Chapitre 9 : Le vrai tombeau des morts, c'est le cœur des vivants
Le vrai tombeau des morts, c'est le cœur des vivants. – Jean Cocteau
Arthur savait reconnaître une diversion lorsqu'il en voyait une. Ce qu'avait fait le sorcier en était sans aucun doute une. Mais la moitié des gardes de Camelot était déjà sur les talons de l'enfant, tandis que cet homme était apparu comme sorti de nulle part.
Il avait tout d'abord fait jaillir une flamme de la paume de sa main, et avait détalé la seconde suivante. Puis il avait envoyé un chevalier à terre d'un simple regard. Ce n'était pas un sorcier comme les autres, il était plus puissant, plus dangereux. Peut-être plus encore que Morgane ou Mordred. Pourtant, après s'être retourné, le jeune homme n'avait pas réussi à utiliser ses pouvoirs contre Arthur. C'était un mystère que le roi n'arrivait pas à résoudre. Pourquoi semblait-il protégé des attaques des sorciers ?
Les choses étaient ensuite devenues plus étranges encore : un duel à l'épée s'était engagé entre le sorcier et lui, mais Arthur avait clairement eu l'avantage, son adversaire étant bien trop inexpérimenté pour lui tenir tête. Arthur s'apprêtait à lui asséner le coup qui le neutraliserait définitivement lorsque l'homme avait fermé les yeux. L'instant d'après, l'arme d'Arthur était bloquée par celle du sorcier, qui avait agi avec une rapidité hors du commun.
Après cela, le roi fut incapable de porter le moindre coup à son adversaire. Ce dernier arrêtait toutes ses tentatives avec la plus grande facilité. Le regard du jeune homme ne perdait pas un seul instant son éclat d'or, signe que son incroyable agilité était d'origine magique. Il ralentit le temps, comprit Arthur, et cette pensée lui glaça le sang. Il n'avait jamais entendu parler de sorciers capables d'une telle prouesse. Qui était cet homme ?
Arthur lutta du mieux qu'il put, mais son adversaire était tout simplement trop rapide pour lui. En quelques instants, le sorcier le désarma et le fit tomber à terre. La tête d'Arthur heurta brutalement le sol, et il eut tout juste le temps de voir le jeune homme faire une grimace. Puis ce fut le noir complet.
Aïe ! Merlin vit Arthur se cogner la tête en tombant, et il ne put s'empêcher de grimacer. La bosse qui ornerait le crâne du roi n'allait vraiment rien faire pour améliorer son humeur déjà massacrante. L'avantage était qu'Arthur était à présent inconscient et que Merlin pouvait prendre la fuite.
Avant de s'en aller, il se pencha au-dessus d'Arthur pour vérifier qu'il n'était pas blessé. Le combat avait été une expérience stupéfiante, jamais Merlin ne s'était senti aussi vivant, jamais il ne s'était senti aussi puissant. Même dans un corps auquel il n'était pas habitué, il n'avait eu aucun problème pour prendre le contrôle de l'affrontement. Mais il n'aurait pas dû en arriver là. Normalement, il aurait dû être capable d'utiliser ses pouvoirs sur Arthur, et pas seulement en présence d'Arthur. D'ailleurs, il l'avait déjà ensorcelé par le passé. Alors qu'est-ce qui avait changé depuis la dernière fois ?
Merlin jeta un coup d'œil autour de lui pour s'assurer que personne ne s'approchait. La rue était déserte. Concentrant son attention sur Arthur, il essaya à nouveau d'utiliser la magie sur lui. La main tendue, guettant toujours l'arrivée de gardes, Merlin fit lentement léviter le corps inconscient d'Arthur, qui s'éleva sans aucun problème. Il le reposa ensuite à terre, toujours sans la moindre difficulté.
Merlin était perdu. Pourquoi pouvait-il maintenant utiliser la magie sur Arthur ? Qu'est-ce qui avait changé depuis qu'il avait essayé quelques instants plus tôt ?
Toujours cette même question: qu'est-ce qui a changé ?
Etait-ce dû au fait qu'Arthur avait perdu connaissance ? Bénéficiait-il d'une protection magique qui ne fonctionnait que s'il était conscient ? Non, tout cela n'avait pas de sens.
Il fit appel à ses souvenirs, et tenta de se remémorer le moment où Arthur était arrivé, le moment où Merlin avait essayé sans succès de l'arrêter par magie. Le roi avait courut dans sa direction, son épée à la main, et il avait ensuite…
Son épée à la main.
