Écrit par HateWeasel
395. Ne dis pas ça.
Ciel n'était pas dans la chambre d'hôtel. Il n'était même pas dans l'hôtel ; mais plutôt, au-dessus, assis sur le toit du bâtiment. Il espérait que l'air chaud de la nuit l'aiderait à quelque peu se rafraîchir les idées, hélas, le bleuté n'arrivait pas à oublier ce qu'il venait de faire. Il avait tout laissé à la vue d'Alois, et il ne savait absolument pas comment le blond allait réagir.
Une chose était sûre, cependant, ce ne serait pas bon. Ciel hésitait d'ailleurs à retourner dans la chambre pour cacher l'enveloppe une nouvelle fois avant que le garçon revienne, mais il ignorait quand est-ce que le blond rentrerait. Le Phantomhive ne pouvait donc que se préparer au pire, peu importe ce que ce serait.
Il était terrifié à l'idée de retourner dans la chambre, mais l'alternative était de rester sur le toit toute la soirée. Et si l'autre garçon l'attendait ? Mais et si ce n'était pas le cas ? Et s'il en voulait tellement au bleuté qu'il ne voulait plus jamais le voir ? Ciel avait bien dit dans son message qu'il était prêt à affronter les conséquences sans broncher, si le blond souhaitait une telle chose. Mais, en même temps, le garçon n'était pas sûr de pouvoir le supporter.
Une main passa dans les cheveux du bleuté alors qu'il soupira. Il mit ensuite son front contre sa paume, essayant de soulager ses inquiétudes. Ciel commençait à se dire qu'il prendrait bien une âme pour se détendre.
Cette idée épouvantable lui échappa alors qu'il sentit une présence familière, mais sinistre. Le Phantomhive se leva, faisant quelques pas vers la porte qui menait au toit. Tout était étrangement silencieux, seul le bruit du vent chuchotant aux oreilles du garçon. Le corps de Ciel se tendit alors qu'il se prépara à tous les scénarios possibles. Bien qu'une toute petite partie de lui s'y était attendu, le garçon fut tout de même surpris en voyant un visage aussi pâle que ses cheveux.
- Jim... chuchota-t-il sans le vouloir.
Le bleuté écarquilla l'œil avec surprise, ne pouvant s'empêcher d'admirer l'apparence de l'autre garçon sous le clair de lune et les lumières de la ville autour d'eux. Tout le stress que Ciel avait ressenti auparavant disparu alors qu'il regarda l'autre garçon s'approcher. C'était comme si le Phantomhive avait été hypnotisé.
Les pas d'Alois prirent rapidement de la vitesse et de la distance au point où il se mit à courir vers l'autre adolescent. Dans son poing se trouvait l'enveloppe que le Phantomhive lui avait laissé trouvé, et Ciel ne savait pas vraiment s'il devait ouvrir ou non les bras, ou se préparer à l'impact. Finalement, il choisit la deuxième option alors que le blond s'arrêta juste devant lui les dents serrées et le bras retroussé en arrière.
CRACK !
Le blond frappa le visage de l'autre démon avec une force brute, cassant très certainement son nez. Du sang resta sur le poing d'Alois après l'impact contre le bleuté, et le garçon recula quelque peu. Le visage de Ciel pleurait du sang alors que son attaquant l'attrapa par le col de sa chemise avant qu'il puisse tomber, tirant brutalement dessus pour donner un coup de tête au Phantomhive. Maintenant son nez et son front saignaient.
Le poussant, le blond relâcha enfin la cible de son agression, le forçant à tomber lourdement au sol. Ciel atterrit directement sur son postérieur, s'étant fait complètement humilier. Après un moment passé à frotter son crâne douloureux, il fut plus ou moins en mesure de comprendre ce qu'il venait de se passer, même avec un cerveau chamboulé.
