CHAPITRE IV
Stupéfaction à Despayre
Le X-Wing volé par le commodore Mitten sortit prématurément de l'hyperespace devant la seule planète du système Horuz : Despayre. L'officier impérial n'avait jamais entendu parler de ce système, qui n'était d'ailleurs répertorié sur aucune carte stellaire. ( Il était tombé dessus par accident, en consultant les données des senseurs à longue portée du chasseur.) Il poussa les propulseurs à la moitié de leur vélocité et avança vers la boule rocailleuse qu'était Despayre.
- Effectue un balayage de la planète, s'il-te-plait, demanda l'Impérial au droïde astromech.
Le robot accusa réception de l'ordre et fit son rapport ;
Mitten écarquilla les yeux si fort qu'ils faillirent sortir de leurs orbites. «Comment est-ce possible ! ?»
Devant ses yeux, par le biais des caméras à longue portée du T-65, des centaines, voire des milliers de vaisseaux de transport et des cargos fourmillaient autour d'un gigantesque échafaudage spatial entourant une sphère noire de plus de 100 kilomètres de diamètre sur le point d'être achevée.
Ouvrant un canal sur toutes les fréquences impériales connues, le commodore annonça :
- Ici le commodore impérial Sezzel Mitten, matricule de la Marine Impériale sept-zéro-cinq-huit-zéro-cinq. Est-ce que quelqu'un m'entend ?
Il n'eut pas le temps de renvoyer le message qu'un imposant destroyer stellaire de classe Impériale apparût derrière lui.
- Ici le vaisseau de la Marine impériale Conquête à vaisseau non-identifié. Nous allons vous tracter, toute résistance sera considérée comme une manœuvre hostile et vous serez abattu sans sommation.
- J'accepte vos conditions, dit Mitten, habitué aux discours sans fin des capitaines impériaux, au naturel très procédurier.
Quelque temps plus tard, le chasseur volé était posé dans le hangar principal du géant impérial, ceinturé par une trentaine de stormtroopers, caractérisés par leur armure d'un blanc immaculé, et par un homme en uniforme d'officier et portant les galons d'un Grand Moff.
Mitten le reconnut tout de suite : c'était Wilhuff Tarkin, chargé de l'entièreté des affaires de l'Empire dans la Bordure Extérieure. C'était en quelque sorte le délégué exclusif de l'empereur dans les régions éloignées. Très maigre au niveau du visage, la simple vue de cet homme suffisait à inspirer la peur.
Tarkin porta un haut-parleur à ses lèvres :
- Ouvrez le cockpit et restez assis. Le moindre geste vous sera fatal !
S'exécutant, Mitten ouvrit la verrière de l'habitacle et ne bougea pas. Pas moins de six stormtroopers vinrent le fouiller et le neutraliser avec des menottes à fermeture magnétique.
Lorsqu'il fut descendu, on l'amena devant Tarkin :
- Vous prétendez être le commodore Mitten ? dit le Moff.
L'homme questionné hocha la tête.
- Nous allons voir ça, dit le Grand Moff. (Il demanda que l'on lui apporte un droïde d'interrogatoire.) Voici un IT-O. Il va vous faire une petite prise de sang... (Le Moff regarda le commodore en affichant un sourire mauvais.) Si vous n'êtes pas celui que vous prétendez être, vous devrez faire l'expérience des nombreux systèmes de torture de cette magnifique pièce de technologie.
Bien qu'il sache parfaitement qui il était, Mitten ne put s'empêcher de suer.
Une fois la piqûre délibérément douloureuse passée et l'apport de la preuve que l'homme était bien qui il affirmait être, l'expression du Grand Moff changea :
- Comment êtes-vous arrivé ici ? (Il posa les yeux sur le X-Wing.) Qui plus est à bord d'un appareil rebelle.
- Je l'ai volé sur une aire d'atterrissage et, n'ayant pas assez de carburant pour rejoindre Hezalliaq, j'ai décidé de venir ici.
Tarkin afficha un regard étonné.
- Ce système n'est répertorié sur aucune carte !
- Je sais, je l'ai repéré grâce à mes senseurs à longue portée.
Le Grand Moff changea d'expression.
- La perte d'Amorris est regrettable, mais c'est au fond une planète tout à fait dispensable. Les machinations du Moff Yatalar ne pouvaient pas avoir d'autre résultat que l'effondrement de l'autorité et la prise de pouvoir des Rebelles… Je ne doute pas que vous ayez combattu honorablement. Bienvenue à nouveau dans nos rangs, colonel Mitten.
