Chapitre 4 : Dilemme moral
Merlin avait beau comprendre la réaction d'Arthur, le voir durcir ainsi son opinion sur la magie était douloureux. Arthur venait de décider de mettre à mort une fillette ! Mordred avait fait d'Arthur ce que Nimueh avait fait d'Uther : un monstre sanguinaire. Merlin ferma les yeux, tentant de se calmer : non, Arthur n'était pas comme son père, Arthur avait un bon fond et ne laisserait pas cette expérience l'aveugler. Il ouvrit à nouveau les yeux.
Parmi les chevaliers de la Table Ronde, l'incompréhension était totale. Merlin pouvait voir leurs expressions troublées. Personne ne savait pourquoi le roi avait quitté si précipitamment la réunion et personne ne savait pourquoi il avait brutalement changé de point de vue sur l'enfant. Tout le monde avait bien sûr senti que ce bouleversement avait un rapport avec la conversation qui se tenait juste avant le départ du roi mais le reste était totalement obscur. Beaucoup d'entre eux étaient préoccupés car, en ce temps de crise, le roi devait être capable de diriger son royaume plus que jamais.
Laissant les hommes d'Arthur, Merlin suivit Gwen. Cette dernière sortit de la salle de la Table Ronde. Elle sourit faiblement à Merlin lorsqu'elle vit qu'il lui avait emboîté le pas et tous deux se rendirent dans les appartements du roi, où se trouvait Arthur. Ce dernier était assis par terre, adossé au mur et totalement immobile. Ni Merlin, ni Gwen n'osèrent interrompre le silence. Ce fut Arthur qui le brisa :
-C'est ma faute, dit-il amèrement. Tous ces gens sont morts à cause de moi. Comment puis-je me prétendre digne d'être roi si je ne prends que de mauvaises décisions ?
-Nous sommes tous responsables, dit Gwen, le visage défait. Comment un garçon innocent tel que Mordred a-t-il pu tourner ainsi ? Je pensais que les druides étaient pacifiques.
-De la même façon que Morgane. A cause de la sorcellerie.
Le ton d'Arthur était catégorique et, une fois de plus, le cœur de Merlin se serra. Il fit un pas en arrière, incapable de trouver ses mots, tandis que Gwen s'approchait d'Arthur et posait la main sur son épaule.
-Nous pouvons encore sauver Camelot. Tu ne peux pas renoncer et abandonner ton peuple.
-Je multiplie les erreurs et ne fait confiance qu'aux mauvaises personnes, rétorqua-t-il. Je pensais être capable de régner mais on me prouve chaque jour le contraire. Je devrais laisser ma place à quelqu'un de plus compétent. Quelqu'un de moins naïf qui ne fera pas les mêmes erreurs que moi.
-Personne n'est plus compétent que toi, Arthur. Tu es né pour endosser ce rôle. Tu ne peux pas abandonner alors que tant de personnes ont besoin de ton aide. D'ailleurs, tu n'es pas seul. Tous les chevaliers de Camelot croient en toi.
-Parce qu'ils ignorent que je suis responsable de cette catastrophe ! S'ils le savaient, ils perdraient toute confiance et ils auraient raison. Je ne mérite pas cette confiance.
Merlin assistait, impuissant, à cet échange. Ce n'était pas la première fois qu'Arthur se mettait à douter de son aptitude à régner. La dernière était d'ailleurs très récente : en découvrant la trahison de son oncle, il avait été sur le point de renoncer, Merlin avait eu le plus grand mal à lui faire reprendre espoir. Mais il avait réussi. Cette fois-ci était différente car c'était la fois de trop. Le plus dur pour Arthur était d'apprendre à vivre avec les erreurs qu'il avait commises, et celle-ci allait sans aucun doute le hanter.
-Tu ne pouvais pas savoir ce que deviendrait Mordred, personne ne pouvait le deviner ! dit Gwen. N'importe quelle personne respectable aurait agi de la même façon. Il était injuste d'exécuter un jeune garçon innocent. Je ne sais pas ce qu'il s'est produit ensuite mais, lorsque nous l'avons recueilli, il était innocent.
-Tu ne te rends pas compte Guenièvre !
Arthur était maintenant debout et sa colère le faisait trembler. Guenièvre se figea sur place, elle n'osait plus parler mais Merlin pouvait voir qu'elle tentait de contenir ses larmes.
