Petit mot du jour (Gody) :

Bonjour (ou bonsoir),

C'était simplement pour prévenir que nous serons absentes au moins jusqu'aux vacances, voire même durant de ces dernières. Du coup, on va dire que la taille du chapitre compense tout ça. Donc savourez-le bien.

Des bisous.


Réponses aux reviews :

Gueguest (Gody) : Au moins, tu n'as pas pris la mouche suite à notre dernier mot et ça fait plaisir ! Bonne lecture. :)

Flammekueche (Gody) : Si ça c'est pas un surnom bien alsacien, je vois pas ce que c'est ! :') merci d'avoir pris le temps de laisser un commentaire et nous sommes ravie que cette histoire te transporte. Ça nous fait vraiment plaisir. L'arc de la Tour du Paradis est une pépite, à tout jamais.

SunShine (Ally) : Et moi je remercie MON Chaton Suprême de t'avoir partagé cette histoire. Effectivement, notre Gerald connait quelques inspirations extérieures. Un coté colérique que seule sa rouquine préférée peut calmer par une simple douce attention. Merci pour ta review, elle nous fait plaisir. En espérant que tu liras aussi ce chapitre. Je vais de ce pas remercier MON félin pour nous donner de la visibilité. Bisous

Chaton Supreme (Gody) : Moh, ta review a été plus courte que d'habitude. J'espère que le coup de mou sera chassé avec ce chapitre. Toujours un grand merci pour tes commentaires petit chat. :)

AlcianSirius (Ally) : Dire qu'au départ, on devait faire simple au niveau du scénario... Bizarrement ça ne l'est jamais avec nous. Du coup on aime titiller en laissant les tous petits indices planqués un peu partout. Évidemment je ne répondrai pas à tes interrogations en réponse :') Le coté pas constructifs du commentaire on le garde, parce que nous aussi on a bien ri à ces moments-là ! Gody va se faire un plaisiiiir de corriger les fautes. Et tu vas te faire le plaisir d'en relever de nouvelles que j'ai probablement zappées... Bonne lecture !

jFANGIRLd (Gody) : Hello ! Je connais ces moments-là. Après tout, j'ai travaillé ce chapitre alors que j'avais des projets à rendre. Oupsie. Heureuse que tu sois aussi une adepte du slow burn ! J'espère que cette suite va te plaire, autant que les autres chapitres. Bonne lecture, à bientôt (promis je laisse bientôt ma review sur ton dernier chapitre aussi c:).


Disclaimer : Fairy Tail ne nous appartient pas.


Rating : M


JOUR 63 : Ne pas


Son sac à dos est léger mais il atterrit quand même durement sur le canapé ; Gerald n'est pas d'humeur et ça peut sans doute s'expliquer en quelques mots.

Penser qu'aujourd'hui est son anniversaire semble être trop dur pour ses proches.

Traînant des pieds vers le frigo, il tombe à nouveau sur la note que son père a laissé tôt ce matin, précisant qu'il ne serait pas là durant le reste du mois. Rien d'autre. Donc comment dire que la déception a très vite laissé un goût amer dans sa bouche ?

Il tire la porte et la fraîcheur caresse son visage. Midi est passé, il meurt de faim mais il n'y a rien qui attire son attention. Peut-être que faire des courses sera bientôt nécessaire. C'est lui l'homme de la maison pour plusieurs jours et il compte bien faire en sorte que Wendy ne manque de rien. Mais, pour aujourd'hui, ils commanderont quelque chose.

Exceptionnellement. Et surtout parce qu'il ne sera pas en état pour sortir ensuite.

À cette pensée, Gerald glisse ses yeux vers son sac, toujours négligemment posé entre des coussins duveteux ; roses et violets, de quoi bien souligner les goûts de sa petite-sœur pour la décoration intérieure. Un maigre sourire amusé titille le coin de ses lèvres puis il s'éloigne du réfrigérateur après avoir pris une bouteille de lait.

Sortant un bol avec une boite de céréales encore pleine à craquer, il se prépare tranquillement sa collation. Il entend vaguement la musique qui provient du couloir, lui signifiant que Wendy est encore en train de danser comme une folle dans sa chambre. Un soupçon de fierté vient l'assaillir, conscient des efforts qu'elle fait chaque jour pour lutter ; elle veut vivre pleinement, à sa manière, être une petite fille comme les autres.

Elle n'a que huit ans mais son destin a pourtant l'air d'être déjà scellé. Et c'est rageant.

Gerald secoue un peu la tête pour chasser toutes ces pensées, tout en marchant vers le canapé bien trop grand pour eux deux. Il s'installe après avoir allumé la télévision, ayant avant retiré son téléphone de la poche arrière de son jean ; il ne sert à rien, sachant pertinemment qu'aucun message ne va s'afficher sur l'écran.

Les céréales sont sucrées et le lait a déjà changé de couleur. Il se demande vraiment pourquoi il continue d'acheter ces trucs-là, bien que ce soient les préférés de Wendy ; d'autres sont pourtant largement meilleurs. En soupirant, il s'avachit un peu plus tout en mangeant silencieusement, la contrariété d'être invisible durant un jour censé être le sien l'agaçant de plus en plus. Ce n'est peut-être pas la peine d'en faire tout un plat mais, cette année, ça le démange, parce qu'il aimerait au moins encore une fois goûter à la joie de fêter son anniversaire.

Le bol maintenant vide est posé sur la table-basse et l'étudiant s'est rapproché du bord du canapé, son pied tapotant frénétiquement le plancher. Un manque le ronge mais il tente de respecter les horaires qu'il s'est fixés en commençant tout ça. Ses mains recouvrent son visage aux traits fatigués.

« Tu es rentré ! »

Il sursaute brusquement sous la voix remplie de joie. Tournant la tête, il observe Wendy repartir dans sa chambre avant de revenir pour se précipiter vers le canapé, tout en tenant entre ses petites mains un paquet emballé grossièrement. Des paillettes volent et il grimace sous l'odeur de la colle.

« Tu n'es même pas venu me voir !, se plaint-elle en sautillant sur le cuir.
- Je pensais que tu étais occupée, c'est tout. »

Sa moue est mignonne mais elle ne s'arrête pas pour autant de martyriser la méridienne.

« Doucement la sauterelle, prévient Gerald en la soulevant soudainement, tu sais que papa n'aime pas quand tu fais ça.
- Mais papa n'est pas là alors j'ai le droit, non ?
- Ce n'est pas une raison. »

La voilà en train de gonfler les joues tout en se mettant correctement assise sur ses cuisses. Ses pieds tapent pile dans son tibia gauche, sans faire trop mal mais assez pour montrer son mécontentement. Gerald rit un peu tout en glissant délicatement des mèches indigo derrière son oreille droite.

« Qu'est-ce que c'est ?, demande-t-il en désignant le paquet.
- Un cadeau !, répond Wendy avec un grand sourire. Pour toi, ajoute-t-elle en lui tendant.
- Pour moi ? »

Elle hoche vivement la tête en le laissant prendre ledit présent. Il le déballe sous son regard attentif, sans se départir de sa bonne humeur qui le contamine aussi ; ça se réchauffe dans sa poitrine, c'est apaisant.

