Chapitre 5 : Les conséquences de nos actes
Arthur avait conscience d'avoir dépassé les bornes. Il l'avait senti en voyant le regard furieux de Gauvain mais, plus que tout, il l'avait lu sur le visage de Merlin.
Mais il était tellement en colère! Merlin lui avait caché un fait d'une importance capitale pendant des années et Arthur n'avait jamais eu le moindre soupçon. Une fois de plus, il constatait qu'on lui avait menti et qu'il ne s'était douté de rien. Comment pouvait-il être aussi aveugle ?
La situation était pire encore cette fois-ci parce qu'il s'agissait de Merlin. Jamais Arthur n'aurait pu imaginer que son serviteur gardait un tel secret, il ne semblait pas du tout être ce type de personne. Les rares fois où Arthur l'avait pris à mentir, que ce soit au sujet d'une corvée quelconque ou d'un de ses séjours à la taverne, il l'avait toujours percé à jour en un instant. Pourtant, Merlin avait vraiment fait du bon travail en gardant le secret sur Mordred, parce qu'il n'avait absolument rien laissé transparaître. Cela révélait une toute autre facette de sa personnalité, une facette qu'Arthur n'avait fait qu'entrevoir par le passé, lors des moments de profonde sagesse de son serviteur. Durant ces moments, Arthur avait eu l'impression distincte que Merlin cachait son jeu.
Il est vrai qu'à chaque fois que cela avait été nécessaire, Merlin était sorti de son attitude habituelle et avait révélé qui il était vraiment : courageux, ingénieux, loyal et sage. C'était d'ailleurs ce qui avait conduit Arthur à voir en Merlin plus qu'un simple serviteur. Cet aspect, qui ne se révélait que dans des situations précises, était la raison pour laquelle les proches de Merlin l'appréciaient autant. Mais pourquoi se sentait-il obligé d'agir différemment le reste du temps ? Avait-il besoin de sembler être moins que ce qu'il était vraiment ?
Mais peut-être Merlin ne réprimait-il pas sa personnalité. Peut être que les deux facettes de Merlin qu'Arthur connaissait faisaient partie de lui et qu'il n'était aucune des deux à part entière.
Arthur essaya de se libérer du tumulte de ses pensées. Tout cela, il le savait déjà. Il connaissait Merlin depuis suffisamment longtemps pour savoir que ce n'était pas quelqu'un de lisse ni de prévisible. Simplement, la plupart du temps, Arthur choisissait d'ignorer cet aspect plus profond de son valet. Et Merlin faisait de même avec Arthur ! Dans leurs échanges quotidiens, leurs paroles étaient moqueuses mais tous deux avaient conscience d'un respect sous-jacent réciproque. Merlin et lui reconnaissaient chacun la valeur de l'autre, même si ces mots n'étaient jamais prononcés. C'était une de leurs règles implicites, établies dès leur rencontre.
Pourtant aujourd'hui, Arthur avait brisé cette règle, il avait trahi leur accord tacite en prétendant, sur un ton autre que celui de l'humour, que Merlin n'était qu'un bon à rien.
Lorsque Merlin entendit qu'on frappait à la porte de sa chambre, il crut tout d'abord que Gauvain était revenu pour lui demander plus d'explications sur ce qu'il s'était passé. Puis, il vit Arthur entrer, sa démarche anormalement incertaine.
-Pourquoi ne pas avoir répliqué ? demanda Arthur. Après ce que je t'ai dit. Tu ne t'en prives pas d'habitude.
Merlin émit un grognement incrédule.
-Je pense que vous savez très bien pourquoi je n'ai rien dit, asséna-t-il brutalement. Cela vous effraie. C'est pour cette raison que vous êtes là maintenant.
Arthur eut un léger mouvement de recul.
-Vous avez peur, enchaîna Merlin. Vous craignez que la raison pour laquelle je n'ai pas répondu soit que je ne crois plus en vous. Parce que, malgré la façon dont vous me traitez, vous vous souciez de l'opinion que votre peuple a de vous.
Il fit un pas vers Arthur et poursuivit :
-Vous avez raison de vous inquiéter. L'un de vos pires défauts est l'ingratitude.
