Note de l'auteur : Ce chapitre raconte la suite de cette nuit blanche, commencée dans le chapitre précédent. Je rappelle qu'Arthur est retourné chez l'Archiviste et a trouvé comment utiliser les cristaux pour voir les évènements de son choix du passé ou de l'avenir. Quant à Merlin, il a endossé le rôle du personnage de Guy qu'il s'est créé, il est chez Morgane et ils ont commencé à discuter.

Bonne lecture !

Chapitre 13 : Nuit blanche, partie 2 : Pactiser avec l'ennemi

Tout ce qu'Arthur avait à faire, c'était prendre le cristal et le poser sur la table.

Il deviendrait un traître.

Sauf que la magie ne viendrait pas de lui, elle viendrait du cristal. Il ne lancerait aucun sort lui-même.

Il utiliserait tout de même la magie du cristal.

Mais utiliser un objet magique ne faisait pas de quelqu'un un sorcier.

Uther n'aurait jamais toléré qu'il l'utilise.

S'en servir permettrait de gagner de précieuses informations sur Mordred.

Mais ce serait illégal et immoral.

Des centaines de vie seraient sauvées.


-D'où te vient ce bracelet, Morgane?

-C'est un cadeau de ma sœur.

Merlin et Morgane étaient assis à la même table mais une distance à la mesure de leur méfiance réciproque les séparait.

-Je peux sentir qu'il est puissant.

-C'est un cadeau de ma sœur, répéta la jeune femme.

C'était pour elle une explication en soi.

-Quels sont ses pouvoirs ?

-Il m'aide à dormir la nuit.

Dans le silence de la cabane, le temps semblait se figer dans une atmosphère tendue.

-Tu n'as pourtant pas l'air reposé.

-Certains cauchemars sont trop puissants pour être arrêtés.

-Pourquoi dis-tu cauchemars au lieu de visions ?

Il y avait aussi une forme de bienveillance dans leur échange.

-… Alors tu sais que mes rêves sont prophétiques ?

-Tout le monde le sait.

-Certaines visions sont trop importantes pour être arrêtées. Elles occupent mon esprit toutes les nuits.


Si Arthur se servait du cristal, il obtiendrait des informations sur Mordred, ce qui lui donnerait une chance de sauver son royaume. Il pouvait développer tous les remords possibles et imaginables à l'idée d'utiliser la magie, mais sauver des vies était la seule chose importante, la seule chose qui comptait. C'était une décision qu'il avait déjà prise deux fois auparavant: lorsqu'il été parti demander de l'aide au Seigneur des Dragons Balinor, et lorsqu'il avait recherché celle d'un sorcier pour guérir Uther. À chaque fois il s'était trouvé face au même choix, et à chaque fois il avait pris la même décision.

Arthur comprenait à présent pourquoi il était si réticent à dévoiler ce qu'il faisait à ses proches. Sans se le formuler, il avait toujours su qu'il en arriverait à cela. Il ne pouvait pas faire peser ce fardeau sur d'autres épaules que les siennes. Il était le roi. C'était à lui, et lui seul, que revenait la responsabilité de prendre les décisions difficiles.

C'était à lui de porter le poids de la trahison qu'il allait commettre cette nuit-là pour la troisième fois.


-Qui es-tu, Guy ?

-Tu m'as déjà posé cette question. Tout ce que tu dois savoir sur moi, tu le sais déjà.

-Je ne sais rien.

-Tu sais que tout ce que je souhaite c'est t'aider.

-Je ne l'ai senti que brièvement lorsque nos émotions se sont mêlées. Je n'ai aucun moyen d'en être sûre.

-Tu n'avais aucun moyen d'en être sûre quand j'ai frappé à ta porte. Mais tu m'as tout de même laissé entrer chez toi, tu t'es tout de même ouverte à moi. Qu'est-ce qui a changé ?

-Rien.

-Non, je ne crois pas. Je pense plutôt que tu t'apprêtais à me révéler le contenu de tes visions, et que tu voulais t'assurer que tu pouvais avoir confiance en moi.

-J'ai besoin d'en être sûre, Guy. Je t'en ai dit beaucoup mais toi tu n'as rien dit.

-Je ne peux pas tout te dire, Morgane… Mais je peux répondre à quelques questions.

-D'accord. Mais j'ai aussi une condition.

-Quelle condition?

-Il faut que tu refasses ce que tu as fait la dernière fois. Mêle nos émotions avec ta magie. Ainsi si tu me mens, je le saurai.


