doute une bénédiction pour l'infirmière que les lieux ne soient pas remplis plus souvent. Elle avait beau pouvoir utiliser la magie et avoir un stock de potions très efficaces, être seule pour s'occuper d'autant d'élèves n'était pas une tâche aisée.
James pénétra lentement dans la pièce et repéra très vite le lit où était Regulus. Il ne le voyait pas bien car le rideau étant à moitié tiré mais il distinguait Sirius, assis, la moitié du corps penché sur le lit. Il chuchotait et James ignorait de quoi il pouvait bien parler. En plus du Serpentard, il y avait une autre élève : elle dormait profondément d'après ce que James pouvait voir à travers le trou laissé par les rideaux mal tirés. Il s'installa sur la chaise à côté de ce lit pour ne pas attirer l'attention des frères ni celle de Pomfresh à son bureau et attendit.
Il était curieux de savoir ce que les deux frères pouvaient bien se dire. Intérieurement, il espérait que Sirius réussisse à toucher deux mots à son frère à propos de ses cauchemars, de ce qu'il pensait avoir découvert. Si un homme était mort au Square Grimmaurd peu avant l'entrée de Sirius à Poudlard, Regulus devait être assez grand pour comprendre ce qui se passait et s'en souvenir. James grimaça. Il n'en était pas si sûr finalement. Quand Sirius s'était confié à lui, il lui avait affirmé qu'il n'était pas certain de faire des cauchemars. Il avait un sentiment étrange à ce sujet mais était incapable de le savoir clairement. Cela pouvait être également le cas pour Regulus. A moins que les souvenirs du petit frère soient enfouis plus profondément encore.
Sirius pourrait le savoir lorsqu'il en aurait discuté avec Regulus.
James continua donc à attendre, réfléchissant à ce qu'il allait dire à Regulus. Il allait déjà devoir commencer par s'excuser, sans doute même deux fois… Le Préfet toucha son bracelet et le camoufla sous sa manche avant d'opter pour un sort histoire de le dissimuler carrément. Il savait que le bracelet serait une source de dispute entre eux deux mais le Gryffondor étant incapable de s'en débarrasser. Si Regulus abordait le sujet, il pourrait dire qu'il ne l'avait pas sur lui et qu'ils verraient ça une autre fois. Il restait cette histoire de baiser. James devrait également probablement s'excuser à ce sujet en espérant que Regulus lui sourirait timidement, lui prendrait la main et lui dirait qu'il n'avait pas besoin de s'excuser.
James entendit soudain des bruits de pas et en se penchant légèrement, il vit que Sirius quittait les lieux. Son ami passa à côté de lui et ils échangèrent un bref regard. Sirius ralentit ensuite pour lui faire un signe d'encouragement. En tout cas, c'est comme ça qu'il interpréta son pouce levé. A moins que ce ne soit le signe qu'il avait tâté le terrain et qu'il n'avait pas à s'en faire…
James secoua la tête et se leva. Il n'arrivait pas à croire qu'il appréhendait autant cette rencontre. Mais s'il était honnête, c'était surtout parce qu'il craignait d'être repoussé par Regulus. Cela lui ferait mal mais il ne pourrait rien dire, lui-même ayant déjà fait le coup au 6ème année.
-Salut, Regulus.
Le Serpentard était en train de ranger ses affaires et il se figea, se tournant vers lui avant de froncer les sourcils. Regulus avait une coupure sur le sourcil droit qui cicatrisait déjà et James distingua plutôt difficilement un des hématomes qu'il avait récoltés lorsque le cognard l'avait percuté. Il était d'une couleur jaune qui se teintait légèrement par endroit.
-Tu quittes l'infirmerie ? demanda le Gryffondor.
-Oui, je suis là depuis déjà trop longtemps. Je m'ennuie.
Regulus se détourna et continua à ranger ses affaires. Il n'en avait pas beaucoup mais James avait la sensation qu'il prenait son temps exprès.
-Est-ce que c'est bien prudent ? tenta le brun.
-Pomfresh m'a donné son accord. Je devrais déjà être parti mais j'ai pris du retard pour emballer mes maigres affaires et Sirius est venu me voir.
-Veux-tu que je te raccompagne jusqu'à ton dortoir ?
-Je ne crois pas que ce soit une bonne idée. Et puis, je n'en ai pas besoin.
Regulus lui tournait toujours le dos et cela n'aida pas James à se détendre.
-Eh bien, oui, c'est sûr que les Serpentard rêvaient probablement de m'écarteler au début mais le temps a passé. Je crois qu'ils sont revenus à un point de détestation acceptable.
-Il ne s'agit pas de ça, ou pas uniquement.
Regulus prit son sac et se tourna vers lui.
-J'aimerais que tu restes loin de moi, qu'on s'en tienne au minimum d'échanges et qu'on en revienne à la relation qu'on avait avant que je vienne à Godric's Hollow.
James en resta coi.
-Est-ce que c'est à cause de ce qu'il s'est passé pendant le match ? Je n'ai jamais voulu que tu sois blessé et je pensais juste à éviter le cognard, je te le jure !
Regulus voulut parler mais James n'en avait pas fini.
-Je sais aussi que tu craignais que le bracelet m'avantage mais ça n'a pas été le cas. Tout a été normal. En plus, je ne le porte plus !
Il montra rapidement son poignet avant de baisser sa manche tout aussi vite.
-Il ne s'agit pas de ça.
Regulus voulut s'éloigner mais James lui emboita le pas.
-Quoi alors ?! s'agaça-t-il, et Regulus s'arrêta si brutalement que James faillit lui rentrer dedans.
Le 6ème année se tourna vers lui, le foudroyant du regard.
-A ton avis ?! C'est à cause de ce baiser ! cracha-t-il.
-Tu… T-tu ne voulais pas ?
James étais catastrophé. Il avait interprété ce qu'il s'était passé autrement et il s'en voulait déjà d'avoir fait du mal au plus jeune.
-Arrête de faire comme si ça t'intéressait ! Tu as fais ça pour te moquer de moi, me déstabiliser avant le match ! Je suis sûr que je vais me faire virer de l'équipe maintenant !
-Quoi ? Mais bien sûr que non, je te promets que j'étais sincère ! Comment peux-tu penser ça ?!
-Et tu imagines que je vais te croire ? Je ne suis pas aussi idiot !
Regulus se détourna et quitta l'infirmerie. James le suivit. Il voulait entendre ce qu'il avait à lui dire même s'il avait comprit que ça ne lui plairait pas.
-Il n'y a pas si longtemps encore, tu me repoussais, me faisant clairement comprendre qu'il ne se passerait jamais rien et que tu n'éprouvais rien pour moi. Et tu me dis que tu aurais soudainement changé d'avis et que tu as eu l'irrépressible envie de m'embrasser juste avant le match le plus important de l'année ? En plus, tu es parti comme un voleur !
Regulus continuait de marcher vite, sans le regarder, et James, excédé par toutes ses accusations et son comportement, ne chercha pas à argumenter.
-Très bien. Crois ce que tu veux.
Il le dépassa pour retourner dans son dortoir.
xXx
Une nouvelle semaine commençait et aujourd'hui, le petit groupe d'élus aurait droit à leur deuxième cours de duels. Remus était curieux à ce sujet. Probablement que ceux qui n'étaient pas passés au premier cours allaient affronter le français. Le Poufsouffle avait conscience que la concurrence était rude : il avait beau faire office de favori, cela ne voulait rien dire en fin de compte. Il ferait de son mieux et accepterait le résultat, quel qu'il soit.
De toute façon, même s'il n'était pas choisi pour le tournoi, il était déjà heureux de pouvoir apprendre autant et d'affronter un sorcier aussi fort. Leur jeune professeur était particulier et n'était clairement pas un enseignant traditionnel. Ses méthodes étaient étranges mais il arrivait à intéresser les élèves et à les faire participer activement. La perspective de participer à ce tournoi si prestigieux devait néanmoins beaucoup aider. En étant honnête, Remus pouvait dire qu'il n'était pas aussi impressionné que les autres par le français, mais ce n'était pas pour ça qu'il ne serait pas assidu...
Être parfaitement immergé dans ses cours n'allait pourtant pas être simple car le Poufsouffle venait d'apprendre que sa famille n'était plus placée sous protection. Il s'inquiétait pour sa mère qui ne pourrait malheureusement pas se défendre. Son père avait tenté de le rassurer et Remus ne pouvait que lui faire confiance. Se plonger dans ses cours et dans celui de duels l'aidait à ne pas trop y penser.
Quelques jours plus tôt, Remus avait envoyé une lettre à Maugrey pour le remercier d'avoir veillé sur lui après ce qui s'était passé à Azkaban. Il en avait aussi profité pour lui parler de ce qu'il se passait à Poudlard et du privilège qui était offert à une poignée d'élèves. Maugrey avait mis une éternité à répondre et son rapace avait maladroitement fait tomber la lettre dans la soupe du jour. L'oiseau l'avait alors fixé avec incompréhension et Remus avait soupiré avant de s'en saisir. L'animal s'en était ensuite allé et toute la journée, le châtain l'avait passée en se demandant si la pauvre bête arriverait en un seul morceau chez son maitre. Mais c'était drôle et mignon de voir que malgré la maladresse du rapace, Maugrey le gardait. Il avait plus bon cœur qu'il ne voulait bien le montrer.
