Chapitre 50 : Direction

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La première chose que James ressenti avant même d'ouvrir les yeux fut la douleur. Il se sentait pourtant si fatigué qu'il dut lutter pour ne pas se rendormir immédiatement. Peu importe à quel point il avait mal, il était encore plus épuisé.

Pour autant, il ne parvint pas à bouger. James pouvait seulement voir la lumière à travers ses paupières et entendre des bruits autour de lui. Il imaginait que des gens se trouvaient autour de lui. L'ancien Gryffondor fit ensuite une deuxième tentative mais ne réussit qu'à émettre un faible grognement. Il se rappelait que c'était la pleine lune hier mais était-elle déjà finie ou était-il encore un loup garou ?

Tout un tas de questions traversa l'esprit du brun. Il craignait d'être encore une bête et de commettre un carnage, de faire du mal à ses amis. Il tenta alors avec plus de hargne encore de sortir de l'état dans lequel il était. S'il arrivait à reprendre le contrôle de son corps, cela pourrait changer beaucoup de choses. Il pourrait ne plus être un danger pour les autres. En effet, il avait toujours cru que lors des pleines lunes, les gens transformés ne contrôlaient plus rien et devenaient des bêtes sanguinaires en présence d'humains.

Mais qu'en savait-il réellement ? Pas grand-chose.

Sans s'en rendre compte, l'ancien lion commença à s'agiter, attirant ainsi l'attention des gens qui le veillaient. James entendit alors une voix réconfortante prononcer son nom. En vérité, celle-ci semblait l'appeler sans relâche. Qui était-ce ?

-James ! James, mon cœur, réveille-toi !

Cette personne avait l'air très inquiète et sa voix était importante, elle faisait chaud au cœur. Était-ce Regulus ? Il espérait que ce soit Regulus. Un petit sourire niais apparut sur le visage de l'ancien Gryffondor tandis qu'il imaginait son petit ami penché au-dessus de lui. Un scénario prenait lentement place dans sa tête. Fou d'inquiétude, le Serpentard se jetterait dans ses bras avant de l'embrasser. Cette idée rendit James tout chose et il ouvrit les yeux avec impatience.

Il lui fallut quelques secondes à peine pour s'acclimater à la lumière naturelle de la pièce. Sa mère et son père apparurent alors dans son champ de vision et l'ancien Gryffondor tenta de ne pas montrer sa déception.

-Mon chéri, tu reviens enfin parmi nous, souffla Euphémia, visiblement soulagée.

Le brun eut un sourire chaleureux pour ses parents. Comme d'habitude, ils étaient là pour lui.

-Ne bouge pas, lui intima son père.

James cligna des yeux, tentant faiblement de reprendre pied avec la réalité. Il se sentit manipulé par l'un de ses parents et on porta un verre d'eau à ses lèvres. Il but avec avidité et eut conscience seulement à ce moment-là qu'il mourrait de soif.

Il y eut ensuite un moment de silence et James observa la pièce autour de lui. Il n'était pas dans la cabane hurlante mais dans sa chambre. Combien de temps avait-il dormi ? L'ancien Gryffondor avait tellement de questions mais il était si fatigué qu'il ne se sentait pas de se lancer dans un interrogatoire. Il savait également que ses parents ne seraient probablement pas complètement honnêtes avec lui. Ils voudraient l'épargner à tout prix.

Mais ce n'était pas grave, il y avait une seule chose qui importait à James.

-Est-ce que j'ai fait du mal à quelqu'un ?

C'était sa plus grande crainte et heureusement, sa mère ne le laissa pas se faire du souci. Très vite, elle lui sourit avant de le prendre dans ses bras.

-Ne t'en fais pas, mon fils, murmura Fleamont. Tout s'est bien passé.

Et c'était ce que James avait besoin d'entendre car il n'attendit pas plus pour laisser de nouveau le sommeil le cueillir.

xXx

Cela faisait deux jours depuis la pleine lune et Sirius était toujours dans tous ses états. Il n'arrivait pas à croire que tout avait dégénéré à ce point. Il se demandait encore comment il était possible qu'il n'y ait pas eu de blessés graves. Étonnamment, le loup-garou était resté tranquillement allongé sur le sol, presque alangui. Il avait braqué ses yeux jaunes fauve sur Regulus qui n'avait pas osé bouger d'un poil. Il n'avait pas prêté attention une seule seconde à Sirius malgré sa forme humaine, ni même au puma qui avait rodé près de lui. C'était à n'y rien comprendre. Le temps s'était suspendu et chacun d'eux avait tout fait pour maintenir cette espèce d'équilibre.

Aux premières lueurs du jour, la mutation s'était inversée et James avait lentement repris forme humaine. Après avoir combattu et tenté de garder sous contrôle un loup-garou de plus d'1m60, il avait été difficile de croire que la créature qui leur avait donné tant de mal était ce jeune homme nu et blessé dans l'herbe.

Cela avait sonné comme une libération lorsque les Potter étaient venus récupérer leur fils tant la nuit avait été compliquée. Une fois la tempête passée, la fatigue s'était abattue sur Remus et lui de manière fulgurante. Sirius avait alors enfin remarqué que Remus était blessé. Ils avaient alors convenu tous les deux que Remus irait seul à l'infirmerie et inventerait une chute dans les escaliers pour justifier ses blessures. Au moins, il pourrait recevoir une potion pour soigner ses côtes douloureuses.

Ils avaient été silencieux tout le long du chemin jusqu'à l'infirmerie et avaient à peine réussi à se dire au revoir au moment de se séparer. Sirius était ensuite repassé dans son dortoir et s'était allongé sur son lit. Il avait dû attendre une demi-heure avant de devoir se lever et d'affronter un nouveau jour. Il aurait voulu s'endormir mais il avait su qu'il aurait ensuite toutes les peines du monde à se réveiller. De plus, ce qu'il s'était passé avec Regulus avait tourné en boucle dans sa tête.

Le mardi était passé dans un brouillard. A force de se torturer l'esprit et avec l'angoisse accumulée, le brun avait attrapé une satanée migraine. Il avait passé l'après-midi dans un état cotonneux, ayant du mal à aligner deux pensées cohérentes. Sirius avait tout de même pu retrouver son frère le midi pour discuter brièvement mais cela ne l'avait pas satisfait.

L'imprévu lors de la pleine lune l'avait mis en colère mais l'avait inquiété bien plus encore. Néanmoins, l'urgence de la situation lui avait permis de contrôler ses émotions. Il avait vu combien Regulus avait été terrorisé et qu'il s'en voulait. L'ainé des Black savait également que son frère n'était pas suffisamment stupide pour venir lui-même se jeter dans la gueule du loup. Il avait été piégé. Il en tremblait de rage en y repensant. Lors de la discussion qu'avaient eue les deux frères, Regulus avait tenté de lui faire croire qu'il allait bien. Mais c'était impossible car ils savaient tous les deux que quelqu'un l'avait probablement envoyé à la mort.

Quand Sirius lui avait demandé comment il se sentait, son petit frère avait simplement souri et répondu nonchalamment qu'il se sentait bien. Le pire était que Sirius était incapable de dire si c'était faux ou non. Regulus avait vécu tant de choses ces derniers jours qu'il était sûrement devenu presque insensible. De plus, Orion et Walburga leur avaient appris à refouler leurs sentiments, à se montrer forts et à ne pas se plaindre.

Sirius avait détesté encore plus ses parents pour la misère dans laquelle ils les avaient mis. A cause d'eux, ni Regulus, ni le jeune adulte qu'il apprenait à être ne pouvait grandir en paix.

Plus tard, après ses explications mitigées avec son frère, le Gryffondor avait reçu la visite de sa directrice de maison. Celle-ci lui avait alors appris que son volatile était mort. Il avait accusé difficilement le coup et cela l'avait notamment convaincu qu'une personne mal intentionnée s'en était servie pour nuire à son petit frère ou à lui-même.

Les professeurs avaient malheureusement refusé de pratiquer une autopsie sur le hibou et s'étaient juste chargés de l'enterrer. Sirius avait été triste, même si c'était dur pour lui de le déterminer. Après tout, il l'avait peu côtoyé, mais une partie au fond de lui était visiblement peinée.

Le Maraudeur ignorait comment il allait bien pouvoir se sortir de toutes ces emmerdes. Pour autant, il ne pouvait pas se plaindre. Il était celui qui avait décidé de vivre cette vie.

Il pouvait le supporter. Il avait su dès le départ dans quoi il s'engageait.

A présent, la fin de la journée approchait et, n'y tenant plus, Sirius décida d'aller à l'infirmerie pour demander à Pomfresh une potion pour le soulager de son mal de tête. Les mauvaises nouvelles n'avaient fait qu'aggraver son état et il regrettait de ne pas y être allé plus tôt car cela lui aurait évité de souffrir inutilement.

A quelques mètres de son but, il tomba sur Remus qui sortait de l'infirmerie. Il s'immobilisa alors, hésitant à aller le voir. Il détestait le malaise qui s'était installé entre eux.

-Sirius, qu'est-ce que tu fais là ? l'interrogea le blaireau.

Bon. Maintenant que Remus l'avait vu, il était trop pour partir ou l'ignorer.

-J'ai mal à la tête, je viens voir Pomfresh histoire qu'elle me soulage un peu. Tu étais à l'infirmerie toute la journée ?

Remus acquiesça.

-Je vais beaucoup mieux, même si Pomfresh voulait me garder plus longtemps pour surveiller mon état, expliqua-t-il.

-Je suis désolé de ne pas avoir remarqué plus tôt que tu étais blessé, soupira Sirius.

Remus se gratta la joue droite, embarrassé.

-Ce n'est rien, voyons.

Pendant quelques secondes ils n'eurent rien de plus à se dire.

-Mon hibou est mort, lâcha finalement Sirius.

Remus écarquilla les yeux.

-Je suis désolé, Sirius…

Il souffla ensuite, mal à l'aise.

-Regulus ne sait toujours pas qui a pu lui envoyer cette lettre ?

-Non, et en soit, n'importe qui aurait pu faire ça. N'importe qui de doué en tout cas.

-N'importe qui ? Je n'en suis pas sûr, lui fit remarquer Remus. On l'a envoyé sans défense face à un loup-garou ! Ce n'est pas une vulgaire blague et je suis sûr qu'on peut considérer ça comme une tentative d'assassinat !

Sirius baissa la tête. Une partie de lui ne pouvait s'empêcher de repenser à Severus et à ce qu'il avait failli faire à Remus. Il avait voulu faire passer ça pour une petite blague, une bonne leçon donnée à un Severus trop fouineur. Cela avait surtout été fait dans le but de le terroriser, de lui faire passer l'envie de se mêler encore une fois de leurs affaires, de laisser Remus tranquille. A l'époque, il n'avait pas réfléchi aux conséquences, n'appréciant pas le Serpentard. Il s'était bien fiché de savoir ce qui lui arriverait. Même s'il n'avait pensé à aucun moment que celui-ci viendrait vraiment. Il fallait dire qu'il était évident que c'était un piège ! Lui, l'ennemi de toujours du Serpentard, lui avait donné rendez-vous dans la cabane hurlante pour qu'il puisse constater de ses propres yeux ce qu'il s'y passait les nuits de pleine lune. La réponse à la question qu'il se posait depuis toujours : que pouvait bien cacher les Maraudeurs.

