Chapitre 47 : A l'approche de la pleine lune
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Une semaine s'était écoulée depuis la reprise des cours et les élèves s'habituaient lentement aux changements apportés par les deux nouvelles co-directrices. Regulus ne savait pas si ce nouveau système était meilleur, s'il allait régler quoi que ce soit et protéger les élèves des menaces ou leur permettre d'aller de l'avant. Tout cela avait peut-être été mis en place d'abord pour répondre à une situation, tenter de trouver des solutions, mais également pour faire taire la grogne sociale.
Pourquoi sinon nommer une co-directrice qui travaillait au ministère ? Prendrait-elle elle-même ses décisions ou les tiendrait-elle de son gouvernement ? Regulus ne savait pas trop que penser. Et surtout, il ne voulait pas critiquer trop vite. Il voulait laisser le temps au nouveau système de s'installer, de faire ses preuves. Avec la présence d'Amelia Bones, peut-être Tom Jedusor se ferait-il discret. Néanmoins, même si Dumbledore avait essuyé de nombreux revers ces derniers mois, qu'il ne soit plus à la tête de Poudlard faisait bizarre au Serpentard. Padfoot lui avait dit qu'en termes de puissance, l'ancien directeur était, à sa connaissance, le seul capable de tenir tête au psychomage.
A présent, on ignorait où était passé le vieux sorcier. Il fallait donc espérer que, quoi qu'ait prévu le psychomage, ce ne soit pas un nouveau carnage.
Mais Regulus ne pouvait pas se contenter d'attendre et d'espérer. Avec les remaniements et autres changements qui avaient surpris tous les élèves, Remus, Sirius, James et Regulus n'avaient pas pu se réunir et lancer leur offensive concernant le psychomage justement. James n'étant plus à Poudlard, ils devraient également faire sans lui mais ils s'assureraient tout de même qu'il soit toujours au courant en lui faisant parvenir des lettres. De toute façon, depuis la dernière fois qu'ils s'étaient entretenus ensemble, le groupe n'avait pas pris d'autres décisions importantes, ni avancé sur les mesures décidés En soit, il ne restait plus qu'à appliquer la pratique à la théorie.
Néanmoins, une partie du Serpentard appréhendait l'idée de parler au français. Comment l'explorateur allait-il réagir ? Allait-il le croire ? Ferait-il quelque chose ? Regulus avait envie de croire en lui, de se reposer sur quelqu'un qui savait qu'il n'était pas du mauvais côté. Il avait envie de lui faire confiance car il savait qu'il pouvait compter sur lui, et ce depuis que Leroy l'avait emmené découvrir cet endroit merveilleux lorsqu'il animait encore le cours de duels.
Mais au fond, Regulus ne connaissait du français que ce que celui-ci avait bien voulu lui dire…
Regulus souffla. La journée commençait à peine, il ne fallait pas qu'il soit défaitiste. Il devait se concentrer sur les cours. Il était dans le premier groupe et devait se battre pour y rester. Même si le nouveau système n'était pas parfait avec cette concurrence permanente, elle lui permettait enfin de montrer sa valeur et son travail acharné. Il récompensait les bons élèves et permettait aux moins investis, ou aux moins doués, d'avancer à leur rythme.
Ce matin-là, Regulus quitta son dortoir le dernier. Maintenant que Rosier n'y était plus, il n'avait plus constamment cette boule au ventre. Néanmoins, avec ce qu'il s'était passé lors de la cérémonie d'adieux, une distance entre lui et les 7ème année de Serpentard s'était installée. Pour finir, Regulus ne savait pas bien si James l'avait aidé en parlant à sa place ou au contraire, s'il l'avait mis dans une situation plus compliquée. Le fait qu'il ne parle pas en l'honneur de son « sauveur » plus le discours ambigu de l'ancien Préfet de Gryffondor devaient forcément tourner dans les têtes des verts et argents.
En arrivant dans la salle commune, elle aussi vide, Regulus commença à s'inquiéter. Il était le dernier mais il espérait ne pas être en retard. Il se dépêcha, concluant qu'il devrait faire l'impasse sur le petit déjeuner, mais s'arrêta avant d'atteindre la sortie. Il avait cru entendre quelque chose. Il revint sur ses pas et observa les lieux. Des reniflements et des gémissements se faisaient entendre. Il y avait encore quelqu'un.
Il s'avança vers la cheminée éteinte et les quelques fauteuils présents autour. Il finit alors par localiser plus précisément le bruit. Il se pencha derrière un des fauteuils et aperçut entre celui-ci et le mur, Erd, prostré et en larmes. Mais ce qui le choqua le plus était l'allure du jeune homme. Il était en pyjama, ses mains entouraient ses genoux remontés contre son torse, sa tête bien cachée à l'intérieur et Regulus n'en crût pas ses yeux : s'il était difficile de remarquer tout de suite les griffes pointues et animales qui dépassaient du vêtement, les oreilles du loup, elles, ne passaient pas inaperçues.
-E-Erd ?
Celui-ci releva brusquement la tête et Regulus put voir que son visage s'était légèrement allongé. On y devinait sans mal un museau. Néanmoins, son visage gardait un aspect humain. Erd se trouvait à mi-chemin entre l'humain et la bête. Les cheveux de l'adolescent semblaient broussailleux et fournis. Regulus eut alors un mouvement de recul, se demandant si le Serpentard allait se transformer. Mais ce n'était pas possible, ce n'était pas encore la pleine lune !
-Je suis désolé ! s'excusa aussitôt le 2ème année. Je n'arrive pas à les faire disparaître, hoqueta-t-il.
-Quoi ?
Regulus s'approcha prudemment.
-Tu es en pleine transformation ?
-Non. C'est…
Il toucha ses oreilles et Regulus le regarda, fasciné et à la fois terrifié.
-Je ne peux pas me transformer. Je crois, en tout cas. Je n'ai pas muté la nuit où Greyback m'a mordu.
Regulus s'en souvenait. Il n'y avait pas fait plus attention que ça à ce moment-là, étant toujours poursuivi par le loup-garou, mais plus tard, il s'était dit que les blessures d'Erd n'avaient pas dû être profondes. Il en voyait désormais les conséquences. Erd ne pouvait pas entamer de transformation complète mais pouvait faire apparaître quelques attributs en dehors de la pleine lune. Il n'y comprenait rien.
-Qu'est-ce qui s'est passé ? Sais-tu pourquoi tu es dans cet état ?
Le 6ème année se demanda s'il ne devait pas aller chercher un professeur et Erd haussa les épaules.
-Ça m'arrive quand j'ai peur, quand je suis énervé ou stressé.
-D'accord, alors il faut que tu te calmes.
-Je n'y arrives pas ! pleura le plus jeune.
Le cadet des Black fut surpris par cette nouvelle crise de larmes et ne sut pas quoi faire. A bien y penser, Erd pleurait déjà quand il l'avait trouvé plus tôt.
-Qu'est-ce qui se passe ? C'est ta situation qui te met dans cet état ? tenta-t-il maladroitement. Ou c'est autre chose ?
-C'est tout ! Je n-ne suis pas normal, j'ai peur et tout le monde a peur ! Plus personne ne me parle, je suis tout seul… Je suis un monstre !
Cette fois-ci le 2ème année se mordit la lèvre inférieure pour faire disparaître sa nouvelle vague de tristesse. Regulus s'agenouilla devant lui, touché par sa détresse. James avait eu de la chance d'être couvert par Remus. Si des gens pouvaient se montrer suspicieux, ils n'avaient pas de preuve. De plus, le Gryffondor n'était plus à Poudlard et ne représentait de ce fait pas une menace pour les élèves. Pour Erd, c'était différent et il lui serait difficile de cacher sa nature. Il était trop jeune pour vivre cet enfer.
-Mes amis me manquent, souffla-t-il.
-Je suis désolé, souffla Regulus.
Il se sentit stupide. Il n'arrivait pas à trouver les bons mots et ne savait pas quoi faire. Mais il était bien décidé à ne pas abandonner Erd. Il voyait bien que la solitude lui pesait, sans compter la manière dont il était traité. A présent, il comprenait mieux pourquoi il avait été seul dans le train. Ça n'avait pas été par choix.
Des choix, il n'en aurait plus beaucoup. Tout le monde devait être au courant.
La situation du 2eme année touchait bien plus Regulus qu'il ne voulait l'admettre. Il ne pouvait pas fermer les yeux et faire comme si cela ne le regardait pas, ou encore passer son chemin en se disant que quelqu'un d'autre s'en chargerait. Il ne pouvait pas prendre ce risque. Généralement, les gens se disaient cela dans le but de se donner bonne conscience.