Mitten ne put s'empêcher de pousser un cri de joie après l'annonce par son supérieur d'une promotion.
- Maintenant, dit Tarkin, suivez-moi, j'ai quelque chose à vous montrer.
Les deux hommes marchèrent à travers les coursives du puissant destroyer pour atteindre la passerelle. Une fois arrivés là-bas, le Grand Moff ordonna au capitaine Alima de mettre le cap sur le chantier.
- Je vais vous montrer vos quartiers, colonel. Vous recevrez le commandement d'un vaisseau à notre arrivée.
- Merci, dit Mitten, ne sachant que dire d'autre. (Il se rappela soudain de la sphère.) Et qu'est-ce que cette boule noire au milieu de ces centaines d'échafaudages ?
Tarkin sourit mais ne répondit pas.
- Votre chambre est ici, dans la section des officiers supérieurs, dit-il lorsqu'ils arrivèrent devant une porte plus imposante que la normale.
Mitten voulut connaître la raison du silence du Grand Moff à propos de cette gigantesque sphère mais n'en eut pas le temps : Tarkin avait déjà disparu dans un turbo-ascenseur.
Le Conquête arriva une trentaine de minutes plus tard en orbite de Despayre, rejoignant une formation de plus de trente vaisseaux du même type. Depuis sa chambre d'officier supérieur très bien aménagée, Mitten observait le ballet des énormes navires de guerres impériaux. «Trente destroyers stellaires de classe Impériale et des centaines de plus petits appareils pour défendre cette mystérieuse sphère...»
Le son caractéristique d'un appel s'éleva depuis la petite station de communication holographique de la chambre. Mitten se détourna de la grande baie vitrée donnant sur l'espace et s'assit devant son holo-comm. L'image du capitaine Alima apparut :
- Le Grand Moff Tarkin vous attend à la baie-hangar avant, dit-il d'un ton sec.
- Je m'y rend de ce pas, répondit Mitten.
Alima fit un léger signe de tête et coupa la transmission.
Mitten mit ses bottes de cuir noir et son uniforme vert. Accrochés au niveau de la poitrine gauche du colonel, une série de galons bleu et rouge indiquaient son rang.
Il sortit de la pièce d'un pas décidé et se dirigea vers le turbo-ascenseur desservant la partie avant du vaisseau.
Quelques minutes plus tard, après avoir parcouru près d'un kilomètre et demi, la cabine se stabilisa et ses portes d'un noir sombre s'ouvrirent sur un petit hangar, beaucoup plus petit que celui où étaient stationnés les TIE. Cette aire servait aux VIP et à leurs navettes. Il était donc normal que le Diamant d'Eriadu, l'appareil personnel de Tarkin, soit posé ici. Cette petite navette de classe Lambda, caractérisée par ses trois ailes, dont les deux situées aux extrémités se repliaient vers le haut lorsque le véhicule se posait, et son cockpit ressortant largement à l'avant du fuselage, était très conventionnelle. Seul un générateur de boucliers plus efficace avait été installé.
La frêle silhouette du Grand Moff attendait patiemment l'arrivée de Mitten devant la passerelle d'embarquement. Il était entouré par deux agents du BSI, le Bureau de la Sécurité Impériale.
Accélérant le pas en voyant l'expression d'impatience sur le visage de Tarkin, Mitten arriva rapidement devant lui :
- Au rapport monsieur, salua-t-il de façon stricte.
Tarkin ne répondit pas mais invita de la main son subordonné à entrer dans le Diamand d'Eriadu.
La navette décolla en douceur et se fit porter par les rayons tracteurs du Conquête jusqu'à ce qu'ils se soient dégagés de la zone de contrôle du destroyer. Ils se dirigèrent vers une station flottant à proximité des échafaudages spatiaux ;
- Voici le Centre de Commandement, expliqua Tarkin lorsque sa navette fit un tour autour de l'énorme structure.
Mitten observa plus en détail l'installation. Elle devait faire la même taille qu'un destroyer stellaire de classe Victoire mais n'était pas aussi bien armée. Plusieurs baie-hangars de différentes tailles étaient positionnées à des endroits spécifique : les navettes et les transports des VIP atterrissaient près des salles de conférence et du centre tactique tandis que les cargos et les barges à fret se posaient ou s'arrimaient - selon leur taille - près des petites raffineries situées sur le côté bâbord du Centre de Commandement. Chacune de ses deux extrémités étaient terminées par trois cylindres d'amarrage destinés à accueillir des vaisseaux de léger tonnage tels que des corvettes corelliennes ou des croiseurs Carrack. Vue de loin, cette station ressemblait à un losange rempli de stations de communication, de tours de contrôle et de batteries lasers.
