Le ressenti de Jackson quant aux soirées organisées par la meute était mitigé. C'était à la fois agréable d'y participer mais aussi… Un peu ennuyeux. Parce que c'était toujours pareil, dans un sens. On arrivait, on s'ambiançait un peu, on mangeait, on regardait un film… Le tout dans une atmosphère agréable. En fait, le concept en lui-même était sympa. Se voir, prendre le temps de se retrouver en dehors des réunions stressantes et décompresser tous ensemble.

Le véritable problème de Jackson par rapport à ces rassemblements… C'était sa sociabilité. Sa sociabilité absente. Il n'en avait pas l'air comme ça, mais il n'était pas des plus extravertis et préférait une bonne soirée à juste regarder la télévision tout seul que devoir se coltiner tout un tas de personnes jusqu'au lendemain. L'autre souci, c'est qu'il les aimait bien. Leur présence était agréable – pour autant, il n'irait jamais l'avouer. Du moins pas à voix haute. Ce n'était pas son style.

Autrefois, peut-être aurait-il eu recours à l'alcool pour se sentir à l'aise et laisser le liquide le rendre plus sociable. Il soupira de dépit : pourquoi diable la lycanthropie empêchait-elle l'éthanol de faire son effet ? Pourquoi le côté surnaturel n'était pas compatible avec la notion de fun ? Oui, pour Jackson, il s'agissait effectivement de cela. Sobre, il avait toujours du mal à se détendre et s'enfermait généralement dans son rôle de Whittemore-populaire-arrogant un peu étriqué. Il n'aimait pas réellement ça mais… On lui avait appris qu'il valait toujours mieux sauver les apparences, en particulier lorsque l'on se retrouvait en situation de faiblesse. Au pire, il n'aurait qu'à s'isoler de temps à autres, prendre un verre pour se donner un genre et échanger deux-trois mots de temps en temps avec les éléments les plus calmes de la bande.

Donc, pas avec Stilinski, par exemple.

Pour être honnête, Jackson se demandait parfois comment ils réussissaient à supporter leur présence respective dans la meute. Chacun de ses membres étaient différents, mais le kanima se considérait aux antipodes de Stilinski et ce, sur tous les points. Quel miracle qu'il ne l'ait pas encore étripé ! Et pourtant, ce n'était pas l'envie qui lui manquait. Parce que Stiles parlait sans arrêt et lors de ces soirées, il était toujours celui qui essayait de rassembler les autres. Jackson ne pouvait nier que son but était louable mais il n'avait pas envie de se voir dicter sa conduite par un humain. Un humain qui pouvait achever n'importe quel monstre avec sa seule voix tant il parlait.

Jackson se plaça devant le miroir de sa chambre et son reflet lui retira l'hyperactif de la tête. Loin d'être satisfait de ce qu'il voyait, il s'efforça tout de même à voir les choses sous un bon angle.

Disons que pour une fois, Jackson avait envie de faire les choses différemment. Pourquoi ? Parce qu'il désirait être plus à l'aise avec les autres, et avec lui-même. S'il était effectivement plus facile pour lui de sauver les apparences en jouant un rôle pour lequel il était bien rôdé, ce n'était pas le plus agréable – bien au contraire. Jackson voulait… Il voulait changer. Doucement. Et pas trop non plus. Juste assez pour être capable de se regarder dans une glace sans y voir un étranger. Se voir sans se reconnaître complètement était suffisamment épuisant à la longue pour qu'il décide d'agir.

Et c'était peut-être stupide, mais ça commençait par son style vestimentaire. Jackson n'avait pas besoin d'être toujours parfaitement élégant, parfaitement bien habillé, parfaitement coiffé. Pourtant, c'était l'habitude que ses parents lui avaient fait intégrer dès son plus jeune âge. De bonnes relations commençaient par une bonne apparence. Selon eux, il fallait toujours être impeccable et penser à tout – ça, Jackson l'avait intégré dès son plus jeune âge.

Mais ce soir, il allait bousculer ses habitudes et… Sortir habillé simplement. Pas de chemise parfaitement cintrée ni de chino. Juste un jean délavé, un t-shirt blanc parfaitement et… Une vieille paire de baskets. Jackson était un peu radical mais il savait qu'il ne devait pas y aller avec le dos de la cuillère s'il voulait vraiment mettre un pied hors du moule qu'il s'était façonné. Evidemment, il avait du mal à se voir ainsi et imaginait déjà la tête que feraient ses parents s'ils le voyaient partir dans cette tenue d'une simplicité affolante. Néanmoins, ils brillaient par leur absence et ça, ça lui allait très bien.

Jackson en profita aussi pour se décoiffer un peu. Pas complètement, mais suffisamment pour se donner l'air… Moins rigide.

Ce soir, il ne voulait pas briller, encore moins attirer l'attention. Il allait juste essayer de commencer à apprendre en douceur à être lui-même.

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Scott se regarda dans son miroir. Il était à tomber – de son propre point de vue. Il fallait dire qu'il avait tout fait pour cela : il avait passé un temps monstre à se coiffer et à choisir ses vêtements avec méticulosité. Il avait enfilé ses pièces les plus belles – et accessoirement les plus chères. Il était arrivé, parfois, que Scott préfère dépenser son argent dans de beaux vêtements plutôt que d'aider sa mère. Son excuse quand elle constatait qu'il n'avait plus rien ? Il disait avoir eu des problèmes avec son scooter et, pour ne pas embêter son adorable mère, avait préféré le réparer au plus vite. Melissa, puisqu'elle lui faisait confiance, ne douta pas.

