Absolument rien avoir, mais la Japan expo c'était trop bien, j'ai encore acheté beaucoup trop de choses par contre... !

Ou sinon bon chapitre à vous, un chapitre qui fait plaisir ( plus ou moins ) après les trois gros derniers.


Chapitre 41 :

Ceux qui restent… partie 1

Maugrey pénétra dans la chambre d'hôpital avant qu'on ne puisse l'en empêcher. Il avait passé plus d'un quart d'heure à éviter les infirmières et autres personnels de l'établissement pour ne pas se voir dire une nouvelle fois qu'il était encore trop tôt. Mais qu'est-ce que pensait tous ces gens ?! Il s'était passé quelque chose de très grave trois jours auparavant alors c'était le boulot des Aurors d'enquêter et de trouver très vite des réponses. Pas seulement pour les civils qui attendaient désespérément, mais aussi pour s'assurer que le bureau n'avait rien manqué et que le danger était bien derrière eux.

Son supposé collègue était en train de boire un café avec la médicomage en cheffe et celle-ci devait le tenir au courant de l'évolution de l'état de santé des élèves encore présents. De l'avis de Maugrey, ces deux-là étaient plutôt en train de flirter. Comme si c'était le moment !

Lui avait mieux à faire que courir après les donzelles. Malheureusement, certains de ses collègues ne traitaient pas cette affaire avec autant d'importance qu'elle le méritait. Tout cela parce que les fugitifs responsables de l'attaque avaient été arrêtés ! Greyback avait été tué et Maugrey s'en félicitait, mais en tant que tout nouvel enquêteur émérite et soucieux, il aurait préféré l'attraper vivant. Un cadavre ne parlait pas et il était certain que Greyback aurait eu beaucoup à leur dire. Mais en mourant lors de l'attaque, le loup-garou avait évité le baiser du détraqueur ou encore l'exécution publique que voulait tant lui infliger la communauté sorcière. Ce fou avait déjà fait trop de mal… Ainsi, avec cette fin, il évitait la justice des hommes.

Maugrey était devenu Auror pour cette raison, pour sauver des gens. Les protéger et mettre hors d'état de nuire les mages noires et autres criminels. L'aboutissement des enquêtes, des courses poursuites et des combats se passaient au tribunal, là où les choses commençaient et s'arrêtaient à la fois.

L'Auror se consolait en pensant à Dolohov qui dormait bien au chaud dans sa cellule. Trop faible pour subir un interrogatoire, les Aurors avaient pour l'instant dû le laisser en paix. Ils auraient dû l'emmener se faire soigner à St-Mangouste, mais le chef du bureau avait refusé. A la place, deux médicomages se relayaient pour pouvoir s'occuper de lui et garder un œil sur sa santé. Le bureau ne désirait pas se séparer de l'ancien fugitif par rapport au risque qu'il représentait. Le laisser à l'hôpital leur demanderait de mettre en place une structure trop importante pour surveiller et protéger Dolohov. En effet, il ne fallait pas exclure la probabilité que quelqu'un cherche à se venger.

Maugrey espérait que le vieil homme allait très vite se remettre sur pieds. Pour prendre son mal en patience, le jeune enquêteur comptait bien réunir le plus d'informations possible. Il avait un mauvais pressentiment sur cette histoire et ne voulait pas passer à côté du détail qui changerait tout. De son avis, il y avait encore trop de zones d'ombre. Arrêter les criminels ne voulait pas dire que tout était fini. Il leur fallait encore comprendre comment ils avaient fait pour entrer à Poudlard, quel était leur plan, s'ils avaient des complices et comment ils avaient réussi à ne pas se faire attraper depuis leur évasion spectaculaire. L'Auror n'oubliait pas non plus que le frère de Marlene McKinnon manquait encore à l'appel.

Il ne fallait pas compter sur lui pour déclarer cette histoire bouclée. Il savait bien que même si ses collègues y mettaient moins du leur, cela ne voulait pas dire qu'ils s'en fichaient ou avaient moins à cœur d'en apprendre plus. C'était simplement qu'ils ne voulaient pas s'acharner et désiraient tourner la page de cette enquête catastrophe. Et en soi, une fois tous les criminels mis hors d'état de nuire, que pouvaient-ils faire de plus ? Bien entendu, il restait Dorian et même si cela ne cadrait pas avec le profil, ils comptaient rester vigilants. Mais voilà, c'était fini ou en passe de l'être.

Le jugement de Dolohov, s'il pouvait se tenir, serait ce dont les victimes auraient besoin davantage que la police réveillant des traumatismes. Il ne fallait pas oublier qu'une fois les coupables capturés, les Aurors se devaient de passer à un des autres innombrables dossiers qui les attendaient sur leurs bureaux.

-Bonjour, Mlle Evans.

Il referma la porte et observa un instant la jeune femme rousse qui le dévisageait, les yeux écarquillés. A voir son visage un peu hagard, il semblait l'avoir sortie de son sommeil. Il prit tout de même une chaise et s'installa à côté du lit, près de sa tête. Elle tenta alors de se redresser mais il lui fit comprendre que ce n'était pas nécessaire. Lily lui en fut reconnaissante et Maugrey sut pourquoi en voyant sa jambe gauche enroulée autour d'un halo magique. Ne s'y connaissant pas du tout en médecine, il ne savait pas ce qu'elle avait ni en quoi consistait les soins.

-Comment vous sentez-vous ? demanda-t-il pour la forme.

-Je… me remets doucement.

Il fit un signe du menton pour pointer sa jambe et Lily sembla mal à l'aise.

-J'ai eu des nerfs et un os sectionné par le Basilic. Le venin a compliqué les choses mais les médicomages sont optimistes.

-Très bien.

Il fit une pause, juste le temps nécessaire pour passer aux choses sérieuses sans avoir l'air indifférent.

-Je suis l'Auror Maugrey, je viens pour vous interroger par rapport aux évènements tragiques de Poudlard. Pouvez-vous me raconter ce qu'il s'est passé, Mlle Evans ?

Il ne manqua pas la tristesse dans les yeux verts, et encore moins la manière dont son corps s'était crispé.

-Je ne sais pas vraiment… Tout s'est passé si vite…

-Commencez par le début et n'omettez aucun détail.

Lily comprit le message et de manière un peu brouillonne, essaya de se rappeler exactement les évènements de cette fameuse nuit. L'Auror savait que sa mémoire ne pouvait pas déjà lui faire défaut, il était simplement dur pour elle de se replonger si tôt dans les souvenirs de cette nuit atroce. C'était probablement pour cette raison que les infirmières lui avaient demandé d'attendre. Ces jeunes sorciers n'étaient pas prêts, la plupart étaient encore traumatisés.

Mais l'Auror ne pouvait se permettre d'être trop tendre avec ses témoins. Il avait besoin qu'ils parlent.

Et c'est ce que fit Lily. Elle lui parla de la mission que leur avait donnée MacGonagall et de la raison pour laquelle Remus, Sirius et elle étaient partis voir Hagrid et qui expliquait leur absence du château. Ils étaient restés assez longtemps et avaient donc manqué le début de l'attaque. Elle lui parla de leurs premières interrogations en découvrant les portes fermées à leur retour. Elle enchaina ensuite en parlant de la manière dont ils avaient réussi à arrêter Dolohov. A ce moment, Maugrey la trouva évasive et peu à l'aise.

-Qu'avez-vous fait une fois qu'il a été désarmé ?

-On l'a attaché… et c'est…

Elle détourna le regard, ce qui la rendit encore plus suspicieuse.

-On l'a interrogé pour comprendre ce qu'il se passait. Savoir ce qu'un prisonnier faisait là, continua-t-elle finalement.

-Il vous a répondu ?

Elle acquiesça et Maugrey fronça les sourcils. Il s'avança sur sa chaise et ne la lâcha pas du regard. Il était enquêteur depuis peu mais était un excellent Auror et avait tout de même de l'expérience. Aucun prisonnier ne parlait sans y être contraint ou sans avoir quelque chose à y gagner.

-Et si vous me racontiez comment vous avez réussi cet exploit ?

-C'est…

Lily se mordit les lèvres.

-Il a été…. torturé.

Maugrey put lire la honte dans ses yeux mais il n'allait pas la juger. Lui-même était critiqué auprès de ses collègues et supérieurs pour ses méthodes de travail musclées.

-Qui ?

L'Auror savait que ce n'était pas elle. La culpabilité se lisait sur son visage mais elle n'avait pas trop de difficultés à croiser son regard, signe qu'elle n'avait pas tant à se reprocher que ça.

-Je ne veux pas qu'il ait des ennuis, bredouilla-t-elle.

-Je vous le promets.

Elle le regarda et sembla être convaincue par sa promesse.

-Sirius Black.

Il hocha la tête. Cette réponse lui avait paru assez évidente mais il ne devait faire aucune interprétation. Il lui fallait les faits, juste les faits clairement énoncés.

Il la laissa ensuite continuer son récit et une fois de plus, dans le témoignage qu'il recueillit, il ne fut en aucun cas question de Dorian McKinnon. La Gryffondor lui avait même dit que Dolohov non plus ne leur en avait pas parlé. Cela perturba l'Auror. Trois détenus s'enfuyaient ensemble d'Azkaban et deux seulement fomentaient une attaque contre l'école de magie ? Quelque chose n'allait pas.

La porte de la chambre s'ouvrit soudain et un médicomage entra. L'Auror se leva prestement, sachant d'avance qu'il allait se faire taper sur les doigts.

-Vous ?! Que fai-

Il ne le laissa pas finir et salua Lily Evans avant de s'en aller. Il retrouva son collègue qui le cherchait déjà partout.

-Où étais-tu ?

-Aux sanitaires, répondit-il.

Son collègue savait qu'il mentait, mais il ne voulut pas gaspiller d'énergie à débattre avec lui et enchaina sur autre chose.

-On ne m'a pas encore donné l'autorisation pour Evans mais demain, Dorcas Meadowes pourra recevoir notre visite.

-Très bien.

Et sans rien ajouter d'autre, ils quittèrent Ste-Mangouste.

xXx

Depuis ce qui lui était arrivé, James était alité dans sa chambre. Le premier jour, il avait navigué entre extrême fatigue et tristesse profonde. Le deuxième, il avait beaucoup dormi, s'était réveillé quelques fois pour manger et avait fait une tentative pour se lever afin de voir une autre pièce que sa chambre, sans succès. Son sommeil n'avait pas été réparateur et le jour suivant, il s'était senti tout aussi fatigué mais n'avait plus eu cette impression horrible qu'il allait piquer du nez à tout moment. Il se sentait même de tenir une discussion avec les autres. Hier, à l'inverse, il n'avait eu que peu conscience de sa famille et des frères Black venus tenter de lui tenir compagnie.

Et alors qu'il ouvrait les yeux sur ce jour nouveau, James soupira intérieurement. Est-ce que sa vie allait ressembler à ça maintenant ? Il ne s'était jamais trop intéressé aux loups-garous jusqu'à ce que Padfoot leur raconte ce qui était arrivé dans son monde à Remus. Mais même là, James n'avait fait que des recherches succinctes, par curiosité. Ses maigres connaissances ne lui étaient donc d'aucune utilité à l'heure actuelle.

