Petit mot du jour de le part d'Ally :

Bonjour, bonsoir à tous, comment allez-vous en cette période de confinement ? (Je pose la question par politesse mais inutile d'y répondre). Vous l'avez attendu longtemps ce chapitre, et il est là, il est long et il vous sortira, on l'espère, temporairement de l'ennuie. S'il le faut, lisez-le en plusieurs fois. Et si après ça vous vous ennuyez toujours, et bien laissez une review, je vous assure, ça marche ;)

Cela étant dit. Nous avons reçu pas mal de "À quand la suite ?", "la suite !" etc... Que ce soit ici ou Wattpad. Alors. Ça nous fait plaisir de voir que vous aimez autant cette histoire. Cependant. Nous ne sommes pas des machines à écrire. Nous favorisons la qualité, ce qui nous prend du temps, et en plus quand le chapitre est long (nous sommes ici à plus de 17 000 mots oui oui oui) et bien ça nous en prend encore plus. Vous pourriez penser que nous en avons, avec le confinement, mais... non. Nous avons d'autres choses à faire. Comme des devoirs à rendre ou des cours à travailler (et du home office). Le prochain chapitre viendra quand il viendra, et j'espère que vous le comprendrez. Alors s'il vous plait, ne nous pressez pas.

Sur ce, bonne lecture !


Réponses aux reviews (God's Tears) :

jFANGIRLd : oui, elle est lion et elle est née en août. Ne t'en fais pas pour Kana, elle n'est pas malheureuse (pour l'instant en tout cas, qui sait pour l'avenir). Et il est possible que tu sois de temps en temps énervée en lisant les prochains chapitres (sinon, ce n'est pas drôle).

Flèche d'Argent : t'en fais pas, ça ne sera pas ton dernier bug sur cette histoire.

Mayaserina : yes, c'est un véritable deal. Ça sert de pansement pour le moment, attendant patiemment d'être retiré. C'est toujours assez sympathique de dévoiler davantage les facettes de Gerald, mais aussi sa lente évolution. Pour la cohabitation, et bien, je te laisse découvrir ce que ça donne (mais promis, tu devrais sourire ou rire à quelques passages). Pour Simon, ce sera la surprise haha. Je ne sais plus si j'avais répondu sur Wattpad pour cette question mais, oui, l'histoire va continuer même après le mois de mars.

Guest : c'est bien ça. Disons que c'est pour lui faciliter la tâche ; vivre à trois dans l'appartement d'Erza aurait été fastidieux. Dans le sien par contre… c'est une autre histoire. Mais tu comprendras mieux en lisant ce chapitre.

Pepa : je te laisse découvrir cette fameuse cohabitation.

Jerza1 : parce que sans suspens, ça ne serait pas aussi drôle et intéressant haha.

Chaton Suprême : review plus courte mais efficace. Si tu préfère les faire dans ce format, vas-y. Ton avis restera toujours aussi intéressant. Tu en sauras davantage sur la relation Erza et Simon très vite, ne t'en fais pas. Mais tu brûles toujours autant. Et comme ton point de vu rejoint celui de Mayaserina, ma réponse risque d'être répétitive (et on a en parlé aussi). Patience pour Eileen p'tit chat.

Merci pour vos commentaires !


Disclaimer : Fairy Tail ne nous appartient pas.


Rating : M


JOUR 75 : plan à trois


Il fait froid mais Gerald est quand même assis sur un transat, sur le balcon. Son pied tape rageusement et de façon régulière le sol, imaginant différents visages à la place du plancher, alors qu'il écoute ce que les forces de l'ordre lui expliquent ; les caméras de surveillance ne servent à rien et ils n'arrivent pas à rassembler des indices pour mettre la main sur le petit farceur qui le menace.

Assez agacé par la situation, le jeune homme baisse la tête en contractant sa mâchoire. Il presse le pont de son nez en prenant une lente inspiration, histoire de calmer ses ardeurs, et de ne pas dire à la police qu'il compte prendre cette affaire en mains pour combler leur incompétence. Son impulsivité n'est pas la solution et il doit lâcher prise, sinon il risque d'à nouveau courir droit vers les ennuis. Et qui a envie de voir une Ultia prête à l'égorger ? Pas lui en tout cas.

Donc, ce n'est pas le moment de tout foutre en l'air, surtout à cause d'un type qui a l'air d'adorer les animaux morts.

Quand il raccroche, ses doigts sont rouges et gelés. Il n'a pas fait attention au temps qui est passé. Le ciel est dégagé, et il peut observer les nuances de rose qui le teintent. C'est beau, ça le détend, et il se dit que cette journée peut encore être agréable, s'il ne prend pas en compte le fait qu'il va de nouveau voir Simon câliner allègrement la fille qu'il convoite depuis des mois.

Mais ce n'est rien de désagréable.

Non, vraiment.

Gerald se lève en soupirant. Son corps est rigide quand il ouvre la porte fenêtre, afin de retourner dans le cocon de chaleur, alors qu'il entend vaguement le bruit d'un miaulement. Il n'a aucune idée quant à la durée de l'enquête et ça le rend dingue, parce que ça fait déjà quatre jours qu'il doit supporter les surnoms mielleux, les mots doux et les gestes affectueux qu'échange le couple.

Uhr.

En réalité il ne supporte absolument pas, il subit. C'est d'ailleurs l'une des raisons qui fait qu'il est déjà debout. Il n'a pas réalisé la torture qu'il s'apprêtait à s'infliger en acceptant la condition d'Erza. Son sommeil est maintenant agité, souvent parce qu'il se réveille en entendant le lit grincer et des gémissements masculins. Des fois ça l'énerve, d'autres fois ça l'amuse ; il a rarement entendu son amie pousser un soupir bruyant ou un râle de plaisir durant ses ébats. L'ex de la baraque à muscles n'avait pas menti, alors.

C'est triste pour Erza d'avoir fait le mauvais choix...

Secouant vivement la tête, Gerald chasse ses pensées. Ce n'est pas le moment de se mêler de la vie sexuelle de la rouquine. Chacun ses problèmes. Et, qui sait ? Elle est peut-être comblée. Une petite voix dans sa tête se met à prier toutes les divinités qu'il connait pour que la réponse soit non, et qu'elle change de petit-ami - pour en l'occurrence aller vers lui - mais il la fait rapidement taire.

Il aurait bien aimé éviter l'instant gênant du matin, après ce type de nuit, mais il ne peut pas partir comme ça à la fac et la laisser y aller seule, vu qu'il ne mise absolument rien sur la fiabilité de Simon face au danger. Donc il est là, assis sur un tabouret devant l'îlot central, en train de boire lentement son café.

Contrairement à d'habitude, c'est Erza qui apparaît la première. Ses cheveux sont attachés à la va vite et son chignon manque de dégringoler. Le t-shirt qu'elle porte est trop grand, pendant d'une de ses épaules envoûtante, et atteignant le haut de ses cuisses toniques. Pour sa propre santé mentale, il préfère reporter son attention sur le minois encore ensommeillé.

« Bien dormi ?, demande-t-il en connaissant pertinemment la réponse.
- Pas assez, croasse-t-elle en ouvrant la porte du frigo.
- Ah... fallait te coucher plus tôt. »

Le regard qu'elle lui adresse en dit suffisamment long pour ne pas ajouter de mot.

Donc, l'air de rien, il désigne la source d'énergie qui le fait tenir en levant sa tasse.

« Café ? »


JOUR 79 : barbotage


« Ça ne t'ennuie jamais ? »

Gerald hausse un sourcil après avoir passé la serviette sur son visage ruisselant.

Il doit être aux alentours de vingt heures et c'est généralement vers ce créneau là qu'il finit son entraînement. Ayant de bonnes relations avec le personnel de l'université, mais aussi la réputation d'athlète qui va avec, il a facilement accès aux clefs du centre de natation. Et, en ce moment, ça l'arrange bien d'avoir l'occasion de traîner ici et ne pas se contenter de frapper son sac de boxe, chez lui. Après tout, c'est une opportunité pour être plus longtemps avec son amie, sans avoir le rugbyman dans les pattes, vu qu'il déteste assister à ses séances qu'il qualifie de "barbotage".

« De quoi ? »

Il s'installe sur une chaise en plastique, à côté de la rouquine qui a fermé son livre. Simon étant sorti avec des amis de leur promo, il ne sera pas là ce soir, signifiant qu'il récupère entièrement la garde de la demoiselle. Il n'a pas encore de programme établi mais, peut-être qu'un restaurant serait sympathique ? Ou une simple soirée films, après avoir commandé de quoi manger devant. Peut-être La Guerre des Sept Étoiles, ou Tower of Heaven.

« Faire des longueurs, tenter de battre ton record, recommencer..., explique-t-elle en regardant l'eau. Tu ne trouves pas ça lassant ? »

Le nageur étend ses jambes en hochant légèrement la tête, lui signifiant qu'il comprenait ce point de vue. Des gouttes glissent encore lentement sur ses muscles finement dessinés et il en chasse quelques unes avec ses doigts.

« J'aime ce sport. Alors non, lui sourit-il.
- Tu fais ça depuis longtemps ? »

Ah... !

Comme il aime quand sa curiosité maladive se concentre sur lui... c'est un homme, après tout. Y a-t-il plus grande satisfaction que de voir sa dame s'intéresser à lui ?

