Résumé du chapitre précédent :

Après des mois de compétition, le gagnant du concours de Poudlard est enfin connu. Regulus finit 1er du classement et remporte le séjour immersif dans un village de Véla, une victoire qu'il apprécie d'autant plus qu'il a souvent eu l'impression de passer à côté de belle chose et que ses efforts n'étaient jamais remarqués. Heureux, il oublie un instant que Rita est au courant du couple qu'il forme avec James.

Le retour à Godric's Hollow fait du bien aux frères Black, ainsi qu'à James qui s'ennuyait sans eux. Malheureusement les deux Maraudeurs sont pris par les révisions pour les Aspics, au grand dam de James. Regulus en profite alors pour parler à James d'eux et des propos tenus par Rita avant. James le rassure, s'il n'en parle pas c'est son choix, il veut vivre leur relation sans avoir l'impression de devoir se justifier et non pas à cause d'une supposée fragilité de son petit-ami.

De son côté, Remus est enfin rentré chez lui. Sortie d'affaires, il n'a qu'une idée en tête, profité de sa famille et de ses proches. Si l'absence de Sirius se fait sentir, sa meilleure amie est là pour lui.

Lily pour sa part remonte enfin la pente, décidée à ne pas laisser ce jour maudit définir sa vie. Son avenir s'éclaire et épauler par sa famille, elle décide de faire ce qu'il faut pour sauver son couple. Elle rejoint alors Severus pour lui affirmer son amour et son soutien. La glace se brise.

La semaine de coupure se termine bientôt et Regulus, mit en confiance par son petit-ami, décide de se confier sur ce qu'il s'est vraiment passé avec Rosier. Il ne remarque pas l'attitude étrange de James qui consumer par la rage, prends une décision qu'il pourrait bien regretter.

Le temps qui passe met les nerfs des aurors à rude épreuve. L'enquête sur Jedusor n'avance pas autant qu'ils l'auraient voulu. Marlene qui séjour pour un temps indéfini chez Maugrey, est bien décider à aider, comme une sorte de pénitence pour le mal qu'elle a commis en ouvrant la boite de Pandore et en libérant les prisonniers.


Chapitre 57 : Blessures

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James avait observé Regulus dormir paisiblement jusqu'au milieu de la nuit. Ses paupières avaient parfois bougé et ses sourcils s'étaient froncés à quelques reprises, mais surtout le Serpentard avait cherché son contact tout au long de son sommeil. Le corps crispé et rigide de l'héritier des Potter avait eu du mal à rester immobile. James avait tenté de le rejoindre au pays des rêves, mais il n'avait pas pu se calmer suffisamment pour s'endormir. Il s'était tant retenu de grincer des dents qu'il en avait eu mal à la tête.

Ne voulant pas déranger son petit ami, James avait fini par sortir du lit. Il était resté debout durant de longues minutes avant de se ressaisir et de s'asseoir à son bureau. Il n'avait pas envie que Regulus ouvre les yeux et sursaute en le voyant debout à le fixer étrangement dans le noir. L'ancien Gryffondor ne souhaitait pas lui donner d'autre frayeur.

Dos au lit, James tentait maintenant de se ressaisir. Il devait se calmer et faire disparaître cette colère presque irrationnelle qu'il ressentait. Regulus lui avait fait suffisamment confiance pour lui confier son plus lourd secret, il ne devait pas lui montrer qu'il avait fait le mauvais choix. Mais le brun était à fleur de peau avec la pleine lune qui approchait et il avait du mal à gérer ses émotions. Il était tellement en colère ! Par Merlin il aurait voulu tuer Rosier de ses propres mains ! James n'avait jamais fait l'expérience de sentiments aussi forts, aussi sombres. Ce qui le frustrait et grossissait cette noirceur était cette impression de n'avoir personne qui puisse rendre des comptes. Regulus l'avait dit, Rosier était mort. Que pouvaient-ils faire à présent ? Pamela avait parlé, mais la justice lui avait craché au visage.

Malgré tout, l'ancien Gryffondor refusait de s'avouer vaincu. Si Regulus souffrait encore de la situation, c'était que celle-ci ne lui allait pas. Le temps l'aiderait peut-être, mais ce n'était pas une certitude. On ne parlait pas d'un fait anodin. Il s'agissait d'une blessure infligée à son âme. On avait osé toucher à la personne qu'il aimait, on l'avait fait pleurer et on l'avait humilié. À cause de ce qu'on lui avait infligé, le Serpentard se sentait misérable. James ne voyait aucune peine suffisamment grande pour réparer le crime commis.

L'héritier de la famille Potter se passa la main dans les cheveux. Ils étaient emmêlés et il s'agaça dessus pendant un court instant avant d'arrêter. Toujours autant contrarié, il laissa son regard trainer sur son bureau. Lorsque Regulus était venu le trouver, il était en train de travailler sur un des prochains articles de son magazine.

Il y avait des papiers chiffonnés, de l'encre qu'il avait renversée et qui avait dû s'incruster sur le bois comme il ne l'avait pas nettoyée suffisamment tôt. Juste à côté de ses notes, il y avait également l'enregistreur magique qu'il avait acheté. Et pour finir, dans un coin, se trouvait le 1er numéro de Harry. James ferma les yeux et tenta de respirer lentement. Son corps était chaud et son cœur battait vite. Malheureusement, James n'arrivait pas à se sortir les atrocités que Rosier avait fait subir à son petit-ami de la tête. Il sentait la bête en lui se manifester et exprimer sa rage. Quelqu'un s'en était pris à son compagnon et il avait besoin de faire couler son sang. Mais c'était impossible.

James se sentait étrange. C'était comme la fois où après avoir été transformé par Greyback, il avait ressenti le besoin de manger de la viande pour reprendre de l'énergie, de sentir le sang couler lorsqu'il déchiquetait sa proie. C'était un besoin primaire qui s'était exprimé. Il y avait aussi la fois où il avait tant eu envie de Regulus qu'il avait été jusqu'à le mordre comme pour le clamer, le revendiquer.

Le brun ne voulait pas perdre son calme ni son humanité. Il était en colère, mais il ne pouvait pas se laisser envahir par de mauvaises émotions. La part animale en lui ne devait pas prendre le dessus. D'un geste négligé, il se saisit soudain de l'enregistreur magique. Il allait écouter ses derniers travaux et espérer que cela lui changerait suffisamment l'esprit pour qu'il retrouve son calme. Il ne devait rien laisser paraître quand Regulus se réveillerait. Il devait lui montrer qu'il pouvait continuer de se confier à lui et surtout que James pouvait supporter même les pires horreurs de sa vie.

Pour ne pas réveiller le Serpentard, James alla dans sa salle de bain. Il s'installa par terre, dos contre la porte, et mit en route l'audio. C'était toujours aussi étrange d'entendre sa voix, c'était même plutôt amusant. Les bégaiements et les revirements firent légèrement sourire le brun. Puis il entendit frapper et la voix de Regulus s'éleva à travers l'audio. La discussion continua et il comprit alors qu'il n'avait jamais arrêté l'enregistrement. Incapable de l'arrêter, James écouta donc une fois de plus Regulus parler de son calvaire. Sa voix était basse, tremblante, et si fragile !

Ne pouvant plus écouter un mot de plus, James arrêta brutalement l'enregistrement et se mordit le poing jusqu'au sang. Il avait les larmes aux yeux et le sentiment qu'il allait craquer à tout moment.

Il se souvenait de ces jours où il avait ri, s'était amusé, s'était plaint des devoirs et avait passé des moments de détente avec sa petite amie, Lily. Il s'en voulait d'avoir été heureux alors que Regulus avait tant souffert. Il n'avait jamais complètement ignoré la situation dans laquelle le 6ème année s'était trouvé. Bien entendu, il n'avait jamais su que Rosier avait abusé de lui de la sorte, ni le calvaire qu'avait représenté chaque jour à ses côtés. Mais James avait vu le brun perdre son sourire, son air fatigué et sa solitude… Il les avait vus et n'avait pas cherché à en savoir plus.

Il se sentait coupable et s'il avait la haine contre Rosier, il ressentait à son propre égard un profond dégoût. Il lui était impossible d'écouter la suite du témoignage de son petit-ami. Comment pourrait-il ? Ce n'était pas une victime parmi les autres, c'était son adorable Mini Black.

James avait les idées floues et son esprit oscillait entre colère, rancœur et tristesse. Un long moment passa et James ne savait même plus ce qu'il faisait dans sa salle de bain…

Ah oui, il avait tenté de se concentrer sur son prochain article, un sujet neutre. Si seulement il lui était possible de traiter ce qui était arrivé à Regulus de la même manière ! Il était trop impliqué. Il n'arrivait même plus à réfléchir et à savoir ce qu'il devait faire.

James fronça soudain les sourcils. C'était ça la solution ! Prendre du recul, faire comme si ce n'était pas l'histoire de Regulus, mais l'histoire d'un anonyme. Une histoire, un témoignage qu'il pourrait raconter dans son magazine.

Regulus le lui avait bien dit. Suite au drame de Poudlard, Rosier avait hérité d'une réputation d'homme brave, de héros. Il ne pouvait plus payer pour ce qu'il avait fait subir à son chéri, mais James pouvait détruire sa réputation et rétablir la vérité.

Ça n'apaiserait pas totalement le besoin de vengeance primaire qu'il ressentait, mais il n'avait pas d'autre choix que de l'atteindre indirectement puisque Rosier était déjà mort. Il devrait s'en contenter et pour ce faire, il ne lésinerait pas sur les moyens.

L'ancien Gryffondor était maintenant déterminé à continuer ce qu'il avait commencé lors de la cérémonie d'hommages.

Soudain, le brun entendit du bruit dans la chambre. Regulus venait de se réveiller. Il se leva, prit quelques secondes pour afficher le sourire le plus sincère possible sur son visage, et sortit retrouver son petit-ami.

xXx

Marlene McKinon avait déjà vécu en colocation, du moins si elle prenait en compte son expérience de dortoir à Poudlard. Plus jeune, elle avait également partagé sa chambre avec sa sœur, ça devait compter au moins un peu. Bon, elle avait peut-être une expérience vraiment limitée en la matière mais elle pouvait tout de même affirmer sans l'ombre d'un doute que Maugrey était la pire personne avec laquelle partager un logement. Il ne rangeait rien, se levait tôt et faisait du bruit. Il utilisait toute l'eau chaude et ne ramassait pas ses poils ni ses cheveux dans la salle de bain. Combien de fois s'étaient-ils disputés à ce sujet ? Apparemment pas assez car le sorcier n'avait rien changé.

C'était réellement usant pour la jeune femme. Maugrey et elle avaient des caractères diamétralement opposés. Elle aimait l'ordre et le rangement, elle voulait que l'appartement soit propre et aéré, elle était pour le partage des tâches. Maugrey ne lui demandait rien, mais elle se sentait obligée de le faire car dans le cas contraire, qui le ferait ? Ça l'agaçait ! Il mangeait ce qu'elle cuisinait sans rechigner et lâchait tout juste un merci alors qu'elle s'était donnée du mal. Bon sang, il la rendait chèvre !

Enfin, heureusement, il n'avait pas que des défauts. Déjà, il ne l'avait pas mise à la porte et ne lui imposait rien. Et même s'il ne disait rien, elle savait qu'il appréciait son travail de recherche. En effet, elle l'avait vu plusieurs fois afficher un air impressionné. Et même si 90% du temps elle était agacée par l'Auror, cela devenait plus par habitude que par réel énervement. Depuis plus d'une semaine qu'ils cohabitaient, elle avait ainsi appris à supporter ce personnage atypique.

