Comme il ne bougea pas d'un pouce, Zoro lui jeta un regard curieux peut être empli d'une autre émotion que Sanji n'avait ni envie ni besoin de comprendre.

Mais l'idiot qui lui servait de chauffeur n'avait pas dans sa liste qualités très réduite, la patience. Il s'enquit donc rapidement de ce que faisait Sanji.

« Bon, la princesse, ton carrosse est arrivé. Je vais pas non plus y passer toute la nuit donc si tu pouvais bouger ton petit cul de merde ? »

Pour le coup, l'envie de frapper ce connard de merde qui n'avait pour le sauver que des abdos à damner un saint le sortit de sa tétanie causée par l'anxiété de la possible confrontation avec sa famille.

Mais même s'il ne se l'avouerait probablement jamais, il était rassuré que Zoro soit là. L'attendant. Si ce con l'attendait et ne se barrait pas en ne le voyant pas revenir. Enfin, peut être qu'il se faisait du mouron pour rien. Peut être que personne ne serait là. Peut être que tout allait bien se passer. Peut être.

« La princesse te dit d'aller te faire foutre. Et t'a intérêt à m'attendre. De toute façon je serai rapide. » Traduction : Va te faire foutre (ça c'était sincère), attends moi, si je suis pas revenu rapidement c'est pas normal. Espérons que le cerveau de ce con n'aie pas été contaminé par la couleur de ses cheveux, sinon il était mal.

Sans une parole de plus, Sanji ouvrit la portière, laissant son sac dans la voiture de Zoro, prenant seulement ses clés. Son téléphone était aussi dans une des poches de son pantalon mais il ne lui serait d'aucune utilité. Il claqua la porte de la voiture en guise de ponctuation pour la conversation avortée avec l'autre homme et se dirigea vers la maison qu'il avait toujours connu.

Traversant le jardin qui n'était pas de première jeunesse, il se retrouva devant la porte d'entrée, essayant d'ouvrir sans ses clés en premier, la porte s'ouvrit dans un grincement horrible. Finalement ses clés seraient inutiles.

Ne s'arrêtant pas pour quoi que ce soit, il n'avait pas le temps, il commença à monter doucement les marches de l'escalier menant aux chambres, aussi silencieusement que possible. Lorsqu'il crut entendre un bruit dans le lourd silence de la maison, il se figea, guettant tout mouvement ou autre son d'un potentiel membre de sa famille. Cinq minutes passèrent, en tout cas c'est ce dont il eu l'impression, mais le silence était de nouveau roi dans la maison. Il continua donc sa montée puis sa traversée du couloir.

Il enfonça la clé dans la serrure de la porte de son ancien chez lui et ouvrit la porte. Sa chambre ayant été fermée et pas encore forcée, elle était exactement comme il l'avait laissé. Les papiers étaient posés négligemment sur son bureau, il les avait vraiment juste oubliés ce matin, dans la précipitation.

Sa chambre, c'était véritablement la dernière fois qu'il la voyait aujourd'hui. La pièce qui l'avait vu grandir, apprendre. La nostalgie l'emplissait lentement mais sûrement. Et avec elle, il reprit ses esprits et avec deux grandes enjambées se déplaça jusqu'à son bureau, prit les papiers et ressortit de la pièce.

Refermant la porte derrière lui, il se retrouva de nouveau dans le couloir. Quand il leva la tête pour regarder devant lui, il fût projeté sur le sol en parquet ciré par un poing. Un poing où plusieurs bagues étaient enfilées. Un poing qu'il connaissait par cœur. Le poing caractéristique de son père.

Une fois à terre il essaya de se relever rapidement, voulant courir dans les escaliers afin de sortir de là au plus vite, il n'avait pas le temps de se soucier du problème que poserait le fait que Zoro le voit revenir dans un état bien pire que celui dans lequel il était entré.

Mais il n'eut pas le temps de se mettre debout. Un coup de pied dans son dos le fît se rétamer la tête la première aux pieds de son géniteur. Finalement son père n'était pas seul. Ses frères étaient aussi de la partie.

A terre, seul contre trois, il avait conscience qu'il n'avait aucune chance de victoire. Sa seule chance de s'en sortir était de fuir. De s'enfuir jusqu'à Zoro, sa famille n'oserait pas s'en prendre physiquement à lui devant quelqu'un d'extérieur et d'inconnu. Ils ne prendraient pas ce risque.