-J'ai désobéi à mon père ! cria Arthur. Il savait très bien ce qu'il se passerait, il m'avait prévenu mais je ne l'ai pas écouté.
Merlin avait quant à lui désobéi à Kilgarrah. Le Grand Dragon savait très bien ce qu'il se passerait, il l'avait prévenu mais Merlin ne l'avait pas écouté. C'en est fini, pensa Merlin. Arthur allait renoncer à tout. Son peuple, le royaume, les alliances qui devaient ensuite conduire à l'unification d'Albion. Il ne réaliserait jamais sa destinée. Tout cela à cause de Merlin.
-Non, tu as pris la bonne décision, insista Gwen, mais sa voix avait perdu toute conviction.
-La bonne décision ? cria Arthur. Ils sont morts !
La reine était en pleurs.
-Tu ne peux pas renoncer, répéta-t-elle.
Elle se tourna vers Merlin, désespérée, son regard le suppliant d'intervenir. De ne pas laisser Arthur faire cela. De ne pas le laisser perdre courage. Merlin voulut parler mais aucun mot ne franchit ses lèvres.
-Tu ne peux pas te laisser abattre, Arthur, implora-t-elle. Il faut que nous réparions cette erreur.
S'efforçant d'atteindre son mari, de lui faire comprendre de quelque manière que ce soit, elle attrapa ses épaules et tenta de le faire réagir.
-S'il te plaît, le royaume a besoin de toi. Sans toi nous sommes perdus.
-Gwen, commença Arthur, je…
Mais Merlin ne pouvait pas laisser cette scène se poursuivre plus longtemps.
-Arthur, l'interrompit-il.
Ce dernier se tourna vers son serviteur, qui n'avait pas prononcé un seul mot depuis le début.
-Tout est de ma faute, dit Merlin, la voix tremblante. Lorsque nous avons sauvé Mordred, je savais déjà ce qu'il deviendrait mais je ne l'ai pas arrêté.
OoOoO
Arthur fronça les sourcils. Gwen écarquilla les yeux. Le temps sembla se suspendre. Il l'avait dit. Il ne pouvait plus reculer à présent. Merlin rassembla son courage.
-Si quelqu'un doit se sentir coupable, poursuivit-il, c'est bien moi. Pas vous, Arthur. Ni toi, Gwen. Ni même Morgane. Vous ignoriez ce qui allait se passer. Le seul responsable, c'est moi. On m'avait prévenu que Mordred était une menace, qu'il fallait le laisser brûler ce jour là. C'est ce que j'ai failli faire.
Le couple royal retenait son souffle, oscillant entre la stupéfaction et l'horreur.
-Mais je n'en ai pas eu le courage. Mordred n'avait encore causé aucun mal, je n'ai tout simplement pas pu le faire. Après avoir longuement lutté contre moi-même, j'ai cédé et je l'ai aidé à s'échapper. Souvenez-vous, la nuit de son évasion je suis arrivé en retard et vous avez failli être rattrapés par les gardes. Si j'ai mis tant de temps, c'était à cause de mon hésitation.
Le roi sembla comprendre que ce qu'il disait correspondait parfaitement aux faits et le choc n'en fut que plus grand. Merlin n'osait pas imaginer ce qu'Arthur pensait de lui en cet instant.
Puis, la question qu'il redoutait survint :
-Comment l'as-tu su, qui t'a prévenu ? l'interrogea Gwen.
Merlin s'apprêtait à éluder la question lorsqu'Arthur intervint :
-Etait-ce le sorcier qui a tué mon père ?
Non, pensa Merlin, c'était le Grand Dragon, celui qui a massacré des centaines d'habitants de Camelot lorsque je l'ai libéré. Le sorcier qui a tué Uther ne peut pas être celui qui m'a prévenu car lui et moi sommes une seule et même personne. Oui, Arthur : j'ai tué votre père.
Ce flot de réflexions lui traversa l'esprit en une fraction de seconde. Mais au lieu de répondre cela, Merlin se contenta d'acquiescer.
-Pourquoi cet homme t'a-t-il averti ?
-Je ne sais pas, répondit-il, espérant que cela suffirait à convaincre Arthur.
Il avait pris un risque énorme en révélant autant d'informations mais il n'avait pas eu le choix, c'était le seul moyen de redonner confiance à Arthur.
