Il n'y avait pas de sensation plus désagréable que l'envie d'uriner. Et plus précisément, en pleine nuit. Le pire ? Se réveiller précisément à cause de cette sensation-là, et pas une autre. Sentir sa vessie pleine, cette envie pas vraiment pressente mais qui rappelait sans arrêt sa présence par sa lourdeur, cette espèce d'insistance qui lui était propre… Et ne pas avoir la moindre envie de se lever. De n'en être qu'à moitié capable, d'ailleurs.

Stiles poussa un profond soupir. Sans mentir, il s'était reposé, avait eu le temps de récupérer un peu d'énergie. Mais il savait aussi qu'il lui en manquait beaucoup et qu'il lui faudrait bien des jours pour retrouver sa forme coutumière – fluctuante de par ses habitudes, mais jamais handicapante. Autant dire que se faire arracher des bras de Morphée par une envie telle que celle-ci n'était pas pour le ravir. Parce que pour se soulager, il lui faudrait se lever. Alors, Stiles s'efforça d'oublier sa vessie, de faire comme si elle était vide, ou comme si elle n'existait plus. Le temps s'écoula lentement, tant et si bien que lorsque Stiles zieuta l'heure sur le téléphone de Derek, que ce dernier avait laissé sur la table basse, il poussa un profond soupir. Il referma les yeux, tenta une fois de plus de passer outre. On disait que le mental était plus fort que le corps : Stiles s'attendit donc à ce que son entreprise réussisse.

Pas à ce que sa vessie lui fasse un mal de chien parce qu'il patientait comme un idiot, dans l'espoir qu'un miracle ait lieu, que sa vessie s'anesthésie pour quelques heures encore. Ainsi, il fut obligé de se rendre à l'évidence : l'envie devenant un besoin impérieux, ne passerait pas toute seule. Sans chercher à déverrouiller ce téléphone qui n'était pas le sien mais dont il connaissait déjà le code – Derek n'étant pas très discret lorsqu'il le tapait – l'hyperactif en alluma la lampe et se redressa doucement. Son état de faiblesse plus qu'évident nécessitait une certaine progression dans les mouvements qu'il avait à faire. De cette façon, Stiles y alla par étapes mais ne put s'empêcher de grimacer tant la façon dont il bougeait torturait sa vessie en tous sens. Une fois qu'il se sentit à peu près stable en position assise, il prit son courage à deux mains et se leva. Si ses jambes tremblaient un peu, le jeune homme se considéra apte à aller aux toilettes seul sans trop de soucis. De toute façon, il n'avait pas eu l'intention de demander quelque aide que ce soit – encore moins pour un souci de ce genre. Que Derek soit venu le chercher et ait pris soin de lui depuis son arrivée était déjà suffisamment honteux comme cela. Stiles avait beau trouver le geste très gentil – un peu trop par rapport au loup rustre qu'il était censé être –, il n'avait pas la moindre intention de faire durer cette situation outre mesure. Et ça, c'était quelque chose dont il était certain et qui ne quittait pas sa conscience, quel que soit son état. Un principe, un acquis. L'idée de ne jamais s'imposer plus que nécessaire, de retrouver son indépendance au plus vite. En soi, il ne l'avait pas perdue, pas vraiment… Simplement, il était normal qu'il s'affaiblisse après s'être retrouvé quasiment du jour au lendemain à devoir se rationner. Quoique le mot était faible puisque sous prétexte d'économiser le peu de nourriture qu'il avait, il lui arrivait de se priver. En quelques jours à peine, il était aisé de perdre toute son énergie, sa forme… Et le peu de graisse qu'il avait sur lui.

Stiles réussit néanmoins à aller aux toilettes sans que ses jambes ne le lâchent. Cela ne tenait pas du miracle : il faisait très attention et n'hésitait pas à laisser sa main courir sur les murs, y prenant appui si besoin. Ses pas, douloureux tant marcher lui faisait mal à la vessie, étaient lents. En l'état actuel des choses, Stiles ne pourrait pas faire mieux. Le fait est qu'il put néanmoins se soulager et pousser un soupir d'aise – il n'y avait pas de meilleure sensation au monde que celle de se délester de ce genre de poids. Et même si sa tête tournait un peu, même s'il se sentait sacrément fébrile, rien ne pouvait entacher sa joie de s'être vidé. C'est ainsi qu'il termina son affaire et une fois qu'il se fut rhabillé, il sortit de la petite pièce avec la sensation d'un poids en moins sur la vessie. Est-ce qu'il se sentit plus fort pour autant ? Absolument pas. Il avait froid et continuait de se trouver extrêmement faible. Dire que sa situation risquait de ne pas s'améliorer avant un moment était un euphémisme, mais Stiles, en plus de tout faire pour s'en aller le plus tôt possible, ne comptait pas mendier outre mesure. Il se débrouillerait avec ce qu'il avait. Il y arriverait.