Le contact du cristal était glacé, comme pour montrer à Arthur que ce qu'il faisait est une erreur. Il fut à nouveau happé par la magie de l'artefact, guidé par une unique pensée : Mordred. Où était-il ? Que faisait-il ?

Le paysage se stabilisa sous ses yeux. Que voyait-il ?

Mordred. Le jeune garçon avait grandi mais il ne pouvait pas avoir plus d'une quinzaine d'années. Au moins, le cristal avait fonctionné. Où était-il ?

Au sommet d'une tour, à en juger par les nuages amoncelés à l'extérieur, si proches de la fenêtre.

Mordred faisait face à une femme portant un carquois dans son dos, et un arc à la main.

-De nouveaux sorciers ont répondu à l'appel de la dragonne, dit-elle, s'adressant au jeune garçon avec respect. On entend de plus en plus de rumeurs à ce sujet.

Mordred était furieux, Arthur pouvait le voir dans son regard. Les yeux bleus du jeune garçon étaient encore plus stupéfiants que dans son souvenir.

-Si le mouvement continue de croître, notre récente alliance risque d'être insuffisante pour prendre Camelot, dit Mordred. Nous avons besoin de son aide.

-Son aide ? Vous voulez dire l'aide de… Êtes-vous sûr que ce soit raisonnable ?

-C'est une puissante prêtresse de l'ancienne religion. Et elle est l'une des rares personnes en qui je peux avoir confiance.

-Mais Morgane a disparu depuis qu'elle a perdu Camelot, et personne ne l'a revue depuis. Beaucoup disent qu'elle est morte.

Mordred secoua la tête, agacé.

-Elle est bien vivante, assura-t-il, et un frisson parcourut l'échine d'Arthur. Il n'était pas surpris de la nouvelle mais avoir des doutes et savoir n'étaient pas la même chose.

Soudain, Mordred fronça les sourcils.

-Quelqu'un nous observe, dit-il.

La femme encocha aussitôt une flèche de son arc, cherchant une direction vers laquelle la pointer.

Instinctivement, Arthur recula d'un pas. Il savait pourtant que personne ne pouvait le voir.

-Pose ton arme, lui dit Mordred. C'est inutile. Nous sommes observés à travers un cristal, l'espion n'est pas dans la pièce.

Arthur s'aperçut qu'il retenait son souffle.

-Comment est-ce possible ? Tous les cristaux ont disparu lorsque les archives magiques de Camelot ont été volées. Seules certaines prêtresses de l'Ancienne Religion en possèdent encore.

-Nimueh et Morgause étaient les seules, mais elles ont été vaincues par Emrys.

-Alors qui nous observe ?

-Je l'ignore, mais cela ne va pas durer.

Mordred leva alors la main, prononçant un sort dans le langage de l'Ancienne Religion.

Arthur savait qu'il n'avait plus beaucoup de temps. Il se précipita vers la fenêtre pour tenter d'apercevoir l'extérieur et découvrir où se trouvait le repaire de son ennemi.

Mais il n'eut pas le temps d'atteindre son but. La pièce se remplit d'un brouillard blanc qui recouvrit peu à peu toutes les personnes et tous les objets.

L'instant suivant, Arthur était à nouveau dans la bibliothèque de l'Archiviste.


-Prends mes mains, Morgane.

-Est-ce vraiment nécessaire ?

-Il faut que nous soyons en contact pour que cela fonctionne. Comme la dernière fois.

-Très bien… Maintenant, que fait-on ?

-Je ne sais pas.

-Tu n'es pas sûr de pouvoir le refaire ?

-Cela ne m'était jamais arrivé avant, c'était purement instinctif.

-Tu fais beaucoup de magie instinctive ?

-… Oui.

-Moi aussi.


Arthur n'arrivait plus à voir Mordred avec le cristal. A chaque fois qu'il essayait, il se retrouvait autre part dans le passé ou le présent. Les images défilaient à toute vitesse sous ses yeux. Il s'était retrouvé face à une armée de sorciers prête à en découdre avec les ennemis de Camelot, puis dans la salle de la Table Ronde entouré de ses chevaliers, puis dans la salle du Conseil d'Uther entouré de conseillers magiques, puis dans un palais dont il n'avait pas su déterminer le propriétaire, puis enfin dans la salle du trône de Camelot où le roi Uther faisait face à un jeune homme au visage familier.

Arthur s'arrêta sur ce moment lorsqu'il mit enfin un nom sur l'individu : c'était Balinor, le dernier Seigneur des Dragons.

Détermination, doute. Mélancolie, réticence. Affection, révulsion.

-C'est…, c'est incroyable.