Mais tout le monde savait comment cela se terminait. Si on n'était pas obligé d'agir, on ne faisait rien. Regulus n'avait pas mis trop de temps à savoir exactement ce qui le touchait tant chez l'adolescent. Il lui rappelait lui au même âge, tout simplement.
Ce garçon isolé, incompris et sans repères, c'était lui. Regarder Erd, c'était comme faire une plongée douloureuse dans un passé dont Regulus ne souhaitait pas se souvenir, et pourtant. A son arrivée à Poudlard, le fait que son frère ait été réparti à Gryffondor avait fait couler beaucoup d'encre. Et alors que Regulus avait été si heureux de retrouver son frère, celui-ci l'avait ignoré. Cela l'avait énormément blessé, surtout qu'il n'avait jamais compris son geste. Sirius et lui ne s'étaient jamais expliqué à ce sujet. A cette époque, les Serpentard l'avaient un peu mis à l'écart, pensant qu'il était du côté de son frère, qu'il n'était pas totalement des leurs. Le 6eme année se souvenait également s'être quelquefois pris la tête avec des élèves plus âgés, tout cela parce qu'il manquait de tact et n'était pas du genre à penser que les plus jeunes devaient se soumettre à leurs aînés.
Regulus avait mis du temps à trouver sa place. A ses débuts, il n'avait eu aucun ami et n'appréciait pas vraiment Poudlard alors qu'il avait toujours rêvé du moment où il pourrait y entrer. Les jours avaient été interminables et la solitude lui avait tant pesé. Regulus s'était plongé dans le travail et les cours, la seule chose qui lui restait étant l'admiration de ses parents. Ses journées avaient été longues et monotones. C'était juste avant qu'il ne se replie complètement sur lui-même et que Rosier ne lui tende la main. Le brun avait vu en lui un sauveur, un modèle, quelqu'un qui, contrairement à son frère, n'allait pas l'abandonner. Mais surtout grâce au blond, il n'avait plus été seul.
Rosier l'avait probablement manipulé dès le début. Regulus doutait même qu'il l'ait abordé avec de nobles intentions. Regulus ne voulait pas que Erd finisse comme lui, qu'une personne sans scrupules profite de lui.
Il ne pouvait laisser ce qui lui était arrivé, arriver à un autre. Au-delà de ça, il pensait également à James et se disait que forcément à un moment où un autre, quelqu'un finirait par apprendre la vérité. L'ancien Gryffondor ne serait alors plus en sécurité et lui aussi devrait faire face aux mêmes situations que vivait Erd. A cette exclusion, ce rejet et cette peur.
xXx
Lily était nerveuse pour son rendez-vous à l'hôpital. Elle avait obtenu de pouvoir s'absenter la journée entière de Poudlard. Elle allait effectuer plusieurs tests, serait vue par deux médecins différents et terminerait par sa séance de rééducation habituelle. Malgré la reprise des cours, son emploi du temps lui permettait encore d'assister à ses séances de kiné et de rééducation. Et elle en était en quelque sorte soulagée car elle ne pouvait pas s'en passer.
Après sa première opération, le médecin avait été optimiste à son sujet et malgré la douleur qui persistait, elle avait voulu être confiante, y croire. Elle ne s'imaginait pas un monde où elle ne pourrait plus se déplacer librement, courir, sauter, ou simplement dormir une nuit entière sans que la douleur à sa jambe ne la tiraille. Sa mère lui avait fait parvenir une lettre la veille pour la rassurer et lui dire qu'à la maison, ils étaient tous avec elle. A l'issue de cette journée, Lily aurait un rendez-vous avec le précédent chirurgien qui l'avait opérée, le directeur et le médecin qui la suivait ici. Ils aborderaient ensemble sa prochaine opération, parleraient des options, des chances de réussite et de la suite.
La rousse aurait aimée pouvoir s'y rendre avec ses parents pour ne pas affronter cette situation seule. Malheureusement comme pour la cérémonie d'adieu, ça n'avait pas été possible. La magie et les sorciers devaient rester des informations cachées au moldus. Peu importe que certains soient déjà au courant. Aujourd'hui encore on interdisait aux familles de né-moldus de se rendre dans le monde magique. Le gouvernement ainsi que les familles les plus ancienne de la population craignaient que les moldus qui ferait irruption chez eux se servent des informations qu'ils auraient récoltés contre eux. Ou alors qu'au détour d'une information, il laisse échapper un détail de leur visite.
Il y'avait cependant deux exceptions. Quand un des conjoints était un sorcier et avait des attaches dans le monde magique, son ou sa compagne pouvait donc le rejoindre. L'autre cas concernait les mineurs, en cas de problèmes graves les parents étaient prévenus et pouvait rejoindre leur enfant pendant quelques jours le temps que la situation s'arrange.
Malheureusement Lily ne pouvait prétendre à aucun de ces cas de figure, elle était majeur, donc apte à prendre des décisions seule.
Lily était à la fois pressée tout en redoutant ce moment. Contrairement à ce qu'on lui avait laissé entendre il y a des semaines, son état n'était pas si bon. Elle ne ratait pourtant aucun rendez-vous et donnait tout lors des séances de rééducation. Elle serrait les dents à Poudlard lorsqu'elle devait aller d'une salle à l'autre et refusait tant qu'elle le pouvait de l'aide. Traverser un couloir, même si en fin de journée la douleur était rude, c'était dans ses cordes. On lui avait dit qu'il fallait qu'elle travaille sa jambe autant que possible. C'étaient bien ces foutus escaliers qui lui faisaient vivre un véritable calvaire. Poudlard n'était plus adapté pour elle et McGonagall lui avait dit qu'elle allait très vite trouver une solution. Lily espérait bien que dès ce week-end, ce serait fait.
Lorsqu'on ne rencontrait aucune difficulté à effectuer les tâches les plus banales, on n'imaginait pas à quel point pour les autres, cela pouvait être un enfer.
Mais Lily voulait faire confiance à sa directrice de maison.
Arrivée à l'hôpital, elle fut accueillie par une infirmière qui la guida. Le programme fut exactement ce qu'on lui avait indiqué dans la lettre. Elle se montra patiente et à l'écoute, répondit aux questions, en posa. Elle s'appliqua dans les exercices, ne se plaignit pas des temps d'attente entre les différents rendez-vous. A présent, elle en avait l'habitude et elle savait comment marchait l'hôpital magique.
La journée touchait presque à sa fin et le dernier entretien de la journée se profilait. La Gryffondor se sentit un peu nerveuse : ils allaient parler de sa prochaine opération et Lily misait tout dessus. Si celle-ci ne marchait pas, elle ne savait pas ce qu'elle ferait. Elle n'était pas sûre de tenir le coup, tout simplement. Se concentrer sur ses problèmes de santé l'aidait à ne pas trop penser au reste. Elle qui avait pensé que revenir à Poudlard l'aiderait, elle n'en était plus si sûre.
Même si Poudlard restait l'une des écoles de magie les plus prestigieuses au monde, à présent, elle était aussi l'endroit où Lily avait connu la peur, avait vu mourir son amie et vu sa vie basculer.
-Bonjour, Mlle Evans, comment allez-vous ? lui demanda le directeur quand elle entra dans le bureau quelques minutes plus tard.
Lily se demanda si la réponse l'intéressait réellement ou si c'était juste une formule de politesse. Elle l'ignorait mais elle était certaine qu'il ne voulait pas l'entendre dire qu'elle n'allait pas bien, qu'elle ne savait pas comment elle faisait pour rester debout.
-Bien, merci, mentit-elle.
-Mes collègues et moi avons soigneusement étudié votre dossier ainsi que vos derniers résultats, continua le médecin. Je ne vais pas vous cacher, Mlle Evans, que si les résultats ne sont pas mauvais, nous nous attendions à mieux.
Le médecin continua à lui parler, lu quelques fois les notes sur les documents qu'ils avaient devant lui, se perdit dans des explications trop techniques. Le chirurgien prit également la parole, parla des résultats non probants de la première intervention, continua sur l'évolution de sa jambe et de sa guérison. Lily s'efforça de faire bonne figure. Elle était assommée d'informations et de paramètres dont elle ne comprenait pas bien les enjeux ni les nuances. Elle acquiesça seulement de temps en temps pour leur montrer qu'elle était toujours là, qu'elle essayait d'écouter.
C'était violent. Elle voyait bien qu'ils faisaient de leur mieux pour lui annoncer que les résultats n'étaient pas à la hauteur et elle leur était même reconnaissante de ne pas chercher à tourner autour du pot. Néanmoins, elle se sentait sombrer mais aucun d'eux ne le voyait.
