Par un désastreux hasard, ils se retrouvaient à nouveau ensemble dans cette maison.
Les murs défraîchis, les meubles poussiéreux, les dernières affaires abandonnées les accueillirent dans un silence de mort. Tout était semblable à cette dernière soirée passée ensemble, et pourtant tout y était différent.
Cette petite bâtisse bâtie de plein pied avait vue grandir en son sein le couple le plus improbable de la dernière décennie.
Pour deux étudiants comme ils l'étaient à l'époque, cette habitation était le rendez-vous entre rêve et réalité. Ils l'aimaient, ils s'aimaient. Tout avait été parfait. Parfaitement parfait.
La vie cependant, n'avait pas apprécié toute cette harmonie et avait fracassé ce petit paradis jusqu'à le transformer en limbe.
Vingt ans plus tard, séparés depuis ce même nombre d'années, les deux exs les plus probables de la dernière décennie se sont retrouvés devant cette partie d'eux, oubliée et enfouie avec le temps.
À quarante ans, tout deux n'avaient pas refait leur vie. Ils avaient pinaillé de temps en temps, tentants désespérément de passer à autre chose. Rien de plus.
Le plus étonnant étant sûrement le fait que depuis ce soir-là, ils ont continué à payer le loyer, chaque mois, sans plus y faire attention. Une habitude.
Mais voilà, la mairie voulait racheter le terrain et y construire un immeuble et les anciens amants n'ont eux d'autre choix que de se retourner vers leur passé.
- Ça n'a pas changé n'est-ce-pas ?
L'homme ne réussit pas à répondre à ce qui avait été son partenaire, il ne put même pas le regarder.
La cuisine, le salon, leur chambre...les souvenirs l'attaquaient sans relâche depuis que ses pieds avaient foulés le carrelage.
Compréhensif, l'autre ne se vexa pas et se laissa lui aussi avalé par le passé.
Peu de temps après, assis sur une poussière devenue compacte avec les années, les deux hommes se fixaient.
- Quarante ans. Tu te rends compte ? Ça fait vingt ans qu'on paye ce loyer alors que nous sommes séparés depuis si longtemps.
- Mh, je me rends compte. Comment une relation de deux ans a-t-elle pu prendre tant d'ampleur dans nos vies ?
- J'ai bien mon idée. Je ne te le dirai pas. Tu n'es pas prêt à l'entendre.
- Rabat-joie, c'est moi qui ne comprend pas ici ? Enfin, je ne suis pas là pour que l'on règle nos comptes. On va vendre la maison.
- Et tu décide ça seul ?
- Si tu veux la garder, libre à toi, je te vends mes parts.
Le silence se fit à nouveau roi et l'ambiance devint semblable au dernier repas des deux jeunes gens avant qu'ils ne quittent la maison définitivement le lendemain.
- Je suis d'accord, vendons là, notre histoire doit appartenir au passé de façon définitive.
- Tu es visiblement devenu sensé avec les années. Comment vont ta femme parfaite et tes quatre enfants tous nés d'elle ?
- Je ne suis pas marié. Encore moins à une femme.
Son interlocuteur eut un rictus.
- Finalement, me quitter comme une merde ne t'auras pas aider. Tu n'as pas eu ce que tu voulais.
- Avec le recul, ce n'était pas, ce n'est pas ce que je veux.
- Grand bien te fasse. Je ne le suis pas non plus, tu connais mon amour des conquêtes.
- Si j'étais toi je me calmerai tu commence à devenir un vieux croulant.
Cette fois, les deux s'echangèrent un sourire complice.
- Penses-tu me revoir un jour, après aujourd'hui et cette décision ?
- Je ne sais pas. Seul le destin décidera de nous réunir à nouveau, ou estimera que nous ne sommes pas compatibles.
- Ne me fais pas rire avec ton destin, nous n'avons jamais été compatibles et pourtant je t'ai aimé comme un fou.
L'un choqué par ses paroles, l'autre complètement ahuri, la pièce sembla reprendre des couleurs.
- Moi aussi je t'aimais. J'ai été aveuglé par mes parents, j'ai pris leur modèle de vie parfaite et j'ai voulu le décalquer.
- Je ne te blâme pas. Que le passé reste là où il est. Tu devrais me dire ce que je suis sensé ne pas comprendre, j'ai évolué aussi.
Ils se levèrent d'un même pas et refermant la porte qui avait abritée tant de choses.
L'un laissa échapper quelques larmes, celui qui rêvait d'avoir une femme et des enfants.
L'autre, l'adepte des conquêtes, ravala la boule qui s'était formé dans sa gorge et détourna le regard pour ne pas craquer à son tour tandis que sa main alla se nicher contre la nuque du pleureur.
Finalement leurs yeux se croisèrent et un nouveau sourire éclaira les deux visages, désormais légèrement marqués par la vie.
- Ce que je voulais te dire avant, c'est que des fois, on sait que c'était la bonne personne. Pas parce qu'on l'a à nos côtés... mais parce qu'on la regrette chaque jour.
Sans laisser un temps de réponse et après une légère poignée de main, il se dirigea vers sa voiture le dos droit, et après un dernier signe de main, quitta l'endroit.
L'autre, perdu et ayant un temps de réaction plutôt long, ne put que faire de même.