La veille, Maugrey était sorti un peu avant que la nuit ne tombe. A présent, il était plus de 10h et il n'était toujours pas rentré. Bien entendu, il ne lui avait rien dit de ses projets. Marlene se disait qu'il ne communiquait pas sur ses actions et ses pistes pour ne pas l'impliquer plus qu'elle ne l'était déjà. Elle ne pouvait pas lui en vouloir. C'était en quelque sorte louable de sa part même. L'ancienne Serdaigle n'était qu'une jeune sorcière lambda, elle n'avait reçu aucune formation pour combattre les forces du mal. Hugo Leroy non plus, mais il était plus âgé, et la jeune femme était certaine que face au danger, il avait nettement plus de chance de s'en tirer.

En toute honnêteté, le mieux qu'elle pouvait faire était d'assurer le côté logistique et information, tout comme l'Auror Dawlish même si celui-ci pouvait aller plus loin encore. Son autre rôle était de faire en sorte que Maugrey n'oublie pas de se nourrir et de se reposer suffisamment.

La sorcière n'avait jamais vu un bourreau de travail tel que lui. En même temps, elle ne connaissait personne qui serait d'accord pour traquer un dangereux individu gracieusement et sacrifier ses rares vacances !

Souvent, la jeune femme se demandait comment le châtain vivait avant qu'elle ne débarque. Elle était sûre qu'il n'avait aucune vie sociale et était marié à son travail. Elle trouvait ça plutôt triste. Néanmoins, elle n'arrivait pas à savoir si Maugrey était malheureux ou si son mode de vie lui convenait. Il était simplement constamment fatigué ou ronchon.

L'ancienne Serdaigle esquissa un sourire en se remémorant le visage du châtain. Elle souffla ensuite, jugeant qu'elle avait suffisamment vue de noms, de chiffres et de données en tout genre pour l'instant. Elle avait besoin d'une pause, d'une vraie pause. Si l'Auror sortait souvent, Marlene ne bougeait que très rarement. Elle connaissait à peine le quartier et n'avait rien de spécial à faire à l'extérieur. Mais surtout, elle était censée avoir quitté la Grande-Bretagne. Elle ne voulait pas être vue et surtout reconnue. Pour autant, elle ne pouvait pas non plus vivre enfermée. Elle se disait également qu'il y avait peu de chance qu'elle croise un de ses anciens camarades de classe.

Elle avait besoin de contact humain. Maugrey n'était pas bavard, enfin sauf si c'était pour se disputer avec elle. L'ancienne Serdaigle se sentait parfois seule.

Motivée et voulant à tout prix rompre son quotidien morose, Marlene quitta soudain l'appartement. Elle se rendit sur la grande place et rentra dans une boutique au hasard. Elle ne comptait pas dépenser plus de 15 mornilles, mais elle pouvait regarder et s'imaginer ce qu'elle ferait de certains objets ou comment lui irait telles tenues.

La jeune femme n'avait rien mangé le matin alors sous les coups de 11h30, elle s'acheta un sandwich et une boisson qu'elle dégusta sur un des bancs de la place. Perdue dans ses pensées, elle observa les passants. À un moment, une jeune femme blonde marcha précipitamment dans sa direction. Marlene se tendit et baissa la tête jusqu'à ce que la demoiselle rentre chez le cordonnier. Elle n'avait pas bien vu le visage de la jeune femme, mais elle lui avait fait penser à Pamela. Anxieuse, elle se dépêcha de se lever. Elle n'avait pas envie d'attendre son retour pour vérifier.

Il était temps de rentrer de toute façon et peut-être Maugrey était-il enfin rentré. De plus, elle avait des recherches à reprendre. La journée s'annonçait longue.

xXx

Revenir a Godric's Hollow avait fait du bien à Padfoot. Il était un peu triste de se dire que bientôt déjà, il lui faudrait retourner au château. Néanmoins, il lui restait quelques jours pour profiter de son ami et de la liberté qu'il avait d'aller et venir comme il le souhaitait. Il n'était pas allé voir Remus et celui-ci n'avait pas demandé après lui alors il supposait qu'il avait pris la bonne décision en se retenant d'aller le voir. Malgré tout, il n'aimait pas se dire qu'il ne pouvait pas rendre visite à son ami comme il le désirait. Il craignait de le regretter une fois à Poudlard. Et si Remus décidait de l'ignorer ? Ce ne serait pas dur, il lui suffirait de prétendre être trop occupé avec ses révisions. Ce ne serait même pas un demi-mensonge.

Cette histoire lui triturait les méninges, tout comme un paquet d'autres choses. Il y avait Jedusor, bien entendu, mais aussi sa culpabilité et les choses qu'il taisait. Il devait se débarrasser des poids qu'il avait posé sur ses épaules pour ainsi mieux se concentrer sur sa mission principale, arrêter Jedusor. Padfoot comptait commencer en parlant aujourd'hui à son meilleur ami. Il était temps que son frère et lui aient une conversation avec James pour lui révéler ce qui s'était vraiment passé lors de la dernière pleine lune.

En soi, l'ancien Gryffondor pouvait vivre sans connaitre la vérité. Après tout, si Remus, Regulus et lui se taisaient, ce secret pourrait en rester un. Malheureusement, il n'y avait aucune certitude. Et si Jedusor dévoilait la vérité à James ? Son meilleur ami avait le droit de savoir que leur ennemi connaissait son secret. Et plus que tout, Padfoot trouvait qu'il y avait suffisamment de secrets autour de lui. Il espérait simplement que son ami comprendrait pourquoi ils s'étaient tus aussi longtemps.

Il était encore tôt et la maison s'éveillait lentement. Padfoot n'arrivant plus à trouver le sommeil, il était parti s'asseoir dans le jardin. Il avait profité du beau temps et de la brise du matin pour réfléchir un peu. À présent qu'il avait pu prendre une décision, il ne lui restait plus qu'à en discuter avec les concernés. L'esprit attendit encore quelques minutes avant que les Potter ne descendent le rejoindre. Les parents de James avaient toujours été plutôt matinaux et ils s'étonnèrent de voir le Maraudeur à cette heure. Ils discutèrent puis décidèrent de prendre leur petit-déjeuner sans attendre le couple.

Passer du temps avec Euphémia et Fleamont faisait toujours autant plaisir à Padfoot. C'était comme une petite bulle de paix et de bonheur dans son quotidien difficile.

-Nous évitons de le dire à James, mais nous nous inquiétons de le laisser seul lorsque nous ferons notre voyage pour nos 30 ans de mariage, souffla Euphémia en buvant son thé.

-James est grand et parfaitement autonome, il se vexerait s'il vous entendait, rigola Padfoot.

-Nous le savons bien, répondit Fleamont. C'est simplement que depuis qu'il a été mordu par Greyback, notre inquiétude pour lui a augmenté. Lui qui gagne petit à petit son indépendance ne veut probablement pas qu'on agisse de nouveau comme des parents poules, rit-il.

Padfoot sourit.

-Où irez-vous ? leur demanda-t-il.

-En Europe ! fit Euphémia, euphorique.

Elle avait l'air si enthousiaste que Padfoot était heureux qu'ils partent malgré leurs doutes et inquiétudes.

-Nous visiterons Berlin, Paris, Madrid… toutes les belles capitales ! Ce sera l'occasion de découvrir d'autres cultures, se faire plaisir avec une gastronomie réputée ! Un mois à parcourir les routes, ce sera comme une seconde jeunesse ! affirma le père de James.

-Je vous envie ! Si je ne craignais pas d'être de trop, je me joindrais à vous !

-Après Poudlard, tu pourras faire tout ce que tu veux, mon grand, lui rappela Euphémia. Fleamont et moi te soutiendrons, quels que soient tes choix. Nous t'aimons comme notre propre fils et si tu as des besoins, nous nous ferons un plaisir de t'aider. Les Black t'ont spolié ton héritage, mais tu n'es pas seul pour autant.

Padfoot fut si ému qu'il ne sut quoi dire. Fleamont posa alors sa main sur son épaule et la serra pour lui affirmer son soutien. Quand Sirius serait guéri, il pourrait continuer à compter sur des personnes qui l'aimaient et avaient à cœur son bonheur et sa sécurité.

Plus tard, James et Regulus daignèrent enfin les rejoindre. Padfoot voulut les taquiner, mais préféra s'abstenir devant les parents de son ami. Impossible qu'ils ignorent les véritables liens qu'ils avaient mais tant que James ne voudrait pas avoir cette discussion avec eux, tout le monde continuerait à faire comme si de rien n'était. Padfoot ignorait les raisons exactes qui poussaient James à garder le silence. C'était une conversation qu'il n'avait pas envie d'avoir. Probablement imaginait-il ne pas en avoir besoin, qu'il leur dirait plus tard. Mais ce plus tard ne venait jamais. Il attendait probablement aussi que les choses se calment avec Jedusor. Ou peut-être qu'il voulait également que Regulus soit fin prêt à vivre une histoire sans se cacher ? Il existait plein de raisons possibles, sans qu'elles ne soient toutes bonnes ou complètement fausses.

Cela ne regardait pas l'esprit. À l'heure actuelle, il avait une seule chose en tête et il n'y avait pas de bonne manière de le faire. Si Padfoot, Regulus et Remus avaient pris la bonne décision dès le début, cela leur aurait évité bien des tracas. Mais cette nuit de pleine qui avait failli tourner au carnage les avait tant secoués que chacun avait été dans l'incapacité de prendre une telle décision. Une décision prise sous le coup de l'émotion pouvait s'avérer désastreuse.

C'était un risque qu'ils avaient pris en connaissance de cause. S'ils ne voulaient pas continuer dans l'erreur, il suffisait de rattraper le coup. Cela aurait rassuré l'esprit d'avoir Remus auprès de lui pour pouvoir expliquer à son meilleur ami pourquoi il lui avait menti pendant tout ce temps. Au-delà de sa grande empathie, le Poufsouffle avait également un don pour trouver les bons mots au bon moment. Malheureusement, Regulus et lui devraient faire sans.

Avec un sentiment de fatalité, l'esprit alla trouver le Serpentard dehors après le petit-déjeuner. James était remonté dans sa chambre et il fallait en profiter.

-Regulus, je pense qu'on a suffisamment retardé l'inévitable. Il faut qu'on lui parle aujourd'hui.

Sans qu'il n'ait besoin de préciser, Regulus comprit le message.

-Je sais. On va bientôt retourner à Poudlard… Comment penses-tu qu'il va réagir ? s'inquiéta-t-il.

-Je ne sais pas. Mais on sait qu'il peut mal réagir, on lui a menti après tout.

Cela ne sembla pas le rassurer alors Padfoot lui sourit et passa un bras autour de ses épaules dans une attitude taquine.

-On lui parlera après le déjeuner si ça te va. Il sera un peu somnolent et tranquille après s'être empiffré ! Je n'aurais jamais cru dire ça un jour, mais c'est une bonne chose pour nous qu'à l'approche de la pleine lune, son appétit augmente ! La meilleure situation aurait été qu'on puisse lui servir quelques verres histoire qu'il soit bien détendu !

Son frère esquissa un sourire face à sa bêtise. Au moins n'était-il plus autant crispé.

Il restait encore un peu de temps avant le déjeuner et si Regulus alla rejoindre James qui discutait avec ses parents dans le salon, Padfoot préféra rester encore un instant dehors. L'esprit se rendit ensuite dans le garage pour prendre sa moto. Il avait besoin de faire un tour.