Une épée forgée dans le souffle d'un dragon par Merlin lui-même.
Merlin se tourna vers l'arme d'Arthur, qui gisait à quelques pas de ce dernier. Se pouvait-il que… Il ramassa l'épée et la plaça dans la main du roi. Puis, il tenta à nouveau de le faire léviter.
Rien ne se produisit.
Aithusa errait sans but dans les rues de Camelot, encore sous le choc. Elle n'arrivait pas à croire ce qu'il s'était passé. C'était inattendu, brutal, et entièrement de sa faute. Elle était responsable de cette tragédie…
« Merlin » appela-t-elle mentalement. C'était une supplique, elle avait besoin qu'on la réconforte, elle avait besoin de quelqu'un qui la comprenne. Désormais, elle n'avait plus que Merlin.
Il la rejoignit quelques instants plus tard, après avoir repris son apparence normale.
-Que s'est-il passé ? demanda-t-il d'une voix inquiète.
-Il est mort, bredouilla-t-elle, ayant encore du mal à y croire elle-même. Ils l'ont tué… C'est de ma faute…
-L'Archiviste ? Mais comment a-t-il…
Elle poursuivit sans faire attention à ce qu'il disait, aveuglée par la peine.
-Il m'a dit de ne pas me cacher dans la bibliothèque, j'aurais dû comprendre ce qu'il voulait dire ! Le sort qui la protégeait ne pouvait disparaître que si Sylt le levait lui-même ou s'il mourait. Il savait qu'il risquait de ne pas s'en sortir !
-Je suis désolé, Aithusa, murmura Merlin.
Doucement, il l'entraîna hors de la cité. Elle le suivit en titubant, tout en continuant de parler.
-Lorsque j'ai compris, il était trop tard, ajouta-t-elle d'une voix faible. Je l'ai senti mourir. De la même façon que j'ai senti Morgane perdre la vie. Je n'ai même pas eu besoin de retourner sur place pour le constater par moi-même parce que j'ai perçu le moment précis où l'épée du garde le transperçait.
Sa voix se brisa à l'évocation de cet instant. Elle tourna son regard vers lui, arrêtant leurs pas quelques instants.
-Crois-tu que ce sera la même chose à chaque fois ? sanglota-t-elle. Vais-je perdre une à une toutes les personnes auxquelles je tiens ? Et dois-je à chaque fois sentir la vie les quitter sans rien pouvoir faire ?
-Je suis désolé, répéta Merlin.
Désolé.
Elle aurait aimé qu'il ait un autre mot à la bouche. Qu'il dise quelque chose qui l'aide à oublier la souffrance qui l'étouffait.
-Je sais ce que c'est que de perdre un proche, murmura-t-il. Mais je ne sais pas pourquoi tu es capable de ressentir leur mort…
Alors il ne pouvait rien faire. Même celui qui avait fait d'elle ce qu'elle était demeurait impuissant devant le résultat.
-Nous allons retrouver Kilgarrah, dit-il, il en sait beaucoup plus que moi sur le sujet. Il pourra t'aider.
Sans protester, Aithusa se laissa conduire dans la forêt par son Seigneur des Dragons. Elle l'entendit appeler le Grand Dragon, mais tout se déroulait comme dans un rêve. Elle avait perdu le contact avec la réalité, et ne pouvait penser à rien d'autre qu'aux dernières paroles qu'elle avait échangées avec Sylt. Il était mort pour la protéger. Elle aurait dû se douter qu'il n'était pas assez puissant pour affronter les gardes de Camelot. Elle sentit à nouveau les larmes monter.
Tandis qu'ils attendaient l'arrivée de Kilgarrah, Merlin resta à ses côtés, et sa seule présence suffit à réconforter Aithusa. Il ne pouvait pas atténuer la souffrance, mais il pouvait lui montrer qu'elle n'était pas seule et qu'il la soutenait. Recroquevillée au sol, elle pleurait en silence.
Lorsque le Grand Dragon se posa devant elle, Merlin lui expliqua la situation.
-Je dois retourner à Camelot, dit-il, Arthur va se poser des questions si je ne reviens pas très vite. Mais je ne peux pas laisser Aithusa seule dans cet état. Elle est épuisée et en deuil. Et elle dit qu'elle a ressenti la mort de Sylt… Est-ce une chose commune chez les dragons ? Elle est perdue, Kilgarrah, et je suis loin d'être la personne la mieux placée pour lui venir en aide.