-Morgane ?

-Toutes ces émotions contradictoires qu'il y a en toi, Guy…, c'est incroyable !

Amitié, colère.

-Morgane, reprends tes esprits ! Si tu lâches mes mains, le lien sera brisé.

La jeune femme prit une longue inspiration et se concentra pour contenir le flot d'émotions qui la submergeait. S'apprêtant à poser sa première question, elle sentit une pointe d'appréhension de la part de Guy. Elle décida de commencer simplement.

-D'où viens-tu ?

-Je ne suis pas né à Camelot.

C'était vrai. Mais il refusait d'en dire plus.

-Que fais-tu durant la journée ? Avant de venir ici.

Elle vit qu'il choisissait ses mots avec soin, comme s'il craignait d'en dire trop.

-Je suis en compagnie des personnes qui me sont chères.

Encore la vérité.

-D'autres sorciers ?

-Non.

-Ils ignorent tout de ta magie, n'est-ce pas ?

Culpabilité. Frustration. Solitude.

-La plupart l'ignorent.

-Comment penses-tu qu'ils réagiraient s'ils l'apprenaient ?

Culpabilité. Crainte.

Pas de réponse.

Les mains du jeune homme se crispèrent dans les siennes et elle sentit sa détresse. Il lui transmettait une vague d'émotions qu'elle connaissait bien pour les avoir ressenties de nombreuses fois lorsqu'elle était à Camelot et craignait que l'on découvre ses pouvoirs.

Elle leva les yeux et croisa son regard. Il savait qu'elle s'était reconnue en lui. Mais cette époque tourmentée était loin d'elle, à présent sa magie était connue de tous. Alors, était-elle plus heureuse ainsi ? Non. Elle ne trouverait jamais le repos tant qu'elle n'aurait pas puni les responsables et récupéré ce qui lui revenait de droit.

Guy dut percevoir son désir de vengeance car il planta son regard dans le sien, semblant sonder les profondeurs de son âme. D'une certaine manière c'était le cas lorsqu'ils étaient liés ainsi. Morgane n'avait jamais rien ressenti de tel. Cette sensation d'être liée à une autre personne aussi étroitement, leurs deux esprits se touchant. Elle ne pouvait qu'avoir confiance en cette personne qui avait partagé avec elle doutes et désirs dans un tourbillon de sensations qui les déstabilisait tous deux par sa puissance.

-Rejoins-moi dans la lutte contre Camelot, lâcha-t-elle soudain.

Guy tressaillit à cette déclaration, et elle sentit les doigts du jeune homme desserrer légèrement leur prise sur les siens.

Panique.

Panique ? Craignait-il pour sa vie s'il se joignait à elle ?

-Pourquoi ? demanda-t-il. Tu as un nouveau plan pour conquérir la cité ?

-Nous pourrions rassembler une nouvelle armée. Je sais que tu es puissant, je l'ai vu de mes propres yeux lorsque tu as éteint d'un simple regard les flammes que j'avais allumées.

Elle capta à nouveau le bouillonnement familier des émotions de Guy, jusqu'à ce qu'il lui réponde d'une voix si calme qu'elle l'aurait cru parfaitement serein si elle n'avait pas été immergée dans son esprit.

-Les personnes de mon entourage dont je t'ai parlé…, dit-il. Elles ont besoin de moi.

Il disait vrai.

Morgane n'était pas sûre de comprendre ce qui l'empêchait de s'occuper de ces personnes tout en travaillant avec elle, mais il était clair qu'il ne révèlerait rien de plus. Il émanait de lui un amour des plus profonds à l'évocation de ses proches, et il ne lui concèderait rien sur ce point, prêt à tout pour les protéger. Alors elle n'insista pas, acceptant cette réponse.

Pour l'instant.


Arthur s'extirpa de l'enchaînement de moments que lui montrait le cristal lorsqu'il reconnut le visage du Seigneur des Dragons. Se plongeant dans la scène, il s'aperçut que ce n'était pas un simple instant de la vie quotidienne. Il se trouvait dans la salle du trône à Camelot, et Uther et Balinor étaient les deux seules personnes présentes. Leurs visages étaient crispés par l'affolement, tandis qu'à l'extérieur se faisaient entendre des hurlements et des grondements d'une puissance phénoménale. Le Seigneur des Dragons, outre son apparence plus jeune et ses cheveux courts, n'était pas encore l'homme qu'Arthur avait rencontré. Son regard n'était pas habité par la lassitude et la profonde tristesse qui lui avaient donné un air si lugubre le jour où Arthur et Merlin l'avaient trouvé. A vrai dire, l'étincelle déterminée qui scintillait pour l'instant dans les yeux du Seigneur des Dragons rappelait à Arthur l'attitude des plus courageux de ses chevaliers face au danger.