Deux jours s'étaient écoulés avant que le châtain puisse déchiffrer la lettre de l'Auror. Simple, courte et concise. Maugrey n'avait pas écrit grand-chose, il semblait même lui avoir répondu par simple politesse, mais cela avait fait plaisir au Poufsouffle. Il avait reçu la lettre juste la veille du match de Quidditch et avait envoyé sa réponse le dimanche soir.
Lui aussi avait fait court.
Je serai sélectionné.
Et il comptait bien l'être.
-Remus !
Le Poufsouffle s'arrêta au beau milieu de couloir et sourit lorsque Sirius le rejoignit. Le Gryffondor avait ce petit air malicieux dans les yeux qui troubla le châtain.
-Bonjour, Sirius, comment vas-tu ?
-Il fait beau, je termine tôt aujourd'hui et on a un cours de duels ce soir. Et puis, cerise sur le gâteau, j'ai le plaisir de te voir alors qu'il n'est même pas encore 9h ! Comment ça pourrait ne pas aller ?
Remus se sentit sourire bêtement et s'en voulut. Sirius pouvait se montrer plutôt redoutable.
-Alors comme ça, tu as hâte pour ce soir ?
-Bien sûr ! Pas toi ?
-Si.
-Hugo Leroy est vraiment génial, dire qu'il est jeune en plus ! C'est sympa d'apprendre avec lui, ça change des cours traditionnels dont on a d'habitude !
-Tu as l'air de l'apprécier, remarqua le Poufsouffle.
-Il est cool, difficile de ne pas le trouver super !
-Eh bien, moi, je ne suis pas aussi élogieux à son propos, lui fit savoir Remus.
Comme il pouvait s'y attendre, cela étonna grandement Sirius.
-Sérieux ? Mais comment c'est possible, tout le monde l'aime bien !
Remus fronça les sourcils. Il se demandait si c'était vrai ou si c'était simplement le brun qui exagérait.
-Ça ne veut rien dire. Et puis, ce n'est pas parce que tout le monde apprécie quelqu'un que je dois obligatoirement l'apprécier. C'était pareil pour toi au début. Tout Poudlard ne jurait que par toi et James, les Maraudeurs. Moi, je ne vous appréciais pas vraiment. En fait, je vous trouvais assez puérils et idiots.
-Ah ouais ?
Sirius se racla la gorge et Remus sourit.
-Je te rassure, j'ai changé d'avis depuis.
-Tant mieux. Mais pour Hugo Leroy, je ne vois pas trop ce que tu lui reproches. Il est impressionnant. Et cool, répéta-t-il au cas où Remus n'ait pas compris la première fois.
Le Préfet-en-chef comprenait bien le point de vue du Gryffondor et n'avait pas forcément envie de débattre avec lui. Il savait que le français était compétent, qu'il avait l'air sympathique et qu'il arrivait à rendre ses cours agréables. Mais Remus avait du mal, il le trouvait sans doute un peu trop donneur de leçons, faisant comme si tout ce qu'il disait et faisait était bien, contrairement aux autres. Oh, Remus savait qu'il pensait ainsi probablement à cause de ce qu'il avait dit sur son père. Il n'avait toujours pas digéré.
-Peut-être mais moi, je trouve que tout le monde en fait beaucoup trop à son sujet. En plus, il n'est pas si cool que ça. Je te trouve bien plus cool et impressionnant mais bon, ma petite voix ne compte peut-être pas.
Il soupira ensuite.
-Je te laisse, il faut que je me dépêche pour la réunion des Préfets.
-Oui, bien sûr, répondit Sirius, les joues colorées. On se voit ce soir au cours de duels !
Remus acquiesça sans voir le trouble de son ami et poursuivit son chemin.
xXx
La journée avait été longue et Remus avait envie d'aller se reposer un peu dans son dortoir avant le cours de duels. Il en fit part à Isabel et Peter qui, de leur côté, se dirigeaient vers la Grande Salle. Remus prit alors congé et prit le chemin de la salle commune des blaireaux. Cependant, sur le chemin, il eut la surprise de tomber sur le cadet des Black qui passa à côté de lui sans le voir, le regard étrangement vide. Il resta immobile quelques secondes avant de se décider à le suivre. Il l'arrêta un peu plus loin et son sourire vacilla légèrement devant l'expression renfermée du plus jeune.
-Bonjour, Regulus, ça va ?
Le Poufsouffle n'obtint aucune réponse. A la place, Regulus détourna simplement le regard, semblant se perdre dans ses pensées. Habituellement, le 6ème année était facile à décrypter pour tous ceux qui savaient faire attention : il était du genre à cacher ses émotions, à se détacher des choses pour se préserver. Remus ne le connaissait pas bien encore mais il était certain de ne pas pouvoir dire qu'en cet instant, tout allait bien pour le plus jeune.
-J'allais me promener un peu, tu m'accompagnes ? lui proposa-t-il.
Bon, ce n'était pas tout à fait exact, mais Remus pourrait toujours se reposer plus tard. Et puis, il doutait de faire grand-chose lors du cours de duels du soir.
Une fois encore, Regulus ne dit rien et se contenta de hausser les épaules. Remus choisit de prendre ça pour un oui. Cela se confirma quelques secondes plus tard lorsque Regulus se mit à le suivre et ils marchèrent un moment, croisant la centaine d'autres élèves qui évoluaient dans les couloirs à la fin de leurs cours.
Il ne faisait pas particulièrement beau aujourd'hui alors Remus n'opta pas pour l'extérieur. De plus, les deux sorciers seraient à la vue de tous et l'article de Rita ne remontant pas à si loin que ça, beaucoup de gens pourraient se faire de fausses idées. Il doutait que Regulus ait besoin qu'on vienne encore l'embêter à ce sujet. Il opta donc pour la roseraie. Il se souvenait y avoir vu Regulus y passer du temps en début d'année. C'était un endroit beau, calme, isolé et un peu féerique.
Regulus observa l'endroit un moment lorsqu'ils y parvinrent. Il déambula entre les allées et s'arrêta finalement devant le mur de roses.
-Je ne savais pas que tu avais déjà quitté l'infirmerie, je suis content de voir que tu vas mieux pour retourner en cours, fit Remus derrière lui.
-Oui, je ne pouvais pas y rester indéfiniment. Je suis même sûr que j'aurais pu sortir avant si Pomfresh n'avait pas choisi de se montrer aussi prudente.
-Il ne faut pas lui en vouloir, une blessure mal soignée peut faire des ravages plus tard.
Regulus ne dit rien et Remus s'approcha.
-Tu n'as pas l'air d'aller bien et j'ai l'impression que ça n'a rien à voir avec ton séjour à l'infirmerie…
-Pas vraiment non, admit Regulus dans un souffle.
Remus se mordilla les lèvres, se demandant si Regulus allait en dire plus. Malheureusement, ils n'étaient pas encore suffisamment proches pour qu'il se permette d'insister. A moins que dans ce genre de situation, il faille ignorer les convenances ?
-Si tu veux te confier, je suis là. Je ne dirai rien si c'est ça qui t'inquiète, tenta-t-il.
Regulus leva les yeux et l'observa, quelques mèches balayant son front alors que ses yeux bleu gris le fixaient avec surprise, comme s'il le voyait vraiment pour la première fois. Remus eut alors l'impression que le Serpentard était enfin prêt à s'ouvrir un peu.
-Tu es gentil. Je comprends mieux pourquoi tout le monde t'apprécie autant.
-Oh, je… Merci.
Remus n'était pas certain de savoir comment réagir à ce compliment.
-Ça doit être bien d'être comme ça, soupira Regulus.
Sans doute que le Poufsouffle n'était pas supposé l'entendre pourtant, Remus l'entendit tout de même.
-Comme ça ?
Regulus fit la moue et alla s'asseoir sur le banc devant le mur de roses. Pendant quelques secondes, il continua d'observer les fleurs devant lui. Il portait encore sa cape d'hiver malgré le beau temps qui arrivait à petits pas. Remus détourna finalement les yeux, ne voulant pas le brusquer. Peut-être que le plus jeune ne désirait pas se confier même s'il était évident qu'il en avait besoin…
-Être aimé, précisa Regulus au bout d'un moment. J'avais quelqu'un de précieux et j'ai l'impression de l'avoir perdu. Qu'il ne veut plus me voir.
-C'est sans doute un malentendu, avança Remus. Parle-lui, reprit-il. Il n'y a rien de mieux que le dialogue pour arranger les choses.
-J'ai peur d'être blessé, avoua doucement Regulus.
Cette confession toucha Remus car elle laissait entrevoir toute la fragilité du Serpentard.