Le Diamant d'Eriadu se posa dans l'aire spécialement réservée au Grand Moff Tarkin. Aucun autre vaisseau que le sien ne pouvait stationner dans ce très luxueux terminal. Peint en rouge et en jaune, qui comptaient parmis les couleurs préférées de Tarkin, le hangar était embelli par des meubles en bois de Fijisi et des statues signées par des artistes humains reconnus.
Une fois arrivés à la passerelle de contrôle du Centre de Commandement, Tarkin se tourna vers Mitten :
- Bienvenue sur le chantier de l'Étoile de la Mort, colonel. (Le Grand Moff regarda par la baie-vitrée la sphère enveloppée dans les échafaudages.) La clef de notre victoire sur la Rébellion...
Mitten fronça les sourcils ;
- Je ne suis pas sûr de comprendre.
- Cette sphère est une station spatiale de combat mobile, dit Tarkin.
- Une station de combat ? (Mitten avança vers la vitre de plastacier pour mieux distinguer le mastodonte sphérique.) En quoi ce type de vaisseau peut-il être la clef de l'annihilation de l'Alliance Rebelle ?
- Son armement principal, son superlaser, est capable de désintégrer une planète en un seul tir, dit le Grand Moff en désignant une énorme surface concave située sur l'hémisphère nord de la station.
Le colonel impérial en resta bouche bée ;
- Détruire une... une planète en un seul... en un seul tir ! bafouilla Mitten, stupéfait.
Une fierté mêlée à de l'arrogance se lut sur le visage squelettique de Tarkin. Mitten, quant-à-lui, se posait toujours des questions :
- Ce sont des droïdes qui travaillent sur ce chantier ? demanda-t-il.
Le Grand Moff fit un signe négatif de la tête ;
- Sachez que Despayre est une colonie pénitentiaire.
Le colonel comprit immédiatement que Tarkin voulait dire par là que la construction de cette Étoile de la Mort était réalisée par des esclaves, des repris de justice, des meurtriers ou des Rebelles.
- Vous n'avez pas peur que l'un d'entre eux ne s'enfuie et prévienne la Rébellion ? demanda Mitten en observant d'un regard inquiet les milliers de transbordeurs fourmillant autour du chantier.
Tarkin sourit avec confiance ;
- Les vaisseaux que vous avez vu tout à l'heure sont là pour ça. (Il fit un geste théâtral de la main en direction de l'espace.) Mais ce n'est que la partie visible de l'iceberg : des milliers d'autres navires plus petits et plus rapides patrouillent dans le système et dans les zones voisines pour prévenir toute incursion de grande envergure.
Mitten ne put s'empêcher de porter un regard admiratif sur les efforts déployés mais reprit un air méfiant quand une question lui vint à l'esprit :
- Est-ce que le Sénat est au courant ? demanda le colonel en sachant parfaitement que la réponse serait non : l'assemblée n'aurait jamais accepté un tel projet.
La question fit ricaner Tarkin.
- Le Sénat ? Son droit de regard sur les projets militaires est très limité, fort heureusement… dit-il en marchant de l'autre côté de la pièce.
Il semblait à Mitten que Tarkin avait brusquement changé d'attitude. Il l'approcha et demanda :
- Est-ce qu'un élément du plan est en péril ?
Tarkin se mordit la lèvre et respira profondément :
- Oui. (Il regarda Mitten.) Mon serviteur personnel, un Mon Calamari du nom d'Ackbar a récemment été libéré par les Rebelles. C'était la première fois que je l'emmenais à Despayre. Je ne lui ai jamais parlé du projet, dit Tarkin comme pour s'excuser. Mais j'ai bien peur, poursuivit-il, qu'il ait prévenu l'Alliance qu'une chose se tramait, sans plus.
Le colonel réfléchit quelques instants ;
- Avez-vous entrepris des recherches pour retrouver cet Ackbar ?
Tarkin reprit son expression dure et arrogante :
- J'ai fait plus que ça... J'ai procédé à la destruction d'une cité flottante calamarienne en prévenant cet imbécile de poisson que je recommencerais s'il ne se montrait pas. Il ne s'est pas dévoilé, alors j'ai décidé de réitérer la manœuvre mais le Sénat s'en est mêlé et j'ai dû renoncer à le chercher.
Alors que Mitten s'apprêtait à répondre, Tarkin lui fit comprendre qu'il ne voulait plus en parler et lui ordonna de se rendre au sas d'amarrage numéro quatre.