N'en pouvant plus, elle finit par les interrompre.
-Ça veut dire que je ne serai pas de nouveau opérée ? Que je ne retrouverai jamais toute ma mobilité ?
Sa voix trembla et elle vit le regard compatissant du médecin. Les trois professionnels semblaient tous mal à l'aise, triste de ne pas avoir de bonne nouvelle à lui annoncer.
Ce fut le chirurgien qui prit la parole.
-Une opération dans ces conditions n'apporterait rien de plus. Cela ne veut pas dire que nous l'excluons totalement. Même si la première n'a pas donné les résultats escomptés, elle a tout de même réussi à réparer une grande partie des tissus abîmés par le Basilic.
-Avant de pratiquer une deuxième intervention, nous devons nous assurer que plus de muscles encore sont réparés. Ou à défaut, de retirer le reste du venin avec une autre intervention, compléta le directeur.
-Et ce n'est pas possible maintenant ? demanda Lily.
Ils grimacèrent et cela ne la rassura pas.
-Ce sont des procédés extrêmement complexes. Nous avons peu de raisons de croire que vos muscles abîmés entameront une cicatrisation s'ils ne l'ont pas fait jusqu'à présent. Nous devons donc plutôt miser sur la 2ème option. Retirer le reste du venin, expliqua le médecin. Il y a trois manières de procéder.
Il regarda alors le chirurgien, l'invitant à continuer.
-La première est la plus utilisée, mais n'a que 50% de taux de réussite. Il s'agit d'endormir votre jambes grâce à des baumes et des potions paralysantes. Vous ne pourrez plus du tout l'utiliser. Elle sera immobilisée un mois. Cela permet au venin de se concentrer sur un même endroit et donc, il ne se propage plus. Nous pratiquons ensuite une petite opération qui consiste à inciser votre cuisse au-dessus du genou et pomper. En pratique, c'est assez simple mais plutôt contraignant pour le patient qui est alité un mois. Le fait que tout le venin se réunisse au même endroit provoque également des varices et des bleus. Cela se verra même après l'opération, il sera impossible de les enlever. La rééducation non plus ne sera pas simple, vous devrez tout reprendre depuis le début.
Lily acquiesça, ne sachant que penser. Rester alitée un mois ? Elle ne savait pas si elle en serait capable. Elle jugeait également qu'elle en bavait déjà suffisamment avec sa rééducation. Et tout cela alors qu'elle n'était pas sûre que ça marche ! 50%, cela ne représentait pas grand-chose.
-La 2ème option, continua le chirurgien, c'est d'implanter dans votre muscle abîmé un medirigole. C'est un soutien magique. Il sera composé de calmant, de plantes et de sang de phénix.
Lily écarquilla les yeux et le chirurgien hocha la tête.
-Je ne vous cache pas que ce n'est pas un moyen qu'on utilise souvent. Le sang de phénix se fait rare et il nous faut les autorisations de propriétaire ou de refuge magique. On utilise beaucoup de sang et le prélèvement peut être douloureux pour l'oiseau alors nous avons souvent des refus. Cette méthode s'avère néanmoins très efficace car au bout d'une semaine, la jambe est presque guérie et l'opération n'est qu'une formalité.
-Vous pensez réussir à réunir tous les ingrédients ?
-Nous n'en sommes pas encore certains mais nous devions vous en parler, expliqua le directeur.
-La dernière n'est pas très compliquée mais elle est longue et très douloureuse. On pratique une ouverture et injectons toutes les deux heures durant 24h un produit capable de combattre le venin de l'intérieur. Elle aussi offre un bon taux de réussite. Pas autant que pour la 2ème, mais plus qu'acceptable.
Lily ne savait que penser. Que devait-elle faire à présent ? Cela faisait beaucoup d'informations…
-Il y a aussi le prix à prendre en compte. Je ne vous cache pas que la dernière option est la plus chère compte tenu du produit utilisé et des personnes devant intervenir. La deuxième est moins chère, mais le prix peut varier selon les accords conclus avec les réserves ou les propriétaires pour le sang de phénix. La première est également à peu près au même tarif que la deuxième. Le plus cher reste l'hospitalisation étant donné qu'elle est sur une longue période, expliqua le médecin.
-Nous sommes conscients que cela fait beaucoup d'informations, Mlle Evans, prenez le temps de réfléchir. Nous allons vous donner des documents où les choses seront expliquées plus longuement. Nous en reparlerons lors de notre prochain rendez-vous et nous lancerons ensuite les démarches. Nous ne vous lâchons pas, Mlle Evans, nous allons vous aider à retrouver une vie normale, affirma le directeur.
Lily esquissa un faible sourire. Elle avait envie de le croire, mais ce n'était pas une chose qu'il pouvait affirmer. Et elle ne voulait pas avoir de faux espoirs.
Plus tard, elle quitta l'hôpital, les épaules basses et le cœur lourd.
La Gryffondor ne s'était jamais sentie ainsi. Bien entendu, ses visites à l'hôpital n'avaient jamais été simples et son moral et sa combativité avaient été mis à rude épreuve de nombreuses fois. Mais aujourd'hui, c'était différent. Elle avait le sentiment qu'on lui retirait tout espoir mais qu'on lui interdisait dans le même temps d'abandonner. Jusqu'à présent, rien n'avait été simple et si elle avait failli craquer à de nombreuses reprises, elle avait tenu parce qu'elle était censée subir une deuxième opération qui améliorerait son cas.
A présent, Lily comprenait que ce ne serait peut-être pas le cas. Que peut-être, cette opération n'aurait jamais lieu. Il fallait qu'elle réfléchisse, qu'elle se ressaisisse et commence à regarder la vérité en face. Que c'était dur et injuste !
En arrivant à Poudlard, Lily s'arrêta dans le grand hall. Son regard se balada sur les murs, sur la grande affiche qui trônait pour tenir informer les élèves en permanence du fameux classement. Il y avait également ces escaliers qu'elle avait montés à de nombreuses reprises et qui à présent était sa bête noire. Elle tourna la tête, son regard se perdant sur le couloir à sa gauche. La Gryffondor se rappelait parfaitement Remus, Sirius et elle courant pour retrouver les autres après avoir torturé un des prisonniers. Elle se rappelait de son cœur qui battait la chamade, de son dégoût, de sa peur aussi… De celle que lui avait transmise Isabel en leur parlant d'un monstre.
La Grande Salle avait beau avoir changé de décoration, cela n'effaçait pas les souvenirs. Après tout, c'était toujours la même pièce. Lily ne s'y sentait plus à l'aise. Comme aujourd'hui, il lui arrivait de décrocher, de se perdre dans ses souvenirs, d'avoir l'impression de suffoquer et d'être tétanisée par la peur. La réalité se mélangeait avec les souvenirs. La peur devenait permanente.
Elle aurait vraiment aimé une bonne nouvelle pour pouvoir l'aider à relever la tête. La seule chose qui lui restait était les études et elle s'y perdait de manière effrayante. Sa meilleure amie, son pilier, Alice, était partie. Marlene n'était pas revenue à Poudlard et ne donnait plus de nouvelles. Ne restait plus que Dorcas qui se battait elle-même avec ses propres démons, ses propres blessures. Plus rien n'allait et Lily n'avait pas les épaules pour porter toutes ces charges seule. James non plus n'était plus près d'elle. Heureusement, elle pouvait encore compter sur Remus et Sirius qui ne la lâchaient pas. Bhavana et les autres aussi étaient parfois présents pour lui changer les idées, mais ce n'était pas suffisant. Parfois, la rousse avait l'impression qu'ils ne la comprenaient pas, même s'ils essayaient très fort. Pire, quand elle les voyait sourire et aller de l'avant, elle leur en voulait parce que chaque journée lui demandait à elle un effort considérable.
Elle aurait dû pouvoir parler de tout avec Severus. Il était à la fois son meilleur ami et son petit ami. Mais étrangement, c'était avec lui qu'elle avait le plus de mal. Elle souffrait de le voir aller si bien alors qu'elle souffrait tant. Elle enviait la chance qu'il avait d'avoir échappé au plus dur lors de l'attaque alors qu'elle avait été au front. Ce n'était pas sa faute et il était prêt à tout pour elle, Lily le savait. La Gryffondor se sentait mauvaise et se dégoûtait de ses ressentis.
-Lily ?