Il y avait pourtant une chose dont il était sûr, c'était que sa vie serait à présent faite de complications. Que tout pour lui serait dur, plus que pour les autres. Il allait devoir faire face à la discrimination, au rejet, au racisme et bien plus encore. Il espérait être prêt pour ça…

Qu'allait-il se passer à Poudlard ? Pourrait-il y retourner ? L'école allait-elle seulement rouvrir ? Il ferma les yeux, grimaçant au souvenir de ce qu'il s'était passé cette fameuse nuit. C'était encore un peu confus dans son esprit mais quelque chose commençait à lui revenir. Remus avait menti aux Aurors. Quelqu'un d'autre avait-il compris ce qui lui était réellement arrivé ? Hormis Remus qui l'avait affronté et couvert, il y avait Regulus qui devait se douter que s'il était encore en vie, c'était qu'il avait bel et bien été infecté.

Peter avait dû réussir à échapper à Greyback et à rejoindre les autres. Que leur avait-il dit alors ? Il avait dû leur raconter que James s'était fait avoir, c'était logique. Les élèves de Poudlard allaient forcément se poser des questions maintenant. Mais cela ne signifiait peut-être pas qu'ils pensaient que James avait été contaminé. Peter s'était enfui assez vite, du moins assez pour ne pas voir exactement quel sort Greyback lui avait réservé. Cela jouait en sa faveur.

James préférait se dire que rien n'était fait et qu'il pouvait encore espérer que sa vie n'ait pas été complètement détruite alors qu'il oscillait entre éveil et repos forcé. Remus n'avait rien dit aux Aurors et il espérait de tout son cœur que les autorités n'étaient pas au courant de son état. Mais, et ses parents ? Savaient-ils pour lui ? James fut alors envahi par un sentiment inconfortable de crainte et d'appréhension à cette pensée. Il n'imaginait pas ses parents le rejeter mais il ne pouvait être sûr de rien. Avoir un enfant comme lui, ce n'était pas quelque chose de facile à accepter…

De toute façon, même si ses parents ignoraient encore tout de sa condition, il ne pourrait pas la leur cacher très longtemps. James se sentait casser de partout. Il avait dû être dans un état effroyable après sa transformation. Qui donc s'était occupé de lui ? Était-ce uniquement sa famille ou avait-il été obligé de faire un tour à St-Mangouste ? Il priait pour que ce ne soit pas le cas. A l'hôpital, les médecins auraient forcément découvert son état. Du moins le supposait-il. Toute cette histoire donnait mal à la tête au Gryffondor. Il espérait garder son secret intact pour toujours tout en sachant que c'était impossible.

Même ceux qui ne savaient pas finiraient par se douter de quelque chose. Si on le laissait retourner à Poudlard en ignorant sa condition, ses absences le temps de la pleine lune ne passeraient pas inaperçues. Si tout Poudlard savait, le ministère le saurait aussi très vite. Son avenir après l'école de magie serait alors très compliqué. C'était peut-être une bonne chose qu'il n'ait pas commencé à penser très sérieusement à son avenir puisqu'il était clair qu'il n'en aurait pas à présent...

La tête de James était emplie d'interrogations. Il était nerveux et avait besoin de prévoir, d'analyser pour se rassurer. Il pensa soudain à Regulus. Ils s'étaient enfin avoués leurs sentiments respectifs lors de l'attaque de Poudlard, qu'est-ce qui allait se passer pour eux ? Penser au Serpentard lui donna envie de le voir, de l'embrasser. De faire toutes ces choses qu'ils auraient dû faire depuis longtemps déjà. James ferma les yeux, essayant de vider son esprit. Ses parents… Déjà qu'il leur causait pas mal de tracas, il allait devoir faire en sorte d'être un fils exemplaire pour compenser les ennuis à venir qu'il allait leur amener.

Pour Sirius, il se faisait moins de soucis. Il faisait confiance à son ami pour l'aider à se sentir bien, normal. Il ne faisait aucun doute qu'il lui dirait la vérité. C'était son meilleur ami et il aurait besoin de lui pour traverser les embuches qui l'attendaient.

James ouvrit les yeux et tourna la tête. Il observa sa chambre et sursauta en voyant la silhouette assise sur la chaise de bureau.

-Sirius ?!

-Bah oui, répondit celui-ci.

-Depuis quand tu es là ?

-Un moment. Tu avais l'air dans tes pensées. Ça va ?

James prit le temps de réfléchir avant de répondre. Allait-il bien ? Il était vivant et sa condition n'avait visiblement pas encore été révélée au monde entier. Du moins, il l'espérait. Il imaginait mal Remus et Regulus vendre la mèche et ils étaient les seuls véritablement au courant. Pour les autres, cela ne restait que des spéculations. Pour l'instant, tout ce qu'il ressentait était cette fatigue qui, heureusement, le quittait peu à peu. Il allait bien mais James ne savait pas si ce serait le cas demain, dans un mois ou même dans un an. L'incertitude et l'insécurité allaient à présent marquer sa vie.

-Ouais, répondit le Préfet. Mais ça irait encore mieux si tu pouvais m'informer un peu. J'ai l'impression d'être complètement largué... Comment vous avez fait pour vaincre Greyback ? Il y a eu beaucoup de blessés ?

Sirius baissa la tête à ces mots et ne la releva pas.

-C'était vraiment horrible, James…

-Comment va Regulus ?!

A une autre époque pas si lointaine, James n'aurait eu que le nom de Lily à la bouche mais un seul nom l'obsédait à cet instant. Il repoussa les draps et tenta de se lever pour soutenir son ami. Il avait l'impression que Sirius avait plus besoin d'aide que lui. Il semblait si abattu, si triste ! Regulus devait allait bien, il le fallait ! James l'avait vu juste avant de tenter de sortir du château et de sombrer dans l'inconscience avant de se transformer. Greyback avait-il fait un carnage dans le château ? D'autres personnes que lui avaient-elles été mordues ?

-Mon frère va bien, James. Physiquement en tout cas. Comme tout le monde, il mettra forcément du temps à aller mieux...

James souffla, soulagé. Dans son malheur, il se sentait presque chanceux. Lui n'avait pas dû se battre contre un loup-garou et un serpent géant. Essayer de faire au mieux malgré l'absence des profs, faire face à la peur et à l'incertitude d'une bataille improvisée. Le loup-garou raffolait des jeunes enfants, il aimait détruire leur vie et à 18 ans, le Gryffondor estimait qu'il était plus solide et fort qu'un enfant pour supporter ce changement de vie, de condition.

Greyback n'avait pas détruit sa vie en le transformant, James refusait cette idée.

-Et les autres ? Tu ne m'as pas dit s'il y avait eu beaucoup de blessés ?

Sirius releva la tête, croisant enfin son regard, et se passa une main dans les cheveux.

-Lily, elle-elle… a été blessée par le Basilic. Elle est encore à Ste-Mangouste, murmura-t-il.

-Qu'est-ce que tu racontes ?! A quel point c'est grave ?!

-C'est sa jambe, ils n'arrivent pas à la repérer…

-Merde ! jura James qui venait de réussir à poser ses pieds par terre.

Il allait se lever mais Sirius vint finalement près de lui. Le capitaine de Quidditch passa ensuite son bras autour de ses épaules.

-Dis-moi, insista James, pressentant que la liste ne s'arrêterait malheureusement pas à la blessure de Lily.

-Il y a eu pas mal de blessés légers, reprit alors Sirius en s'asseyant sur le lit. Dorcas aussi a fait un saut à Ste-Mangouste mais je crois qu'elle sort aujourd'hui ou demain. C'est une miraculée, elle a eu la chance de ne voir que le reflet des yeux du Basilic dans un des miroirs de l'infirmerie.

-Comment ça ?

James avait été mis hors course assez tôt dans cette bataille et il ignorait beaucoup de choses sur l'attaque en elle-même et encore plus sur le Basilic. Se rendant compte de cela, Sirius prit plus de temps pour lui faire un résumé complet.

Le Basilic… James était presque content de n'être tombé que sur le loup-garou…

-Il n'y a pas qu'elle qui a dû faire un séjour à St-Mangouste. Les autres n'y sont pas restés plus d'un jour après l'intervention des Aurors et des profs.

-Vous avez réussi à les prévenir, c'est super !

Sirius esquissa un maigre sourire.

-Après la bataille, malheureusement. Tom Jedusor a tué Greyback mais il avait eu le temps de s'en prendre à d'autres personnes. Avant que le psychomage n'intervienne, il allait en finir avec Regulus…

-Ça ne serait pas arrivé si j'avais réussi à le vaincre ! ragea James. J'ai vraiment essayé, tu sais ! J'aurais mieux fait d'écouter Peter et de me dépêcher d'aller prévenir les autres pour que personne ne sorte. Pour une fois, il avait raison, ajouta-t-il en soupirant.

Sirius sembla mal à l'aise soudain et James l'interrogea du regard, brutalement inquiet.

-Quoi ?

-Peter est mort, lâcha son ami. Je ne sais pas exactement comment, je sais juste que c'est arrivé après avoir croisé la route de Greyback pour la seconde fois. Alice aussi. C'est… Elle n'a pas eu la chance de Dorcas. Elle a croisé directement le regard du Basilic et Regulus me l'avait bien dit, il tue en un regard. Rosier est mort également lorsqu'il a essayé de lui échapper avec Regulus et deux Serpentard de 2ème année aussi. Et… ce ne sont pas les seuls.

James le dévisagea, sous le choc. Et dire que depuis tout à l'heure, il n'avait pensé qu'aux blessés… Mais une attaque comme celle qu'ils avaient subi faisait trop de dégâts. Des gens mourraient, comme Alice.

Le capitaine de Quidditch sentit une boule se former dans son estomac et sa gorge s'obstruer. Les larmes lui montèrent aux yeux. Et dire que pendant que lui avait tranquillement dormi, récupérant de sa première transformation, ses amis avaient dû faire face au deuil ! Il se sentait si stupide. En fouillant dans ses souvenirs confus, il se rappela alors la tristesse de Remus lorsqu'il avait vu le corps sans vie de son ami. Comment avait-il pu oublier ça ?

-Comment c'est arrivé ? demanda-t-il après quelques instants. Comment ça se fait qu'il y ait eu autant de morts ?!

Et alors, Sirius lui raconta tout ce qu'il savait. Ce qui était exactement arrivé aux professeurs, le fait que les portes du château avaient été bloqué et comment cela s'était passé sans lui une fois qu'il avait été attaqué par Greyback. James apprit dans le même temps que Sirius savait qu'il avait croisé la route du loup-garou même s'il n'avait pas eu trop de doutes à ce sujet. Savoir que Peter avait bel et bien parlé de sa rencontre ne l'enchanta pas mais il ne pouvait pas lui en vouloir. C'était la seule chose à faire sur le coup. Sirius ne vit pas son trouble et continua du mieux qu'il put son discours. Il eut besoin de faire des pauses, mais alla jusqu'au bout.

Les deux amis restèrent ensuite collés l'un à l'autre sans rien dire, se soutenant silencieusement.

-Je ne sais pas si on pourra retourner à Poudlard, souffla finalement Sirius. Pour l'instant, on n'a pas de nouvelle. Les Aurors enquêtent, le ministère aussi.

-Le ministère ?

Sirius acquiesça.

-Pour déterminer l'étendue de la faute de Dumbledore.

-Dumbledore ? Mais c'est absurde ! Ce n'est pas lui qui nous a attaqués et encore moins qui a fait rentrer les fugitifs à Poudlard !

-Il savait pour le Basilic, fit Sirius.

-Comment ça ? s'étrangla James.