-Tu penses qu'il pourrait te rejeter ? Vous vous êtes disputés peut-être ?
-Je n'avais pas cette impression. Enfin, je ne sais pas si on peut dire ça. C'est juste que j'allais faire quelque chose et je savais qu'il n'apprécierait pas.
-Ce n'était pas fait pour le blesser, n'est-ce pas ?
Regulus secoua la tête.
- Alors explique-lui. Vous vous êtes simplement mal compris.
-J'aimerais que les choses soient aussi simples, souffla Regulus.
-C'est vrai que dans la vie, c'est souvent plus compliqué. Mais quand il s'agit des gens qu'on aime, on se doit de faire l'effort d'essayer.
Regulus sembla méditer ses paroles et Remus fut presque sûr d'avoir réussi à le convaincre. Mais que ce soit le cas ou non, le Poufsouffle avait en tout cas réussi à l'apaiser. En effet, Regulus avait perdu cette mine morose et c'était déjà une petite victoire. Remus finit par se lever et lui proposa de se rendre à leur cours de duels ensemble. Y aller en avance permettrait au Serpentard d'éviter la mésaventure de la dernière fois et ce dernier accepta, grimaçant à ce souvenir.
xXx
-J'ai une idée, lui dit Sirius le soir-même après le repas.
-Est-ce que c'est un truc qui va nous valoir des heures de colle jusqu'à la fin de l'année ?
James et Sirius étaient sur le lit du dernier en train de feuilleter un magazine sportif sorcier. La revue parlait de la prochaine coupe, des favoris et des nouveautés dans ce sport emblématique. Comme il n'était pas très tard, beaucoup de leurs camarades étaient encore dans la salle commune. Habituellement, James se serait fait un plaisir de les rejoindre mais il ne se sentait pas forcément d'humeur, sa discussion houleuse avec Regulus toujours en tête. Le Serpentard avait également tout fait pour ne pas croiser son regard lors du cours avec le français.
James regrettait de s'être emporté. Il aurait dû réussir à rassurer le 6ème année. Il comprenait sa méfiance, même si ça le blessait. Il avait beau avoir pu être ambigu, il n'aurait jamais fait ce genre de chose stupide de jouer avec les sentiments ou embrasser quelqu'un simplement pour le déstabiliser et gagner un match. Cela lui faisait comprendre que le chemin serait compliqué : Regulus n'avait aucune confiance en lui. Cette constatation le rendait assez amer. S'il avait dès le début accepter les sentiments de Regulus et répondu favorablement, ils seraient ensemble depuis déjà longtemps. Ou alors, s'il n'avait pas mis autant de temps à comprendre qu'il tenait à lui et qu'il l'appréciait bien plus qu'un simple ami après sa rupture avec Lily…
James ne voulait pas trop y penser, cela risquait de le démoraliser. Les sentiments de Regulus à son égard étaient forts, il en était certain. Il devait juste lui redonner confiance. Il ignorait encore comment, mais il était certain qu'il devait laisser de l'espace au jeune homme. Cela lui laisserait également le temps de digérer ce qu'il s'était passé.
James observa donc Sirius, à présent complètement désintéressé par les divers articles.
-Qu'est-ce que tu veux faire ? demanda finalement le Préfet.
-C'est au sujet de… Tu sais, mes réminiscences.
James fonça les sourcils.
-Tu pourrais pratiquer la legimancie sur moi, murmura finalement son ami.
James fut si choqué qu'il en avala sa salive de travers.
-Mais t'es malade ?! Je ne sais pas faire ça !
-Mais si, on a eu des cours d'initiation l'année dernière ! En plus, je ne résisterai pas, ce sera simple.
-Bien sûr que non ! Je pourrais casser un truc dans ta tête et tu aurais des séquelles et alo-
-James, l'arrêta Sirius. J'ai confiance en toi. J'ai besoin de savoir mais je suis mort de trouille.
James fut touché par ses mots mais il avait envie de lui dire qu'il fallait qu'il en parle à Jedusor. Après tout, quoi qu'il découvre, il était tenu au secret professionnel. Mais il avait déjà fait cette recommandation à son ami et il doutait d'être plus écouté que les fois précédentes. Sirius avait une sensation étrange vis-à-vis du psychomage, n'ayant pas l'impression de pouvoir se livrer complètement. James ignorait si cela avait un quelconque rapport avec les nombreuses mises en garde de l'esprit.
Il y avait aussi Pomfresh et ils pouvaient avoir confiance en elle mais le problème était qu'elle devrait dénoncer tout acte d'abus ou de violences dont elle aurait connaissance. Quant à Dumbledore, il semblait être constamment occupé et les élèves ne le voyaient pas tant que ça. McGonagall le dirait forcément au directeur et voudrait également prévenir les Aurors, sa morale l'empêchant de taire tout évènement dramatique.
Le Gryffondor souffla. Il sentait que comme d'habitude, il finirait par aller dans le sens de son ami. A force, il se demandait même si Sirius n'agissait pas ainsi seulement parce qu'il savait que James n'arrivait pas à lui dire non.
Le Préfet aurait aimé que Padfoot soit là, qu'il puisse le soutenir et affirmer que c'était une très mauvaise idée. Cependant, depuis quelques jours, l'esprit était absent.
-Tout ira bien, affirma l'ainé de la famille Black.
James aurait aimé en être convaincu.
Ils se mirent d'accord pour attendre la nuit tombée après le couvre feu, lorsque tout le monde dormirait depuis longtemps.
xXx
-James, James lève-toi ! le secoua Sirius.
Le Gryffondor eut du mal à se réveiller. Il avait eu tant de mal à s'endormir que quitter son nid douillet lui semblait impossible. Mais il se rappela bien vite pourquoi Sirius venait le voir au beau milieu de la nuit. Il pensa également au fait que son meilleur ami n'avait probablement pas dormi une seule minute, l'angoisse et l'appréhension l'en empêchant.
Il souffla puis se leva lentement. Sirius vint s'installer en face de lui et prononça un sort de silence. Et puis, il attendit.
James récupéra sa baguette, mit ses lunettes et ferma les yeux quelques secondes pour se concentrer. Comme il l'avait signalé à son ami, c'était quelque chose de dangereux et James avait beau être un sorcier doué, certaines choses restaient hors de sa portée.
-Tu es sûr de toi ? lui demanda-t-il encore.
Sirius hocha la tête sans hésiter et James abandonna tout espoir qu'il se rétracte.
-On va y arriver, lui assura son ami.
James prit une grande inspiration et pointa sa baguette sur lui.
Le Préfet atterrit avec violence dans le souvenir de son ami. Il eut la sensation de se prendre quelques murs et c'était loin d'être agréable. L'endroit était si sombre et oppressant que James se sentait en danger. Il entendit du bruit, quelque chose qu'on cognait dans un rythme régulier. Il comprit bien vite que ça venait d'un placard en bois massif. Il observa alors ce qui se passait autour de lui mais il ne voyait pas grand-chose. Les bruits continuaient et il se concentra dessus, à la fois intrigué et craintif. Il avait peur de comprendre.
La porte de la pièce que le Gryffondor n'avait toujours pas identifiée s'ouvrit brusquement et une petite ombre s'y engouffra pour venir s'agenouiller devant les battants du meuble.
-Sirius, chuchota la voix enfantine de Regulus.
James sentit son cœur battre plus vite. Il observa Regulus enfant, bien avant son entrée à Poudlard, puis regarda le placard et comprit que Sirius était là, enfermé par ses odieux parents.
-Reg' ? retentit la voix de son ami.
Il reniflait et James se sentit mal. Sirius avait dû se sentir tellement seul avant son entrée à Poudlard, avant d'avoir quelqu'un sur qui compter… Il écouta le reste de la conversation, espérant en apprendre plus et notamment ce qui tourmentait tant son ami aujourd'hui.
-Oui ?
-Reg', fais-moi sortir ! le supplia-t-il.
-Je peux pas. Maman va encore te punir, répondit doucement Regulus.
-Tu mens ! s'écria Sirius, et James faillit sursauter.
Il observa ensuite Regulus.
-T'as juste peur de te faire punir alors que moi, c'est pas grave ! lui reprocha encore Sirius.
-Sir-
-Laisse-moi, sale lâche !
Sirius se tut et pleura silencieusement. Regulus resta alors le dos appuyé contre les portes, écoutant la tristesse de son frère. Ils finirent tous les deux par s'endormir.
James sortit du souvenir et essaya d'en attraper un autre. Il l'abandonna tout aussi vite car ce n'était pas ce qu'il cherchait. Il doutait que le premier soit réellement intéressant d'ailleurs. Il cherchait un évènement bien précis et ne devait pas perdre de temps.
L'essai suivant fut plus concluant, du moins il en eut l'air.
Les images étaient encore moins nettes que pour les précédents souvenirs mais le Gryffondor s'y accrocha.
-Fais-le ! retentissait la voix nasillarde de Walburga.