Le papier est posé à côté du bol, éparpillant à nouveau des paillettes partout. Le nettoyage sera moins amusant que ce moment mais ce n'est pas grave, il fera avec. Le sourire impatient de sa petite-sœur est plus précieux.

« Ça te plait ? »

Ses yeux verts étudient le cadre qu'il tient presque fébrilement. Son cœur est serré en voyant le visage de sa leur mère, souriant, tenant entre ses bras un poupon qui n'est nul autre que Wendy. Son père se tient droit et fier, mais il sourit d'une façon qu'il n'a plus vue depuis des années. Et lui, il est là, entre eux, avec tout le bonheur que peut ressentir un petit garçon ayant désormais une petite-sœur sur qui veiller.

La photo est un peu abîmée, mais la décoration rose et remplie de petits détails dignes d'une gamine de huit ans, attire davantage l'attention. Une façon de rendre ce cliché moins triste.

Un cliché qu'il a pris soin de ranger dans des boites, sous son lit.

« Tu as fouillé dans mes affaires ?, souffle Gerald en la regardant.
- Non. »

Il rit.

« Wendy je ne vais pas te gronder. J'aime beaucoup ce que tu as fait. »

Et ce n'est pas un mensonge. Comment pourrait-il détester un tel présent, de toute façon ?

« Je pensais qu'en mettant la photo comme ça, tu ne serais plus triste en pensant à maman. »

Levant doucement la main, il caresse la joue de Wendy pour la rassurer encore un peu. Puis, tendrement, ses lèvres se pressent contre son front.

« C'est parfait. Je ne pouvais pas rêver mieux. Merci ma puce. »

Encore quelques mots puis, d'un bond et avec la même bonne humeur, elle court dans sa chambre afin de retourner à ses répétitions. Il attend dix minutes, puis Gerald éteint la télévision. Ses doigts s'accrochent à une sangle de son sac pour le soulever, tandis que les autres tiennent le cadre.

La porte coulissante s'ouvre facilement et il ferme derrière lui ; il fait bon dehors. Pas trop chaud, grâce à la brise. Le balcon est rempli de fleurs dont il s'occupe très souvent, pour entretenir la passion de sa mère ; c'est une manière d'être proche d'elle, encore un peu, tout comme lorsqu'il joue du piano. Le transat sur lequel il s'installe est à moitié au soleil et à l'ombre : c'est parfait.

Tout est déjà prêt et le jeune homme a juste à sortir ce qu'il désire depuis des heures de son sac. La seringue est sagement posée à côté de lui, l'aiguille encore parfaitement protégée. Gerald défait sa ceinture en reniflant, sa respiration s'accélérant déjà, son corps comme totalement conscient de la dose qu'il va enfin recevoir.

Gerald regarde par dessus son épaule, une dernière fois, juste pour vérifier à travers les baies vitrées que sa petite-sœur n'est pas dans le salon. Il contracte légèrement sa mâchoire tout en profitant des rayons de soleil qui caressent sa peau. Le garrot à son bras fait ressortir ses veines sur ses muscles qui remuent lentement, tandis qu'entre ses doigts tournent une seringue remplie.

Le balcon baigne dans la chaleur et c'est agréable. Pourtant ce n'est pas assez pour qu'il se sente vivant. Ce n'est pas aussi simple. Ça ne l'est plus, depuis que sa mère est décédée. Mais il se reconstruit à sa manière ; ça prend du temps et ça a été douloureux, au début, avant qu'il se penche vers cette solution.

La pointe de l'aiguille s'appuie contre la veine, dans le creux de son bras. Gerald sait quoi faire ; il a l'habitude. Il n'est pas stupide, même s'il connait parfaitement les effets de ce qu'il est en train de s'injecter. La légère attente est vite récompensée et le garçon s'allonge sur le transat, une fois les lunettes de soleil sur son nez.

Une brise le caresse pendant que les effets viennent assaillir son corps. Ses doigts effleurent négligemment la bouteille d'eau qu'il a posé à côté, ayant prévu le futur désert aride dans sa bouche et la prochaine lourdeur dans ses membres. Les preuves de son acte sont déjà dissimulées sous le coussin, afin d'éviter que Wendy ne tombe dessus ; elle n'a pas besoin de découvrir que son frère est incapable de surmonter des épreuves difficiles d'une autre manière.

Avec un dernier effort, Gerald reprend le cadre pour le poser sur son torse, près de son cœur, ignorant la mélodie qui tourne dans sa tête.

Mais ça tourne.

Encore et encore.

Et la musique perce ses oreilles.

Gerald se redresse brusquement avec le souffle court. Il prend rapidement son téléphone pour couper son réveil, ses mains encore tremblantes à cause de l'intensité de son rêve, même s'il est plutôt question d'un souvenir. La couverture a glissé de ses épaules, recouvrant le cadre avec lequel il s'est endormi hier soir.

Ses yeux le piquent et, avant même qu'il le réalise, des larmes dévalent sur ses joues. Elles s'écrasent sur le verre et brouillent le visage souriant de sa mère, glissant peu à peu sur Wendy. La plaie encore béante de son cœur semble s'agrandir, le laissant seul dans sa douleur et sa tristesse.

Son corps est secoué par des sanglots pendant de longues minutes, étant incapable de contrôler ses émotions. Il se noie dedans et perd la notion du temps, durant quelques instants, jusqu'à se reprendre suffisamment en main pour se diriger vers la salle de bain ; il faut qu'il chasse de sa tête les derniers instants de son sommeil.

Le creux de son bras le démange mais Gerald préfère ignorer cette sensation. À la place il retire rapidement son jogging et son caleçon, pour entrer dans la douche. L'eau attaque directement sa nuque raide pour couler le long de son dos. Bientôt les gouttes épousent chaque relief de ses muscles saillants, faisant luire sa peau hâlée sous la faible luminosité.

Il saisit son savon pour commencer à frotter son torse et ses doigts effleurent la cicatrice qui macule son pectoral gauche ; une ligne parfaite. Son menton se relève un peu pendant que son corps se détend lentement. De sa main non occupée, il rejette lentement ses mèches devenues plus foncées en arrière, dégageant son front. Ses paupières sont fermées, l'eau caressant les contours de son visage à la mâchoire encore contractée, se perdant plus tard sur sa ligne abdominale, ses cuisses finement dessinées.

Puis, enfin, son esprit vogue vers des contrées plus plaisantes, comme la fois où Erza est venue chez lui. Un sourire fend ses lèvres, se rappelant qu'elle a utilisé cette même douche ; peut-être qu'il aurait dû la rejoindre, à ce moment-là ?

Gerald s'appuie légèrement contre la vitre embuée en reposant le savon à sa place. Il a encore franchi la ligne qu'il s'est imposé, mais il fonce quand même. Il se sent faible, comme incapable de se passer de cette drogue.