« Hum... ça va faire plus d'une dizaine d'années maintenant. Le temps passe vraiment vite, c'est dingue. »

Il a rarement vu Erza étonnée de cette manière, celle où ses lèvres s'entrouvrent pendant qu'elle le dévisage longuement.

« Vraiment ? »

Assez amusé par sa réaction, il rit et se relève. Elle le suit des yeux alors qu'il retourne vers le bord de la piscine ; il le sait parce qu'il peut sentir son regard braqué dans son dos.

« Tu n'aimes pas nager ?, lui demande-t-il en se retournant.
- Si. Mais pas autant. »

Un léger silence s'installe, pas du tout gênant, qui finit par être brisé par une remarque placée innocemment de la part de l'étudiante.

« Finalement... tu sais avoir une relation sérieuse. Je n'y aurais jamais crû. »

Piqué, il ne s'est pas retenu de la soulever sur son épaule, la faisant pousser un cri de surprise, pour se ruer vers l'eau et plonger dedans avec elle. Les insultes qu'elle lui adresse sont toutes aussi violentes les unes que les autres et ça le fait bien rire. Il l'aide alors en repoussant les mèches plaquées sur son visage en arrière, dévoilant ce petit froncement de sourcils plutôt mignon qu'elle arbore, quand elle tente d'être en colère.

Son poing percute son torse et les éclabousse, créant des ondulations dans l'eau tiède. Instinctivement, il resserre sa prise autour de sa taille et il sent sa poitrine se presser contre lui. Ses yeux verts étudient attentivement la moindre des expressions tirant les traits parfaits de son amie qui le contemple aussi.

Gerald entrouvre les lèvres, troublé, tandis que son cœur joue les traîtres en s'affolant. Son cerveau arrête de fonctionner et il se dit qu'incliner la tête pour goûter à sa bouche pulpeuse n'est pas une mauvaise idée. Surtout lorsqu'il la voit remuer doucement, et luire sous les projecteurs. C'est tentant, trop tentant.

« ... le chat. »

Il revient peu à peu sur terre quand une vive douleur attaque son téton droit.

« Aïe !
- Pourquoi tu ne m'écoutes jamais ?, bougonne-t-elle en le repoussant à bout de bras.
- Je- c'est pas vrai ! Je t'écoute. Mais là j'étais juste... distrait. »

Ses joues se gonflent d'une adorable façon pendant qu'il frotte son pectoral avec une grimace. Il évite de râler aussi, parce qu'elle s'est écartée de lui et qu'il aurait aimé continuer ce petit câlin inattendu.

« Le chat donc ?, bougonne le garçon en nageant vers le rebord de la piscine. Quel chat, déjà ? J'en ai pas. »

Erza le rejoint et soupire.

« Il y a un petit chat qui traîne dans ton quartier. Il est tout seul.
- Et... ?
- Et pourquoi on ne l'attraperait pas ?, suggère-t-elle. Pour l'adopter.
- Je ne pense pas que ce soit une bonne idée.
- Pourquoi pas ? »

La rouquine se rapproche un peu en lui sortant les yeux doux les plus craquants qu'il lui ait été donné de voir. Mais Gerald tient bon, et fait semblant de ne pas les remarquer.

« Il est peut-être à quelqu'un, signale-t-il en arquant un sourcil.
- Il n'est à personne, lui répond-elle avec une certaine confiance.
- Comment tu peux en être aussi sûre ?
- Parce que ça fait des jours que je l'observe. Et que je le nourris, ajoute-t-elle en s'asseyant sur le rebord de la piscine.
- Je ne t'ai jamais vu le nourrir... »

Il plisse les yeux, craignant le genre de réponse qu'elle pourrait lui donner.

« Je n'ai pas besoin de quitter l'appartement pour faire ça. »

Silence.

Il a presque peur de demander, mais il le fait quand même.

« Est-ce que tu es en train de me dire que... que tu lances de la nourriture par la fenêtre ? »

Elle regarde alors le plafond en toussotant.

« Erza ?
- Oui bon, c'est arrivé quelques fois, répond-elle en marmonnant avant de reprendre d'une façon plus audible ; le fait est que ce petit chat doit être affamé et il mérite plein d'affection. »

Il l'observe encore un peu, dubitatif, ne sachant pas trop quoi dire. Finalement, il laisse ses épaules s'affaisser, comme vaincu.

« On verra ce qu'on peut faire. »

Plus tard, il ignorera les souvenirs de son sourire éclatant et la manière dont ses cheveux écarlates ont flotté tout autour d'eux. Il préférera réfléchir à une manière d'attirer le petit compagnon.


JOUR 81 : nuit sans folie


Gerald prend une lente inspiration. Il a encore les paupières closes et il se tourne sur le côté, mâchoire serrée. Une filet de lumière passe entre les stries de son store métallique. Il a arrêté de les fermer entièrement ; il a horreur du noir complet depuis un moment.

Son expiration est alors bruyante mais elle ne couvre pas le gémissement masculin qui déchire le silence. Quoique, ce n'est pas le bon mot. Non, ce n'est pas du tout silencieux alors que le lit grince depuis dix minutes, et que Simon lui offre une démonstration de ses cordes vocales.

Il roule sur le dos, frappant le dos de sa tête contre l'oreiller sur le rythme du cadran contre le mur. Il l'a si mal fixé que ça ou le colosse y va comme une brute ? Ou alors, à cause de leurs parties de jambes en l'air, ils ont cassé quelque chose ? Cette idée lui donne envie de grogner. Pourquoi déboîter son mobilier, au lieu de s'occuper correctement d'Erza ?

Non parce que, à chaque fois, il entend uniquement Simon. À croire que la rouquine fait de la rétention d'air dès qu'elle couche avec lui. C'est une nouvelle mode ? Pourtant il aurait juré qu'elle n'est pas d'un type silencieux, au lit. Il en aurait même mis sa main à couper. Ou alors, contrairement à son partenaire, elle cherche à ne pas se faire entendre ?

Après quelque secondes encore, le silence revient, après qu'il soit bien entendu gratifié d'un râle satisfait de la part du rugbyman. Et puis c'est tout. Plus rien.

Ouvrant finalement les yeux, Gerald prend son téléphone pour regarder l'heure. Onze minutes et vingt-six secondes.

Nouveau record.


JOUR 84 : caprice


« Je ne savais pas que tu aimais pimenter le sexe avec des jouets... »

Son sang se glace et, lentement, très lentement, il relève le menton, quittant des yeux son téléphone. Ses doigts se serrent autour quand il voit la boite entre les mains d'Erza qui, de base, est censée réviser, pas fouiller dans ses affaires !

« Tu n'as pas dit que tu partais chercher des feuilles ?, dit-il en serrant les dents.
- Si, répond-elle en lisant les instructions. Mais j'ai vu ce sachet à l'entrée depuis des jours et je me demandais ce qu'il contenait. Tu laisses traîner ça comme ça, toi ? Tu n'as peur de rien. »

Un grognement d'avertissement remonte de sa gorge et le jeune homme se met debout. Il reprend le cadeau absolument pas nécessaire de Meldy pour le remettre à sa place, dans le fond de ce maudit sac qui va finir dans son armoire, sous une pile de couvertures. D'ailleurs, c'est ce qu'il aurait dû faire depuis le début, parce qu'il se sent incroyablement gêné, et ses oreilles en chauffent encore.

Avant qu'Erza ne puisse faire le moindre commentaire face à son comportement empressé, il pose son index sur ses lèvres bien trop douces ; l'injustice n'aura décidément jamais aucune limite.

« Un seul mot de plus là-dessus, et je te galoche jusqu'à ce que tu en fasses une syncope. »

La rouquine lève les mains en l'air, et se réinstalle innocemment sur les coussins, par terre, pour reprendre ses révisions laissées sur la table-basse. Il sait que ses examens la stressent et tous les échappatoires sont bons à prendre. Comme par exemple ce foutu anneau.

Donc, comme son merveilleux et - pas très - irremplaçable petit-ami n'est pas là pour étudier avec elle, c'est avec un immense plaisir qu'il prend sa place, là, juste à côté d'elle, afin de l'aider correctement. L'incident est déjà enterré, surtout lorsqu'elle lui sourit quand il lui explique quelques trucs. Sauf que tout a une fin et Gerald déteste quand les moments qu'il apprécie se terminent. Surtout les instants avec la demoiselle, vu qu'ils sont très rares.

Mais le problème, au final, il démarre comment ? Et bien c'est assez simple.

Le plaisir de Simon, lorsqu'il rentre d'un match que son équipe a gagné, c'est de s'affaler dans le canapé comme un héros - et de le dégueulasser avec sa sueur par la même occasion - pour ensuite bécoter Erza. Habituellement, ça ne le dérange pas ; en deux semaines, il a appris à mettre des œillères. Mais, ce soir, ça ne marche pas, et il le fait très bien remarquer.

Son côté gamin capricieux et jaloux revient à l'assaut, et il ne va faire absolument aucun effort pour empêcher ça.

Donc il applaudit, extrêmement fort, et de façon très théâtrale, les faisant ainsi sursauter et se redresser. Gerald retient difficilement son sourire moqueur mais il s'en fiche.

