Chapitre 30 : La nuit des objets magiques

Il n'y avait qu'une vingtaine de livres chez Morgane, et plus de la moitié d'entre eux semblait concerner l'enchantement d'objets. Le problème était qu'aucun de ces ouvrages ne faisait de chapitre sur la façon d'annuler un sortilège lorsqu'il avait été lancé par une autre personne. Le seul espoir qu'avait Merlin de trouver une solution était de lire chaque manuel en entier pour y trouver peut-être une ou deux lignes à ce sujet. Morgane et lui s'étaient donc réparti les douze livres et avaient chacun entamé leur lecture dans le silence.

Après plusieurs heures d'intense concentration, Merlin leva finalement la tête, ne voyant dans le paragraphe qui l'attendait qu'un bloc d'ennui et de désespoir. Une courte pause serait la bienvenue. La jeune femme était toujours penchée sur le grimoire qu'elle était en train de lire, et il l'observa un instant.

-Et si nous combinions nos pouvoirs ? lâcha-t-il. Peut-être que cela suffirait pour détruire le bracelet sans avoir à annuler le sortilège de Morgause ?

Surprise, Morgane redressa la tête et écarta une mèche brune qui avait glissé sur son visage.

-Il y a une heure j'aurais sûrement accepté de tenter l'expérience, expliqua-t-elle. Mais, d'après ce que je viens de lire, cela pourrait s'avérer dangereux.

Elle tourna les pages qu'elle venait de terminer, à la recherche du paragraphe évoquant la question. Lorsqu'elle l'eut trouvé, elle tourna l'ouvrage pour le placer face à Merlin et lui montrer du doigt la ligne dont elle parlait.

-Il est écrit ici que l'enchantement que l'on place sur un objet est comme une entité vivante, prisonnière de son réceptacle. Quand on ensorcèle quelque chose, on enferme cette entité dans un objet dont la résistance se trouve démultipliée. Plus le sorcier qui enchante l'objet est puissant, plus l'objet est résistant. Et plus le sorcier passe de temps à travailler son sortilège, plus l'objet est résistant. Morgause a dû passer des jours voire des semaines à perfectionner ce sort, une personne seule n'a aucune chance de le détruire. Si nous unissons nos forces, nous pourrions y parvenir mais nous ne ferions que détruire le bracelet, c'est à dire le réceptacle. L'enchantement, lui, se trouverait libéré et pourrait s'évaporer dans la nature, ou prendre une forme corporelle dont on ignore la puissance.

-Alors nous n'avons pas le choix, soupira Merlin. Nous sommes obligés d'annuler le sortilège sans détruire le bracelet, le problème étant qu'aucun de ses livres n'explique quoi que ce soit sur le sujet. Comme s'il était tout simplement impossible d'annuler un enchantement.

-Peut-être que c'est le cas et que le seul moyen de s'en débarrasser est d'abord de détruire le réceptacle, et ensuite l'entité qui y était enfermée.

-Mais ce serait prendre un trop grand risque. Si jamais l'entité nous échappe, elle pourrait aller n'importe où et blesser n'importe qui.

-Alors que fait-on ?

-Il faut lire tous ces livres en entier. Si aucun d'entre eux ne propose de solution, je cacherai le bracelet là où personne ne pourra jamais le trouver.

Il y avait une indéniable curiosité dans l'expression de Morgane. Elle se demandait clairement pourquoi il tenait tant à ce que personne ne mette la main sur le bracelet que sa sœur lui avait offert pour calmer ses nuits. Mais, comme elle l'avait promis, elle se garda de lui poser la question.

Ils reprirent tous deux leur lecture : Merlin aurait bientôt terminé le deuxième des six ouvrages dont il avait la charge, tandis que Morgane en était à la moitié de son troisième. S'ils restaient concentrés jusqu'au bout, ils pourraient venir à bout des douze livres en une seule nuit.


Chris avait gardé le silence tout au long de la discussion, laissant les deux souverains assembler les diverses pièces du puzzle. Par moments, son regard s'était mis à briller, comme si les conclusions d'Arthur lui permettaient aussi de comprendre certaines choses. A d'autres moments, il se contentait de hocher très légèrement la tête, reconnaissant simplement que le roi ne se trompait pas.