Comment ça se serait passé, sans Simon comme barrière ? Après tout, elle l'a uniquement repoussé parce qu'elle est avec lui. Elle n'a jamais dit qu'elle n'était pas intéressée, au contraire. Alors peut-être que ça aurait été différent ; peut-être que la soirée aurait été plus intense, peut-être qu'elle l'aurait aidé d'une autre manière, même s'il se refuse de voir Erza comme un vulgaire coup d'un soir.

Prenant une longue inspiration, il laisse son imagination s'emballer.

Qu'est-ce qu'elle aurait fait en le sentant contre son dos ? En voyant ses mains explorer sa peau crémeuse, peut-être même rose à cause de la chaleur du jet d'eau. Est-ce que sa respiration se serait accélérée ? Est-ce qu'elle aurait permis à ses doigts de glisser entre ses cuisses ?

Ces mêmes doigts qui touchent la cicatrice maculant son bas ventre et une partie de sa ligne en V de son corps, avant de s'enrouler autour de son érection naissante. Il bloque un soupir de contentement, paupières toujours closes, son esprit entièrement rivé sur Erza.

Imaginer ses gémissements, ses murmures, tout près de son oreille pendant qu'il la ferait jouir. Songer à la manière dont son visage se tordrait sous le plaisir. Penser à ses longs cheveux éparpillés sur son drap, une fois qu'ils seraient sortis de la douche, pendant que sa bouche descendrait pour mémoriser son intimité. Ses cuisses blanches, fermes, sur ses épaules, sa saveur sur le bout de sa langue...

L'arrière de sa tête cogne la vitre et il s'en moque ; les mouvements de son poignet s'accélèrent alors qu'il s'abandonne à ses fantasmes. Sa respiration est bruyante mais couverte par l'eau qui cajole encore toute sa peau brûlante et sensible. Gerald contracte son ventre tordu par l'excitation et mord durement sa lèvre inférieure.

Un long râle, rauque, remonte de sa gorge quand il atteint enfin le sommet de son désir. Ses doigts caressent encore son sexe tendu, quelques secondes, alors que les gouttes effacent les traces de son égarement.

Gerald calme peu à peu sa respiration puis reprend la barre de savon, se nettoyant rapidement. Il ne sait pas combien de temps il a passé sous la douche mais, en sortant, il se sent détendu et ça fait du bien. Il en avait besoin.

Séchant rapidement ses cheveux avec une serviette, il lance son boxer sale dans la corbeille. Ses pas sont plus lents quand il retourne dans sa chambre pour prendre des vêtements propres. La sonnerie de son téléphone brise le silence de la pièce et l'étonne ; il s'approche de son lit pour le prendre lentement et décrocher, remarquant par la même occasion qu'il est pratiquement treize heures.

La nuit a été très agitée.

« Pourquoi tu m'appelles ? Il y a un problème ? »

Le long soupir d'Ultia l'accueille, soulignant son agacement.

« Pourquoi dès que je te contacte tu penses ça ?
- Hum... bonne question... »

Il coince son téléphone entre sa joue et son épaule pendant qu'il boucle sa ceinture.

« Peu importe, marmonne-t-elle. Tu es occupé aujourd'hui ?
- Pas spécialement. Pourquoi ?
- Ça te dit de sortir ? »

Gerald reprend brièvement son portable dans la main pour enfiler une chemise, puis il le remet à la même place afin de boutonner son habit.

« Où ça ? »

La voix de Meldy lui chatouille l'oreille et il esquisse un sourire ; évidemment qu'elle n'est jamais loin d'Ultia.

« Au centre commercial, finit-elle par répondre, on fait des repérages.
- Le même que d'habitude ?, s'informe l'étudiant en sortant de sa chambre.
- Évidemment. »

Il jette rapidement un coup d'œil à son réveil.

« Je serai là dans une vingtaine de minutes. »

Le jeune homme traverse le petit couloir qui mène au salon en glissant son téléphone dans son pantalon. Une fois devant l'entrée, il vérifie les poches de sa veste pour voir s'il n'oublie rien, avant de mettre ses chaussures.

Pas de soleil lorsqu'il sort mais un ciel gris. Ça ne le dérange pas. Il sait déjà que cet hiver se fera sans un rayon doré, se présentant que durant de rares occasions.

Avec les écouteurs correctement mis, Gerald s'avance tranquillement vers l'abris de bus qui est à quelques mètres de l'appartement ; il n'a aucune envie d'appeler un taxi ou même de tout simplement conduire aujourd'hui. Sa tête est bien trop remplie et sa concentration risque d'être insuffisante pour s'aventurer sur la route.

Il sourit poliment au chauffeur et aux autres passagers qui le dévisagent, soit à cause de son tatouage, soit parce qu'ils connaissent son père qui fait toujours forte impression dans le quartier.

Le trajet se déroule normalement. Il entend les bavardages de chaque passager et les pleurs stridents - et insupportables - d'un enfant, avant de mettre ses écouteurs. Les premières notes de piano l'apaisent aussitôt et il ferme les yeux pour mieux en profiter. Ses doigts bougent sur ses cuisses, suivant avec précision le rythme ; il a l'habitude, mais la pratique, ces derniers temps, lui manque, préférant se focaliser sur ses prochaines compétitions de natation.

Gerald ne coupe pas la musique jusqu'à ce qu'il atteigne sa destination. Le centre commercial est bondé, comme tous les samedis, et entrer dedans lui demande une bouffée de courage ; il regrette déjà d'avoir accepté cette sortie.

Retrouver ses amies s'avère plus simple que prévu. Ultia lui a envoyé un message afin de le guider et elles ont gentiment attendu près d'un café servant déjà des boissons qui, théoriquement, renfermeraient déjà l'esprit de Noël.

« Hey, souffle-t-il en rangeant ses écouteurs.
- Pile à l'heure, sourit Meldy en étant accrochée au bras de la grande brune, tu as faim ?
- Pas vraiment. »

La jeune femme, aux boucles roses et brillantes, tourne la tête vers une boutique de lingerie et il devient automatiquement raide ; ça n'annonce strictement rien de bon.

« Tu veux aller là-bas c'est ça ?
- Possible, oui. Mais je n'ai pas besoin de vous deux, ajoute-t-elle en souriant, j'en ai pour un bon moment. Donc vous êtes prévenus, je ne veux pas entendre râler. »

Elle ne dit rien de plus en s'en allant d'un pas enjoué vers le magasin et le jeune homme n'ose pas imaginer ce qu'elle compter acheter. Il est tout de même bien soulagé de ne pas mettre les pieds là-bas. Ultia retient un rire puis pose une main sur son dos, captant toute son attention.

« Qu'est-ce qu'il y a ?
- On va boire un café ?, propose-t-elle. On a le temps.
- Ça me va, d'accord. Je te suis.
- Tu es bien docile, s'étonne-t-elle en marchant tranquillement vers le commerce.
- Je suis juste fatigué. »

Ils s'installent à l'une des tables, située juste en face du café. Quelques personnes sont présentes, captivées par l'écran de leur téléphone.

Gerald retire sa veste sans se presser alors que son amie a déjà pris la carte pour regarder ce qui est proposé. Il se penche ensuite en arrière pour profiter du confort du dossier, une main négligemment posée sur le bois. L'autre est sur sa cuisse alors qu'il observe silencieusement les alentours bruyants ; des inconnus avancent lentement tout en tenant des tas de sacs.