« Félicitation Simon !, dit-il d'un ton faussement joyeux tout en se mettant devant eux. Superbe victoire. Profite bien avec quelques bières, tu le mérites. Ce soir on trinque !
- Merci. C'est... gentil de ta part ? »

Ignorant la dernière phrase de Simon, il tourne la tête vers la rouquine qui a les sourcils froncés.

« Je peux te parler cinq minutes ?
- Vu qu'à priori tu ne l'as pas remarqué, je le précise... mais on était en plein milieu d'un truc, là.
- Si, j'ai remarqué. »

Son regard s'assombrit lentement et le brun, juste à côté, ne sait pas trop quoi dire ou faire face à l'aura menaçante de sa petite-amie.

« Mais pas de soucis, ajoute le nageur, je peux attendre. »

Il se redresse, bras croisés, tout en les fixant avec un sourire en coin ; qu'est-ce qu'il aime jouer les cons, des fois.


JOUR 87 : le retour de la nuit sans folie


Cinq minutes.

C'est le temps de préparer pour un bon chocolat chaud. Ou un mug cake ! Des fois, c'est même la cuisson de certaines pâtes.

Mais cinq minutes, ce n'est certainement pas le temps qu'il faut pour faire jouir une femme correctement, même si, d'accord, selon des études, ça peut être la durée moyenne. Sauf qu'à ses yeux, c'est trop court, ça n'apporte rien, ça balaie juste le plaisir histoire de dire que ça a été fait.

Il a du mal à penser qu'Erza est entièrement satisfaite en cinq minutes, surtout quand il l'entend à peine pousser des soupirs de plaisir. Est-ce que son petit-ami est au courant de ça d'ailleurs ? Bon, c'est fortement possible. C'est peut-être même un problème récurrent entre eux deux.

Ou peut-être que la bête est juste fatiguée, ce soir...

Gerald se frotte le menton.

Puis sursaute en entendant le cadran du lit frapper à nouveau le mur.

Bon, d'accord, il est peut-être déçu pour la rouquine pour les cinq minutes, mais il est quand même bien heureux de cette courte durée parce qu'il veut dormir. Cette fois bien décidé à rappeler qu'il y a quelqu'un d'autre dans l'appartement, il se lève en prenant un oreiller.

Il ouvre leur porte, brusquement, sans toquer, et lance le coussin droit sur la silhouette la plus massive. Les exclamations outrées et gênées lui passent au dessus de la tête.

« Maintenant c'est l'heure de dormir, donc on se tait.
- Tu te prends pour qui ?, grogne Simon.
- Le proprio de cet appartement, siffle Gerald en réponse. Et si tu veux pas finir le reste de la nuit dehors, soit tu coinces cet oreiller derrière la tête de lit, soit tu pionces. »

Le rire gêné d'Erza brise la tension régnant dans la chambre et les épaules du nageur se détendent. Il fait trop noir dans la pièce pour discerner clairement les positions et c'est tant mieux ; il n'a aucune envie de finir en prime traumatisé de cette horrible nuit.

Une chose est sûre ; il n'y aura pas de deuxième tour, vu à quel point la rouquine est coincée dans son fou rire.


JOUR 90 : Ultia


Son téléphone vibre encore et encore et Gerald finit par ouvrir les yeux en soufflant bruyamment ; il a demandé à être tranquille au moins une heure, histoire de faire une sieste vu les courtes nuits qu'il passe, et au final quelqu'un décide de le harceler en l'appelant depuis cinq minutes. Est-ce que c'est une sorte de test de patience ? Parce que là, il mérite des prix pour ça.

Grognon, il n'ouvre pas encore les yeux et tâtonne partout sur son matelas pour mettre la main sur son portable. Quand c'est le cas, il roule sur le dos tout en décrochant, la voix encore rauque de son sommeil volé.

« C'est quoi le problème ?, râle-t-il en appuyant son avant-bras sur son visage.
- Ultia. »

La voix fluette et légèrement tremblante de Meldy déchiquette les bras de Morphée, faisant se redresser rapidement le jeune homme. Il repousse sa couverture d'une main pour se lever et récupérer ses habits traînant sur le sol. Il n'a pas besoin d'avoir plus d'informations, pas alors qu'elle lui répond de cette manière.

« Vous êtes où ?
- Chez moi, répond-elle doucement, mais elle veut partir et-
- Tu l'en empêches, la coupe-t-il, j'arrive. »

Et Gerald raccroche. Il sort de sa chambre et part dans celle des invités, ouvrant la porte sans prendre la peine de toquer. La demoiselle qu'il cherche est allongée, déjà dans son pyjama alors qu'il est tout juste seize heures, en train de lire un roman. Simon est sous la douche et ça l'arrange bien, vu qu'il n'a pas le temps de donner des explications. Donc il la soulève, sans une once de difficulté, pour la porter sur une épaule, fesses en l'air.

« Hé !, s'exclame Erza en tapant son dos. Je ne suis pas un sac à patates, repose-moi par terre ! »

Il aura sans doute quelques bleus vu la force qu'elle a, mais il s'en fiche. Quand il la relâche, c'est lorsqu'il l'a mise sur le siège passager de sa voiture. Elle est surprise, perdue, et certainement pas contente vu que ses sourcils sont encore froncés quand il insère la clé dans le contact.

« Je peux savoir ce qui te prend ?, siffle-t-elle alors qu'il fait vrombir le moteur.
- On va chez Meldy.
- Quoi ? Mais pourquoi tu m'emmènes ? Tu pouvais me laisser à l'appartement ! »

Et courir le risque que Simon lui propose de faire une sortie furtive ?

Quelle blague.

« Hors de question. »

Ses phalanges sont blanches tant il serre le volant entre ses doigts. Peut-être a-t-elle remarqué l'inquiétude qui le ronge puisqu'elle n'ajoute plus rien, se contentant simplement de s'enfoncer correctement dans le siège en cuir, une fois sa ceinture mise.

La route lui parait interminable et ça le rend dingue. Erza regarde par la vitre sans dire un mot, même alors qu'ils sont arrivés, même alors qu'il monte les escaliers à une vitesse fulgurante, la rouquine encore trimballée comme un sac sur son épaule puisqu'elle est pieds nus, même lorsqu'il la laisse sans un mot avec Meldy qui lui offre un sourire un peu gêné.

Quand Gerald passe la porte de la chambre, ce n'est pas la forte et fière Ultia qu'il trouve. C'est une femme faible, recroquevillée dans son lit, le front pressé contre ses genoux. Cette vision lui fait mal au cœur ; il a toujours détesté la voir comme ça. Si fébrile. Prête à se casser au moindre petit choc.

Malheureusement, elle aura toujours des épisodes comme ça, pour le restant de ses jours. Cette vie est injuste. Personne ne mérite ça.

Elle tremble. Renifle. Gémit parfois. Ses mains sont crispées dans ses cheveux, prêtes à se les arracher. Il peut en voir quelques mèches noires éparpillées autour d'elle, sur le drap blanc du lit. Gerald s'approche alors lentement, comme par peur de l'effrayer.

« Ultia, commence-t-il avec douceur, c'est moi. Gerald. Je suis là. Pour toi. »

La jolie brune ne réagit pas. Elle reste dans la même position, se balançant légèrement d'avant en arrière de temps en temps. Elle marmonne quelque chose, mais il est trop loin pour l'entendre. Alors il s'assoit à coté d'elle, toujours aussi lentement, et la prend tendrement entre ses bras, sans la brusquer. Un spasme secoue la jeune femme. Il serre la mâchoire tant ça lui fait mal de la voir dans cet état.

« Je ne vaux rien. Je vous fais souffrir. À quoi ça sert de continuer ? »

Elle répète ces phrases en boucle. Si faiblement que personne ne l'aurait entendue. Mais pas Gerald. Il a pris l'habitude. Il pourrait comprendre le moindre de ses mots prononcé en un souffle.

Ses lèvres se pressent sur le sommet de sa tête, tout en frottant affectueusement son dos. En prenant son temps, il délie ses bras, qu'il peut maintenant voir zébrés de rouge ; du sang séché les décore à quelques endroits. Elle s'est surement infligée ça avec ses ongles longs, Meldy ayant préalablement éloigné tout objet tranchant de sa petite-amie par mesure de sécurité.

Le jeune homme glisse une main sur sa joue blanche. Le froid de sa peau picote sa paume, si brûlante.

« Ultia, regarde moi. »

Des yeux rouges, sombres, rencontrent les siens, la souffrance imprégnée sur ses traits. Ses lèvres mordues jusqu'au sang tremblent mais son visage est sec.

« Tu vas surmonter ça Ul'. Parce que tu es une femme forte. Tu l'as déjà fait plusieurs fois. Et tu vas le refaire. Tu le sais, que c'est passager. Ça va passer. Tu iras de nouveau mieux. »

Des larmes coulent. Ses mains se crispent sur son haut. Il faut qu'elle lâche tout pour évacuer.

« Je crois en toi. »

Un hurlement de douleur déchire sa gorge quand elle éclate en sanglots. Gerald la serre contre lui, poussant son visage dans son cou, tout en frottant délicatement l'arrière de sa tête.