Lorsque Ciel releva la tête, il vit Alois se tenir devant lui, les yeux écarquillés, et les sourcils froncés. Il tentait de se calmer, haletant, tout en essayant de prendre autant de profondes inspirations que possible. Ses poings tremblaient tandis qu'il serrait l'enveloppe rouge comme s'ils n'en avaient pas terminé, mais Ciel n'avait pas peur. En fait, il s'était rassis et fermait les yeux.
- C'était mérité, dit-il.
Il avait l'air triste. Il prit une profonde inspiration et s'attendit à plus.
- Continue, si c'est ce que tu veux...
- Va te faire foutre ! cria Alois d'un ton enragé. Va juste... Va juste te faire foutre !
D'une certaine manière, ce déchaînement fut encore plus violent pour Ciel que n'importe quel coup du blond. Alois n'était pas simplement énervé contre lui. Il était furieux. Il était enragé et contrarié, et tout ça par la faute de Ciel. La douleur de son visage lui parut superficielle alors qu'il fut incapable de détourner les yeux du blond.
Ses lèvres tremblaient et ses yeux étaient rouges. Alois était sens dessus dessous, et c'était l'avis de quelqu'un qui avait le visage cabossé et couvert de sang. On aurait dit que le blond faisait tout en son pouvoir pour s'assurer qu'aucune larme ne coule. Et lorsque qu'il y en eut une qui lui échappa, le garçon détourna le regard, s'assurant que sa frange couvre ses yeux. Ciel se releva.
- Jim... dit-il doucement, levant une main pour toucher l'autre garçon.
A sa surprise, Alois eut un soubresaut lorsqu'il s'approcha trop. Hésitant, le Phantomhive essaya de réconforter le blond.
- Jim, s'il te plaît... dit-il. Ne pleure pas...
- Je ne pleure pas ! renifla Alois.
- Je suis désolé... répondit Ciel en levant à nouveau lentement la main pour guider le Macken dans un câlin.
Bien que le blond était en colère contre lui, bien que le blond était furieux, il se laissa faire, acceptant de tomber dans les bras du bleuté.
- J'ai... envie de croire ça... dit la menace en enfonçant son visage contre l'épaule de l'autre démon, sa voix craquant, ... Mais... mais...
- Je sais, dit le bleuté. J'ai trahi ta confiance. Je ne t'en veux absolument pas de ne pas vouloir me croire.
- Mais... mais... balbutia le Macken en agrippant le devant de la chemise du garçon comme s'il essayait encore de retenir ses larmes. Mais pourquoi tu as fait ça ?
Le Phantomhive hésita, ce qui n'aida pas les nerfs du blond. Pourquoi est-ce que Ciel avait refusé de tout dire au blond ? Pourquoi avait-il cacher la vérité au garçon pendant aussi longtemps ? Voilà ce que ce demandait le démon borgne cette dernière semaine, essayant de comprendre le sens de ses propres stupides actions.
- Parce que je suis égoïste, répondit enfin Ciel, et Alois s'éloigna d'un air confus.
Il regarda le bleuté, attendant une explication, mais les premiers instants, il n'y eut qu'un sorte d'étrange expression timide sur le visage de l'autre adolescent alors que Ciel évitait désespérément son regard.
- Qu-Quoi ? demanda Alois.
Le bleuté hésita une nouvelle fois avant de répondre.
- C'est parce que je suis égoïste, répéta-t-il avec embarras. Je... Je peux dire autant de fois que je le veux que c'était pour toi, mais au bout du compte, cela ne sert à rien si cela ne fait que te blesser. Je ne t'ai pas directement dit parce que je ne voulais pas que tu sois impliqué. Je voulais que tu sois en sécurité, et je voulais te garder sain et sauf. Mais, ce n'est pas ton travail. Tu es mon partenaire. C'est ce que tu fais... Je me suis mis en travers de ton chemin parce que je voulais ce que je voulais, pas ce que tu voulais...
Il devait sûrement avoir l'air d'un fou maintenant.
- J'ai été idiot de croire que tu te contenterais de te laisser faire comme une sorte de marionnette, dit le Phantomhive. Tu vaux mieux que cela. Tu mérites mieux que cela... et...