« Tu as vraiment une sale gueule »

Il se tend avant de glisser ses yeux sur la demoiselle en face de lui. Elle a reposé la carte, paumes à plat dessus, un visage inexpressif, signe qu'elle est en train de l'analyser.

« Je croyais que tu me trouvais mignon, répond-il lentement, tu changes vite d'avis. »

Sentir sa chaussure fracasser son tibia ne fait toujours pas partie de ses moments préférés avec elle ; le nageur étouffe un gémissement plaintif et mord l'intérieur de sa joue.

« Fais pas genre.
- Hum. »

Son grognement fait soupirer Ultia qui repousse ses cheveux derrière ses épaules. Ils sont brillants sous cette lumière et attirent le regard de leur voisin de table. Elle ne le remarque pas, non, étant encore trop occupée à le reluquer.

« Tu as rêvé de Wendy ? »

Il hésite un peu avant de répondre ; il n'a pas envie de s'aventurer sur ce sujet.

« Oui, déclare-t-il en frottant légèrement l'intérieur de son bras. Elle me manque. »

Ultia pince les lèvres et ses sourcils sont froncés.

« C'était quoi, ça ?
- De quoi ? »

Elle plisse un peu les yeux, sceptique, tout en se penchant lentement vers lui.

« Ce que tu viens de faire. »

Perdu, le jeune homme lève une main pour se gratter l'arrière de la tête ; il n'a vraiment aucune idée de l'accusation qui pèse lourdement sur lui, mais ça a l'air grave. Et il cogite.

« Cette façon de te toucher le bras, siffle-t-elle, je la reconnais parfaitement Gerald. »

Sa voix est dure. Ferme. Et cette fois, il comprend.

« Je t'ai sorti une fois de cette merde, je ne vais pas recommencer. »

Une moue se dessine le visage du concerné et il croise presque aussitôt les bras, grognon.

« Je n'ai rien fait, Ul', bougonne-t-il, je ne compte pas retomber dans la drogue. C'est derrière moi.
- J'espère bien. »

Il pousse un soupir tout en ébouriffant ses cheveux, un peu ennuyé qu'elle puisse avoir songé qu'il avait repris de mauvaises habitudes. Quand la commande est passée, il décide d'attaquer un sujet qui lui tourne dans la tête depuis sa discussion avec son paternel, dans le restaurant.

« Tu te souviens d'Erza ? »

Ultia arrête d'enrouler sa mèche autour de son index.

En soit, la question est stupide ; il est évident qu'elle s'en souvient. Elle oublie rarement les personnes qui savent le remettre à sa place.

« Comment l'oublier ?, ronronne la brune en tapotant sa joue.
- Tu connais son nom de famille ?, continue Gerald en ignorant son geste.
- Bien sûr. Pourquoi ? »

Une légère hésitation s'empare de lui, brièvement.

« Elle connait les Draer. C'est même la sœur de Luxus.
- Depuis quand Luxus a une sœur ?
- Je me suis posé la même question. »

Les sourcils de la brune, parfaitement épilés, se froncent. Elle n'a pas l'habitude de tomber sur un mystère, dans leur domaine, surtout lorsque ça concerne les relations entre les différentes familles.

« Je n'ai jamais eu vent d'une adoption de la part de Makarov. »

L'odeur du café chatouille leurs narines et la jeune femme remercie le serveur avec un sourire poli mais désarmant ; ou comment faire craquer un homme pour lequel elle n'éprouvera même pas une once d'intérêt.

« Ce n'est pas ça, le plus bizarre, marmonne Gerald.
- Dis-moi ? »

Il appuie sa joue contre son poing tout en la regardant mélanger tranquillement sa boisson chaude. Le petit biscuit qui l'accompagne est mis à l'écart et il est tenté de le grignoter.

« J'ai montré Erza à mon père et... il avait l'air de la connaitre. »

Les prunelles brillantes d'Acnologia sont gravées dans sa mémoire. Son paternel montre rarement de l'intérêt dans d'autres affaires mais là... là il a eu ce regard, celui qui veut dire qu'une pépite lui est tombée entre les mains.

« Et qu'est-ce qu'il t'a dit ?
- Qu'elle ressemblait à une connaissance. Rien de plus. »

Vu qu'il a décidé de clore la discussion en attaquant le repas. Comment ne pas remarquer qu'il lui a caché quelque chose ? Parfois, il se demande sérieusement comment son père parvient à duper des hauts placés.

« Tu as une photo d'Erza ?
- Pourquoi ? »

Qu'est-ce qu'elle compte faire avec ça ? Elle a Meldy, pourquoi vouloir une photo de sa rouquine sur son téléphone ?

« Vraiment, Gerald ?, soupire la demoiselle en se pinçant le pont du nez. J'en ai besoin pour la montrer à ma mère.
- Oh euh. Oui. Je t'en envoie une. »

Il doit vraiment trouver un moyen de se reposer. Sinon, il risque de ne pas relier tous les points et d'agacer très souvent son amie. D'ailleurs, cette histoire a l'air autant de lui plaire que de l'intriguer. Ça fait un très long moment qu'elle n'a pas eu l'occasion de fouiner, Ul Milkovich préférant d'abord que sa fille fasse ses armes avec des études. Des études qui, d'ailleurs, sont jugées barbantes par cette dernière.

« Je vais demander à ma mère. Elle doit forcément avoir des informations à son sujet. »

Plutôt satisfait de la tournure de cette discussion, le jeune homme se détend contre le dossier du siège. Il a besoin de réponse, afin d'être apaisé, rassuré. Si Erza est une menace, il faut qu'il se protège d'elle, même si ça signifie prendre ses distances et, pire encore, devoir arrêter de totalement la côtoyer.

Cette simple pensée lui fait serrer le poing, celui appuyé sur la surface de la table.

D'un autre côté, son père ne lui a pas dit de s'éloigner d'elle. Il ne sait plus quoi penser, partagé entre son affection et sa paranoïa.

« Tu penses avoir la réponse rapidement ?
- Ce soir. Ne t'en fais pas, tout ira vite. »

D'un côté, il est pressé. Vraiment. Mais d'un autre, l'appréhension le guette. Même s'il ne connait pas la rouquine depuis longtemps, imaginer la rayer de son existence lui fait mal, plus que nécessaire ; c'est étrange mais il préfère ne pas s'attarder sur ce sentiment.

Meldy pointe le bout de son nez peu de temps après qu'Ultia finisse son café. Elle a des tas de petits sacs dans ses mains et il n'ose même pas imaginer ce qu'ils peuvent contenir ; parfois, il apprécie vraiment d'enterrer sa curiosité et de faire l'autruche. Ça signifie ignorer Ultia en train de vérifier les achats de sa petite-amie, parce qu'il est capable de piquer un fard comme un adolescent qui n'a jamais vu de sous-vêtements de sa vie.