« J'en peux plus Gerald. J'en peux plus. »

Il serre davantage sa prise, attendant que ses pleurs et ses cris se calment, pendant de longues minutes. Son ventre est douloureusement tordu par la frustration de ne pas pouvoir faire autre chose. Des fois, ça le bouffe vraiment. Il a l'impression d'être inutile et de rendre la situation plus difficile pour elle.

« J'ai trop mal, Gerald. Je ne veux pas passer ma vie comme ça...
- Et moi je te dis que tu vas y arriver. Et que tu auras une vie heureuse. Tu sais pourquoi ? »

L'étudiante secoue la tête, toujours fermement blottie contre lui.

« Parce que je crois en toi, Ul', répète-t-il, et tu as une merveilleuse petite-amie qui t'aime de tout son cœur, et qui croit en toi aussi. »

Quand elle finit par s'écarter, la jolie brune essuie son visage d'un revers de main, reprenant peu à peu contenance.

« C'est Meldy qui t'a appelé, c'est ça ?, sourit-elle faiblement.
- Oui. Cette fille est faite pour toi. Tu ne peux pas l'abandonner. »

Elle se contente d'hocher la tête, encore perdue dans les limbes de sa crise.

« Tu prends toujours tes cachets ?
- Ces trucs inutiles ? Ouais... autant les arrêter vu leur effet. »

Le nageur donne une petite tape sur la tête de son amie, pas spécialement heureux d'entendre ces mots-là.

« Ce n'est pas vrai, et tu le sais.
- Ça se voit, grince-t-elle sarcastiquement.
- Quand était ta dernière crise ? »

Ultia réfléchit pendant quelques secondes, avant de répondre d'une voix éraillée :

« Quatre ou cinq mois ? Quelque chose comme ça...
- Et avant que tu ne commences ton traitement, à quelle fréquence tu faisais des crises ?
- Toutes les deux ou trois semaines, marmonne-t-elle.
- Donc tu vois que ces trucs t'aident. »

Elle frappe son torse avec peu de force.

« Je te laisse gagner, mais uniquement pour cette fois, Fernandez.
- Ohlala... je vais devoir sortir le champagne pour célébrer ça, ce soir ! »

La brune laisse échapper un petit rire.

« Idiot.
- Vous êtes trop nombreuses à me le répéter...
- Peut-être parce que c'est vrai ? »

Une légère tape sur l'épaule. Quelques rires et sourires volés, presque timides, faibles. Mais ça lui fait du bien de la voir aller un peu mieux.

« Tu viens ? Ou je dois te porter comme un bébé ? »

En dépression ou pas, la fierté de la jeune femme ne s'en va jamais. Elle s'écarte définitivement de lui et ses longues jambes s'étirent pour poser les pieds par terre.

« Erza est là ?, s'enquiert-elle doucement.
- Pas le choix. Je l'emmène partout. »

Les lèvres pleines et pâles d'Ultia se pincent.

« Elle prend sans doute le thé avec Meldy. Mais si ça peut te rassurer, tout l'immeuble t'a aussi entendue.
- La ferme, siffle-t-elle. »

Gerald rit et prend délicatement ses poignets entre ses mains, tournant doucement ses avant-bras pour inspecter correctement l'étendue de ses marques.

« Je vais chercher de quoi désinfecter.
- Je suis une grande fille, marmonne Ultia en brisant le contact. Je m'en occuperai après que vous soyez partis.
- Vraiment ?, répond-il en haussant un sourcil. Tu sais que je vais demander à Meldy si c'est le cas ? »

Pour toute réponse, la jeune femme glisse les manches de son haut pour cacher les souvenirs de sa brutale rechute. Doucement, il passe un bras autour de ses épaules pour la guider vers la porte de la chambre, afin de rejoindre les filles dans le salon.

« Je sais que les prochains jours vont être difficiles, murmure-t-il en posant sa main sur la poignée, mais tu ne restes pas seule, et si besoin tu m'appelles. D'accord ? »

Elle hoche lentement la tête, encore un peu perdue. Il ne souhaite pas la brusquer.

« Quant à Erza, c'est à toi de choisir si tu veux qu'elle sache ou non. Ok ? »

Elle lui adresse un faible sourire, et tous deux franchissent la porte. Ils sont accueillis par l'expression soulagée de Meldy et les yeux brillants de la rouquine qui les observe silencieusement, tout en tenant entre ses mains une tasse chaude, vu la fumée qui en remonte délicatement.

« Alors ?, demande-t-il pour balayer l'inquiétude qui baigne encore la pièce. On commande à manger ? »


JOUR 92 : une énième nuit sans folie


Jamais il n'aurait pensé que Simon soit un homme si bruyant durant le sexe. À croire, qu'en fait, il couvre absolument tous les bruits que peut faire la magnifique rouquine qui n'arrête pas de s'incruster dans ses rêves. Il ne sait pas ce qui est le plus agaçant, au final. Puis il décide que c'est le manque de sommeil. Mais est-ce qu'il a envie de se lever encore une fois, histoire de rappeler que, surprise, il est toujours dans le même appartement ? En toute franchise, c'est un non. Il n'a pas envie de quitter la chaleur de sa couette pour jouer les tyrans toujours prêt à intervenir.

Alors, à la place, il sera l'emmerdeur à distance ; ils tuent son sommeil ? Pas de soucis. Il tue leur plaisir.

Ordinateur sur ses cuisses, Gerald tape rapidement dans la barre de recherche un site pour des vidéos très regardées. TailHub devrait faire l'affaire. Il fouille dans les titres proposés, la vidéo qu'il lui faut, et après une trentaine de secondes, tombe sur ce qu'il cherche. Jeune fille chaude XXX très bruyante. Parfait ! Il appuie frénétiquement sur le bouton pour augmenter le son, une fois connecté sur les enceintes près du mur, puis lance le petit film amateur ; rien de tel pour embellir l'ambiance romantique entre les deux étudiants. C'est en moins de cinq minutes - toujours ces fameuses cinq minutes d'ailleurs - pour que, à la place de Simon, ce soit Erza qui apparaisse à sa porte entre deux gémissements plus aigus.

« Quoi encore ?, grogne-t-elle. »

Le jeune homme baisse le volume en plissant les yeux. Sa lumière, sur sa commode, illumine assez pour la pièce pour qu'il puisse l'observer.

« C'est moi ou tu es nue sous ce t-shirt ?, souffle Gerald.
- À quoi d'autre tu t'attendais en nous interrompant ? »

Il incline légèrement la tête, sa vue se perdant sur ses interminables jambes. Quand son regard remonte, il reste dans son petit monde où elle semble en être la Reine.

Deux secondes.

Qu'est-ce qu'il est parti raconter encore ?

« Tu comptes donner une explication ou continuer à me fixer ?
- C'est chiant, hein ? Quand ce genre de bruit te dérange dans ton activité. »

Erza croise les bras, et un léger grognement sort de sa bouche. Remarque, même là elle est plus bruyante ! Bon sang, c'est pas difficile de lui faire faire du bruit ! À moins qu'en réalité, l'ours se branle tout seul à coté d'elle... Non, il ne veut rien savoir, il ne veut rien imaginer, il veut juste se reposer.

« Apprends juste à Simon à calmer ses performances artistiques. J'ai pas envie que des voisins viennent se plaindre. Et je veux dormir bordel !
- Disque rayé, marmonne-t-elle en fermant la porte. »

Sourcils froncés, Gerald pousse son ordinateur après l'avoir éteint. Il n'est pas un disque rayé. C'est eux qui sont pas fichus d'écouter.

Et oui, il est vexé.

Et non, il n'a pas réussi à trouver le sommeil, malgré le silence.


JOUR 93 : attention


Simon, lorsqu'il est jaloux, le manifeste avec des grognements et une moue contrariée. Il regarde généralement la rouquine avec des yeux de chiot, un peu en colère, de façon à lui montrer qu'il n'est pas content mais qu'il l'aime quand même. Elle ne le remarque bien évidemment pas, jusqu'à ce que cette jalousie se transforme en agressivité braquée droit sur lui.

Ayant une certaine patience, de temps en temps, Gerald parvient à accepter cette situation, surtout quand il connait la cause initiale ; ce grand brun aux airs d'ourson veut tout simplement, lui aussi, aller à la fête foraine.

D'un commun accord, ils ont donc décidé de s'y rendre après les cours. Ce lieu ne rend pas à l'aise le nageur, lui rappelant qu'une menace a directement été adressée à son amie après avoir traîné ici. Ce n'est pas agréable d'être sur ses gardes et de guetter la première personne qui fera un geste suspect. Mais il le fait sans broncher, marchant derrière le couple qui s'émerveille toujours des stands.

Quand Simon parait enfin comblé, ils rentrent avec quelques collations. C'est toujours eux qui mènent la marche et il les suit, sans un mot, perdu dans ses pensées ; il se rappelle qu'il doit appeler son père et Ultia, descendre les poubelles, repasser sa chemise pour demain et-

Et le miaulement, à sa gauche, interrompt ses pensées. Gerald bat des cils et se penche un peu, intrigué par les grands yeux brillants qui le fixent avec une certaine attention. Le sac plastique qui est accroché à son poignet remue dès qu'il se met à genoux, pour mieux observer la petite boule de poils qui se cache entre deux murets.