Voler lui fit du bien, il put ainsi se vider l'esprit. Dernièrement, il souffrait de maux de tête à force de ressasser sans cesse sa situation. La culpabilité l'assaillait et il avait des pensées qui n'étaient pas les siennes ni forcément celles de Sirius. Il ne devait pas flancher et rester lucide jusqu'au bout. Mais avec cette pression constante qu'il s'imposait et qu'il subissait en même temps, c'était compliqué d'avoir toujours les idées claires. Le plus dur était de n'avoir personne à qui se confier ni sur qui s'appuyer.

Quand il fut l'heure, Padfoot reprit le chemin de la maison. Il arriva pile et son estomac grogna d'envie en sentant l'odeur alléchante du plat qu'avait préparé Euphémia, secondée par l'elfe de maison de la famille. Comme à chaque fois, le repas se passa dans la bonne humeur et même Regulus laissa tomber l'expression figée qu'il arborait au réveil.

Fleamont et Euphémia interrogèrent ensuite leur fils sur ses nouvelles fonctions et sur le succès du premier numéro de Harry. James était toujours autant volubile à ce sujet, heureux que ses parents s'intéressent à lui et à ses projets.

-D'ailleurs, j'ai pas mal de boulot qui m'attend. J'ai un nouvel article à mettre en forme. Il faut aussi que je travaille sur l'élaboration d'un design différent et… Enfin, je vais être très occupé, expliqua-t-il.

-James, l'interrompit Sirius. Il faudrait que Reg et moi on te parle après le repas.

-Oh, tu es bien sérieux d'un coup ! nota son ami en avalant son morceau de viande.

-C'est parce que ça l'est, répondit Padfoot.

James fronça les sourcils et jeta un coup d'œil à Regulus. Le Serpentard avait l'air troublé lui aussi et n'osait pas le regarder. Les parents de l'ancien Gryffondor avaient également senti toute la légèreté du repas s'envoler. Néanmoins, ils ne s'immiscèrent pas dans la conversation car ils sentaient que c'était quelque chose que les jeunes devaient régler entre eux.

La fin du repas sonna un peu étrange. James avait l'air pensif, Regulus avait perdu l'appétit et Padfoot les observait sans pouvoir s'en empêcher. Quand les assiettes furent vides et la table débarrassée, le trio s'isola dans la chambre de Padfoot.

-Wow, tout ça sonne si solennel, plaisanta James pour détendre l'atmosphère. Est-ce que quelqu'un est mort ?

-Pas encore, souffla Padfoot, ce qui les fit se détendre.

-Nous voulons te parler de la dernière pleine lune, James, souffla le Serpentard.

-Nous n'avons pas été totalement honnêtes avec toi, soupira Padfoot.

-D'accord...

Il les dévisagea soudain.

-Pour de vrai, personne n'est mort, n'est-ce pas ? Ou à moitié ?

-Non, tu n'as fait de mal à personne. Mais ça a failli, admit alors Padfoot.

L'esprit se passa une main dans les cheveux avant de s'asseoir sur la chaise de son bureau. Le couple lui resta debout à côté de son lit.

-Jedusor nous a tendu un piège. Il sait que tu es un loup-garou, avoua-t-il soudain.

Padfoot n'avait pas voulu être brutal, mais il n'y avait pas d'autre moyen d'annoncer ce genre de chose. Son ami accusa le coup.

-Qu'est-ce qu'il s'est passé ? S'il savait, il aurait déjà dû me dénoncer ! Pourquoi ne l'a-t-il pas fait ? s'étonna-t-il.

-Probablement parce qu'il ne voulait pas avoir à expliquer comment il avait appris la nouvelle. S'il l'avait fait, on aurait su qu'il nous avait espionnés et on aurait aussi compris plus vite quel genre de stratagème il avait utilisé sur Remus, expliqua le Serpentard.

-Je n'arrive pas à y croire ! Mais est-ce que ça devrait m'étonner ? Je me transforme en bête sanguinaire les soirs de pleine lune, c'est le meilleur moment pour faire passer un meurtre pour un accident ! J'ai failli blesser l'un de vous, c'est ça ? C'était Remus ? Tu avais dit dans une lettre qu'il s'était blessé à l'épaule, se rappela-t-il.

-Non, c'était moi.

James se tourna vers lui, abasourdi.

-Quoi ?! Mais tu n'étais pas censé être là, comment c'est possible ?! Tu es sûr que tu n'as rien ?!

Il s'approcha de son petit-ami comme pour vérifier qu'il n'avait pas de cicatrice.

-Je vais bien, James.

-Qu'est-ce qui s'est passé ? répéta cette fois fermement l'ancien Gryffondor.

-Jedusor lui a envoyé une lettre en lui faisant croire qu'elle venait de moi, soupira son meilleur ami. Elle disait que ta transformation se passait mal et qu'il fallait qu'il vienne nous aider. Tu as dû sentir son odeur car tu es passé du calme à l'excitation. Avec Remus, on n'a pas réussi à te retenir. Tu as couru vers lui mais tu ne lui as fait aucun mal, on aurait même dit que tu tentais de le protéger de nous.

Padfoot vit le visage de son ami se décomposer.

-Je suis désolé de t'avoir menti, James. Je ne voulais pas que tu te sentes coupable, s'excusa le 6ème année.

-Bien sûr que je me sens coupable, j'aurais soit pu te tuer, soit gâcher ta vie !

-Mais ce n'est pas le cas. De plus, même si être un loup-garou est une situation difficile où on subit de la discrimination, ça ne veut pas dire qu'on ne peut pas être heureux. C'est toi-même qui as dit que tu ne laisserais pas ta condition t'enfermer dans des cases, lui rappela son petit ami.

-Est-ce que tu nous en veux de n'avoir rien dit plus tôt ? murmura Sirius.

James souffla.

-Non. Enfin, forcément un peu, mais je comprends pourquoi vous l'avez fait. J'étais sûr que c'était une mauvaise idée de vous avoir avec moi… C'est trop dangereux, je passerais mes prochaines pleine lunes seul.

-Cette fois-là, si ça s'est mal passé, c'était à cause de Jedusor. La prochain f-

-Sirius, le coupa l'ancien Gryffondor. Ce n'est pas une bonne idée. En plus, Remus et toi allez être occupés avec vos Aspics e-

-Toi aussi, rappela Regulus.

James grimaça.

-Tout ça pour dire que vous aurez autre chose à faire que de m'accompagner hurler à la lune. Au moins pour la prochaine pleine lune, il vaut mieux que je me débrouille seul.

Padfoot ne savait pas quoi dire. Il voulait refuser, mais les arguments de James se tenaient. Et puis surtout, ce n'était pas une stricte interdiction. C'était seulement pour une pleine lune. Les négociations étaient ouvertes pour les prochaines. Il acquiesça, mais fit comprendre à l'ancien attrapeur qu'il n'abandonnait pas pour autant. Regulus se rapprocha alors de son petit ami et passa un bras autour de ses épaules.

-Il y autre chose dont j'aimerais te parler. Ça concerne ta nouvelle condition justement et ça pourrait t'aider.

Il était temps qu'il parle de Monica et de ce qu'elle lui avait appris sur les loups-garous.

xXx

Pamela avait su dès l'instant où elle avait envoyé le courrier à ses parents pour leur parler de ce que Nott lui avait fait que plus jamais les choses ne seraient comme avant à la maison. C'était ainsi, ses parents ne pouvaient faire comme si de rien n'était et elle-même n'arrivait pas à leur parler sans se sentir gênée. Ils faisaient tous de leur mieux et aussi un peu semblant pour la cadette.

Pamela espérait que le temps panserait ses blessures. Pour l'instant, même si elle avait affirmé le contraire à Severus et à Lily ainsi qu'à son avocat, c'était très dur. Elle était en colère, elle était triste et blessée. Plus que tout, elle se sentait salie. Elle avait été traitée comme une moins que rien et on lui avait dit que ce qu'elle avait subi n'était pas grave, qu'on ne pouvait rien faire pour elle.

Contrairement à ce qu'elle avait pensé, le procès ne lui avait pas permis de tourner la page. Probablement parce qu'elle avait mis plus d'espoir qu'elle ne se l'était avouée sur le résultat. La Serdaigle n'arrivait pas à passer au-delà de sa déception. Le pire était qu'elle savait qu'elle allait revoir son violeur. L'école n'avait pas pris position ni fait quoi que ce soit pour améliorer son bien-être. En même temps, comment pouvait-elle exiger quoi que ce soit alors que le Serpentard avait été déclaré innocent lors du procès ? Elle n'avait même pas réussi à obtenir un non-lieu.

Que c'était triste !

Pamela ruminait sa rancœur depuis son retour chez elle. Ses parents avaient tenté d'en discuter avec elle, mais elle n'avait pas voulu. Il fallait qu'elle passe à autre chose, en parler ne servait à rien. Elle devait définitivement mettre ça derrière elle. L'association qui l'avait accompagnée lors des démarches pour trouver un avocat lui avait proposé de la mettre en contact avec un psychomage. Pamela les avait remerciés, accepter la carte de visite, et l'avait rangée dans un de ses tiroirs à Poudlard.

La Serdaigle avait parlé de ce qui lui était arrivé durant le procès car elle y avait été obligée. Pour l'instant, elle ne se sentait pas de réitérer l'expérience.

-Comment fait-on pour aller mieux après avoir été brisée ? souffla la jeune femme.

Elle était assise sur une des balançoires du jardin. Ses parents et sa petite sœur étaient partis au marché et elle avait prétexté ne pas se sentir bien pour échapper à la sortie. Pas qu'elle n'aimait pas le marché, elle avait simplement eu envie de rester seule. Une fois de plus, la blonde tenta de se convaincre que ça irait mieux l'année prochaine car plus jamais de sa vie elle n'entendrait parler de lui. L'été lui offrirait également un grand moment d'évasion. Sa famille partait aux États-Unis durant 15 jours rendre visite à une tante. C'étaient les seules vraies vacances qui valaient le coup que sa famille s'octroyait dans l'année.

C'était un maigre espoir, mais Pamela s'accrochait à cette petite lumière vacillante au bout du tunnel. Elle n'avait pas d'autre choix que de croire qu'un jour elle irait mieux, que cette douleur finirait par la quitter. Même si Nott ne paierait jamais.

Petit à petit, elle pourrait recommencer à sourire sincèrement. Il fallait qu'elle fasse des projets, qu'elle réfléchisse à l'après Poudlard. Qu'allait-elle faire de sa vie ? Dans un an, elle serait brutalement jetée dans le monde des adultes. Elle devrait alors travailler ou étudier, trouver son indépendance, un logement, savoir quel sens elle souhaiterait donner à sa vie.

Cela l'effrayait quelque part. Elle savait bien que sa vie ne changerait pas du tout au tout du jour au lendemain pourtant. Mais une page se tournerait. Elle resterait avec sa famille quelque temps pour tenter de rattraper le temps perdu, puis il faudrait qu'elle prenne son envol. Quel genre de vie l'attendrait après Poudlard ? Elle espérait que celle-ci serait pleine de surprises et de bonheur.

Elle en avait marre de souffrir et de constater à quel point tout était si injuste.

La Serdaigle soupira et se leva. Elle quitta finalement le jardin pour aller se servir un verre d'eau dans la cuisine. Au même moment, on sonna à la porte d'entrée. La blonde resta immobile quelques secondes avant que la sonnette ne retentisse de nouveau.