Gwen, elle, ressentait une chose qu'elle n'avait pas eu l'occasion de ressentir depuis un moment : l'excitation. Elle avait la sensation qu'Arthur et elle venaient de résoudre une énigme particulièrement difficile, et que ce qu'ils avaient découvert était extraordinaire. Lorsqu'elle était montée sur le trône aux côtés de l'homme qu'elle aimait, sa vie avait basculé. Il y avait évidemment de très bons côtés à ce changement, mais il lui arrivait parfois de se sentir nostalgique. Son amitié avec Merlin était née des aventures qu'ils avaient vécues ensemble, tous deux les serviteurs de nobles, et trouvant ensemble des solutions aux étranges intrigues de Camelot. C'était une période simple, durant laquelle les problèmes d'état ne la concernaient pas. Devenir reine avait été une transition similaire au passage de l'enfance à la vie d'adulte : les aventures avaient laissé place aux responsabilités, et Gwen en avait presque oublié qu'il ne lui était pas interdit de s'amuser. Aussi inquiétante que soit la situation, élucider ces nouveaux mystères qui pesaient sur Camelot lui avait tout simplement permis de retrouver les sensations qui lui manquaient tant, et le plus étrange était qu'elle venait seulement de s'apercevoir du vide que leur absence avait engendré.

Mais plus encore que le frisson de l'aventure, c'étaient les moments de complicité avec Merlin qui lui manquaient. Peut-être s'étaient-ils éloignés parce qu'ils ne partageaient plus les mêmes préoccupations maintenant qu'elle était reine, ou peut-être était-ce à cause du secret de son ami, qui les empêchait de se confier entièrement l'un à l'autre. Mais à présent elle savait tout, et c'était un véritable soulagement : ils allaient enfin pouvoir discuter comme ils en avaient l'habitude au début de leur amitié.

Le souvenir des premières semaines passées avec Merlin fit naître un sourire sur le visage de la jeune femme. Et dire qu'elle avait à une époque cru qu'une romance avec lui allait de soi ! Après tout, tous les signes semblaient pointer dans cette direction : il était généreux, intelligent, courageux et semblait sincèrement tenir à elle. De plus, c'était un beau jeune homme, et ils étaient tous deux de la même condition, étant chacun le serviteur d'un noble de Camelot. Il était naturel qu'elle le voie comme un potentiel intérêt romantique, elle était même allée jusqu'à l'embrasser ! Mais au lieu d'aller plus loin, ils étaient simplement restés de très bons amis. Plus Gwen y pensait, et plus elle avait l'impression que son intérêt pour Merlin était purement dû au fait qu'une romance avec lui aurait été pratique. Bien plus pratique qu'une liaison avec le prince de Camelot en tout cas. Ce n'était pas comme si Gwen avait déjà été attirée par Arthur à cette époque, mais cette absence d'intérêt était peut-être simplement due au fait que la jeune femme ne le voyait pas comme quelqu'un d'accessible pour une personne de son rang. Alors la question ne se posait même pas ! Si elle devait être parfaitement honnête, il lui fallait reconnaître qu'elle n'avait jamais été insensible au charme d'Arthur Pendragon, même lorsqu'il se comportait comme un enfant gâté et prétentieux. C'était un grand prince blond aux traits fins et aux valeurs héroïques propres aux chevaliers. Mais elle n'était à cette époque qu'une admiratrice comme une autre, et le jeune prince avait beaucoup d'admiratrices. Ce ne fut qu'après qu'il eut évolué que cette admiration s'était changée en véritable inclination. Et lorsqu'Arthur était devenu relativement accessible, au sens où il ressentait la même chose pour elle, elle avait commencé lentement mais sûrement à tomber amoureuse.