« Alors c'est toi, la panthère du quartier ?, souffle-t-il en souriant. Tu as l'air très redoutable dis donc. »

Le jeune homme tend la main, doucement, un sourire aux lèvres. Le chaton semble hésiter mais s'approche un peu, relevant son museau pour renifler le bout de ses doigts. Il entend très clairement son ronronnement et une sorte de joie vient embuer son esprit.

« Hé... salut. »

L'animal miaule, dévoilant des petites dents blanches qui contrastent avec sa fourrure noire. Son index caresse délicatement sa tête, doucement, lentement, pour ne pas l'effrayer. Quand il tente de s'approcher aussi discrètement que possible, il ravale un gémissement frustré ; Simon, sans doute intrigué par sa soudaine absence ou juste parce qu'il souhaite les clés pour rentrer, a couru vers sa direction, faisant ainsi peur au chaton.

« Tu fais quoi ? On gèle ! »

Ses doigts se replient vers le creux de sa paume et Gerald souffle bruyamment, poings serrés, mâchoire contractée. Finalement, peut-être qu'il n'est pas si au point que ça, au niveau de la patience, parce qu'il est prêt à fracasser le crâne de cet abruti contre le mur.

« Rien. On peut rentrer. »

Maintenant c'est lui qui est contrarié. Son visage n'a pas perdu de son irritation tout le long de la soirée et, alors qu'il fait la vaisselle, une main se pose doucement sur le milieu de son dos. Il hausse un sourcil et tourne la tête, regardant Erza.

« Qu'est-ce qu'il y a ?
- Tu as fait la tête pendant tout le repas.
- Ah. Ça. »

Il coupe l'eau puis secoue ses mains, éclaboussant l'intérieur de l'évier.

« C'est rien, sourit-il. Tu n'as pas à t'inquiéter. »

Elle ne semble pas convaincue mais elle n'insiste pas. Sa paume frotte encore un peu son dos puis, sans un mot, elle s'éclipse vers la chambre qu'elle partage avec Simon.

Un sourire tiraille le coin de ses lèvres, alors qu'il réalise pour la première fois qu'elle a remarqué facilement que quelque chose le tracassait.


JOUR 94 : pour une nuit de folie


« Qu'est-ce que... »

Gerald lève sa main droite d'un mouvement sec, le faisant se taire rapidement et efficacement.

« Toi et Erza, je sais que c'est le début. Donc c'est toujours difficile, le temps d'apprendre à connaitre l'autre et tous ces détails. Mais va falloir y mettre du tien.
- Mais de quoi tu-
- Ta-ta-ta, je n'ai pas fini ! »

Le jeune homme pose alors un sachet sur le lit où est assis le brun, perplexe. Il est entouré de feuilles, signe qu'il tente tant bien que mal de réviser pour les examens qui approchent à grands pas.

« Donc je disais, reprend le nageur en sortant une boite. L'important, ce sont les efforts. Chacun a ses problèmes et j'ai une solution pour l'un des tiens.
- Une solution à quel pro-
- Tu me diras merci plus tard, le coupe-t-il à nouveau avec un sourire satisfait. Je te promets que si tu utilises ça quand t'es incapable d'autre chose, ça ira beaucoup mieux pour vous deux. »

Et au moins, il sera certain que son amie tirera du plaisir de ses ébats avec lui.

Son inspiration est rapide alors que ses yeux sombres observent son merveilleux cadeau.

« Tu te fous de moi, marmonne-t-il.
- Non. Je n'ai jamais été aussi sérieux.
- Je vais pas utiliser ce sextoy. »

Il bat des cils, perplexe par cette réponse.

« Pourquoi ? C'est un très bon produit tu sais ! Je t'ai pris l'édition limité prenium gold de luxe. Avec vibromasseur ! C'est important comme fonction, il parait. »

Le brun pose la boîte à côté tout en se massant les tempes. Il relève alors la tête vers lui, un mélange de gêne et d'irritation peint sur le visage.

« On a absolument pas besoin de ce... truc, ok ? Tout se passe très bien.
- Tu en es sûr ?
- Certain. »

Serait-il aveugle à ce point ? Ça se voit que sa copine se fait chier au lit ! Enfin... ça s'entend. Et il rend service à Erza, donc d'une certaine façon, il se sent fier.

« Je te le laisse quand même. Ça ne fait jamais de mal de pimenter sa vie sexuelle.
- Ce bout de plastique est inutile alors que-
- Que quoi ? C'est pas parce que tu as un déjà un pénis que tu ne peux pas te servir du godemichet, hein. »

Simon entrouvre les lèvres.

« De rien pour le cadeau, sourit-il. Tu m'en diras des nouvelles. »

Silence.

« Par contre, utilisez-le quand vous serez rentrés. J'ai vraiment envie de dormir sans vous entendre. »


JOUR 96 : un moment en famille


La lumière de la télévision illumine son visage, baignant le salon dans une lueur particulière. Les images défilent sous ses yeux, pendant qu'il tient la télécommande d'une main fébrile. Le son n'est pas fort mais il peut entendre les éclats de rire de Wendy, tout aussi distinctement qu'il peut contempler à nouveau ses longues mèches qui voltigent alors qu'elle fait ses pirouettes, ou bien son sourire, si grand, si innocent, capable de chasser la mauvaise humeur et les restes d'une journée maussade.

Il ne sait pas depuis combien de temps il est devant ces souvenirs gravés sur une bande, mais lorsqu'Erza arrive dans le salon en traînant des pieds, elle est étonnée ; les bruits de ses pas se sont arrêtés avant de reprendre, c'est suffisant pour qu'il sache ça.

« Tu es encore debout ?, marmonne-t-elle en prenant un verre. Il est tard, tu devrais dormir. »

Gerald ne tourne pas la tête pour la regarder. À la place, il la hoche, en fredonnant une réponse évasive. Son cœur est douloureusement serré et il ne pense pas que plonger dans ces fragments de vie est une chose saine pour lui, là, maintenant. Sauf qu'il est incapable d'autre chose ; il refuse d'oublier son visage, le son de sa voix, la façon dont ses yeux pétillaient, ses mimiques, la manière dont son sourire commençait à se former lorsqu'on s'apprêtait à lui dévoiler une surprise.

L'impuissance le ronge. C'est vicieux. Sa famille s'est détruite au fil des années et il a été un simple spectateur. Et, au final, c'est pareil avec son entourage. Est-ce qu'il a réellement les épaules suffisamment solides pour aider les personnes qu'il aime ? Il n'en est pas certain, pas alors qu'il s'effondre devant une simple photo.

Le nageur entend vaguement l'eau du robinet et le verre qui finit placé sur l'égouttoir, toute son attention toujours braquée sur l'écran. Son pouce flatte le bouton pour revenir en arrière, jouant encore et encore les mêmes scènes. C'est amusant comme cette action dépeint sa réalité ; il est incapable de faire face au présent et de réaliser les conséquences qu'une maladie peut avoir sur une vie.

« Qu'est-ce que tu regardes ? »

La chaleur d'Erza vient l'envelopper, lorsqu'elle s'installe à côté de lui. Son bras est pressé contre le sien et il peut sentir l'odeur de son shampoing. Quelques mèches s'accrochent à son t-shirt gris mais il ne se sent pas d'humeur à faire une réflexion sur sa proximité.

Pas ce soir.

Pas alors qu'il se sent déchiré et rongé par la culpabilité.

« Quelques vidéos de famille, murmure-t-il. »

Finalement, il permet à la scène de changer et son ventre se retourne douloureusement. C'est son père qui filme ; il est encore un enfant alors qu'il a la joue posée sur le ventre rond de sa mère. La première larme dévale sur sa joue, et les bras qui se referment autour de lui sont une promesse de protection et de réconfort.


JOUR 97 : jalousie


Il est assis à côté d'elle à la bibliothèque, sa joue appuyée contre sa paume, pendant qu'elle étudie encore sagement. Gerald observe silencieusement le crayon tourner entre ses doigts habiles puis ce qu'elle griffonne rapidement dans son cahier de brouillon. En face, la masse de protéines semble rager devant ses exercices, vu la manière dont ses doigts tambourinent la table.

Soudainement le brun se lève en pestant. Intrigué, le nageur relève le menton pour le fixer, imitant Erza qui n'a pas l'air de comprendre le comportement de son petit-ami.

« Ça ne va pas ?, demande-t-elle lentement.
- J'ai besoin de prendre l'air, souffle Simon. Tu veux ve-
- Elle reste ici pour l'instant, le coupe-t-il en se redressant. »

Le regard noir qu'il lui lance ne le fait même pas frémir. Au contraire, aujourd'hui, Gerald se sent d'humeur écrasante et il n'aura pas peur de le remettre à sa place. Il fait taire la petite voix qui lui rappelle qu'il n'a pas non plus le droit de contrôler les moindres faits et gestes de son amie, avant de poser sa main sur le dossier de sa chaise.

Il essaie de travailler sur ce côté protecteur trop bouffant, mais la police n'avance pas et ce psychopathe lui tourne toujours autour. Il refuse que quelque chose arrive à la rouquine ; c'est peut-être stupide de vouloir uniquement la protéger elle et pas une autre, mais il sait pertinemment que Meldy ou Ultia n'ont rien à craindre. Les deux ensemble pourraient se faire une unité militaire au corps à corps. Son dos s'en souvient, et il en frémit.