-On ne peut pas être catégorique mais il savait comment en venir à bout et il était également au courant pour la rumeur qui courait à ce sujet. Après, de là à affirmer qu'il savait que ce n'était pas une simple rumeur juste parce qu'il savait comment le neutraliser, c'est un gros raccourci… Je pense qu'ils cherchent juste un bouc émissaire. Quelqu'un sur qui porter la faute des défaillances de la sécurité de l'école et de ses élèves. C'était son rôle de nous protéger. Le ministère juge qu'il a failli et il met le paquet. J'ai entendu tes parents en parler avec d'autres parents d'élèves par cheminée il y a deux jours.

-Si Dumbledore va en prison, qu'est-ce qui se passera pour Poudlard ?

-Je ne sais pas. Ce n'est même pas sûr que l'école rouvre…

-Tu penses qu'il y a un risque qu'il finisse à Azkaban ? s'inquiéta James.

-Je ne sais pas, mais je ne suis pas rassuré. Beaucoup de parents se sont retournés contre lui…

-Je n'arrive pas à croire qu'ils soient prêts à s'acharner sur lui plutôt qu'à juger correctement les véritables responsables ! Ce sont bien les politiques ça, avoir des fusibles et les faire sauter quand ça les arrange pour sauver leur peau !

Sirius n'avait pas l'air de croire à une fin heureuse ni vouloir se battre pour la faire triompher. Il avait probablement déjà assez à faire et à s'inquiéter avec ses proches. James pouvait le comprendre. Il était aussi réaliste. Que pouvaient-ils faire pour aider le directeur de Poudlard à se soustraire à ses démêlés avec la justice et le ministère ?

-J'imagine que tout le monde est en bas ? voulut savoir James après un moment. On y va ? J'ai envie de voir mes parents et Regulus.

-Et comment ! Ils seront contents de te voir enfin réveillé et d'entendre autre chose que tes grognements dans ton sommeil ! s'amusa l'ainé des Black.

James lui donna un coup d'épaule, mais rit doucement avec lui. C'était étrange de rire après avoir entendu d'aussi horribles nouvelles mais il en avait besoin.

Il se leva et marcha lentement jusqu'à la porte. Sirius resta derrière lui, attentif. Il semblait craindre qu'il s'écroule d'un instant à l'autre et James chancelait effectivement. Mais après les mauvaises nouvelles qu'il venait d'entendre, il avait le besoin d'être avec ses proches, de s'assurer qu'ils allaient bien, d'être avec eux. Sirius le comprenait.

Néanmoins, James s'arrêta avant de franchir la porte. Il fallait qu'il parle avec Sirius. Il avait l'impression que l'information était restée en suspens au-dessus d'eux depuis qu'il s'était réveillé et James avait besoin de savoir si Sirius savait. L'attitude de son ami n'avait pas changé donc c'était dur à définir. Le Gryffondor avait également besoin que Sirius – s'il en avait la possibilité – le mette au courant de ce que les autres savaient ou pas.

-Qu'est-ce qu'il y a ? Tu te sens mal, tu veux te recoucher finalement ? lui demanda son ami en le voyant figé.

-C'est… Ce n'est pas ça. Je voulais te demander quelque chose mais je pensais que ce serait plus facile que ça, désolé...

-Fais pas ton timide, dis-moi tout, l'encouragea Sirius.

-Est-ce que t'es au courant pour… moi ?

-Quoi ? Que tu es un loup-garou maintenant ou que tu fais des bruits bizarres quand tu dors ? Si c'est pour la deuxième, ça fait longtemps que je suis au courant !

James ne sut comment réagir alors Sirius lui sourit simplement et il se sentit déjà mieux.

-Et mes parents ? Eux aussi sont au courant ?

-Ouais, on ne pouvait pas leur cacher. Comme on ne pouvait pas aller à St-Mangouste et que t'étais quand même blessé, fallait bien qu'on leur explique pourquoi. Si on leur avait servi un mensonge pour justifier ce choix, la miraculeuse guérison de ta morsure et de tes coupures les auraient alertées. Même avec des potions, ça ne guérit pas aussi vite. Surtout que celles que tu avais prises n'étaient pas si puissantes.

-Je comprends, soupira James. Comment… ils ont réagi ?

-Je ne vais pas te mentir, ils ont beaucoup pleuré. Ces quelques jours étaient nécessaires pour digérer. Ce n'est pas qu'ils étaient tristes ou affolés ou même écœurés, je te rassure. Tu connais tes parents, ils craignent juste pour toi et ne s'imaginent pas ce que tu as traversé et ce qui t'attend. C'est normal, le rassura le batteur de Quidditch.

-Oui… Merci.

-De rien, tu sais bien que je suis là pour toi !

Ils reprient alors leur marche et James descendit le cœur plus léger.

Sa mère le vit en premier et poussa un petit cri alors qu'il n'avait même pas fini de descendre les escaliers. Elle appela son mari et Sirius rigola derrière lui. Et alors, James sut que Sirius n'avait pas menti. Peu importe comment ses parents avaient réagi à l'annonce de cette terrible nouvelle. Là, aujourd'hui, il était accueilli comme d'habitude et ça le rassurait grandement. La preuve, en voyant le sourire de sa mère, il savait déjà ce qui l'attendait : le même cirque qu'à chaque rentrée. Une étreinte étouffante, limite humiliante. Mais aujourd'hui, il en prenait largement son parti. Lui aussi avait envie d'un câlin maternel.

-James !

James se coula dans ses bras et respira le parfum rassurant de sa mère. Son père les rejoignit rapidement et les étreignit à son tour. Il sentit sa mère pleurer et le Gryffondor s'en voulut. Il détestait faire de la peine à ses parents. Sans pouvoir s'en empêcher, il versa alors lui aussi quelques larmes.

-Je suis dé-désolé, balbutia-t-il.

Il s'écarta et s'essuya d'un revers de la main.

-Pourquoi t'excuses-tu, mon garçon ? lui demanda son père, les yeux humides lui aussi.

-Pour les problèmes que je vous ai causés et ceux que je vais vous causer à l'avenir…

Sa mère lui caressa les cheveux, prit son visage en coupe et l'embrassa, ses joues baignées de larmes.

-Ne dis pas de bêtises. Nous n'avons jamais pensé ça de toi.

-Nous serons toujours là pour toi et ne cesserons jamais de t'aimer, approuva son père.

James sourit malgré sa tristesse. Il était conscient d'avoir des parents géniaux. D'autres auraient probablement rejetés leur enfant après ce qu'il lui était arrivé. La vie de James ne serait pas simple mais au moins, ils seraient toujours là pour lui.

-Tu dois avoir faim, laisse-moi te préparer un petit encas !

James n'eut pas le temps de répondre que sa mère fila en cuisine. Elle supposait qu'il avait faim pour une raison qui lui était inconnue. Mais James pensait surtout qu'elle avait voulu s'isoler pour lui cacher ses larmes qu'elle avait du mal à arrêter.

Il resta devant son père qui continuait de lui toucher l'épaule et le bras droit, comme pour s'assurer qu'il était là, qu'il allait bien. Enfin, Fleamont demanda à James de se retourner, ce qu'il fit. Il vit alors les deux frères Black les observer silencieusement.

James abandonna aussitôt son père pour s'approcher d'eux, de lui. De la seule personne qu'il n'avait pas encore prise dans ses bras mais qui lui avait terriblement manqué. En un instant, alors qu'il croisait enfin son regard, il fut incapable de se détacher de ses yeux bleu gris. Il sourit, soulagé de constater que Regulus n'avait rien. James s'était senti si mal lors de leur séparation à Poudlard... Regulus avait eu besoin d'aide et malheureusement, le Gryffondor avait été incapable de la lui apporter, ni même d'être un quelconque soutien pour lui. Finalement, le Serpentard s'en était bien sorti et avait réussi à accomplir la mission qui lui avait été donnée.

-Je suis content que tu sois suffisamment en forme pour enfin te lever, lui dit Regulus.

-Oh, ouais. Je me suis dit qu'il était temps que j'arrêter de me faire servir ! Désolé pour les soucis…

-Tu n'as pas besoin de t'inquiéter, je pense que ta mère a adoré prendre soin de toi.

Cela n'étonna pas James. Sirius avait également eu l'air de veiller constamment sur lui et il lui semblait avoir vu quelques fois son père et Regulus. Mais il ne pouvait être sûr de rien. Sa mère revint à cet instant dans la pièce avec des gâteaux et des friandises. Sirius et Fleamont s'approchèrent, ayant soudain un petit creux, tandis que James et Regulus continuaient de se faire face, ressentant tous les deux le besoin, l'envie de s'étreindre, sans pour autant oser le faire.

Finalement, James passa une main dans les cheveux bruns du plus jeune et les trouva soyeux. Il aurait voulu pouvoir cueillir la joue de Regulus qui le fixait toujours. Sa peau pâle ne rougit pas cette fois. Il semblait que le 6ème année avait enfin arrêté d'être gêné. Et même si James ne pouvait pas étreindre Regulus – pas devant ses parents du moins, ou même Sirius – il sentit qu'ils partageaient quelque chose de fort. Ils n'avaient pas besoin de se toucher ni de se parler pour se comprendre à cet instant et Regulus lui sourit soudain. Ses yeux brillaient de soulagement et James sentit son cœur battre plus vite.

C'était bon d'être en vie.

xXx

Lily fut heureuse d'enfin rentrer chez elle. Elle avait l'impression d'être restée bien trop longtemps à Ste-Mangouste. Tout cela pour qu'au final, on lui dise que sa jambe n'était pas complètement guérie et qu'elle devrait subir une autre opération au début de l'été, juste après ses examens. Cela l'angoissait terriblement. Elle n'aurait jamais pensé qu'elle finirait dans cet état après sa confrontation avec le Basilic.

Lily avait pour projet de devenir soit psychomage soit médicomage. Elle avait toujours pensé, naïvement, que la médecine pouvait tout guérir, que la magie pouvait tout résoudre. C'était pour cette raison que le monde magique l'avait toujours fasciné. Là où les moldus étaient limités, les sorciers pouvaient tout faire, leur permettre de rêver plus grand.

Mais la voici qui rentrait d'un séjour à l'hôpital et qu'elle souffrait toujours. Sa jambe était encore abîmée et c'était douloureux quand elle marchait beaucoup ou restait debout trop longtemps. C'était horrible. La rééducation qu'elle avait commencé à Ste-Mangouste l'avait faite pleurer plus d'une fois. La rousse ne s'était pas attendue à ça. Elle avait peur de ce que serait sa vie à présent. Elle sortait à peine d'un long soin qu'elle se demandait déjà si la deuxième opération changerait quelque chose. Serait-elle diminuée toute sa vie ? Elle avait peur.

Les accidents de la vie arrivaient et on ne pouvait malheureusement pas s'y préparer. C'était brutal et il fallait apprendre à vivre avec. Lily ne savait pas si on pouvait s'habituer à un handicap. Probablement que si, quel autre choix avait-on ? Et elle boitait, mais elle aurait pu carrément perdre l'usage de sa jambe. Il fallait qu'elle voit le bon côté des choses. Malheureusement, pour l'instant, elle avait encore un peu de mal.

C'était dur mais avoir sa famille avec elle l'aidait beaucoup. Ses parents étaient un tel soutien pour elle, l'encourageant et lui donnant toujours plus d'amour. Ils avaient été si inquiets ! On ne leur avait même pas donné la possibilité de venir la visiter à Ste-Mangouste. Lily trouvait ça dommage : elle aurait aimé les voir plus tôt. Ce n'était pas rien ce qu'elle avait vécue mais malgré tout, le monde magique n'avait fait aucune concession. Pas de moldus chez eux.