Elle se tenait derrière son fils ainé, la main serrant son poignet avec force. Sirius avait en main une baguette, sûrement celle de sa mère étant donné que les enfants n'obtenaient la leur qu'à leur première rentrée à Poudlard. Ils devaient être dans le grenier et un homme à l'allure misérable était couché par terre, tremblant violement de peur.
-Sirius ! gronda encore Walburga.
L'enfant semblait terrifié, presque autant que l'homme par terre. Il secoua la tête et essaya de se dégager de la prise que sa mère exerçait sur lui, sans succès.
-Une déception jusqu'au bout ! cracha la mère de famille. Ce moldu est une crevure, il le mérite ! Ils sont tous comme ça, déviants et criminels ! Si tu t'en débarrasses, tu seras un héros !
James hoqueta. Il n'arrivait pas à y croire : Walburga espérait-elle que Sirius tue cet homme ?! Pourquoi ? Qui était-il et qu'avait-il fait ?!
-Tu veux que je fasse venir Regulus !? s'impatienta la femme.
Elle s'éloigna de son fils et Sirius se tourna précipitamment vers elle, la panique clairement visible sur son visage.
-Non, je vous en prie, mère !
-Alors fais-le. Ne me déçois pas une fois de plus.
Walburga tourna Sirius pour qu'il fasse face à l'homme qui avait rampé derrière une table de chevet cassée. James ne distinguait toujours pas convenablement son visage, mais il remarqua ses blessures multiples. Il avait l'air à bout de souffle et fatigué. On avait dû lui infliger des doloris ou d'autres sortilèges. Les Black – du moins les parents – avaient vraisemblablement torturé ce moldu.
Pourtant, Walburga continuait de presser son fils encore et encore. Soudain, elle se mit à à hurler et Sirius sursauta. James eut ensuite juste le temps de poser son regard sur son ami avant que celui-ci ne lève sa baguette. Il fut alors éjecté du souvenir, haletant et tremblant. Il ne pouvait pas en voir plus, le souvenir ne le permettait pas. Pourtant, il savait que la clé était là, qu'au moins une partie de la vérité se trouvait-là. Mais il n'était pas assez armé en légilimancie pour y retourner. Le reste, Sirius le protégeait bien malgré lui. Un mur en béton lui faisait face, il ne pouvait pas y retourner. Encore perturbé, James s'engouffra dans un autre souvenir sans même y penser.
-Non, Reg'.
-Pourquoi ? S'il te plait, Sirius !
James observa le regard neutre de son ami au niveau des marches de l'escalier menant à l'étage.
-J'ai déjà dit que tu ne pouvais pas venir, Reg'. Seulement quand ce sera ton tour d'entrer à Poudlard.
-Mais c'est dans longtemps !
Regulus soupira, gonflant les joues pour accentuer son air boudeur.
-Mais non, ça passera vite. Et tu verras, tu auras un professeur encore mieux que le mien.
La voix de Sirius trembla légèrement.
-Il peut venir, ça ne me dérange pas.
Un homme descendit les escaliers et même si ce ne fut pas évident, James reconnut l'homme blessé du grenier. Il était tellement différent en cet instant. Qu'avait-il bien pu faire pour que Walburga veuille se débarrasser de lui ? Et ce fait, par la main même de son fils ?
-Non ! s'alarma Sirius. Maintenant, tu dégages, Reg ! J'en ai marre de t'avoir tout le temps dans mes pattes !
James soupira et sans surprise, regarda Regulus partir, énervé et la lèvre tremblante. C'était tellement dommage que les frères n'arrivent pas à comprendre que tout ce qu'ils faisaient était pour aider l'autre.
-Vous ne devriez pas être aussi méchant avec lui, fit remarquer l'homme à Sirius. De toute façon, vos parents m'ont promis qu'après vous, je pourrai également m'occuper de lui.
James ignorait ce qu'il voulait dire. Quel était le rôle de ce professeur et pourquoi terrifiait-il autant son ami ? Il sortit du souvenir avec comme dernière image, le visage dévasté de son meilleur ami.
Le Préfet respirait fort. Pratiquer la légilimancie était plus fatigant que ce à quoi il s'était attendu. Il était en soi déjà heureux que l'expérience ne se soit pas avérée être une catastrophe. Sirius était dans un état pire que lui : il se couvrit le visage avec ses mains et James savait que c'était pour cacher ses larmes.
-Je l'ai tué James ! hoqueta-t-il.
-Non.
-Mais si, j-
-Non, tu n'en sais rien, répéta-t-il plus fermement.
James s'approcha de son ami et le prit dans ses bras. Sirius s'accrocha si fermement à lui que ça lui fit mal.
-Ça va aller. J'ai confiance en toi, tu es quelqu'un de bien. Peu importe ce qu'il s'est passé avant.
Sirius continua à garder le silence.
-Dis-le, Sirius, exigea James. Je suis quelqu'un de bien, répète-le ! Je ne suis pas un monstre !
Parce que Sirius devait penser le contraire, le Gryffondor en était persuadé.
-Je ne suis pas un monstre, je suis quelqu'un de bien.
-C'est ça. Et tu es mon frère, quoi qu'il arrive.
xXx
Ce qui s'était passé le soir précédent tournait dans la tête de James. Il n'en avait pas parlé à Sirius parce qu'il estimait que son ami avait déjà assez à supporter comme ça, mais quelque chose l'avait perturbé lorsqu'il avait fouillé dans ses souvenirs enfouis. Cette scène avec Walburga obligeant son fils à commettre un acte immonde était si violente qu'il n'avait pas compris tout de suite. En fait, il n'était pas encore sûr de lui, mais cela pourrait expliquer bien des choses. James avait même l'impression que le cœur du problème était là.
Dans les souvenirs de Sirius, dans le dernier plus précisément, il avait remarqué le regard que l'adulte avait porté sur le Sirius enfant. Il avait trouvé ça bizarre sans réussir à mettre de mot dessus. Dans un autre souvenir, sa mère répétait le mot déviant et il savait pour l'avoir déjà entendu que c'était un terme qu'employaient les homophobes pour qualifier les homosexuels. Elle sous-entendait sûrement que le professeur en était un. James n'avait aucun élément pour l'affirmer mais ce regard dans ce contexte… Cela le faisait douter. L'adulte avait posé sur l'enfant qu'avait été son ami, un regard d'où suintait au minimum de l'attirance.
James se souvenait également des propos de Sirius concernant sa mère, comme quoi celle-ci était la pire homophobe qu'il n'ait jamais connue. Elle lui avait rabâché les oreilles à ce sujet plus jeune, lui interdisant d'en devenir un. Son ami, bien malgré lui, avait fini par vivre avec cette crainte de ce que sa mère pourrait lui faire si un jour il s'avérait ne pas être aussi normal qu'elle le désirait. Regulus aussi avait toujours caché sa vraie nature de peur que ses parents le rejettent.
Depuis quelques jours, James s'était abonné à plusieurs magazines dans le même genre que Feminisex. Il se souvenait avoir rapidement parcouru un article parlant des violences sexuelles avant de le sauter, mal à l'aise. Il désirait maintenant le relire parce que certaines de ces hypothèses allaient dans ce sens même s'il espérait se tromper. Mais le dortoir était plus qu'animé, ainsi que la salle commune. James avait donc demandé à utiliser la salle de consultation de la bibliothèque. Il s'agissait d'une pièce fermée où les élèves pouvaient consulter des livres très anciens qui avaient vocation à ne jamais sortir de la pièce. Des élèves s'en servaient également comme salle de travail. Il était facile de l'utiliser, il fallait juste la réserver avant.
James savait qu'ici, il pourrait lire ses magazines autant de temps qu'il le voulait et surtout, sans savoir besoin de surveiller les alentours.
Installé sur un fauteuil, James relisait donc l'article en question. Il eut du mal à le poursuivre et une fois terminé, il le laissa sur la table basse, ouvert sur la page qu'il venait de lire.
S'il ne l'avait pas lu, James ne l'aurait probablement pas cru. Cela l'énervait et il ne comprenait pas pourquoi cela existait. Il savait que ses parents l'aimaient et le protégeaient, mais jamais on ne lui avait expliqué enfant que son corps lui appartenait, que personne n'avait le droit de le toucher, ni de lui imposer quoi que ce soit. Qu'il s'agisse de ses propres parents, de quelqu'un de sa famille, d'un adulte ou même d'un ami, personne ne devait toucher son corps. Mais visiblement, il existait des gens qu'on appelait pédophiles et qui utilisaient l'innocence des enfants pour assouvir leurs désirs. Ils leur faisaient énormément de mal et brisaient ainsi leurs vies.
Néanmoins, même si l'article en avait beaucoup appris au Gryffondor, il ne savait pas jusqu'à quel point cela pouvait l'aider pour le cas qu'il vivait. Il se demandait si ce professeur l'était. Pédophile. Qu'avait-il fait à Sirius pour que celui-ci en soit presque malade de sa présence ? Walburga avait-elle tout appris et demandé à Sirius de se débarrasser de lui pour laver son honneur ou prouver qu'il n'était pas comme ça ?