La 7ème année sursauta au son de la voix de Severus. Elle ne l'avait même pas entendu approcher. Elle l'observa un moment, complètement perdue. Il était déjà tard et la plupart des élèves se dirigeait dans la Grande Salle pour manger. Elle n'arrivait pas à croire qu'elle s'était perdue dans ses souvenirs au point d'occulter tout ce qu'il se passait autour d'elle.
-Ça va ? Comment ça s'est passé à St-Mangouste ? s'inquiéta son petit-ami.
Lily hésita à être honnête. A quoi bon ? De toute façon, Severus ne pourrait rien faire pour elle.
-Ça va, juste un peu fatiguée. Et toi, ta journée ?
Elle vit le Serpentard lui répondre, bouger les lèvres pour lui communiquer des informations, mais elle n'entendit rien.
-Écoute, je crois que je ne vais pas aller manger. Je suis fatiguée et je préfère aller me reposer.
-Oh, tu es sûre ?
Lily acquiesça.
-Laisse-moi t'aider alors, lui offrit le Serpentard.
-Non, ne t'embête pas.
-Allez, Lily, ça ne m'embête pas.
Severus s'approcha d'elle et passa son bras autour de sa taille. Il tenta un sourire chaleureux pour l'encourager, mais cela remua de drôles de sensations négatives chez la rousse. Il souriait alors qu'elle n'y arrivait pas, même en se forçant. Pourquoi ne pouvait-elle pas passer à autre chose ? Pourquoi ne pouvait-elle pas oublier… ?
-Lâche-moi, je peux le faire toute seule ! s'agaça-t-elle alors et Severus la dévisagea.
Elle vit dans ses yeux qu'il était blessé. Pourtant, il ne la lâcha pas. Sa colère redoubla alors sans qu'elle ne sache pourquoi.
-Pourquoi tu insistes, tu ne m'as pas entendu ?!
-Si.
Elle s'apprêtait à répliquer encore mais Severus reprit la parole.
-Je ne sais pas ce que je t'ai fait, Lily, tu sembles tout le temps en colère contre moi. Ça me blesse, avoua-t-il. Mais peu importe ce qui se passe, je ne te laisserai jamais tomber. Je sais que tu n'es pas volontairement ainsi. Je sais que tu souffres. Je te soutiendrai et ça ira mieux, tu verras.
Lily sentit de nouveau cette culpabilité l'étreindre et lui donner les larmes aux yeux. Severus avait raison. Malheureusement, ce n'était que de belles paroles. Le mal dont elle souffrait était bien plus profond qu'il ne pouvait imaginer. La 7ème année s'était renseignée dès la rentrée pour une consultation avec le psychomage. Malheureusement, son carnet de rendez-vous était plein et apparemment, la direction cherchait à embaucher deux autres psychomages pour la fin de l'année. En attendant, Lily devait patienter encore un mois avant de pouvoir s'épancher sur ses difficultés et tenter de trouver une solution.
-Tu ne peux pas m'aider ! Comment le pourrais-tu ? Tout va bien pour toi !
Lily se dégagea de l'emprise de Severus et commença à monter difficilement les escaliers. Elle voulait s'éloigner de lui avant de le blesser plus encore. Elle ne voulait pas le perdre mais en même temps, elle s'y prenait de la meilleure des façons pour y parvenir.
xXx
-Vous avez entendu ?
Dorcas leva la tête de son livre à l'arrivée de Sirius. Comme d'habitude, celui-ci était sans gêne et il la poussa à moitié pour s'installer à côté de leur petit groupe d'amis. Presque tout le monde était présent. Depuis la réouverture de l'école et plus particulièrement à cause de l'attaque, les élèves ressentaient le besoin d'être ensemble et il était rare de voir un élève seul. Même lorsque des élèves ne se connaissaient pas ou ne se fréquentaient pas habituellement, ils arrivaient à se parler plus facilement. L'avantage de ne plus dissocier les quatre maisons dans la Grande Salle facilitait le mélange. Surtout avec les Serpentards qui, généralement, étaient ceux qui aimaient le plus rester entre eux. Cette unité, ce nombre faisait plaisir à Dorcas. Cela lui donnait l'impression d'être entourée. Seule, elle aurait forcément ressassé la disparition de Peter et tout ce qu'elle avait fait de mal, tout ce qu'elle aurait aimé vivre avec lui.
Elle n'était pas la seule à se sentir ainsi. Se sentir entourée faisait du bien à tout le monde. Sauf peut-être à Lily. La jeune femme jeta un coup d'œil à son amie, se demandant si elle pouvait se fier au discret sourire qu'elle avait sur le visage. Il était difficile pour la Gryffondor de savoir à quoi pensait la rousse. Dorcas savait que son amie avait eu un rendez-vous la veille à St-Mangouste. La rousse avait stressé une grande partie de la soirée avant de devoir y aller. A son retour, elle avait dit à tout le monde que tout s'était bien passé mais qu'elle était fatiguée, puis elle était partie se coucher directement.
La Gryffondor à la peau basanée n'avait pas su quoi penser des propos de son amie sur le coup mais a priori, Lily allait bien. Du moins, elle le supposait. Lily, comme les autres membres de leur groupe d'amis, observait Sirius. Dorcas se rappela alors que le maraudeur avait apparemment quelque chose à leur dire. En observant les tables autour d'elle, Dorcas pouvait remarquer qu'une légère agitation régnait dans la Grande Salle. Elle croisa alors le regard d'un vert et argent mais celui détourna très vite les yeux.
Si beaucoup de bonnes choses s'étaient passées depuis le retour à Poudlard, il y en avait eu d'autre plus discutables et il y en avait une qui inquiétait la Gryffondor. Parfois, elle avait l'impression que les vert et argent étaient encore intouchables, lointains. A la reprise des cours, elle avait entendu quelques bruits de couloir à propos des Serpentards, de la chambre des secrets et du fait que les fugitifs qui avaient attaqué l'école venaient de cette maison. Tout comme le fait que le Basilic était une œuvre de Salazar Serpentard. Sans pour autant tout mélanger, quelques personnes se demandaient si des idées néfastes ne se propageaient pas chez eux. Dorcas espérait que non, tout comme elle priait pour que ces histoires n'aillent pas plus loin.
Après ce qu'ils avaient vécu, ce n'était pas le moment de s'entre-déchirer, mais plutôt de rester unis. Ce qu'ils avaient réussi à faire en si peu de temps après l'attaque, et alors même que personne ne pensait que l'école avait encore un avenir, était très fort. Cet esprit de camaraderie, cette entraide entre les différentes maisons aurait plu à Peter. Elle en était certaine. C'était tellement dommage qu'il n'ait pas pu le voir.
Les choses changeaient mais cela n'allait pas assez vite. Il y avait encore beaucoup à faire. Cela donnait néanmoins de l'espoir. Elle soupira alors que ses amis commençaient à en avoir marre du silence de Sirius, le lui faisant sentir. Sirius et sa mauvaise habitude de répandre des rumeurs ! C'était un comble alors même que Rita se tenait tranquille. Sans doute avait-elle enfin compris que ce qu'elle écrivait faisait plus de mal que de bien aux autres.
-Que se passe-t-il encore, Sirius ? demanda Lily.
-Pourquoi est-ce que tu lui poses la question, Lily, tu sais très bien que tu vas le regretter.
Dorcas soupira, s'attirant un sourire d'Isabel.
-Tu me chagrines, Do ! Je vous jure que ce que j'ai à dire est hyper important et fera plaisir à tout le monde !
Pour son plus grand déplaisir, le brun constata pourtant que personne ne prêtait attention à lui à part Lily, Remus et Dorcas. Severus semblait perdu dans ses pensées, la mine morose, et Regulus mangeait son repas en se fichant complètement de leur présence. Edmont, l'ami de Regulus en 5eme année, vivait une discussion parallèle avec sa petite amie. Pamela choisit alors ce moment pour arriver vers eux et s'installer à côté de Severus. Ils la saluèrent tous et elle eut un sourire de façade pour eux. Dorcas n'était pas dupe de son état, personne ici ne l'était. Mais tout le monde faisait semblant, c'était comme ça. Chacun avait appris à respecter les silences des autres. Certains pouvaient ressentir le besoin d'extérioriser leurs blessures, parler pour se libérer, pour se soigner, mais ce n'était pas le cas de tout le monde. Beaucoup n'en n'avaient pas encore le courage, ni l'envie. Tout était encore trop frais, trop douloureux pour pouvoir le verbaliser et il était difficile d'accepter de montrer sa douleur, ses faiblesses.
-Tu tombes bien, ma belle, j'ai une info qui vaut de l'or !
Pamela fronça les sourcils, étonné du surnom.