Elle s'en voulait d'avoir mis si longtemps à comprendre qu'Arthur était son véritable amour. Apparemment, la seule personne qui l'avait immédiatement remarqué avait été Lancelot, ce qui expliquait pourquoi il avait renoncé à elle alors même qu'elle lui montrait clairement son intérêt pour lui. N'était-ce pas le comble que la seule personne qui soit suffisamment observatrice pour voir ce qui la liait à Arthur soit le seul autre homme qu'elle avait aimé ? Gwen elle-même ne l'avait compris que plus tard. Une fois encore, peut-être s'était-elle accrochée à l'idée que Lancelot était un choix pratique puisque, comme elle, il n'était pas d'extraction noble. Il était accessible, il retournait ses sentiments, et il avait toutes les qualités qu'on pouvait espérer de la part d'un prétendant.

C'était un homme bon. Il était honnête, et il était loyal. Elle ne pouvait qu'espérer de toutes ses forces que le message anonyme qu'elle avait reçu dise vrai.

-Bien, dit-elle d'un ton décidé en se tournant vers Arthur. Et si tu me montrais comment fonctionnent ces cristaux ?


Il faisait nuit noire à Willowdale, et cela faisait une journée entière que Gilli était inconscient. Sarah et le seigneur Gauvain s'étaient relayés toute la journée à son chevet sans voir le moindre progrès. C'était maintenant au tour de la jeune femme de veiller sur le jeune sorcier, laissant le chevalier récupérer quelques heures de sommeil bien méritées. Sarah se sentait impuissante, incapable de venir en aide au jeune homme qui lui avait déjà sauvé la vie deux fois. Alors même qu'elle s'installait à côté du lit sur lequel il était étendu, elle ne pouvait s'empêcher d'imaginer le pire : et s'il ne se réveillait jamais ?

Elle se pencha au-dessus de Gilli pour observer le pendentif magique qu'il avait autour du cou. Quand le médecin du village lui avait assuré qu'elle était complètement guérie, la première chose qu'elle avait faite avait été de retourner à l'endroit où la taverne s'était effondrée, afin de fouiller dans les décombres et d'y trouver le fameux pendentif. Elle avait dans l'idée que, peut-être, si elle le mettait autour du cou du jeune sorcier blessé, ce dernier pourrait y puiser de l'énergie ou amplifier sa propre magie et ainsi se rétablir plus rapidement. Malheureusement cela n'avait pas eu l'effet qu'elle espérait, et elle en était réduite à observer la petite pierre noire inerte qui ornait le cou du sorcier, sans jamais voir l'objet s'illuminer comme il l'aurait fait si son idée avait fonctionné.

Elle saisit la pierre entre ses doigts pour la regarder de plus près. C'était un simple caillou, un morceau rugueux et sombre qui ne donnait pas le moindre signe de vie. Il fallait probablement que le sorcier établisse de lui-même le contact avec l'objet pour pouvoir amplifier ses pouvoirs. Le simple fait de le porter ne suffisait pas. Si seulement elle pouvait mettre la main sur un autre sorcier, celui-ci pourrait faire quelque chose. Même si c'était quelqu'un sans grandes capacités magiques, il serait capable d'utiliser le pendentif pour se renforcer.

Cette réflexion l'intéressa particulièrement : quelles compétences magiques fallait-il posséder pour que cela fonctionne ? Peut-être y avait-il parmi les villageois de Willowdale un sorcier potentiel qui ignorait ce dont il était capable. Saisie d'une inspiration subite, elle passa le collier autour de son propre cou et serra la petite pierre dans sa main droite. Comme rien ne se produisait, elle se concentra, essayant d'imaginer qu'elle était une puissante magicienne pouvant lancer n'importe lequel des sortilèges. Elle serra la pierre plus fort encore et sentit la douleur de la roche coupante contre sa paume. Elle était une grande prêtresse de l'Ancienne Religion, tenta-t-elle d'imaginer. Rien ne pouvait l'arrêter !

Mais après plusieurs minutes, elle fut forcée de lâcher prise. Il n'y avait pas une once de magie en elle, et la volonté à elle seule ne suffisait pas. Elle ouvrit sa main et se rendit compte qu'elle avait saigné.

-Qu'as-tu essayé de faire exactement ? demanda une voix incrédule qui la fit sursauter.

