Chapitre 86 : Le réveil

Merlin avait l'impression d'émerger d'un long rêve déjà oublié. Il était sorti de sa chambre après avoir repris ses esprits, intrigué par les voix qu'il entendait à l'extérieur, sans vraiment se rappeler ce qu'il faisait là ni ce qu'il s'était passé. Des bribes de souvenirs le traversaient : la vue depuis sa fenêtre, Arthur, la forêt, des flammes, encore cette même vue, un corbeau, une lettre, et à nouveau la même vue. Tout était flou mais, claire comme de l'eau de roche, une nouvelle importante lui revenait : Arthur allait autoriser la magie à Camelot.

Sous le choc, il croisa son regard. Comment cela s'était-il produit ? A quel moment avait-il changé d'avis ? Que s'était-il passé ? Était-ce lié à son passage sur l'île ? Une joie intense le saisit, mais ce n'était pas seulement la sienne. Il ressentait toujours les émotions du roi comme si elles étaient restées coincées en lui depuis le partage. Et d'ailleurs, le partage ! C'était le dernier moment dont il se souvenait vraiment avant le trou noir. La douleur et la honte de son ami l'avaient complètement englouti ce jour-là, mais cet état d'esprit semblait avoir évolué depuis. Il ressentait encore tout cela mais sans être submergé, et surtout sans être emporté par la volonté de tout quitter pour y échapper.

Merlin balaya la pièce du regard, confus de voir tant d'yeux fixés sur lui. Gaïus et le roi n'étaient pas seuls. A côté des couches de Gwen et Gilli, se trouvait un jeune homme ressemblant étrangement au druide qui l'avait aidé il y a quelques temps.

-Merlin est prêt pour le transfert, disait-il.

Quel transfert ? Que se passait-il, bon sang ?

-Est-ce que tu vas bien ? demandèrent Arthur et Gaïus simultanément.

Il hésita, incertain :

-Que m'est-il arrivé ?

Le druide n'osait pas l'approcher mais les deux autres s'empressèrent de le rejoindre et de le prendre tour à tour dans leurs bras. Hébété, il savoura tout de même l'instant, conscient qu'il venait de sortir d'une situation néfaste sans vraiment savoir de quoi il retournait.

-De quoi te souviens-tu ? demanda Arthur.

-Nous étions en train de parler à côté des blessés.

Il n'évoqua pas le partage, mais c'était vraisemblablement la source du problème. Il ignorait comment aborder la question sans trop en dire. A quel point Arthur était-il renseigné sur ce qu'il s'était vraiment passé ?

Merlin, entendit soudain le jeune valet dans son esprit, ne t'inquiète pas, ton secret reste sauf.

Il se tourna vers le druide, qui venait de s'adresser à lui par télépathie.

C'est toi qui m'a aidé à me protéger de visualisations par le biais de cristaux, n'est-ce pas ? répondit-il de la même façon. Que se passe-t-il ?

-Je m'appelle Chris, dit ce dernier à voix haute. Je suis là pour annuler le sort que t'a jeté Mordred. Il a utilisé un partage d'émotions pour te transférer celles d'Arthur, qui était plutôt… défait à ce moment-là. Mordred ne t'a pas laissé profiter des pensées qui lui évitaient de sombrer, alors…

-Alors, j'ai sombré.

Il s'est servi du lien émotionnel que j'ai moi-même créé, dit-il mentalement au druide, qui le lui confirma d'un signe de tête.