Pamela alla ouvrir et fronça les sourcils en voyant James Potter devant chez elle. Ils n'étaient pas amis et se parlaient à peine à Poudlard. Les seules fois où ils avaient échangé plus de quelques mots, c'était lors des cours particuliers de l'explorateur pour les préparer au Grand Tournoi de duels.

-James… Que fais-tu ici ?

-Bonjour ! Belle journée, n'est-ce pas ?

La sorcière regarda le ciel ensoleillé, puis fixa de nouveau l'ancien Gryffondor.

-Je peux entrer ? demanda-t-il.

-Non, répondit-elle. Qu'est-ce que tu veux ? Nous ne sommes pas amis alors ne me dis pas que c'est une visite de courtoisie.

-Rassure-toi, ce n'est pas le cas.

Il hésita un instant avant de se gratter l'arrière de la tête.

-Je suis venu te demander quelque chose.

Pamela était sur ses gardes. Elle ne savait pas ce que désirait le brun, mais il se trompait s'il pensait qu'elle allait céder facilement. Après tout, elle ne lui devait rien.

-Je sais comment ton procès contre Nott s'est fini parce qu'on n'a pas suffisamment écouté et enquêté dans ton sens, affirma-t-il alors.

Pamela leva les yeux au ciel. À présent, elle devait s'attendre à ce que n'importe qui sache ce qui lui était arrivé et l'issue misérable de cette histoire.

-C'était ma parole contre la sienne et je n'avais aucune preuve. N'aie pas l'air si affecté, ça arrive tout le temps, James, souffla-t-elle.

Elle n'avait pas envie de discuter de ce sujet avec lui. Elle voulait retourner à ses projections, la seule chose qui l'aidait à ne pas broyer du noir.

-Nous sommes des sorciers, nous avons plus de moyens que les moldus et surtout, on a cette chose formidable qui s'appelle le Véritasérum, insista-t-il.

-Mon avocat a fait la demande mais Nott a refusé. La juge n'a pas insisté de son côté, répliqua la jeune femme.

James fit la moue et regarda quelque chose par terre. Pamela ne s'attarda pas et lui ferma la porte au nez. Aussitôt, le brun frappa à nouveau avant de s'acharner sur la sonnette.

-Je sais que c'est dur pour toi et que tu as été déçue mais je pense qu'il n'est pas encore temps d'abandonner ! cria-t-il derrière le panneau de bois.

Pamela serra les poings, furieuse. Voilà qu'il lui tenait de beaux discours d'encouragement comme s'il pouvait comprendre quelque chose à sa douleur ! Il était lourd à insister et lui faire espérer des choses illusoires. Il s'imposait et venait à elle comme le protecteur qui allait résoudre, comme par magie, ses problèmes. C'était le problème avec les garçons comme James Potter. Il ne connaissait rien à la vraie tristesse, à la véritable douleur, et venait avec son sourire et sa bonne foi en pensant que le monde était juste et que tout finirait par s'arranger. Il était bien un des seuls idiots à y croire encore. Il avait été trop choyé, trop protégé par ses parents pour pouvoir se défaire de cette innocence infantile et maladroite.

-J'ai eu une idée, écoute-moi au moins ! cria-t-il encore.

-Si je le fais, tu me promets de partir après ? s'agaça-t-elle.

James ne répondit pas tout de suite et Pamela se demanda s'il hésitait à lui mentir mais il acquiesça finalement. Déjà lassée, Pamela lui rouvrit la porte.

-La seule chance pour qu'il paye s'il n'y a pas de preuve, c'est qu'il avoue tout, attaqua aussitôt James.

-Il ne le fera jamais, lui fit-elle remarquer.

-Sauf s'il y est obligé !

La Serdaigle haussa les sourcils.

-Je voudrais raconter ton histoire dans un de mes articles. Tu as vu la sortie du numéro 1 de Harry. Il sera lu par des milliers de personnes car en plus de Poudlard, il sera aussi distribué dans le village sorcier. Ce qui compte le plus pour les familles comme celle de Nott, c'est la réputation. Et tu sais aussi bien que moi à quel point les rumeurs se répandent vite. Il aura beau démentir, cela fera pâle figure devant la puissance écrasante de la rumeur !

-Tu-tu es complètement fou, souffla-t-elle après quelques secondes, sous le choc. Imaginons que j'accepte de parler, la famille Nott ne te laissera jamais sortir un article pareil !

-Ils essayeront, mais je n'ai pas peur. Tu vas penser que je suis arrogant, mais ce n'est pas le cas, ma famille est puissante et a de l'argent. Ce serait plus compliqué pour une personne qui n'a pas les moyens financiers ni matériels pour affronter cette célèbre famille de sang-pur.

Pamela pensait effectivement qu'il était arrogant car c'était un fait, mais il avait raison. C'était assez douloureux à entendre néanmoins.

-Au bout d'un moment, pour répondre à la pression médiatique, il sera obligé de se plier à la prise du Véritasérum.

Pamela ne savait pas quoi dire. Cette idée lui semblait complètement folle. Alors qu'elle s'était résignée, James lui donnait un nouvel espoir. Elle ne savait pas si elle pouvait y croire. Elle savait qu'elle pouvait être de nouveau déçue. Au-delà, elle n'était même pas sûre de pouvoir raconter ce qui lui était arrivé à James. Depuis le procès, on la regardait différemment et on lui parlait plus volontiers de ce qui lui était arrivé. Mais si elle était allée jusqu'au procès, c'était bien parce qu'elle était en quête de justice, et pour ce faire elle n'avait eu d'autre choix. Ce n'était pas parce que la vérité avait éclaté que son sentiment de honte était parti. C'était quelque chose qu'elle porterait toute sa vie.

-Je veux juste laisser ça derrière moi, murmura-t-elle au bout d'un moment.

-Je…

James secoua la tête.

-Tu sais, tu n'es pas la seule à qui s'est arrivé, mais tu es la seule que je connaisse qui a été assez courageuse pour aller jusqu'au bout. Je ne veux pas de cette fin pour toi, quelle image ça renverrait aux personnes victime de viol ou d'agression sexuelle ? Que ça ne sert à rien de parler ? Je ne peux pas l'accepter !

Pamela fut surprise par son éclat de voix.

-Pourquoi insistes-tu autant ? Pourquoi tu as l'air si concerné ? Après tout, tu es un homme, tu ne peux pas comprendre !

Quelque chose passa dans le regard de James et il se fit soudain plus sombre.

-C'est vrai, je ne peux pas comprendre, je ne suis pas à ta place. Mais est-ce une raison pour ne rien faire ? J'ai une morale et je ne supporte pas de voir les gens malheureux !

Pamela ne put s'empêcher de pouffer à ces mots.

-Tu…tu fais tellement Gryffondor !

James esquissa un petit sourire, se détendant lui aussi.

-C'est ce que je suis, bon sang ne saurait mentir ! Enfin, même si là, ça fait très Serpentard…

-Pour être honnête avec toi, James, je ne sais pas si j'en serais capable, reprit-elle ensuite plus tristement.

-Je comprends.

Il fouilla dans ses poches et en sortit un petit enregistreur magique, différent de celui qu'il utilisait chez lui.

-Je sais que ce sera difficile de me parler alors tu n'es pas obligé de le faire. Tu peux simplement t'enregistrer. Parler quand tu t'en sentiras capable, faire des pauses et reprendre des jours plus tard si tu en as envie. Ou même te rétracter et tout effacer. Je compte sortir des extraits du prochain numéro dans une semaine. Si tu es toujours d'accord pour parler, même quelques phrases suffiront. J'écrirai le reste en relatant les faits connus. Peut-être que tu n'auras pas besoin de faire un témoignage complet et que Nott voudra faire cesser ça au plus vite. Je te demande simplement de me faire confiance et d'être courageuse pendant un moment encore. Je crois en toi et je suis avec toi.

Pamela sentit son cœur se serrer. Depuis quand l'ancien Gryffondor pouvait-il se montrer si touchant ? Il la quitta sans qu'elle ne puisse rien ajouter d'autre. Pamela resta devant l'entrée de sa maison, l'enregistreur en main et le cœur empli de doutes.

Que devait-elle faire ?

xXx

Regulus sursauta quand Barty surgit soudainement d'un couloir pour le saluer. Il était revenu à Poudlard la veille seulement et il avait du mal à se faire au rythme étrange de l'école. Le Serpentard avait passé une semaine magnifique à Godric's Hollow avec les Potter. En toute honnêteté, il avait appréhendé ce retour, mais simplement à cause de la conversation que son frère et lui devaient avoir avec James. Au bout du compte, celle-ci s'était mieux passée qu'il ne l'avait espéré. James n'avait pas été en colère et Regulus s'en voulait d'autant plus de s'être tu pendant si longtemps.

À présent, il se sentait plus léger. Il savait que les raisons étaient multiples et l'une d'elles était que pour la première fois de sa vie, il avait pu parler de ce que Rosier lui avait fait. Il n'avait omis aucun détail et parlé de sa colère, de sa honte, de sa tristesse et de sa résignation ainsi que de son sentiment de culpabilité. Partager son fardeau lui avait donné l'impression de pouvoir se redresser un peu, d'arrêter de se courber et de détourner le regard pour se cacher.

Pour autant, si après ces évènements, Regulus avait pu mieux appréhender la suite, il avait senti chez son petit-ami un changement. Durant la semaine de coupure, James n'avait eu que peu de temps à lui accorder. Du moins, pas autant qu'aurait aimé le Serpentard. Il avait été occupé avec ses réunions pour son magazine, ses articles à écrire et ses séances de révision. Son temps libre, il l'avait partagé entre ses parents, son frère et ses amis. Un peu plus et le cadet de la famille Black aurait été jaloux. Mais il savait que durant les vacances d'été, les amoureux auraient plus de temps pour eux. Et peut-être que Regulus se résoudrait finalement à le seconder dans son activité professionnelle. Du moins, seulement pendant l'été.

Lorsqu'il irait voir les Vélà, ce serait James qui demanderait après lui !

James était occupé et Regulus l'avait souvent vu fatigué la nuit quand il le retrouvait dans sa chambre. Mais il y avait plus que ça. La pleine lune approchait et il avait l'impression que l'esprit de l'ancien Gryffondor s'éloignait, se dissociait du gentil Maraudeur.

Regulus se disait que c'était normal, cela faisait partie de la malédiction. James ne ressentait plus les choses comme lui. Cela serait dur de le savoir seul lors de la prochaine pleine lune mais l'ancien joueur de Quidditch avait insisté. De toute façon, Regulus n'avait pas les capacités de l'aider sans risque.

En attendant, il devait à tout prix se reconcentrer sur les deux dernières semaines de cours qu'il avait.

Elles passeraient vite, il le savait. Parfois, il avait l'impression que c'était hier que Padfoot était venu le chercher au Square Grimmaurd et l'avait convaincu de partir avec Sirius. Et en même temps, le chemin pour arriver où il en était lui avait semblé insurmontable et si long.

Il sourit et continua à marcher en ignorant Barty. Comme il s'y était attendu, le 5ème année le suivit. De toute façon, le Serpentard faisait comme il lui plaisait.

-Les salles de classe sont de plus en plus clairsemées, lui fit remarquer son camarade.

Regulus ne répondit pas mais Barty avait raison.

-Lily Evans n'est plus là, Remus Lupin non plus, ainsi que d'autres élèves.

Regulus lui jeta un regard, les sourcils haussés.