-L'ingra…
-Après toutes ces années passées auprès de vous, coupa Merlin, après tout ce que j'ai traversé à vos côtés… Je sais que vous n'êtes pas quelqu'un qui exprime facilement ses émotions. Je vous connais assez pour savoir que les seules fois où vous révélez vos sentiments sont dans les situations de crise. C'est pourquoi je n'attendais absolument pas de vous que vous exprimiez votre reconnaissance par de grands discours emplis d'émotion. J'espérais simplement que vous ne nieriez pas la valeur de tout ce que j'ai pu faire. Qui était là pour vous prévenir à chaque fois qu'un nouveau danger menaçait Camelot ? Qui a ramassé les morceaux après la trahison de Morgane ? Qui vous a permis de reprendre courage lorsqu'Agravain a révélé sa vraie nature ? Qui s'est battu à vos côtés et a risqué sa vie des dizaines de fois sans la moindre hésitation ?
C'était au tour d'Arthur d'être muet de stupéfaction devant la colère de Merlin. Ce dernier se libérait du poids de plusieurs années d'indignation. Jusqu'ici, il avait toujours pris le manque de reconnaissance d'Arthur avec légèreté. Cela n'avait pas d'importance, le principal était que le roi soit sauf.
-Savez-vous que je vous considère comme un ami, Arthur ? ajouta-t-il. Je suis certes prêt à risquer la mort pour vous sauver, mais je serais tout aussi prêt à donner ma vie pour préserver la vôtre.
-Tu sais que je ferais de même pour toi, souffla Arthur, pâle comme un linge.
-Je sais, se radoucit Merlin. Je vous assure que je suis conscient de ce que cela représente. J'aimerais simplement que vous vous rendiez compte que la vie de tous les jours a aussi son importance et que vous ne pouvez pas me traiter comme vous l'avez fait tout à l'heure.
Arthur et Merlin s'observèrent en silence pendant quelques instants, tous deux réalisant que le roi de Camelot venait de se faire sévèrement réprimander par son valet.
-Je regrette ce que j'ai dit, avoua Arthur. Je me suis laissé emporter. Je comprends pourquoi tu as menti à propos de Mordred. Mais cela ne veut pas dire que je l'accepte. Je dois pouvoir faire confiance à ceux qui sont le plus proche de moi, tu ne peux pas me cacher quelque chose d'aussi important, même si tu estimes que me mentir me protègera. La prochaine fois qu'une telle chose se produit, tu dois me prévenir.
Comme il ne recevait aucune réponse, il demanda :
-Le feras-tu ?
Non, pensa Merlin. Mais il acquiesça malgré tout. Un jour, il révèlerait toute la vérité à Arthur, mais ce moment n'était pas encore venu.
-Bien. Maintenant, y a-t-il quelque chose d'autre que tu me caches et que je devrais savoir ? s'enquit prudemment Arthur.
Oui, pensa Merlin. Mais il secoua la tête.
Arthur voulait éclaircir un dernier point avant de quitter la chambre de Merlin.
-Ce que tu as dit tout à l'heure, dit-il, à propos de l'importance que j'accorde à l'opinion de mon peuple, ce n'est pas entièrement vrai. Si je suis venu ici, ce n'est pas par crainte que le peuple me voie sous un mauvais jour mais par crainte que toi, Merlin, tu me juges indigne de ton respect.
Jamais Arthur n'aurait pu imaginer qu'il ferait un jour une telle confession à Merlin. En fait, jusqu'ici, il n'avait jamais réalisé la valeur qu'il accordait à son avis et à ses conseils. Pourtant, aussi loin qu'il s'en souvienne, il y avait toujours accordé une grande importance.
Pourquoi ?
La réponse était simple et remontait à leur premier face à face, quelques années plus tôt. Merlin avait instantanément méprisé Arthur lorsque ce dernier lui avait adressé la parole pour la première fois. Même quand il avait appris que celui qu'il avait insulté était le prince, il n'avait pas cessé de le provoquer, refusant de se laisser impressionner par son rang. Arthur avait ce jour-là fait face à quelqu'un qui ne jugeait les autres qu'à leur comportement. Ce fut seulement après avoir appris à connaître Arthur que Merlin avait commencé à respecter ce qu'il était. C'était pour cette raison que l'opinion de son valet avait autant d'importance aux yeux d'Arthur : Merlin n'accordait son respect qu'à ceux qui le méritaient vraiment.