« J'en ai marre de cette situation, siffle-t-il en se penchant sur la table. Menaces ou pas, Erza et moi partiront de chez toi à la fin de la semaine. »

Gerald veut répliquer mais une main se pose sur sa cuisse, l'avertissant silencieusement de ne pas continuer sur ce chemin-là. C'est donc avec les dents serrées qu'il fixe Simon partir vers l'extérieur, tout en retirant ses écouteurs.

« Pourquoi tu es toujours aussi désagréable avec lui ?, soupire-t-elle.
- Parce que je suis jaloux, répond-il du tac au tac. »

Il ne réalise pas encore ce qu'il vient de dire. La nageur met quelques secondes puis son ventre se tord et cœur s'emballe. Il a envie de dire qu'il a simplement plaisanté mais c'est trop tard, parce qu'il voit le visage d'Erza baigner dans l'incompréhension.

« Pourquoi être jaloux de lui ? Tu n'as rien à lui envier. Tu es beau, bien foutu, tu as presque toutes les filles à tes pieds, de l'argent et un avenir radieux vu ton intelligence. Je ne te comprends pas parfois... »

Jamais il n'a eu autant l'envie de frapper sa tête contre un mur.

Plusieurs fois.

Durement.

Est-ce qu'elle le fait exprès de répondre ça ? Sans même comprendre la portée de ses mots ? Est-ce que c'est encore un test ? Elle cherche à voir jusqu'où il est prêt à aller pour qu'elle réalise qu'elle lui plaît déraisonnablement ?

Deux minutes.

Elle a quand même dit qu'il est beau et bien foutu. Donc. Théoriquement, il lui plait, non ?

Erza est retournée à ses révisions, le laissant plongé dans ses pensées toutes plus chamboulées que les prochaines.


JOUR 100 : l'art de ne pas comprendre les femmes


Il sent l'eau autour de lui et une certaine chaleur imprégner tout son corps. Ça l'étourdit, autant que le plaisir qui grimpe quand des doigts fins tirent sur ses cheveux. Un grognement remonte de sa gorge, tandis qu'il tient fermement les cuisses musclées de son amie. Il l'entend gémir bruyamment dès l'instant où sa langue masse lentement son clitoris.

Erza est délicieuse et ça le rend fou. Ses réactions l'électrisent, le poussant à vouloir davantage. Il explore avec une parfaite minutie son intimité, mémorisant chaque détail avec ses lèvres et sa langue. Son prénom flatte ses oreilles, l'encourageant à poursuivre sur cette voie. L'idée qu'ils puissent être surpris lui passe au dessus de la tête ; il est trop concentré pour penser à autre chose et, pour être franc, il s'en fiche pas mal.

Tout ce qui compte, c'est elle. Elle et sa manière de graver sa peau avec ses ongles. Ces mêmes ongles qui laissent un sillage de feu sur sa nuque, le poussant à garder son visage à cet endroit jusqu'à ce qu'elle plonge tête la première dans la jouissance. Ses mains tiennent fermement les fesses crémeuses, l'attirant un peu plus contre sa bouche avide. Une brève inspiration et, délicatement, ses dents mordillent à peine son clitoris. Sa réaction est immédiate ; elle se tend, jure contre son poing, gémit. Un sourire goguenard étire ses lèvres, brièvement, alors qu'il l'amène vers le point de non-retour.

« Gerald... »

Sa poitrine monte et descend rapidement puis, brusquement, il l'attire dans l'eau avec lui. Ses gestes sont doux malgré son empressement, et, avec une certaine maîtrise, il appuie une main contre le rebord pour éviter que le dos de la rouquine l'heurte de plein fouet. Elle se presse contre lui. Ses jambes sont étroitement enroulées autour de sa taille, ses bras passant autour de son cou pour plus de stabilité.

Quand il pousse en elle, c'est avec un gémissement à moitié étouffé contre son cou. Son esprit est comme noyé par le plaisir et il ne cherche pas à le combattre. Sa deuxième main saisit rudement une hanche, pendant qu'elle murmure inlassablement son prénom, tout près de son oreille. Quand elle relève le menton, le jeune homme profite de toute l'étendue blanche qui s'offre à lui.

« Bordel, Gerald...! »

Le nageur répond avec un grognement. Le souffle brûlant de la demoiselle balaie son visage et il entrouvre ses lèvres, ses doigts se crispant davantage sur le rebord. Ses mains, si douces, si parfaites, saisissent son visage et il plonge ses yeux dans les siens.

« Gerald ! »

Il sursaute, le cœur prêt à sortir de sa poitrine tant la surprise est venue l'arracher à son songe. Il chercher alors à se redresser, déboussolé, mais un coussin vient brutalement percuter sa tête, lui intimant de s'allonger à nouveau avec un mal de nez.

« Bon sang, pleurniche-t-il en agrippant le tissu. Pourquoi je ne peux pas me reposer dans ma propre maison...
- Il fallait réfléchir à deux fois avant de vouloir m'avoir dans les pattes pour une durée indéterminée.
- J'ai pris note pour la prochaine fois, t'en fais pas. »

Lentement, le jeune homme décale le coussin pour observer son amie, assise sur ses jambes.

« Je peux savoir la raison de cette attaque ?
- Je t'appelais mais tu grognais, gémit-elle. »

Ah... Et bien c'est gênant. Heureusement, la demoiselle ne remarque rien.

« J'ai envie de sortir, poursuit-elle en lorgnant sur ses ongles. J'en ai marre de me cantonner à ton appartement et l'université.
- Et où est-ce que tu veux aller ?
- À notre bar habituel ! »

Gerald roule des yeux.

« Je te préviens : si c'est pour que tu finisses bourrée et incapable de marcher droit, je ne te porte pas.
- Simon nous rejoindra après ses cours particuliers, t'en fais pas. »

Ah oui, il a failli oublier la baraque à frites. Et, maintenant qu'il y pense, il devrait inviter Meldy et Ultia. Au moins, il ne sera pas là à broyer du noir.

« Je te laisse te remettre de ta sieste et on y va ? »

Il hoche à peine la tête, sans comprendre, qu'elle s'est levée pour sautiller vers sa chambre temporaire, sans doute pour choisir quels vêtements porter pour la petite soirée improvisée. Sachant que la douche froide ne réglera jamais réellement son actuel problème, il préfère l'ignorer pour traîner des pieds vers l'entrée, histoire d'enfiler ses baskets.

Et, contre toute attente, il se surprend à être très satisfait de cette sortie. Peut-être parce qu'il s'est souvenu que les vacances de sa barmaid préférée sont désormais terminées, et qu'elle est de retour ? Sans aucun doute.

Voilà pourquoi Gerald rit en se penchant davantage vers le comptoir ; debout, les avants-bras posés dessus, il a la tête inclinée alors qu'il offre son plus beau sourire à la brune en face de lui. De base, il est uniquement là pour prendre les pintes de bière, pas pour flirter avec Kana. Sauf qu'il se prend vite au jeu avec elle, et il aime ça.

« Je ne pensais que tu serais là ce soir, glisse-t-elle après avoir servi une demoiselle. Tu es rarement dans les parages ces temps-ci.
- J'ai quelques affaires à régler en ce moment, explique-t-il en pianotant ses doigts sur le bois.
- Trop pour passer par chez moi cette nuit ? »

Il mordille sa lèvre en plongeant dans les yeux lilas.

« C'est très tentant mais... pas cette fois-ci. »

La brune imite alors sa position et son odeur d'épices chatouille ses narines. Il plisse un peu le nez, lui qui est désormais entièrement habitué à quelque chose de plus doux, de plus fruité.

« Je suis curieuse de connaître tes fameux projets, maintenant. »

Une mèche s'échappe et caresse sa joue et, contrairement à ses manies avec une autre personne, il n'a aucune envie de la glisser derrière son oreille avec douceur. Ce n'est pas ce type d'affection avec la barmaid et ça ne le sera jamais.

« Du baby-sitting, en quelque sorte, plaisante-t-il en saisissant doucement les poignées des pintes. Rien de très intéressant. »

Elle bat des cils, perplexe.

« Ça doit l'être, pour que tu te sois décidé à faire ça. »

Pour toute réponse, Gerald lui offre un clin d'œil avant de se diriger vers la table qu'il occupe avec Erza et Simon ; Ultia et Meldy ne devraient plus tarder et il en est bien heureux, lui qui n'a aucune envie de supporter une énième soirée où il est comme la cinquième roue du carrosse.

« Où est passé Mikazuchi ?, demande-t-il en posant les bières.
- Parti appeler sa sœur, répond lentement la rouquine en jouant avec des cacahuètes. Pourquoi ? »

Le nageur hausse les épaules en prenant une première gorgée de sa boisson.

« C'est rare de ne pas le voir à tes côtés. Surtout durant les moments où il peut être avec toi. »

Elle hoche légèrement la tête, sans prononcer ne serait-ce qu'un mot. Étonné, il l'observe longuement pour remarquer qu'elle a un pli entre ses sourcils, et que ses lèvres sont pincées. Son ongle tapote la table, régulièrement, alors que son regard est fixé sur son visage.