Balinor était couvert de cendres et, face à lui, Uther était sur le qui-vive.

-Camelot ne tiendra pas plus longtemps ! dit le Seigneur des Dragons.

-N'y a-t-il rien que nous puissions faire ? demanda Uther.

-La créature qui nous attaque s'abrite au cœur de sa monstrueuse création. Le seul moyen de la tuer est d'y pénétrer soi-même.

Les deux hommes partagèrent un regard lourd de sens. Après un court silence, le Seigneur des Dragons reprit :

-Je suis prêt à prendre ce risque pour sauver Camelot, mais je n'y parviendrai pas seul.

-De qui avez-vous besoin ?

-Pour cette mission, j'ai besoin d'un volontaire parmi les dragons.

-Volontaire ? interrogea Uther en haussant les sourcils.

-Il y a peu de chances que nous survivions, répondit simplement Balinor, et Arthur fut forcé de constater que le regard de l'homme ne l'avait pas trompé : c'était un véritable guerrier, prêt à donner sa vie pour Camelot.

Uther hocha la tête.

-J'espère que vous savez que la cité entière vous devra la vie si vous réussissez.

-Quant à moi, j'espère être encore vivant pour recevoir vos remerciements une fois que tout sera fini.

Sur ces paroles, le Seigneur des Dragons quitta solennellement la salle du trône, suivi de près par Arthur, qui voulait savoir quelle était la menace qui nécessitait de prendre des mesures aussi extrêmes.

Le spectacle qui l'accueillit lorsqu'il fit ses premiers pas à l'extérieur resterait à jamais gravé dans son esprit. La première chose qu'il vit fut la tornade. Une immense colonne de poussière et de terre qui se dressait au milieu de la cour intérieure, entourée de plusieurs autres colonnes plus petites mais bel et bien dévastatrices. Ensuite, Arthur vit les dragons. Il y en avait des dizaines, et ils étaient pour la plupart chevauchés par des hommes, probablement des Seigneurs des Dragons. Ces derniers se glissaient tant bien que mal entre les différentes tornades, tentant sans grand succès de toucher d'un sort ou d'une flamme la créature tapie au cœur de la plus grosse colonne. On ne pouvait distinguer les contours du monstre qui habitait le tourbillon, seule une vague forme était visible.

C'était un spectacle de feu et de sang. Arthur n'osait pas imaginer les dégâts qui avaient dû être causés lorsque le tourbillon avait traversé les zones habitées.

Lorsqu'enfin Arthur tourna à nouveau son attention vers Balinor, ce dernier se trouvait au sommet des marches, les bras le long du corps, prêt. Il leva le visage vers les cieux et lança un appel dans une langue inconnue, d'une voix rendue rauque par la puissance de son cri.

Immédiatement, l'attention de tous les dragons se fixa sur lui, et il poursuivit :

-Le seul moyen de mettre fin à tout cela est de s'en prendre à la créature qui se trouve au cœur même de la tornade, cria-t-il en désignant la gigantesque colonne. J'ai besoin de l'aide de l'un d'entre vous pour m'y rendre. Vous devez savoir qu'il n'y a que peu de chances que nous réussissions, et que la probabilité que nous survivions est plus infime encore.

Il prit une longue inspiration.

-Je cherche un volontaire.

Arthur ne put s'empêcher de frémir devant la terrible ironie de la situation. Car des années plus tard, lorsque le Grand Dragon s'en prendrait à Camelot, Arthur ferait cette même requête auprès des chevaliers. Lui aussi demanderait l'aide de volontaires pour affronter la créature, avec pour issue une mort qu'il croyait certaine.

Mais Arthur avait survécu. Balinor survivrait aussi puisqu'Arthur ferait sa rencontre plus tard.

L'un des rares dragons qui se déplaçait sans cavalier quitta alors la tour sur laquelle il était posé pour se placer devant le Seigneur des Dragons.

-Je suis volontaire, dit la créature.

Balinor le remercia d'un simple signe de tête avant de se hisser sur son dos, et ils prirent aussitôt leur envol. Arthur eut le temps de contempler les reflets bleutés des écailles du dragon avant que ce dernier et le Seigneur des Dragons qui le chevauchait ne s'engouffrent au cœur de la tornade, disparaissant dans la colonne de poussière. Alors Arthur attendit, le cœur battant, dans un mélange de curiosité et d'inquiétude.