Le Grand Dragon l'écouta attentivement puis, posant son regard sur Aithusa, il promit qu'il aiderait la jeune dragonne à y voir plus clair.
-Je vais l'emmener loin d'ici, dit-il. Elle doit se ressourcer et prendre le temps de se remettre de la perte qu'elle vient de subir.
Merlin se redressa vivement en entendant cela.
-Vous voulez dire que je ne pourrai plus la voir ?
-Ce n'est que temporaire, assura Kilgarrah. Tu croiseras à nouveau le chemin d'Aithusa, sois-en certain, jeune sorcier.
Merlin ne répondit pas, mais Aithusa vit ses épaules s'affaisser.
-Non…, intervint-elle. Je ne veux pas quitter Merlin…
Elle vit le jeune homme s'approcher d'elle et la prendre dans ses bras.
-Tu dois t'éloigner de Camelot, dit-il avec douceur. Tu auras moins de mal à te remettre de cette tragédie. De plus, tu es recherchée : ce n'est qu'une question de temps avant qu'on ne fasse le lien entre l'enfant qui soigne les villageois et celui qui a aujourd'hui créé la confusion dans la cité.
-Non…, gémit à nouveau Aithusa, mais ses protestations s'affaiblissaient.
-Cela ne me plaît pas plus qu'à toi, avoua Merlin, mais Kilgarrah m'a assuré que nous allions nous revoir.
Alors il avait accepté la décision du Grand Dragon.
Si Merlin pensait que quitter Camelot était la meilleure chose à faire pour elle, alors elle l'écouterait. Elle acquiesça doucement.
Tandis que Merlin la hissait sur le dos de Kilgarrah, elle laissa le sommeil embrumer peu à peu son esprit.
-Au revoir, Merlin, murmura-t-elle doucement, avant de laisser la fatigue l'emporter.
Aithusa savait que la prochaine fois qu'elle verrait le jeune sorcier, tout aurait changé.
C'était la seconde fois en quelques jours que Merlin devait trouver les mots pour réconforter une amie en pleurs. Morgane et Aithusa étaient deux âmes en peine, torturées par le destin. Il se fit la réflexion que la solution aux tourments de Morgane était peut-être l'aide d'Aithusa, et réciproquement. Elles étaient similaires sur tellement de plans. A commencer par le fait qu'elles portaient toutes deux ce fardeau qu'était celui de voir l'avenir… Merlin n'en avait fait l'expérience qu'occasionnellement, et cela n'avait jamais été plaisant.
Mais il savait que cette idée de réunir deux personnes telles que Morgane et Aithusa n'était que folie. Il leur fallait à chacune quelqu'un de solidement ancré dans la réalité pour les aider à surmonter leur confusion. Ou elles ne feraient que sombrer plus profondément.
A présent, Aithusa dormait à poings fermés sur le dos de Kilgarrah. Avant que ce dernier ne prenne son envol, Merlin se souvint d'une chose importante qui avait déserté son esprit lorsqu'il avait trouvé son amie en larmes. Il s'adressa au Grand Dragon.
-L'épée d'Arthur…, commença-t-il. J'ai essayé d'utiliser mes pouvoirs sur Arthur mais elle l'a protégé. Vous saviez ce qu'elle pouvait faire ?
Il était difficile de discerner les émotions du dragon, mais Kilgarrah ne parut pas vraiment surpris.
-Excalibur a été forgée dans mon souffle, rappela-t-il.
-Excalibur ? répéta Merlin.
L'épée avait donc un nom. Et elle était apparemment capable de protéger son porteur des attaques magiques. Kilgarrah le savait parfaitement mais, comme à son habitude, il n'avait pas jugé bon de prévenir Merlin.
-Excalibur est capable de protéger Arthur des attaques les plus faibles, précisa le Grand Dragon, mais si un puissant sorcier s'en prend à lui, c'est de toi que le roi aura besoin.
Merlin hocha la tête, il n'était pas surpris : les choses n'étaient jamais simples avec la magie.
-Il est temps que je retourne à Camelot.
Il regarda longuement Aithusa, qui dormait d'un sommeil paisible sur le dos de Kilgarrah. Il s'était véritablement pris d'affection pour la jeune dragonne, et il espérait de tout son cœur qu'elle se remettrait vite. Merlin n'avait pas connu l'Archiviste mais il savait que c'était un homme bon, et voir Aithusa souffrir ainsi lui était douloureux.