Un vertige soudain l'obligea à s'arrêter et fit naître en lui un puissant mal de crâne qui le laissa pantelant… A tel point qu'il manqua de tomber et décida de prendre appui non plus sur le mur, mais sur le premier meuble qui lui tomba sous la main, à savoir une commode en bois. Stiles posa le téléphone de Derek l'écran contre la surface polie du meuble, histoire que sa lampe lui éclaire tout de même correctement le couloir. Sa main libérée, il l'amena à son visage, se pinça l'arête du nez, les sourcils froncés, les yeux fermés. Il avait besoin d'un temps mort… Ou bien de se rallonger sur le canapé au plus vite. Que choisit-il ? La seconde option. Parce que Stiles n'était patient que pour les autres. Or, faire ne serait-ce que quelques pas de plus fut d'une complexité telle qu'il s'arrêta à nouveau tant son crâne le lançait horriblement. Et il se rendit compte qu'il avait soif… Faim, aussi. Que son corps lui lançait mille et un signaux d'alarme, dans l'espoir de se faire entendre avant qu'il ne retourne dormir. Or, Stiles n'avait ni l'envie, ni la force de le satisfaire dans l'instant T. Ne pouvait-il pas attendre quelques heures de plus ? Le temps qu'il se repose un peu, qu'il termine cette nuit des plus brouillonnes… Et alors que l'hyperactif s'efforçait de débattre sur ce sujet dans sa propre tête, histoire de prendre une décision rapidement malgré la douleur croissante de son crâne, des bruits légers mais réels parvinrent malgré tout à ses oreilles. Stiles les écouta et en conclut qu'il s'agissait de pas. Sans être réellement surpris, il relativisa. Apparemment, il n'était pas le seul à avoir été la victime d'une vessie capricieuse… Le fait est que cela ne changeait absolument rien à sa situation et sa décision, Stiles finit par la prendre en un instant. Dormir. Il fallait juste qu'il retourne dormir. Qu'y avait-il de si compliqué à cela ? Fais un effort, s'ordonna-t-il. Et c'est alors qu'il rouvrit les yeux, croisa un regard qu'il connaissait bien. Derek se tenait face à lui et… Stiles l'avait si peu vu venir qu'à défaut de sursauter, il se figea. Son appui sur le meuble se renforça. Il fallait qu'il reste debout, au moins le temps que Derek sorte de son champ de vision.

- Salut, se sentit-il toutefois obligé de bredouiller.

Sa gorge le brûlait moins, mais parler restait un effort conséquent – nul doute que si Derek lui demandait des explications quant à sa présence debout, dans son couloir, en pleine nuit, Stiles lui résumerait la chose de façon aussi concise que possible. Il savait depuis bien longtemps que le mensonge lui était inutile en sa présence, puisqu'il avait le pouvoir de détecter celui-ci en un quart de seconde.

- Bonne nuit, enchaîna-t-il toutefois, histoire de s'éviter cette peine.

C'est ce moment précis que choisit son ventre pour exécuter la symphonie fort singulière de la faim, la même qu'il considérait comme pouvant attendre le lendemain. Stiles ne put alors s'empêcher d'esquisser un très léger sourire gêné, mais décida qu'il était véritablement temps pour lui de retourner dormir. C'est ainsi qu'il prit son courage à deux mains pour lâcher le meuble et se diriger péniblement vers le salon… En ignorant son propre équilibre plus que précaire et cette fébrilité qui ne le quittait pas. Car quitte à croiser Derek lors d'un potentiel besoin d'uriner commun, autant lui montrer par avance qu'il commençait déjà à se débrouiller, à retrouver un semblant d'indépendance.

Peut-être qu'il pourrait s'en aller dès le lendemain, qui sait ?

Alors Stiles s'efforça de marcher droit, d'ignorer, en plus de sa faiblesse, cette vue horrible qui se faisait véritablement floue. Stiles, le malaise, tu le feras sur le canapé, se dit-il. D'ailleurs… Était-ce possible de faire un malaise en dormant ? Sa partie hyperactive commençait à véritablement se réveiller. Sentirait-il la chose arriver si elle venait alors qu'il dormait d'un sommeil lourd et profond, sans besoin d'uriner de préférence ?

Mais la main qui agrippa fermement son avant-bras ne semblait pas décidée à le laisser mettre son maigre plan à exécution.