Derrière elle se trouvait Emma, la fille du médecin de Willowdale. C'était une jolie jeune fille rousse de l'âge de Sarah, toujours vêtue de robes colorées. Celle qu'elle portait cette nuit-là était bleue.

-Oh, rien ! répondit-elle, gênée. C'est stupide.

Emma l'entraîna vers un l'angle de la pièce pour lui rincer la main et lui mettre un bandage.

-Que fais-tu ici ? demanda Sarah. Je pensais que tout le monde dormait à cette heure-ci.

-Mon père m'a envoyée pour m'assurer que le blessé allait bien et qu'il y avait toujours quelqu'un pour le surveiller.

-Sois tranquille, le seigneur Gauvain et moi nous relayons à son chevet : il n'est jamais seul.

Emma acquiesça.

-Tu as aussi été blessée dans la taverne, n'est-ce pas?

Sarah dut se retenir de plisser les yeux. La jeune fille qui lui faisait face avait l'air d'avoir une idée derrière la tête.

-Oui, dit-elle. Mais je vais beaucoup mieux.

Emma observa à nouveau la main blessée de Sarah, avant de poser son regard sur le pendentif.

-D'après ce que j'ai compris, le sorcier qui s'est enfui t'a lancé un sortilège. Comment se fait-il que tu te sois si vite remise ?

Il n'y avait aucune animosité dans le ton d'Emma, juste une grande curiosité et une pointe de soupçon.

-Je ne sais pas, cela ne devait pas être un sortilège très puissant.

Écarquillant les yeux, la fille du médecin prit alors un ton plus amical et plus sérieux. Elle ne s'attendait probablement pas à ce que Sarah soit à ce point sur la défensive.

-Je n'essaie pas de te piéger, promit-elle à la jeune femme blonde. Si... Si tu es le sorcier qui a protégé les gens dans la taverne, je ne te dénoncerai pas.

-Non, non ! l'assura Sarah. Ce n'est pas moi !

-Alors que faisais-tu à l'instant même avec cette pierre que tu serrais si fort ?


Le cristal transporta Arthur et Guenièvre devant un plan d'eau sombre face auquel se tenait Morgane. Celle-ci avançait d'un pas régulier mais incertain, entrant elle-même dans le lac et ne s'arrêtant qu'une fois immergée jusqu'au bas du dos. Elle tenait entre ses doigts une pièce gravée qu'elle jeta à l'eau.

Après quelques instants d'attente, ils virent plusieurs bulles apparaître à l'endroit où l'objet s'était enfoncé dans le lac, et une tête baissée émergea des profondeurs. On put ensuite voir des épaules musclées sortir à leur tour de l'eau, et l'homme qui venait de faire son apparition se trouva bientôt, comme Morgane, immergé jusqu'au bas du dos. Il marcha lentement vers la jeune femme, et les deux souverains virent qu'il s'agissait de Lancelot.

-Mon nom est Lancelot, gente Dame. Faites de moi ce qu'il vous plaira.

Arthur eut la sensation que son cœur se brisait une seconde fois. Tout ce qu'il avait ressenti en découvrant la trahison de Morgane lui revenait brutalement. Même s'il avait espéré que le message anonyme dise vrai, et même s'il s'attendait à ce que ce soit le cas, ce fut pour lui un choc de voir de ses propres yeux jusqu'où sa demi-sœur était prête à aller pour dévaster sa vie. Elle avait tiré le plus noble des chevaliers du repos de la mort et tenté de détruire la relation de ses deux anciens amis.

-Morgane, murmura-t-il, les larmes aux yeux. Nous étions si proches…

Sans dire un mot, Guenièvre prit la main de son époux et prononça quelques mots auxquels il ne prêta pas attention, probablement pour que le cristal leur montre si elle avait bien été poussée vers Lancelot à cause du bracelet.

Mais le paysage qui se matérialisa ensuite autour d'eux n'avait rien à voir, et il comprit que la jeune femme avait demandé à l'objet magique de leur montrer une toute autre chose. Ils étaient dans les anciens appartements de Dame Morgane. Il se tourna vers Guenièvre sans comprendre, mais elle ne le regardait pas. Au lieu de cela, elle fixait la porte du regard.

-Pourquoi… ?