« Il y a une boutique sympa qui est près de la gare. Vous venez ?
- J'ai jamais entendu parler d'une boutique sympa là-bas...
- Tu es trop méfiant Gelly, soupire la demoiselle.
- Ne m'appelle pas Gelly, grogne-t-il.
- Mais ça te va teeeeeellement bien ! »

Avoir le dernier mot avec ces deux-là relève du miracle. Donc, subissant silencieusement l'affreux surnom pratiquement gravé sur son front, il décide de les suivre ; il n'a rien à faire d'autre et retourner dans l'immense appartement vide ne le botte pas trop. Le chemin vers le fameux magasin se fait dans les rires et les discussions animées. Meldy a toujours des histoires à raconter, meublant toutes les conversations possibles. Et il est à fond dans chacune de ses paroles, ne prêtant pas un seul instant au nom de l'établissement.

Non. À la place, il rentre bêtement dedans, tout sourire, jusqu'à se rendre compte dans quoi il vient de mettre les pieds.

« Meldy, t'es pas sérieuse. »

Son sourire tombe en une fraction de seconde, songeant réellement à sortir en courant.

Parce que... et bien... vraiment ?

La concernée ne lui adresse pas l'ombre d'un regard. Elle prend plutôt la main d'Ultia pour la guider vers un rayon aussi haut en couleur que tout le reste du sex-shop.

Oui.

Un sex-shop.

Un putain. De sex-shop.

Sérieusement ?

« Meldyyyyyyy, gémit Gerald en les suivant.
- Oui ?, demande-t-elle avec un sourire innocent.
- Pourquoi tu m'as aussi emmené ici ? »

Sa voix doit sonner désespérée mais pour une fois il s'en fout. Et il est désespéré ! Bordel, il n'a pas la moindre envie d'entendre ces deux chipies parler de leurs activités sexuelles, et encore moins de ce qu'elles aimeraient utiliser pour les pimenter.

« C'est la plus récente boutique de Bob. Il y a plein de nouveautés, on pouvait pas rater ça !
- Moi si. Je t'assure que si. »

Roulant des yeux, elle glisse ses doigts dans ses boucles roses alors que sa petite-amie étudie sérieusement les boites. S'en suit de longues minutes de questions, visant à savoir si ce vibromasseur leur conviendrait mieux que le précédent. Devant sa mine de plus en plus décomposée, Meldy lui assène une tape sur le bras.

« Oh ça va, t'es pas innocent non plus !
- Non, mais j'ai aucun plaisir à imaginer un porno lesbien avec mes deux amies en actrices principales... »

S'en suit de longues protestations, jusqu'à ce qu'ils finissent par sortir du sex-shop pourtant très flagrant ; pourquoi ne l'a-t-il jamais remarqué avant ? La façade est sobre et élégante et, le pire, c'est qu'il passe souvent par ce coin. Il est seize heure passée et ils se séparent en plein centre-ville, après cet après-midi bien rempli. Gerald a l'impression que tout le monde le regarde, sans doute à cause du sac qu'il trimballe depuis dix minutes.

Il n'est pas voyant, non, il est normal. C'est juste ce qu'il contient qui lui brûle les oreilles et les joues ; Meldy, trop concernée par sa vie sexuelle, a jugé bon de lui acheter un anneau. Une noble attention, qui ne vise absolument pas une envie de le voir se décomposer à tout moment dans les transports en commun.

Bien sûr que non, voyons.

Une fois rentré, après avoir été sur la route pendant au moins une heure à cause des bouchons, Gerald accroche son manteau avant de retirer ses chaussures. Le sac est laissé à l'entrée, le jeune homme désirant ne plus y penser pour le moment. Il soupire et lève les bras au dessus de sa tête, s'étirant longuement pour détendre son dos. Cette journée est épuisante mais il ne compte pas se coucher sans s'être défoulé ; s'endormir d'épuisement et une manière d'espérer que les cauchemars ne viennent pas l'assaillir.

Ses doigts appuient sur quelques interrupteurs, vivre dans le noir n'étant pas encore sa passion, puis il longe le couloir pour pénétrer dans la pièce réservée au sport. Son père a toujours eu besoin de cet espace, même si, maintenant, c'est surtout lui qui l'utilise. Le sac de frappe est au milieu, pendant librement, attendant qu'il décharge sa colère.

Et c'est bien ce qu'il compte faire.

Déboutonnant lentement sa chemise, il se surprend à se perdre encore une fois dans ses pensées. Il a l'impression de nager vers une terre inconnue et, oui, ça lui fait un peu peur. Mais il a besoin de savoir, de comprendre qui est véritablement Erza ; il faut qu'il assure ses arrières, lui aussi, parce qu'elle peut s'avérer dangereuse sous ses airs innocents. Il le sait. Il préfère juste faire l'aveugle, ayant ce besoin irrépressible de lui tourner autour, à l'image d'un papillon toujours attiré par les flammes.

Son haut vient sagement se poser sur le banc, près du mur, à côté de la porte. Gerald hésite un instant mais, finalement, il retire aussi son pantalon ; quitte à être à l'aise dans ses mouvements, autant aller jusqu'au bout. Et puis, il est tout seul, alors qui ça peut bien déranger ?

Les gants sont bien vite mis à ses mains et le voilà parti. Ses coups sont forts mais maîtrisés. Il sait où frapper, quel geste faire ; c'est ancré dans un coin de sa tête et ça le sera pour toujours. Son père lui a très vite fait comprendre qu'il ne pourrait pas sans arrêts compter sur quelqu'un pour assurer sa protection, alors c'est aussi à lui de s'entraîner.

Le danger peut venir de n'importe qui, et n'importe quand. Se tenir préparer, c'est un peu la clé à tout ça. Ça donne un sens à ce qu'il est en train de faire, même s'il essaie de se convaincre que la voie de son père ne sera jamais la sienne. Mais, vu qu'à priori le destin semble s'acharner à l'y ramener, peut-être qu'il devrait sérieusement songer à sa véritable vocation.

La sonnerie de son téléphone retentit après un long moment et, très vite, il part y jeter un coup d'œil : Ultia.

Son front est dégoulinant de sueur alors il part attraper une serviette, une fois les gants retirés, pour s'essuyer le visage et une partie de son torse. Reniflant un peu, Gerald prend son portable et lève la main, lisant attentivement son message.

« Évidemment... »

Voilà que sa mère se met aussi à cacher des choses. Feindre l'ignorance semble être une passion commune, en ce moment. Merveilleux. Tout pour lui plaire.

Agacé, le garçon s'empresse d'envoyer un message à Luxus.

« Pourquoi avoir dit qu'Erza est ta sœur ? Elle est loin de s'appeler Draer. Et c'est quoi cette manigance ? Pourquoi les anciens font semblant de rien savoir alors que c'est évident qu'ils la connaissent ? Qui est Erza, et c'est quoi tout ce bordel ? »

Tourner en rond, ça ne l'amuse pas, au contraire. Ça l'énerve, ça le frustre, et ça le fait se sentir comme le dernier des idiots. Sa mâchoire est contractée quand il s'installe sur le banc, la serviette désormais sur ses épaules.

La réponse du militaire ne tarde pas.