-Enfin, ça ne m'étonne pas. À mon avis, Poudlard est fini. D'ici 3 ans, plus aucune famille de Sang-Pur ou fortunée ne voudra envoyer ses enfants ici. Ils préfèreront Beaux Bâtons qui offre une proximité et un bon enseignement. Après tout, c'est un de leurs ressortissants qui a gagné le dernier Tournoi de duels.

-Poudlard est un emblème, l'école ne va pas s'effondrer pour si peu, opposa Regulus.

-Si peu ? On parle d'une attaque qui a tué des dizaines de personnes !

-Je ne disais pas ça dans ce sens-là, rougit-il d'embarras.

-Je sais, se moqua Barty. Enfin, l'école n'a plus de colonne vertébrale et les gens ne se sentent pas en sécurité. Le fait de pouvoir passer ses examens en candidat libre, permettant ainsi d'abandonner les cours ou du moins de ne pas aller au bout du cursus, à encourager les gens à partir.

-Tu penses que ce n'est pas une bonne idée ? s'étonna Regulus.

Il s'arrêta dans le hall d'entrée et Barty fit de même.

-Je n'ai pas dit ça. D'après moi, la connerie était de rouvrir Poudlard aussi vite. Ils auraient dû le faire pour permettre aux élèves de continuer à utiliser les dortoirs s'ils n'avaient pas d'autres choix et d'avancer la rentrée à la mi-août pour rattraper les jours de cours perdus au minimum.

-Et pour les Buses et les Aspics ? voulut savoir Regulus.

-Les passer en septembre ou en octobre, rien ne pressait après tout. Ou alors l'attribuer sur un système de contrôle continu.

-Tu t'es renseigné on dirait. Et tu as l'air de savoir de quoi tu parles. Moi qui pensais que tu n'étais qu'un casse pied.

-Ce n'est que ma deuxième occupation, le reste du temps je me renseigne, j'observe et j'analyse. Je lis les journaux, j'écoute les débats politiques et je m'intéresse au fonctionnement de notre pays. C'est normal. De toute façon, si Poudlard a rouvert malgré tous les feux rouges, c'était simplement pour préserver son image à cause des pressions médiatique et politique.

-Probablement.

Regulus, qui n'avait aucun examen de fin d'année, pouvait dire que si Poudlard n'avait pas rouvert après l'attaque, il s'en serait aussi bien porté. Ne revenir qu'en septembre lui aurait permis à lui et aux autres élèves traumatisés de prendre le temps de se remettre. Certaines des souffrances et des séquelles des survivants avaient été sous-estimées.

-Tu es plus informé et instruit que tu en as l'air. Je suis surpris que tu saches autant de choses sur le fonctionnement de ce qui t'entoure, le félicita le 6ème année.

-Bien sûr que je suis instruit, je compte faire de la politique plus tard.

Regulus lui jeta un coup d'œil avant de réajuster la lanière de son sac.

-Quoi ? Tu penses que je n'en ai pas les capacités ? Je suis observateur et éloquent. Et puis, je suis intelligent !

-Non, ce n'est pas ça. C'est juste que ce n'est pas une fonction qui fait rêver. Et même si on vit bien en tant que politicien, on n'est pas riche non plus.

-Si on est honnête, lui rappela Barty avec amusement. Ne t'en fais pas pour moi, je n'ai pas de valeur morale qui m'empêcheront d'accepter les pots-de-vin. Il faut être idiot pour croire qu'on peut changer les choses en agissant de manière honnête et légale. C'est bon pour les illuminés de Poufsouffle !

Regulus rigola sans pouvoir s'en empêcher.

xXx

L' Auror Maugrey revenait tout juste de son rendez-vous avec Dawlish. Les deux hommes avaient discuté de l'avancée de l'affaire et le mentor avait transmis les premiers rapports d'analyse du jeune Remus Lupin. Maugrey devait étudier tout cela chez lui. Il monta les escaliers de son immeuble et se frotta les yeux de fatigue. Il ouvrit la porte, se déchaussa et alla directement s'asseoir sur son canapé pourri pour ouvrir l'enveloppe qu'il avait en sa possession.

-Bonjour, le salua Marlene.

Il lui répondit du bout des lèvres.

-J'allais me faire du thé, est-ce que tu en veux ? lui demanda-t-elle.

Il grogna quelque chose qui voulait dire oui et entendit la jeune femme s'agacer de ses manières. Il l'ignora pour lire la première page d'analyse. Tout cela était bien complexe pour lui. C'était du charabia de médecin et il ne comprenait pas plus les chiffres et les symboles sur les pages suivantes. Heureusement, comme il s'agissait d'analyse pour une enquête, une synthèse avait été faite. Si Dawlish lui avait tout transmis, c'était pour qu'il ne lui manque rien. Du moins, supposait-il.

-Qu'est-ce que c'est ? l'interrogea Marlene.

-Ce sont les premiers résultats d'analyse pour le cas de Remus Lupin.

Marlene lui tendit sa tasse de thé et il posa les documents un instant pour s'en saisir. Il se frotta encore les yeux et retint difficilement un bâillement.

-Et qu'est-ce que ça dit ? voulut-elle savoir.

-Hum, alors de ce que j'ai compris, pas grand-chose. Du moins, rien de nouveau. On en saura plus avec le rapport définitif qui devrait nous parvenir cet été. Dawlish s'assure de leur mettre la pression pour que les analyses soient poussées au maximum. On ne peut pas se contenter de savoir ce qu'il s'est passé, il nous faut également un nom. Cette magie laisse une trace suffisamment nette pour que ce soit possible, les recherches sont néanmoins longues. On sait que l'hôpital est déjà débordé, mais on n'a pas d'autre choix.

-Je comprends. Ce serait la première preuve formelle qu'on aurait contre lui.

Maugrey but quelques gorgées de son thé puis le posa sur la table basse. Marlene vint alors s'installer à côté de lui. Il lui jeta un coup d'œil et tenta de ne pas s'attarder sur sa tenue. Ce n'était qu'un pyjama de toute façon. Il faisait de plus en plus chaud la nuit et Maugrey n'avait pas pris la peine d'installer d'appareil magique de refroidissement. Il avait eu un petit ventilateur acheté à bas prix qui n'avait pas duré longtemps et il l'avait réparé tant de fois qu'il ne fonctionnait plus du tout aujourd'hui. À la base, le sorcier n'avait jamais eu l'intention de rester longtemps dans cet appartement. Mais ce pas longtemps s'était transformé en presque 5 ans.

Il ne déménageait pas seulement par manque de temps et par paresse. À quoi bon prendre quelque chose de plus grand et plus confortable ? Le châtain n'était presque jamais chez lui. Et quand il rentrait, il s'y sentait seul et n'avait pas envie de s'y attarder. Même si le bureau des Aurors était bruyant et parfois bordélique, c'était un environnement agréable pour Maugrey.

Chez lui, c'était un endroit pour dormir, se laver et se changer entre ses journées de travail. Sans le savoir, l'ancienne Serdaigle avait quelque peu bouleversé son quotidien. Le châtain n'aurait jamais deviné qu'après lui avoir montré les documents prouvant son immunité, Marlene et lui se reverraient. Surtout dans de telles conditions.

A cette époque, il avait une opinion plus que mauvaise de la jeune femme, la trouvant aussi lâche qu'idiote de gâcher ainsi ses capacités. Quant à elle, il était évident qu'elle devait le détester de tout son être. Il l'avait tant harcelée qu'il l'avait épuisée mentalement. Aujourd'hui pourtant, elle l'aidait. Elle avait fait le choix de mettre sa vie paisible de côté pour apporter sa participation à l'arrestation de Jedusor. L'ancienne Serdaigle le faisait pour ses amis morts à Poudlard et toutes les autres victimes des manigances du psychomage. Mais aussi pour elle. Être manipulée par Jedusor, le savoir et ne pas réussir à déjouer ses plans, c'était dur.

Marlene devait penser qu'avec son témoignage livré en échange de l'immunité, les informations qu'ils réunissaient pour découvrir les véritables plans de Jedusor et le confronter, ainsi que les analyses faites sur Remus Lupin qui incrimineraient forcément l'adulte, ce serait fini pour lui. Maugrey espérait que ce soit exact et il ferait tout pour.

Malgré tout, Marlene ne savait pas que Dawlish et lui n'avaient jamais transmis son témoignage au bureau. Vu la manière dont ils l'avaient obtenu, s'il y avait un procès, celui-ci serait irrecevable. Sauf si la jeune femme acceptait de parler de nouveau, et ceci sans aucune contrepartie. Si cela devait arriver, alors l'ancienne Serdaigle écoperait d'années de prison, c'était certain.

Maugrey l'appréciait maintenant et il voulait lui épargner cela. Il ne voulait pas non plus qu'elle découvre qu'il avait menti. Étonnamment, il ne voulait pas la décevoir. Il était cependant conscient qu'en la laissant dans l'ignorance, il nourrissait sa solitude. En effet, persuadée que ses amies la détestaient pour le rôle actif qu'elle avait joué dans l'évasion des prisonniers d'Azkaban, Marlene avait décidé de couper tout contact avec eux pour ne pas subir leur haine.

La sorcière ne le disait pas, mais ses proches lui manquaient terriblement. Elle ne sortait pratiquement jamais et Maugrey était la seule personne qu'elle côtoyait depuis des jours. L'Auror n'était pas ignorant. Il savait comment il était et qu'il donnait bien des difficultés à sa colocataire.

N'était-il pas le seul gagnant dans cette histoire ? S'il avait changé d'avis sur la jeune femme, l'inverse était-il vrai ?

-Un problème ?

Maugrey se rendit compte qu'il l'avait regardé bêtement tout ce temps. Il souffla et posa ses pieds sur la table basse pour être plus à l'aise.

-As-tu pu avancer sur l'arbre généalogique de Jedusor ?

-Pas mal oui ! répondit-elle, assez fière d'elle.

Elle but un peu puis se tourna vers lui.

-Son père était un moldu et vivait avec ses parents Thomas et Mary à Little Hangleton. Ils possédaient le luxueux manoir des "Jeuxdu sort". C'étaient des moldus sans histoires, je n'ai pas plus d'informations sur eux. La mère de Tom Jedusor, Merope Gaunt, s'est éprise du fils de Thomas et Mary. Malheureusement, ce n'était pas réciproque. À la base, Tom Jedusor Sr était promis à quelqu'un d'autre. Pourtant, un beau jour, il a rompu ses fiançailles pour vivre le parfait amour avec Merope Gaunt. Enfin, grâce à Hugo Leroy, on sait que ce n'était pas vraiment le cas. J'ignore à partir de quand la mère de Jedusor a commencé à lui donner le philtre d'amour, probablement dès qu'elle a compris que ses sentiments ne seraient jamais réciproques.

L'ancienne Serdaigle s'arrêta, pensant à cette femme désespérée qui avait commis l'impensable. Elle avait préféré de faux sentiments, un amour trompeur, plutôt que rien du tout. Qu'avait-elle bien pu ressentir en affrontant chaque jour le mépris ou l'ignorance de l'homme qu'elle aimait éperdument ? A quel point pouvait-on être désespérer pour agir ainsi ? Mais surtout, pouvait-on réellement parler d'amour dans le cas de Merope Gaunt ?

