Chapitre 41 : Quand Arthur reprend ses esprits
De retour dans la cour du château après sa conversation avec Aithusa, Arthur restait tourmenté. Comment allait-il cacher à Merlin qu'il souhaitait autoriser la magie à Camelot ? S'il voulait rétablir l'injustice faite aux sorciers depuis tant d'années, il lui faudrait préparer le terrain auprès de ses conseillers et des dirigeants avec qui il prévoyait de s'allier. Cela ne pourrait pas se faire sans que la rumeur du retour de la magie circule dans la cité, et Merlin en entendrait forcément parler.
La seule solution pour Arthur était de ne le dire à personne tant qu'il n'aurait rien révélé à son valet. Il devrait l'expliquer à Guenièvre pour qu'elle garde elle aussi le secret. C'était le seul moyen de respecter les instructions d'Aithusa. Mais combien de temps faudrait-il attendre avant de faire cette révélation ? Arthur ne devrait en parler qu'au moment où Merlin serait dans un état d'abattement terrible, mais était-ce un moment proche ou lointain ? Entre temps, il serait obligé de maintenir la loi condamnant la magie, et cela le dérangeait plus que tout. Si un sorcier était capturé, le roi serait encore forcé de le faire évader.
Il était d'autant plus difficile pour Arthur d'obéir à Aithusa qu'il ignorait pourquoi c'était indispensable. La dragonne lui avait appris que la nouvelle du retour de la magie était la seule qui puisse tirer Merlin de l'état de tristesse dans lequel il allait bientôt se trouver, et d'après elle le rétablissement du valet d'Arthur était nécessaire pour que Camelot remporte la bataille contre Mordred. C'est pourquoi la vérité ne devait surtout pas être dévoilée trop tôt. Mais cela soulevait tant de questions auxquelles Aithusa n'avait que partiellement répondu : pourquoi Merlin aurait-il une si grande influence sur les intervenants de cet affrontement ? et pourquoi la nouvelle du retour de la magie le réjouirait-elle tant ? Arthur concevait parfaitement que son valet puisse avoir une influence sur lui, mais était-ce vraiment au point d'être la clé d'un affrontement opposant deux armées entières ? De même, Arthur comprenait que Merlin se soit peut-être pris d'affection pour le sorcier Emrys, mais était-ce au point que le retour de la magie soit la nouvelle la plus heureuse qu'il puisse recevoir ?
A l'autre bout de la cour, un mouvement étrange attira le regard du souverain et le sortit de ses ruminations solitaires. Quatre personnes se dirigeaient vers l'extérieur : Tina, Fina, Elyan et Guenièvre. Le roi parvint tout juste à reconnaître son épouse, emmitouflée dans un épais chaperon qui ne laissait voir qu'une partie de son visage. Le groupe passa entre les gardes et prit la direction de la forêt. Où allaient-ils ? Arthur se lança à leur suite, traversant toute la longueur de la cour d'un pas vif avant de dépasser la garde et de chercher la petite troupe du regard. Il les vit au loin, en partie masqués par les arbres entre lesquels ils se déplaçaient. Il y avait une petite carriole au bord du chemin de terre qui partait du château. Tina et Fina s'avancèrent pour la déplacer mais Guenièvre et Elyan restèrent en retrait, discutant à voix basse.
Le souverain accélérait le pas pour les rattraper et leur demander où ils comptaient se rendre quand soudain il se figea. Un mauvais pressentiment le maintenait immobile tandis qu'il analysait les gestes de son épouse. Quelque chose n'allait pas, Guenièvre n'était pas dans son état normal. Un danger planait sur le petit groupe, et Arthur préférait rester caché pour jauger la situation avant d'intervenir. Il se faufila entre les arbres pour se rapprocher sans être vu. Il y avait quelque chose sur l'épaule de la reine, sous sa cape, et cette chose était en train de bouger. Une créature semblait s'être dissimulée dans les vêtements de Guenièvre, exerçant d'une manière ou d'une autre une menace sur Elyan et les trois femmes.
