Stiles ne savait pas s'il devait se sentir affolé ou soulagé de savoir que Derek, vraisemblablement l'instigateur de cette réunion, avait décidé de ne pas faire venir Scott. Si la chose lui parut étrange, son angoisse quant à la simple existence des évènements qui avaient mené à ce jour écrasa tout le reste. Il se rongeait les sangs… Et risquait bientôt de s'attaquer aux ongles tant il se sentait mal. Il avait cependant à cœur l'idée de se faire tout petit, le plus discret possible… Même s'il n'arrivait pas à s'imaginer autrement que comme coupable dans cette histoire, Stiles ne voulait pas attirer l'attention, braquer les projecteurs sur lui. Il avait peur… Non. Il était terrifié. Ne savait que faire, quoi penser. Avait-il seulement fait le bon choix en venant ici ? Qu'allait-on lui faire, lorsque l'on comprendrait qu'il était… Sans doute le responsable de cette décadence incontrôlable ? Stiles n'était pas contre l'idée d'assumer ses prétendus actes, bien au contraire. Il s'en sentait le devoir, parce que… Ces gens, c'était ses amis, sa deuxième famille. Des gens pour qui il avait sacrifié de nombreuses heures, ainsi que sa santé et pour qui il pourrait aller jusqu'à donner sa vie. Ce serait ridicule de lui demander à quel point il les aimait dans la mesure où il se sentait capable de tout leur offrir… Et qu'avait-il fait ?
Rien.
Si ce n'est les détruire de l'intérieur.
Pourtant, Stiles savait qu'il n'avait jamais voulu leur faire de mal de quelque manière que ce soit. Il ne comprenait d'ailleurs pas le moins du monde comment un tel emballement avait pu avoir lieu. Tout ce qu'il savait, c'est que cela venait de lui… Parce qu'il avait été le premier à ressentir l'envie, à l'expérimenter, aussi. Qu'y pouvait la meute s'il n'avait pas pu contrôler ses hormones ?
Stiles eut soudainement la tête qui tourna et s'il ressentit le besoin de s'assoir, il ne le fit pas. D'autres devaient en avoir davantage besoin et… Il ne voulait pas mettre les quelques personnes d'ores et déjà assises dans l'embarras en imposant sa présence proche. Car il avait bien remarqué la manière dont tout le monde se regardait sans tenter aucun rapprochement amical. Méfiance et peur régnaient. A cause de toi, susurra une petite voix perfide à l'intérieur de lui. L'humain mit ses mains dans ses poches, de sorte à y dissimuler les quelques tremblements légers qu'il n'arrivait pas à retenir. Quant au vertige qui le prenait, il l'ignora – ou du moins essaya. Bientôt, ce serait la nausée qui s'inviterait à la fête et Stiles savait qu'une fois ce stade atteint, il serait difficile de revenir en arrière… Ces derniers jours, il avait eu le temps et l'occasion de tester les différentes réactions de son corps aux traumatismes, alors qu'il semble se réveiller ici, au loft, ne le surprenait pas le moins du monde. Était-il foutu ? Probablement. Ce n'était qu'une question de temps avant que l'on ne perçoive l'odeur plus que nauséabonde qui devait d'ores et déjà émaner de lui.
Stiles ferma les yeux quelques secondes. Il se sentit… Malade, sale. Se fit l'effet d'une pourriture, au sens propre comme au sens figuré. Le traumatisme faisait plus que seulement le ronger : il habitait son corps et son esprit dans leur entier.
Alors l'envie de disparaître se fit plus intense… Plus forte que jamais. Seul au milieu de tous, bien que retranché dans son coin… Stiles se sentit atrocement vulnérable. Il tira sur ses manches, gêné que l'on puisse voir un carré de peau de trop et se frictionna doucement les bras, comme s'il avait froid, en priant pour que l'on ne fasse pas attention à lui. Stiles ne voulait pas que l'on pense qu'il se plaigne de quoi que ce soit, pas même de la fraîcheur toute relative du loft qui le faisait frissonner. Tu n'as pas le droit, ne cessa-t-il de se répéter.
- Je… Je dois t'avouer que je ne comprends pas, finit par articuler Lydia. Il s'est passé quelque chose, il était là… C'est notre alpha. Même s'il a ses défauts… On a besoin de lui.
Et Derek comprenait parfaitement ce point de vue – il le lui fit savoir par un hochement de tête. Ses yeux, une tempête trouble, passèrent sur chacun des membres de la meute présents… S'arrêtèrent une seconde de plus sur Stiles… Qui fit tout ce qui était en son pouvoir pour éviter de croiser ces prunelles d'ordinaire si dures, dans lesquelles se mêlaient à cet instant précis sérieux et inquiétude. Il avait conscience de son état, de celui des autres.