-Merci, murmura Merlin, clairement surpris par cet aveu.
-Il me vient à l'esprit, reprit Arthur, que tous ceux qui m'ont soutenu au cours des années ont été récompensés, sauf toi. Dis-moi, y'a-t-il quelque chose qui t'intéresserait ?
L'expression estomaquée de Merlin aurait été totalement comique si l'instant n'avait pas été aussi solennel. Le jeune homme bredouilla que rien ne lui venait à l'esprit mais Arthur n'était pas en reste.
-Je pourrais t'accorder plus de temps libre dans la journée. M'occuper moi-même de certaines tâches.
Merlin ne pourrait pas résister à la tentation, une telle offre ne se refusait pas. S'attendant à une nouvelle réponse balbutiée avec hésitation, Arthur fut surpris de voir l'expression de son serviteur passer de confuse à satisfaite.
-En fait, c'est une assez bonne proposition de récompense que vous m'évoquez là, sourit Merlin et il ne faisait aucun doute qu'il avait une idée derrière la tête.
-Que demandes-tu alors ?
-J'aimerais avoir les soirées libres.
-Les soirées ? Pourquoi ? interrogea Arthur. Laisse-moi deviner, ajouta-t-il sournoisement, la taverne !
-Je suis fière de toi, dit Gwen à son mari lorsque celui-ci la rejoignit dans leur chambre. Tu as pris la bonne décision en allant t'excuser auprès de Merlin.
Tout comme la moitié de Camelot, elle savait ce qu'il s'était passé sur le terrain d'entraînement le matin même. Mais elle n'en avait pas seulement entendu parler, elle y avait elle-même assisté depuis la fenêtre de la chambre royale. Au début, elle avait simplement cru qu'Arthur se moquait de son serviteur, comme il le faisait régulièrement, et elle s'était même surprise à comparer cette confrontation à la première rencontre d'Arthur et Merlin, à laquelle elle avait aussi assisté depuis une fenêtre de Camelot.
Elle avait alors compris que les reproches d'Arthur étaient bien trop durs pour être simplement moqueurs. Il n'avait de toute évidence pas digéré la confession de Merlin au sujet de Mordred.
-Je ne me suis pas excusé ! s'offusqua Arthur. J'ai simplement… reconnu que j'avais mal agi.
-Tu as bien fait, conclut Gwen, soulignant ainsi clairement qu'elle ne voyait aucune différence.
Arborant un sourire satisfait, elle quitta les appartements royaux sous le regard outré d'Arthur.
De l'autre côté de la porte, elle tomba face à face avec un Gauvain très concentré. En la voyant, ce dernier pointa du doigt le haut de la porte qu'elle venait de franchir.
-Selon vous, demanda-t-il d'un air pensif, combien de sceaux pourraient tenir en équilibre là-dessus ?
Lorsque vint la fin de l'après-midi, Arthur libéra Merlin de ses corvées, comme il l'avait promis. Je pourrais m'habituer à tout ce temps libre, pensa Merlin en souriant.
Mais pour l'instant, la détente n'était pas au programme. Il avait demandé à ce que ses soirées soient libérées pour une seule et unique raison : rendre visite à Morgane. A présent qu'il était capable de se transformer, il était capable d'approcher Morgane et de lui parler. Là commençait la partie vraiment difficile de son plan : faire renaître une part d'humanité chez la jeune femme. En théorie, c'était possible. Si Aithusa avait vu en Morgane un signe montrant qu'elle pouvait changer, cela signifiait que c'était le cas, Merlin avait confiance en la jeune dragonne.
Il changea rapidement son apparence et fut heureux de constater qu'il y parvenait sans aucune difficulté. Il lança un second sortilège, plus simple, pour transformer ses vêtements afin de ne pas être reconnu à travers eux. Il portait à présent une tunique marron et un pantalon beige, parfaitement banals.