Sous le regard sidéré du roi, les yeux de Tina et Fina prirent alors la couleur or caractéristique de l'usage de magie. Il cligna des yeux et les dévisagea sans comprendre. Il les voyait tout à coup sous un jour très différent, comme si elles étaient devenues des étrangères pour lui. Il battit à nouveau des paupières dans l'espoir vain que sa vision reviendrait à la normale, mais il savait que le problème ne venait pas de ses yeux. Ses souvenirs des deux femmes avaient soudain perdu tout leur poids. Elles s'étaient changées en inconnues dont il ne savait rien. Était-ce parce qu'il venait de découvrir qu'elles avaient des pouvoirs ? Apprendre qu'elles avaient dissimulé ces capacités depuis des années ne pouvait que modifier l'image qu'il avait d'elles. Mais ce n'était pas seulement cela. A l'instant où les yeux de Tina et Fina avaient changé de couleur, elles avaient été vidées de leur substance. Tout ce qu'Arthur avait cru savoir d'elles s'était évaporé. Mais qui sont-elles ? D'où m'est venue l'idée qu'elles avaient souvent aidé mon père ?
Alors que les yeux de Fina se doraient à nouveau, Guenièvre et Elyan se retrouvèrent bâillonnés. Arthur était trop stupéfait pour réagir. Ce qu'il voyait n'avait aucun sens. Malgré son soudain trou de mémoire, il accordait toujours toute sa confiance aux deux femmes, c'était un besoin irrésistible. Toutefois, il ne comprenait pas ce qui avait pu se passer pour les mener à de telles extrémités. La reine et son frère étaient-ils sous l'emprise d'un sort qui obligeait Tina et Fina à les immobiliser pour les empêcher de nuire ? Ou étaient-elles manipulées par la créature juchée sur l'épaule de Guenièvre ?
Ils montèrent tous les quatre dans la carriole tandis que le roi restait immobile, totalement désorienté. Les chevaux se mirent d'abord au trot, guidés par les deux femmes, et Arthur reprit peu à peu ses esprits. A mesure que la carriole s'éloignait, une panique sourde s'emparait de lui jusqu'à gagner tous ses membres. Mais qui sont Tina et Fina ? se répéta-t-il. Il avait rassemblé ses esprits, et une évidence s'était imposée à lui : Guenièvre et Elyan venaient d'être capturés par de parfaites inconnues. Des femmes en qui il avait aveuglément placé toute sa confiance sans se poser de questions. Il n'était parvenu à cette conclusion qu'une fois que la carriole s'était suffisamment éloignée, ce qui laissait penser qu'elles avaient exercé sur lui un charme similaire à celui des Lamias. Cela n'expliquait pas pourquoi il avait cru les connaître depuis sa plus tendre enfance, mais peut-être l'avaient-elles aussi ensorcelé pour manipuler sa mémoire.
La carriole s'éloignait toujours plus, emportant avec elle ses précieux passagers. Arthur sentit la colère et la frustration l'envahir : il ne pouvait rien faire ! Que se passerait-il s'il essayait d'intervenir ? Nul doute qu'il se ferait rapidement maîtriser, et les femmes auraient alors un otage de plus. Peut-être pouvait-il retourner au château pour former une troupe de chevaliers avec qui il suivrait les traces laissées par les chevaux et les roues du véhicule. C'était une idée. Mais que ferait-il si Tina et Fina effaçaient ces empreintes avant son retour ? S'il partait chercher de l'aide à Camelot, il risquait de perdre la piste des ravisseurs et de ne jamais les retrouver. Un affreux sentiment d'impuissance le submergea. Il fallait qu'il fasse quelque chose… tout de suite.
- Chris ? appela-t-il à voix haute.
C'était un bien maigre espoir, Arthur le savait. Pourquoi Chris entendrait-il son appel ? Il n'y avait aucune raison de croire que sa magie lui permettait de deviner ce qu'il se passait à des kilomètres de l'endroit où il se trouvait… Mais… Il fallait essayer. Arthur n'avait pas le choix.