-Merope Gaunt est vite tombée enceinte, continua-t-elle. C'est à peu près à ce moment-là que Jedusor Sr a rompu tout lien avec elle. Sans le philtre d'amour, il n'avait plus de raison d'être à ses côtés. J'ignore si c'était une bonne personne ou non, mais son histoire me fait de la peine. Se faire quitter alors qu'elle était enceinte, au chagrin d'amour s'est ajouté la peur et la honte d'élever un enfant seule. Elle était obsédée par lui, elle était seule et a cherché à fonder sa propre famille. C'est vrai qu'elle a tenté de manipuler les sentiments de cet homme… Elle a manqué de lucidité sur ce coup-là. Le pire, c'est que je pense que si l'histoire s'était finie autrement, elle n'aurait peut-être jamais eu de regret. Donner un philtre d'amour reste un acte impardonnable. Pourtant…

La jeune femme soupira.

-Pourtant, je ne peux m'empêcher de la voir davantage comme une personne instable mentalement que comme une criminelle ou une mauvaise personne…

Maugrey hocha la tête. Il pouvait comprendre le point de vue de l'ancienne Serdaigle, mais selon lui, elle ne pensait pas de la bonne façon.

-Malheureusement, elle s'est mise toute seule dans cette situation, lui fit-il remarquer. Même si Jedusor Sr a abandonné un enfant innocent dans l'histoire, honnêtement, la plupart des hommes auraient fait pareil. Tout comme il est difficile pour une femme d'élever ou de choisir de faire adopter un enfant né d'un viol, la situation n'est pas bien différente. Merope a fait fi des sentiments de l'homme qu'elle aimait, elle lui a enlevé tout libre arbitre. Si on allait même plus loin, on pourrait dire qu'elle lui a imposé une vie conjugale qu'il ne désirait pas. Elle lui a fait un bébé contre son consentement. Il avait une fiancée, une vie qui lui allait. Elle aurait pu le garder sous philtre pendant longtemps encore, je ne pense pas que ses sentiments à son égard auraient changé.

Maugrey vit dans le regard et dans la gestuelle de la jeune femme qu'elle comprenait son point de vue, qu'elle ne lui donnait pas tort.

-Peut-être que c'est parce que je suis une femme et que c'en était une, j'éprouve plus de peine que de dégout pour ses actions, souffla-t-elle.

Marlene resserra ses doigts sur sa tasse encore chaude.

-Quand je pense à son histoire, je retiens surtout sa peine et le désespoir dans lequel elle était pour avoir fait quelque chose de si horrible. Elle devait souffrir d'une maladie mentale qui l'empêchait d'avoir un raisonnement clair.

Cette tolérance que l'ancienne Serdaigle éprouvait pour Meraupe Gaunt n'était pas un fait exceptionnel. Depuis qu'il était Auror, Maugrey avait déjà vu à plusieurs reprises la justice ou même l'opinion publique faire preuve de fébrilité au moment de punir des criminels, se montrant plus clément qu'ils n'auraient dû l'être. Cela arrivait pour plusieurs raisons. La première parce que la personne en attente d'un jugement avait des circonstances atténuantes, pouvait avoir un lourd passif, ce qui le rendait touchant. On voyait surtout cela dans les affaires de meurtre avec des histoires de violence conjugale entre la victime et la meurtrière. Dans ces situations-là, jusqu'à l'appellation de victime et meurtrière, il y avait quelques débats auprès de la population sorcière. Le dernier cas était ces coupables trop parfaits, trop intelligents, qui paraissaient trop innocents ou qui possédaient une beauté à couper le souffle. Cela n'aurait pas dû arriver, mais c'était le cas. Même la justice pouvait faillir quand le diable faisait preuve de glamour.

-Dans les cas comme ça, il ne faut retenir que les faits. Prendre les fautifs en pitié, c'est déjà bafouer la peine des victimes, pointa-t-il alors.

-C'est sûr…

Marlene le regarda longuement avant de reprendre la parole, mal à l'aise.

-Maintenant je me sens un peu nulle d'avoir eu de la peine pour elle… Quand j'y pense, c'est vrai que si la situation avait été inversée, je n'aurais probablement pas pensé ainsi. Je le reconnais. Probablement parce que j'ai plus connu de situations où c'était l'homme qui avait le pouvoir sur la femme.

-Ca ne fait pas longtemps que je suis dans le métier, mais j'ai déjà connu beaucoup d'affaires de ce type, continua Maugrey. En tant qu'Auror, on est souvent confronté à la misère des gens, à leur souffrance et à des actes si immoraux qu'on ne peut s'empêcher de tenter de trouver des explications parfois farfelues dans le seul but de comprendre. C'est une erreur car ce n'est pas notre rôle. Il faut savoir se préserver et ne pas s'impliquer émotionnellement. Parfois, une personne va faire quelque chose d'impardonnable et de si odieux que ce sera difficile à accepter, de savoir qu'un être humain ait pu tomber aussi bas. Ce ne sera pas forcément parce qu'elle aura eu une enfance difficile, qu'elle aura été trahie, qu'elle avait de bonnes intentions au début et que la situation lui a échappé. La plupart du temps, il faut juste regarder la vérité en face. Certaines personnes sont des monstres et agissent comme tels. Je ne sais pas si la mère du psychomage en était un, je ne sais pas non plus si Jedusor Sr en était un. Je sais simplement que Merope Gaunt a fait quelque chose d'impardonnable. Je pense qu'au fond, Tom Jedusor en a conscience. Même s'il en voulait à son père de l'avoir abandonné, il devait savoir que, tout comme lui, Jedusor Sr n'était qu'une victime.

-C'est probablement pour cette raison qu'il a renoncé à aller le voir. Si Hugo Leroy a pu le trouver, on peut imaginer que Jedusor en est capable.

Marlene soupira. Au fil de la discussion, Maugrey et elle s'étaient éloignés du sujet de départ. Leur rôle, comme l'avait souligné l'Auror, n'était pas de juger les actes commis par la famille Jedusor, mais bien de réunir le plus d'information possible pour comprendre le psychomage et tenter de savoir quel était son but.

Maugrey suivait visiblement le même cheminement de pensée que la jeune femme car il décida de revenir au sujet principal qui était d'en apprendre plus sur le passé de Jedusor.

-Jusque-là, c'est similaire à ce que nous a dit Hugo, marmonna le plus vieux.

Il espérait que la jeune femme possède d'autres informations et Marlene lui jeta un petit regard avant de reprendre.

-En cherchant à en savoir plus sur Mérope, j'ai compris que c'était une femme fragile au passé difficile. Elle vivait avec son père et ses frères dans une maison vétuste. Sa famille a fini en prison, mais je n'ai pas trouvé les raisons de leur emprisonnement. Après ça, livrée à elle-même, elle a fini par céder à son obsession pour Jedusor Sr et lui a donné le philtre d'amour. Pendant un temps, elle a probablement été heureuse. L'amour fait oublier tous les maux, dit-on, sourit-elle tristement. Enfin bon, ça n'a pas bien fini. A la fin, elle n'avait plus rien. J'ai trouvé quelques traces de séjours en hôpital psychiatrique. Après avoir donné naissance à son fils, elle est morte. Je n'ai pas trouvé la cause, mais ce serait naturel. Comme on le soupçonnait, la famille Gaunt est bien des descendants de Salazard Serpentard. Si on ne sait rien du potentiel magique de Mérope, son père savait parler fourchelang.

Maugrey en resta bouche bée. Il était impressionné par le travail de la jeune femme. Il l'avait vu potasser pendant des jours et lire une tonne de documentation. Elle avait eu toujours plus de papiers à demander au registre des familles à Dawlish. Si au début son collègue et mentor avait été étonné du retour de la jeune femme en Grande Bretagne, il avait ensuite été heureux d'avoir une main d'œuvre supplémentaire pour les aider à arrêter le psychomage.

Marlene avait commencé son récit tranquillement pour mieux le surprendre et elle était visiblement heureuse de lui avoir cloué le bec.

-Alors, tu n'as rien à me dire ? le taquina-t-elle.

L'ancienne Serdaigle savait qu'il était avare en compliment et voulait lui faire admettre qu'elle avait fait un superbe travail.

-C'est bien joué. Je suis impressionné, qui aurait cru que tu aurais autant de qualités ? lâcha-t-il en la fixant.

Marlene cligna des yeux, surprise. Et devant le soudain mutisme de l'Auror, elle se sentit troublée et prit conscience à quel point ils étaient proches physiquement. C'était la première fois qu'ils se posaient ensemble autant de temps et discutaient calmement. Elle se racla la gorge et se réinstalla correctement.

-Il est impossible de dire de quel trouble psychologique souffrait Mérope ni si c'était ou non héréditaire. En revanche, il est certain que Tom Jedusor a souffert de son enfance et de l'ignorance de ses origines.

-On peut supposer qu'il a de la tristesse et de la colère à cause de son abandon. La fierté de ses origines a tout effacé et tout comme son ancêtre, il se pense capable d'accomplir de grandes choses, compléta Maugrey.

Marlene acquiesça. Ils restèrent ensuite silencieux quelques secondes et puis, mal à l'aise, la jeune femme le laissa reprendre la lecture des documents médicaux.

xXx

Erd appréciait Regulus Black, même avant d'être mordu. Il avait beaucoup d'admiration pour le Serpentard. Il venait d'une grande famille fortunée de Sang-Pur, était intelligent et travailleur. Et surtout, c'était un excellent attrapeur. Il semblait plutôt froid et arrogant au premier abord, mais il n'avait jamais été méchant avec personne et ne se mêlait pas des histoires des autres. Il avait des valeurs et ne cherchait pas à se changer pour plaire aux autres, c'était une qualité assez rare. L'adolescent n'aurait jamais imaginé qu'il fasse partie des rares personnes à le considérer encore comme un sorcier à part entière et non comme un mutant à Poudlard, et plus précisément chez les Serpentard. Ils n'avaient jamais échangé un mot avant l'attaque après tout.

C'était comme Peter Pettigrow. Le Gryffondor n'avait jamais eu bonne réputation et avait souffert de harcèlement. Le blond avait eu de nombreux défauts mais quoi qu'il en soit, Erd continuerait à penser à vie que c'était une bonne personne, qu'il avait un bon fond. Peter Pettigrow lui avait sauvé la vie en décidant d'affronter Greyback. Et pour ça, il lui serait éternellement reconnaissant. Il aurait une bonne image de lui toute sa vie, peu importe qu'il n'ait pas été aussi bon qu'il pensait.

Il y avait ceux envers qui il n'aurait jamais pensé nourrir autant d'admiration et de sympathie, et puis il y avait ceux qui étaient supposés avoir de la prestance, être des modèles, et qui étaient en fait des êtres dangereux.

Evan Rosier était un bon exemple. Erd l'avait toujours regardé de loin sans oser lui parler. Il avait beau être son ainé chez les Serpentard, il l'avait senti différent, jouant aux faux gentils. Mais il y en avait d'autres comme lui, des personnes qui faisaient semblant constamment, cachant leur vraie nature. Depuis qu'il avait été mordu, le 2ème année arrivait à sentir plus de choses, notamment des odeurs particulières. Il lui avait fallu du temps pour comprendre qu'il s'agissait d'émotion. Erd avait réussi à les comprendre. C'était une faculté assez étrange mais il était un être spécial, pas la moitié d'un loup-garou, mais plus un sorcier non plus.

Il espérait pouvoir parler de ses capacités à la spécialiste des loups-garous. Malgré sa crainte, le 2ème année avait décidé d'aller avec elle cet été dans un village de loups-garous. Il avait envie d'en apprendre plus sur ce qu'il était devenu. Il était évident que le monde sorcier ne voulait plus de lui alors il espérait que les loups-garous seraient plus accueillants.