Avant de partir, Scott but un petit liquide translucide. Ce soir, il comptait bien mettre Stiles dans son lit. Pourquoi ? Parce qu'il était son obsession, le seul à qui il n'arrêtait pas de penser depuis des mois. Chaque rapprochement qui avait eu lieu ces derniers temps servait à ce seul but. Non, plus que ça : Scott voulait Stiles tout entier. Mais le problème… C'est que l'hyperactif ne se montrait pas des plus coopératifs. Le pauvre était aveugle aux sentiments qu'il lui portait. Si Scott lui en voulait ? Pas du tout. Néanmoins, il s'était procuré de quoi lui ouvrir les yeux.

Et accessoirement, le mettre dans son lit sans se heurter à quelque résistance que ce soit de sa part. Pourquoi ? Parce qu'il n'en pouvait plus et qu'il avait assez attendu. Il avait cru que Stiles finirait par comprendre tout seul qu'il y avait quelque chose entre eux, mais… Il fallait croire qu'il avait besoin d'un petit coup de pouce et ce coup de pouce, Scott l'avait payé une fortune.

Il glissa la petite fiole dans son sac et finit par sortir de chez lui après avoir ajusté quelques menus détails sur sa tenue.

Songer à la soirée qui se profilait le combla de bonheur parce qu'il allait non seulement goûter à ce corps qu'il lorgnait chaque fois qu'il le croisait mais aussi… Faire comprendre à Stiles que leurs destins étaient liés. Plus que ça : qu'il lui appartenait. Parce que son loup l'avait choisi et que rien ne pouvait aller contre ce fait immuable. Scott pensait de manière particulièrement malsaine et à vrai dire, il s'en rendait compte. Cependant, il l'ignorait sciemment car ça l'arrangeait, d'autant plus qu'il n'avait pas honte de ses réflexions. Son envie de Stiles dépassait tout d'autant plus que le jeune homme… Il avait un charme indéniable. Un charme dont il était conscient et qui le rendait terriblement sexy. Le pire, c'est que l'hyperactif l'utilisait éhontément. Il était beau, désirable et il le savait. Cette arrogance dissimulée sous une timidité adorable… Scott y avait succombé. Mais il ne voulait pas que Stiles continue de se comporter de cette manière. Parce qu'il était à lui et qu'il ne devait chercher à séduire personne d'autre que lui. L'alpha lui en voulait-il pour autant ? Non, parce que Stiles ne se rendait pas compte de ce qu'il faisait, ni de l'effet qu'il avait sur lui. Alors, le loup-garou lui apprendrait. Il lui montrerait jusqu'à quel point son charme humain l'avait ensorcelé.

Scott sourit en enfilant son casque de moto.

La nuit qui s'annonçait promettait d'être magistrale.

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Stiles avait failli se décommander et ce, au dernier moment. Un instant de panique, de gros manque de confiance en lui. Il s'était vêtu, préparé, avait commencé à sortir et… En montant dans sa Jeep, il s'était senti tout bonnement ridicule. Stupide. Moche. Boudiné. Trop maigre. Pâle comme la mort. Mal habillé. Pas présentable.

Il avait fait une crise de panique monumentale.

Maintenant, le voilà tout décoiffé et les yeux rougis. Dans son angoisse, il avait réussi à appeler Lydia qui, par il ne savait quel moyen, avait réussi à le calmer. Sans même savoir à quoi il ressemblait à l'heure actuelle, elle lui avait répété à quel point il était mignon, à quel point il était parfait dans sa tenue. Selon elle, personne n'aurait à y redire. Stiles lui avait dit qu'il ne voulait pas attirer l'attention et la banshee lui promit que ce ne serait pas le cas, mais qu'il devait en passer par là pour progresser. Il ne devait pas avoir peur de se pomponner de temps en temps et de s'habiller un peu différemment pour sortir.

Ainsi, elle le convainquit de venir malgré tout, en lui promettant qu'elle l'aiderait à se détendre et qu'elle ne le laisserait pas tomber de la soirée. Il la remercia. Raccrocha. Et démarra, fébrile. En se répétant que ça irait. Personne n'irait lui faire de remarque sur sa tenue, sur ses cheveux, sur son visage. Enfin si, Jackson trouverait forcément une pique à lui faire mais lui… Ce n'était pas grave, c'était habituel. Et Stiles se rendit compte à quel point son manque de confiance en lui avait le don de lui pourrir la vie. Pourvu que Lydia réussisse à l'aider à se sortir de cette situation… Elle avait toujours la solution à tout, alors il jugeait cela possible même s'il savait que cela prendrait du temps.

Et alors que l'immeuble de Derek entrait dans son champ de vision, Stiles se gara et souffla un bon coup.

Il pria pour que cette soirée se passe bien pour lui. Parce que… Eh bien, il s'était un peu trop démarqué les fois précédentes, en buvant un peu trop… Entre autres. Alors ce soir, pas d'alcool. Ou alors un verre, mais pas plus. Il était hors de question qu'il se ridiculise… Le cas échéant, il risquerait de faire une autre crise de panique. Il n'en était déjà pas loin, alors autant se protéger.

Stiles se recoiffa un minimum. Quand on voyait sa touffe de cheveux éternellement en bataille, l'on pouvait comprendre qu'il s'agissait d'un défi de taille et que ses doigts n'y changeraient pas grand-chose, mais… Au moins, il essayait. Enfin, il finit par sortir de sa voiture et soupira. Pourquoi son ventre se serrait-il d'angoisse ? C'était idiot, il fallait qu'il relativise. Il allait participer à une soirée de meute. Il savait comment cela se passait, puisqu'ils en avaient déjà fait quelques-unes par le passé. Stiles devait se détendre : il allait simplement retrouver ses amis et partager un moment agréable avec eux. Donc techniquement… Tout irait bien.

Après tout, qu'est-ce qui pourrait mal se passer ?