Leur ennemi avait-il su à l'avance ce que Merlin allait faire ? Et avait-il jeté ce sort à distance ? Que s'était-il passé exactement ? Le jeune sorcier n'arrivait pas à croire qu'il s'était fait avoir à son propre jeu. Il avait lui-même mis en place les conditions idéales pour se faire neutraliser ! Pourtant, il avait toujours eu l'intuition que des transferts étaient possibles par le biais du partage. Lorsque Morgane et lui avaient échangé leurs rêves, il avait eu raison de paniquer. Cela avait déjà été un premier signe que ce type de déplacements pouvait se produire. A bien y réfléchir, cet incident avec Morgane laissait présager encore d'autre choses. Premièrement, un tel lien magique pouvait se nouer sans même qu'il y ait de contact physique : une simple proximité suffisait, peut-être accompagnée d'une forme de confiance ou de complicité créant une connexion invisible, même s'il ignorait comment la reproduire volontairement. Deuxièmement, les émotions n'étaient pas les seules à être transmissibles : les rêves l'étaient aussi. C'était une forme de magie qu'il comprenait mal mais dont les mystères l'effrayaient autant qu'ils l'intriguaient.

-Tu étais complètement absent pendant plusieurs jours, mon garçon, dit Gaïus, comme si ton esprit avait quitté ton corps. Nous étions très inquiets.

-Je suis navré d'avoir causé cela, s'excusa Arthur. C'est à cause de mes sentiments incontrôlés que tu as perdu pied.

-Vous ne vous en voulez pas réellement pour cela, j'espère ! répliqua Merlin avec surprise. Comment cela pourrait-il être votre responsabilité ? Est-ce vous qui avez lancé le sortilège ?

-Non, bien sûr, mais…

-C'est ridicule, conclut-il avant de se retourner vers Chris. Comment Mordred s'y est-il pris ? Était-il présent à Camelot ?

-Un espion, dit simplement Gaïus.

Il y eu un silence gêné après ces mots, sans que Merlin parvienne à comprendre pourquoi.

-Il faut donc recréer ce partage pour te libérer complètement, dit Chris, et faire le transfert dans l'autre sens. Arthur a déjà fait une partie du travail en apaisant suffisamment ses émotions pour que tu retrouves tes esprits, mais il faut tout de même que tu te défasses de ce qui ne t'appartient pas.

C'était donc pour cela qu'il était revenu à lui-même !

Il faut que tu recrées le lien, dit le druide, et je me chargerai d'inverser ce qu'a fait Mordred. J'ai légèrement déformé la vérité auprès du roi pour qu'il pense que c'est moi qui vais rétablir le partage, mais c'est en réalité à toi de le faire.

Je comprends.

La situation était des plus étranges. Chris s'apprêtait à faire de la magie sous les yeux d'un Arthur Pendragon qui n'y semblait pas le moins du monde opposé. D'ailleurs, comment ce jeune homme s'était-il retrouvé là ? Quelle était sa relation avec Gaïus et le roi ? Tout avait changé ! Utiliser la sorcellerie était désormais normal pour tout le monde dans cette pièce, alors que Merlin et Arthur n'avaient jamais eu l'occasion d'en parler pour en convenir. Ils n'avaient pas pu évoquer les raisons pour lesquelles ce dernier souhaitait maintenant autoriser ce qu'il avait si longtemps banni. Et non seulement il n'avait pas l'air contre ce qui allait se passer, mais il paraissait savoir que cela ne posait pas de problème à Merlin et Gaïus non plus. Il devait au minimum connaître leur souhait de voir la magie légalisée, même s'il ne soupçonnait pas le secret de son valet. Alors, jusqu'où allaient ses connaissances exactement, et surtout comment avait-il appris tout cela ?

Ils se dirigèrent tous les quatre autour de la petite table pour s'installer et se préparer.

Si Arthur ignore que je suis un sorcier, demanda mentalement Merlin, alors il doit se demander pourquoi Mordred m'a pris pour cible.

Même sans magie, tu es un allié important, et quiconque connaît un peu votre relation le sait. Mais il est vrai qu'il s'interroge sur la question.

Merlin et Arthur prirent place côte à côté, et les deux autres s'assirent face à eux.

-Il faudrait que l'un de vous pose une main sur l'épaule de l'autre, dit Chris.

En effet, mis à part lors du mystérieux échange de rêves qu'il ne s'expliquait toujours pas, le toucher avait été indispensable à chaque fois que le sorcier avait établi ce lien avec quelqu'un. Mais il valait mieux que l'initiative de procéder ainsi ne vienne pas de lui, pour dissimuler l'étendue de son savoir à ce sujet. Il était donc bon qu'elle soit venue du druide. Hésitant, il toucha le bras de son ami du bout des doigts.