Peu importe que Severus ait manqué de discernement, il était bel et bien le seul fautif. Aujourd'hui encore, il en avait assez honte. Il ne désirait pas se remémorer plus que nécessaire cette partie sombre de sa vie. Effectivement, il ne devait pas penser à ça, cette vie appartenait au passé.

-Tu penses qu'il s'agit de Jedusor ? demanda-t-il au Poufsouffle.

Remus haussa les épaules.

-C'est le seul qui a un mobile.

-C'est vrai que c'est le coupable parfait. Mais comment il aurait fait ? Comment peut-il être au courant de…

Sirius ne termina pas sa phrase. Remus et lui avaient oublié qu'ils étaient dans le couloir non loin de l'infirmerie. Ils avaient beau être seuls, ce n'était pas l'endroit pour en discuter et le Poufsouffle sembla également le comprendre.

-Je vais y réfléchir et tenter de savoir ce qu'il s'est passé. Je te tiendrai au courant.

-Très bien, j'essaierai de faire de même.

Sirius acquiesça avant de s'éloigner. Il sentit le regard de son ami sur lui jusqu'à ce qu'il rentre dans l'infirmerie mais ne se retourna pas.

xXx

En arrivant dans la Grande Salle pour prendre son petit-déjeuner, Regulus croisa le regard de Barty. Depuis qu'ils avaient discuté ensemble deux jours auparavant de la venue étrange du hibou de Sirius, les deux Serpentard ne s'étaient pas parlés. Néanmoins, il était impossible pour eux de s'ignorer. Même si Barty n'avait pas bien compris ce qu'il s'était passé, il savait suffisamment de choses pour comprendre que quelque chose d'étrange s'était passé.

Il était également facile pour lui de voir que le 6ème année n'était pas dans son état normal. Quelque chose s'était passé après qu'il ait quitté le dortoir. Ce silence arrangeait Regulus. Il s'en voulait déjà suffisamment d'avoir craqué et d'avoir été si naïf. Une catastrophe aurait pu avoir lieu, il avait été négligent. Il ne voulait pas penser à ce désastre et si Barty voulait jouer les ignorants, il n'allait pas pas s'en plaindre. Après la pleine lune, Regulus avait en effet été dans un état si lamentable qu'il n'avait pas pu aller en cours. Des points lui avaient alors été enlevés parce qu'il n'avait pas pu donner une raison valable à son absence. Malheureusement, il avait même régressé dans le classement. Mais pour l'instant, le Serpentard s'en fichait bien.

Ce matin, avant de venir dans la Grande Salle, il était passé à la volière pour vérifier que le hibou de Sirius n'était bel et bien plus là. Il se rappelait encore le comportement étrange du volatile. S'il avait été plus vigilant, aurait-il été encore vivant ?

Regulus ne voulait pas se torturer avec ça, tout comme avec ce qu'il s'était passé dans la forêt interdite. Mais c'était plus facile à dire qu'à faire. Regulus n'arrêtait pas de repenser à cette nuit, au loup-garou qui courrait vers lui. Il avait cru mourir sur l'instant. Pourquoi James ne l'avait-il pas attaqué ? Il n'y comprenait rien du tout.

Il savait déjà qu'il ne connaissait pas grand-chose aux loups-garous et c'était pour cette raison qu'il avait tenté de se renseigner en empruntant des livres à la bibliothèque. Cependant, il avait fait chou blanc. A l'école, on leur apprenait seulement que c'étaient des êtres sanguinaires et dangereux. Pas plus, pas moins. Cela frustrait Regulus. Mais que pouvait-il faire ? N'allait-il pas avoir l'air suspect s'il se mettait à poser des questions ? Quoique, pas forcément. Les gens pouvaient penser qu'il s'y intéressait pour Erd.

C'était une idée. Regulus avait moins d'un mois pour en apprendre plus. S'il y arrivait, peut-être que la prochaine pleine lune se passerait mieux pour James. Il faudrait qu'il en parle avec son frère et Remus. En espérant que Sirius ne se relance pas dans un de ses sermons... Il savait bien que Sirius avait eu peur, ça avait également son cas. Il s'en voulait terriblement d'être tombé dans un piège si grotesque.

-Pourquoi tu n'étais pas en cours hier ? lui demanda soudain Barty.

Regulus, qui mangeait tranquillement jusque-là, lui jeta un regard perdu. Barty s'était délibérément décalé près de lui et ils étaient relativement à l'écart des autres.

-J'étais indisposé, répondit-il sans chercher à avoir l'air convaincant.

-Indisposé ? répéta Barty. Quoi, tu vas me dire que tu avais tes règles, Black ? se moqua le Serpentard.

La main de Regulus se crispa sur son verre.

-Pas la peine de faire cette tête-là, je sais très bien qu'il s'est passé un truc lundi, reprit Barty en levant les yeux au ciel.

-Et donc ? Je devrais t'en parler parce que… ?

Regulus lui lança un long regard avant de se détourner et de continuer à manger. Il but une gorgée de son jus de fruit et commença à croquer dans son toast.

-Tu n'avais pas prévu de sortir cette nuit-là alors quand tu es parti, tu n'avais aucun plan. Tu étais bizarre après avoir reçu cette lettre. A mon avis, quelqu'un t'a annoncé soit une mauvaise nouvelle, soit de l'aide. J'ai aussi entendu dire que le hibou de ton frère est mort et même si je ne sais pas à quoi il ressemble, je me dis que c'est peut-être celui de lundi. Il était bizarre alors ça peut correspondre. Après, est ce que ça veut dire que c'est ton frère qui t'a écrit ? Pas forcément, ou en tout cas on ne peut pas exclure que quelqu'un d'autre ait envoyé la lettre en se servant de son hibou. Mais ça reste peu probable. Et j'ai observé Sirius Black, lui aussi n'a pas l'air dans son assiette.

Barty se pencha ensuite vers lui, un sourire insolent aux lèvres.

-C'était la pleine lune lundi soir.

Cette fois-ci, Regulus ne put cacher sa réaction et ne manqua pas le sourire suffisant du 5ème année.

-C'était peut-être une coïncidence, admit tout de même Barty. J'ai alors commencé à me demander ce que tu pouvais bien avoir à faire de si urgent à ce moment-là. J'ai pensé à Erd mais y a des trucs qui ne collent pas. Si Erd avait vraiment des problèmes, les professeurs s'en seraient occupés comme pour l'incident de la dernière fois. Et puis, il n'arrête pas de dire qu'il ne peut pas complètement changer, même pendant la pleine lune. Je me dis aussi que si ça avait été le cas, je ne vois pas pourquoi il aurait envoyé le hibou de ton frère pour te prévenir.

-Je comprends que tu t'ennuies et que tu essaies de passer le temps comme tu peux mais ce n'est pas une bonne idée à mon avis, répliqua enfin Regulus. Tu as des BUSES à passer dans peu de temps, non ? Pourquoi ne te consacrerais-tu pas à ça plutôt ?

Barty haussa les épaules, l'air désinvolte.

-Ne t'inquiète pas pour moi, je suis très intelligent. Je les aurai sans problème.

Étrangement, Regulus n'avait aucun mal à le croire. Il tenta alors de l'ignorer une fois de plus en buvant son jus de fruit, mais s'arrêta net. Il venait de repenser à quelque chose que venait de dire le 5ème année.

-Barty.

Celui-ci s'était détourné, comprenant qu'il n'aurait pas de réponse, et il haussa un sourcil surpris à son intention.

-De quel incident tu parlais ? reprit Regulus. Il s'est passé quelque chose avec Erd ?

Le garçon aux cheveux couleur paille éclata de rire.

-Sérieux, tu n'es pas au courant ? Parfois, Black, t'es complètement à côté de la plaque !

-Arrête de m'appeler Black, je m'appelle Regulus, siffla le concerné.

-Je sais, répondit Barty, le plus simplement du monde.

-Que s'est-il passé ? insista le brun.

-Les autres lui sont tombés dessus dans la salle commune il y a quelques jours. Il a eu peur et a commencé à sortir les griffes, c'était plutôt effrayant. Les autres l'ont mis dehors de force et ont appelé Slughorn.

-Quoi ? C'est pour ça qu'il n'est plus dans son dortoir ?

-La chronologie des évènements passés indique que oui.

-Et personne n'a tenté de l'aider ? s'indigna Regulus qui imaginait qu'Erd n'avait pas pu se défendre seul contre tous.

Barty eut un mouvement d'épaule désinvolte.

-Je n'en sais rien, ce n'est pas comme si j'étais resté jusqu'à la fin pour suivre l'histoire. Tu n'as qu'à voir avec Severus. J'ai cru comprendre qu'il était présent avec 3 autres Serpentard.

Regulus digéra l'info avec difficulté. Il se sentait triste pour le 2ème année. Pourquoi ne lui avait-il rien dit ? Il fallait qu'il lui parle, qu'il tente de savoir comment il se sentait. Finalement, il souffla puis continua à manger en silence. Barty quant à lui termina son repas et quitta la Grande Salle sans un mot de plus.

xXx

Pamela avait tenté d'oublier, avait voulu se convaincre qu'elle pourrait laisser le passé derrière elle. Elle savait que ce ne serait pas facile mais avec la reprise de Poudlard, les révisions, les vestiges de l'attaque, Pamela s'était dit que son esprit serait trop occupé pour se rappeler. Cela aurait dû être facile. Pendant des mois, alors qu'elle essayait de se souvenir du moindre détail de cette horrible nuit, il ne s'était rien passé. Cela l'avait bouleversé, mise en colère. On lui avait volé quelque chose, on avait souillé son corps et elle ne savait même pas à qui elle devait son malheur.

Jusqu'à ce fameux jour. En s'enfuyant de Poudlard pour livrer un des fugitifs et tenter de prévenir les secours, la Serdaigle s'était rappelée. Pas de tout, et probablement pas de l'exacte réalité, mais l'essentiel. Et elle ne pouvait plus se l'enlever de la tête. Comment faire autrement ? Nott était là, tout le temps, partout. Il riait, il recevait des compliments pour ses bonnes notes. Il semblait même avoir pris la place de Rosier chez les Serpentard. Tout allait bien pour lui. Tout était si injuste.

