Note : Après vérification (et une remarque avisée de Gwenetsi^^), c'était en fait une poupée en paille que Merlin avait placée sous le lit de Morgane dans l'épisode 4x13, et non un cataplasme comme je l'avais d'abord écrit dans le chapitre précédent. J'ai donc légèrement modifié le dernier chapitre pour que Merlin prépare bien la même chose que dans cet épisode (même s'il lui donne des pouvoirs un peu différents cette fois-ci). Ne soyez donc pas surpris de me voir faire référence à ça, et pardon pour le côté un petit peu déstabilisant ! En revanche, pour ceux qui découvrent l'histoire toute entière après ma correction du chapitre précédent ça ne fera pas de changement pour vous !
Chapitre 65 : Séparation
Quelques minutes avant d'atteindre la cabane, Merlin se changea en Guy et dissimula la poupée de paille dans sa sacoche. Ses mains tremblaient légèrement. Il marcha bravement vers la petite habitation en faisant de son mieux pour ignorer la sensation glacée dans sa poitrine. Il n'avait pas le choix.
On distinguait au mouvement derrière les fenêtres que la jeune femme était chez elle. S'il l'y rejoignait comme d'habitude, il serait délicat de placer l'effigie sous son lit sans qu'elle s'en aperçoive, d'autant qu'il devrait activer le sortilège en prononçant quelques mots. Pour y parvenir, il faudrait l'attirer vers l'extérieur tout en trouvant une excuse pour revenir à l'intérieur sans elle au moins quelques secondes. Valait-il mieux l'épier depuis la forêt et attendre qu'elle s'absente d'elle-même ? Cela pouvait prendre plusieurs heures et peut-être devrait-il même passer la nuit ici. Tendu et hésitant, il ralentit le pas sans s'arrêter complètement.
Soudain, il heurta quelque chose de plein fouet. Un… mur invisible ?!
-Qu'est-ce que… ?! gémit-il en se laissant glisser à genoux, étourdi.
Il s'était fait mal mais il était surtout sous le choc. Que s'était-il passé ?
Lorsqu'il retrouva ses moyens, il resta assis mais tendit prudemment le bras vers l'avant, redoutant le pire. Il toucha un obstacle qu'il ne pouvait pas voir, une sorte de paroi. Ce n'était pas bon signe. Il y posa l'autre main et se concentra sur ce qui en émanait.
Ses craintes se confirmèrent aussitôt : c'était une protection magique qui s'étendait et faisait le tour de la cabane. Défait, il la frappa du poing en grimaçant. Il sentait sa puissance, il savait qu'il ne pourrait pas la franchir. Les pires hypothèses lui traversèrent l'esprit pour expliquer sa présence. La jeune femme avait-elle fini par le démasquer ? Était-elle de nouveau son ennemie ?
Alertée par le bruit, elle avait ouvert la porte et l'observait de loin, décontenancée.
-Guy !
Il lui retourna son regard à travers la paroi. A terre sur le sol boueux, il devait lui sembler plus vulnérable que ce à quoi il l'avait habituée.
-Morgane, que se passe-t-il ?
-Ce bouclier me protège, expliqua-t-elle en s'avançant jusqu'à lui sans franchir les limites de son sortilège. Mordred sera bientôt là et je ne peux pas laisser Emrys m'atteindre à nouveau alors que nous nous apprêtons à passer à l'action. Quoi qu'il ait pu faire la dernière fois pour me priver de mes pouvoirs, il ne pourra pas recommencer.
Il n'y avait aucune agressivité dans son attitude. De ce qu'il percevait, elle n'avait pas découvert son identité. Ses identités. Et c'était Emrys qu'elle voulait tenir à distance, et non Guy.
-Tu aurais dû mettre un avertissement, ironisa-t-il en s'efforçant d'atténuer l'anxiété dans sa voix. Cela m'aurait évité de rentrer dedans… Est-ce que tu peux me laisser passer ?
Elle ne répondit pas, et son expression trahissait le regret. Il ne se releva pas.
-Je suis désolée, dit-elle. Je sais bien que tu ne me veux aucun mal mais je ne peux pas te laisser m'approcher juste avant la bataille, c'est trop risqué.
Debout à quelques centimètres de lui, elle le surplombait complètement et cela semblait la mettre mal à l'aise. Lentement, elle se baissa à son tour. Elle s'agenouillait pour se mettre à sa hauteur mais la paroi invisible les séparait irrémédiablement.
-Notre dernière conversation m'a permis de comprendre que mes actes restent criminels à tes yeux et que tu ne me laisseras jamais attaquer Camelot sans riposter. Comme tu l'as dit, tu feras « ce qu'il faudra » pour m'en empêcher.
Non, non, non ! Il avait du mal à accepter qu'il ne pourrait pas l'arrêter, mais aussi que les moments d'amitié passés chez elle étaient arrivés à leur terme. Car une fois ralliée à Mordred et engagée dans la bataille, elle redeviendrait l'ennemi.
Elle montrait quant à elle des difficultés à soutenir son regard, consciente que cette barrière devenait la manifestation physique d'un déchirement plus profond, d'une rupture de leur relation. Ils ne pouvaient plus se rejoindre sur ce qui les unissait, ni évoluer sur le terrain d'entente qu'ils avaient auparavant trouvé.
-Je ne sais pas pourquoi il m'a fallu si longtemps pour le voir, déplora-t-elle en le scrutant. C'était pourtant là depuis le début.