-Est-ce que cela fonctionne ? demanda-t-il après avoir laissé passer quelques secondes. Comme vos émotions sont déjà présentes en moi, je ne peux pas savoir si le lien s'est bien reformé.

Arthur hocha la tête, confirmant l'intuition de Merlin. Le partage s'était remis en place immédiatement, exactement comme cela se faisait à chaque fois qu'il touchait Morgane, et ce depuis leur premier contact de cette nature. Avec le roi, il avait fallu attendre aujourd'hui, et donc le troisième contact, pour y parvenir aussi vite. En effet, la deuxième fois avait été plus difficile que prévu en raison de l'aspect crucial de l'identité d'Arthur qui avait changé depuis la première sans que Merlin s'en soit rendu compte : son envie d'abandonner. Cela l'avait empêché d'être en empathie avec lui et il avait dû prendre le temps de comprendre ce qui lui échappait pour y arriver. Aujourd'hui, cette même envie avait reflué mais le sorcier était aux premières loges pour le savoir, et il ne lui manquait donc aucune information.

-Alors je commence, dit Chris.

Il fixa son regard sur le roi et son serviteur, et commença à prononcer une suite de mots dans la langue de l'Ancienne Religion. Merlin ne les connaissait pas tous mais il en comprenait l'essentiel.

Les incantations du druide se poursuivirent sur de longues minutes, ses yeux se teintant d'or de temps en temps, et Merlin espérait que tout se passait bien. Il ne voulait pas l'interrompre en s'adressant mentalement à lui pour l'aider, mais la situation commençait à l'inquiéter.

Toutefois, avant qu'il ait le temps de prendre une décision, il sentit un mouvement en lui-même, une masse qui se décrochait de ses entrailles.

Chris avait considérablement pâli mais il murmura :

-C'est fait, vous pouvez briser le lien.

Dès que sa main eut quitté l'épaule d'Arthur, Merlin sentit les émotions qui n'étaient pas les siennes disparaître.

-C'est bon ! dit-il.

Arthur eut un soupir de soulagement, et Gaïus sourit. Chris n'avait pas l'air dans son assiette.

-Est-ce que tout va bien ? demanda le jeune sorcier.

Il savait qu'un tel sort pouvait nécessiter beaucoup d'énergie, et il ignorait dans quelle mesure le jeune homme était capable de l'encaisser.

Comme pour répondre à son interrogation, les yeux du druide roulèrent dans leurs orbites et ce dernier s'effondra, rattrapé de justesse par Arthur qui avait dû sentir ce qu'il se passait.

-Il lui faut de l'énergie, s'alarma le roi.

Il avait l'air d'en savoir plus sur les raisons de cette fatigue mais ce n'était pas le moment d'en discuter. Gaïus s'empressa de lui servir de l'eau, tandis que Merlin cherchait de la nourriture.

-Déplaçons-le jusqu'à ma chambre, suggéra-t-il, il pourra mieux récupérer s'il dort un peu.

Arthur et lui le prirent délicatement par les épaules et les pieds pour l'installer dans l'autre pièce, avant de s'asseoir à son chevet. Gaïus les rejoignit tout de suite, et Arthur se tourna vers lui :

-Qu'en pensez-vous ? A-t-il besoin que nous lui prêtions l'un des morceaux d'ambre de Gwen et Gilli ?

Le vieux médecin examina son patient avec attention, avant de lui poser une compresse froide sur le front. Revigoré, celui-ci ouvrit doucement les yeux.

-Comment vas-tu ? demanda Gaïus en lui faisant avaler une cuillerée de porridge.

Chris déglutit avant de se redresser et de répondre :

-Je me suis un peu trop dépensé, mais je vais bien.

-Je pense que nous pouvons nous passer de l'ambre, dans ce cas, dit le médecin.