A cette heure-ci, la nuit n'était pas encore tombée, on pouvait donc toujours sortir de Camelot sans être arrêté par les gardes. C'était la première fois que Merlin se déplaçait aux yeux de tous sous cette apparence et il n'était pas très à l'aise. Et si quelqu'un remarquait cet inconnu et se demandait qui il était ? Mais personne n'avait l'air de se soucier de lui et chacun vaquait à ses occupations tranquillement. Il fallut tout de même un moment à Merlin pour se détendre. Il franchit le portail de la cité en tentant de paraître le moins suspect possible, et il se dirigea vers la forêt et vers Morgane.
Le soleil disparaissait peu à peu, laissant place à la lune. Alors qu'il traversait une clairière, il entendit soudain un son derrière lui et se retourna brusquement, sur ses gardes. Il eut tout juste le temps d'apercevoir à travers les feuillages un morceau de tissu bleu, avant qu'il ne disparaisse. C'était la petite fille. Elle s'apprêtait probablement à retourner dans Camelot, puisque la nuit venait de tomber. Mais elle avait pris la fuite en le voyant. Sans hésiter une seule seconde, Merlin se lança à sa poursuite.
-Arrête-toi ! cria-t-il. Je ne te veux aucun mal.
C'était vrai, mais seulement si elle ne représentait pas un danger pour Camelot. Sinon… Merlin refusait d'y penser.
La petite silhouette arrêta sa course lorsqu'elle entendit ce qu'il disait, et elle se retourna lentement. Merlin cessa aussi de courir et l'observa. Il était difficile de distinguer ses traits dans l'obscurité grandissante. A la grande surprise de Merlin, elle retira alors sa capuche et lui fit un grand sourire.
-C'est toi, Merlin ? dit-elle stupéfaite. Je ne t'avais pas reconnu sous cette forme.
Il fronça les sourcils. Comment le connaissait-elle ? Elle ne faisait pas partie des druides puisqu'elle l'avait appelé Merlin, et non Emrys. A présent que sa capuche était abaissée, il pouvait voir à quoi elle ressemblait, et il était certain de ne jamais l'avoir vue auparavant. Mais peut-être avait-elle changé son apparence, tout comme lui. Il se concentra sur les yeux de la petite fille, essayant d'y discerner son identité. Lorsque Gwen avait été transformée en biche, il avait suffi à Merlin d'observer le regard de l'animal pour voir qu'il s'agissait de son amie. Peut-être cela fonctionnerait-il aussi dans la situation présente.
Les yeux bleus de l'enfant avaient quelque chose de familier. Quelque chose que Merlin n' avait jamais vu dans le regard d'aucun homme, femme ou enfant, mais qu'il avait déjà rencontré auparavant.
-Aithusa…, comprit-il. Comment est-ce possible ?
-Grâce à toi, répondit simplement l'enfant.
Aithusa raconta à Merlin comment elle en était venue à faire ce qu'elle faisait. Elle lui expliqua ce que Kilgarrah avait compris en voyant ce qu'elle était capable de faire, et elle lui parla de Sylt.
-Je ne pouvais tout simplement pas laisser les habitants de Camelot dans la détresse, aux mains de Morgane, plaida-t-elle, espérant qu'il comprendrait. Tu n'étais pas là pour les protéger d'elle, quelqu'un devait s'en occuper.
-Tu es courageuse, dit-il, je suis heureux que tu aies agi ainsi, que tu aies été là pour faire ce que je ne pouvais pas faire moi-même.
-Mais je compte continuer ! l'interrompit-elle. On a encore besoin de moi, et tu ne peux pas être partout, veiller à la fois sur le roi et sur tout Camelot. Et j'ai remarqué quelque chose, enchaîna-t-elle. Mes actions font réfléchir les gens. Ils commencent à se demander si la magie est si mauvaise que ce qu'on veut leur faire croire.
-Ne t'inquiète pas, la rassura Merlin, je n'ai aucune intention de t'empêcher de continuer. Tu t'en sors très bien. Je voudrais juste que tu me fasses une promesse : si jamais tu as des ennuis, si quelque chose se passe mal et que tu as besoin d'aide, je veux que tu viennes me voir.
Elle promit. Kilgarrah avait eu tort de penser que Merlin serait horrifié de voir ce qu'elle faisait. Aithusa ressentit une forte affection pour son Seigneur des Dragons, il la comprenait.
-Maintenant, reprit-il en souriant, dis m'en plus sur ce que tu fais.