Merlin s'en voulait, lui aussi. Il avait tardé à agir contre elle, aveuglé par l'espoir de la faire changer à temps, et il était maintenant trop tard. Tous deux avait attendu plus longtemps qu'ils ne l'auraient dû, leur attachement les empêchant de voir la vérité en face. Leurs prises de conscience semblaient d'ailleurs avoir eu lieu simultanément. S'il se laissait aller à croire qu'un lien demeurait entre eux depuis leur premier partage magique d'émotions, il pourrait même penser que ce n'était pas une coïncidence.
Elle reprit dans un murmure :
-Tu m'as récemment dit que nous en viendrions à regretter notre rapprochement, c'est là que j'ai enfin saisi ce que laissaient entendre tes mots depuis le début. Que tu en viendrais à faire quelque chose que je n'apprécierais pas.
Elle ignorait encore qu'il était Emrys. Elle ignorait qu'il était Merlin. Pour autant, il avait l'impression qu'elle entrevoyait la personne qu'il était réellement, au-delà des noms qu'il avait pu porter au fil des années. Il ne répondit rien, et elle baissa le regard vers la sacoche, qui gisait à côté de lui.
-Je ne vais pas te demander de l'ouvrir, dit-elle. Je ne veux pas confirmer mes soupçons sur la raison de ta venue aujourd'hui.
-Morgane…
-J'abaisserai mon bouclier après la bataille, et nous pourrons reprendre nos échanges comme avant.
Elle n'avait pas l'air convaincu. Il secoua la tête :
-Si tu rejoins Mordred, notre relation ne sera plus la même. Quelle que soit l'issue des combats.
Mais elle le savait déjà.
-Mordred et moi nous battons pour la même cause : faire tomber Arthur. Tu sais bien ce que les Pendragon ont fait.
-Je sais aussi ce que tu as fait, Morgane Pendragon.
Elle resta sans voix et il y eut un long silence durant lequel Merlin se demanda ce que penserait quelqu'un qui les trouverait ainsi à ce moment-là. Ils devaient avoir l'air de deux fous assis face à face dans la boue en plein milieu de la forêt.
-Mais je crois que tu peux encore changer, dit-il d'une voix grave. Il n'est pas trop tard ! Les enfants d'Uther ne sont pas comme leur père.
Elle parut presque touchée mais son expression s'assombrit :
-Je suis désolée, Guy, mais tu ne comprends pas ce qui m'anime. Si c'est vraiment ainsi que tu vois les choses, je crois malheureusement que cette conversation sera la dernière que nous aurons en tant qu'alliés.
-Morgane, ne le rejoins pas…
Son ton presque suppliant avait fait naître une hésitation dans l'œil de la jeune femme, mais cette lueur disparut aussi vite qu'elle était apparue. Il s'y accrocha malgré tout. Il savait que quelque chose en elle avait changé depuis ses visites et depuis qu'il l'avait libérée du bracelet de Morgause. Il l'avait vu de ses propres yeux : elle était aujourd'hui capable de comprendre des choses auxquelles elle restait auparavant imperméable. Sans pour autant regretter ses actes passés, elle voyait le dégoût qu'ils inspiraient à Guy. L'espoir du jeune sorcier était que cela la mène ensuite à tempérer sa haine brûlante envers Arthur. Si à l'approche de l'attaque elle refusait d'y participer, il saurait qu'il ne s'était pas trompé.
-Guy, s'il te plaît…
Ils s'imploraient du regard mais aucun des deux ne changeait sa position. Les larmes aux yeux, il vit qu'elle aussi contenait son émotion. Ni l'un ni l'autre ne se remettait debout mais elle se retourna pour s'adosser à la barrière, et sans doute aussi pour ne plus lui faire face.
Ils restèrent ainsi un certain temps, durant lequel auquel aucun des deux ne semblait pressé de rentrer chez lui.
Avec un soupir, Merlin tendit la main pour récupérer son sac et se leva enfin.
-J'espère que tu changeras d'avis d'ici le jour de l'affrontement, dit-il.
Seul le dos de la jeune femme était visible, et rien n'indiquait qu'elle l'avait entendu. Il contint sa frustration et s'éloigna à grands pas pour retourner au château.
OoOoO
Alors qu'il s'apprêtait à franchir les portes de la ville basse, Merlin se figea. Il venait d'avoir une idée.
Il fit demi-tour et se rapprocha à nouveau de l'habitation de Morgane. Voyant qu'elle était rentrée à chez elle, il prit soin de rester à l'écart pour ne pas se faire repérer. Ce n'était pas elle qu'il cherchait. Lui-même ne pouvait certes pas traverser la barrière magique et entrer dans la cabane, mais la jeune femme devait bien en sortir de temps en temps, ne serait-ce que pour s'approvisionner en eau et en nourriture. Cela signifiait qu'il pouvait l'ensorceler depuis l'extérieur.
Il explora les alentours quelques minutes jusqu'à trouver ce qu'il cherchait. Non loin de là, Morgane avait creusé un puits. Vérifiant que personne ne se trouvait à proximité, il se saisit de sa sacoche et en sortit la poupée. Cela fonctionnerait aussi bien ainsi ! Il observa l'intérieur de l'ouverture mais le fonds était trop obscur pour qu'on y distingue quoi que ce soit. C'était parfait. Il prononça quelques mots pour activer le sortilège, causant l'embrasement de l'effigie, qu'il lâcha alors au-dessus du puits en réprimant un frisson.
Quand Morgane viendrait s'approvisionner, elle ramènerait chez elle une eau contaminée par l'enchantement de Merlin. Elle serait bel et bien neutralisée avant la bataille.
Rassuré par ce constat mais incapable de se sentir véritablement en paix avec ce qu'il avait fait, il reprit le chemin de la citadelle, cette fois-ci pour de bon.
Note : Merci à Sapindetin, Gwenetsi et au Guest anonyme pour vos commentaires !