L'aversion de Walburga pour l'homosexualité avait-elle démarré avant ce supposé incident et alors, ce qui s'était passé n'avait fait que la renforcer ? Ou alors cela avait-il commencé après et Walburga avait simplement mal agi, si on pouvait nommer les choses ainsi…
James soupira, il avait l'impression de trop réfléchir. Il avait réussi à sortir des hypothèses tout à fait abracadabrantesques en essayant d'analyser des regards, des mots. Il se trompait peut-être complètement. Il essayait tellement de trouver une raison à la présence de cet homme, de ce que cachait vraiment la famille Black. Sans doute qu'il ne s'était rien passé mais que l'attitude étrange de l'homme avait fait naitre une certaine peur chez son ami ? Sa mère avait peut-être également eu des doutes et avait voulu agir avant que quelque chose ne dérape.
Ou alors, peut-être que cet homme était innocent et avait été victime d'un crime horrible.
James sentait qu'il allait se monter la tête pendant un long moment encore. Même si le Gryffondor était horriblement inquiet et triste pour son ami, il ne pouvait s'empêcher d'être également un peu agacé contre lui. Comme pour l'article de Rita, le batteur le mettait dans une situation inconfortable. Ce qu'il avait appris la veille était bien trop grave et James ne pouvait pas se taire. Mais s'il parlait, c'était comme s'il trahissait la confiance de Sirius. Ce n'était pas à lui de révéler tout cela mais si Sirius ne le faisait pas, n'était-ce pas de son devoir de le faire ?
Mais à qui en parler ? A qui pouvait-il s'adresser ? Peut-être que ses parents pourraient l'aider… Il observa le magazine sur la table basse, se demandant encore une fois s'il ne se montait pas la tête tout seul. Il ne savait rien au fond. Qu'est-ce qu'il était en train de faire ? Tous les magazines qu'il lisait en ce moment n'étaient-il pas en train de l'induire en erreur ?
Pourtant, il avait un doute et Sirius avait déjà tant souffert, il ne voulait pas passer à côté de quelque chose comme il l'avait fait pour Regulus. James n'était pas sûr de se pardonner un jour de ne pas avoir vu combien le Serpentard avait souffert aux côtés de Rosier. Le blond l'avait agressé sexuellement et se baladait tranquillement dans le château, il continuait sa vie et poussait l'insolence jusqu'à dormir à quelques mètres seulement de son ancienne victime. James aurait aimé éviter cela. Il tenait tellement à Regulus…
Le Gryffondor se prit la tête entre les mains, complètement perdu. Soudain, la porte de la pièce s'ouvrit brusquement et James vit Pamela entrer.
-Excuse-moi, je pensais que la salle était vide. J'ai juste oublié quelque chose hier…
Elle s'arrêta et son regard tomba sur le magazine. Elle eut alors simplement le temps de lire le titre avant que James ne le referme et le range.
-Pas de problème, dit-il simplement.
Pamela se baissa et se releva quelque secondes plus tard, une barrette à la main. Elle fronça les sourcils et observa James en silence.
-Quoi ? lui demanda-t-il.
-Tu lis ce genre de choses.
-Et alors ?
-Tu penses que lire un article t'aidera à comprendre ce que les victimes peuvent bien ressentir ? De toute façon, qu'est-ce que tu peux bien en savoir, t'es un mec.
-Oui, bien sûr comme je suis un mec, je suis insensible à ce sujet ! Ne pousse pas la caricature jusqu'à dire que je suis un potentiel prédateur.
James se leva.
-Et toi, qu'est-ce que tu sais de ce que peuvent bien ressentir les victimes ?
-Probablement bien plus que toi.
James leva les yeux au ciel.
-C'est ça oui, marmonna-t-il avant de partir.
xXx
La semaine s'écoulait lentement, mais ce n'était pas un désagrément pour Regulus. Ce qui l'était en revanche, c'était que le Serpentard avait la désagréable impression d'être revenu à l'époque où il était seul. A sa venue à Poudlard, avant que Rosier ne lui parle, il était seul, comme d'habitude. A croire qu'il ne pouvait vivre autrement.
Pourtant, Padfoot lui avait dit que ce serait différent. Mais même lui l'avait abandonné au final, son gardien en avait eu marre et le fuyait. Et c'était douloureux. Sirius était lui aussi absent, comme d'habitude. Mais Regulus ne lui en voulait pas. Sirius avait l'air d'avoir ses propres problèmes. Il était juste temps que le Serpentard apprenne à se débrouiller seul. Qu'il se fasse ses propres amis, sa propre vie. Il avait cru réussir et c'était sûrement en partie le cas. Par exemple, Severus était génial, bien plus qu'il ne le laissait penser, mais il n'était pas l'être le plus sensible au monde et en plus d'avoir ses propres préoccupations, il semblait mener une petite enquête pour savoir ce qui arrivait à son amie Pamela Alton.
Remus était quant à lui gentil, il ne jugeait pas et c'était facile de lui parler. Mais comme Remus était du genre serviable, il n'osait pas souvent dire non et Regulus avait cette crainte de l'embêter avec ses problèmes. Il était certain que même si c'était le cas, le Poufsouffle ne le lui ferait pas savoir. De plus, il avait déjà abusé de sa bonté dans la roseraie.
Regulus était maintenant déterminé à s'accrocher aux bons côtés de sa vie. Il n'y en avait pas beaucoup, mais c'était suffisant. Il voulait laisser de côté son indécision au sujet des réunions, de sa crainte pour son poste d'attrapeur et du silence de l'esprit. Et de sa déception au sujet de James.
Son ami Edmont et les cours de duels étaient ainsi une bénédiction.
Sans s'en rendre compte, le 6ème année s'était retrouvé à attendre les cours de Hugo Leroy avec impatience. Cependant, ceux-ci se terminaient toujours trop rapidement. C'était étrange de voir que les jours passaient si lentement et que le seul moment qu'on attendait avec impatience s'écoulait toujours bien trop vite. Ce jour-là ne fit pas exception.
Le cours fini, le groupe d'élèves sortit doucement. Aujourd'hui, ils avaient fait cours dans une vraie salle. Depuis la création du groupe en vue d'une participation au tournoi de duels, ils s'étaient tous plus ou moins rapprochés, ce qui ne serait certainement pas arrivé sans l'initiative du directeur. Parfois, Regulus se demandait même si cela n'avait pas été son but initial.
Il ne restait plus personne dans la salle de cours et le professeur particulier rangeait lui-même ses affaires. Pour sa part, Regulus était toujours assis derrière son bureau, incapable de bouger. Il n'avait rien de spécial à faire et n'avait pas envie de retourner dans son dortoir. Comme Sirius le lui avait suggéré, il s'était enfin décidé à changer de dortoir et il avait pris rendez-vous avec son directeur de maison. Il n'était pas sûr de ce qu'il allait bien pouvoir dire à Slughorn, mais il avait le temps d'y réfléchir.
-Vous vouliez me parler, Regulus ?
Celui-ci ne sut quoi répondre. Le français s'était tourné vers lui et attendait visiblement une réponse de sa part et pendant un instant, le regard du Serpentard accrocha le petit oiseau grassouillet qui dormait sur le bureau. Leroy avait installé un coussin moelleux pour son volatile et l'oiseau avait dormi durant tout le cours, nullement dérangé par les bruits.
-Vous êtes curieux, n'est-ce pas ? constata le professeur particulier.
Regulus hocha la tête parce que c'était le cas.
Leroy sourit et alla s'installer derrière son bureau. Il invita alors son élève à faire de même. Regulus fit semblant d'hésiter puis alla récupérer une chaise et se positionna devant lui.
-Eh bien, je pense que le terme le plus juste, même s'il n'est pas exact, est familier. Enfin, pour tout vous dire, Mimie est une espèce bien à part. Albus me l'a donnée la deuxième fois qu'on s'est vu.
-Comment ça se fait que vous soyez si proche du directeur ? lui demanda Regulus.
Hugo caressa les plumes blanches de la créature puis porta un regard doux sur le Serpentard. Regulus s'en sentit troublé. Il se retint à grand peine de triturer ses doigts, mal à l'aise. Il se rendait compte à présent qu'il était en tête à tête avec son professeur et qu'il l'embêtait probablement. Peut-être qu'il avait pitié de lui et n'osait pas le mettre dehors…
-Je… Oubliez, ça ne me regarde pas.
-Ne vous inquiétez pas, je peux vous répondre. De toute façon, il n'y a pas grand-chose à dire. J'ai vu Albus pour la première fois peu après mon entrée à BeauxBatons. Il venait pour une visite dont j'ignore le motif. J'avais déjà entendu parler de lui et je le trouvais aussi impressionnant que ringard. Ses vêtements… les porter devrait être considéré comme un crime ! rit-il, et Regulus s'autorisa à sourire discrètement.
Paris était considérée comme la capitale de la mode, certainement que les tenues du directeur avait dû être considérées comme une véritable agression visuelle là-bas !