« Là où on vit, y a des choses qui sont secrètes et confidentielles. Erza en fait partie. Elle va passer une vie loin de toute cette merde, et tu vas arrêter de montrer sa tête à tous tes contacts. Dans le cas contraire, nous risquons d'avoir quelques réticences à poursuivre nos affaires avec ton père. Cordialement. »

Ses dents mordent furieusement l'intérieur de sa joue. Il a mis les pieds dans quelque chose de mauvais, de très mauvais même. Pourquoi l'identité d'Erza est autant protégée ? Qui est-elle pour posséder cette immunité ?

Ébouriffant énergiquement ses cheveux, le jeune homme se dirige vers la salle de bain ; une douche rapide, un film, au lit. Il doit arrêter de se torturer de la sorte, ou de fouiner, sinon il risque de tout bousiller et, de base, ce n'est pas son but. Mais comment est-il censé deviner que cette femme pèse autant dans la balance ? Si son père lui cache des informations, c'est sûr qu'il risque de se planter, bordel !

L'eau froide attaque sa peau et il sert les dents. Sa main droite saisit le savon avant de frotter rudement son cors tendu. La température se réchauffe peu à peu, tandis que son esprit se calme lentement. Ses paupières sont fermées et il évite de mouiller ses cheveux, propres de ce matin.

Peut-être qu'il devra présenter ses excuses à la famille Draer, demain ? Histoire d'apaiser les tensions et d'éviter des accidents inutiles. Et des sermons de la part de son paternel, qui risque de lui reprocher à nouveau sa trop grande curiosité. Si ça, ce n'est pas un signe qu'il n'est pas fait pour cette vie, alors il ne voit pas ce que ça peut bien être.

L'étudiant pousse un long soupir, essuyant son visage une fois ses mains sans mousse. Ses tempes sont comme compressées et une raideur dans sa nuque le fait grogner. Lentement, il se retourne, avant que le jet d'eau chaude s'écrase sur ses muscles, avec l'espoir de les détendre un peu de cette manière.

Donc le voilà ainsi prostré sous la douche, durant de longues minutes ; il a perdu la notion du temps à cet instant, tant qu'il sursaute en entendant la sonnette de son appartement retentir. Au début, il n'est pas sûr. Alors il a coupé l'eau, tendant l'oreille. Une deuxième sonnerie a suivi et, étonné mais aussi méfiant, Gerald est sorti, prenant au passage une serviette propre.

Le coton absorbe rapidement l'humidité sur sa peau puis il le drape autour de ses hanches, cachant ses attributs. Quand il ouvre la porte d'entrée, Gerald se tend, tout en se sentant nu et exposé, bien qu'il porte une serviette. Quoique, une serviette qui tient fébrilement sur ses hanches, ce n'est peut-être pas le plus merveilleux de tous les habits.

Perchée sur des talons trop hauts pour sa santé mentale, une certaine rouquine en petite tenue est en train de la fusiller du regard.

En petite. Tenue.

Est-ce qu'il s'est endormi pendant sa séance de sport ? Ou alors sous sa douche ? Il nage en plein rêve humide, c'est obligé. Sauf qu'elle a apporté le froid, qui vient mordre sa peau pour le ramener à la réalité. Donc ce n'est pas un fantasme, elle est vraiment venue chez lui à minuit en petite tenue...

Un autre léger courant d'air, plus froid que le précédent, le fait frémir et contracter son corps, un détail qui n'échappe pas à son amie. Pourtant, elle fait mine de rien et, sans demander un semblant d'autorisation, rentre dans son appartement.

Son cœur loupe un battement, ayant fortement l'impression qu'elle s'apprête à dire des choses pas spécialement agréables. Et il n'a pas envie de subir d'autres sermons.

Elle ne prend pas la peine de retirer ses bottines et il remonte sans scrupule son regard sur ses cuisses à peine recouvertes par ses bas en laine noirs. Ses sourcils se froncent en observant la chemise blanche, trop grande, légèrement transparente, qui doit sans aucun doute appartenir à Simon et qui, oh, lui dévoile par la même occasion qu'elle ne porte même pas un foutu soutien-gorge.

Seigneur.

« Comment tu es rentrée ?, demande-t-il lentement.
- Un homme très serviable m'a aidée. »

Cette phrase lui rappelle vaguement celle qu'il a prononcée, un soir, une fois chez elle. Ça le ferait presque rire.

Presque.

Parce qu'il ne connait pas de personne très serviable dans cet immeuble. À part quand ils courbent l'échine lorsque son père ou lui les croisent. Là, c'est tout de suite une autre musique généralement. C'est toujours surprenant de trouver des cadeaux devant la porte l'appartement.

« Qui ça ?
- Je ne sais pas, j'ai choisi un nom au hasard, déclara-t-elle en haussant les épaules. Un certain... Kotobuki je-sais-plus-quoi. »

Oh putain de merde...

« ... Ichiya.
- Oui ! Voilà, c'est ça. »

Il gémit bruyamment.

Elle le fait exprès à ce niveau c'est pas possible !

« Bordel, Erza... »

La concernée croise soudainement les bras, faisant remonter sa poitrine ; bien évidemment, ses yeux verts n'ont pas perdu un instant pour se coller dessus, remarquant au passage que le froid fait tendre la pointe de ses seins contre le tissu.

« Ce n'est pas à toi d'être contrarié, déclare-t-elle.
- Comment ça ?, répond Gerald en détachant difficilement son regard de son buste.
- Sérieusement ? »

Il inspire et étudie son visage aux traits toujours crispés. Les voilà plantés au milieu du salon, lui encore mouillé de sa douche, et elle, à peine habillée. Il a imaginé des meilleures situations en sa compagnie, mais il fera avec.

« Qu'est-ce qu'il y a ? »

L'étudiante lève un sourcil.

« J'ai pas envie d'être mêlée à tout ça.
- ... quoi ? »

Entre ses paroles évasives et ses seins, Gerald n'est pas très sûr d'être capable de tout comprendre. Non, parce que, franchement, comment il est censé réagir ? Elle débarque, s'invite sans un mot et commence à le sermonner sur quelque chose qui lui échappe, surtout à cause de ses maudits arguments que cette foutue chemise n'est pas capable de correctement dissimuler.

Son karma est si mauvais pour qu'elle vienne le narguer de la sorte ?

« ... sans parler que ça fait à peine quelques mois que je suis... »

Sans déconner, il peut voir ses tétons, bon sang ! Roses ! Tendus, qui invitent aux baisers. Qu'est-ce qu'il est censé faire ? Les ignorer ? Mais c'est pas possible. Ce qu'il doit surtout faire c'est ne pas bander.

Oui, voilà.

Surtout.

Ne pas.

Bander.

En voilà une bonne initiative.

« ... est-ce que tu m'écoutes au moins ? »

Ou sinon, peut-être qu'il devrait juste la soulever et l'emmener dans son lit pour lui faire sauvagement l'amour ?

« Oui. »

Des doigts froids s'emparent de son menton et lui font relever la tête. Il croise les prunelles dures de son amie, un peu déçu de devoir quitter des yeux les deux tentations roses qu'il fixait sans ménagement. Ses sourcils sont toujours froncés et elle a un petit pli, entre eux, mignon. Est-ce qu'il a déjà parlé de ses taches de rousseur sur ses pommettes et le pont de son nez ? Oui ?