Lily n'avait eu d'autres choix que de l'accepter. Maintenant, elle était enfin de retour chez elle et c'était le principal.

Elle en était heureuse. Même sa grande sœur, Pétunia, de qui elle s'était malheureusement éloignée depuis son entrée à Poudlard, avait fait un pas vers elle. Habituellement, celle-ci s'arrangeait pour être le plus possible chez son copain lorsque sa petite sœur était à la maison, mais pas cette fois-ci. Elle n'avait pas fui. Et si les deux jeunes femmes n'en étaient pas encore à bavarder pendant des heures, à se raconter des blagues ou à se faire des confidences, Lily sentait que Pétunia n'était plus si en colère contre elle. Qu'elles pourraient essayer de renouer. La sorcière savait bien que ce changement d'attitude avait tout à voir avec sa blessure. Mais ça lui allait. Elle avait besoin de sentir toute sa famille auprès d'elle.

Elle adorait passer du temps avec eux, surtout avec sa mère, même si c'était pour équeuter des haricots verts comme elle le faisait à cet instant.

Lily esquissa un sourire puis observa pendant quelques secondes sa mère avant de baisser les yeux sur sa tâche. Severus n'habitait pas loin et elle avait envie de le voir mais elle ne savait pas si la marche la fatiguerait ni combien de temps elle pourrait tenir. Les médicomages lui avaient dit qu'elle devait bouger un maximum sans pour autant forcer et surtout, s'arrêter aux premiers signes de douleur.

Lily soupira. En y réfléchissant bien, elle n'était pas sûre que le père de Severus soit ravi de la voir. Le mieux était qu'elle envoit une lettre à son copain et ils pourraient alors aller se promener ensemble.

-Lily ?

La sorcière releva la tête et regarda sa mère. Plongée dans ses pensées et dans ses haricots, elle n'avait pas remarqué le malaise que semblait ressentir sa mère.

-Maman ? Quelque chose ne va pas ?

-C'est…

Elle se leva et ouvrit l'un des tiroirs de la cuisine.

-J'hésitais à te la donner…

Elle tenait toujours la lettre dans ses mains et Lily put voir le cachet de Poudlard.

-Quand est-elle arrivée ? s'étonna-t-elle.

-Ce matin, une heure avant que tu ne rentres.

-Pourquoi ne pas me l'avoir donnée tout de suite ?

Sa mère s'installa de nouveau face à elle et posa la lettre entre elles.

-Lily, pardonne-moi, mais je ne suis pas sûre d'avoir envie que tu retournes là-bas…

Lily lâcha ses haricots, sous le choc. Elle tendit ensuite sa jambe pour être plus à l'aise et fixa sa mère. Mais que pouvait-elle lui répondre ? Elle comprenait les inquiétudes de sa mère et si elle était honnête, Lily n'était pas non plus très rassurée. Pourrait-elle être de nouveau à l'aise à Poudlard, considérer cet endroit comme sa deuxième maison alors qu'elle y avait vu l'horreur ?

Elle n'en savait rien, mais elle avait besoin de savoir ce que disait la lettre.

Avec hésitation, elle se saisit du papier et après avoir pris une grande inspiration, l'ouvrit. Sa mère resta silencieuse tout le long, attentive. Dès que la rousse reposa la lettre, elle l'interrogea du regard.

-C'est le directeur Albus Dumbledore qui écrit… Il y aura une cérémonie dans deux jours en mémoire des… victimes de l'attaque.

Lily sentit alors ses yeux s'embuer et ne put retenir un sanglot. Elle essuya cependant rapidement ses larmes et essaya tant bien que mal de poursuivre.

-Le psychomage de l'école ainsi que deux autres professionnels vont venir rendre une visite aux élèves… Pour parler de ce qu'il s'est passé et…

Elle ne put finir sa phrase et sa mère se leva pour la prendre dans ses bras.

-Maman, je veux y aller, balbutia-t-elle à travers ses larmes. Laisse-moi y aller, s'il te plait…

Lily voulait pouvoir dire au revoir à ses amis, à ces personnes qu'elle avait connues, parfois brièvement, et qui étaient tombées lors de l'attaque. Elle en avait besoin pour avancer, et même réaliser qu'elle ne les reverrait plus jamais.

Sa mère ne put qu'acquiescer.

xXx

Moins d'une semaine était passée et Remus se sentait toujours aussi mal. Il avait même ce sentiment horrible que la situation ne s'améliorerait pas. Il passait ses journées au lit, au grand dam de ses parents. Il avait seulement fourni un effort lors de la visite de son amie Isabel. Ils étaient sortis de la maison, avaient un peu parlé, mais avaient surtout partagé leur douleur. Être avec elle était agréable parce que tout comme lui, Isabel était dévastée et savait ce qu'il vivait.

Peter était mort.

Et plus que la tristesse, c'était la culpabilité qui clouait le Poufsouffle au lit.

Il ne pouvait s'empêcher de repenser à ce qu'avait été sa relation avec le Gryffondor. A leur lien d'amitié qui s'était distendu, abîmé, et qu'ils n'avaient pas réussi à réparer. Remus s'en voulait de ne pas avoir fait plus d'efforts, de ne pas avoir passé l'éponge pour arranger les choses. Pourquoi s'étaient-ils disputés finalement ?

A cause de Sirius Black.

Remus serra son oreiller contre son torse, une douleur bien connue étreignant son cœur. Tout ça lui semblait dérisoire. Peter n'avait jamais apprécié Sirius ou à l'inverse, il l'avait trop aimé. Et sa déception avait été à la hauteur de son admiration. Sirius ne l'avait jamais considéré, avait même été loin d'être tendre avec lui. Peter en avait souffert et après les excuses du Maraudeur, il avait probablement espéré qu'ils deviennent de bons copains. Il n'y avait pourtant eu aucun rapprochement et Remus ignorait si c'était parce que Sirius n'avait pas voulu ou si Peter n'avait pas osé faire le premier pas.

Mais tout avait vraiment commencé à basculer lorsque Sirius et lui avaient commencé à se fréquenter. Peter, même s'il avait mal agi, l'avait fait en pensant à lui, en voulant l'aider. Il savait quel être égoïste pouvait être l'ainé de la famille Black et Remus reconnaissait volontiers que ses sentiments l'avaient quelque peu rendu aveugle au début. Malgré les mises en garde, il avait persisté pour finalement être déçu et triste. Peter avait réussi son coup et lui avait ainsi permis d'ouvrir les yeux. Mais à cette époque-là, malgré ses dires, le Poufsouffle avait été très déçu par son ami. Il avait trahi son secret et lui avait fait du mal pour prouver qu'il avait raison au sujet de Sirius. Car même s'il avait donné l'info à Rita Skeeter, Remus n'avait jamais su s'il l'avait plus fait pour l'éloigner, et donc le protéger du Maraudeur, ou faire du mal à Sirius comme il lui en avait tant fait. Montrer qu'il avait raison à son sujet, qu'il était une mauvaise personne.

Cela devait être à ce moment-là que les choses avaient changé entre eux. Remus s'était senti moins à l'aise avec Peter. Son obsession pour le Gryffondor l'avait également déstabilisé. Maintenant qu'il y repensait, il se demandait si Peter n'avait pas aimé Sirius, au moins un peu, et si cet amour ne s'était pas transformé en haine.

Tout ce que Peter avait toujours voulu, c'était être l'ami des Maraudeurs. Être aimé, ne plus être invisible, trouver en Poudlard un foyer, une famille. Remus se sentait si triste quand il se disait que sans doute, Peter n'avait pas eu le temps de réaliser tous ses rêves. Il était mort beaucoup trop jeune, comme tout ceux tombés au château. Il aurait dû mettre sa méfiance, sa colère et sa déception de côté. Se brouiller pour des broutilles était contreproductif. Le Préfet-en-chef aurait dû pardonner vraiment à son ami, essayer de le rabibocher avec Sirius. Être plus présent, tout simplement. Ils s'étaient à peine vus les dernières semaines…

Isabel lui avait confirmé que Peter avait très mal vécu cette situation, tout en évoquant le fait qu'il semblait différent ces derniers jours. Plus apaisé, mieux dans sa peau.

Ils auraient dû pouvoir partager ça ensemble, tous les trois.

La porte d'entrée claqua soudain et Remus leva à peine les yeux. Ses parents sortaient rendre visite aux Weasley avant d'aller travailler. Le Poufsouffle aurait dû se rendre chez les Weasley avec eux mais n'en avait pas eu la volonté. Pourtant, ça lui aurait changé les idées et voir du monde ne pouvait lui faire que du bien. De plus, Molly avait enfin accouché de beaux jumeaux, deux garçons nés le 1er avril. Sa mère lui avait dit que c'était la pagaille et qu'Arthur paniquait à chaque instant. Remus se demandait comment se sentait la mère de famille qui se voyait encore une fois privée de cette fille qu'elle attendait tant. Pour sa part, il ne serait pas surpris qu'elle soit de nouveau enceinte rapidement : elle voulait sa fille et la famille Weasley n'était certainement pas en manque d'amour à donner.

Il faudrait qu'il aille les voir car il savait que Molly et Arthur s'inquiétaient pour lui. Il voulait aussi voir les enfants et ces adorables jumeaux. Percy était grand frère à présent ! Cela le fit sourire. Lui était fils unique et ses parents ne pouvaient pas avoir d'autre enfant mais ça lui importait peu. Il considérait les enfants Weasley comme faisant partie de sa famille. Des cousins roux, voilà tout.

Ces pensées lui mirent un peu de baume au cœur et Remus décida enfin de sortir de son lit. Il savait pertinemment qu'il ne pouvait pas continuer ainsi. Le Poufsouffle avait renvoyé la lettre de Poudlard presque deux jours plus tôt à présent. Il avait coché le nom du psychomage qu'il souhaitait avoir en visite. Sans surprise, il avait choisi Tom Jedusor, le psychomage de l'école. Il le connaissait un peu même s'il n'avait jamais eu de séance avec lui mais Peter le voyait et en disait toujours beaucoup de bien. Il pensait être plus à l'aise avec lui qu'avec un total inconnu. Jedusor avait d'ailleurs déjà répondu et devait venir à 15h. Une raison de plus pour ne pas rester dans sa chambre : il devait se laver, ranger un peu et s'occuper pour ne pas avoir à penser à la cérémonie d'hommage du lendemain. Il ne voulait pas craquer aujourd'hui.

Remus fila à la douche, s'habilla sobrement pour pouvoir recevoir le psychomage, rangea la maison pour aider ses parents et décida de lire un livre pour passer le temps. Son estomac se manifesta aux environs de 11h. Il n'avait pas petit déjeuné et la faim commençait à se faire sentir mais malgré tout, Remus n'avait pas envie de manger maintenant. Ou plutôt, il n'était pas très motivé à l'idée de quitter son canapé.

Néanmoins, des coups à la porte d'entrée l'obligèrent bientôt à se lever. Il fronça les sourcils, perplexe. Il était trop tôt pour que ce soit le psychomage et cela ne pouvait pas non plus être ses parents, ils n'étaient pas partis depuis assez longtemps.