-La visite a été brève et à part un bonjour, je n'ai pas eu d'autres échanges avec lui. Et puis, il est revenu et m'a parlé. Je n'ai pas compris pourquoi je l'intéressais plus qu'un autre élève. Il m'a montré Mimie en me disant qu'il avait entendu beaucoup de bien de moi, de mes résultats scolaires et de tout un tas de choses. J'ai trouvé ça bizarre alors j'ai refusé de la prendre même si j'en avais envie. Mais un de mes professeurs m'a encouragé, me disant que cet oiseau était une variété rare se classant dans la catégorie « familier de compagnie ». Alors j'ai dit oui, j'avais l'impression qu'il ne fallait pas passer à côté de l'occasion. Albus est revenu encore plusieurs fois après, pas avec des cadeaux, mais cherchant juste à me parler. Il était maladroit et ça me faisait fait rire. Il était sympa alors je suis devenu ami avec ce vieil homme même si je trouve la situation encore étrange aujourd'hui. Il ne le sait pas, mais j'ai fait des recherches et je pense que s'il est si gentil avec moi, c'est parce qu'il était proche de mes grands-parents. Enfin, c'est ce que je suppose. Il y a de la mélancolie dans ses yeux quand il me regarde parfois.
Regulus continua de l'écouter, surpris. En posant cette simple question, il n'aurait jamais pensé que le français lui répondrait de manière si honnête. Il était bavard et sans tabou. Probablement qu'il pouvait l'être car il ne se considérait pas comme le professeur de Regulus. Pas complètement en tout cas.
Les révélations de Leroy étaient surprenantes : il n'avait jamais imaginé le directeur de l'école ainsi. Mais il était vrai que Dumbledore avait eu une vie avant d'être directeur de Poudlard. En fait, à part ce qu'on en disait dans les livres, peu connaissaient réellement le grand sorcier. Qui était-il vraiment ? L'intérêt qu'il avait pour le français était intriguant.
-Pourquoi ne pas lui demander directement ? tenta Regulus
Il ne comprenait pas que le blond reste dans l'ignorance ainsi.
-Je ne le sens pas prêt à en parler. Et peut-être qu'au fond, je m'en fiche.
L'oiseau gazouilla, se réveillant de sa longue sieste.
-Mimie a presque 10 ans aujourd'hui. J'ai fait des recherches après l'avoir eue et c'est même elle qui m'a inspiré ma vocation d'explorateur. Découvrir les différentes espèces de notre monde, les lieux, la faune et la flore. Comment la magie change les espaces et les espèces !
-Et qu'avez-vous découvert depuis que vous travaillez ?
Regulus était toujours aussi sceptique quant à ce choix de vie et son opinion se reflétait parfaitement sur son visage. Cela fit sourire Hugo qui se colla au fond de son dossier.
-Ne soyez pas si fermé !
Il se leva, se déplaçant pour aller récupérer des bricoles dans sa malle mal rangée. Pendant ce temps-là, Mimie avança vers le Serpentard et Regulus resta immobile.
-Tenez !
Hugo Leroy lui passa une petite boule rose moelleuse et Regulus la fixa, les sourcils froncés.
-Qu'est-ce que c'est ?
-Je n'en sais rien du tout ! rigola le professeur particulier. Appuyez fortement dessus.
Regulus s'exécuta et un grondement sourd en sortit, effrayant le familier et surprenant Regulus.
-Je pense que c'est un système d'auto-défense. La zone où je l'ai trouvée en était truffée. Ça doit servir à éloigner les indésirables. Dans ce même lieu, j'ai fait la rencontre d'une licorne.
Les yeux de Regulus s'agrandirent et le professeur comprit qu'il avait réussi à intéresser le Serpentard. Pendant un long moment, ils parlèrent donc de ses aventures, Regulus n'étant pas avare en questions. Le 6ème année joua aussi un peu avec Mimie, lui donna à manger, et tenta de ne pas perdre sa main par la même occasion.
-Que diriez-vous de m'accompagner ? Vous vous rendrez mieux compte en voyant par vous-même, c'est vraiment magnifique ! lui proposa soudainement Hugo.
-Aller où ? s'étonna Regulus.
-Là-bas !
Leroy montra la boule rose moelleuse et Regulus comprit que le professeur particulier lui proposait d'aller dans le lieu qu'il avait visité récemment. Regulus hésita. Il était curieux et le discours de Leroy l'avait rendu envieux. Depuis qu'il était né, il n'avait jamais rien connu d'autre que Londres, Poudlard et le village magique. Oh, bien sûr, il y avait eu ces quelques visites chez ses cousins et cousines mais le 6ème année n'en gardait pas forcément un très bon souvenir.
-Je ne suis pas sûr de pouvoir, admit-il pour ne pas avoir ni à refuser, ni à accepter. Les élèves ne sont pas autorisés à sortir de l'enceinte du château sans autorisation.
-Si ce n'est que ça, je peux parler à Albus ! Ça en vaut vraiment la peine. Je devrais peut-être également le proposer à vos camarades.
-Je ne suis pas sûr que ça en intéresse beaucoup…
En réalité, Regulus connaissait bien deux personnes qui seraient folles de joie à cette idée mais il n'avait aucune envie de les avoir à ses côtés. Enfin, surtout James. Mais comme les Maraudeurs fonctionnaient toujours par paire…
-C'est dommage. Je me renseignerai pour vous.
Regulus voulut rappeler au français qu'il n'avait pas encore accepté mais au final, il garda le silence. Il voulait déjà voir si le directeur allait accepter un projet aussi fou.
Pendant plusieurs minutes encore, Leroy lui parla de ce mystérieux endroit, permettant à Regulus de se l'imaginer. Malheureusement, il fut bien vite l'heure pour les deux hommes de se séparer, l'heure du repas approchant.
xXx
Marlene était épuisée. Elle n'avait pas eu conscience avant que garder un si lourd secret serait aussi fatigant. La seule personne au courant de ce qu'elle avait fait la laissait se débrouiller seule et c'était sans doute pour le mieux. Marlene n'était pas supposée avoir trop de contacts avec le psychomage. Elle l'avait rarement vu ces derniers temps, même pour ses séances. Il était occupé et avait revu son emploi du temps pour l'alléger un peu. La Serdaigle ignorait ce qu'il préparait exactement mais elle avait entendu dire qu'il avait rencontré quelques familles de Sang-Pur plutôt réputées au cours du mois dernier. Mais ce n'était pas ses affaires.
Au-delà du fait qu'elle trouvait le traitement des sorciers qui n'étaient pas en d'accord avec la politique menée par le Premier Ministre magique assez dure, Jedusor et elle n'avaient pas grand-chose en commun. Cela dit, ça n'empêchait pas le psychomage de faire correctement son travail. Effectivement, en séance, tout se passait très bien. Marlene, comme beaucoup d'autres élèves, avait l'impression d'avoir fait des progrès, de voir un avenir plus clair et d'être, en quelque sorte, enfin en paix avec elle-même.
Peu importe que ce soit difficile en ce moment, elle savait qu'une fois que son frère serait en sécurité, ça irait mieux.
Sa famille pourrait enfin être heureuse et elle aussi.
Cette pensée tournait en boucle dans sa tête, comme un leitmotiv pour continuer de s'accrocher. Et alors qu'elle entrait dans la bibliothèque, elle pensait encore à son frère et à sa potion qui serait bientôt prête. Une fois que Dorian aurait sa baguette, il pourrait se débrouiller seul pour beaucoup de choses. Cela signifierait aussi moins de stress et d'absences pour la Serdaigle.
Marlene s'attabla seule. En ce beau mois de mars, avec le temps extérieur agréable, beaucoup d'élèves préféraient étudier dans le parc quand les plus sérieux ou les moins friands de la foule privilégiaient les salles communes ou la bibliothèque. La Serdaigle soupira et après avoir déposé ses affaires, alla chercher les documents qu'il lui fallait pour son devoir de potion. Ses notes n'avaient pas baissé malgré son emploi du temps bouleversé. Marlene était studieuse et tenait à le rester. Une baisse de ses notes alerterait forcément car ce n'était pas quelque chose qui lui ressemblait. Déjà que son refus de participer au cours de duels interrogeait encore…
Elle devait à tout prix se faire discrète après ce qui s'était passé à Azkaban mais elle ne devait pas s'effacer pour autant, ni fuir ses amies.
Celles-ci le lui avaient bien fait remarquer et Marlene voulait faire un effort là-dessus. Pendant un instant, elle repensa à la conversation qu'elle avait eue avec Lily. C'était bien son amie de se soucier autant d'une fille comme Pamela, si décalée et polémiste.
En revenant à sa table, elle remarqua justement la venue d'Alton et de Snape. Elle sourit, doucement amusée par cette coïncidence.