En une nuit, Aithusa avait réussi à aider une dizaine de familles et avait même libéré quelques prisonniers des cachots de Camelot. Elle aurait aimé faire plus mais elle devait se faire discrète : avec Morgane au pouvoir, elle ne pouvait pas risquer de se faire prendre, elle n'était pas encore assez puissante pour lutter contre la sorcière.
Un jour, Sylt lui annonça qu'il allait lui parler de Morgane, pour qu'elle sache à qui elle avait affaire.
-Tu dois savoir que tes ennemis ont toujours une histoire, commença-t-il. Morgane n'a pas toujours été ainsi. Tu sais déjà qu'elle était autrefois la pupille d'Uther mais Kilgarrah n'a probablement pas jugé nécessaire de t'expliquer quel type de personne elle était. C'est compréhensible de sa part, il l'a toujours haïe parce qu'il a toujours su ce qu'elle deviendrait. Mais je pense qu'il est nécessaire que tu en apprennes plus sur la personnalité de Morgane.
Aithusa buvait les paroles de Sylt. Elle l'écouta pendant plusieurs heures d'affilée tandis qu'il brossait le portrait d'une jeune femme douce et sensible, que l'on voyait souvent détourner le regard lors des exécutions parce que leur vue lui était insupportable. Toujours prête à affronter le danger pour aider les gens, on pouvait la voir s'activer au chevet des blessés lorsque Camelot était attaquée, ou tenir tête au roi quand la vie de ses amis était menacée.
Depuis son enfance, Morgane faisait des rêves prémonitoires. Aithusa savait qu'un tel pouvoir était un fardeau puisque, comme pour tous les dragons, des bribes de destin se révélaient à elle à chaque instant. Connaître les choses avant qu'elles ne se produisent était plus terrible encore que les ignorer. Mais Aithusa, elle, pouvait intervenir et changer le cours des évènements. Ce n'était pas le cas de Morgane, qui était condamnée à voir toutes ses visions se réaliser. Si l'on ajoutait à cela la peur que son pouvoir ne soit découvert, sa vie à Camelot n'avait pas été facile. D'autant que Morgane avait commencé à développer de nouveaux pouvoirs au fil du temps.
Tandis qu'Aithusa répétait à Merlin les paroles de Sylt, elle vit qu'il hochait la tête tristement, se remémorant probablement cette époque.
-Est-ce pour cela que tu as choisi de la sauver ? demanda-t-il.
Lorsque Morgane fut vaincue, Aithusa était avec Sylt.
Morgane était en train de mourir.
Aithusa pouvait sentir sa douleur, sa peine, ses doutes et, plus que tout, sa solitude. Elle allait mourir seule dans cette forêt et personne ne la regretterait. Bien des années auparavant, tout était différent, Morgane avait une famille et des amis, elle était Dame Morgane, la pupille du roi. Aujourd'hui, elle était haïe par ceux qui autrefois l'adoraient. L'imminence de sa fin faisait vibrer la toile du destin, Aithusa le percevait, et nul doute que Kilgarrah aussi, où qu'il soit en cet instant. Mais plus encore que l'approche d'un moment fatidique, la dragonne ressentait le besoin urgent de sauver Morgane. C'était absurde, la sorcière avait causé tant de mal, le monde serait libéré d'un poids si elle disparaissait. Pourtant, Aithusa n'arrivait pas à se défaire de cette sensation.
Elle ne pouvait s'empêcher de se reconnaître en la Morgane du passé, celle qui devait cacher sa magie car elle vivait dans un royaume qui la rejetait, celle à qui l'avenir se révélait sans qu'elle n'ait jamais rien demandé. Aithusa prit conscience qu'elle croyait en une rédemption de la sorcière.
Mais elle pouvait déjà entendre la voix de Kilgarrah, qui lui dirait que le destin de Morgane était de mourir de la main d'Emrys et que son heure était arrivée.
Malgré ses doutes, elle fit le choix de croire en son instinct et de guérir Morgane.
Note de l'auteur: Alors cette scène entre Arthur et Merlin? Morgane sera dans le prochain chapitre, promis.
Merci aux nouvelles personnes qui suivent cette histoire ! N'hésitez pas à me donner votre avis.