Ce dernier fronça les sourcils.
-Pourquoi ne m'as-tu rien dit ?
Mais ce fut Gwen qui répondit à cela :
-Merlin ne voulait pas nous mettre face à un tel choix nous aussi. Il a voulu nous épargner. Lui-même a dû porter le poids de la décision qu'il a prise ce jour là pendant des années.
Bien que Merlin soit soulagé que Gwen prenne sa défense, il était clair d'après le ton de la jeune femme qu'elle lui avait déjà pardonné cette décision. Or Gwen ne devait pas lui pardonner. Il avait commis une erreur irréparable en laissant vivre Mordred. Toutefois, Merlin se demanda s'il serait capable d'agir différemment si on lui en donnait l'opportunité, s'il serait capable d'abandonner un innocent à la mort si cela représentait un risque pour Camelot.
Puis, Merlin se souvint du jour où il avait empoisonné Morgane et il se rendit compte qu'il l'avait déjà fait. Il avait condamné une jeune femme innocente pour le bien de Camelot. Elle avait peut-être accepté d'être le vaisseau du sortilège de Morgause, mais c'était sans connaître toutes les conséquences que ce choix aurait. De cela, Merlin était certain. Il l'avait vu dans le regard sincèrement effrayé qu'elle avait eu tout au long des évènements. Plus qu'une jeune femme innocente, c'était une amie. Il n'oublierait jamais la façon dont elle l'avait regardé lorsqu'elle avait compris ce qu'il avait fait. Les yeux grands ouverts sous le choc de la trahison, elle s'était débattue lorsqu'il l'avait tenue dans ses bras dans ses derniers instants. Les derniers instants de Dame Morgane. Car pour Merlin, Morgane était morte à ce moment précis. La personne que Morgause avait ramenée à la vie n'était pas Morgane, c'était un imposteur, quelqu'un qui avait l'apparence de celle qu'elle avait été mais n'était en réalité qu'une tueuse sans pitié. La véritable Morgane était morte lorsque son ami l'avait trahie. C'était cette trahison qui avait fait naître sa haine.
Pourtant, même si ce fut le choix le plus difficile de sa vie, Merlin ne le regrettait pas car l'alternative était bien pire. Il aurait dû agir de même avec Mordred.
-Cesse de te torturer, Merlin, dit Gwen, interrompant le fil de ses pensées. On ne peut pas te reprocher d'avoir refusé de sacrifier un petit garçon.
Merlin offrit un maigre sourire à Gwen, heureux de son soutien mais conscient qu'elle n'avait pas la moindre idée de tout ce qu'il avait pu faire. Il se tourna ensuite vers Arthur, qui fixa longuement le sol avant d'acquiescer.
-Guenièvre a raison, tu n'es pas coupable.
Touché par la réaction de son ami, le jeune sorcier resta sans voix. Mais Arthur refusait de croiser son regard.
-Toi non plus tu n'es pas coupable, renchérit Gwen, s'adressant à son mari qui cette fois-ci ne la contredit pas.
OoOoO
Après cela, les jours se succédèrent et Arthur garda une attitude distante face à Merlin. Il ne semblait plus vouloir renoncer au trône mais avait apparemment redirigé sa colère vers son serviteur.
Chaque jour, Arthur essayait d'en apprendre le plus possible sur Mordred et s'entraînait avec ses chevaliers. Ces derniers avaient été rassurés de voir que la scène de la Table Ronde n'avait pas eu de conséquences. Le roi était plus que jamais prêt à arrêter le sorcier qui menaçait Camelot. Merlin, quant à lui, ignorait comment regagner la confiance d'Arthur et avait donc décidé de lui laisser le temps de réfléchir, espérant que cela suffirait.
Merlin faisait aussi ce qu'il pouvait pour réussir à maîtriser le sort de transformation qui lui échappait. Il lui avait semblé à plusieurs reprises que quelque chose se produisait lorsqu'il prononçait la formule, il sentait sa magie s'éveiller, mais il n'avait toujours pas atteint son but.
Pourtant, un matin, après avoir préparé Arthur pour son entraînement quotidien, Merlin essaya une fois de plus et, pour la première fois, il sentit sa magie véritablement se répandre dans tous ses membres. Pris d'une brusque douleur à la cheville, il s'aperçut que le symbole qui l'ornait s'était mis à rougir et il pria pour que personne n'entre dans la pièce à cet instant et ne voie sur lui ce qui était clairement le résultat d'un sortilège.