-Prenez soin d'elle, Kilgarrah, dit-il.
Merlin ne s'attarda pas pour voir le dragon prendre son envol. Cela ne rendrait la séparation que plus difficile. Il se hâta de retourner à Camelot, espérant que son absence était passée inaperçue.
Malheureusement, à peine avait-il pénétré dans la cité qu'il tomba sur Arthur. Ce dernier interrogeait un groupe d'hommes, et l'un d'entre eux avait le corps parsemé de brûlures. Merlin supposa que cela avait un rapport avec la fuite d'Aithusa.
-Où étais-tu passé ? demanda Arthur lorsqu'il le vit.
Le souverain fronça les sourcils en voyant que Merlin venait de l'extérieur.
-Que faisais-tu dehors ?
Merlin s'empressa de bredouiller la première excuse qui lui vint à l'esprit :
-Je montais la garde…au cas où le fugitif tenterait de sortir de Camelot.
-Oh, fit Arthur, et alors ?
-Alors quoi ?
Merlin pouvait voir que le roi perdait rapidement patience.
-Alors, as-tu vu le fugitif sortir ?
-Non, je n'ai rien vu, répondit Merlin, tentant de prendre un air ennuyé. Et vous, avez-vous réussi à le capturer ?
-La réponse me paraît évidente, Merlin. Tu vois bien que non. Si je l'avais capturé, je ne te demanderais pas si tu l'as vu !
-Que s'est-il passé ? demanda Merlin, innocemment.
-Il avait des complices, expliqua Arthur, tout en entraînant son serviteur à sa suite dans les rues de Camelot. Nos gardes ont réussi à attraper l'un d'eux. J'ai suivi l'autre mais il m'a échappé.
En d'autres circonstances, Merlin aurait saisi l'occasion pour narguer le roi et tenter de lui soutirer plus d'informations sur la façon dont le complice du fugitif lui avait échappé, mais le souvenir des sanglots d'Aithusa était encore présent dans son esprit, et lui ôtait toute envie de s'amuser.
-Qui avez-vous attrapé ? demanda-t-il, bien qu'il connaisse déjà la réponse.
-Un sorcier plutôt âgé, dit Arthur, il n'a pas survécu. Mais nous avons trouvé une gigantesque bibliothèque chez lui. C'est là que nous allons.
Ils s'arrêtèrent devant la maison de l'Archiviste, du moins Merlin supposait que c'était sa maison. C'était donc là qu'Aithusa venait régulièrement. Il sentit une vague de tristesse en pensant que la jeune dragonne ne trouverait plus jamais refuge ici.
Ils entrèrent dans l'habitation, et trouvèrent le corps de Sylt dans l'entrée. Il était plus âgé que ce que Merlin avait imaginé. Et il paraissait si frêle, si fragile, il ne pouvait pas survivre à un tel affrontement. Une blessure béante était présente sur son torse, signe qu'il avait été traversé d'une épée, Aithusa ne s'était pas trompée. Merlin détourna le regard de ce spectacle morbide.
Mais Arthur ne s'arrêta pas là. Il conduisit son serviteur jusqu'à la bibliothèque.
De toute son existence, Merlin n'avait jamais vu une bibliothèque aussi grande. Il sentit immédiatement la magie qui se dégageait de ses ouvrages. Il constata aussi avec stupéfaction la présence de cristaux, sans aucun doute issus de l'Antre de Cristal. L'endroit regorgeait de puissance magique, et le jeune sorcier sentit un frisson lui parcourir l'échine.
Inconscient de l'état dans lequel se trouvait son serviteur, Arthur s'entretenait avec un chevalier. Celui-ci lui expliquait qu'il s'agissait d'archives magiques. Pour confirmer cela et avoir plus d'informations, quelqu'un avait été envoyé au château pour faire venir Gaius et Geoffroy de Monmouth. Les deux hommes ne tarderaient pas à arriver.
-Bien, dit-Arthur. Que sait-on de l'enfant qui s'est échappée ? J'ai parlé au jongleur grâce à qui on l'a percée à jour. C'est apparemment une fillette blonde, probablement la même que celle qui vient en aide aux habitants de Camelot durant la nuit. D'après les témoignages, elle a été touchée par un objet enflammé mais n'a pas du tout été brûlée.