Lorsque Pamela le croisait dans les couloirs, il ne la regardait pas. Elle semblait invisible à ses yeux. La Serdaigle, elle, ne pouvait le quitter du regard. Elle le cherchait dès qu'elle entrait dans une pièce. Il lui arrivait même de se sentir mal sans comprendre pourquoi avant de réaliser que c'était parce que le Serpentard était là. Pamela avait l'impression de se faire du mal. Elle le cherchait des yeux mais était incapable d'affronter la vision de cet homme trop longtemps. Sa joie, son insouciance lui étaient insupportables. C'était ça le pire, le voir mener une vie normale alors qu'elle devait se forcer à sourire en espérant un jour qu'elle irait mieux.

La Serdaigle était pourtant soutenue, notamment par Lily et Severus qui étaient au courant. Néanmoins, les circonstances dans lesquelles elle s'était confiée n'étant pas les mêmes, elle n'avait pas pu leur fournir les mêmes informations. Elle s'était par exemple trouvée jusqu'à il y a peu incapable d'utiliser les bons mots devant Severus. Elle s'était contentée d'utiliser des termes vagues, mais qui ne pouvaient pas leurrer sur leur véritable signification. Severus avait compris mais lui-même avait été incapable d'utiliser le mot fatidique au début, probablement parce qu'elle-même ne l'avait pas fait. A présent, elle y parvenait. Il était pourtant rare que les deux amis en parlent. Quand ils évoquaient le sujet, c'était plus pour parler des conséquences que de ce qu'il s'était passé cette fameuse nuit.

Avec Lily, c'était plus simple, probablement parce qu'elle en parlait plus librement et que malgré elle, elle avait été témoin de l'après. C'était la Préfète en cheffe qui l'avait trouvée errante, complètement perturbée après son agression. Lily n'avait pas de tabou, si ce n'était ceux que Pamela imposait. La Serdaigle avait cette merveilleuse impression en parlant avec la rousse qu'elle n'avait pas de honte à avoir, qu'elle méritait de s'en sortir.

Avec Severus, elle était plus dans l'émotion et la blonde pouvait plus facilement se laisser submerger. Peut-être aussi que le fait que Severus soit un homme la bloquait parfois. Mais depuis l'attaque de Poudlard, ce n'était plus pareil. De plus, Pamela ne s'était sentie vraiment à l'aise pour en parler pleinement qu'à Marlene. Mais Marlene avait menti, Marlene n'était plus là. Marlene en avait-elle eu quelque chose à faire de ses tourments d'ailleurs ?

Pamela ne voulait pas y penser. Elle savait qu'elle n'arrivait pas à surmonter ce qui lui était arrivé. Elle se perdait dans le travail pour occuper son esprit. Elle voulait obtenir la récompense, montrer ce qu'elle valait. Pour sa famille, mais surtout pour prouver aux autres et à elle-même qu'elle pouvait réussir. On l'avait brisé, mais elle était encore debout. Elle pouvait encore se battre.

Et elle voulait se battre. Il fallait qu'elle le fasse pour pouvoir continuer. Mettre sous le tapis ce qui était arrivé ne pouvait pas marcher. A présent qu'elle connaissait l'identité de celui qui lui avait fait du mal, il était impensable pour elle qu'il s'en sorte sans répondre de son crime. Elle voulait le briser autant que lui l'avait brisée. Elle voulait être le petit grain de sable dans sa vie.

Elle voulait la justice, tout simplement.

Pamela ne se faisait pas d'illusions. Elle connaissait ce qui attendait les victimes d'agressions sexuelles ou de viols. Un véritable parcours du combattant. Mais la 6ème année ne voulait pas être un pourcentage, une statistique. Elle se ferait entendre, qu'on le veuille ou non.

Décidée à ne plus se taire parce que ce n'était plus supportable n'était pas simple pour autant. Alors même si elle savait que la suite serait dure, que tout son parcours la mènerait probablement à la déception, elle ne reculerait pas. Se fixer ce nouvel objectif l'aidait à ne plus voir tout en noir. Il arrivait même que certains de ses sourires ne soient plus faux.

Elle était une battante, alors elle allait se battre.

Les mains tremblantes mais son objectif bien en vue, Pamela apostropha Nott cet après-midi-là. Ils étaient en plein milieu de la bibliothèque et le Serpentard était entouré de quelques personnes de son groupe. Il lui jeta un regard, surpris, et la blonde tenta de garder une expression neutre. Elle mit ses mains dans ses poches pour les cacher.

-Qu'est-ce que tu me veux, toi ? lui lança-t-il.

Même s'ils s'étaient plus ou moins fréquentés, ils n'avaient jamais été proches et n'avaient pas d'amis en commun. Quelques personnes les regardaient déjà, se demandant ce qu'il se passait.

-Il faudrait que je te parle en privé, c'est important.

Nott sembla hésiter et cela l'agaça. Il fut un temps où Pamela avait mauvaise réputation, où tout le monde parlait derrière son dos et se permettait de la juger tout en rêvant d'elle, en acceptant dans la plus grande discrétion d'entretenir une relation avec elle, la plupart du temps seulement physique.

Finalement, Nott fit semblant de râler et se leva pour la suivre. Pamela ne fit pas attention aux regards qui ne les lâchèrent pas jusqu'à ce qu'ils quittent la bibliothèque. Derrière elle, elle imaginait le Serpentard agacé ou désinvolte. Peut-être même souriait-il en se moquant d'elle et de son insouciance qui la faisait inviter son agresseur à la suivre.

-On va marcher encore longtemps ? Je te ferai dire que je n'ai pas beaucoup de temps à t'accorder, lui fit remarquer le brun après un moment.

Pamela s'arrêta, hésitante. Les couloirs étaient vides mais n'importe qui pouvait passer par là. Ce n'était pas le genre de discussion qu'on lançait dans ce genre d'endroit mais en même temps, elle ne voulait pas se retrouver seule avec lui.

-J'ai beaucoup hésité avant de venir te voir, souffla-t-elle en se retournant vers lui.

Nott eut l'air étonné, mais n'ajouta rien.

-Tout le monde a beaucoup souffert de l'attaque, sauf toi j'ai l'impression, ajouta-t-elle.

Le Serpentard fronça les sourcils.

-Je peux savoir ce qui te fait dire ça ?

-Eh bien, je ne pense pas me tromper en disant que depuis que Rosier n'est plus là et que Regulus s'est rapproché de son frère et donc des Gryffondor, tu es le roi des Serpentard. Et c'est ce que tu as toujours voulu dans le fond. Tu étais continuellement dans l'ombre de Rosier mais à présent, tu peux prendre la lumière et avoir tout ce que tu veux, ou presque.

-T'es tarée, s'amusa Nott. Enfin bon, j'aurais dû m'en douter. T'as jamais été très saine d'esprit. Je me demande pourquoi je t'ai suivi. Comme si un jour, quelque chose d'intelligent pouvait sortir de ta bouche…

Pamela ne se démonta pas.

-C'est vrai que tu n'aimes que le son de ta propre voix. Pour toi, ce qu'ont à dire les autres n'a aucune importance. Tu prends ce que tu veux, sans demander, n'est-ce pas ?

Cette fois-ci, le brun semblait réellement perdu et Pamela décida d'arrêter de tourner autour du pot. Rester avec Nott, discuter avec lui, cela lui demandait une concentration et une maîtrise d'elle-même qu'elle n'était pas sûre de complètement avoir.

-On va arrêter de faire semblant tous les deux, Nott, lui assena-t-elle le plus calmement possible. Je sais que c'est toi.

-Que c'est moi quoi ?

-Tu sais très bien de quoi je parle. Tu fais comme si de rien n'était alors que tu t'es conduit comme un monstre avec moi !

Il y eut quelque chose dans le regard du brun, dans sa posture, qui donna l'impression à Pamela qu'il voyait enfin de quoi elle parlait.

-Fous-moi la paix, gronda-t-il en retour. Tout le monde s'en fout de toi ici et sait qu'il ne faut pas accorder d'importance à ce que tu dis.

-Tu es sûr de vouloir prendre le risque ?

-Vas-y si tu en es capable.

Nott lui jeta un regard méprisant avant de tourner les talons et Pamela l'observa s'éloigner. Elle savait qu'il ne la croyait capable de rien. Elle se força alors à ne pas détourner les yeux, essayant de tenir bon pendant encore quelques secondes. Enfin, Nott disparut de son champ de vision et Pamela respira à nouveau. Une fois certaine qu'il n'était plus là, qu'elle ne se sentait plus en danger et donc qu'elle pouvait lui tourner sans crainte le dos, elle rebroussa également chemin.

Difficilement.

Chaque pas était une épreuve. Avait-elle été suffisamment convaincante ? Sa voix, ses mains avaient-elles tremblé ? Elle espérait n'avoir rien laissé paraître. Si Nott voyait qu'elle était terrifiée, il se sentirait une fois de plus en position de force. Un animal qui tremblait de peur n'était pas craint par ses congénères, peu importe qu'il ait réellement les moyens de se défendre.

Sa vue était trouble et elle dût se concentrer pour parvenir à distinguer Lily au milieu du couloir suivant. Des élèves déambulaient tranquillement mais elle se tenait immobile, les autres l'évitant sans prêter vraiment attention. Pourquoi la Préfète-en-chef ne faisait-elle pas comme les autres ? Pamela sentit son cœur battre plus vite. Depuis combien de temps la rousse était-elle là ? Avait-elle entendu quelque chose ? C'était impossible, elle était trop loin !

-Bonjour, la salua-t-elle, prête à reprendre son chemin.

Lily l'arrêta.

-Pamela, est-ce qu'il y a un problème avec Nott ?

La blonde se figea mais ne put cacher son émotion et baissa la tête. Le couloir se vidait de nouveau, la porte de la bibliothèque s'ouvrait pour laisser entrer le flot d'élèves, puis se refermait dans un bruit sourd. Pamela et Lily se faisaient face et la rousse avait compris que quelque chose n'allait pas. La Serdaigle avait attendu trop longtemps pour la détromper mais elle ne savait pas quoi dire. Elle avait conscience que rien ne l'obligeait à répondre, alors pourquoi ne passait-elle simplement pas son chemin ?

Elle ne devait pas paniquer et reprendre calmement ses esprits. Il fallait qu'elle soit rationnelle. Même si Lily avait entendu quoi que ce soit, il était peu probable qu'elle ait compris de quoi Nott et elle avaient parlé. Pamela n'arrivait pas à savoir si c'était une bonne nouvelle ou non. Si ça avait été le cas, cela lui aurait probablement enlevé un poids.

-Pamela ? Est-ce que ça va ?

Non ça n'allait pas ! Pamela ne voulait qu'une seule chose, que Nott paye enfin. Mais est-ce qu'elle s'y prenait de la bonne manière ?

-Nott t'a fait quelque chose ? insista Lily, de plus en plus perdue. J'attendais pour mon prochain cours et je vous ai vu partir ensemble. Ensuite, il est revenu seul et tu as l'air… vraiment mal.