Lorsqu'enfin la douleur reflua, Merlin s'empressa d'observer son reflet dans un miroir. Il était toujours le même, rien n'avait changé. D'après son livre, s'il avait réussi, il était désormais capable de passer de son apparence naturelle à sa nouvelle identité en moins d'une seconde, sans avoir à prononcer le moindre mot. Merlin se concentra sur l'image que lui renvoyait le miroir. Il sentit alors son pouvoir entrer en action et vit ses traits se modifier peu à peu.
Une fois la métamorphose achevée, il put constater que le changement était énorme, et pourtant subtil. Ses cheveux étaient toujours bruns, bien que plus longs et ondulés. Ses yeux étaient toujours bleus, bien que plus clairs. Pourtant, il était méconnaissable. Ses pommettes étaient moins marquées, et sa bouche bien plus fine. Son visage n'avait pas la même forme et il était certain d'avoir pris quelques centimètres.
Malgré cela, le jeune homme qu'il voyait dans le miroir dégageait une impression de déjà vu. Si j'avais un frère, voilà à quoi il ressemblerait, songea le jeune sorcier. Cet homme n'était pas n'importe qui, ce n'était pas un simple produit de son imagination. Il était l'autre enfant que ses parents auraient pu avoir, exactement comme l'avait expliqué son livre de magie. C'était comme si cette apparence avait toujours été présente en lui et n'attendait qu'un simple sort de révélation pour se manifester. Ainsi, le sort l'avait transformé en une variante de lui-même. Il était même possible que chacun ait en soi une infinité d'apparences potentielles pouvant être révélées par cet enchantement.
Merlin pensa soudain qu'Arthur allait bientôt terminer son entraînement et qu'il aurait besoin de lui. Il s'empressa donc de reprendre son apparence habituelle, soulagé de constater que cela ne posait aucune difficulté, et sortit du château l'esprit léger. Il avait enfin réussi !
Le roi n'avait pas encore fini son entraînement lorsque Merlin le rejoignit. Il n'avait d'ailleurs jamais paru aussi impliqué qu'en cet instant. Arthur affrontait trois chevaliers à la fois, bondissant et frappant avec une force et une rapidité impressionnantes. La détermination se lisait sur son visage, le roi avait repris ses esprits et avait plus que jamais l'intention de protéger son royaume, aussi difficile que s'annonce cette tâche. D'un geste souple, il déséquilibra l'un de ses adversaires et le projeta de toutes ses forces contre un autre. Les deux chevaliers heurtèrent violemment le sol. Pendant ce temps, Arthur désarma son troisième adversaire et l'envoya rejoindre les autres à terre. Tandis qu'il reprenait son souffle après cette épreuve, chevaliers et serviteurs se pressèrent autour de lui pour le féliciter de son exploit. Vaincre trois chevaliers de Camelot n'était pas à la portée de tous. Cette journée était une bonne journée : d'abord Merlin parvenait à maîtriser un sort de transformation totale puis Arthur faisait ses preuves sur le terrain d'entraînement.
-Merlin ! Cesse de sourire bêtement et aide-moi à retirer cette armure.
Tout semblait être redevenu normal. Arthur avait retrouvé sa motivation et il était toujours aussi autoritaire avec son serviteur. Pourtant, quelque chose n'allait pas depuis la révélation de Merlin. Habituellement, le ton d'Arthur était plus moqueur et moins… sec. Merlin ne pouvait pas s'empêcher de craindre qu'il ne lui en veuille à cause de Mordred. Pourtant, il disait ne pas lui reprocher son action...
-Je ne vois pas pourquoi tu es si heureux, poursuivit sèchement Arthur, tandis que Merlin l'aidait à enlever son armure. Cela te réjouit-il que nous soyons en temps de guerre ? Que des centaines de chevaliers s'apprêtent à risquer leur vie ?
Merlin s'immobilisa puis redressa la tête pour dévisager Arthur, qui soutint son regard.
-Vous m'en voulez d'avoir sauvé Mordred, n'est-ce pas ? Je suis désolé, Arthur.
-Je t'ai dit que tu n'étais pas coupable !
Le cri d'Arthur avait attiré l'attention des chevaliers, qui ne comprenaient pas pourquoi il s'en prenait ainsi à son serviteur. Le roi leur fit signe de reprendre l'entraînement.