Arthur poussa un nouveau soupir de soulagement avant de s'adresser à tout le monde :

-Je suis désolé de partir aussi brutalement, mais je dois rejoindre notre armée et mettre en marche notre défense. Chris, je t'en prie, n'essaie pas d'en faire plus et repose toi autant que possible. Gaïus, Merlin, pouvez-vous vous préparer à vous occuper des blessés qui ne tarderont malheureusement pas à affluer ?

-Mordred est déjà à nos portes ? s'exclama le jeune valet, estomaqué.

-Oui, confirma le roi, et avec une armée invisible de sorciers. Il n'y a pas de temps à perdre.

Merlin n'était pas prêt à se trouver soudain projeté dans le feu de l'action. Trop longtemps terrassé par les manipulations de Mordred, il n'avait pas eu l'occasion de s'y préparer. Il ne pouvait que regarder autour de lui avec confusion. Que pouvait-il faire pour garantir la victoire de Camelot ?

-Gaïus, dit Arthur, votre ami Emrys participera-t-il aux combats à nos côtés ?

Pris de court, le vieil homme bégaya quelques instants avant de formuler une réponse :

-Oui, Sire, bien sûr.

Il avait dû avouer être en contact avec Emrys à Arthur, en apprenant sa décision d'autoriser la magie. Mais, à en juger par la façon qu'il avait d'éviter le regard de Merlin, celui-ci devina qu'il n'avait non seulement rien dit de la véritable identité du sorcier, mais qu'il avait aussi caché l'existence du moindre lien entre son protégé et ce mystérieux individu qui agissait dans l'ombre.

-Gaïus, vous êtes en contact avec Emrys ? demanda-t-il en feignant la surprise, tentant de se montrer convaincant.

Gaïus et Arthur se tournèrent vers lui d'un seul mouvement, et il se sentit scruté de la tête aux pieds. Le roi le dévisagea longuement, comme s'il attendait quelque chose de sa part, peut-être la confession d'une relation avec Emrys. La vérité était pourtant bien plus simple, et c'était là l'opportunité idéale pour en parler.

Mais voilà, Merlin avait l'estomac parfaitement noué et était bien incapable de révéler quoi que ce soit à cet instant. C'était trop soudain, tout se précipitait et il n'était pas prêt. Cela aurait dû être le moment de s'ouvrir à son ami, de tout lui dire, tout aurait été beaucoup plus simple, mais il ne pouvait pas. C'était une réaction physique, il était paralysé. Et si Arthur le prenait mal ? Et s'il se sentait trahi en apprenant que son valet, à qui il avait accordé toute sa confiance, lui avait menti durant des années ? Même s'il ne rejetait plus la magie, il pourrait se sentir trompé. Pire encore, et s'il revenait sur sa décision de l'autoriser ? Que ferait Merlin, dans ce cas ? Il n'était pas prêt, vraiment pas prêt.

Gaïus le tira de sa crise de panique en répondant à la question qu'il avait posée, attirant l'attention sur lui-même pour la détourner de son protégé :

-Oui, Merlin, dit-il. Emrys a mon soutien depuis des années, et il l'aura jusqu'à ma mort. Je ne peux pas vous révéler son identité, mais je ne doute pas qu'il le fera lui-même d'ici peu, quand il apprendra la légalisation de la magie. Laissons-lui le temps de s'y préparer, si vous le voulez bien, car ce n'est pas un secret qui se révèle à la légère quand on a passé des années à le protéger.

-Bien sûr, acquiesça Arthur.

Peut-être ignorait-il encore tout. Ou peut-être qu'il avait soupçonné l'implication de Merlin auprès d'Emrys, au même titre que Gaïus, mais que cet échange l'avait convaincu du contraire.

-Je dois y aller, dit le roi. Mais s'il vous plaît, remerciez Emrys pour son aide, et pour tout ce qu'il a fait pour nous jusque-là. Dites-lui que la magie sera bientôt libre et qu'il n'aura plus besoin de se cacher.