« Quelque chose ne va pas ? »

La rouquine a l'air contrariée. Agacée. Peut-être même aussi en colère. Et puis, brusquement, elle arbore un masque parfaitement composé d'indifférence.

« Tout va bien. »

Il l'observe tendre la main vers le verre pour s'en saisir fermement. Son sourcil se hausse quand elle boit plus de la moitié, d'une traite, sans ciller. La pinte a laissé un cercle humide sur la table et elle la repose assez durement juste à côté.

« Tu es sûre ? »

Erza essuie le coin de sa bouche, lui offrant l'ombre d'un regard assez lourd. Lentement, il la voit le dériver par dessus son épaule. Intrigué de savoir la cause de ses courtes phrases et désormais de son mutisme, le jeune homme se retourne en posant son avant-bras sur le dossier de la banquette.

Qu'est-ce qui la tracasse autant ? Quelqu'un assis au bar ? Pourtant, personne n'a l'air d'avoir un comportement déplacé par là-bas. Il n'y a même quasiment personne, à part deux hommes et Kana qui nettoie consciencieusement son bar.

Cette fois-ci confus, Gerald se réinstalle correctement. Il entrouvre les lèvres, prêt à lui demander si quelqu'un lui a causé du tord, mais l'ourson adepte du rugby revient et s'installe à côté de la demoiselle. Elle lui sourit presque tendrement, comme si, juste avant, ses prunelles n'étaient pas des fusils capables de mitrailler quelqu'un.

Décidément, il n'est pas sûr de comprendre les femmes, un jour.


JOUR 102 : calligraphie


La machine à laver a fini de tourner et, souvent, c'est Gerald qui s'y colle ; le monstre de protéines n'a pas l'air fan des tâches ménagères, même s'il aide volontiers la rouquine quand elle demande de l'aide. À croire qu'il a besoin de toujours être guidé pour faire les choses. Ça doit être fatiguant à la longue, comme le fait de penser à eux tout le temps parce qu'ils vivent sous le même toit depuis des jours.

Quoique, à priori, ça ne sera bientôt plus le cas parce que Simon a l'air plus que déterminé a réellement partir, tout en embarquant par la même occasion sa petite-amie. Il serait peut-être intéressant de trouver une solution pour éviter que ça se produise, parce qu'il n'a aucune envie de leur courir après ou, tout simplement, de squatter l'appartement d'Erza. Ils seront sans doute très à l'étroit et ça ne risque pas d'être agréable.

Le nageur soupire et commence à lentement sortir le linge, pour le mettre dans le panier à côté de lui. Ses gestes sont calculés, assez délicats, pour la bonne raison que les sous-vêtements de son amie sont fragiles. En même temps, vu la dentelle...

Face à cette pensée, Gerald lève les bras en tenant dans ses mains une culotte rouge. Placée sous la lumière, il voit parfaitement au travers et ça l'amuse. Les pièces sont vraiment jolies, et il a du mal à s'empêcher de l'imaginer dedans ; il essaie vraiment de ne pas sexualiser la demoiselle à longueur de journée, parce qu'il est très conscient que ce n'est pas un bout de viande, mais contrôler les images d'elle allongée dans son lit est très difficile.

« Je peux savoir ce que tu fais ? »

Il sursaute et, étant dans une position accroupie, il finit les fesses par terre tout en ayant toujours dans la main le sous-vêtement. Erza hausse un sourcil en se tenant appuyée contre le cadran de la porte.

« Euh... et bien je... sors le linge ?
- Et tu dois regarder à travers ma culotte pour ça ?
- Je regardais juste si... si elle n'était pas abîmée. Au cas où. »

Évidemment qu'il sait qu'elle n'est absolument pas convaincue. Et qu'elle est aussi amusée par cette situation, vu la manière dont les coins de ses lèvres sont en train de frémir.

« Tu as besoin d'aide pour étendre les vêtements ?
- Ça se refuse pas, sourit-il en soulevant le panier. On va l'étendre sur le balcon. Il fait doux et il y a du soleil. T'es prête pour aller à la fac ?
- Humhm. »

Ils traversent le salon et l'étudiant pose brièvement son regard sur Simon, qui parait de mauvaise humeur vu sa posture fermée, en train d'utiliser son téléphone avec un certain intérêt. Une façon très simple de dire qu'il ne compte pas aider.

Une fois à l'extérieur, Gerald pose le panier sur un transat. Il apprécie la chaleur qui caresse son visage, alors qu'il s'étire avec une certaine satisfaction. Puis, après quelques moulinés avec ses bras, il se décide à accrocher le linge sous le regard attentif de la jolie rouquine ; ses cheveux brillent davantage et il a beaucoup de mal à ne pas s'attarder face à ce magnifique spectacle. À la place, pour détourner son attention, il attrape la culotte d'avant pour l'accrocher sur l'étendoir qu'il a mis en place, après avoir allumé la machine à laver.

« C'est vraiment fin, marmonne-t-il en y jetant un dernier coup d'œil, et ça a l'air très fragile.
- Ne m'en parle pas... »

Son sourcil se hausse lentement lorsqu'il entend sa réponse. Erza, elle, l'air de rien, accroche un col roulé après l'avoir secoué pour le défroisser. Quelques gouttes éclaboussent les planches.

« Tu veux dire qu'elles finissent souvent déchirées ? »

Il saisit distraitement une chemise rouge, à carreaux.

« Plus maintenant. Mais- »

Elle se tait subitement, raide, ses bras encore tendus et ses mains crispées sur un t-shirt ; est-ce qu'elle réalise qu'elle vient d'insinuer que ses ébats ne sont plus aussi passionnés que ses anciennes habitudes ? Ses prunelles croisent les siennes entre deux vêtements et il voit ses joues devenir roses.

Se raclant la gorge, l'étudiante prend un des caleçons de super-héros de son petit-ami pour le suspendre rapidement. Elle va changer de sujet, il le sait, parce qu'elle a cette manière de mordre sa lèvre avant de bifurquer vers des mots qui ne l'enfonceront pas autant qu'avant.

« Au fait, tu ne veux toujours pas adopter le petit chat du quartier ?, demande-t-elle en revenant vers le panier. Il fait toujours froid la nuit, je n'ose pas imager ce qu'il subit... »

Gerald soupire.

« Encore cette question ?
- Je ne lâche pas facilement l'affaire. Je te pensais habitué. »

Dépité, il secoue la tête et pose ses mains abîmées sur ses hanches.

« Alors ?
- Je n'ai toujours rien pour l'accueillir. En plus, il ne me laisse même pas l'approcher ! Ou du moins, pas suffisamment.
- C'est parce que tu n'as pas instauré une relation de confiance. »

Décidément, il aura tout entendu. Bon, peut-être qu'elle raison, il n'en sait rien ; il n'a jamais eu d'animaux de compagnie et il n'est pas sûr d'être capable de s'occuper d'une petite boule de poils. Il aurait bien trop peur de lui faire du mal. Mais il a beaucoup de mal à résister face aux yeux doux et implorants d'Erza.

« Tu sais où il se cache ?
- Pas encore. Mais je vais trouver !
- Quand tu sauras, on ira l'attraper. D'accord ?
- Vendu ! »

Peut-être qu'il devrait songer à trouver des babioles pour ce chat ? Des jouets ou un panier, des choses comme ça.

Il attrape le panier vide et rentre, toujours accompagné de la rouquine qui arbore une expression satisfaite sur son visage ; elle est sans nul doute bien contente de gagner la partie. Simon, par contre, a l'air plus ennuyé que jamais.

« On peut y aller ? J'ai envie que cette journée se termine pour qu'on parte de cet appartement. »

Son ton grincheux donne envie au nageur de prendre son visage pour l'encastrer dans un mur.

« Je viens de me souvenir que j'ai oublié de faire un truc, avant de partir.
- Je pensais que tu étais prête, souffle Gerald.
- Quelques détails à régler et ce sera bon. Promis, ce ne sera pas long ! »

Protester n'est pas utile, tout comme tenter de l'arrêter ; la demoiselle est déjà partie vers sa chambre en chantonnant, comme si les cours ne commençaient pas dans trente minutes. Vaincu, le garçon s'affale à côté de Simon qui a repris son téléphone, le visage fermé. Étant parés pour partir depuis un bon moment, ils attendent patiemment Erza qui doit sans aucun doute se maquiller.

Il sait qu'une fille peut prendre du temps pour se préparer, Ultia détenant fièrement ce record, mais il a oublié à quel point ça pouvait être chiant de patienter. Il a presque envie de proposer une partie d'échec à Simon ; il parait qu'il est plutôt bon à ce jeu. La partie n'en serait donc que plus longue et amusante, exactement le temps qu'il faut pour qu'Erza finisse. Et aussi pour être extrêmement en retard, accessoirement.

Gerald jette un regard dépité au brun qui, étonnement, le lui rend, faisant comprendre que ce n'est pas la première fois que la demoiselle lui fait ce coup. Il y a des jours où elle est beaucoup plus coquette que d'habitude. Pas que ça le dérange, non, loin de là, mais il y a juste un tout petit détail que la rouquine semble oublier dans ces moments là. Un tout, tout petit et léger détail.

Le temps ne s'arrête pas quand elle se prépare.