-On ne sait rien à son sujet, répondit le chevalier. Elle a complètement disparu. Aucune fillette de Camelot ne correspond à la description qu'ont donnée ceux qui ont assisté à la scène.
-Et le jeune homme ? demanda Arthur. Celui qui a fait diversion pour qu'elle s'enfuie. A-t-on la moindre idée de l'endroit où il peut être ?
Mais la réponse du chevalier fut la même. Personne ne savait quoi que ce soit. Désespéré, Arthur fit demi-tour et retourna dans l'entrée de la maison, Merlin toujours à sa suite.
Quelques instants plus tard, Geoffroy et Gaius les rejoignirent. Merlin croisa le regard de ce dernier lorsqu'il le vit, mais il ne pouvait rien dire en présence d'autres personnes. Les deux hommes s'apprêtaient à traverser à leur tour l'entrée pour se rendre dans la bibliothèque, quand Geoffroy poussa un cri de stupeur. A la vue du cadavre, ses yeux s'étaient arrondis d'étonnement.
-Sylt ! s'exclama-t-il, attirant l'attention de toutes les personnes présentes dans la pièce.
-Vous le connaissez ? s'étonna Arthur. Qui est-ce ?
Gaius se pencha à son tour sur le corps de l'homme, et lui aussi sembla le reconnaître.
-On l'appelle l'Archiviste, Sire, expliqua-t-il en fronçant les sourcils d'un air pensif.
-Je travaillais avec lui avant la Purge, ajouta Geoffroy.
Le pauvre homme peinait visiblement à croire ce qu'il voyait.
-Sylt et moi étions les bibliothécaires de Camelot, reprit-il. Durant la Purge, quand le roi Uther a voulu détruire les archives magiques de Camelot, Sylt les a dérobées. Il refusait que tous les éléments prouvant que la magie a un jour été acceptée soient brûlés. Il les a déplacées par un puissant sortilège, et on ne l'a plus jamais revu. Je n'arrive pas à croire qu'il était dans la cité pendant toutes ces années, juste sous nos yeux !
Tous les regards se tournèrent vers Arthur, attendant ses ordres.
-Je dois étudier les documents de cette bibliothèque, dit-il finalement.
Il s'adressa ensuite aux chevaliers présents.
-Organisez les recherches pour retrouver les sorciers qui nous ont échappé.
-Que comptez-vous faire du corps de l'Archiviste ? demanda soudain Gaius, prenant tout le monde par surprise.
-Ceux qui pratiquent la magie doivent être brûlés… commença Arthur.
-Laissez-moi m'en occuper, l'interrompit Merlin.
Arthur manqua de s'étouffer lorsqu'il entendit la requête de son valet. Mais celui-ci ne se démonta pas pour autant. Il ne pouvait pas abandonner Sylt aux hommes de Camelot, qui traiteraient sa dépouille comme celle d'un criminel. Pas après ce que le vieil homme avait fait pour Aithusa. Et certainement pas après ce qu'il avait fait pour la communauté magique toute entière en protégeant ces archives.
-Cet homme est déjà mort, dit Merlin en calmant le tremblement de sa voix. Le mettre au bûcher dans la cour de Camelot ne servirait à rien. Je peux le sortir de Camelot et le brûler moi-même…pour nous en débarrasser.
C'était un pari risqué qu'il faisait là. Même si Arthur acceptait, rien ne garantissait qu'il le laisse y aller seul.
Après quelques secondes d'un silence angoissant, le souverain répondit enfin.
-D'accord, dit-il. Tu peux l'emmener.
Merlin retint un soupir de soulagement.
OoOoO
Le soleil était sur le point de se coucher lorsque Merlin atteignit la rive du lac. Délicatement, il déposa le corps de Sylt sur la petite embarcation en bois. Il plaça dans les mains du défunt une fleur blanche. Blanche comme la dragonne que le vieil homme avait protégée au prix de sa propre vie.
-Je suis désolé, s'excusa Merlin. Vous auriez certainement préféré qu'Aithusa soit présente.
Comme il l'avait fait pour Freya quelques années plus tôt, Merlin attendit que la barque soit suffisamment éloignée du bord pour y faire naître les flammes.
Note de l'auteur : Aithusa va disparaître pendant un certain nombre de chapitres… mais elle reviendra, soyez-en sûrs ! Pour ce qui est du prochain chapitre, il s'appellera Avertissement et on y verra le retour de deux personnages non réguliers de la série (des idées sur ceux dont il s'agit ?).