Lily s'approcha, mit sa main sur son épaule pour la faire réagir, lui rappeler sa présence. La Serdaigle lui lança alors un regard plein de douleur et de chagrin qui rappelèrent à Lily celui du fameux soir où elle l'avait trouvé errante dans les couloirs, blessée, mutilée. Alors elle comprit.

-C'est lui, confirma Pamela dans un souffle avant de laisser échapper quelques larmes.

Pamela tenta de ne pas craquer. Ce n'était que le début. Elle avait seulement parlé à Nott quelques minutes. Comment se sentirait-elle lorsqu'elle irait porter plainte et raconterait ce qu'il s'était passé ?!

Lily avait simplement été là au bon endroit, au bon moment. Elle connaissait déjà une partie de l'histoire, c'était pour ça que malgré quelques réticences, la 6ème année avait fini par se confier.

-Je ne vais pas le laisser s'en tirer comme ça, hors de question, ajouta-t-elle d'une voix tremblante.

Lily acquiesça, émue.

-Je suis avec toi, quoi que tu décides.

Ce n'était pas Marlene, mais cela lui fit néanmoins énormément de bien.

xXx

James quitta tôt la demeure familiale ce jour-là. Il se sentait beaucoup mieux et ne trouvait pas nécessaire de rester plus longtemps chez lui. Bien sûr, il savait que s'il en avait discuté avec ses parents, ceux-ci auraient eu un avis complètement différent mais comme beaucoup de choses, c'était à lui de décider. L'ancien Gryffondor avait quand même pris soin de laisser un mot pour qu'ils ne s'inquiètent pas.

Le brun n'avait pas prévu de s'absenter longtemps. A présent qu'il allait mieux, il voulait juste souffler un peu, se balader et voir du monde. La pleine lune datait de plusieurs jours, il avait déjà repris des couleurs et n'avait plus de pensées obsédantes. Et puis, il avait beau adorer ses parents, il avait franchement besoin de voir des gens de son âge. James commença donc sa journée en allant prendre son petit déjeuner dans un salon de thé. Il mangea avec appétit 4 viennoiseries sous l'œil curieux de la vendeuse et fit passer le tout avec du jus de fruit puis termina par un thé aux fruits rouges qu'il savoura en observant les badauds dans la rue.

Lorsqu'il quitta le salon de thé, il était plus de 9h. C'était une heure raisonnable pour aller chez les gens. Déterminé, l'ancien Gryffondor se mit en chemin. Dans le magicobus, il repensa aux dernières lettres de ses camarades. Lily, Dorcas et Remus ainsi que d'autres avaient tenu à prendre de ses nouvelles, ou encore le remercier d'être venu le week-end dernier. Sirius, comme d'habitude, l'avait tenu au courant de ce qu'il se passait à Poudlard. Regulus était la personne à qui James avait écrit en premier mais pour l'instant, il n'avait pas encore eu de réponse.

Le brun préférait se dire que Regulus n'avait pas encore trouver le temps. A moins que le Serpentard n'ait pas prévu de lui répondre du tout. Le couple devait se voir prochainement pour passer l'anniversaire du 6ème année ensemble. Regulus allait avoir 17 ans, la majorité chez les sorciers, et ils voulaient fêter ça ensemble mais ne savaient pas encore trop quoi faire. Regulus était à Poudlard et lors des sorties hebdomadaires, les élèves n'étaient autorisés qu'à rester dans le village magique. Mais Pré-au-Lard était grand, sans doute arriveraient-ils à se trouver un coin tranquille, loin des autres.

Très loin des autres.

James avait beau avoir vu Regulus il y a quelques jours seulement, il lui manquait terriblement. Il n'avait qu'une seule envie, pouvoir le prendre dans ses bras et profiter de sa présence, pourquoi pas devant un bon feu de cheminée.

L'ancien Gryffondor eut un sourire idiot à cette pensée. Décidément, cela lui faisait très envie !

C'est très guilleret que le brun sonna à la porte des Londubat. Personne ne répondit et il sonna encore deux fois, sans succès. James perdit alors son sourire et recula pour observer la maison de Frank. Les volets étaient ouverts mais les rideaux fermés, il ne pouvait donc pas espérer voir ce qu'il se passait à l'intérieur. James était surpris de ne pas avoir de réponse. Les Londubat étaient-ils sortis ? Peut-être, c'était même probable. Mais étrangement, il imaginait mal l'ancien gardien de Quidditch sortir. Il refusait de venir les voir alors aller rendre visite à de la famille loin de chez lui ou aller faire des emplettes, James en doutait.

Pendant quelques secondes, James imagina que Frank et sa famille avaient fait comme Marlene et étaient partis. Non, Frank ne leur ferait jamais ça.

Hésitant, le brun sonna une dernière fois. Il fut alors surpris d'entendre du bruit. Au moins savait-il à présent que la maison n'était pas vide. Après quelques secondes encore, l'ancien Gryffondor afficha un grand sourire lorsque Frank ouvrit la porte.

-Bonjour, l'ami, ça fait longtemps !

Frank était dans le même état que le jour de la cérémonie d'adieu. Il avait maigri et c'était terriblement triste de le voir ainsi. Pourtant, quelque chose dans le regard de Frank donnait l'impression à James qu'il commençait à faire son deuil. En effet, les yeux de l'ancien gardien n'étaient plus éteints et vides, mais simplement résignés et tristes. Il venait probablement d'accepter qu'Alice ne reviendrait plus jamais, qu'elle était morte et qu'il devait apprendre à faire sans elle.

-James, lâcha Frank. Mais qu'est-ce que tu fais là ?

-Je viens te voir ! Tous les autres sont à Poudlard, je n'ai pas vraiment le choix !

Frank n'eut aucune réaction et James se désola que sa blague n'ait pas réussi à le dérider.

-Je peux entrer ? demanda-t-il alors.

Après quelques secondes de flottement, Frank finit par réagir et laissa entrer son ami.

-Je pensais que tu retournerais à Poudlard. J'avais beau lire toutes tes lettres, j'imaginais à chaque fois que tu changerais d'avis et retournerais là-bas, lui fit-il finalement remarquer.

James sourit aux paroles de l'ancien gardien.

-Tout le monde me dit ça. J'aime Poudlard, mais ce que j'aimais là-bas, c'était être avec mes amis, découvrir des nouvelles choses. J'ai la possibilité de faire ça ailleurs maintenant. Poudlard était un cadre bienveillant et propice aux découvertes, je change de cadre, c'est tout. Et toi ?

-Moi ? s'étonna Frank. Tu sais très bien que je ne peux pas retourner à Poudlard, tout me rappellerait Alice. Sans elle, ce n'est plus la même chose…

Tous les deux debout dans l'entrée, ils ne semblaient pas décidés à bouger. James ne dit rien, observant rapidement les alentours. Ils n'avaient pas encore vu ni entendu les parents de son ami et en déduisit que ceux-ci étaient absents.

-Je ne parlais pas de ça, le détrompa-t-il après quelques instants. Es-tu sorti de chez toi depuis la cérémonie ?

A ces mots, Frank n'osa même pas affronter son regard et James n'eut donc aucun mal à deviner la réponse.

-Je suis pathétique, n'est-ce pas ?

Frank eut un sourire tremblant.

-Bien sûr que non. Ça fait à peine deux mois. Et cela ferait 1 an que je ne te jugerai pas plus, le rassura James. Chacun vit son deuil comme il peut. Nulle part il n'y a marqué qu'il y a une date raisonnable pour être triste.

James sourit à son ami et lui ouvrit ses bras gauchement. Ce genre de geste affectueux avait toujours été facile avec Sirius mais avec les autres, il se sentait maladroit. Frank le savait et il eut un sourire triste mais vint se blottir dans ses bras pour cacher ses larmes.

-Ça va aller, je ne te laisse pas tomber, lui promit-il.

Frank pleura un long moment, se libérant de sa tristesse, et James ne dit rien. Il sentait la tristesse l'envahir également, ému par la douleur de l'ancien gardien. Il se rappela Alice et tenta de ne pas pleurer à son tour. De la jeune femme, il gardait en mémoire son sourire bienveillant et rafraichissant.

Quand Frank se sentit un peu mieux, James et lui s'éloignèrent. L'ancien gardien s'excusa de s'être laissé aller ainsi mais James lui assura que cela ne l'avait pas gêné du tout, tant que ça lui avait fait du bien. Il s'excusa même de ne pas réussir à trouver les mots pour le réconforter. Frank sourit tristement avant de lui proposer de s'asseoir au salon et de prendre du thé. James refusa le thé mais s'installa bien volontiers chez son ami. Ils restèrent ensuite silencieux quelques minutes. Frank semblait de nouveau perdu dans ses souvenirs et James respecta son silence, conscient que ce n'était pas parce qu'il s'était libéré qu'il allait mieux.

-J'aimerais arrêter de broyer du noir mais je n'arrive à rien, je n'ai goût à rien, lui confia soudain son ami.

James pouvait le comprendre. Il se sentirait probablement pareil s'il devait perdre ses parents ou même un des frères Black. Ce n'était pas facile de se convaincre de continuer alors qu'il nous manquait notre essentiel. Frank devait trouver cela d'autant plus injuste qu'Alice n'aurait jamais dû mourir dans ces conditions.

-Il faut que tu te trouves une occupation, un objectif, du travail. Plus tu laisses ton esprit libre de te rappeler qu'Alice n'est plus là, plus tu dépériras.

-Je sais, soupira Frank. Plus facile à dire qu'à faire…

James le reconnaissait bien volontiers.

-Il n'y a rien qui te fait envie ? Qu'est-ce que tu prévois pour la suite ?

-La suite ? demanda l'ancien gardien, surpris.

-Est-ce que tu comptes retourner à Poudlard pour refaire ta 7ème année à la rentrée ou passer tes Aspics en candidat libre ? Ou tu veux laisser tomber les études et prendre le temps de te remettre, construire des projets pour l'avenir ? C'est sûr que pour l'instant, tu dois avoir du mal à penser au lendemain mais il ne faut pas que tu tombes dans un dangereux fatalisme. Tu es encore jeune. D'une manière ou d'une autre, ça finira par aller mieux.

James soupira.

-J'ai toujours détesté quand mes parents me disaient ça, ça me donnait l'impression qu'ils pensaient que ce que je vivais n'était pas important ou que je faisais des caprices. C'est ironique que je commence seulement maintenant à comprendre ce qu'ils sous-entendaient par là… Le temps est le meilleur des remèdes, Frank. Ce qui te semble impossible aujourd'hui te semblera plus simple demain ! tenta-t-il encore de lui expliquer. Il ne faut pas que tu te laisses sombrer. Notre jeunesse, c'est la plus belle période de notre vie ! Du moins, c'est ce que je ressens.

-Comment pourrait-elle l'être alors que je viens de perdre Alice ? lui fit alors remarquer son ami, atterré.

James se gratta la tête, embarrassé. Comme d'habitude, il s'était montré maladroit. Il tenta alors tant bien que mal de continuer.