Ah.

« Tu ne m'écoutais pas. »

Elle a les lèvres pincées. Un peu humides, parce que quand elle est énervée, elle a l'habitude de les humidifier avec sa langue.

Tiens.

Maintenant qu'il y pense, elle est sacrément sexy lorsqu'elle est en colère. Simon est un putain de chanceux ! Quoique... doudou comme il est, il ne doit pas souvent l'irriter. C'est un gâchis. À sa place il la froisserait deux ou trois fois par semaine. Juste pour le spectacle. Et ensuite, il la calmerait en réfugiant sa tête entre ses cuisses...

« Gerald. »

Ah oui.

Oui.

C'est vrai que, de base, elle n'est pas ici pour donner de la matière à sa banque à fantasmes.

« Je t'écoute, dit-il.
- Vraiment ? » demande-t-elle en levant un sourcil.

Non.

Absolument pas.

« Vraiment. »

Erza n'a pas l'air convaincue, vu qu'elle tient encore son menton ; en même temps n'importe qui peut voir son mensonge à des kilomètres. La voilà en train de fermer les yeux, tout en prenant une grande inspiration, faisant soulever sa poitrine par la même occasion. Son regard est aussitôt attiré, et il le baisse, se demandant innocemment quel bonnet est en face de lui. Les paupières de la rouquine se rouvrent.

« Donc... pour faire court... »

E ? Non, même un E ça lui parait petit pour ces deux œuvres d'art. F, peut-être. Ou G ? Non. H ?

« Scarlett n'est pas mon vrai nom de famille mais, ça, tu dois t'en douter. »

Oh.

Son attention est subitement reportée vers ses paroles, les lettres de l'alphabet rangées dans un coin de sa tête. Ça peut attendre, il aura l'occasion de se pencher sur cette question une autre fois.

« Ni moi, ni même ma famille, ne souhaitons que je fasse partie de ce monde. C'est pourquoi j'ai changé de nom ; pour faire profil bas. »

Son cœur loupe un battement.

Elle est de leur monde. Son monde. Même si elle ne l'a pas voulu, elle y est née.

Elle n'est pas du tout du même que celui de Simon ! Alors pourquoi l'avoir choisi ? Qu'est-ce que ça lui apporte, à part se voiler la face ? Se dire qu'elle peut avoir un semblant de normalité ?

« Donc si tu pouvais éviter d'y épingler ma photo, ça m'arrangerait. »

Ah. Oui. Ça se tient.

« Pour ma sécurité. » ajoute-t-elle.

Merde...!

La bouche entrouverte, Gerald ne sait absolument pas quoi dire. Ou faire. Parce qu'il se sent stupide. Vraiment stupide.

« Euh et bien... je... enfin, je pensais que tu- et je... »

Au moins, il est sûr de ne pas bander après cette nouvelle.

« Bien, souffle-t-elle en lui lâchant le menton. Si c'est bon pour toi, je rentre. »

Rentrer ?

Maintenant ?

« Pardon ? »

Son souffle est inaudible, vu que la jeune femme n'a pas perdu de temps. Elle est déjà vers l'entrée. Elle s'est penchée en avant, pour remettre correctement une sangle de sa bottine qu'elle a dû mettre à la va vite. Il la regarde faire, avant de s'attarder sur l'étendue de ses fesses crémeuses.

Deux minutes.

Elle porte vraiment juste un putain de string ou il rêve ? Mais elle est totalement cinglée bordel !

« Tu vas pas sortir comme ça, siffle-t-il en s'approchant.
- Je suis venue comment à ton avis, répond Erza en se redressant. T'es pas malin des fois. »

S'il n'y avait pas le risque qu'elle le prenne pour un malade mental, il se serait volontiers frappé la tête contre un mur.
- T'es inconsciente.
- Et toi sur-protecteur. »

Gerald attrape son poignet, l'empêchant d'atteindre sa porte. Elle fronce les sourcils, mécontente, mais lui, là, il a le cœur qui bat fort et le ventre complètement tordu par l'anxiété.

« Tu crois sincèrement que je vais te permettre de partir dans cette tenue ?
- Et pourquoi pas ?
- Mais t'es pratiquement à poil !, s'exclame-t-il de façon exaspérée.
- J'ai une chemise. »

Est-ce qu'elle est vraiment en train de se défendre avec des arguments aussi pauvres ? Où il rêve à nouveau ?

« T'as rien en dessous.
- Si ! J'ai une culotte. »

Silence.

« ... ce bout de ficelle ? Vraiment ? »

Erza soupire.

« Tu pouvais pas t'habiller avant de partir ?!
- J'avais la flemme. Et j'étais pressée ! Ne te plains pas de ma tenue, c'est en partie de ta faute. »

Elle gonfle les joues, de plus en plus contrariée ; maintenant elle joue la carte de l'enfant qui boude ? Sérieusement ? Et en plus, c'est sois-disant à cause de lui ?

« Et elle est où ta veste ?
- J'ai pas pris de veste. »

Il roule des yeux et la tire de nouveau vers le salon.

Cette femme est d'une inconscience à toute épreuve. Sortir presque nue dans la rue, de nuit en plus. Et sonner chez un pervers plus que bizarre pour entrer dans la résidence...

Sérieusement c'est un miracle si elle ne s'est pas encore faite violer, vu tous les tarés qui rodent dans les rues. Manquerait plus que ces cinglés lui mettent sur le dos sa propre agression. Quoique, il les aurait sans doute déjà tous tués. La sécurité de son adorable petite rousse n'a pas de prix.

Dans tous les cas...

« Tu vas dormir ici ce soir, déclare le jeune homme. C'est pas négociable. »

Elle gémit.

« Tu ne vas pas me séquestrer.
- Oh que si, s'amuse-t-il, et j'ai ce qu'il faut pour ça. »

Gerald continue de la pousser vers sa chambre, priant pour qu'elle ne remarque pas le petit sac de chez Bob, et s'amusant des charmants surnoms dont elle est en train de l'affubler.

« Tu vas m'attacher au lit ou quoi ? »

Il rit, taquin, et se penche pour effleurer son oreille. Son odeur sucrée lui chatouille les narines.

« Je sais que tu es en manque de sensations ma chérie, mais je ne te ferais pas ce plaisir. »

Ou du moins pas ce soir. Même si, bien évidemment, il en crève d'envie.

La rouquine lâche un grognement de mécontentement, sans doute agacée par sa pique. Il l'ignore tout en se disant qu'il doit sérieusement mettre quelque chose sur lui, parce que se promener avec cette maudite serviette, ça ne va pas le faire longtemps.

« Tu crois vraiment que je vais dormir une nouvelle fois avec toi ?, marmonne-t-elle quand ils arrivent dans sa chambre.
- Le lit est assez grand pour qu'on soit éloigné. Ne fais pas de chichis. »

Comme ça il pourrait toujours la câliner et la serrer entre ses bras pendant qu'elle dort, et prétendre l'avoir fait inconsciemment pendant son sommeil.