-Crache le morceau, Sirius. A trop jouer les énigmatiques, tu vas perdre l'attention de ton public.
-Merci pour le conseil, Do. Eh bien, j'ai entendu dire qu'on pourrait retourner à Pré-au-Lard ce week-end !
-Quoi ? s'étonna Lily. Qui t'a dit ça ?
-J'ai mes sources.
-Est-ce qu'elles sont fiables ? voulut savoir Dorcas et Sirius acquiesça. Je trouve ça étonnant, je ne pensais pas que la direction nous autoriserait à retourner à une vie normale aussi vite…
-Est-ce que ce sera sûr ? s'inquiéta Pamela.
-Pourquoi ça ne le serait pas ? Et puis, il faut qu'on puisse reprendre une vie normale, sinon ils auront gagné. On ne peut pas continuer à vivre en s'inquiétant toujours de ce qui pourrait arriver, lui fit remarquer Sirius.
-Je sais mais… Un des fugitifs n'a toujours pas été retrouvé, on ignore encore quel était leur but e-
-Pamela, l'arrêta Severus. Si tu ne veux pas y aller, tu n'y es pas obligée. Je resterais avec toi.
-Merci mais je ne vais pas te priver de cette sortie si tu en as envie. Et même si j'ai peur, je crois que ça me ferait du bien, souffla-t-elle après un instant.
-Bien parlé ! la félicita Sirius.
La blonde et le Gryffondor échangèrent un regard. Dorcas était surprise par la bienveillance du brun. Habituellement, il aurait râlé et l'aurait traitée de poule mouillée avant de tenter maladroitement de la convaincre de venir car elle ne craignait rien. La brune ne savait que penser. Au fond, elle ressentait la même chose que Sirius avec cette envie de retourner à une vie normale mais elle partageait aussi les inquiétudes de la blonde. Depuis l'attaque de Poudlard, elle s'inquiétait constamment. Elle avait même pris l'habitude de se retourner régulièrement comme pour surveiller ses arrières. Tout le temps où Poudlard avait été fermé, elle n'était pas sortie de chez elle, restant avec ses parents, ressassant ce qu'il s'était passé et pleurant la mort de Peter.
Elle pouvait comprendre l'euphorie de Sirius et si cette information s'avérait exacte, cela enverrait un bon signal à tous les élèves. La direction veillait sur eux. Ils pouvaient avancer et vivre de nouveau leur vie d'adolescent et de jeune adulte.
-On pourrait peut-être proposer à Frank, Marlene et James de se retrouver aux Trois Balais comme avant ? Ce n'est pas parce qu'ils ne sont plus à Poudlard qu'on ne peut plus se voir, proposa Dorcas.
-Tu as raison. En plus, il faut qu'on en profite avant de ne plus avoir une minute à nous pour la dernière ligne droite des examens. Cette année, ce sera sûrement assez dur. Après ce qu'on a vécu, les gens diront probablement que notre diplôme ne vaut pas grand-chose, qu'il aura été bradé par compassion… Ou quelque chose dans ce genre-là, réfléchit Lily. Je dis ça, je ne sais même pas encore comment les examens vont se dérouler.
-Euh… Oui, c'est sûr. On ignore encore ce qui nous attend, les directrices ne nous ont pas vraiment tenu au courant.
Dorcas se racla la gorge, mal à l'aise.
-Mais je ne pensais pas vraiment à ça. On n'a plus de nouvelles de Marlene et Frank nous répond à peine. Ses parents disent qu'il est au fond du trou, murmura-t-elle.
Il y eut un moment de silence pendant lequel tout le monde regarda Lily. La rousse s'empourpra d'embarras. Elle venait de passer pour une fille qui se préoccupait plus de ses études que de ses amis ! Heureusement pour elle, Sirius vola à son secours.
-Ouais, c'est vrai. Faut qu'on leur rappelle qu'on est toujours là pour eux !
Alors qu'ils continuaient à parler de cette fameuse sortie, Dorcas put remarquer le malaise persistant de son amie. Elle voyait bien que Lily allait mal. Ce n'était pas juste la mort d'Alice, il y avait plus que ça. Malheureusement, la rousse refusait de parler, de se confier. Elle rejetait même son petit-ami. Dorcas avait déjà assisté à certaines scènes entre eux et elle se sentait toujours très désolée pour le Serpentard.
Elle ne reconnaissait plus vraiment son amie, celle-ci semblait s'éteindre de jour en jour. Lily ne voulait pas lui parler, ou pensait ne pas en avoir besoin. Peut-être sentait-elle que son amie ne voulait pas trop s'impliquer, ne voulait pas s'embarquer dans une histoire compliquée et douloureuse alors qu'elle-même avait du mal à rester à flot ? Dorcas n'était sûrement pas la meilleure amie qui soit ces derniers temps mais elle voulait se rattraper, elle allait le faire. A présent qu'Alice n'était plus là, elle devait se charger de maintenir les autres hors de l'eau.
La conversation continua de manière tout aussi légère et Dorcas essaya de s'y mêler sans pour autant décrypter toutes les réactions de son amie. Elle voulait réellement croire que Lily avait juste besoin d'une étincelle, d'un nouveau souffle et de fraîcheur pour rebondir. L'heure du dîner était toujours assez animée parce que tout le monde pouvait se retrouver, relâcher le stress et la compétition de la journée.
Edmont commença à s'intéresser à leur conversation alors que le groupe évoquait leurs ressentis sur ces premiers jours avec de nouvelles directrices à la tête de la célèbre école de magie. C'était la première fois que deux personnes dirigeaient en même temps Poudlard. De plus, avant elles, il s'était toujours agi d'un homme. La majorité d'entre eux avait d'ailleurs naïvement cru que Poudlard avait besoin de Dumbledore. Qu'il avait été le seul directeur et qu'il l'aurait été jusqu'à la fin. Edmont en profita pour raconter ce qu'il s'était passé dans son groupe et Regulus s'en mêla, étant dans le même groupe que lui. Un élève qui avait oublié de rendre un énième devoir s'était vu convoqué par les directrices. S'il ne se ressaisissait pas très vite, il pourrait être renvoyé. C'était un élève intelligent, brillant et ce n'était pas la motivation ni le manque de méthode qui l'avait amené là. Il subissait simplement trop de pression et ne se retrouvait pas dans toute cette rigidité de l'enseignement.
Les Gryffondor en furent étonnés. C'était dans le règlement, cela n'aurait pas dû les surprendre, mais cela ne faisait pas longtemps que l'école avait rouvert. Dans le premier mois, les directrices auraient pu se montrer plus souples et plus compréhensives par rapport aux élèves.
Déjà que beaucoup d'élèves avaient choisi de ne pas revenir, si la direction décidait de couper les têtes qui dépassaient, il ne resterait plus grand monde.
xXx
L'officialisation de la reprise des sorties au village magique avait été faite la veille. Tout le monde en parlait et chacun s'était déjà fait son propre avis sur le sujet. Les élèves étaient pour la plupart heureux de cette bouffée d'air frais que cela allait leur offrir. Regulus, quant à lui, ne pensait pas vraiment à cette échéance. Pas que cela ne l'intéressait pas. Après tout, il allait pouvoir revoir James et tenter de s'amuser avec ses amis. Lui qui avait au départ pensé qu'il ne pourrait pas revoir son petit ami avant la fin de l'année scolaire… Il avait alors regretté de ne pas avoir pris de son si précieux temps pour simplement profiter de l'ancien Gryffondor.
Pourtant, l'éventualité de pouvoir très bientôt se rattraper ne l'emplissait pas autant de joie que prévu. Malheureusement, le 6ème année était préoccupé et n'avait pas tant le cœur à l'amusement.
Depuis qu'il avait discuté avec Erd, il ne pensait qu'à ça. La situation du 2ème année était très particulière et elle ne devait pas être facile à vivre. Le plus effarant là-dedans était que l'adolescent ne bénéficiait d'aucune aide, d'aucun soutien. Il semblait affreusement seul. Que ce soit parce qu'aucun élève ne voulait l'approcher ou encore à cause des professeurs qui se montraient toujours très prudents envers lui, comme si l'adolescent n'était qu'une bête qui pouvait perdre le contrôle à tout moment. Greyback était mort et visiblement, personne ne voulait avoir affaire à un nouveau détraqué qui attaquerait les gens et surtout les enfants. Comme Regulus était en 6ème année, il ne pouvait pas observer Erd plus que ça, mais le peu qu'il avait vu lui avait suffi.