-C'est sûr que ce ne sera pas facile mais Alice était une fille pétillante qui regardait droit devant elle ! Elle ne voudrait pas te voir défaitiste et anéanti de la sorte. Si tu ne fais pas gaffe, ta jeunesse sera passée avant même que tu ne t'en rendes compte ! Et alors, un beau matin, tu te réveilleras et tu te demanderas ce que tu auras fait de toutes ces années. Je ne veux pas que tu aies de regret et je ne te dis pas que tu dois aller faire la fête tout de suite, ni même prévoir un voyage spirituel je ne sais où. Je ne veux juste pas que tu continues à broyer du noir. Fais simplement ce que tu veux, vis à fond et vis aussi pour elle.

Frank baissa la tête, méditant les paroles de son ami.

-A vrai dire, je n'ai aucune idée de ce que je veux pour la suite. Je n'y ai pas encore réfléchi. Poudlard, je m'en fiche un peu pour l'instant. Je verrais cet été si j'ai envie d'y retourner pour terminer ma 7ème année ou non.

Frank soupira et jeta un coup d'œil à James.

-Je n'ai pas envie de m'apitoyer sur mon sort pendant 10 ans non plus, ajouta-t-il. Avec Alice, on avait tellement de projets, de rêves… Je crains que les réaliser seul me fasse plus de mal que de bien. Mais surtout, je m'en sens incapable à l'heure actuelle.

-Je comprends mais le plus important est que tu ne restes plus enfermé chez toi.

-C'est bon, j'ai compris, on n'est pas obligé de revenir là-dessus, souffla Frank, et James sourit. Et toi, alors ? Qu'est-ce que tu fais pour t'occuper, pour ne pas penser à l'attaque ?

-J'ai débuté un nouveau projet. Je vais créer un magazine sur la sexualité !

Frank fronça les sourcils et James croisa les bras, en attente de sa réaction.

-Ce sont les magazines d'Alice qui te sont montés à la tête ? se mit à rire son ami.

-Même pas, mais j'ai vraiment beaucoup appris grâce à eux, reconnut-il.

-Toi ? Tu étais un véritable Don Juan à Poudlard et tu avais un véritable fan club ! lui rappela Frank, surpris.

-Ce n'est pas pareil. Et puis surtout, ces magazines ne te disent pas comment prendre du plaisir ou satisfaire ton ou ta partenaire, ce n'est pas le sujet en fait.

Frank était dubitatif et James comprit qu'il n'avait jamais eu la curiosité d'emprunter un des magazines à sa copine.

-J'ai surtout pris conscience que j'en savais peu sur le sujet au sens large. A l'école, personne ne nous en parle vraiment ni ne nous guide. Dans les familles, c'est toujours un peu gênant voire tabou. On te dit juste qu'il faut te protéger et qu'on peut rencontrer des déceptions amoureuses mais qu'on finira par trouver un jour la personne qu'il nous faut. Déjà, on nous met dans la tête qu'une femme finit forcément avec un homme et que celle-ci ne sera heureuse qu'avec son prince charmant ! Ça renvoi l'image que l'homosexualité ou la bisexualité n'est pas normale, ou plutôt que les gens ne peuvent pas être heureux de cette manière. C'est n'importe quoi alors qu'en soit, ça existe depuis toujours ! Le pire, c'est qu'avant, la communauté sorcière s'en fichait bien ! Mais depuis une dizaine d'années, ça a commencé à être mal vu. Et je ne te parle pas de l'image véhiculée de la femme avec ces trucs de prince charmant ! Comme si elles avaient besoin d'un homme pour être heureuses ! Ce sera le cas de certaines, mais d'autres non. Et puis surtout, c'est leur mettre la pression avec une vie de famille comme si c'était le but ultime. On laisse aussi beaucoup sous-entendre qu'on ne couchera qu'avec des gens qu'on aime et ce n'est pas forcément vrai.

James allait continuer mais il s'arrêta en voyant les yeux écarquillés de son ami. Il comprit alors qu'il s'était probablement emporté.

-La vache, je croirais entendre, Alice ! admit Frank.

Il se passa ensuite une main dans les cheveux, gêné.

-Je n'ai jamais voulu lire les articles qu'elle me proposait. Je pensais bêtement que je n'avais pas besoin de le faire, que je me conduisais bien et que j'étais tolérant. Mais je me rends compte que ce n'était pas le sujet… Je pense qu'au vu de ce que j'entends, j'en aurais beaucoup appris. Le pire était que ça lui tenait à cœur, je m'en veux de ne pas avoir été plus attentif…

-Tu sais, il n'est jamais trop tard pour fournir des efforts.

-Ouais, je peux probablement reprendre son abonnement ! rit-il.

-Non, je ne pensais pas à ça.

-Ah bon ? A quoi donc ?

-Peut-être que si tu es intéressé, tu pourrais te joindre à moi ? Mes parents ne sont pas très emballés et j'avoue que ça me rassurera de ne pas être seul dans l'aventure.

James put voir à quel point son ami était surpris.

-Je ne te serai d'aucune utilité, je n'y connais rien du tout !

-Il y a une rubrique que j'aimerais inclure et qui te correspondrait parfaitement. Je pensais que tu pourrais créer une sorte de rubrique du cœur ! Apparemment, c'est quelque chose qui se fait de plus en plus. C'est encore assez peu utilisé, mais je pense que ça vaut le coup d'en parler. Tu pourrais donner des conseils amoureux, conseiller les couples qui rencontrent des difficultés ou même parler d'un sujet qui te tient à cœur. De toute façon, là-dessus, je te laisse carte blanche.

-Je ne sais pas. J'ai besoin de temps pour y réfléchir, avoua Frank, pris au dépourvu.

-C'est normal, lui accorda l'ancien Gryffondor.

xXx

-Merci d'avoir accepté qu'on discute. Comme tu étais distant avec moi ces derniers temps, je craignais que tu refuses.

-Qu'est-ce que tu racontes, Moony ? s'étonna Sirius. Je suis comme d'habitude avec toi ! Enfin, tu sais que je ne t'évite pas, se corrigea-t-il.

Remus regarda longuement Sirius sans rien dire. Ils se trouvaient dans la chambre du Gryffondor. Les bruits de conversations de la salle commune leur parvenaient de manière étouffée et cette situation rappelait au blaireau la fois où Sirius avait été injustement emmené par les Aurors pour être interrogé après l'empoisonnement à la magie noire de James.

Remus se rappelait très bien de ce moment-là. Chaque instant, chaque parole et chaque geste. Sirius et lui n'étaient pas en bons termes après l'histoire de la photo à cette époque. Le fait que Sirius et Isabel couchent ensemble n'avait rien arrangé. Les deux amants s'étaient éloignés mais ce qui était arrivé à James et la détresse de Sirius les avaient de nouveau rapprochés.

Là aussi, ils avaient vécu des événements compliqués et avaient traversé des difficultés. Mais les sentiments avaient toujours été là, Remus l'avait senti. Pourquoi avait-il un mauvais pressentiment aujourd'hui ? Cette fois, il avait l'impression que l'issue de la discussion serait différente.

-Je sais que c'est compliqué pour toi, Sirius, même si tu cherches à prétendre le contraire, soupira Remus. Je ne vais pas non plus dire que je te comprends, ce serait faux. J'essaie sincèrement, mais je ne peux faire que ça. Essayer de te comprendre et te soutenir de toutes mes forces.

-Et c'est très bien, Moony. Il n'y a rien de plus à faire. Je te suis reconnaissant. T'avoir à mes côtés me suffit déjà à aller mieux.

Pendant quelques secondes, Remus ne dit rien, troublé.

-Alors quel est le problème ? Je ne comprends pas pourquoi tu te montres si distant avec moi, murmura le Poufsouffle.

-Je ne suis pas distant avec toi, tenta de nier le Gryffondor.

-Tu ne me touches plus, tu ne veux plus m'embrasser non plus, lui rappela doucement Remus. Et… tu as dit que c'était à cause de ce que tu avais vécu.

Remus ne sut pas quoi ajouter d'autre. Ce qu'il savait de la tragédie qui s'était déroulée au Square Grimmaurd, il le devait un peu à Sirius, mais surtout à James et à Regulus. Sirius ne lui avait jamais parlé de ce moldu et des attouchements qu'il lui avait faits subir. Le Poufsouffle craignait de commettre un impair. Il se tortilla les doigts et fut incapable de prononcer un mot de plus.

-Ce n'est pas contre toi, Remus, c'est juste que je n'y arrive pas, soupira Sirius.

Il semblait faire peu de cas des supposées informations de Remus, ce qui rassura celui-ci.

-Je ne te reproche rien, je veux juste qu'on en parle et savoir si je peux faire quelque chose, tenta à nouveau le Poufsouffle.

-Remus…

-Après l'incident, j'ai continué à agir comme d'habitude sans même me demander si ça ne te mettait pas mal à l'aise. Je t'ai imposé des contacts physiques que tu ne désirais sans doute pas…

Rien que d'y penser, Remus en eut la nausée. Quelque part, il se dégoûtait. Il aurait dû remarquer bien plus tôt le malaise de son petit ami.

Sirius fit alors un pas dans sa direction, mais ce fut tout. Il resta immobile, à côté de la fenêtre, alors que Remus était à deux mètres de lui.

-S'il te plait, ne pense pas que tu aies fait quoi que ce soit de mal, souffla le Gryffondor.

Les yeux gris de Sirius se voilèrent brutalement. Il était ému et Remus sentit son cœur se serrer.

-Tu ne dis pas ça juste pour m'éviter de culpabiliser ? ne put-il s'empêcher de demander.

-Non, je ne te dis que la vérité.

Remus hocha la tête, soulagé.

-Ce n'est pas simple pour le moment mais on va y arriver, je le sais. Je ne te mets aucune pression, Sirius. Le mieux est que tu te consacres à ta reconstruction. Je te l'ai déjà dit, je serai toujours à tes côtés et je te soutiendrai du mieux que je peux. Si tu as besoin d'espace, je pe-

-Remus, l'interrompit soudain le Gryffondor et le Poufsouffle releva les yeux, intrigué. Ecoute, je… Je ne veux pas te faire espérer quelque chose qui n'arrivera pas…

Remus fronça les sourcils. Il dévisagea ensuite Sirius, espérant comprendre, lire sur son visage ce que le lion avait tant de mal à lui dire.

-Je ne comprends pas, avoua-t-il après un moment de silence.

-Tu es mon ami, tu comptes beaucoup pour moi, reprit alors Sirius.

Il chercha ensuite un instant ses mots avant de baisser la tête, honteux.

-Je crois que pour la suite, je préférerais t'avoir à mes côtés en tant qu'ami seulement, soupira-t-il finalement. Je n'arrive plus à te considérer comme un amant… Je suis désolé, c'était une erreur dès le départ…

-Une erreur ? répéta Remus, sonné.