Pendant la semaine de pause, l'école lui avait payé une chambre dans un hôtel. L'école étant fermée, il avait été impossible à Erd de rester. Le 2ème année s'était senti gêné du geste de l'école. Mais c'était son quotidien à présent, accepter l'aide et la charité des autres. Il ne pouvait se permettre de se montrer trop fier et de refuser l'aide qu'on lui proposait. Avec la spécialiste des loups-garous, Regulus était certainement la personne à qui il devait le plus.

Il l'appréciait beaucoup et espérait qu'ils garderaient contact même après son départ de Poudlard. Mais pour ce faire, il devait être sincère avec lui. Cela faisait un moment que Erd y pensait et c'était devenu encore plus clair depuis qu'il avait appris à comprendre ce qu'il ressentait, ces émotions et ces odeurs qu'il associait aux sorciers.

Le 2ème année considérait Regulus comme un ami alors il devait être sincère avec lui. Il réfléchissait à la manière de lui parler depuis la semaine de coupure de Poudlard. Il n'avait pas vraiment trouvé de manière d'annoncer ça. Il s'agissait tout de même de son frère et peut-être pourrait-il mal le prendre.

Mais Erd était décidé. Cela ne ferait pas plaisir au Serpentard, mais il avait le droit de savoir que quelque chose n'allait pas avec Sirius Black.

Prenant son courage à deux mains, Erd se dirigea vers la salle commune des Serpentard. Il devait le faire aujourd'hui avant qu'une fois de plus, les doutes ne le rattrapent. Il ignorait encore comment faire part de ses inquiétudes à Regulus. La seule chose qu'il avait en tête pour l'instant était de réussir à l'approcher. Vu l'heure et commençant à connaitre un peu les habitudes du Serpentard, il devait se trouver dans la salle commune des verts et argent. Erd aussi était un Serpentard alors il connaissait le mot de passe pour entrer. À une période, cette maison avait aussi été la sienne. Mais dès qu'il mit un pied à l'intérieur de la pièce, les élèves présents le dévisagèrent. Il se sentit alors rougir d'embarras et de stress. Des souvenirs douloureux lui revinrent en mémoire, mais plus que tout, il sentait qu'il n'était pas le bienvenu. L'adolescent resta bêtement immobile quelques secondes avant que Regulus ne le découvre, surpris. Erd était content que le 6ème année soit là. Figé par la peur, il n'avait pas osé bouger.

-Tu voulais me voir ? lui demanda Regulus qui ne voyait pas d'autre raison pour laquelle le 2ème année soit là.

Erd acquiesça et Regulus lui indiqua de le suivre. Le 2ème année marcha derrière lui et se rendit compte au bout de quelques mètres qu'il retournait dans son propre dortoir. Une fois là-bas, il put retrouver son calme et se sentit nettement mieux. C'était trop tôt pour lui de se retrouver dans ce genre de situation, il n'était pas prêt pour croiser de nouveau les camarades qui l'avaient repoussé. La prochaine fois qu'il voudrait parler à son ami, il lui enverrait une lettre.

-Qu'est-ce qu'il se passe ? s'inquiéta Regulus.

-C'est…

Comment pouvait-il lui annoncer ça ?

-C'est ton frère, Sirius… Il est bizarre, il dégage une mauvaise odeur, avoua-t-il subitement.

Regulus haussa un sourcil.

-Il sent mauvais ? Tu es sûr ? Je suis pratiquement sûr qu'il se lave régulièrement.

-Non, ce n'est pas son odeur corporelle… C'est ce qu'il… dégage ?

-Tu m'avais déjà dit quelque chose de similaire la dernière fois, souffla le 6ème année. Est-ce que tu as remarqué quelque chose de différent chez mon frère ?

Erd se tritura les doigts, mal à l'aise.

-Depuis l'attaque, j'ai développé certains de mes sens comme l'odorat ou l'ouïe, expliqua-t-il. C'était bizarre à comprendre au début, mais maintenant j'arrive à faire le tri dans mes découvertes. Sirius Black dégage une odeur unique, une odeur insupportable. Il sent affreusement mauvais, bredouilla Erd.

Regulus fronça les sourcils et s'appuya sur le bureau du plus jeune.

-Il sent la mort, révéla le 2ème année.

Regulus cligna des yeux et sentit son sa respiration se troubler.

-Comment ça ?

-Je ne sais pas comment l'expliquer. Il a juste l'odeur d'un cadavre, souffla Erd.

Le 2ème année ne savait pas quoi ajouter d'autre. Il voyait bien que Regulus était sous le choc. Au moins ne remettait-il pas sa parole en doute. Regulus resta silencieux un long moment, plongé dans ses réflexions, dans ses doutes. Erd quant à lui n'osait pas bouger ni ajouter quoi que ce soit d'autre. Il avait été honnête et avait alerté son ami sur un évènement étrange qui ne pouvait pas être anodin. Le 2ème année avait beau ne pas encore totalement comprendre ce qui lui arrivait ni les changements suite à sa transformation, il était persuadé qu'une personne qui se baladait avec une puanteur pareille ne pouvait pas être une bonne chose.

Peut-être que Sirius était malade. Peut-être que si on ne faisait rien, il allait mourir. L'adolescent ne voulait pas avoir un fait si tragique sur la conscience. Si parler pouvait permettre au Gryffondor d'être pris en charge suffisamment tôt et ainsi lui donner plus de chance de s'en sortir, il devait le faire.

Erd préférait se tromper plutôt que de passer à côté d'un danger imminent. S'il ne connaissait pas bien Sirius et était mal à l'aise en sa présence, le Serpentard avait plutôt une bonne image de lui. Il le considérait comme une bonne personne en plus d'être un sorcier talentueux.

L'adolescent se risqua de nouveau à jeter un coup d'œil à son ainé. Regulus se massait le front avec lassitude et fatigue. Son regard était à la fois troublé et inquiet. À l'heure actuelle, il devait se faire des nœuds au cerveau pour tenter de comprendre ce qui arrivait à son frère.

-Je ne suis pas sûr de comprendre, soupira-t-il au bout d'un moment. Depuis quand as-tu cette faculté ? Depuis l'attaque ou c'est récent ?

Erd réfléchit à la réponse.

-Ça ne fait pas plus de quelques semaines. C'est assez léger alors je n'ai pas fait attention au début. Pour ton frère, c'est la même chose. Son odeur m'avait déjà chatouillé le nez auparavant, mais je pensais simplement que je ne supportais pas son parfum. Mais ça a empiré récemment et c'est à partir de là que j'ai pu clairement identifier l'odeur.

-A quoi cela pourrait-il correspondre ? Une odeur de mort, rien que l'appellation est glaçante ! lui fit remarquer Regulus.

-Je ne sais pas, répondit honnêtement le plus jeune. Je me suis dit que peut-être, il était malade.

Regulus fronça les sourcils.

-Peut-être, rien n'est sûr…

C'était bien ça le problème. À présent, il ne restait plus qu'au 6ème année à chercher exactement ce qu'il se passait avec son frère.

xXx

C'était la première fois que Severus était au château sans Lily. Ils avaient toujours été ensemble et ne plus la voir rendait le Serpentard assez triste. Le brun avait toujours été avec son amie, ou au moins avait-il pu l'observer de loin lorsque celle-ci avait entamé une relation avec James. Cela l'avait toujours rassuré, réconforté en quelque sorte. Mais étrangement, c'était depuis qu'ils s'étaient éloignés que leur couple allait enfin mieux. Pas parce qu'ils ne se supportaient plus, mais bien parce que Lily avait obtenu l'espace et le soutien qu'elle recherchait tant après l'attaque de Poudlard.

Ne plus être à Poudlard lui faisait le plus grand bien. Entourée de sa famille, elle prenait enfin le temps de penser à elle, de se remettre et de profiter de cette seconde chance qu'elle s'estimait avoir. Elle n'avait plus à se préoccuper de ce qu'elle ferait l'année prochaine. Ni où était sa place. Avec les moldus ou parmi les sorciers ? S'enlever ces idées de la tête lui avait allégé les épaules. Elle écrivait quotidiennement à Severus et toutes ses lettres étaient joyeuses et légères. Severus ne s'était jamais senti aussi heureux.

Son histoire avec Lily était loin d'être finie. Au contraire, elle connaissait un second souffle et était amenée à durer longtemps. Il en avait la conviction. Il savait pourtant qu'en passant tout à Lily et en ne la bousculant pas, il ne lui avait pas rendu service. Mais il n'était qu'un jeune homme de 18 ans ignorant comment aider une personne atteinte de stress post-traumatique à qui un Basilic avait bousillé la jambe. Il avait fait comme il avait pu et le plus important, c'est que même quand ça avait été dur, il l'avait toujours aimé. Lily le savait et elle était consciente de la chance qu'elle avait. Même si le Serpentard s'estimait quand même être le plus chanceux des deux.

Tout s'arrangeait pour lui. Avec Lily, tout allait bien et il savait que la distance ne les séparerait pas. Il avait travaillé d'arrache-pied et était sûr qu'il avait les capacités nécessaires pour obtenir d'excellents résultats à ses Aspics. Severus échangeait de manière occasionnelle avec son maitre d'apprentissage pour les informations complémentaires quant à son début de stage et les autres modalités. Le brun avait plus de temps pour penser à lui depuis qu'il avait coupé les ponts avec toutes les personnes toxiques de son entourage. Avec Pamela, ils se soutenaient à Poudlard et c'était agréable d'avoir un véritable ami.

Le Serpentard n'avait pas de nouvelle de son père, mais il s'en fichait. Il avait choisi de continuer sans lui et celui-ci ne semblait pas vouloir faire quelque chose de sa vie, ni tenter de ne pas le perdre.

En vérité, Severus n'avait qu'un seul regret. Regulus. Il se demandait depuis quand était-il devenu si fier qu'il n'osait pas aller parler à la seule personne qui avait plus fait pour lui en un an à peine que n'importe qui d'autre.

Il ne savait pas si c'était vraiment par égo, par lâcheté ou par amitié justement. Regulus vivait sa vie de son côté, avait ses propres aventures, et le 7ème année était souvent dépassé. Il était plus fort qu'il n'y paraissait. Avait-il vraiment besoin de lui ? Pendant longtemps, Severus avait cru que c'était Regulus qui avait besoin de son ainé, mais n'avait-il pas été dans l'erreur pendant tout ce temps ?

Il n'était sûr de rien. Néanmoins, il devrait rapidement faire un choix. Après Poudlard, il lui serait encore plus difficile d'aller le voir, de tenter de retrouver son amitié.

Severus soupira en rangeant son manuel de potion. Cela faisait des heures qu'il tentait de se concentrer en vain. Il était fatigué d'avoir révisé toute la journée. À quoi bon ? Il était temps d'admettre qu'il avait tant travaillé qu'il ne pouvait plus tenir un seul livre dans ses mains, et ce pour plusieurs mois. Le 7ème année quitta la salle d'étude presque vide pour se rendre dans la Grande Salle. Dans moins d'un quart d'heure, le repas serait servi et après, il irait probablement jouer à des jeux de société avec Pamela pour se changer les idées.

Selon son humeur, il inviterait également Dorcas. La jeune femme se retrouvait bien seule depuis que Alice était morte. Marlene avait disparu et Frank, James et Lily avaient quitté Poudlard. Sirius semblait peu se soucier d'elle, mais rien d'étonnant à cela. Lily lui avait fait promettre de veiller sur sa meilleure amie. Ce n'était pas le fort du Serpentard, mais il allait faire de son mieux, surtout que Dorcas était une fille sympa et intelligente. C'était triste de la voir si seule alors qu'elle avait toujours été si entourée. Mais même si elle ne manquait pas d'amis, elle était effacée, esseulée depuis la mort de Peter.