Alton était particulière. Lorsque la Serdaigle pensait à elle, les mots « fille facile » et « provocante » venaient en premier. Mais après sa discussion avec Lily, elle ne pouvait s'empêcher de se dire qu'elle n'avait pas à la juger. Elle-même avait dû subir le jugement et les racontars des élèves de Poudlard quant à sa relation avec Sirius. Bien entendu, elle n'avait jamais été affabulée de tels sobriquets, mais ça n'était pas passé loin. Ce qui était assez déroutant quand on savait que pas mal de filles auraient tout donné pour être à sa place… C'était aussi désolant de voir qu'elle était aussi prompte à juger que les autres, peu importe qu'elle sache ça douloureux.
Personne n'était parfait.
L'adolescence faisait aussi souvent des ravages.
Non loin d'elle, Alton et Snape avaient l'air complice alors qu'ils partageaient quelque chose à propos d'un cours. Du moins, c'est ce que supposait la Serdaigle. C'était étrange de voir Severus si sociable, tout comme Pamela.
-Ils vont bien ensemble, souffla-t-elle sans s'en rendre compte.
Elle sourit, elle-même surprise. Elle qui avait cru encore en début d'année que Severus serait fou amoureux de Lily pendant 20 ans encore sans jamais oser le lui avouer ! Mais lorsqu'elle voyait les deux amis ensemble, elle n'en était plus sûre. Beaucoup de ses certitudes n'en étaient plus. James et Lily n'étaient plus ensemble également. Tout était possible.
Le regard de Marlene se porta de nouveau sur Pamela, doucement curieuse. A bien y réfléchir, Alton et elle ne s'étaient pour ainsi dire, pratiquement jamais adressées la parole. Pourtant, elles avaient une amie commune en la personne de Dorcas et faisaient partie de la même maison. Toutes les deux étaient de brillantes sorcières aux forts caractères et n'appréciaient pas plus que ça le Quidditch. Séductrices, intelligentes et féministes, c'était déjà beaucoup plus de similarités qu'avec certaines personnes qu'elle côtoyait depuis longtemps.
Alors pourquoi n'avaient-elles jamais fait l'effort d'apprendre à se connaitre ?
Enfin, la 7ème année ne l'avait pas fait. Et pour être honnête, elle n'avait pas laissé de chance à la blonde de le faire.
Alton se leva, laissant Severus commencer à travailler pour aller chercher un document, tout comme la Serdaigle précédemment. Leurs regards se croisèrent et Marlene se rendit seulement compte à ce moment-là qu'elle les avait observés trop intensément et bien trop longtemps. Severus, mais surtout Pamela. La fille pour qui une semaine auparavant encore, elle n'avait aucun intérêt. Elle sourit pour ne pas avoir l'air d'être prise sur le fait puis se concentra pour de bon sur son fichu devoir de potion.
xXx
-Lily ne mange pas avec nous ? s'étonna James.
Sirius releva la tête de son assiette qu'il n'avait pas encore touchée pour observer la table des lions. Effectivement, la rousse n'était pas là. Il n'eut cependant pas à la chercher longtemps : elle était à la table des vert et argent avec Severus. C'était étrange sans l'être. Beaucoup d'élèves mangeaient avec leurs amis et de ce fait, se mélangaient aux tables des autres maisons de Poudlard. Mais cela arrivait de plus en plus souvent que Lily le rejoigne. Elle semblait même être accueillie avec de moins en moins de froideur par les vert et argent et c'était comme un pas de côté supplémentaire dans leur amitié particulière. Sirius ne dit rien et jeta un coup d'œil au Préfet de sa maison. Il sut immédiatement le moment où James repéra à son tour son ex copine. Il sembla troublé, mais aucune autre émotion ne passa sur son visage. Il détourna ensuite rapidement les yeux.
Sans doute tournait-il enfin la page.
-Quelqu'un a lu l'article de Rita ? demanda le capitaine de Quidditch pour changer de sujet.
Le dernier article de Rita Skeeter faisait beaucoup parler. Il était très différent de ce qu'elle avait l'habitude de faire, un autre style. Apparemment, la Serdaigle avait bossé dessus depuis des semaines. Il n'était pas aussi racoleur ni agaçant que les précédents et pourtant, beaucoup se refusaient à le lire. Mais même dans ces circonstances, il continuait de rester sur les lèvres de chacun.
L'article affirmait que cette année, la récompense serait moins élevée pour le gagnant du tournoi de duels car il aurait la possibilité d'avoir une alternative. Il pourrait se voir offrir un animal magique.
Un être majestueux et puissant.
L'article n'en disait pas beaucoup plus. Une manière étrange de garder le secret et de nourrir les imaginations. Certains certifiaient que la journaliste ne savait pas grand-chose et n'avait pas de réel scoop, juste des rumeurs à propos d'un futur évènement qui ferait grand bruit.
Qu'il plaise ou pas, une fois de plus, le papier de l'apprentie journaliste ne passait pas inaperçu.
Le tournoi de duels avait lieu tous les ans et c'était au fil des années devenu un évènement très important pour la communauté magique de Grande Bretagne. C'était souvent spectaculaire, une démonstration de force et de puissance. Il était impressionnant et inspirait les jeunes sorciers.
Et puis, il y avait la récompense. La somme changeait d'une année sur l'autre et avant que Sirius ne devienne « pauvre », il aurait trouvé le montant ridicule. Mais les choses avaient changé et Sirius voulait, ou plutôt avait besoin, de la récompense maintenant. Penser à son avenir n'avait pas été angoissant depuis bien longtemps et s'il arrivait encore à le cacher, il ne savait pas si ça durerait.
S'il parvenait à remporter la récompense, peu importe qu'elle soit moins importante cette année, ce serait déjà ça. Il ne voulait pas dépendre éternellement de la famille Potter. Certes, Sirius avait été très touché quand son ami lui avait proposé de venir se réfugier chez lui cet été. Néanmoins, c'était une situation temporaire : il devait pouvoir s'en sortir seul pour être complètement maitre de sa vie.
Le groupe d'amis échangea alors sur le concours de duels et les potentiels sélectionnés.
-D'ailleurs, maintenant que j'y pense, Regulus est resté après le cours de duels, fit remarquer James discrètement à son ami. Tu ne trouves pas ça bizarre ?
Sirius haussa les épaules, pas plus interloqué que ça. Si Regulus avait envie de rester plus longtemps pour essayer de grappiller des points et espérer ainsi être sélectionné pour le tournoi de duels, c'était son problème. C'était même positif. Sirius avait vraiment envie d'être choisi, mais il savait que c'était tout aussi important pour son jeune frère. Leurs raisons divergeaient cependant.
-Tu ne trouves pas ça bizarre ? répéta James.
Si Sirius devait être honnête, c'était surtout l'attitude de James qu'il trouvait étrange. Enfin, sans doute qu'elle ne l'était pas tant que ça maintenant qu'il savait plus ou moins ce qui s'était passé - ou ce qui se passait ou ce qui allait se passer - entre son meilleur ami et son petit frère. A ce sujet, il était pour ainsi dire, dans le flou total. James ne devait pas être plus avancé que lui d'ailleurs. Sirius avait appris que ça ne s'était pas bien passé entre eux à l'infirmerie mais il ne savait pas ce qui avait merdé, James n'étant pas rentré dans les détails.
Il avait tenté de le rassurer : c'était Regulus. Il prenait tout bien trop à cœur. Il fallait lui laisser le temps de se calmer. Et si James avait fait un faux pas, eh bien, il n'avait pas fini de s'excuser. Le batteur s'était attendu à cette conclusion en sortant de l'infirmerie car il connaissait bien son petit-frère. Regulus avait perdu, il s'était blessé et avait horreur de se montrer démuni, faible. La sollicitation de James passait sans doute mal, surtout s'il s'était montré maladroit, et c'était bien le genre de son ami. Il ne fallait pas oublier la totale naïveté de Regulus et son incapacité à comprendre les gens.
De son côté, James était gêné de parler de sa relation avec le Serpentard et Sirius devait presque lui arracher les informations de la bouche. Le batteur ignorait si c'était le fait de ne plus être tant amoureux de Lily que ça qui le déstabilisait, celui d'être intéressé par un garçon ou que la personne qu'il convoitait s'avérait être son frère. Sirius s'en amusait assez.
-Ne sois pas jaloux, Jamie, c'est trop tôt pour que ce soit considéré comme mignon ! s'amusa-t-il.
James grommela et cela le fit rire. Son ami prenait ça bien trop au sérieux. Lui avait trouvé la bonne astuce pour ne pas que ça devienne tabou ni un truc horriblement gênant.
-Je te taquine, James. Reg' a toujours été trop sérieux. Il doit juste inonder Leroy de questions chiantes.
Il passa un bras autour des épaules de son ami pour appuyer ses propos et James lui sourit en retour. Leur complicité semblait avoir grandi depuis que Sirius avait partagé certains de ses démons avec lui. James lui en était reconnaissant et lui avait promis de l'aider. Malheureusement, ils pataugeaient assez sur le sujet. James n'était pas assez bon en occlumens ni en legimens pour pénétrer convenablement et avec succès l'esprit de son ami. Quant à Sirius, ses barrières – créées par son subconscient – étaient si fortes que s'en était impressionnant.