Mais Stiles… C'était différent. Plus fort, plus étrange – quoique ce dernier mot n'était pas juste. Derek se souvenait parfaitement du déroulé de cette soirée et de la raison pour laquelle il avait pris la décision de ne pas informer Scott de l'existence de cette réunion.
- Je ne suis pas certain qu'on puisse lui faire totalement confiance sur ce coup-là, avoua Derek alors que les souvenirs le hantaient.
Il revoyait ce regard sûr de lui, réentendait ces mots perfides… Et percevait encore la détresse de Stiles, laquelle avait réussi à le sortir suffisamment de sa torpeur pour rompre momentanément son étrange transe.
- Qu'est-ce que tu veux dire ? Intervint Isaac d'un air peu sûr de lui.
Et Derek se retrouva dans une impasse… Qu'il avait prévue. Bien sûr que l'on allait lui poser des questions quant à l'absence de l'alpha à cette réunion improvisée, bien sûr qu'il laisserait ses doutes émerger… Le loup-garou ne se voyait pas leur cacher cet état de fait, surtout si Scott pouvait représenter une quelconque menace. Néanmoins, Derek ne comptait pas faire l'étalage de tout ce qu'il savait, de ce à quoi il avait commencé à assister pour la simple et bonne raison que Stiles n'avait peut-être pas envie que cela se sache. Il s'agissait avant tout de ce qu'il avait vécu, de… Son intimité, en quelque sorte. Ainsi, il ne révèlerait rien sans son accord.
- Je ne l'ai pas vu dans le même état que nous, je pense… Qu'il n'est pas tout blanc dans cette histoire, consentit à avouer Derek.
- Peut-être que… Qu'on a tous réagi un peu différemment face à… Ce truc, fit Liam en esquissant un geste vague de la main.
Cette chose-à, il ne pouvait la nommer puisqu'il n'avait aucune idée de ce qu'elle était… Ou ce qu'elle devait plus largement être.
Derek secoua la tête. Il était certain du contraire. Scott ne lui avait pas semblé soumis à ces pulsions incontrôlables qui les avaient tous mis à terre, à se sauter les uns sur les autres jusqu'à l'épuisement.
- Scott n'a rien fait.
Ce filet de voix des plus faiblards en surprit plus d'un tant l'on s'attendait peu à l'entendre. Bien sûr que Stiles était du genre à parler, à faire entendre son point de vue concernant mille et un sujets. Or depuis qu'il était arrivé, il s'était fondu dans le décor avec une application certaine, fait tout petit comme s'il avait peur qu'on lui saute dessus. Bien sûr, certains avaient notifié son absence au lycée ces derniers jours mais… On avait choisi de ne pas lui poser la moindre question à ce sujet, histoire de ne pas le gêner outre mesure. Il semblait déjà au fond du trou… Alors on ne voulait pas l'y enfoncer davantage. Stiles n'était pas du genre à se confier lorsqu'il allait mal et ça, c'était quelque chose que chacun de ses amis, y compris les plus proches.
Mais l'entièreté de la meute reporta son attention sur lui, et pas seulement parce qu'il avait parlé et que ce filet de voix alarmait. Disons que les mots de Stiles étaient particuliers et laissaient entendre une vérité… Qui ne semblait connue que de lui. Or, tout le monde ici était d'accord pour se dire que l'évènement, le cauchemar avait été… Si soudain et incompréhensible qu'en trouver l'origine semblait véritablement difficile.
Alors le fait que Stiles laisse sous-entendre qu'il la connaissait avait de quoi surprendre. Tout en réfrénant le besoin de l'isoler pour essayer de lui parler et de discuter de ce dont ils étaient les deux seuls à être au courant, Derek lui fit signe de poursuivre. S'il savait quelque chose, s'il avait ne serait-ce que la moindre information… Cela ne pourrait rien faire de moins que d'aider la meute. Ce qu'il s'était passé ne devait absolument pas se reproduire : l'inverse pourrait précipiter la fin de leur groupe qui se retrouverait inévitablement vulnérable… La cible parfaite pour une autre meute montante en quête de pouvoir.
Et l'on vit Stiles, déjà blanc comme neige, pâlir davantage et river son regard au sol. Son odeur, retenue, explosa de façon putride aux narines lupines. Il peina à avaler sa salive et lâcha dans un souffle presque inaudible :
- Ce qu'il s'est passé, c'est de ma faute…