Les meubles du dortoir et même le sol semblèrent tanguer sous les pieds du Poufsouffle. Il se laissa alors tomber sur le lit, le souffle court. La pièce retrouva sa stabilité autour de lui mais pas la situation, il le vit tout de suite à l'expression peinée de Sirius.

-Une erreur, souffla de nouveau Remus alors que le Gryffondor s'obstinait à être silencieux.

Il secoua ensuite la tête.

-Ecoute, je sais que tu souffres et que c'est difficile pour toi en ce moment mais comment tu peux dire que tout ce qu'on a vécu ensemble était une erreur ? Tu regrettes, c'est ça ?

-Je suis désolé, Moony, je ne veux pas te faire de peine mais c'est ce que je ressens. Nous… n'aurions pas dû nous mettre en couple.

Remus accusa difficilement le coup. Son cœur battait vite et ses oreilles bourdonnaient. Il avait dû mal entendre, ce n'était pas possible autrement. Le châtain rejetait ce qu'était en train de lui dire Sirius. Il ne pouvait pas y croire, tout simplement. Le brun allait mal, mais pas au point de le rejeter ! Ce n'était pas le genre de Sirius. Ensemble, ils étaient plus forts. Ça avait toujours fonctionné comme ça entre eux.

-Je sais que ça ne va pas te plaire et je comprendrais que tu sois en colère contre moi mais la vérité, c'est que je t'ai probablement toujours considéré comme un ami, continua Sirius, les yeux rivés au sol. Je ne sais pas pourquoi je me suis laissé aller à sortir avec toi… Tu as développé des sentiments pour moi et tout est plus compliqué maintenant. J'ai honte de le dire, mais j'ai tout simplement confondu amitié et amour…

-Tu as confondu amitié et amour ?!

Remus n'en croyait pas ses oreilles.

-Ce n'est pas une petite erreur, Sirius, on a couché ensemble un nombre incalculable de fois ! Tu avais des tas d'occasions de t'en rendre compte avant qu'on en arrive là ! Et puis, ça n'a pas de sens ! Tu couches souvent avec tes amis ?! Pour ma part, ce n'est pas le cas !

Sirius se mordit les lèvres.

-Oui, répondit-il finalement. Tu as peut-être choisi d'oublier, mais j'avais ce genre de relation avec Marlene et pourtant, c'était une très bonne amie. Ça aussi c'était une erreur, tu vois bien comment a évolué notre relation. Je n'ai pas envie qu'on devienne des étrangers, Moony, je tiens trop à toi pour ça.

-Tu ne vas pas bien, c'est pour ça que tu dis ça ! s'entêta Remus. Tu devrais prendre le temps de rassembler tes idées et puis…

Remus fut brusquement incapable de continuer. Les mots étaient coincés dans sa gorge. Il était au bord des larmes. Il tentait de garder la face, mais Sirius n'imaginait pas combien c'était dur pour lui de ne pas se laisser aller. Le Gryffondor lui faisait tellement de mal à cet instant. Jusqu'à présent, le Poufsouffle avait toujours été avec des hommes à qui il tenait, même s'il n'était pas amoureux. Il n'avait pas attendu grand-chose d'eux, ni de leur relation. Là, c'était différent. Il aimait Sirius du plus profond de son cœur. Il n'arrivait pas à accepter son explication et il se fichait bien d'avoir l'air pitoyable.

-Pourquoi est-ce que tu fais ça ? lui demanda-t-il tout à coup et pris au dépourvu, Sirius fut incapable de répondre. Tu te souviens ? Après le tournoi de duels, tu es venu me voir chez moi. Tu te souviens de ce que tu m'as dit ?

Sirius fronça les sourcils et secoua la tête.

-Tu m'as demandé de ne jamais te quitter et surtout, de ne pas te laisser mettre fin à ce qu'on avait ! lui rappela alors Remus. Qu'est-ce que je suis censé faire maintenant ? Qu'est-ce que je peux faire alors qu'il semble que tu es maintenant incapable de te tenir près de moi, de me regarder !

-Je ne te mérite pas, Remus...

-Ce n'est pas ce que je te demande ! Tout ce que je veux, c'est que tu m'aimes ! Tu le faisais très bien jusque là alors qu'est-ce qui a changé ? s'écria-t-il, emporté par ses sentiments.

-On m'a volé mon innocence, voilà ce qui s'est passé ! Quand j'étais encore un gosse, ma mère a tué un homme devant mes yeux et je n'arrive pas à savoir si je suis dégouté ou soulagé !

Ces mots touchèrent Remus et il ne sut pas quoi dire ni quoi faire. Avec ses mots, Sirius venait de le clouer au sol. Il se sentait comme une personne horrible, incapable de comprendre la personne qu'il aimait. Le Gryffondor avait tout dit et Remus n'avait plus qu'à respecter sa douleur et ses envies.

-Je suis désolé, Remus, mais je ne peux pas. Je te rends ta liberté. Je t'ai assez fait de mal comme ça de toute façon.

xXx

Lorsque Maugrey posa un pied en France, il ne put qu'être surpris. Il fallait dire que les Français étaient très différents des Anglais. Déjà, le paysage était différent et la météo aussi. L'Auror avait essayé de ne pas y prêter attention, de ne pas se laisser perturber par ces changements, mais la réussite n'était pas totale. Au bout de dix minutes, Maugrey avait fini par se demander ce qu'il faisait là. Trois heures plus tard, il n'avait toujours pas réussi à répondre à cette question.

Deux jours plus tôt, l'Auror avait posé des jours de congé. Cela avait surpris tout le monde, surtout son chef. Il avait demandé un mois et celui-ci avait grimacé. Ils étaient en sous effectifs, cela ne l'arrangeait pas vraiment. Le pire était que Maugrey avait prévenu qu'il était possible qu'il prolonge son congé d'encore un mois, voire plus. L'Auror aurait voulu faire autrement car il savait que la situation ne serait pas idéale pour ses collègues, mais il n'avait pas le choix.

Il fallait qu'il bosse sérieusement sur l'affaire qui concernait le psychomage, Tom Jedusor. Il avait malheureusement compris depuis le temps que sa hiérarchie ne le suivrait pas. Sans mandat, sans preuves matérielles, ils ne pouvaient pas mener une enquête. Et s'il enquêtait à côté comme il l'avait fait jusqu'à présent, sa santé n'y survivrait pas. Il devait jeter toutes ses forces dans la bataille. Il ne pouvait pas faire moins s'il voulait obtenir des résultats.

Le jeune homme espérait bien que deux mois seraient suffisants pour mettre cet homme hors d'état de nuire. Il n'avait pas de temps à perdre. Il était en France pour voir Marlene McKinnon et lui poser des questions, essayer d'en savoir plus sur le psychomage de Poudlard. Il n'avait pas pris la peine de prévenir le français car celui-ci aurait demandé à le voir et il n'en aurait pas eu le temps. Il n'était pas là pour faire du tourisme. Et puis, ce n'était pas parce que Leroy venait tout le temps le voir et le tenait au courant de ses visites sur le territoire anglais qu'il devait faire de même. Surtout qu'il était très loin du sud, là où résidait le blond.

Une partie de lui se disait que l'explorateur serait pourtant peut-être déçu. Lui qui n'arrêtait pas de dire que la France était merveilleuse et qu'il adorerait lui faire visiter son pays ! L'explorateur était devenu pour Maugrey ce qui se rapprochait le plus d'un ami, et ce malgré le fait qu'ils ne se connaissaient que depuis peu de temps. De ce fait, peut-être que ça importait à l'Auror si celui-ci lui en voulait mais Maugrey se rassura en se disant qu'Hugo devait être occupé et lui-même n'avait pas de temps à perdre.

Bien entendu, il avait écrit à la Serdaigle pour lui demander une entrevue. Il ne connaissait pas son adresse, il ne pouvait pas débarquer comme ça en France. Et puis, il n'excluait pas non plus le fait que celle-ci ne veuille pas lui parler. Pourtant, l'ancienne Serdaigle avait accepté et Maugrey ignorait les raisons de son choix mais il ne s'en plaignait pas. Elle lui avait écrit pour lui donner une adresse, acceptant ainsi sa visite. Il se demandait si c'était la sienne où s'ils allaient se voir dans un lieu neutre. L'Auror n'avait pas eu la curiosité de se renseigner avant.

Maugrey n'allait pas perdre son temps à analyser la situation. Peu importe les raisons qui avaient fait que la jeune femme avait changé d'avis. Le lieu de la rencontre, les termes de celle-ci et ce qu'elle était prête à dévoiler importaient plus que ses motivations. A ce sujet, Maugrey préférait simplement se dire que le sens moral de la jeune femme était plus grand que ce qu'il pensait. Il était question d'arrêter Jedusor, bien sûr qu'elle allait aider. Lorsque Maugrey avait enquêté brièvement sur elle, tous ses professeurs et ses camarades avaient été unanimes à son sujet. Il fallait croire qu'ils n'avaient pas menti et c'était tant mieux.

Après avoir marché de longues minutes et redoutant de ne pas être dans la bonne direction, l'anglais avait demandé son chemin à un local qui lui avait confirmé qu'il était sur la bonne voie. Il avait donc appris qu'il se rendait bel et bien chez les McKinonn. Marlene lui avait donc donné son adresse.

La famille habitait dans un village où cohabitaient moldus et sorciers. C'était petit et franchement campagnard, mais cela semblait paisible. C'était étrange pour l'Auror. En Angleterre, ce genre de scène n'était pas possible. Mais probablement qu'en France, un tel miracle était possible parce que la plupart des moldus avaient des liens familiaux avec les sorciers, ou alors travaillaient dans le monde sorcier. Ces petits villages n'étaient pas très nombreux et les autorités françaises ne souhaitaient pas élargir ce système pour ne pas que trop de moldus soient au courant de leur existence. Malheureusement, les réactions négatives à l'encontre des sorciers étaient monnaie courante.

Les gens avaient peur de ce qu'ils ne connaissaient pas. Si en plus ces personnes avaient des pouvoirs magiques, c'était pire.

Tout le long du chemin jusqu'à la maison de Marlene, Maugrey observa les villageois. On regarda ses cicatrices, on murmura sur son passage, mais il ne dit rien. Il en avait l'habitude. L'avantage ici est qu'il ne comprenait pas ce qu'ils disaient, alors ça ne le dérangeait pas vraiment.

Maugrey arriva devant la maison des McKinonn et avant de s'annoncer, il se demanda s'il verrait Dorian. Il était impensable que la famille anglaise ait fui la Grande Bretagne sans le fugitif. Ils étaient partis pour lui, ça ne faisait aucun doute. Après tout, Dorian était libre ici. Personne ne connaissait son passé contrairement à la Grande Bretagne.

Le châtain tenta de ne pas trop se poser de questions à ce sujet et frappa.

Il se figea devant la personne qui lui ouvrit la porte. Il s'agissait de Dorian McKinonn.