Les deux amis n'avaient donc pas réitéré l'expérience et cherchaient une autre manière de faire. Sirius refusant de mettre qui que ce soit d'autre dans la confidence, la tâche s'avérait plutôt ardue.
-Vous êtes bizarres tous les deux, pointa soudain Frank.
-Pas du tout, nia Sirius.
Il se pourlécha ensuite les lèvres lorsque les plats apparurent. Il n'avait pas beaucoup manger ce midi et avait eu le sentiment de mourir de faim une bonne partie de l'après-midi. Il ne savait pas si son ami était autant affamé que lui mais James n'attendit pas plus longtemps pour attaquer son assiette. En le voyant couper sa viande, Sirius remarqua le bijou à son poignet et fronça les sourcils. James sentit alors son regard sur lui et eut le reflexe étrange de lâcher ses couverts et de poser ses mains sur ses genoux sous la table pour se soustraire aux yeux gris du Gryffondor.
-Quoi ? fit-il avec quelque chose d'incisif dans la voix.
-Rien. Enfin, je ne savais pas que tu l'avais encore, répondit Sirius.
-Quoi donc ?
-Ce bracelet. Regulus semblait pourtant vouloir le récupérer à tout prix avant le match, il ne te l'a pas dit ?
-Je sais qu'il cherchait à me parler mais on n'a pas trouvé le temps.
-Pas eu le temps ? rigola Sirius. Vous n'avez pas parlé avant de vous embrassez, ni après ? Eh bien, je ne vous pensais pas si passionnés, chuchota-t-il, amusé.
-C'est compliqué, tenta d'expliquer James.
-Mouais. Va vite le voir pour le lui rendre, il m'a dit que ce n'était pas un bijou magique très sain. Je pense qu'il compte le retourner au Square.
-Tu as raison, je verrai ça avec lui.
Sirius acquiesça et commença également à manger.
xXx
Sirius attendit devant la porte close. Le silence dans le couloir lui permettait d'entendre son cœur qui tambourinait jusqu'à vouloir sortir de sa poitrine. Il souffla, fit quelques pas, et quand la porte s'ouvrit enfin sur Remus, il ressentit un soulagement immense. Il venait d'avoir une discussion houleuse avec James et cela l'avait mis dans tous ses états. C'était le week-end et les Maraudeurs avaient passé une journée plutôt paisible. Cela avait fait du bien à Sirius qui dormait très mal depuis qu'il avait enfin exprimé à voix haute ce qui le tourmentait autant.
La nuit venue, il appréhendait toujours que les cauchemars reviennent ou pire encore, qu'il découvre qu'il avait effectivement tué cet homme. James avait beau l'avoir rassuré à ce sujet, la peur restait là.
Sirius se sentait moins submergé par ses démons mais dans le même temps, il voyait bien l'impact que ses révélations avaient eu sur James. Il avait cette impression qu'il avait transmis son fardeau à son ami et ce n'était pas ce qu'il avait voulu. Sirius avait vite vu la tristesse, le poids de ce lourd secret sur ses épaules. Ce secret trop lourd qu'il n'arrivait pas à porter. Il savait que le temps n'y changerait rien. Culpabilisé, Sirius s'était excusé. Dans un sens, il regrettait d'avoir parlé à James. A cause de lui, son ami n'allait pas bien.
James avait tenté de le rassurer avant de lui avouer qu'il souhaitait en parler à ses parents. Sirius n'ait pas su comment réagir et comme d'habitude, il s'était montré réticent. James avait alors tenté de convaincre un Sirius sourd à ses arguments et cela avait fini par l'agacer.
« Tu ne comprends pas que je n'y arrive pas ! Tu n'imagines pas la situation dans laquelle je suis ! »
Bien sûr que Sirius savait. S'il avait pu, jamais il n'y aurait mis son ami d'ailleurs. Mais il n'était pas encore prêt pour en parler. Il comprenait à peine ce qui lui arrivait. Comment mettre des mots sur quelque chose qu'on ne comprenait pas ? Il se sentait vulnérable et cela demandait de se mettre à nu, de montrer sa fragilité, de se confier. Il fallait faire confiance et il ne faisait pas confiance à grand monde pour l'instant, pas sur un sujet aussi grave.
Mais les mots de James tournaient dans sa tête et peut-être qu'il lui faudrait se faire violence pour les sortir tous les deux de la situation dans laquelle il les avait mis.
-Sirius ? fit Remus, visiblement surpris. Il est tard, qu'est-ce que tu fais là ?
Remus était déjà en pyjama et cela fit sourire Sirius. Visiblement, il avait prévu d'aller se coucher très prochainement. Cela ne l'étonna pas beaucoup que même le week-end, le Préfet-en-chef respecte le couvre-feu.
-J'avais besoin de te parler, avoua-t-il.
Remus sembla inquiet.
-Tu veux entrer ?
Sirius jeta un rapide coup d'œil dans le couloir et se mordilla les lèvres.
-C'est quelque chose d'assez délicat et j'aurais besoin de te parler seul à seul.
-Très bien.
Remus sortit avec lui dans le couloir.
-Qu'est-ce qu'il y a ? Tu m'inquiètes.
-Je… Ca te gêne de parler de Greyback, de ce qu'il a essayé de te faire ?
Remus garda le silence, croisa les bras sur son torse puis s'adossa au mur. Sirius resta face à lui et attendit, se demandant s'il s'était montré trop abrupt. Remus leur avait parlé de Greyback il y a de cela plusieurs semaines mais il n'était pas rentré dans les détails et n'en avait plus reparlé depuis.
-Ce n'est pas que ça me gêne mais ce n'est pas évident.
-Ça a dû être traumatisant…
-Ça l'était, confirma Remus. Ce n'est pas facile tous les jours, surtout depuis que je sais qu'il s'est évadé. J'ai peur pour ma famille, pour moi aussi.
-Comment tu fais pour continuer à sourire après ce qu'il t'est arrivé ? Quand on te regarde, on ne devine pas ce par quoi tu es passé.
-C'est le cas de beaucoup de personnes à qui il est arrivé des trucs horribles, lui fit-il remarquer. Elles ne laissent rien paraître. La plupart du temps, si elles laissent leurs armures s'effriter, elles savent qu'elles ne tarderont pas à s'écrouler.
Il souffla, sa voix laissant deviner son émotion.
-Il y a également la volonté d'arrêter de vivre dans le passé, de vouloir avancer. Ce n'est pas facile tous les jours mais si on arrête d'avancer, on s'écroule.
-Ça a l'air si simple quand tu en parles… Pourtant, ce n'est pas facile de dépasser un trauma.
-Je ne dis pas le contraire. Moi-même, j'ai vu un psychomage pendant deux ans parce que je faisais cauchemar sur cauchemar et que j'avais été si marqué que je m'étais remis à faire pipi au lit. Je ne voulais même plus parler.
Sirius ouvrit de grands yeux. Il n'aurait jamais imaginé une chose pareille ! Mais cela tombait sous le sens : Remus avait eu 5 ans et ce qu'il avait vécu était terrible. Le Poufsouffle lui faisait aussi comprendre en sous-texte qu'il était difficile de s'en sortir sans aide. Qu'on le veuille ou non, ce n'était pas quelque chose dont on pouvait se sortir par simple volonté.
Remus n'ajouta rien et Sirius sentit son regard sur lui. Il n'osa pas l'affronter et pendant un instant, il ferma les yeux, essayant de se montrer fort.
-Je ne comprends pas vraiment ton soudain intérêt pour Greyback et pour ce qui m'est arrivé, reprit-il finalement.
Sirius le regarda, la tristesse visible sur ses traits.
-Je ne dis pas que tu te fiches de ce que je ressens mais tes questions m'interrogent, précisa Remus. Qu'est-ce qu'il se passe, Sirius ?
-Qu'est-ce que tu dirais si…
Il soupira, tentant de prévenir les sanglots qu'il sentait venir.
-Si j'étais à la place de Greyback, si j'étais celui qui avait brisé la vie de quelqu'un, est-ce que tu m'aimerais encore ? Est-ce que ça ferait de moi un monstre ?
Ce fut au tour de Remus d'être surpris, et même choqué par ce qu'il entendait. Il sentit l'importance du moment. Sirius était sur un fil et ce qu'il pourrait dire aurait des répercussions.
-Je dirais que je n'y crois pas, répondit-il alors, touché par l'émotion du Gryffondor. Tu es là, devant moi, et je lis toute la peine et la tristesse dans ton regard. Je n'y crois pas, répéta-t-il. Tu n'es pas un monstre, Sirius, j'en suis sûr.
Il lui sourit et Sirius essuya rapidement les perles salées qui menaçaient de couler sur ses joues. Il lui rendit un sourire bien fragile.
Je ne sais pas quand arrivera le prochain chapitre, quand j'aurais un peu moins de travail probablement ! x)
Bonne fête à tous !