Regulus ne savait pas quoi faire pour aider l'adolescent, il se sentait impuissant. Mais ce qui était sûr, c'était qu'il était bien décidé à agir. Il avait plus ou moins un plan dans sa tête. Celui-ci consistait à aller parler à son directeur de maison. Il pourrait et devait faire quelque chose. Déjà, il fallait adapter les cours pour Erd, lui permettre de ne plus se sentir isolé et peut-être lui offrir une chambre individuelle. C'était assurément une bonne idée. Ainsi, il pourrait avoir un endroit pour se réfugier, se couper du monde et des autres le temps de se calmer. Regulus ne savait pas trop encore ce que voulait Erd, il en avait parler brièvement avec lui mais l'adolescent était perdu et ne savait pas lui même ce qu'il voulait, ni ce qui était bon pour lui. C'était normal, il était trop jeune pour prendre des décisions, c'était aux adultes de le faire et de veiller sur lui.
Le cadet des Black avait tenté de se renseigner sur les loups-garous, mais les livres de l'école n'étaient pas nombreux et pas suffisamment documentés pour la catégorie qui l'intéressait. Néanmoins, il avait noté les titres les plus intéressants et comptait mieux s'informer plus tard. Il n'oubliait pas qu'il sortait avec un loup-garou et que plus il en saurait sur le sujet, plus il pourrait aider James. Néanmoins, sa priorité pour l'instant était de trouver une solution pour Erd. L'adolescent souffrait beaucoup, et tout ça parce qu'il était différent.
Cette propension chez les sorciers à rejeter les êtres qu'ils ne connaissaient pas ou qui n'étaient pas comme eux avait toujours agacé Regulus. Ça n'avait pas toujours été ainsi. Avant que la culture moldue ne se mélange à la leur, les sorciers étaient plus ouverts, plus curieux. Par exemple, l'homosexualité était acceptée et même présente chez de grandes familles de Sang-pur. Ça avait toujours existé, mais les gens persistaient à trouver cela étrange maintenant. Il y avait aussi les exemples des elfes de maison et des créatures magiques.
Regulus soupira avant de presser le pas. Il ne devait pas s'égarer et préparer ses arguments face à Slughorm. Il arriva très vite devant le bureau de son directeur de maison, frappa et entra tout de suite après. L'homme lui jeta un regard étonné avant de s'agacer de sa présence. Regulus ne baissa pas les yeux et tenta de montrer sa détermination : il devait faire preuve d'audace et de volonté.
-Bonjour, monsieur, je viens m'entretenir avec vous du cas de Erd.
Regulus vit sur le visage du professeur de potion que celui-ci se retenait de l'engueuler ou même de lui enlever des points. Il devait en profiter.
-Je ne vois pas ce qu'i dire sur le sujet.
-Il souffre beaucoup de la situation et n'a aucune aide ni soutien.
-Que peut-on y faire ? L'accepter à Poudlard est une fleur qu'on lui fait à lui et surtout à sa famille. Rendez-vous compte que normalement, le règlement l'interdit !
Regulus avança dans le bureau, réfléchissant à ce qu'il avait préparé en amont de cette entrevue.
-L'accepter n'est pas suffisant, il faut en faire plus. De plus, l'autoriser à rester ici est inutile si on ne lui offre pas la sérénité et l'enseignement auquel chaque élève de cette école a droit.
-Écoutez, monsieur Black, je n'ai pas le temps pour vos beaux discours. Votre passion pour les créatures bizarres et opprimées n'est un secret pour personne et en agace plus d'un. Je ne m'intéresse pas vraiment au cas de cet élève. Il est à l'école, ce qui est déjà très bien. Je lui enseigne la même chose qu'aux autres, le reste n'est pas de mon ressort.
-Vous ne pouvez pas dire ça ! s'énerva Regulus qui se souvenait encore des larmes de l'adolescent.
-Attention à votre ton, n'oubliez pas à qui vous parlez !
Regulus se mordilla les lèvres. Slughorn avait raison. Il prit alors une grande inspiration pour se calmer.
-C'est un Serpentard et les Serpentards sont toujours soudés. On n'abandonne pas les nôtres.
-C'est un bien joli discours que vous ne sortez que lorsque cela vous arrange. Je ne me souviens pas de tant de dévotion de votre part lors de la cérémonie en l'honneur de ce cher Rosier. A présent, vous traînez avec des Gryffondor et oubliez d'où vous venez.
Cette attaque fit très mal à Regulus et le déstabilisa tant qu'il ne sut quoi répondre. Il resta silencieux, son regard n'arrivant plus à affronter celui de l'adulte. Il tenta de se ressaisir et comme chez Orion et Walburga, se mit en mode automatique.
-Je sais que la situation n'est pas simple, mais ce n'est pas la faute de Erd. C'est une victime de l'attaque, tout comme chaque élève de Poudlard. Pourtant, c'est le seul pour qui les autres n'ont pas d'empathie ni de compassion. Tout le monde refuse de voir sa détresse. C'est un demi-loup-garou, il est moins dangereux qu'un loup-garou puisqu'il ne se transforme pas lors des pleines lunes ! Au-delà de ça, c'est une découverte fascinante pour tout chercheur. Et puis, il reste un enfant, il a besoin d'être guidé.
-Je vous ai assez entendu, Regulus Black. Je vous assure, Poudlard en fait déjà suffisamment pour lui. Ses parents nous ont supplié de le prendre parce qu'ils ne voulaient plus de lui. Si on ne l'avait pas fait, il serait à la rue à l'heure actuelle !
La révélation fut un choc pour Regulus. Il bégaya, y croyant à peine. Erd avait été mis à la rue ? Celui-ci ne lui avait rien dit. Mais était-il seulement au courant ?
A cet instant, Regulus comprit que la solution ne viendrait pas de l'école. Dumbledore aurait-il pu faire quelque chose ? Il avait toujours eu à cœur le bien-être des élèves, même s'il était également du genre à penser que la fin justifiait les moyens et que de grandes causes engendraient forcément de grands sacrifices. Aurait-il sacrifié Erd pour une nouvelle unité ?
Regulus était dégouté. Il quitta le bureau de son directeur de maison, à la fois démoralisé et énervé. Perdu dans ses pensées, il évita ainsi seulement au dernier moment Tom Jedusor. Il eut un mouvement de recul, surpris de tomber nez à nez avec lui. La dernière fois qu'ils s'étaient vus, l'homme l'avait clairement menacé.
-Regulus, tu as l'air pensif. As-tu des soucis ?
Le 6ème année n'arrivait pas à savoir si l'homme en était heureux.
-Tout va bien.
Avant que le psychomage n'ait le temps d'ajouter quoi que ce soit, Regulus fila. Heureusement pour lui, l'adulte ne chercha pas à le retenir. Le Serpentard avait entendu dire que le planning du psychomage était rempli et que Poudlard cherchait à embaucher d'autres psychomages pour faire face à la vague de consultations. S'il ne voulait pas attirer l'attention ou créer de problèmes avec les nouvelles directrices, Jedusor devait faire profil bas et se contenter de faire son boulot. Pour l'instant. Cela arrangeait assez Regulus. Il avait assez de problèmes pour devoir penser à l'homme. Mais bientôt, il ne pourrait plus ignorer sa présence et sa dangerosité.
Le mieux était qu'il parle à Hugo avant que Tom Jedusor n'ait de nouveau le temps de lui tourner autour. Avec ce qui était arrivé à Sirius, il n'avait pas pensé à recontacter le français pour le tenir au courant, ni même pour finir la conversation qu'ils avaient commencée à Godric's Hollow. Il ne devait pas attendre pour continuer à garder la main. Il était celui en position de force mais cela pouvait changer.
Il y avait aussi le procès que Regulus voulait attenter aux Black. Maugrey était supposé prendre rendez-vous avec lui pour parler plus en profondeur de l'affaire et lui présenter un Auror en charge de la protection des mineurs.
Regulus se sentait las. Il était si jeune et avait déjà tant de choses à penser, de problèmes à régler. Il espérait sincèrement qu'il arriverait à se vider l'esprit avec cette sortie…
xXx
L'ambiance à la maison avait changé depuis que Poudlard avait rouvert ses portes. James n'en était pas vraiment surpris. Il l'avait redouté avant le départ des frères Black et il avait eu raison. Ses parents étaient mal à l'aise avec lui et si James avait trouvé ça drôle au début, aujourd'hui, cela ne le faisait plus rire. Après avoir rassuré ses parents sur le fait qu'il ne comptait pas écrire un magazine érotique ni pornographique, il avait pensé que tout irait mieux. Eh bien, ce n'était pas le cas ! Il était extrêmement compliqué de parler de sexe avec eux et à présent, James comprenait pourquoi sa mère et son père ne s'y étaient jamais risqués avant.