Le colonel s'exécuta sans un mot et parvint à distinguer un patrouilleur de système Sienar IPV-3. Approchant du sas, un hologramme de Tarkin apparut dans une console de communication universelle encastrée dans le mur gauche de la coursive :
- Colonel, ce navire va vous amener à bord du destroyer stellaire de classe Impériale Sentence Impériale dont vous prendrez le commandement. Votre subalterne vous tiendra informée de votre prochaine mission. Quittez ce système et n'en parlez à personne, j'ai suffisamment confiance en vous pour vous laisser partir. Bonne chance.
Surpris mais content, Mitten monta à bord et le petit vaisseau vola pendant une heure avant d'atteindre le Sentence Impériale, posté en orbite lointaine autour du soleil d'Horuz.
Le colonel remarqua lorsque le patrouilleur arriva à proximité que plusieurs modifications avaient été apportées au vaisseau : la baie-hangar des TIE avait été largement agrandie, au sacrifice des tubes lance-torpilles inférieurs et des senseurs secondaires. Les émetteurs de rayons tracteurs principaux, à l'avant, avaient été retirés et faisaient place à une imposante batterie turbolaser expérimentale.
Le IPV-3 se dirigea ensuite vers la baie-hangar agrandie et se posa devant un comité d'accueil présidé par une jeune femme portant les galons de caporale.
- Bienvenue à bord du destroyer porte-chasseurs Sentence Impériale, dit la femme lorsque Mitten arriva à son niveau. «C'est donc cela, un navire de classe Impériale transformé en transport de chasseurs blindé et bien armé» se dit le nouveau commandant du navire.
Marchant lentement à travers les couloirs du vaisseau en direction de la salle des machines, les deux officiers supérieurs du destroyer discutaient ;
- Sorti i peine six mois des chantiers impériaux de Gyndine, le Sentence Impériale fait partie d'une série de trois prototype de porte-chasseurs surarmés destinés à contrer la menace grandissante des petits appareils modernes et bien armés des Rebelles, dit la caporale Elia Mocvol comme si elle prononçait un discours.
- Pouvez-vous m'expliquer la présence de ce turbolaser géant à l'avant du destroyer ? demanda Mitten.
- Bien sûr, répondit la femme, il a été installé à bord par le Grand Moff Tarkin lui-même à l'occasion de notre première mission. Il est capable de détruire en un seul tir un croiseur de taille moyenne.
Le colonel afficha un regard dubitatif.
- Un agent du BSI a appris que quinze paquebots géants calamariens avaient mystérieusement été transférés dans un chantier naval que nous ne sommes pas encore parvenu à localiser. Nous pensons que la direction des chantiers calamariens a rejoint le camp de l'Alliance et qu'elle a décidé de transformer ces navires de plaisance en vaisseaux de guerre pour prouver leur allégeance aux Rebelles et en remerciement du sauvetage d'Ackbar, expliqua la caporale.
Mitten croisa ses bras et se mit à réfléchir alors qu'il passaient dans la coursive desservant les stations de turbolasers tribord ;
- Si je comprends bien, cette fameuse première mission va consister en la découverte et la destruction de ces paquebots ?
- Parfaitement, répondit Mocvol en sortant un databloc de sa poche. Elle le tendit à Mitten :
- Voici l'ordre de mission signé par Tarkin.
Mitten attrapa le bloc-notes électronique et commença à lire :
Envoyé par : Grand Moff Wilhuff Tarkin, responsable suprême des affaires de l'Empire Galactique dans la Bordure Extérieure
Destiné à : Caporale Elia Mocvol (matricule de la Marine Impériale 89856542) du destroyer stellaire de classe Impériale «Sentence de l'Empire» (Immatriculé dans la base de données du Quartier Général de la Marine numéro 78562)
Sujet : Paquebots Mon Calamari disparus
Niveau de sécurité de la transmission : Moyen-élevé
Message : Chère caporale Mocvol, votre destroyer modifié va être chargé de sa première mission dès qu'un commandant compétent aura été trouvé. La cible du «Sentence de l'Empire» sera le vaisseau-amiral de la flotte de défense de la planète Mon Calamari. D'après mes agents, ce navire contient à son bord des informations qui pourraient remonter la filière des paquebots disparus. Faites croire à une inspection de routine pour embarquer à bord du vaisseau-amiral. Bonne chance.
Signé par : Grand Moff Wilhuff Tarkin, responsable suprême des affaires de l'Empire Galactique dans la Bordure Extérieure