-Bonjour, vous êtes ? le salua-t-il en français.

Maugrey resta silencieux et observa un instant ce jeune homme un peu plus jeune que lui. C'était un criminel, un fugitif, et lui était un Auror. C'était aller contre ce qu'il croyait, mais surtout contre le serment qu'il avait fait quand il avait débuté sa carrière. Mais c'était comme ça. Depuis le temps, il avait compris que le bien ne gagnait pas toujours, mais surtout qu'il était impossible de toujours suivre les règles. Avec l'histoire de Dorian et de Marlene, il avait même accepté que le bien n'était finalement qu'une question de point de vue.

Cela faisait à présent plusieurs secondes que Maugrey était silencieux et cela attira l'attention de Dorian. Il l'observa, intrigué, avant de pâlir.

-Je viens voir Marlene McKinonn, finit par répondre l'Auror en anglais.

A présent, cela ne faisait aucun doute pour Dorian. Cet homme, au vu de son allure, de sa posture, de son regard, était un Auror.

-Qu'est-ce que vous voulez ?

Maugrey tenta de ne pas s'impatienter.

-Est-ce une bonne façon de s'adresser à un visiteur ?

Dorian fronça les sourcils. Il y eut alors un peu de bruit à l'intérieur de la maison et Marlene apparut aux côtés de son frère. Elle regarda le châtain et celui-ci fit de même.

L'Auror avait quitté il y a plusieurs semaines de ça une jeune femme fragile, pétrie de remords et de culpabilité. Cette fois-là, quand ils s'étaient vus dans la forêt non loin de Godric's Hollow, Marlene lui avait fait l'impression d'un animal traqué, à bout. Devant lui aujourd'hui se trouvait la même personne mais elle dégageait quelque chose de complètement différent. Elle avait l'air plus sereine, plus posée. Elle souriait légèrement, comme si elle ne savait pas trop comment réagir. Mais surtout, pour la première fois, la beauté de l'ancienne Serdaigle le frappa.

L'Auror tenta de chasser ses pensées de son esprit et la salua sobrement.

-Et si nous allions discuter dehors ? proposa-t-elle.

-Marlene ! l'interrompit son frère. C'est un Auror, lui souffla-t-il.

La jeune femme se tourna vers lui et le rassura d'une caresse sur le bras.

-Je le sais bien, mais s'il avait voulu t'arrêter toi, ou n'importe quel autre membre de la famille, il l'aurait fait. De plus, il ne serait pas venu seul. Mais surtout, l'Auror Maugrey et moi avons un accord.

Elle jeta un coup d'œil à l'Auror comme pour lui demander de confirmer et celui-ci acquiesça sans rien dire de plus. Son frère n'était pas complètement rassuré, mais fut obligé de la croire. Il les laissa alors s'éloigner et retourna dans la demeure des McKinnon.

Maugrey suivit l'ancienne Serdaigle, attendant de voir où elle allait les mener. Il était soulagé que cette première entrevue se soit bien passée. Il n'était pas à l'aise et c'était pareil pour Marlene. Ils avaient encore en mémoire comment s'était finie leur dernière discussion et Maugrey n'aurait jamais pensé lui reparler un jour, mais il y avait eu cette lettre et ses regrets.

Il devait enquêter sur Tom Jedusor et fournir des éléments tangibles à ses supérieurs pour pouvoir ensuite le mettre hors d'état de nuire.

-Je pensais pourtant vous avoir dit tout ce que je savais la dernière fois que nous nous sommes vus, lança Marlene après des minutes de silence.

-Peut-être. Néanmoins, j'ai quand même besoin de plus de renseignements avant de me lancer dans une enquête de cette envergure.

-Je comprends.

Elle s'arrêta sur le petit chemin pavé et l'observa un instant.

-Je pense que vous vous en doutez mais si vous voulez l'arrêter, vous ne pourrez pas utiliser des méthodes légales.

-A ton avis, pourquoi je suis là ? marmonna-t-il. Personne ne sait que je suis ici, ni que j'enquête sur un psychomage à priori sans histoires. Malheureusement, au bout du compte, je serai quand même obligé de prévenir ma hiérarchie. Je ne pourrai pas l'arrêter et le mettre derrière les verrous sans l'appui de mes collègues.

-Vous avez encore espoir de l'arrêter et que cette histoire connaisse un dénouement légal ?

-Je n'ai pas le choix que d'y croire, c'est l'essence même de mon métier.

Pendant un instant, elle eut l'air troublée par ses paroles.

-Vous êtes bizarre, se contenta-t-elle de lâcher.

Maugrey savait que ce n'était pas un compliment mais en même temps, il n'avait pas non plus l'impression que ce soit une critique.

-Que devrais-je faire d'après toi ?

Elle croisa les bras sur sa poitrine et soudain, la Marlene hésitante, coupable, refit son apparition.

-Le tuer.

Le châtain fut tellement choqué qu'il ne put le cacher et Marlene soupira avant de détourner le regard.

-C'est un habile manipulateur, il a fait évader des prisonniers pour attaquer Poudlard. C'est probablement également lui qui a fourni les informations pour que les fugitifs attaquent l'école au moment où elle était la plus vulnérable. Je vous parle simplement de ce que je sais et de ce que j'ai pu déduire par rapport à ce que je savais déjà. Il a peut-être d'autres crimes à son actif. Personne ne sait exactement ce qu'il a en tête mais ce qui est sûr, c'est qu'il est déterminé. Vous pensez vraiment qu'une personne comme ça se laissera arrêter sans faire d'histoires ? Croyez-moi, lui n'hésitera pas à se débarrasser de vous.

Maugrey ne pouvait pas lui donner tort. Depuis toujours, le jeune homme avait été plus ou moins borderline dans sa vie comme dans son travail. Mais il s'était imposé des limites, c'était dur de le choquer. Pourtant, Marlene avait réussi plutôt facilement. Pouvait-il tuer un homme, l'exécuter pour sauver des vies, au nom de la justice ?

Il fallait qu'il réfléchisse. Maugrey eut alors un sourire contrit pour Marlene. Elle avait affirmé plus tôt ne pas pouvoir l'aider, mais elle lui communiquait des informations précieuses. Elle avait beau avoir peu côtoyé le psychomage, elle avait réussi à le cerner, et ça l'impressionnait assez.

Elle était intelligente, avait une grande capacité d'observation et d'analyse. Les qualités parfaites pour devenir Auror.

-Vous allez enquêter seul sur lui ? Vos collègues ne peuvent pas vous aider ? reprit-elle.

-Je n'ai parlé à personne de ce que tu m'as dit. Actuellement, je suis supposé être en vacances.

-Je ne sais pas si je suis surprise ou admirative… Il est dangereux, vous allez risquer votre vie. L'Auror qui était avec vous la dernière fois ne peut pas vous aider ? Vous ne serez pas trop de deux dans cette mission.

-Dawlish assurera le côté logistique et il sera également mon lien avec le bureau.

Maugrey vit la jeune femme méditer ses paroles. Il la trouvait étrangement calme. Elle acceptait ce qui lui arrivait comme une fatalité, elle avait appris à vivre avec. Il l'observa sans rien dire. Au fond de lui, il ne comprenait toujours pas le choix de Marlene de prendre tous ces risques pour son frère. Mais c'était un sujet dont il n'allait pas débattre ici.

En l'observant, il se demanda si elle n'avait pas de regrets. Elle avait tout quitté pour venir s'installer en France. Le manque de discrétion de l'Auror finit ainsi par interpeller l'ancienne Serdaigle.

-Qu'y a-t-il ? demanda-t-elle.

-Tes amis savent-ils que tu es ici ? N'as-tu pas de regrets ?

Marlene eut un sourire triste et passa une de ses mèches de cheveux derrière son oreille.

-Peut-être. Pour être honnête, j'évite de me poser la question. En partant sans rien leur dire, je me protège d'une certaine façon de leur jugement. Mon secret finira par être découvert un jour. Peu importe sous quel angle on regarde ça, j'ai participé à rendre l'attaque de Poudlard possible et ils vont me détester. J'ai préféré partir pour garder en mémoire l'époque où tout allait bien entre nous. Je compte chérir ses souvenirs jusqu'à la fin de ma vie car ils me sont précieux.

Maugrey ne sut pas quoi ajouter. Il se sentait simplement désolé pour elle.

xXx

-Rita, t'as vu ? T'es classée 10ème, lança une Poufsouffle dans le même groupe que Skeeter.

Elle s'appelait Elena et il arrivait qu'elles s'adressent parfois la parole. Il était inutile de préciser que ce n'était jamais arrivé avant l'attaque de l'école. Beaucoup de choses avaient changé depuis la reprise des cours.

-Je ne sais pas si je dois être vexée du fait que ça semble te surprendre, sourit Rita.

Elena rougit d'embarras et agita ses mains devant elle pour la détromper mais Rita plaisantait et la Poufsouffle la prenait au sérieux, comme d'habitude. La journaliste s'en amusait assez.

-Non, non, c'est juste que je suis impressionnée. Tu ne révises pas tant que ça, c'est dire à quel point tu es intelligente !

Rita haussa les épaules, désinvolte.

-Malheureusement, ce ne sera pas suffisant. Si je veux monter dans le classement, il va falloir que je bosse deux, voire trois fois plus. Autant dire que ça ne me fait pas du tout envie. Je verrais l'année prochaine. Les vélanes c'est super, mais même si je vais dans leur village, elles ne me divulgueront rien de leurs secrets. Je suis une journaliste avant tout et ce que je veux, c'est un scoop. Je ne vais pas aller là-bas si je suis sûre de ne rien en tirer. Pour moi, ça n'a que peu d'intérêt.

Elena rigola puis s'installa sur le banc dans le parc où était déjà installée la blonde.

-Tu es l'une des rares personnes à penser ainsi ici. Pour ma part, je n'ai aucune chance d'obtenir la première place, mais la récompense me fait tellement rêver. C'est frustrant de devoir atteindre des objectifs qu'on sait pourtant inatteignables...

-C'est sûr.

-Mais toi, tu pourrais, la relança la brune. Tu es 10ème !

-Impossible, je te dis. Tous ceux devant sont très intelligents, très disciplinés et ils ont soit un vrai don pour les études, soit une soif de gagner énorme.

-Tu n'as pas tort. Pamela est 6ème, elle vient de prendre la place de Dorcas qui du coup est passée à la 7ème place. Remus est 5ème, Regulus est 4ème et Lily et Severus se partagent à tour de rôle la 2ème et 3ème place.

-Que des têtes. Lily et Severus ont toujours été parmi les meilleurs élèves de Poudlard. Dorcas aussi a des capacités, même si je la voyais plus haute dans le classement. Remus est studieux et volontaire et Regulus a une bibliothèque dans la tête. Quelquefois, il te sort des trucs, tu ne sais pas d'où ça vient ! Il a toujours été du genre à beaucoup étudier parce qu'il n'avait pas d'amis, commenta Rita. Qui est premier si ce n'est pas l'un d'eux ? demanda-t-elle ensuite.