Pourtant, c'était important et c'était bien pour cette raison que James était si déterminé. Tenir des adolescents et des adultes informés, leur donner les cartes pour avoir une vie sexuelle, amoureuse, sociale épanouie. Se documenter, savoir ce qu'ils avaient le droit ou non de faire, les risques et une ouverture sur le monde et ses divers plaisirs.
Il ne voyait pas le mal là-dedans, surtout que depuis qu'il en avait parlé à ses parents, il était encore plus motivé. Il avait vraiment envie de se lancer. Il n'avait pas peur de se tromper, il pourrait faire autre chose plus tard. James ne demandait qu'à trouver sa vocation. Malheureusement, ses parents refusaient d'en parler. Ils n'avaient que cette foutue demande de candidat libre pour les Aspics en tête. James voulait bien se plier au jeu, mais il voulait également être entendu et pour l'instant, ce n'était pas trop le cas. C'était assez désolant.
C'était bien la première fois que la situation bloquait autant avec ses parents. Il ne savait pas trop quoi faire. Il ne voulait pas les brusquer ni leur faire de la peine. Au contraire, il voulait les aider à comprendre ce qu'il voulait faire. Et pour ça, quoi de mieux qu'un exemple concret ? Motivé, James ramassa un des nombreux magazines dont il avait hérité d'Alice et descendit voir ses parents.
Ceux-ci étaient dans le jardin, jouant à un jeu de société sorcier et discutant d'une de leurs connaissances.
-Maman, papa, j'ai quelque chose pour vous.
Ses parents eurent un regard bienveillant pour lui et cela encouragea James dans sa démarche. Il posa sur la petite table à l'extérieur les quelques magazines qu'il avait sélectionnés. Pour ne pas heurter ou troubler ses parents, il n'avait sélectionné que les numéros les plus soft. Enfin, si on pouvait appeler ça ainsi. Pour sa part, rien ne l'avait jamais choqué dans ce qu'il avait lu.
Sa mère observa les magazines et rien que les titres - Feminisex, Les femmes et le plaisir, Rumina, Prévention contre les différents risques sexuels ou Hot, Désir et Envie - la firent sursauter.
-James ! s'indigna son père. Ces magazines sont une chose et que tu les utilises te regarde, mais ta mère et moi ne voulons pas avoir ça sous les yeux !
-Écoute-moi, papa, avant de t'énerver. Ce ne sont pas des revues pornographiques, lis les titres. Il y a des articles et ça marche bien.
James ouvrit un des magazines sur une page au hasard et rougit d'embarras quand la photo d'une femme en dessous sexy bougea sur la double page. Il tourna vite la page et tenta de faire comme si de rien n'était.
-C'est ce dont je voulais parler la dernière fois. Ce sont des magazines qui donnent des outils aux personnes pour mieux appréhender la sexualité, la féminité et le féminisme ainsi que tout ce qui tourne autour de l'identité et ce qui peut être considéré comme tabou.
Sa mère soupira et ni elle ni son père ne firent semblant de vouloir feuilleter ce qu'il avait amené. Ses parents étaient plutôt âgés et James se doutait que cela faisait longtemps qu'ils n'étaient plus à la page. Lorsqu'ils étaient encore jeunes, le sexe était quelque chose de tabou et le fait d'avoir des relations sexuelles avant le mariage était mal vu, voire interdit pour les familles de Sang-pur. Il fallait que les femmes soient vierges et s'il y avait un doute, des tests pouvaient même être effectués. Sans parler du fait de fréquenter quelqu'un qu'on ne comptait pas épouser plus tard qui était totalement proscrit.
Tout ça était dépassé à présent et ses parents l'acceptaient très bien. Ils n'avaient pas de jugement pour sa vie amoureuse ou celle des autres. Mais la notion de tabou et de vie privée étaient encore bien trop présents chez eux.
-Tu as l'air vraiment motivé, commenta Fleamont.
-Et impliqué. J'ai vraiment besoin de vous, et surtout de toi, papa. Tu as lancé ta propre entreprise, tu pourrais me dire comment faire.
-Ce n'est pas tout à fait la même chose. Enfin, si tu considères ça comme du journalisme, les bases sont très différentes, expliqua son père.
-Je ne pense pas que ce soit considéré comme du journalisme. Ce sont comme des magazines people, non ? demanda sa mère.
-Pas tout à fait, souffla James. Mais peu importe que ce ne soit pas pareil, si déjà j'ai des éléments pour me lancer, ça me va ! relativisa-t-il.
James ne savait pas quels arguments avancer pour rendre ses parents moins craintifs quant à son projet. Ceux-ci n'étaient pas réceptifs à toutes ses tentatives. Il fit la moue, réfléchissant à ce qu'il pouvait dire d'autre.
-Peut-être pourrions-nous en reparler quand tu auras plus d'éléments concrets ? tenta sa mère. Nous ferions mieux, à l'heure actuelle, de réfléchir à ce que nous allons faire pour la pleine lune. C'est dans moins d'une semaine.
James acquiesça. Sa mère avait raison. Cela allait arriver vite, il ferait mieux d'être prêt. Cela l'angoissait assez d'ailleurs. Il ne se souvenait pas de sa première transformation et il appréhendait la prochaine. Ne plus rien maîtriser, devenir dangereux, pouvoir faire du mal à ceux qu'il aimait sans même pouvoir s'en empêcher. Ne plus être maître de son corps et de son esprit…
-Qu'est-ce qu'on peut faire ? Rester à Godric's Hollow serait trop risqué, non ? demanda l'ancien Gryffondor.
-Non, pas si nous sommes bien préparés.
James haussa les sourcils, étonné. Ses parents avaient-ils déjà pensé à tout ?
-On n'a pas de pièce sûre à la maison et même nos voisins risqueraient d'entendre. Je ne parle même pas de la possibilité que je m'enfuis et que je fasse un carnage !
-Ne t'en fais pas, mon chéri, nous ne laisserons pas ça se produire. On t'installera dans l'ancien atelier de ta mère. Nous pourrons l'insonoriser et on protégera l'ouverture d'un sort.
-Ainsi, nous pourrons venir nous assurer que tout va bien. Avec ton père, on se relaiera également pour être certain que la porte et les différents sorts tiennent bons.
-Mais vous n'y pensez pas !? s'alarma James. C'est bien trop dangereux, je ne peux pas vous faire prendre ce risque !
-Quel autre choix avons-nous ? lui fit remarquer Fleamont. Nous voulons seulement veiller sur toi. On ne peut pas te laisser passer ce cap seul.
-Je sais et je vous en remercie, mais je ne peux pas rester à la maison ! Il faudrait plutôt que je m'isole, que je sois enchainé même…
A l'expression de ses parents, ceux-ci semblaient atterrés par l'idée. James se gratta la tête. Ses parents pouvaient être choqués, mais lui n'en démordait pas. Il ne ferait pas prendre de tel risque à ses parents. Il avait déjà vu un loup-garou, ses parents ne pouvaient qu'imaginer ce qui allait se passer. Lui à l'inverse savait qu'il pourrait y avoir des morts. Sa santé et son bien-être n'entraient pas en ligne de compte. Pas sur des sujets pareils.
-Il reste moins d'une semaine, il faut qu'on trouve autre chose, s'entêta James.
-Ne t'inquiète pas, ton père et moi allons chercher une solution. Fais-nous confiance et laisse-nous encore un peu prendre soin de toi, mon fils.
Sa mère lui caressa la joue et James n'ajouta rien de plus. Il ne savait pas si c'était une bonne idée. Malgré ses réticences, il voulait quand même leur laisser une chance.
James ramassa ses magazines qui, au final, n'avaient pas servi à grand-chose et retourna les ranger dans sa chambre. Il vit alors l'oiseau de Sirius. Il avait déposé une lettre sur son bureau et attendait patiemment une réponse. Curieux, l'ancien Gryffondor s'empressa d'ouvrir le courrier de son ami.
Sirius lui parlait de la prochaine sortie dans le village sorcier et lui proposait de se joindre à eux. Frank et Marlene étaient également invités. Le but était de passer un bon moment tous ensemble, comme au bon vieux temps. Sirius lui parlait également un peu de Poudlard comme il le faisait habituellement. Et si James ressentait toujours ce petit pincement au cœur, il ne regrettait pas sa décision. Il avait des objectifs, des objectifs ambitieux. Il n'était pas malheureux.