Au moment d'ouvrir, Remus eut une hésitation. L'attaque de l'école de sorcellerie l'avait rendu plus méfiant. Il sortit ainsi sa baguette et ouvrit doucement la porte. Greyback était mort et Dolohov était aux arrêts. Des fugitifs d'Azkaban, il ne restait que Dorian McKinnon mais il ne voyait vraiment pas ce que le frère de Marlene pourrait lui vouloir.

Il ne s'attendait donc pas à tomber sur Sirius, James et même Regulus. Il sourit instantanément, heureux comme jamais, et se jeta dans les bras de son petit-ami. Ils ne s'étaient pas trop écrits dernièrement, ayant besoin tous deux de calme et sans doute de s'isoler un peu pour pouvoir digérer ce qu'il venait de leur arriver. Sirius avait également dû beaucoup veiller sur son ami après sa première transformation. James avait l'air d'aller bien et Remus l'aurait également bien pris dans ses bras si Sirius avait consenti à le lâcher.

-Tu m'as tellement manqué ! souffla le brun.

-C'est réciproque, murmura-t-il. Mais il faut que tu me lâches maintenant, Sirius, se mit-il ensuite à rire.

-Encore un peu. Laisse-moi profiter un instant de plus de ce corps de rêve…

Remus rougit. Il aurait pu glousser s'il n'avait pas un si bon contrôle de lui-même et qu'ils avaient été seuls mais Regulus semblait déjà las. Il ne disait rien mais cette scène semblait également le gêné un peu.

En forçant sur ses bras, Remus parvint à se détacher. Il salua alors convenablement les deux autres invités et James lui sourit, le remerciant une fois de plus pour ce qu'il avait fait pour lui. Remus secoua la tête : il n'avait pas besoin d'être remercié. James avait subi le sort que Greyback avait toujours rêvé de lui infliger. Maintenant, le loup-garou était mort au moins. Le Gryffondor était sa dernière victime.

Il invita ses amis à passer au salon et se dépêcha d'aller leur préparer quelque chose à boire. Il les entendit rire depuis la cuisine et en ressentit une impression étrange. Ils parvenaient à rire alors que lui était tout juste capable de sortir et de continuer à s'alimenter. La culpabilité lui nouait l'estomac à chaque instant, asséchait son corps et engourdissait son esprit. Peter était mort alors qu'ils étaient encore fâchés l'un contre l'autre. Il ne pouvait penser à rien d'autre.

Comment pouvait-il passer au-dessus de ça ? Pourrait-il se pardonner un jour ? Certes, il n'était pas responsable de la mort de son ami mais il était responsable de la peine qu'avait ressenti Peter avant sa mort.

Pendant quelques secondes de plus, Remus écouta ainsi les conversations et les rires. Sirius, James et Regulus étaient venus le voir pour le sortir de sa solitude, de sa tristesse et ils apportaient avec eux leurs sourire, leurs joies et cet apaisement dont le châtain avait bien besoin. Il fallait qu'il en profite.

Parce qu'il le devait bien, il alla finalement rejoindre ses invités. Et parce que ça l'inquiétait beaucoup, Remus questionna James, voulant savoir comment il se sentait à présent.

-J'avoue que j'ai encore du mal à réaliser. Je me sens à la fois différent et similaire… J'appréhende assez. J'ignore tout de ce qui va m'arriver, ce que ça va changer concrètement pour moi hormis les transformations au clair de lune, soupira-t-il. Je ne me rappelle rien de la nuit de l'attaque après avoir quitté le château mais la douleur et la fatigue étaient un parfait rappel de ce qui m'est arrivé. Je suis content de ne pas t'avoir fait de mal...

-Moi aussi, sourit Remus. Je n'étais pas sûr que mon plan marche mais j'étais au moins certain d'avoir plus de chances que les autres. Il fallait également livrer Dolohov, on ne pouvait pas se permettre de perdre trop de temps.

-C'était courageux, pointa Sirius. Digne d'un vrai Gryffondor !

-Ce n'était pas gagné, souffla Remus. A la base, avec le groupe de quatre supposé escorter Dolohov, ça ne s'est pas très bien passé. Nott n'arrêtait pas de râler et de sous-entendre que personne ne s'intéressait au sort de Rosier et de Regulus parce que c'étaient des Serpentard…

-Il était encore sur ça, soupira Sirius. Jamais je n'aurais laissé mon frère seul face au danger ! Sois sûr que je serais venu te chercher si tu ne m'avais pas envoyé l'épée avec le message, ajouta Sirius à l'intention de son frère.

Celui-ci hocha la tête, conscient de sa sincérité.

-Il n'y avait pas que ça, Pamela avait également un comportement étrange, reprit Remus. Elle nous a beaucoup ralenti. Je crois qu'elle n'allait pas bien mais je ne sais pas ce qui a provoqué ça... Un moment, elle s'est effondrée d'un coup alors qu'elle se disputait avec Nott.

-Laisse tomber, fit Sirius. Déjà dans la Grande Salle, elle n'avait pas l'air bien. Elle a peut-être juste craqué à cause de la peur.

Remus ne sut quoi répondre. Il pouvait s'agir de ça comme de toute autre chose. Il n'était pas proche de la Serdaigle et ignorait beaucoup de choses sur elle, à commencer par savoir s'il était habituel pour elle de réagir de la sorte lorsqu'elle vivait une situation stressante.

Soudain, le silence se fit entre eux. Alors que les trois invités étaient arrivés de bonne humeur, au fur et à mesure, chacun avait perdu de sa jovialité. Evoquer des sujets douloureux enlevait toute envie de sourire et l'un d'entre eux semblait rester en suspens.

Peter Pettigrow.

Il allait bien falloir qu'ils parlent de lui. Il était mort et c'était un ami très cher au Poufsouffle. Malheureusement, la relation tendue qu'avaient entretenu James et surtout Sirius avec lui ne facilitait pas les choses. Remus ignorait lui-même s'il désirait en parler. Pour dire quoi ? Qu'il avait mal, qu'il s'en voulait atrocement et qu'il ne savait plus où il en était ? Sans s'en rendre compte, Remus recommença à s'enfermer dans sa bulle de tristesse comme avant l'arrivée de ses amis.

-Je suis désolé pour Peter.

Remus tourna la tête vers James, surpris. Il pensait réellement qu'ils n'allaient pas en parler. Le Poufsouffle redoutait d'entendre ce qu'ils avaient de négatif à dire sur le Gryffondor. Pas forcément par méchanceté, mais pour l'aider à relativiser, à dépasser son chagrin. Comme quoi Peter ne méritait peut-être pas ses larmes.

Remus ne sut quoi répondre.

-Ça m'a fait un choc d'apprendre sa mort, continua le Préfet. Je l'ai toujours côtoyé sans forcément m'intéresser à lui. Il me suivait de loin en fait. Je le voyais dans la périphérie de ma vision, toujours quelque part pas très loin, seul, à me regarder avec admiration et envie. Je n'ai jamais cherché à l'approcher, à apprendre à le connaitre, et je le regrette. Je ne lui ai pas laissé sa chance alors qu'il le méritait amplement. Ce que j'avais pris pour de la transparence et un manque de personnalité étaient juste de la timidité et un manque de confiance en lui…

Il marqua une pause et se tritura les doigts. Tout le monde l'écoutait avec attention et Remus se sentit touché par ses mots.

-Lorsqu'on est parti ensemble pour voir ce qu'il se passait dans le château, je n'en ai fait qu'à ma tête. Ma blessure et ma condition, je ne les dois qu'à moi-même. C'était stupide de vouloir affronter Greyback. Peter avait raison mais je me pensais meilleur que lui. Il voulait prévenir les autres mais j'avais l'impression que tourner le dos au loup-garou, c'était comme fuir, pas digne d'un Gryffondor. Il n'était pas courageux mais pour moi, c'était juste sa couardise qui parlait. En fait, c'était du bon sens. Jusqu'à la fin, j'ai été incapable de me conduire correctement avec lui…

-Tu ne devrais pas être si dur avec toi, souffla Remus après un instant. Peter t'estimait beaucoup et je ne pense pas qu'il t'en ait voulu pour la manière dont tu as pu agir avec lui ces dernières années. C'est vrai que tu ne t'es pas forcément toujours bien comporté envers lui mais quand il existait pour toi, tu savais te montrer gentil et c'est qu'il a retenu. Tu lui as donné le vif d'or gagné lors de ton match contre Serpentard. Il en était fier et l'a gardé jusqu'à la fin. Lorsque les médicomages ont emmené son corps, ils l'ont retrouvé sur lui.

-Je n'arrive pas à croire que tu lui as donné quelque chose que tu as gagné en trichant, commenta Regulus à voix basse.

-Je n'ai pas triché ! s'offusqua James. Pas vraiment, nuança-t-il après coup. De toute façon, c'est trop tard pour faire des réclamations !

Tous esquissèrent un sourire. Remus était content des confidences du brun, elles avaient participé à alléger l'ambiance.

-Moi aussi, je l'ai vu avant qu'il ne meure, lança soudain Sirius. J'étais en colère contre lui parce que je pensais qu'il avait abandonné James…

-Je sais, murmura Remus.

Il avait été là, il s'en souvenait très bien.

-Peter et moi, ça ne matchait pas, je ne sais pas pourquoi… Probablement parce qu'on pensait assez stupidement que tu ne pouvais pas nous aimer tous les deux ou alors on craignait que l'autre nous efface de ton cœur, ajouta-t-il à l'adresse du Poufsouffle.

Il souffla, visiblement mal à l'aise.

-Je ne suis pas fier de moi. J'ai même honte de ne m'en être rendu compte réellement qu'après sa mort. En fait, tu avais raison, Remus, je l'ai harcelé. Il se défendait à peine et c'était facile. Je disais trouver ça amusant mais ce n'était pas vraiment le cas, je voyais bien qu'il en souffrait... J'avais juste besoin de me décharger de ce que je vivais chez moi, du mal qui me rongeait. Je me disais que lui devait forcément avoir une famille aimante, qu'il allait se faire consoler, chouchouter. Tu étais également là pour le défendre… Il t'avait alors de quoi pouvait-il se plaindre ? Mais en réalité, presque personne ne faisait attention à lui…

Sirius buta sur ses mots, baissant la tête de honte.

-C'était facile et ça me suffisait. Je suis sûr que contrairement à James, tu ne peux pas dire qu'il m'appréciait à la fin.

-Non, c'est vrai…

-On s'est détesté jusqu'au bout, soupira-t-il.

-Ce n'était pas seulement ta faute, lui fit remarquer Remus en se mordant les lèvres.

-On n'aurait jamais dû se séparer, continua le Gryffondor. Je l'ai abandonné…

Remus avala sa salive.

-Peter… Peter est mort à cause de Greyback, ça ne sert à rien de se fustiger. Je sais que ce n'est pas facile, moi-même je me dis constamment que je ne me suis pas bien conduit avec lui. Mais ce n'est pas ce qu'aurait voulu Peter. Il a beau avoir dérapé parfois, c'était quelqu'un qui possédait un grand cœur.

James, Sirius et Remus hochèrent la tête. Ils ne devaient pas s'en vouloir et essayer d'avancer, s'assurer d'avoir appris de leurs erreurs.

-Regulus est bien le seul à n'avoir rien à se rapprocher dans cette histoire ! remarqua alors James pour détendre l'atmosphère.