Il marqua une pause :

-Et transmettez-lui mes excuses pour ce que mon père et moi avons fait, dit-il avant d'ouvrir la porte et de s'immobiliser pour accorder un dernier regard soucieux à Chris.

Bouche bée, Merlin ne pouvait que le dévisager sans rien dire, ému. Il vit que le souverain se projetait dans la bataille à venir et il lut la peur dans ses yeux, ainsi que la détermination. Aucun partage n'était nécessaire pour déchiffrer ce qu'il ressentait à cet instant.

-Arthur, réussit-il à murmurer. Cette décision d'autoriser la magie… C'est une bonne décision.

C'était maladroit mais il fallait le dire. Même s'ils n'avaient pas eu l'occasion d'en discuter plus longuement, montrer son soutien était indispensable.

Arthur se figea et baissa les yeux, avant de hocher la tête d'un air absent. Il quitta la pièce à grands pas, et le jeune sorcier se tourna vers Gaïus et Chris, les larmes aux yeux :

-Merci à vous deux d'en faire autant pour protéger mon identité. Je suis désolé, je vais bientôt lui en parler, il me faut juste un peu de temps…

-Ce que j'ai dit à l'instant t'était directement adressé, dit le médecin. Prends tout le temps qu'il te faut, mon garçon.

Merlin sourit faiblement, gêné.

-Sache tout de même une chose, dit Gaïus. Arthur pense probablement que nous travaillons tous les deux avec Emrys. Il ne l'a pas dit directement, il semblait même éviter d'en parler, mais c'est ce qui transparaissait de tout ce qu'il m'a raconté. J'ai confessé que c'était le cas pour moi, et il n'a pas eu l'air surpris, il semblait même l'attendre. Je n'ai rien dit pour toi mais je pense qu'il espère que tu le lui révèleras aussi par toi-même.

-Il pense juste que je collabore avec Emrys, il n'a pas la moindre idée…

Merlin comprenait à présent pourquoi le roi l'avait regardé de cette façon en le voyant prétendre qu'il n'était pas impliqué :

-Je l'ai déçu, dit-il. C'est peut-être pour cette raison qu'il est parti sans me raconter toutes ses découvertes et son parcours pour en arriver là, alors qu'il vous a tout dit à vous.

-A moins qu'il n'ait simplement pas eu le temps de le faire, dit Gaïus.

-Il était pressé, confirma Chris. Crois-moi, Merlin, je perçois les émotions de tous ceux qui se trouvent en ma présence.

Merlin remarqua toutefois qu'il ne l'avait pas vraiment contredit, il avait simplement affirmé que le roi s'était senti dans l'urgence, ce qui ne l'empêchait pas de ressentir aussi de la déception.

-Je peux te répéter ce qu'il m'a raconté, dit Gaïus. A mon avis, certains points t'intéresseront tout particulièrement.

-Je n'arrive toujours pas à croire qu'Arthur en a tant appris et qu'il a pris une aussi grosse décision sans que je n'en sache rien. Je serai ravi que vous me racontiez tout cela, Gaïus, mais je dois moi aussi me préparer à la bataille. Arthur va avoir besoin d'Emrys.

Le vieux médecin le retint malgré tout, une expression grave sur son visage :

-Je dois tout de même te dire quelque chose, c'est à propos d'Hunith…

Le cœur de Merlin fit un bond, et il remarqua soudain l'absence de sa mère :

-Est-ce qu'elle va bien ?!

Chris et Gaïus échangèrent un regard.

OoOoO

Dès qu'il sut ce qui était arrivé Hunith, Merlin comprit qu'il devait lui rendre visite, même s'il ne pourrait pas l'aider dans l'immédiat. Il monta quatre à quatre les marches des escaliers, en tentant de ne pas s'attarder sur la colère que lui inspirait Mordred. Ce dernier n'était plus un ennemi comme un autre désormais, il avait franchi une ligne rouge, un point de non-retour.