Interrompant ses pensées, des coups de pieds dans son torse le firent gémir de douleur. Les anti-douleurs ne faisaient plus effet et bien qu'il ne se soit pas rendu compte de la douleur plus tôt grâce à l'adrénaline, là il la sentait. Beaucoup trop, un goût de fer ne tarda pas à envahir sa bouche tandis que les coups continuaient à pleuvoir sur son corps. Crachant du sang, il rampa comme il put jusqu'aux escaliers, endroit dangereux, il pouvait facilement se briser le cou si l'un de ses frères ou son père le poussait de là.

Arrivé par miracle en haut des escaliers, il attendit que le rythme des coups se calme un peu, signe de début de fatigue de ses frères, pour se lever prestement et amorcer sa descente. Après trois marches, l'un des trois membres de sa famille l'aida à gagner en vitesse : une main prit appui sur son dos et poussa. Sachant que descendre trois marches avait déjà été un calvaire, se lever en soit était déjà un effort, il n'eut aucune chance de ne pas basculer. Voyant déjà sa vie défiler devant ses yeux, il perdit connaissance quelques secondes, minutes (?) et quand il rouvrit les yeux il était en bas, un bras ayant pris un angle étrange et la porte d'entrée était maintenant à sa droite.

Des cris résonnaient à l'étage, peut être que son père s'était finalement dit que tuer l'un de ses fils était trop même pour lui. C'était peu probable mais c'était la seule explication à laquelle Sanji pouvait présentement penser. Les papiers étaient toujours dans sa main, comment ne les avait-t-il pas perdus ? Lui même n'en savait rien, mais il s'en fichait complètement à cet instant. Ce qui comptait c'était de survivre. Et pour survivre, il fallait s'en aller. Fuir. Vite, avant qu'ils ne se mettent d'accord et descendent voir s'il avait survécu.

Se relevant tant bien que mal, il actionna la pognée de la porte, celle-ci s'ouvrit sans difficulté. Heureusement qu'elle n'était pas fermée à clé. Il n'aurait jamais eu la force de se servir de ses clés. Finalement peut être que le destin voulait qu'il survive.

De là où il était il pouvait déjà voir la voiture de Zoro qui l'attendait toujours. En deux jours, c'était la première fois qu'il était sincèrement soulagé de voir le serveur aux cheveux trop verts.

Il se releva donc tant bien que mal et sortit à l'extérieur. La peur et l'effroi gagnant du terrain sur son esprit à chaque pas. La douleur commençant à torturer le moindre de ses nerfs ne l'aidait clairement pas non plus.

Faisant le tour de la voiture, il trouva la force d'ouvrir la portière dans les dernières forces qui lui restaient. L'adrénaline courant encore dans son corps l'ayant certainement aidé.

La tête d'algues n'avait apparemment pas un sens d'observation très développé car il fût surpris de voir Sanji arriver dans la voiture, ne l'ayant pas vu revenir. Il ne lui faudrait probablement pas beaucoup de temps pour voir l'état dans lequel était Sanji. Même un aveugle le verrait.

« Putain ! Ça va ?! Ça fait pas cinq minutes que t'es là-bas, comment t'as pu te retrouver dans cet état ? C'est pas ta famille de con qui habite là ?! »

Ah, bingo. Même un idiot de son genre ne passerai pas à côté du sang qui lui décorait probablement les lèvres et d'autres parties de son corps dont il n'avait pas encore conscience. De plus sa respiration difficile ne devait pas aider non plus à ignorer son état préoccupant. Même lui était un peu inquiet, c'était dire.

« C'est- T'inquiètes, démarres- Ça va- »

Bon, il n'était vraiment pas convaincant. Il en avait conscience. Mais il fallait vraiment que Zoro démarres. Il ne voulait pas rester là une minute de plus. Pas en ayant connaissance de la présence des trois hommes qui étaient encore dans la maison.

Zoro le regarda encore de longues secondes mais finit par appuyer sur la pédale d'accélération, le moteur de la voiture ronronnant sous l'action soudaine.

Sanji s'autorisa un soupir, il était sorti d'affaire. Pour le moment.