James ne perdit pas de temps pour répondre à son ami. Peu importe que la pleine lune soit seulement deux jours après cette fameuse sortie. James savait qu'il serait fatigué, irritable, agressif ou même émotif mais il ne voulait rater ça pour rien au monde. Il s'empressa donc de répondre positivement à son meilleur ami. Cela faisait au moins une bonne nouvelle dans la journée.
xXx
Maugrey avait été surpris le matin même de recevoir une lettre de Marlene McKinon. Il avait tout d'abord supposé qu'elle lui demandait des nouvelles par rapport à son nouveau statut, ou même qu'elle lui révélait enfin où était passé son frère. A vrai dire, il ignorait bien ce que la jeune femme pouvait avoir à lui dire. La plupart du temps, elle ne souhaitait pas lui parler, elle le fuyait même. C'était lui le harceleur, celui qui cherchait à la voir, à avoir des réponses, quitte à la bousculer un peu. Avec le recul, l'Auror admettait qu'il avait failli franchir la ligne à plusieurs reprises et qu'il avait été loin d'être tendre.
Cet entêtement, cette colère et cette pugnacité dont il avait fait preuve n'avaient pas été contre elle, loin de là. Maugrey n'avait pas aimé aller la voir simplement pour la menacer, tenter de la comprendre ou encore la faire avouer. Son visage à chaque fois qu'elle le voyait sur le pas de sa porte, il s'en souvenait très bien. Pour lui, il ne faisait même aucun doute qu'elle avait sauté au plafond lorsqu'elle avait eu la certitude qu'elle n'aurait plus jamais à faire à lui. Maugrey était plus partagé et il ne comprenait pas vraiment pourquoi il était mitigé. Ce n'était pas habituel pour lui. Il aurait dû avoir du ressentiment envers elle, ou même de la colère, comme pour tous les criminels à qui il avait affaire dans le cadre de son travail. Marlene n'avait pas commis une petite infraction…
Et pourtant, l'Auror se sentait différent des autres fois où il menait ses enquêtes. Il ne savait pas si cela avait à voir avec le jeune âge de la Serdaigle ou le fait qu'il ne pensait pas qu'elle était vraiment méchante mais s'était montrée faible et égoïste. Il n'avait pas non plus été insensible à ce que Marlene avait dégagé, cette assurance, cette force et cette intelligence. Elle était différente. Quelque chose chez elle lui avait fait penser à lui, à cette particularité qui faisait d'eux des personnes à part... Maugrey n'avait jamais ressenti ça pour personne auparavant. Il n'avait jamais rencontré quelqu'un qui l'avait autant intrigué, autant passionné.
Elle avait malheureusement tout gâché.
La journée de travail de Maugrey était sur le point de se terminer et il était temps qu'il ouvre la fameuse lettre. Il ne lui restait que quelques minutes avant de pouvoir rentrer chez lui. L'Auror tenait à le faire sur place car si Marlene avait une demande concernant sa demande de grâce, comme Maugrey le présumait, son collègue pourrait mieux lui répondre que lui. Il ne comprenait d'ailleurs pas pourquoi c'était à lui qu'elle s'adressait.
Je ne sais pas bien pourquoi je vous écris.
Sans doute car je veux être sûre que tout ceci est bel et bien fini. Les dernières fois que nous nous sommes vus, ça ne s'est pas bien passé. J'ignore même si une de nos rencontres s'est bien déroulée. On peut dire que nous sommes deux opposés plutôt semblables, comme incapable de rester éloignés pour de bon... C'est à la fois étonnant et pourtant sans surprise. Je retrouve certains de mes traits de caractère chez vous. Il y a beaucoup de choses qu'on m'a déjà reprochéet j'ai toujours été hermétique à ces critiques. Je tiens à vous dire que vous m'avez fait changer d'avis. Je vais tenter de m'améliorer.
Sur cette piètre note d'humeur, je ne vais pas perdre plus de temps et vous révéler la raison qui m'a poussé à prendre la plume.
J'ai tout avoué à ma famille. Ça n'a pas été facile, mais nous sommes une famille unie et soudée. Mes parents disent qu'ils me pardonneront, qu'il faut également que je puisse le faire. J'ignore si c'est possible, surtout quand je sais que personne à part eux ne fera une telle folie. J'ai coupé les ponts avec tout le monde. Les McKinonn partent en France. Là-bas, personne ne sait quel monstre je suis, n'est-ce pas ?
Vous me l'avez répété plein de fois et je tiens à vous dire que même si je ne vous répondais pas, je n'en pensais pas moins. Oui, je regrette sincèrement ce que j'ai fait, mais l'heure n'est plus aux regrets. A quoi bon ? Il faut apprendre à vivre avec et surtout assumer ses actes.
J'ai peur que vous pensiez que j'essaie de vous amadouer, de redorer un blason quelconque. Je suis réellement consciente que ce que j'ai fait est mal. J'ai été aveuglée par l'idée d'avoir ma famille réunie. Mon frère était injustement emprisonné… Je vais m'arrêter là, c'est un débat inutile. J'ai enfreint les règles, tenter de me justifier ne réduira pas la gravité de mes actes.
Vous avez êtes une sacrée (bip). Néanmoins, je crois que vous êtes un bon Auror. Je n'ai pas grand-chose à vous reprocher, même si je dois l'avouer, j'ai souvent pleuré après vos visites… J'espère que vous vous montrerez aussi brillant et déterminé pour arrêter Tom Jedusor. Je ne sais pas ce qu'il a en tête, je sais simplement qu'il est prêt à tout. Il est intelligent et j'avais beau savoir qu'il me manipulait, je n'arrivais pas à penser qu'il avait tort, ou même que ce qu'il disait était fou. Il est hypnotisant et parle directement à votre âme. Avec lui, on a l'impression d'être compris, qu'il n'y a pas de tabou. Qu'on compte, tout simplement.
Il faut vous méfier de lui. Malgré ce qu'il laisse penser, cet homme n'a pas de cœur. C'est un sociopathe manipulateur.
Maugrey relut les derniers mots, puis observa l'écriture délicate de la Serdaigle. Elle n'avait pas signé sa lettre, ni cherché une formule de fin. A quoi bon ? Ce n'était pas la peine, leurs rapports avaient toujours été compliqués. Néanmoins, l'Auror était troublé. Il ressentait même de la culpabilité. Il savait la manière dont il s'était comporté avec elle, mais il avait pensé qu'elle avait toujours été suffisamment forte pour encaisser. Apparemment, ça n'avait pas été le cas. Avait-il joué un rôle dans son départ ?
Lui qui n'avait jamais remis en question ses choix et sa façon d'agir jusque-là, c'était une grande première.
Il soupira, plus troublé que prévu. Il ne devait pas rester bloqué dessus. Marlene avait fait ses choix, elle s'était mise seule dans cette mauvaise situation. Lui devait continuer d'avancer.
Dans les prochains jours, il allait faire de son mieux pour rassembler le maximum d'informations. Il devait normalement prévenir sa hiérarchie et ouvrir le dossier d'enquête sur le fiasco d'Azkaban, mais Maugey préférait se taire pour l'instant. Il allait écouter les mises en garde de la Serdaigle. Pour l'instant, le psychomage pensait être tranquille alors il devait enquêter discrètement et rassembler des éléments contre lui. Tenter de le connaître, de découvrir son but, ses partenaires éventuels et surtout à quel point il était dangereux.
Beaucoup trop de boulot en perspective… Mais Maugrey ne s'épanouissait qu'ainsi dans le travail. Il avait toujours fonctionné de cette manière et ne pensait pas pouvoir changer un jour. Du moins le supposait-il. Il était seul et n'avait pas de famille, tout juste avait-il un ami. Et encore, Hugo s'était imposé dans sa vie sans qu'il n'ait son mot à dire. S'investir dans son travail lui permettait également d'oublier à quel point il était mauvais dans les relations sociales.
Mais ce n'était pas qu'une échappatoire. L'Auror était passionné et déterminé. Il avait pour objectif de révéler le vrai visage du psychomage de Poudlard et de l'arrêter. La question n'était pas de savoir s'il allait y arriver, mais quand il allait y parvenir.
Déjà bonne année à tous !
Petite explication, j'ai fait le choix dans cette fanfiction de m'éloigner un peu de la version des loups-garous de l'œuvre d'origine. J'ai plus voulu m'inspirer de ce qu'on peut voir dans les autres histoires et les films. Après comme on ne sait déjà pas grand-chose dans Harry Potter sur les loups-garous, ça ne devrait pas être trop grave. Vous aurez l'occasion de le voir surtout avec James. Prochainement !