Severus s'installa à côté des deux jeunes femmes qui s'étaient justement assises côte à côte et observa la table vide.

-Le château fait si triste maintenant. J'ai l'impression que l'époque où je suis arrivée ici des étoiles dans les yeux remonte à tellement longtemps. Je suis un peu désolée de voir ce qu'il est devenu, soupira Pamela.

-Personne au ministère ne veut le dire, même les professeurs j'ai l'impression, mais les prisonniers ont réussi leur coup, qu'importe ce que c'était. Le mal est déjà fait et il faudra un moment pour réparer ça, approuva Dorcas.

-Ce n'est pas notre problème, répondit Severus.

Se rendant compte qu'il avait sans doute été un peu dur dans ses propos, il tenta de les nuancer.

-Je veux dire, c'est dommage car pour nous tous, cette école est un emblème, mais ce n'est pas un poids que nous devons porter. Nous sommes de simples élèves et le mieux que nous puissions faire est de nous concentrer sur notre propre vie et le fait d'avoir un avenir malgré ce qui nous est arrivé.

-Tu n'as pas tort, même si je trouve ça un peu rude, admit Pamela.

-Si seulement c'était aussi si facile, soupira Dorcas. Quand tout nous rappelle ce jour, c'est dur d'avancer.

La blonde et le Serpentard sentirent l'émotion dans la voix de la Gryffondor. Dorcas allait de plus en plus mal et malheureusement, ils n'étaient pas les plus qualifiés pour la réconforter. Avant qu'ils ne puissent dire quoi que ce soit, il y eut du bruit dans la salle et comme plusieurs semaines auparavant, des papiers tombèrent par centaines sur les tables, suffisamment lentement cependant pour être réceptionnés sans mal par les élèves.

Severus et Dorcas échangèrent un regard surpris. Le Serpentard entendit alors son amie souffler et prendre un des papiers avec une émotion mal contenue.

-Encore cette histoire de magazine ? demanda Severus.

-Oui. Enfin, cette fois-ci, c'est différent, murmura Pamela.

Dorcas et Severus ne se firent pas prier pour lire les extraits qu'ils avaient en leur possession.

Il s'agissait du récit de ce qu'avait vécu la Serdaigle. La nuit d'horreur n'était qu'évoquée, et le plus gros de l'histoire parlait de ses sentiments, de la suite de son combat pour se faire entendre. On parlait beaucoup du procès, des manigances de Nott et de son indécence. À plusieurs reprises, il était mentionné que le Serpentard avait refusé de se soumettre au Véritasérum.

Severus était troublé. Il ignorait que son amie avait parlé au magazine Harry. Il lui jeta un coup d'œil. Après avoir laissé échapper son émotion à l'arrivée des papiers, à présent, son expression était plus neutre.

-Je n'attends rien de Nott, ni même du miracle promis par Harry, souffla-t-elle en sentant son regard. Je pense que j'avais besoin de raconter ma version. Ça fait un moment que tout le monde est au courant, mais pas grâce à moi. Et surtout pas la vraie histoire. J'entends des rumeurs et des jugements partout et tout le temps. Je pense que pour tourner définitivement la page sur ce qui s'est passé, j'avais besoin de dire ma vérité. Même si rien ne pourra réparer ce qu'il s'est passé, j'aurais au moins le sentiment d'avoir fait tout ce que je pouvais faire. À présent, ce n'est plus moi qui ai les cartes en main. Je vais pouvoir me consacrer à moi et au bonheur auquel j'aspire, sourit-elle ensuite.

-Tu es vraiment une personne formidable, Pamela. Dire que tout le monde te juge si mal. J'étais pareil avant et je suis contente qu'on ait pu se rapprocher, tu m'as appris beaucoup de choses sur moi-même et sur les autres, répondit Dorcas.

Severus regarda de nouveau l'extrait. Lui aussi était impressionné. Il ne savait pas si ça allait changer quoi que ce soit car Nott avait gagné son procès, mais au moins, comme l'avait souligné Pamela, elle avait pu rétablir la vérité.

Le Serpentard tourna la page et tomba sur un autre extrait du prochain numéro de Harry. Cette fois-ci, il s'agissait d'un témoignage anonyme concernant Rosier. Il ignorait s'il s'agissait du même genre d'accusation et était curieux de savoir qui pouvait oser s'attaquer à la mémoire de l'ancien héritier de cette fortunée famille de Sang-Pur.

Contrairement au témoignage de Pamela, celui-ci était entièrement à la première personne. Cela lui donnait quelque chose de plus poignant, de plus dur. Au bout de quelques secondes de lecture, Severus eut une sensation bizarre.

Il releva la tête et chercha Regulus du regard. Il était assis plus loin avec Barty, le visage blême et les mains tremblantes. Le 5ème année tentait de lui parler, mais il ne semblait ne rien entendre, ne plus rien voir. C'est alors que Severus comprit.

C'était lui qui parlait de Rosier. C'était lui qui évoquait enfin tout ce que ce monstre lui avait fait. Mais l'avait-il vraiment choisi car Regulus ne semblait pas prêt à affronter les conséquences de ses actes. À le regarder, on aurait dit que le ciel lui était tombé sur la tête.

xXx

-Ressaisis-toi, lui souffla Barty.

Regulus acquiesça et fit de son mieux pour se lever lentement. Il ne devait pas attirer l'attention sur lui. Sa priorité était de quitter la Grande Salle, d'aller dans n'importe quelle pièce où il pourrait être tranquille, de s'enfermer, puis de pleurer.

Comment James avait-il pu lui faire ça ?

Regulus ferma les yeux un instant et sentit les larmes prêtes à jaillir. Il fit de son mieux pour les refouler mais le sol tangua sous ses pieds et il sentit une boule se former dans sa gorge. Un pas après l'autre, il tenta d'avancer.

Il cogna dans la chaise de quelqu'un, son esprit embrumé. Il ne savait plus ce qu'il faisait.

-Est-ce que ça va ? lui demanda quelqu'un.

-C'est bon, il fait de l'anémie c'est tout, répondit Barty.

Le 5ème année lui prit le bras et l'obligea à avancer plus vite. Regulus se laissa faire, heureux de ne pas avoir à réfléchir. À cet instant, il aurait tout donné pour oublier, arrêter le temps, ou même ne plus respirer. Il se sentait trahi et misérable.

Le Serpentard sentit un haut-le-cœur le saisir et il s'arrêta pour mettre sa main devant sa bouche. La nausée passa, mais il n'était pas sûr qu'elle ne revienne pas. Il n'avait plus la force d'avancer. C'est ce qu'il avait fait toute sa vie durant. Il avait continué à marcher sur ses douleurs, ses cadavres et ses démons sur le chemin de sa vie en pensant qu'une fois dépassés, il n'aurait plus jamais à les voir, qu'il pourrait oublier. Il se souvenait de tout, absolument tout.

Il se souvenait que ses parents l'avaient rejeté et ne s'étaient jamais intéressé à lui avant que Sirius ne devienne une déception.

Il se souvenait de sa mère qui avait honte de lui parce qu'elle avait compris bien avant lui qu'il était différent.

Il se souvenait de ses cousines et surtout de Bellatrix qui avait fait de lui son souffre-douleur dans sa jeunesse.

Il se souvenait de cet instituteur prétendument Cracmol qui avait détruit son frère.

Il se souvenait de son frère qui avait changé et qui, après son entrée à Poudlard, l'avait considéré comme un ennemi.

Il se souvenait de sa solitude perpétuelle au Square Grimmaurd et de sa décision de plaire à ses parents pour qu'au moins, quelqu'un sur cette terre continue à l'aimer.

Il se souvenait de Poudlard et de ses deux premières années horribles où les Serpentard lui avaient fait payer la soi-disant trahison de son ainé.

Il se souvenait de ces moments où son elfe de maison était son seul ami.

Il se souvenait de la découverte de son homosexualité, de son amour pour l'inaccessible James Potter.

Il se souvenait de Evan Rosier et de ses murmures démoniaques, de ses attouchements et de son envie d'en faire son pantin.

Il se souvenait de la cruauté de Jedusor et des horreurs qu'il avait vues.

Il se souvenait des jours heureux avec Padfoot et ressentait avec encore plus de tristesse et de désespoir en son absence.

Et il se souviendrait de ce jour comme un jour de plus à son quotidien sombre.

-Il faut que tu tiennes encore un peu, le conjura Barty. Et s'il te plait, ne me vomis pas dessus ou sinon je te laisse te démerder tout seul.

Regulus acquiesça encore.

Il suivit le mouvement quand celui qu'il commençait à appeler son ami se remit à marcher. Ils sortirent de la Grand Salle mais le 5ème année s'arrêta soudain et tourna la tête vers une personne qui venait vers eux. Regulus reconnut alors le visage de Severus.

-Je n'ai pas besoin de toi et lui non plus, râla Barty.

-Ce n'est pas à toi que je veux parler, s'agaça le Serpentard.

-Tu ne lui parles plus depuis des semaines et tu penses que tu peux revenir comme ça ?!

-Je n'ai aucune leçon à recevoir d'un avorton !

Regulus sentit Severus prendre place à ses côtés et l'entrainer malgré les protestations du 5ème année. Une fois de plus, il ne dit rien. A un moment, on lui permit de s'asseoir. Ses larmes coulaient déjà depuis un moment mais il s'en fichait. Il mit sa tête contre ses genoux pour se cacher et y enfouit sa tête comme pour se protéger.

-Je sais ce que je fais, grinça encore la voix de Severus.

-Moi aussi ! s'indigna Barty qui les avait suivis.

-Oh vraiment ? Alors pourquoi tu n'es pas déjà en train d'aller chercher son frère ?

Son frère ? Sirius allait venir ? Regulus repensa alors aux mots d'Erd. Sirius dégageait une odeur de mort et il n'avait pas envie de penser à ce que cela voulait dire. Il entendit Severus et Barty continuer à se prendre la tête puis le 5ème année quitta la pièce où ils s'étaient installés. Il se demandait bien pourquoi les deux Serpentard étaient incapables de s'entendre.

-L'extrait est sur ton histoire, pas vrai ? lui demanda maladroitement le 7ème année lorsque Barty fut parti.

Regulus n'osa pas le regarder et encore moins répondre directement.

-Tout-Tout-Tout le m-monde va finir par-par s-savoir, tenta-t-il de répondre au bout d'un moment. Ils v-vont me dé-dévisager et parler-parler de moi…

Regulus essaya de poursuivre mais il bégayait tant qu'il finit par se taire, essuyant rageusement ses larmes.

-Je suis désolé, soupira Severus en s'agenouillant devant lui. Je savais comment il était, mais je n'ai jamais rien fait… J'ignorais le réel cauchemar que tu vivais…

Regulus détourna le regard. Il ne voyait pas l'intérêt de répondre.

La porte s'ouvrit d'un coup et Sirius apparut, la respiration haletante et les cheveux en désordre. Quelques secondes plus tard, Barty fit de nouveau son apparition et tout le monde se jeta des regards indécis. Finalement, Sirius alla prendre son frère dans ses bras.

-Pourquoi il a fait ça ? sanglota Regulus contre lui.

-Je ne sais pas, fut tout ce qu'il put répondre.