Pendant de longues minutes, rien ne se produisit, il n'y eut aucun changement perceptible. Tous les regards étaient rivés sur l'immense tornade, et Arthur songea un instant à y entrer à son tour pour voir ce qu'il s'y passait. Après tout il ne pouvait rien lui arriver puisqu'il n'était pas vraiment là, ce moment n'était qu'un évènement du passé qui s'était achevé avant même sa naissance.

Mais alors même que cette pensée lui traversait l'esprit, il y eut un mouvement au niveau du sol et la base de la tornade se mit à trembler. Plusieurs flammes apparurent et remontèrent progressivement le long de la colonne, emportées par les déplacements d'air gigantesques que créait le phénomène. Un cri perçant retentit au cœur de la colonne, et cette dernière disparut soudainement, entraînant la chute de tous les objets qu'elle avait emportés sur son passage et fait tournoyer dans les airs.

La silhouette d'un dragon qui se déplaçait à toute vitesse pour éviter les plus gros débris pouvait être aperçue dans le nuage de poussière qui retombait peu à peu et, lorsque la visibilité revint, la créature se posa sur le sol. Une par une, les autres tornades moururent à leur tour, la créature qui les avait conjurées étant vaincue.

Le dragon et son Seigneur étaient recouverts de la tête aux pieds d'une épaisse poussière foncée, mais leur visage reflétait la joie de la victoire.


-J'ai une dernière question pour toi, Guy. Comment as-tu appris que le dragon blanc m'avait guérie ?

Merlin se retint de grimacer, mais c'était inutile dans de telles conditions, il ne pouvait pas dissimuler ses émotions à Morgane lorsqu'ils étaient liés ainsi par sa magie. Il réfléchit à toute vitesse, sentant l'agacement de la jeune femme augmenter à chaque seconde sans réponse qui s'écoulait, d'autant qu'elle percevait probablement qu'il cherchait un moyen de lui en avouer le moins possible. Il ne pouvait pas lui dire qu'il l'avait appris de Kilgarrah, qui lui-même l'avait appris d'Aithusa elle-même. Si Morgane avait réagi violemment en apprenant qu'Aithusa était une alliée d'Emrys, elle perdrait tout contrôle en découvrant que celui qu'elle appelait Guy et en qui elle avait désormais confiance était en contact avec la dragonne. Merlin devait trouver un moyen de le lui cacher sans mentir pour autant.

-Mes pouvoirs me permettent d'interagir avec certaines créatures magiques…, commença-t-il prudemment.

Les dragons, pensa-t-il, mais il n'en dit rien. Choisissant soigneusement ses mots, il reprit :

-L'une d'elles était présente au moment où la dragonne t'a guérie…

C'était la dragonne elle-même.

-C'est cette créature qui m'a prévenu de ce qu'il t'était arrivé.

C'était la pure vérité, Morgane le savait. Mais elle savait aussi que c'était une version très incomplète de la vérité. Merlin avait bel et bien gagné la confiance de la jeune femme, mais il sentait la frustration enfler en elle.

A ce moment précis, un orbe de lumière bleue se glissa par la fente de la porte, entrant chez Morgane et se dirigeant vers elle. D'abord perplexe, elle se rassura finalement.

-C'est un message, dit-elle en tendant une main pour que l'orbe s'y dépose.

En faisant cela, elle avait lâché l'une des mains de Merlin, affaiblissant le lien qui les unissait. Mais elle ne semblait pas s'en être rendu compte. Reconnaissant sa destinataire, la lumière bleue se changea en un petit morceau de parchemin qui tenait dans la paume de la main.

-Mordred…, murmura-t-elle en lisant ce qui y était inscrit.

Merlin comprit avec effroi ce dont il s'agissait, mais il était trop tard. Morgane lâcha son autre main, brisant complètement le lien.

En voyant la jeune femme sourire doucement à la lecture du message, il comprit que Mordred venait de gagner une alliée, faisant à nouveau de la jeune femme une menace, une ennemie. Merlin remercia silencieusement Morgane d'avoir brisé le lien à temps, car s'ils avaient encore été liés elle aurait senti la simple méfiance du sorcier se changer en hostilité.


Note de l'auteur : J'ai eu un mal fou à rédiger ce chapitre, j'espère qu'il est à la hauteur. Comme d'habitude, n'hésitez pas à donner votre avis, et ne vous gênez pas pour me faire remarquer les défauts que vous trouverez. Est-ce que vous préférez ce qui arrive à Arthur ou les conversations entre Merlin et Morgane ?