-Tu m'as menti, enchaîna-t-il. Comment as-tu pu me cacher une chose aussi importante ? Pendant toutes ces années, tu as gardé ce secret. Comment savoir si je peux encore te faire confiance ?
-Je suis désolé, répéta Merlin.
Il l'était vraiment.
-Tu aurais dû venir me voir dès que ce sorcier t'a prévenu, reprit Arthur en haussant à nouveau le ton. Et non essayer de régler les choses par toi-même ! Qu'est-ce qui t'a fait croire que tu étais capable de gérer une telle situation par toi-même ?
Léon et Gauvain avaient cessé de s'affronter pour observer l'échange. Un peu plus loin, les seigneurs Perceval et Elyan se regardaient, l'air inquiet. Merlin n'osait pas prononcer le moindre mot. Même s'il avait de très bonnes raisons de ne pas avoir prévenu Arthur, le poids de la culpabilité l'empêcha de se défendre et de remettre le roi à sa place. Il l'avait mérité.
-Les affaires d'état te dépassent complètement, Merlin ! Concentre toi sur ton propre travail, tu as déjà bien assez de mal à le faire correctement !
Apparemment, Arthur avait oublié les nombreuses fois où son serviteur avait risqué sa vie à ses côtés ou s'était sacrifié pour le sauver. Il laissait la colère l'envahir. Merlin vit Gauvain, indigné, s'approcher pour intervenir.
-Va t'en, conclut sèchement le souverain. Occupe-toi de tes corvées.
Sans un mot, Merlin s'éloigna. Arthur était allé trop loin. Il avait le droit de lui reprocher le sauvetage de Mordred, mais l'accuser d'être incompétent et inutile était une insulte à sa loyauté et ne faisait que cruellement lui rappeler qu'Arthur ignorait tout ce qu'il avait fait dans l'ombre depuis des années.
Arthur était-il devenu complètement fou ? C'était la question que se posait Gauvain en cet instant. Qu'avait fait le pauvre Merlin pour mériter de telles remontrances ? Cela ne ressemblait pas à Arthur de s'emporter, ou en tout cas pas à ce point. Certainement pas en public. Mais, quoiqu'il ait pu se produire, rien ne justifiait cela. Merlin n'avait pas répliqué, cela ne lui ressemblait pas non plus : d'ordinaire, il ne se laissait jamais marcher sur les pieds ainsi par Arthur. Son visage s'était simplement décomposé un peu plus à chaque parole, jusqu'à ce que le roi le congédie.
Gauvain rejoignit Merlin quelques pas plus loin et l'arrêta.
-J'ai vu comment il t'a traité, je n'arrive pas à croire qu'il puisse être aussi ingrat ! Après tout ce que vous avez vécu ensemble !
Merlin lui assura que ce n'était rien mais sa voix trahissait ses émotions. Il était difficile pour Gauvain de voir son ami dans cet état, d'autant qu'il n'avait aucun moyen de savoir ce qu'il s'était passé, Merlin n'avait de toute évidence aucune envie d'en parler. Mais cela n'avait pas d'importance, il n'avait pas besoin de savoir. Ce n'était pas nécessaire pour réconforter son ami. Le chevalier savait que l'amitié unissant le roi à son serviteur était un lien très fort, il savait que les choses finiraient par rentrer dans l'ordre même si Merlin ne pouvait peut-être pas le voir pour l'instant.
-Ne t'inquiète pas, dit Gauvain, je ne sais pas ce qui lui a pris mais Arthur ne va pas s'en sortir comme ça.
Les choses finiraient par rentrer dans l'ordre, oui, mais Arthur ne s'en sortirait pas comme ça. Roi ou pas, Gauvain allait le lui faire payer. Ce ne serait pas beau à voir. Peut être même serait-ce malodorant… Un plan commençait à prendre forme dans son esprit.
Note de l'auteur: Et voilà, c'est avec ce quatrième chapitre que les scènes d'émotion commencent véritablement. On vient d'en avoir quelques unes avec Arthur et Merlin, il y en aura une autre dans le prochain chapitre bien entendu, pour régler ce qu'il s'est passé dans celui-ci. Et Morgane va entrer en scène, je n'en dis pas plus.
Merci pour les reviews que vous m'avez laissées !