-Je ne sais pas, soupira le Serpentard. Greyback me pourchassait avant d'aller trouver Pettigrow et les deux 2ème année. Peut-être que j'aurais pu faire quelque chose… Peut-être qu'au contraire, je ne pouvais rien faire. Mais je n'aime pas y penser. Remettre sans cesse mes choix en cause, ça n'apporte rien de bon.

-C'est vrai, reconnut Remus.

Il lui faudrait néanmoins quelques jours de plus pour parfaitement l'assimiler et le penser avec sincérité.

xXx

Le temps s'était écoulé et au fur et à mesure, le groupe d'amis avait commencé à parler de choses plus joyeuses, mais également de ce qu'ils comptaient faire au sujet de cette cérémonie d'adieu organisée par l'école. Tous avaient émis le souhait de vouloir s'y rendre, même si ce ne serait pas facile. A un moment dans la conversation, Sirius avait également tenté de faire comprendre à son meilleur ami et à son frère qu'il voulait être seul quelques instants avec le Poufsouffle. Ils ne s'étaient pas vus depuis l'attaque et désirait le retrouver, l'assurer de son soutien et avoir un moment d'intimité avec lui. Néanmoins, il désirait surtout savoir si Remus allait bien, s'il ne lui en voulait vraiment pas pour Peter et s'il pouvait faire quelque chose pour lui, quoi que ce soit.

Il lui fallut pourtant d'âpres échanges de regards que James eut bien du mal à analyser pour que lui et Regulus s'éclipsent à l'extérieur.

Alors qu'ils marchaient au milieu de l'herbe entourant la maison des Lupin, le Préfet nota que cette pause était la bienvenue. Laisser Remus et Sirius seuls lui permettait également d'avoir un moment tranquille avec le 6ème année et sachant qu'ils n'avaient toujours pas discuté de ce qu'ils s'étaient passés entre eux avant qu'ils ne se fassent plus ou moins leurs adieux, il s'agissait d'une excellente occasion.

-Je suis content d'enfin être seul avec toi, lui confia ainsi James.

James observa Regulus, guettant sa réaction. Il espérait qu'il ne paniquerait pas ou ne tenterait pas de rentrer pour lui échapper. Il n'arrivait pas à croire que la dernière chose dont ils avaient parlé ait été leurs sentiments. Ils avaient été assumés dans la douleur, avec cette impression que ce serait la dernière fois qu'ils se verraient.

James n'avait pas pensé survivre. Il savait que généralement, une morsure de loup-garou était fatale et la douleur de plus en plus forte avait semblé lui confirmer ce fait. Mais il avait fini par se réveiller, toujours en vie.

Et même s'il avait peu de souvenirs depuis sa morsure, ce qu'il gardait en mémoire, c'était la confession de Regulus.

-Moi aussi, souffla alors le Serpentard.

James s'en étonna. Il n'avait pas pensé que Regulus se montrerait honnête mais à bien y réfléchir, le Serpentard n'avait jamais fui ses sentiments.

-Même si ça me perturbe un peu, ajouta-t-il alors.

-Pourquoi ?

Regulus fit la moue avant de marcher vers le lac et James le suivit, restant deux pas derrière lui.

-Je ne sais pas, c'est bizarre pour moi. Je ne sais pas comment agir avec toi, murmura-t-il finalement.

-Tu pourrais commencer par me regarder, proposa le Gryffondor.

Après une hésitation, Regulus se retourna et James sourit devant le regard bleu gris qui accrocha le sien. Il se perdit dans ses yeux, les trouvant sublimes et ayant l'impression que Regulus se dévoilait.

-Je t'aime, ce n'est pas quelque chose que la douleur et la peur de mourir m'ont fait imaginer. Je suis sincère, répéta-t-il pour effacer tout doute que Regulus pourrait encore avoir.

James se passa ensuite une main dans les cheveux, indécis.

-Je suis désolé d'avoir été si long à m'en rendre compte et encore plus de t'avoir fait souffrir. Mais je ne regrette rien. Une partie de moi est convaincue que c'est parce qu'on est passé par toutes ces épreuves qu'on en est là aujourd'hui. Ça m'a fait peur au début…

Il soupira.

-La fin de mon histoire avec Lily était encore récente et je l'aimais comme un fou. Du moins, je le pensais. Je commençais à te voir différemment sans comprendre ce qu'il se passait… C'était bizarre, j'avais l'impression de trahir Lily tout en me sentant coupable vis-à-vis de toi parce que je n'étais pas honnête. Je crois que j'avais déjà des sentiments pour toi mais j'avais l'impression que ce n'était pas le truc à faire… Tu m'aimais tellement et je me suis juste dis que je n'étais pas à la hauteur… C'était le gros bordel…

-Ça l'est moins maintenant ? demanda Regulus, à la fois curieux et sceptique.

-Bien sûr ! Il me suffit de te regarder pour que ce soit évident ! Lily a été mon premier amour. Par romantisme et peut-être par mimétisme, je m'imaginais déjà marié à elle avec des enfants ! rit-il. Je pense que je fantasmais un peu trop sur cette histoire de famille parce que c'était quelque chose que je connaissais grâce à mes parents. J'imaginais que ça me rendrait heureux, c'était rassurant. Plus que de devoir sérieusement me plonger sur mon avenir… Mais avec ce qui m'est arrivé, je n'ai plus trop le choix. Mes parents veulent cacher ma situation, du moins tant qu'on n'en saura pas plus sur la situation exacte des loups-garous dans le monde magique au niveau de leurs droits, leurs obligations, mais aussi les changements qui vont s'opérer chez moi.

-C'est donc de ça que vous avez discuté après ton réveil, comprit Regulus.

-Entre autres. J'ai senti qu'ils n'étaient pas à l'aise avec le sujet. Je suis toujours leur petit garçon malgré mon âge, mais ce n'est plus comme avant.

-Ce n'est pas facile, ils ne doivent pas savoir comment réagir et craindre de mal faire, lui fit remarquer le Serpentard.

-Ouais, c'est ce que je me dis. Mes parents m'aiment et je les aime, je n'ai aucun doute là-dessus.

James regarda le paysage et souffla. Il resta ensuite silencieux quelques secondes avant de reporter son attention sur Regulus.

-J'avoue que je ne sais pas trop ce qui m'attend à présent mais sache une chose, je suis toujours aussi sûr de moi quant à mes sentiments pour toi. Je ne sais pas jusqu'où on ira, ni même si ça durera, mais je veux essayer. J'ai envie d'être avec toi, de me réveiller à tes côtés et de me dire que j'ai vraiment trop de chance d'être avec quelqu'un comme toi. Même si entre nous, c'est toi le vrai veinard ! Tu ne trouveras jamais quelqu'un qui t'aime plus que moi !

-Tu es vraiment débile, marmonna Regulus, clairement embarrassé.

-Je sais ! Et toi, t'es vraiment trop timide, c'est marrant !

Regulus releva la tête pour le fusiller du regard et James ne bougea pas, préférant attendre de savoir comment le Serpentard allait lui répondre ou même faire. Regulus était bon lorsqu'il fallait se plaindre, protester, défendre une de ses grandes causes ou discuter politique, mais de ses sentiments, de choses personnelles, il ne disait rien car il perdait souvent ses moyens. Il savait que ce ne serait pas facile pour le 6ème année qui n'avait probablement jamais imaginé de sa vie que son amour de jeunesse se concrétiserait.

Regulus était touchant dans sa fragilité, dans son regard sincère et plein d'espoir. Il n'avait que 16 ans et vivait sa première vraie histoire d'amour et avec elle, les sentiments forts qui l'accompagnaient. James se sentait prêt à le guider, à découvrir ce que cela signifiait à ses côtés. Il se sentit ainsi affreusement heureux quand le 6ème année fit un pas vers lui pour poser lentement sa tête contre son épaule. James entoura alors son corps de ses bras et sentit cette chaleur familière se concentrer dans son ventre.

-Merci.

Ce fut la seule chose que put dire Regulus.

-Ne me remercie pas. Il n'y a rien d'extraordinaire dans le fait d'aimer une personne comme toi, murmura James en retour. Tu es tellement magnifique… Tu es une personne entière qu'on ne peut qu'apprécier et aimer.

Regulus pouffa, gêné, et James passa sa main dans ses cheveux soyeux, plongeant son regard dans celui du plus jeune. Lentement, il se pencha pour prendre ses lèvres mais à sa grande surprise, le Serpentard se détourna.

-Qu'est-ce qu'il y a ? s'étonna le Gryffondor. Je ne peux pas t'embrasser ?

-Je… Désolé, je ne sais pas pourquoi je suis nerveux... Tu ne te moqueras pas de moi parce que je n'y connais rien, n'est-ce pas ?

-Bien sûr que non même si ça gonfle mon égo d'homme de me dire que je serai ton premier pour beaucoup, admit James en riant. Mais on créera également plein de première fois à nous !

Regulus et lui s'étaient déjà embrassés auparavant et James en avait gardé un très bon souvenir. Il ne comprenait pas pourquoi Regulus doutait de lui ainsi. Certes, il était plus expérimenté, mais il n'avait que 18 ans et il doutait de l'être réellement.

Il sourit à nouveau pour détendre le brun et prit son visage en coupe. Cette fois-ci, Regulus le laissa faire et ne se crispa pas. James sentit son cœur battre plus vite en réalisant qu'il était maintenant celui qui était nerveux lorsque leurs lèvres se rencontrèrent. Celles de Regulus étaient fines et douces, sa lèvre inférieure légèrement plus épaisse que l'autre. Il avait le goût du thé à la framboise que Moony leur avait servi plus tôt. Son corps contre le sien était chaud et épousait parfaitement le sien.

James le serra plus fort contre lui, appréciant de sentir son cœur battre plus vite à ce contact. Il approfondit ensuite le baiser en espérant ne pas aller trop vite. Heureusement, Regulus ne paniqua pas et répondit au ballet de sa langue. James se perdit dans ses sensations. Il aimait embrasser Regulus et sentait qu'il pourrait très vite devenir accro. Tout était parfait.

Lui et Regulus s'embrassaient dans un endroit magnifique.

C'était beau, ça lui réchauffait le cœur et ça le rendait heureux.

Pendant quelques secondes, cela lui permit même d'oublier ce qui allait arriver dans les jours à venir.

Regulus mit pourtant fin au baiser après plusieurs minutes, le souffle court, et observa James. Il attendit ensuite quelques instants que le Gryffondor redescende de ce nuage sur lequel leur échange l'avait mené. Face à lui, James, que son sourire n'avait toujours pas quitté, se saisit alors de sa main pour y déposer un léger baiser.

xXx

Après quinze minutes, Regulus et James étaient allés retrouver Remus et Sirius et tout le monde s'était réinstallé au salon. Les deux attrapeurs avaient alors pu constater que le couple parlait tranquillement de sujets banals. Se retrouver seuls avait semblé leur faire du bien et Sirius essaya de ne pas ronchonner en les voyant revenir.

Remus était alors retourné leur faire du thé, aussi bien pour échapper aux étreintes étouffantes de Sirius que désireux de bien traiter ses invités.

-Tu es tout seul aujourd'hui ? demanda James alors que Remus venait de se rasseoir.

De nouveau tous assis au salon, Remus était parti refaire du thé.

-Oui, à cette heure-là ma mère travaille et mon père doit être à sa réunion au ministère.

-Ça doit être le bordel là-bas, remarqua Sirius.

-Je ne sais pas, ils ne m'en parlent pas vraiment.