« Il n'y a pas d'autre chambre ? »

Eh. Oh.

« Pour que tu puisses filer en douce ? Certainement pas. »

Il tient à sa peluche, non mais.

Ses bras se croisent. Elle va encore protester, il le sent, c'est prévisible. Heureusement, il a des cartes redoutables en mains.

« Gerald. Je ne res-
- J'ai la trilogie du Seigneur des Lacrimas. »

Échec.

« Mais-
- En version longue, ajoute-t-il avec un sourire. »

Et mat.

« Tu as raison. Ce serait imprudent de partir. »

Avec un sourire très satisfait, le jeune homme l'observe se mettre assise sur son lit. Elle se penche pour retirer tranquillement ses bottes, puis ses bas, lui dévoilant correctement ses cuisses pâles ; les muscles jouent doucement sous sa peau et il rêve de les caresser avec sa langue, histoire de remonter vers le centre de ses désirs.

Oh bon sang.

Il est irrécupérable et il le sait. Pourtant, il pousse sa chance plus loin, les mots sortant de sa bouche sans qu'il puisse les contrôler.

« La chemise risque d'être froissée si tu dors avec, dit Gerald en posant une main sur sa hanche. Tu peux prendre mes habits pour la nuit, je ne voudrais pas que Simon fasse une syncope en voyant comment tu maltraites ses vêtements... »

Erza sourit légèrement et il sait qu'elle se retient de faire un commentaire. À la place, elle tapote la place à côté d'elle.

« Tu viens ? »

Ah, voilà qu'il a à nouveau oublié qu'il a juste une serviette et qu'elle, elle est aussi quasiment nue. Moins que lui, certes, mais tout de même dans un état avancé. Cette nuit risque d'être un enfer mais peut importe ; être à ses côtés est plus important que n'importe quoi d'autre.

« Deux secondes. »

Et, vu qu'il est très conscient de son cas trop avancé pour changer quoique ce soit, Gerald décide d'aller vers son armoire, se retrouvant dos à elle. Il peut parfaitement sentir ses yeux étudier ses gestes et, mieux encore, il sait qu'elle est en train d'allègrement le reluquer. Il en ronronnerait presque. Fierté masculine oblige.

Taquin, il remue tranquillement ses hanches, la serviette se décrochant et tombant à ses pieds.

Oups ?

Derrière lui, la rouquine toussote pendant qu'il met un caleçon propre. Un soupir de protestation est à moitié étouffé et, quand il se retourne, Erza fait mine de fixer le plafond ; la couleur rose sur ses joues la trahit mais il ne dit rien. À la place, il lui lance un t-shirt au visage.

« Je te laisse te changer, je vais préparer de quoi grignoter. »

C'est jouer à un jeu dangereux tout ça.

Il le sait.

Et elle doit aussi le savoir.

Gerald a presque de la peine pour Simon. Presque. Parce qu'il rage silencieusement de s'être fait doubler par ce gars. C'est injuste, voilà tout. Un mauvais timing. Il a tout autant à lui offrir et, en prime, avec lui, elle n'aurait pas à cacher qui elle est véritablement.

Mais à quoi est-ce qu'il est en train de penser, là ?

Se dire que sa rouquine préférée l'attend à moitié nue dans son lit ne l'aide pas à raisonner clairement. Mais alors, pas du tout. Parce que bon... qu'on l'envoie en enfer pour ça, mais elle a un corps à damner un saint !

Posant des paquets de chocolat sur un plateau, il prend par la même occasion une bouteille d'eau avant d'éteindre les lumières de cette pièce. La solitude ne va pas le ronger ce soir, et, mine de rien, c'est réconfortant. Ça le réchauffe. Donc c'est avec un beau sourire qu'il revient dans sa chambre. Erza a mis la main sur la trilogie, ayant sans doute fouillé dans sa bibliothèque. Elle est incroyablement adorable avec cette moue satisfaite, habillée avec son t-shirt. Une épaule est découverte, invitant silencieusement ses lèvres à se poser dessus ; c'est tentant, surtout quand il vient se mettre à côté d'elle, après avoir plongé la pièce dans la lueur de la télévision.

Là, à moitié appuyée contre son bras pour lui glisser des blagues de mauvais goût avec son petit sourire de gamine un jour de Noël, elle semble étrangement à sa place, dans son lit. Comme si c'était elle, la pièce manquante de son puzzle. Et c'est bien plus flagrant, dès l'instant où ils s'installent pour le film. C'est naturel, troublant, son ventre se tord d'excitation. La joue d'Erza se cale contre son épaule alors que sa main caresse distraitement son dos, jouant un peu avec ses cheveux, pendant qu'ils regardent silencieusement les scènes se déroulant sous leurs yeux.

La frontière entre eux est fine. Trop fine.

Le nageur se sent un peu perdu dans tout ça, parce qu'il ne sait pas comment interpréter le comportement de son amie. D'ailleurs, est-ce qu'il doit réellement la qualifier de la sorte ? Cette représentation ne colle pas. C'est comme se mentir et, à vrai dire, il en a marre de vivre dans les mensonges. Il sait pertinemment que la rousse l'attire, d'une manière déraisonnable. Et il ne peut rien faire pour changer ça, d'autant plus que Simon occupe déjà une place qu'il a secrètement convoitée pendant des jours.

Il est tard quand le film se termine. Gerald pose le plateau par terre, décidant de s'en occuper demain. Il regrette déjà le fait qu'elle se soit décalée pour lui permettre de bouger librement ; le souvenir de sa chaleur est éphémère. Aucun commentaire, aucune protestation, en remarquant qu'elle s'est allongée à sa place, sur le flanc, les paupières closes. Il se contente de légèrement la border et, pris par une pulsion, se penche pour embrasser tendrement son front. Il s'attarde, profitant de cet instant, avant de doucement s'écarter de quelques centimètres.

« Bonne nuit Erza, murmure-t-il.
- Hum... »

Elle pousse un petit soupir qui balaie sa mâchoire. Sa respiration est déjà régulière, signe qu'elle s'est endormie ; au moins, c'est rapide.

Tout son contraire.

Gerald roule, encore et encore, pour finir par être sur le dos. La pièce baigne dans le noir. Il essaie de se détendre en écoutant le souffle léger et profond de son amie. Ses yeux se ferment. Peut-être que compter les moutons, ça peut aider ?

Le froissement de la couette lui fait tendre l'oreille et, soudainement, un corps chaud se presse contre le sien. Ses muscles se contractent automatiquement, avant de se détendre, comprenant qu'Erza a juste bougé durant son sommeil. Un maigre sourire titille le coin de ses lèvres puis, doucement, il passe ses bras autour d'elle, la serrant délicatement ; finalement, ce n'est pas lui qui est venu à la recherche d'une présence, mais elle.

Sa cuisse passe sur ses hanches et le nez de la demoiselle se frotte lascivement contre sa gorge, tandis qu'un gémissement satisfait franchit la barrière de ses lèvres.

Bon.

Surtout.

Ne pas.

Bander.