Il releva les yeux sur un Macken ahuri un instant avant de regarder à nouveau ses pieds.
- ... et je suis vraiment désolé... murmura-t-il bas, perdant ses moyens lorsque le blond se retira entièrement de son étreinte.
Ciel laissa ses bras tomber le long de son corps, continuant à fixer le sol. Il ferma l'œil et eut un soubresaut en sentant l'autre garçon lever son menton.
A sa grande surprise, lorsqu'il rouvrit l'œil, il ne fut pas attaqué. A la place, le blond avait tiré la manche de son haut jusqu'à sa paume afin de s'en servir en guise de chiffon improvisé pour essuyer un peu du sang du visage du Phantomhive. C'était désormais au tour de Ciel d'être confus.
- Ji-?
- Pas un mot, interrompit Alois en gardant son attention sur sa tâche. Je suis toujours énervé contre toi.
En réponse, Ciel fit ce qui lui était ordonné et il resta silencieux jusqu'à ce que la menace ait à nouveau envie de parler. Alors, il se tenait bien droit et laissait l'autre démon lui administrer ses soins et essuyer la majorité de la substance rouge sur son visage tout en évitant de croiser son regard. Le garçon avait déjà guéri depuis un moment, mais les traces de la dispute restaient, même là, après que le blond ait réussi à en retirer une grosse partie. Le reste devrait être nettoyé avec de l'eau.
Une fois qu'il en eut terminé, il posa sa main sur la joue de l'ancien Comte, la caressant avec son pouce. Il resta pendant une éternité à regarder le bleuté, essayant de lire en lui. Après quelques instants, il prit une profonde inspiration et soupira.
- Bon, voilà ce qu'on va faire, commença-t-il et le bleuté le regarda. On va aller à cette fête ensemble et en finir avec tout ça ensemble, et tu n'as pas le droit de refuser. Compris ?
- Oui... dit le Phantomhive, intimidé.
Il ne se rappelait pas de la dernière fois qu'il s'était senti aussi petit face au Macken.
- Parfait, répondit Alois. Tu ne veux peut-être pas que je sois blessé, mais je ne veux pas que ça t'arrive non plus. Tu es plutôt égoïste.
- Je sais, répondit Ciel en hochant la tête. Je suis désolé...
- Je suis astronomiquement saoulé avec toi actuellement, dit le blond en fixant intensément le visage de l'autre garçon d'un air grave et d'un ton plein de reproche. Ce que tu as fait... Je ne sais même pas comment le décrire... Tu as failli me ramener cent ans en arrière avec tes merdes, tu sais ?
Le Phantomhive se contenta de continuer à regarder le sol. Il hocha de nouveau la tête pour faire savoir qu'il avait entendu l'autre démon. Alois passa sa main de la joue du bleuté à son menton, prenant son visage entre ses doigts et son pouce pour obliger Ciel à le regarder.
- Je veux mettre les choses au clair ; je ne te pardonne pas, lui dit la menace. Il va me falloir du temps pour ça ; si j'y arrive. Ça va demander des efforts de ta part, tu comprends ?
- Je-Je comprends, répondit Ciel, maintenant incapable de détourner l'œil du regard bleu perçant du blond. Je ferai de mon mieux...
- Non, je ne veux pas de ton "mieux" ; je veux que tu le fasses.
- Je le ferai, alors ! aboya le Chien de Garde.
A sa surprise, le regard d'Alois s'adoucit tandis que ce dernier tentait de réprimer un sourire. Il se mit à trembler un instant avant de laisser sortir un ricanement.
- Merde, jura le blond en mettant sa main sur l'épaule de l'autre garçon. Arrête d'être mignon, tu rends tout ça beaucoup plus dur...
Il marqua une pause, son sourire s'effaçant alors qu'il regarda ses pieds.
- Je... Je ne sais même pas si tu... s'estompa-t-il d'un ton lourd, ... si tu...
- Jim- commença Ciel, avant de se rappeler de la "règle" instaurée par le blond.