-Nott, lui répondit la métisse.

La journaliste n'eut aucune réaction. A partir du moment où elle avait décidé de ne pas se battre, elle ne pouvait qu'accepter et être une simple spectatrice de la bataille qui se jouait pour la première place. La Serdaigle soupira et écouta distraitement la Poufsouffle continuer de lui parler.

C'était toujours étrange pour elle qu'on lui parle si normalement. La blonde ignorait si c'était parce qu'à présent, elle avait dans son groupe des gens plus proches d'elle, qu'ils étaient aussi moins nombreux en classe et que c'était donc plus simple d'échanger avec les autres. Ou alors si c'était parce qu'elle avait arrêté d'écrire.

Ce n'était pas volontaire, c'était un choix qui s'était imposé à elle. Skeeter avait toujours envie d'écrire, mais elle n'avait plus d'inspiration. Elle avait également le sentiment que si elle écrivait sur les mêmes sujets qu'avant, ce serait très mal pris. De toute façon, elle n'en avait pas envie. Elle s'était retrouvée à écrire des potins, des articles légers et très édulcorés parce que les élèves de Poudlard, malgré les critiques, lui avaient fait sentir que c'était tout ce qui les intéressait.

Le père de la Serdaigle était journaliste. Il travaillait pour un petit journal et parlait de politique. Malheureusement, ses articles ne se vendaient pas bien et à regret, il avait dû changer de secteur. La presse people n'avait pas toujours bonne réputation, mais c'était un des magazines qui marchaient le plus, il fallait le reconnaître. Son père lui avait dit que c'était comme ça, les gens lisaient moins de journaux qu'avant et préféraient les sujets légers. Les jeunes étaient également ceux à en lire le moins.

Rita ne savait pas bien ce qu'elle voulait faire à présent. Probablement allait-elle finir son année et verrait-elle ensuite ce qu'elle ferait l'année prochaine. Le mois d'avril touchait bientôt à sa fin, il restait environ deux mois avant la fin de l'année scolaire et les examens de BUSES et d'ASPICS.

-Rita ? Tu m'écoutes ?

Rita cligna des yeux et se concentra sur la brune. Elena avait le même âge qu'elle et était une née moldue. Elle était métisse, avait de grands yeux clairs et des grains de beauté sur le visage. Elle était timide en groupe mais en petit comité, elle pouvait se montrer très bavarde.

Encore une fois, la journaliste se questionna sur le soudain intérêt que certains lui portaient. Si les choses s'étaient déroulées autrement, la Poufsouffle serait-elle en train de lui parler ?

En à peine deux ans, la blonde s'était fait des ennemis à Poudlard. Là, elle avait l'impression de prendre un nouveau départ. A présent, pourrait-elle enfin connaître une scolarité normale ?

-Qu'est-ce qu'il y a ?

Elena esquissa un sourire.

-Je te demandais si tu voulais manger avec Tim, Laurry et moi ce soir ?

Rita n'hésita pas. Elle n'avait pas non plus beaucoup de propositions il fallait dire. Maintenant qu'elle n'écrivait plus d'articles, elle avait beaucoup de temps libre le soir.

-Pourquoi pas.

-Super !

La Poufsouffle semblait réellement contente et sur ces mots, elle s'en alla. Rita resta dehors encore un moment avant de se décider à rentrer.

Sur le chemin, elle croisa quelques élèves qui étaient partis envoyer du courrier. Elle n'avait rien à faire de spécial et le repas ne serait pas servi tout de suite alors elle se décida à aller voir son hibou. Comme tout le monde au château, elle avait entendu l'histoire concernant le volatile de Sirius Black. Il serait mort de cause inconnue. Du moins, les professeurs n'avaient pas voulu leur en dire grand-chose.

Cette histoire intéressait la Serdaigle et avant, elle aurait à coup sûr écrit dessus et brodé une histoire tragique si la vérité n'était pas suffisamment sensationnelle.

Là, elle hésitait. L'opinion des autres comptait plus qu'elle ne le pensait. Elle n'avait pas envie d'écrire une fois de plus sur un sujet qui lui tenait à cœur et que personne ne prenne la peine de lire son article.

Arrivée à la volière, son hibou arriva avec deux lettres. Elle les récupéra, surprise du timing. Son père ainsi que James lui avaient écrit, elle était plus qu'étonnée ! Depuis quand James Potter avait-il quelque chose à lui dire ? Elle garda la lettre de son père pour plus tard, ne pouvant attendre une seconde de plus pour savoir ce que l'ancien Gryffondor avait à lui dire.

Une opportunité.

Cela fait quelques jours que j'ai envie de t'écrireet j'ai fait quatre essais avant de me décider à envoyer celle-ci. Nous ne sommes pas vraiment proches alors tu dois bien te douter que si je t'écris, ce n'est pas pour te demander comment était le repas d'hier et si les cours ne sont pas trop durs. Quoique cela m'intéresse quand même !

A vrai dire, tout est dans le titre de cette lettre. Tu ne le sais pas, mais je me lance dans la vie active. Je vais travailler. Heureusement pour les sorciers, je reste loin des cuisines, des produits d'entretiens, de la paperasse et de tout ce qui demande de la minutie. Nous sommes d'accord toi et moi qu'il ne reste donc plus grand-chose. Il y a bien la carrière de comique, mais je trouve horrible de faire payer des gens pour un peu de bonheur. Surtout que je serai plutôt du genre à faire payer les gens pour qu'ils écoutent mes blagues

Enfin bon, je m'éloigne du sujet, j'espère ne pas avoir perdu ton attention. C'est là que je me dis que la deuxième lettre était peut-être mieux…

Donc pour faire court, je vais créer un magazine qui parlera de sexualité. Et avant que tu ne t'imagines je ne sais quoi, il parlera des différentes sexualités, de tolérance, d'amour, d'identité, de féminisme et d'éducation sexuelle. J'aimerais également laisser de la place pour des témoignages ou une rubrique pour les questions des lecteurs ou lectrices.

Ça en jette, hein ? Tu n'imaginais pas ça de ma part !

J'ai déjà commencé à constituer mon équipe et je te veux avec moi. Je ne m'étais jamais imaginé dire ça un jour, alors l'écrire…

Je ne connais rien à ce milieu et même si tes articles étaient remplis de fake news, tu as les codes et le talent. Je voudrais qu'on fasse un essai. Sirius m'a informé que tu n'avais pas sorti d'articles depuis la reprise de Poudlard. Je ne sais pas pourquoi, j'espère simplement que tu n'écris pas pour le moment parce que tu ne peux pas et non pas parce que tu ne veux plus écrire.

Pour être honnête, je n'ai aucun argument à avancer, à part que tu seras payée. J'espère néanmoins que tu n'accepteras pas juste pour ça.

Je te laisse réfléchir, j'aimerais une réponse avant le mois prochain.

Ps : Passe le bonjour à ma moitié, au soleil de ma vie !

Rita ne s'était pas du tout attendue à ça et ne savait pas bien comment réagir. Elle rangea alors la lettre de James avec celle de son père. Elle la relirait avant de dormir, juste pour s'assurer d'avoir tout bien compris. James crééait un magazine ? Elle avait du mal à y croire ! Mais en même temps, il avait toujours été bizarre. Ce genre de magazine s'adressait généralement aux femmes, le fait que ce soit un homme qui le gère pouvait en rendre certaines frileuses. Dans la tête de beaucoup de femmes, un homme ne pouvait pas comprendre les problèmes des femmes. Mais James devait le savoir, il devait vouloir atteindre un plus large public. Pourtant, dans les faits, la majorité de son lectorat serait féminin. S'il avait un lectorat.

Le cerveau de Skeeter tournait à plein régime. Elle s'en rendit compte et esquissa un sourire. Pourquoi se prenait-elle la tête alors qu'elle n'avait pas encore accepté ? La blonde prit ensuite le chemin de la Grande Salle et tomba sur Regulus. Elle repensa à la lettre de James et à ses pitreries, mais surtout à son message.

-Black, Potter te passe le bonjour.

Regulus lui jeta un regard étrange et elle haussa les épaules avant de poursuivre son chemin.

La blonde était observatrice et savait se faire discrète, rien d'extraordinaire pour une personne souhaitant devenir journaliste. Cela faisait ainsi plusieurs mois qu'elle avait remarqué le rapprochement entre James et Regulus. Elle s'était surtout posée des questions après l'histoire de la photo. Elle avait alors eu la confirmation plus tard en les observant. Elle avait vu leur langage corporel, leurs échanges de regards… Le clou du spectacle avait sûrement été lors de la cérémonie. Même un aveugle l'aurait remarqué ! Mais tout le monde était tellement convaincu de l'hétérosexualité de James que le fait qu'il sorte avec le cadet de la famille Black n'était même pas une option.

La Serdaigle entra dans la Grande Salle, un grand sourire aux lèvres, et alla s'installer à côté d'Elena et de ses amis.

-Pourquoi tu souris comme ça ? lui demanda la Poufsouffle. Tu as reçu une bonne nouvelle ?

-On peut dire ça comme ça…


Petit point sur cette histoire : Déjà je ne pensais pas qu'elle serait aussi longue, je m'étais pourtant promis le contraire, mais apparemment je ne sais pas faire autrement !

A la base elle devait faire entre 50 et 60 chapitres max, eh bien ce ne sera pas le cas ! Je me suis fait un petit tableau avec les éléments qui restaient à aborder et combien de chapitre ça prendrait, j'arrive entre 75 à 80 chapitres... J'espère que je ne perdrais personne d'ici là. La partie 3 ne sera pas facile car on aura le fin mot de l'histoire sur le combat de Pamela, le procès des Black, la fin ou non de Jedusor, l'usurpation de Padfoot.

Heureusement il n'y a pas que des évènements qui vont vous faire broyer du noir. Il y aura aussi l'intégration de nouveaux personnages, de nouveau couple, de la bromance, de l'amitié et des découvertes magiques pour certains personnages, mais surtout de la romance et de nouvelles perspectives pour certain.

D'ailleurs pour ceux à qui le Jegulus à manqué, le prochain chapitre est très centré sur eux. Il s'offre une journée en amoureux et Regulus va prendre les devants, de quoi faire perdre ses moyens à James. Fin bon, il faut encore que je travaille sur certain point.

Une fois de plus je remercie ma bêta pommedapi qui m'aide énormément sur cette fanfiction.

J'en profite d'ailleurs pour dire que je suis à la recherche d'une personne, d'une bêta pour une de mes histoires originale. Le tome 1 est écrit entièrement et j'aurais besoin d'un avis critique dessus. Si ça intéresse quelqu'un ... ^^

En attendant je m'excuse encore des délais entre les chapitres, j'avoue qu'avec mon boulot je n'ai pas forcément le temps d'écrire tous les jours et certains chapitres me donne du mal.