La porte s'ouvrit soudain et Arthur vit une Guenièvre plus jeune entrer dans la pièce avec un bouquet de fleurs. Il entendit des pas, et Morgane passa à côté de lui pour rejoindre sa servante. Sa demi-sœur était méconnaissable. Vêtue d'une robe violet foncé, les cheveux lisses et détachés, elle respirait la joie de vivre. Son sourire, plus grand encore que celui qu'affichait sa servante, était si sincère qu'Arthur en fut ébloui.

-Tu as l'air heureuse, fit-elle remarquer à Guenièvre, qui lui tendit le bouquet.

-Je les ai cueillies pour vous.

-C'est trop gentil, remarqua Morgane, ravie.

-Un petit rayon de soleil. Je sais que vous dormez mal.

-C'est toi, mon rayon de soleil.

Tandis que la Guenièvre du passé proposait à sa maîtresse de mettre les fleurs dans un vase, celle du présent pleurait en silence. Arthur la prit dans ses bras et la serra, comme pour essayer d'absorber sa peine et la protéger. Aussi anéantie que lui par la scène du lac, elle avait voulu se remémorer l'ancienne Morgane, et cela avait suffi à la plonger dans une profonde tristesse. Il avait pensé que vérifier la véracité des propos du message anonyme serait un moment heureux, mais c'était sans compter tous les souvenirs que cela ramenait à la surface.

-Montre nous où le prétendu Lancelot a trouvé le bracelet qu'il a donné à Guenièvre, ordonna-t-il au cristal magique.

Autour des deux souverains enlacés, la chambre lumineuse de la pupille d'Uther se changea en une forêt obscure. Mais le décor n'était pas le seul à s'être assombri. Accentuant ce passage à la noirceur, la tenue sinistre et le visage dur de la nouvelle Morgane avaient remplacé sa robe colorée et sa bonne humeur, et la jeune femme ne se tenait plus à côté de Guenièvre mais face à Agravain. Le couple défit son étreinte pour voir ce qu'il allait se passer.

-J'ai hâte d'avoir des nouvelles, dit la sorcière.

-Vous seriez extrêmement fière de lui, Morgane. Arthur et les chevaliers n'ont pas un seul doute.

Oui, Arthur et ses chevaliers n'avaient pas douté de Lancelot lorsqu'il s'était présenté à Camelot, tout simplement parce qu'ils lui faisaient confiance. Mais une personne telle qu'Agravain, qui n'hésitait pas à piétiner la confiance qu'on plaçait en lui, ne pourrait jamais comprendre cela. Arthur se retint de se jeter sur son oncle pour lui infliger mille tourments. Cela ne servirait à rien, il ne pourrait même pas le toucher. Laissons les deux traîtres finir leur conversation.

-Et Guenièvre ? demanda Morgane. C'était bien la dernière chose qu'elle espérait la veille de ses noces.

-Si elle était troublée, elle s'est bien gardée de le montrer. Je le crains, son amour pour Arthur est très sincère. Ce qu'elle ressentait auprès de Lancelot est du passé.

Le roi eut un sourire triste, se souvenant encore du jour où il avait reproché à une Guenièvre à genoux et en larmes de l'avoir trahi. Il avait tellement crié ce jour là, et les supplications de la jeune femme n'avaient rien pu changer.

-J'avais considéré cette éventualité, dit Morgane.

Elle brandit le bracelet doré, ne laissant plus aucun doute sur ses intentions, et quelques mots magiques plus tard, elle reprit la parole :

-Il est temps de raviver les sentiments d'hier.

Guenièvre recula d'un pas. Non par surprise, constata Arthur, mais pour s'éloigner de la sorcière. Lui-même n'avait jamais eu une si basse opinion de celle qui fut autrefois son amie.

-Elle me dégoûte, articula l'ancienne servante en séchant ses larmes.

Arthur, lui, s'en voulait d'avoir fait souffrir Guenièvre alors qu'elle avait été innocente.

-Je t'aime, rappela-t-il à sa reine.


Note : Merci à Chris Emrys pour avoir ajouté cette histoire à ses favoris et ses alertes !