Il observa longuement les environs, guettant les signes d'une apparition magique. Rien ne se produisit. Chris ne l'avait pas entendu. C'était trop lui demander que de vouloir le contacter ainsi à distance… Mais peut-être un sorcier plus puissant en serait-il capable.
- Emrys ?
Mais là non plus, personne ne vint lui porter secours.
Désespéré, Arthur répéta le nom du sorcier.
- Emrys, s'il vous plaît ! Si vous êtes vraiment si puissant, ne pouvez-vous pas m'entendre ?
La carriole s'éloignait toujours plus à chaque instant. A court d'idées, le souverain rejoignit le chemin de terre et se mit à courir derrière le véhicule. Puisqu'il ne pouvait rien faire d'autre, il allait essayer de les suivre jusqu'à leur destination sans être vu. Il était roi du royaume de Camelot, c'était à lui de faire le nécessaire pour secourir les captifs. Il n'était pas censé se reposer sur un druide ou un sorcier, aussi puissants soient-ils.
Il se trouvait suffisamment loin pour que ses pas de course ne soient pas entendus par les passagers. Ceux-ci ne pourraient remarquer sa présence derrière eux que s'ils se penchaient sur le côté de la carriole et se retournaient. Mais ce n'était pas ce qui inquiétait le plus Arthur. Il savait parfaitement qu'il ne pourrait pas tenir sur une longue distance le rythme soutenu des deux chevaux qui tiraient la carriole, c'était tout simplement impossible. Pourtant, il ne pouvait rien tenter d'autre. S'il avait de la chance, les voyageurs s'arrêteraient ou ralentiraient pour lui permettre de se reposer et de reprendre son souffle. C'était un espoir futile, bien sûr, il n'y avait aucune chance que cela se produise, mais que pouvait-il faire d'autre ?
Tout en courant, il se mit à réfléchir. Les chevaliers se rendraient bientôt compte de la disparition de leurs souverains et d'Elyan, il fallait leur donner un moyen de retrouver leur piste. Arthur se souvenait de ce qu'avaient fait Guenièvre et Merlin pour être retrouvés après avoir suivi la première Lamia jusqu'à son refuge dans les bois : ils avaient semé des morceaux de tissu. A présent, Arthur pouvait faire la même chose pour guider les renforts jusqu'à lui.
Sans ralentir, il déchira le bas de sa chemise et lâcha derrière lui un premier morceau, priant pour que le vent ne l'écarte pas du sentier et que personne d'autre ne le déplace par mégarde en passant à sa suite. A la vitesse où il devait courir pour garder l'œil sur la carriole, il n'avait pas le temps de s'arrêter pour accrocher fermement le tissu à une plante. Ce qu'il faisait allait devoir faire l'affaire.
Il continua donc sa course sans se ménager, lâchant à sa suite des lambeaux de chemise. Alors que sa respiration devenait de plus en plus difficile, les chevaux gagnaient toujours plus de distance sur lui. Bientôt, ils furent si loin qu'il craignit de les perdre définitivement de vue.
C'est alors que retentit au loin le premier hurlement de Guenièvre.
Note : J'ai écourté ce chapitre pour pouvoir le poster plus tôt, ce qui fait qu'il tourne entièrement autour d'Arthur alors qu'il aurait aussi dû y avoir un long passage avec Merlin et Morgane. Ce passage sera donc dans le prochain chapitre, qui est déjà bien entamé et que j'espère pouvoir sortir rapidement. :) Encore merci aux lecteurs qui, depuis le dernier chapitre, ont laissé des reviews (Evig Morder, Abeille, xxxQueenxxx, Gwenetsi et dobbymcl), ajouté cette fic à leurs favoris (Tahbatha et Les millions d'Amis) et/ou l'ont followée (Tahbatha, Salmonelodie et Les millions d'Amis) !