-C'est dommage, ça aurait été bien de savoir ce qu'il va se passer pour Poudlard et pour Dumbledore également.

Depuis qu'ils avaient reçu la lettre annonçant la cérémonie d'hommage à l'école de magie, Sirius y pensait constamment. Pourrait-il finir sa scolarité ? Qu'allait-il advenir de lui, de tous les autres ? De l'école ? Peut-être qu'ils en apprendraient plus après la cérémonie. Le temps des réponses n'était sans doute pas encore venu. Il fallait laisser passer le temps du deuil. Et si Sirius y réfléchissait bien, si toutes ces questions techniques l'intéressaient autant, c'était bien pour ne pas avoir affaire à ses sentiments et à ce que ces derniers jours déclenchaient en lui.

On lui avait proposé de voir un psychomage, comme à tous les autres élèves, mais lui avait toujours refusé d'en voir un. Il n'était pas prêt et était décidé à laisser ses monstres au placard. Jusqu'à présent, ça avait marché. Pas parfaitement, mais ça fonctionnerait bien quelques semaines de plus. Il restait persuadé que ce n'était pas parler qui allait le guérir. On ne pouvait pas guérir d'un stress post-traumatique, ni même des visions d'horreur d'une telle attaque.

-Enfin, bon, on ne va pas parler de ça toute notre vie, c'est déprimant, grimaça-t-il.

-Si Regulus avait accepté qu'on sorte Fumseck, on aurait pu jouer avec lui, soupira James.

-Sortir Fumseck ?! s'étouffa le Serpentard. Il s'agit d'un animal magique très prestigieux, pas d'un vulgaire animal de compagnie ! En plus, comme Sirius a été incapable de prendre soin de lui, il a été blessé par le Basilic ! Il faut qu'il se repose !

-Oh, ça va, c'est un phénix, il était sur pieds genre deux heures après alors que moi, j'ai souffert le martyr à cause de mes mains pendant des jours !

Remus émit un léger rire, amusé par la prise de tête entre les deux frères, tout comme James.

-On pourrait faire un pique-nique dehors, proposa James. On a largement passé l'heure de déjeuner !

-Oh, il y a un lac près d'ici, on pourrait même se baigner !

Sirius avait les yeux qui pétillaient.

Il jeta un coup d'œil à Remus qui ne s'était pas montré très bavard et eut le déplaisir de voir que son amoureux ne partageait pas son enthousiasme. Il fronça les sourcils et attrapa la main du Poufsouffle.

-Qu'est-ce qu'il y a ?

-Je ne vais pas pouvoir venir. Je ne suis même pas sûr que vous puissiez rester en fait…

-Tu attends quelqu'un ? comprit Regulus.

Le châtain acquiesça.

-Jedusor doit venir. Ça fait partie des visites de psychomage obligatoire. Il ne devrait pas tarder.

Sirius ouvrit de grands yeux, surpris, et vit Regulus se crisper.

-On avait le choix avec quelqu'un d'autre, pourquoi tu l'as pris lui ? s'étonna-t-il.

-Pourquoi pas ? Je le connais un peu et Peter m'en disait beaucoup de bien.

Sirius ne sut que répondre. Du point de vue de Remus, évidemment, Jedusor ne faisait rien de mal. C'était sa faute, tout simplement. Lors du Grand Tournoi de Duels, il avait parlé avec James, évoqué son envie de mettre Remus dans la confidence au sujet de Jedusor, de Padfoot, de l'intégrer pleinement à leur groupe et de lui dire la vérité. Mais finalement, avec l'enchainement des évènements, ils n'avaient pas trouvé le temps. Sirius s'était également dit que rien ne pressait… A présent, il le regrettait alors que son petit-ami allait confier son mal-être, sa tristesse, ses émotions à un sadique qui s'en fichait bien.

-Quelque chose ne va pas ? voulut savoir Remus, perplexe.

-C'est… il y a quelque chose que j'aurais dû te dire depuis longtemps, soupira Sirius, et Remus le dévisagea.

-Ça concerne le psychomage , mais pas seulement. Et ce serait trop long à faire maintenant, surtout si tu dis qu'il ne doit pas tarder.

-On en parlera plus tard, ça ne sert à rien de te perturber maintenant, approuva James.

-J'ai juste besoin que tu me fasses confiance et que tu choisisses bien tes mots devant lui, que tu sois prudent, reprit Sirius.

-Pourquoi ? fit Remus, perdu.

-Je t'expliquerai tout après. J'ai vraiment besoin que tu me fasses confiance et je passerai chez toi ce soir pour en parler, après ta séance.

Il se leva et Regulus fit mécaniquement de même, visiblement troublé.

-Sirius, tu ne peux pas partir comme ça ! Je ne comprends rien à ce que vous me dites…

-On en parle ce soir. Tout va bien se passer.

-Je n'en suis plus si sûr, souffla le Poufsouffle, déboussolé.

Sirius regrettait sincèrement de le laisser dans le flou. Il savait que c'était la pire chose qu'il pouvait lui faire mais il partit tout de même rapidement en compagnie de James et de Regulus de peur de croiser le psychomage. Il reviendrait. Remus méritait de savoir. Peut-être qu'il ne le croirait pas, mais c'était un risque qu'il était prêt à prendre.

xXx

Regulus appréhendait la journée du lendemain. C'était le jour de la visite de la psychomage qu'ils avaient tous les trois choisis via le formulaire envoyé par le ministère. Regulus avait un mauvais pressentiment à ce sujet. Il savait qu'après ce qu'il s'était passé à Poudlard, le mieux était d'en parler, de permettre aux élèves de s'exprimer et de leur faire comprendre qu'ils n'étaient pas seuls mais bel et bien soutenus. Le problème était que lui ne savait pas quoi faire. Devait-il parler de Jedusor, dire ce qu'il savait ou pensait savoir ? S'il se mettait à l'accuser, il y aurait une enquête. C'était très grave ce qu'il s'était produit, des gens étaient morts.

Mais c'était tout aussi grave d'accuser le psychomage. Tout ce qu'il savait, il le devait à Padfoot et n'avait bien entendu aucune preuve contre lui. Et il doutait fortement que l'adulte se contente de corroborer sa version aussi simplement. Regulus passerait pour fou. Mais alors que faire ?

De plus, s'il se mettait à parler et que le psychomage se savait surveillé, probablement se montrerait-il plus prudent encore. Il pourrait changer ses plans ou même vouloir se débarrasser de lui… Regulus se souvenait avoir échangé quelques mots après que le psychomage l'ait sauvé de Greyback. Il ne se rappelait plus exactement ce qu'il lui avait dit mais sous le choc de tout ce qu'il avait vécu, il avait l'impression qu'il avait craqué et révélé qu'il voyait clair dans son jeu. Il n'en était pas sûr mais s'il ne se trompait pas, qu'avait-il dit exactement ? Il espérait ne pas avoir commis d'impair…

Regulus se sentait perdu sans Padfoot. Il ne savait pas quelle tactique adopter et avait l'impression de se sentir seul contre un adversaire bien trop fort. Il savait bien que ce n'était pas vrai. Il avait Sirius, mais également James. Cependant, ce n'était pas pareil. Padfoot n'était plus vraiment vivant, il ne pouvait donc rien lui arriver. Il guidait Regulus et le Serpentard avait confiance en lui pour ne pas lui faire prendre de risque inconsidéré. De plus, le 6ème année n'avait pas l'habitude de se reposer sur des gens, ni de se battre avec quelqu'un pour quelque chose. Il ne savait pas déléguer, et encore moins ne rien faire. Mais surtout, si ça tournait mal, il ne voulait pas qu'il arrive quoi que ce soit à James et à Sirius…

Il n'arrivait pas à oublier que son frère et James étaient morts dans l'univers dont venait Padfoot. Il savait bien qu'il ne connaissait pas un sort plus glorieux, mais lui était au courant et avait pu se faire à l'idée que cela pourrait arriver. Sirius et James, quant à eux, ignoraient tout du sort funeste qui les avait frappés dans cette autre réalité.

Padfoot lui avait souvent répété que les évènements qui s'étaient déroulés dans sa réalité ne seraient pas forcément les mêmes ici. Regulus le savait bien. Pourtant, le jeune Serpentard ne pouvait s'empêcher de voir des signes partout, l'évidence que l'histoire se répétait au moins en partie. Quel était l'objectif de Tom Jedusor ? Comptait-il réellement lancer une guerre ? Cela lui semblait irréaliste. De plus, dans la réalité de Padfoot, à ce moment-là, Jedusor était déjà un mage noir et avait ses adeptes, les Mangemorts. Etrangement, il semblait à Regulus que le sorcier voulait faire les choses dans les règles, ou au moins faire illusion ici.

Il avait cru comprendre en s'intéressant un peu aux discussions des 7ème année de sa maison que le psychomage s'était montré proche de pas mal d'hommes politiques influents ou controversés. Tom Jedusor se montrait également à des évènements mondains de tous genres regroupant les grands noms de la sorcellerie anglaise. Tout cela laissait croire à Regulus que l'adulte se construisait un carnet d'adresses. Il devait s'entourer de personnes pour bénéficier d'un soutien financier ou politique pour les plans qu'il avait en tête. Comme l'homme n'attaquait pas de front et mettait en place des plans tordus tout en s'assurant de rester irréprochable aux yeux de tous, le Serpentard avait la conviction que Jedusor avait besoin d'une image parfaite. Que les gens aient une foi aveugle en lui. Il ne pouvait se permettre de gros débordements mais une fois son objectif accompli, il pourrait laisser tomber toutes ses précautions.

Il ressemblait à ces gourous dont seuls les adeptes étaient incapables de voir la dangerosité car ils étaient sous son emprise. Comme Pettigrow l'avait probablement été. Comme un grand nombre d'élèves et sans doute de professeurs. Jedusor avait tout du mégalomane. Il s'estimait important, fort, au-dessus de tout le monde et se sentait investi d'une mission spéciale car lui-même l'était. Il aimait être vu en sauveur. Regulus pensait d'ailleurs qu'il avait tué Greyback pour éviter qu'il ne parle mais également pour s'octroyer un rôle important. Tout le corps enseignant avait failli lors de cette attaque, mais Jedusor n'en faisait pas partie. Il n'était pas un enseignant et ne s'occupait pas de l'organisation de Poudlard.

Il s'était habilement placé en héros pendant que tous les autres se trouvaient en disgrâce. De quoi étendre son aura au-delà de la sphère scolaire. Et s'il avait bel et bien agi ainsi, c'était pour une seule raison.

Regulus était un adolescent intelligent et grâce à ses parents, il savait comment le monde marchait. C'est pourquoi la réponse lui vint sans aucun mal. En y réfléchissant bien, il ne pouvait s'agir que de ça.

La politique. Quel autre domaine regroupait la cupidité, le mensonge, le pouvoir, la mégalomanie, la stupidité, la bassesse, l'utilisation des faiblesses d'autrui, les beaux discours et l'argent ?

Au fond, toutes ses manœuvres avaient dû servir à ce but. Son intégration à Poudlard : un premier poste pour se faire connaitre, fréquenter via les élèves les familles fortunées. Entrer ensuite dans un cercle plus influent. Manipuler les élèves, se servir d'eux pour ses plans. Attirer dans ses rangs des militants. L'évasion des prisonniers d'Azkaban était probablement aussi de son fait mais Regulus ne pouvait le certifier. Il n'était pas sûr des raisons qui l'avaient poussé à le faire. Cela pouvait être seulement pour permettre l'attaque de Poudlard ou pour servir un projet plus grand.