Les gardes qui gardaient la pièce où elle se trouvait enfermée le laissèrent passer sans poser de questions, et il la découvrit endormie dans l'un des grands lits habituellement réservés aux invités de marque. Arthur avait pris soin d'elle autant qu'il le pouvait. Cela n'avait pas dû être facile de trouver une chambre aussi luxueuse malgré tous les souverains qui habitaient au château en ce moment.

Le jeune sorcier s'approcha doucement d'elle et s'assit à son chevet. Elle n'avait pas l'air de souffrir. Elle ne semblait pas non plus dégager la moindre aura magique. La présence d'une partie de Mordred dans son esprit n'était pas perceptible tant que celui-ci ne l'activait pas.

Il resta ainsi quelques instants à son chevet, utilisant les enseignements de Gaïus pour s'assurer qu'elle allait bien, réfléchissant à des moyens de la soigner.

-Nous ferons des recherches, murmura-t-il en lui serrant la main, nous allons tout faire pour trouver un remède.

Il ne quitta la pièce qu'après de longues minutes à contempler la situation. A penser à tout ce qu'il s'était passé ces derniers jours alors qu'il avait lui-même erré dans les limbes, détaché de la réalité. Ses propres souvenirs de toute cette période restaient flous, même si des bribes lui revenaient confusément. Ce fut au moment où il franchit le seuil de la porte qu'il se rappela à nouveau le corbeau. Le corbeau qui était entré dans sa chambre lui avait laissé une lettre, probablement de la part de Morgane, certainement à propos de l'ultimatum qu'elle lui avait imposé. Le mois de réflexion qu'elle lui avait octroyé pour faire son choix était écoulé, et elle devait se demander s'il avait finalement décidé de la rejoindre, ignorant encore totalement que le jeune apprenti sorcier Merlin à qui elle pensait faire cette proposition n'était autre que son ami Guy. Ignorant aussi que Merlin et Guy étaient Emrys.

Il redescendit en courant jusqu'aux appartements de Gaïus, qui avait quitté les lieux pour rassembler les potions et le matériel dont ils auraient besoin pour soigner les blessés. En revanche, Chris était toujours là, allongé dans sa chambre et endormi. Merlin fit de son mieux pour chercher silencieusement le parchemin tombé près de la fenêtre, afin d'éviter de le réveiller. Lorsqu'il mit enfin la main dessus, il quitta la pièce pour le lire.

C'était bien un message de Morgane, et elle attendait bien une réponse à sa proposition. Il s'agissait d'une invitation à la rejoindre à l'orée de la forêt pour lui livrer son choix. Elle indiquait une heure et une date de rendez-vous, mais Merlin se rendit compte qu'il ne savait pas si ce jour était déjà passé. Gêné, il chercha un garde à qui poser la question, et celui qu'il trouva lui répondit d'un ton mi-surpris, mi-méprisant, accompagné d'un froncement de sourcil.

C'est aujourd'hui ! Le rendez-vous était une ou deux heures plus tôt, il était déjà passé !

Jurant, il se mit tout de même en route pour la forêt, décidé à tenter sa chance malgré tout. Peut-être l'avait-elle attendu. Il voulait lui parler avant la bataille pour tenter une dernière fois de la détourner de sa vengeance. Il refuserait bien sûr de rejoindre le camp de Mordred, préférant avouer lui-même son secret à Arthur que de céder à un chantage. Elle qui ignorait la vérité sur ses autres identités, s'imaginait-elle vraiment l'avoir cerné ? Comment pouvait-elle croire une seule seconde qu'il accepterait de trahir Camelot ? Il devait simplement s'assurer qu'Arthur ne découvre pas ses pouvoirs de sa bouche à elle. Autrement dit, une fois le rendez-vous passé, il devrait se dépêcher de se confier au roi pour ne pas être devancé.

Soudain pris d'une angoisse profonde, il repoussa ses pensées et accéléra le pas, se préparant à passer discrètement à travers les défenses qui s'érigeaient déjà autour de la cité pour repousser l'ennemi.


Note : Merci à Gwenetsi pour ses reviews des derniers chapitres ! :)