Le Phantomhive se corrigea.
- Alois, dit-il, regardant par terre avant le blond.
Il tendit une main vers le visage de l'autre garçon.
- Je t'aime. Je t'aime plus que n'importe qui d'autre au monde ; au point où j'ai failli te perdre en essayant de te garder pour moi, reprit-il. C'est mon égoïsme qui t'a empêché de voir mes véritables intentions, et c'est mon égoïsme qui, même maintenant, ne veut pas que tu sois contrarié ou blessé. La réalité est que tu es blessé, et que c'est ma faute. Je t'aime, et je veux que tu sois sain et sauf. Je ne veux pas que tu connaisses à nouveau la souffrance ou le chagrin parce que je t'aime de manière si égoïste.
Il marqua une pause, mettant son autre main sur le côté de la tête du blond.
- Mais si ce que je souhaite va à l'encontre de ce que tu veux, je dois le respecter et m'y résoudre, dit Ciel. Mais quand je suis avec toi, toute trace de noblesse et d'honneur que je possède me file entre les doigts. Je n'ai plus rien à part de l'avidité. Tu as raison. Je suis aussi mauvais que Claude. Mais celui que je désire, c'est toi, et je suis terrifié à l'idée de te perdre...
- Tu es vraiment un enculé... interrompit le blond.
- Qu-Quoi ?
- Un enculé. Tu es un enculé, répéta Alois. Tu sais tout ce que tu as mal fait, et pourtant tu continues à le faire.
Le bleuté baissa l'œil.
- Je suis désolé... dit-il.
- Pour quoi ?
- Je suis désolé d'être un enculé... corrigea Ciel.
- Et... ?
- Et... commença le bleuté. Et de ne pas avoir fait attention à toi...
- Et ?
La répétition d'Alois rendait Ciel quelque peu confus.
- Et... Et tu as bien raison de souligner mes conneries ? répondit-il d'un ton interrogateur, essayant de comprendre ce que le blond voulait.
L'autre garçon se contenta de ricaner.
- Presque, dit Alois.
- Quelle était la bonne réponse ?
- Je ne suis pas tout à fait sûr. Je voulais juste que tu saches que tu as merdé, répondit le blond en mettant ses bras autour de la taille de l'autre garçon.
- Oh, dit Ciel. J'ai merdé, ajouta-t-il.
- Je t'en veux toujours, dit à nouveau le démon blond. Mais je t'aime toujours.
Il ne reçut en réponse que le silence alors que le bleuté s'agitait dans ses bras. Le garçon avait les mains posées sur les épaules du blond, maintenant, et il trifouillait le col de sa chemise alors qu'il cherchait à formuler une réponse. Finalement, le bleuté soupira et s'avoua vaincu.
- J'ignore comment répondre de manière appropriée, admit-il honteusement, espérant qu'Alois ne serait pas trop contrarié.
Étonnamment, ce n'était pas le cas, et il semblait même plutôt amusé.
- Tu es si docile là... répondit Alois en enlaçant le garçon de plus bel. Ce n'est pas juste. Arrête d'être mignon quand je veux être sérieux...
- Désolé.
- Et arrête de t'excuser.
Ciel se mit à réfléchir un instant.
- Alors que veux-tu que je fasse ?
- Hmm... fit son partenaire pour réfléchir, à son tour. Un bisou ne serait pas de refus.
Il sourit alors que le garçon dans ses bras le regarda d'un air surpris, les joues rouges.
- Ji... A-Alois... chuchota avec hésitation le garçon.
Avant qu'il puisse refermer la distance entre leurs lèvres, le blond tourna la tête et fit la moue.
- Pas si tu m'appelles comme ça, dit Alois alors qu'un rougissement apparaissait sur ses propres joues. Tu n'as pas le droit de m'embrasser si tu m'appelles "Alois"...
- Jim... corrigea le Phantomhive, posant une main sur l'épaule du garçon tout en prenant sa joue avec l'autre. Je t'aime, ajouta-t-il en menant son bien-aimé à un baiser.