Le 6ème année était néanmoins persuadé que ce qu'il s'était passé à Poudlard n'avait eu qu'un seul but : le placer en sauveur et faire comprendre aux anglais qu'ils n'étaient plus en sécurité.

Les élections n'étaient pas proches mais arriveraient bien assez vite. Cela lui laisserait le temps de faire émerger ses idées, d'obtenir des parrainages et de lancer sa campagne. A cette idée, l'adolescent sentit un nœud se former dans son estomac. Il avait parlé de nombreuses fois avec Padfoot et lui avait souvent dit partager certaines des idées débattues lors des réunions. Pourtant, il avait l'impression que si Jedusor allait au bout de ce qu'il pensait, les choses iraient trop loin, dégénéreraient d'une manière ou d'une autre. Il ne voulait pas de ça.

Regulus Black ne voulait pas que les gens se mettent à se détester et encore moins à se battre. Il voulait que les gens arrêtent de mourir.

Il espérait de tout son cœur qu'il se trompait.

Ses idées sombres le tourmentèrent ainsi une bonne partie de la matinée. Allongé sur son lit, il y pensait encore et encore. Son journal dans les mains, il le relisait, essayait de trouver des concordances ou des pistes avec ce que lui avait raconté Padfoot. Mais son esprit confus ne savait sur quoi se concentrer alors à la place, il marquait simplement ce qu'il pensait avoir découvert.

Plongé dans ses réflexions, il fixa un long moment la porte lorsque quelqu'un frappa, prenant conscience qu'il était resté des heures sans sortir alors qu'habituellement, il se levait au moins pour déjeuner. Il ferma son journal et le verrouilla magiquement avant de le ranger. Il se leva ensuite de son lit avant d'ouvrir à son visiteur.

Il s'agissait de James, visiblement inquiet, et Regulus fit un pas en arrière, ne sachant pas si le Gryffondor souhaitait entrer ou était simplement venu le chercher. Le visage de James s'adoucit néanmoins en remarquant qu'il n'y avait pas de problème particulier.

-Tu m'invites dans ta chambre, tu es sûr ? le taquina-t-il. C'est la première fois que je rentre dans la chambre de la personne avec qui je sors ! sourit-il encore.

Regulus le regarda marcher jusqu'au centre de la pièce et observer les vêtements qu'il avait mis la veille et laissés sur sa chaise de bureau. Le Serpentard était heureux de ne rien avoir laisser trainer de compromettant… Il était habituellement ordonné, son éducation stricte ne lui ayant pas permis autre chose.

Il alla se poser sur son lit, s'asseyant en tailleur au centre pour observer le manège de James.

-A quoi tu joues ? Tu sais exactement à quoi ressemble cette chambre, je te rappelle qu'on est chez toi ici.

-Mais il s'agit tout de même de ta chambre !

Regulus haussa les épaules alors James enleva ses chaussures et vint s'installer dans la même position, juste devant lui. Leurs genoux se touchèrent et James les observa un instant avant de regarder le brun dans les yeux.

-Ce n'est pas dans tes habitudes de ne pas quitter ta chambre, lui fit-il remarquer.

-Je n'avais pas très envie de voir du monde.

-Même moi ?

-Tu es là, non ?

James sourit et posa ses mains sur les cuisses du plus jeune avant de les bouger comme pour les masser. Il alla ensuite chercher les mains du 6ème année et les prit dans les siennes.

-C'est la venue de la psychomage qui te perturbe ? Ou c'est le fait que Jedusor est en train de discuter avec Remus en ce moment ?

-Un peu des deux. Ce n'est pas mon genre de me confier, je ne pense pas être très bavard avec la psychomage.

-Tu diras ce que tu as envie de dire. Moi, je suis là pour t'écouter en tout cas, même si je n'ai pas de diplôme pour ça. Même si une professionnelle fera ça mille fois mieux que moi, il m'est arrivé de donner deux ou trois bons conseils quand même !

Regulus sourit, amusé. Il souffla ensuite et tenta de trouver comment vider son sac.

-Il n'y a pas que ça, en fait. J'ai peur de lui…

James fronça les sourcils, caressant les paumes de Regulus pour essayer de le détendre.

-Tom Jedusor ?

-C'est une mauvaise personne et je ne sais pas jusqu'où il serait prêt à aller pour remplir ses objectifs.

-Tu penses que ce qu'il s'est passé est sa faute ? comprit James.

-Tu ne sais pas tout sur lui… Il parle fourchelangue et c'est un descendant de Salazar Serpentard. Il n'y a que lui qui a pu libérer le Basilic.

La révélation choqua le brun. Il savait que Jedusor était quelqu'un dont il devait se méfier mais avec ce que lui racontait Regulus, ça allait plus loin encore. S'il avait été capable de faire libérer des prisonniers, pourquoi ne pas faire attaquer Poudlard…

-Il s'est allié avec les prisonniers qui se sont évadés et a monté ce plan, j'en suis sûr, continua le Serpentard. Tout était trop bien organisé, les professeurs étaient bloqués à leur réunion et eux pouvaient agir à leur guise. Et… des gens sont morts !

La respiration du Serpentard s'emballa et ses mains se crispèrent dans celles de James.

-Regulus, Regulus, tenta de le calmer le Gryffondor. Ça va aller.

James s'agenouilla alors pour le prendre dans ses bras et Regulus bascula sous la force de l'étreinte. Il finit étendu sur le lit, le Préfet au-dessus de lui.

-Justement, non. Ça ne fait sans doute que commencer, souffla-t-il.

-On ne le laissera pas faire, lui assura James.

-Mais comment ? Nous n'avons pratiquement rien contre lui !

James se décala alors pour s'allonger à côté de lui et ils se tournèrent l'un vers l'autre.

-On va en parler à mes parents et également à Dumbledore. On le surveillera, on ne le laissera pas tranquille.

Regulus souffla tandis que James lui caressait les cheveux. Le Gryffondor lui assura encore que tout se passerait bien et Regulus avait envie de le croire. Il se sentait moins fragile que tout à l'heure, même si Padfoot n'était plus là. Il n'était pas seul. James embrassa le sommet de son crâne et Regulus releva la tête pour chercher ses lèvres. Le Gryffondor l'embrassa et Regulus sentit son cœur s'alléger. Les lèvres contre les siennes avaient le pouvoir magique de lui faire tout oublier.

xXx

Dawlish se passa une main lasse sur le visage. Il en avait vu des choses dans sa carrière, mais ce qu'il s'était passé à Poudlard… Il n'imaginait pas ce qu'avaient pu vivre les élèves, démunis face au danger avec cette impression que les secours n'arriveraient jamais. Dawlish se sentait responsable. Lui comme le bureau des Aurors dans son intégralité étaient coupables. C'était parce qu'ils avaient été incapables de capturer les fugitifs à temps qu'ils avaient pu fomenter un tel coup et surtout le mettre en œuvre.

Dawlish ne cessait de penser aux morts, aux regards des rescapés et à l'état du château. La majeure partie des dégâts avaient été causé par le Basilic qui avait heureusement été tué par un groupe d'élèves. Pour finir, qu'avaient-ils fait eux ? Pas grand-chose. Le Basilic était mort, tout comme Greyback. Dolohov avait été capturé mais pour l'instant, il était trop faible pour subir un interrogatoire. Les medicomages étaient quant à eux très peu optimistes sur son sort. Il s'avérait que l'homme avait utilisé un sort ancien sacrificiel qui était en train de le tuer.

Voilà donc jusqu'où allait leur détermination. Il ne fallait pas perdre espoir, mais le bureau devait se préparer une fois de plus à faire chou blanc. Malheureusement, si cela arrivait encore, la population ne leur pardonnerait pas. Dawlish était un Auror et ne se mêlait pas de politique mais dans les faits, il dépendait du ministère et celui-ci était dans la tourmente depuis l'évasion d'Azkaban. Le bureau était lui-même sur la sellette avec les élections qui approchaient et leur hiérarchie leur mettait la pression pour avoir des résultats sans pour autant augmenter ni leurs moyens ni leurs effectifs. Pour éviter une potentielle colère de la population sorcière et une panique générale, le bureau serait peut-être obligé de truquer son rapport. Déclarer qu'ils avaient arrêté tous les responsables et que la population ne risquait plus rien à présent.

C'était une hypothèse, mais elle ne serait pas difficile à mettre en place.

Au-delà de cet aspect politique et de ce que cela engendrait pour le bureau, il y avait également une question de crédibilité. Si les Aurors enchainaient échec sur échec, les citoyens auraient l'impression de ne plus pouvoir compter sur eux et les délinquants les craindraient moins. Tout comme depuis que 3 prisonniers avaient pu s'échapper d'Azkaban, cette prison avait perdu son surnom de Forteresse Impénétrable. Il ne fallait pas que cette perte de confiance s'installe dans la durée. On devenait Aurors après de difficiles examens et un entrainement infernal. Il y avait très peu d'élus et il ne fallait pas que les gens se mettent à douter de leurs capacités.

L'homme souffla, observant son bureau sens dessus dessous et se demandant ce qu'il faisait encore là. Sa journée était finie depuis longtemps mais faire des heures supplémentaires étaient quelque chose d'habituel pour chaque agent. Avec ce qu'il venait de se passer, c'était même plutôt normal. Il fallait trouver une solution. Les Aurors devaient pouvoir boucler rapidement cette affaire pour calmer les esprits et permettre aux gens de se sentir à nouveau en sécurité. Il restait un fugitif qui, d'après les témoignages, ne s'était pas trouvé au château. Où était-il alors ? Que préparait-il ? Dorian McKinonn n'était pas un criminel de la trempe des deux autres mais il s'était enfui avec eux. Avait-il simplement saisi une opportunité en fin de compte ? Se cachait-il ou était-il déjà bien loin ?

Dawlish espérait simplement qu'il ne faisait pas partie d'un second plan encore plus terrible que le précédent. C'était une possibilité qu'il ne pouvait pas exclure et c'était bien pour ça que le bureau était autant sur les dents.

Attaquer Poudlard, même en temps de guerre, personne n'y aurait jamais pensé. Qu'avaient-ils espéré faire exactement ? Et surtout, était-ce réellement fini ? Dawlish voyait bien que la plupart des agents et même leurs supérieurs voulaient se concentrer sur Dolohov, leur seule piste pour le moment. Mais dans le même temps, ils ne cherchaient pas les vraies raisons de cette attaque mais plutôt comment ils avaient procédé afin d'avoir des réponses à donner à la population.

Ce qui était normal en soi. La colère était en train de monter et qui sait combien de temps encore les autorités seraient en mesure de la contenir. Même l'illustre Albus Dumbledore était l'objet des foudres de la population. Et si le ministre de la Magie avait été mis en difficulté ces derniers temps avec ces fâcheux évènements, Dawlish n'était pas sûr que Dumbledore ne soit pas déjà condamné.

L'homme se leva et rangea son bureau rapidement avant de quitter les lieux. Demain, une autre longue journée l'attendait.


Je publie le chapitre comme ça ce soir, mais dans les jours à venir, je rajouterai un résumé au début, pour vous permettre de vous repérer et d'avoir peut-être des éléments que vous avez oubliés. Je ne suis pas habitué à en faire, d'ailleurs j'avais commencé et puis d'un coup, pour qui, pour quoi j'ai arrêter, I don't know, pas grave, je recommence !