Pourtant, quand Erza sort enfin de cette maudite pièce, toute espèce de notion du temps est partie au fin fond de son cerveau, là où ses neurones se sont tous déconnectés, avec le reste des choses inutiles. Parce que, et bien... aller à la fac, est-ce si important, finalement ? Une petite voix, dans sa tête, lui répond que oui mais elle est très vite étouffée et assassinée par du rouge.

Ses pensées n'ont définitivement plus aucun sens, mais ce n'est pas étonnant. C'est l'effet qu'a Erza sur lui. C'en devient terrifiant parfois. Vraiment. Il devrait sérieusement songer à consulter, parce que ça ne s'arrange pas. Et, avec tout ce merveilleux bordel qui règne actuellement dans son esprit, la seule chose qu'il peut faire, c'est fixer la rouquine en se retenant du mieux qu'il peut de baver.

Son regard, déjà intense à la base, est devenu hypnotique grâce à son maquillage noir, qui lui donne cet effet œil de chat. Et sa bouche, d'habitude si rose et brillante, est peinte d'un rouge aussi attirant que ses cheveux. Connaissant son amie, elle a dû faire le tour de tous les magasins de cosmétiques pour trouver la couleur qui correspond à celle de sa crinière. Il en est sûr.

En fait, aujourd'hui, elle semble avoir décidé de ne porter que du rouge, de la tête aux pieds, de la façon la plus exquise qui soit. Elle lui rappelle la sorcière de la série Game of Era. Envoûtante. Séduisante.

Et rouge.

Un léger raclement de gorge, à sa gauche, le ramène brutalement à la réalité.

Ah oui.

C'est vrai.

L'université.

Gerald se lève alors d'un bond, suivi du sportif.

Sauf que, finalement, l'université va attendre. Parce que la vision qui l'accueille quand il ouvre la porte n'est pas aussi sexy qu'Erza. C'est rouge, certes, ça le fait aussi bugger mais...

Il referme soudainement la porte.

Non, hors de question. Gerald ne laissera pas sa charmante amie voir ça. Ça lui briserait le cœur, et il ne veut pas la voir pleurer.

« Puisqu'on a encore un peu de temps à perdre, commence-t-il en feignant un ton moqueur, tu as pensé à faire pipi ?, demande-t-il en fixant la rouquine.
- Pardon ?
- J'en déduis que non. Tu devrais y aller.
- Je ne suis pas une gamine, grogne-t-elle en gonflant les joues. »

Doit-elle toujours être aussi mignonne, peu importe les circonstances ?

« Va faire pipi. Sinon tu auras envie en cours de route. »

Pour accentuer son refus de la laisser quitter l'appartement, il croise les bras et se cale devant la porte, un sourire taquin aux lèvres. Sauf qu'en réalité, son cœur tambourine comme un fou dans sa poitrine, et il se retient comme il peut d'hyperventiler tant la situation actuelle l'angoisse ; Gerald n'a strictement aucune idée de comment il va la gérer, et l'excuse des toilettes est la seule qu'il ait pu trouver en une seconde.

« T'es sérieux ? »

Il fait tourner la clé autour de son index.

« Va pisser, je te dis. On ne part pas tant que tu n'y es pas allée.
- Simon, tu ne veux pas m'aider à lui faire comprendre que c'est bon, par hasard ? »

La furie se réveille et il espère vraiment que Simon n'en a pas peur aujourd'hui. Alors il tourne la tête vers lui et transmet toute l'urgence de la situation, comme il peut, par le regard. Son pouce indique aussi discrètement que possible qu'il y a quelque chose derrière la porte, et que ce n'est pas une agréable surprise.

Gerald prie tous les Saints qu'il connait, quitte à en inventer quelques uns supplémentaires, qui pourraient écouter sa prière, pour que la tonne de muscles comprenne le message.

« Il a raison. »

Oh.

« C'est une blague ? »

Alors Simon est vraiment intelligent ?

« Non, tu devrais y aller, comme ça c'est fait, sourit doucement le jeune homme. Et puis, les toilettes de la fac ne sont pas très propres en ce moment. Je n'ai pas envie que tu attrapes un truc. »

Oh, bon sang. Il n'aurait jamais cru penser ça un jour mais voilà qu'il remercie intérieurement Simon. Peut-être qu'il est l'un des anges qu'il a secrètement appelé, sans le savoir ? Non, faudrait pas déconner. Lui, un ange, il n'y croit pas. Une autre divinité quelconque l'a entendu, c'est tout.

Erza prend une longue inspiration, sa paupière tressaute, et elle tourne les talons. Lorsque la porte est fermée, il se précipite sous l'évier pour attraper un sac poubelle, pendant que Simon sort de quoi nettoyer. Ils franchissent le seuil en veillant à ne pas marcher dans le sang encore frais qui coule sur le sol, puis, après avoir donné un tour de clé, Gerald s'éloigne pour prendre une photo de la scène, histoire de l'envoyer aux policiers plus tard.

Le grand brun semble donc réellement doté de capacités intellectuelles, puisqu'il ne pose pas de question, et commence à nettoyer cette boucherie le plus rapidement possible. L'adorable petit chat qu'Erza voulait absolument adopter, gît sur son paillasson, éventré, les boyaux à l'air. Gerald le ramasse délicatement avec le sac noir, se sentant coupable pour le petit animal.

« Désolé, p'tit gars... »

Ce qui aurait pu être un gentil compagnon disparaît dans le plastique, accompagné du tapis imbibé de sang sur lequel il reposait. Lorsqu'il le ferme, il le tend à Simon en indiquant où se trouve la poubelle de l'immeuble. Celui-ci descend les escaliers au pas de course pendant qu'il termine le nettoyage. Au moins, cette fois, ce connard n'en a pas foutu de partout.

La voix d'Erza se fait entendre et il sursaute. Elle les appelle pour savoir où ils sont, puis commence à tambouriner à la porte en comprenant qu'elle s'est faite piéger. Porte sur laquelle est écrit son prénom. Quatre lettres, gentiment et délicatement dessinées avec le sang du défunt chat qu'elle aime tant. Sa mâchoire se contracte pendant qu'il efface les dernières traces au sol désormais inondé de désinfectant, avec la serpillière.

« Gerald je sais que tu es là ! Ouvre cette putain de porte ! »

Il tressaille en percevant la colère gorger les mots de la jeune femme. Simon est enfin revenu et il l'aide à pousser les affaires servant à nettoyer dans le coin, histoire qu'elle ne les voit pas quand elle sortira en bombe de l'appartement.

« Désolé, rit nerveusement le nageur. Je n'avais pas fait attention. »

Ses doigts sont crispés sur la porte ; il appellera quelqu'un pour nettoyer les dernières traces, qui sont pour l'instant hors de vue pour Erza. C'est le plus important.

« On commence à descendre, on se rejoint dans le hall, déclare le brun en prenant la main féminine dans la sienne. »

Les protestations de la demoiselle sont étouffées quand son petit-ami commence à lui raconter son dernier rêve, alors qu'ils descendent par les escaliers. Tout l'air bloqué dans ses poumons, à cause de la peur, s'évacue bruyamment quand Gerald expire.

Bientôt, l'angoisse laisse place à la colère quand il verrouille à nouveau la porte.

Ça ne sert à rien de compter sur les flics ; cette affaire, il va la régler lui-même.


JOUR 106 : distraction


Le soleil caresse son visage alors qu'il se prélasse sur le banc. L'air est sec, froid, et il observe avec une certaine satisfaction la seule personne en train de courir sur le terrain. Son rythme est rapide, parfait, et ses cheveux écarlates se balancent élégamment au rythme de sa course.

Contre toute attente, ce matin, au lieu de rester au lit, Erza est venue pour lui dire qu'elle avait besoin de se dégourdir les jambes. Le brun, enseveli sous les couvertures, avait grogné quelque chose pour dire qu'il ne serait pas de la partie, encore trop épuisé par son entrainement d'hier. Pas spécialement crédule, Gerald sait qu'il est dans cet état parce que l'alcool qu'ils ont bu hier n'est pas encore très bien passé pour lui.

Oui.

Ils ont pris plusieurs verres ensemble, alors que la rouquine dormait comme un bébé après un copieux repas. Mais il a fait ça uniquement pour le remercier de son aide avec le chaton ; s'il ne l'avait pas soutenu, il n'ose même pas imaginer les conséquences. Et puis, une fois la bouteille vide, Simon a décidé de lui signaler qu'ils resteront plus longtemps, n'ayant aucune envie que cette situation se répète.

Erza fait encore un tour, lui jetant un coup d'œil en passant devant lui. Il se contente de lui offrir son plus beau sourire et, peut-être qu'il regarde un peu trop longuement la chute de ses reins une fois qu'elle est de dos.

C'est plutôt une bonne journée en soit. Tout est à peu près rentré dans l'ordre, si on exclut bien évidemment le psychopathe que la police semble prendre à la légère. Rien que cette pensée l'agace et, désormais contrarié, le jeune homme se redresse et prend sa bouteille d'eau pour boire de longues gorgées.

Quand la demoiselle le rejoint, il serre encore la gourde entre ses doigts.

« Ça fait un moment que tu es resté assis. Tu t'es fait mal ou tu es juste trop flemmard pour bouger ?
- Contrairement à toi, j'ai natation ce soir. Je me préserve. »

Et il doit bien avoué qu'il a juste envie d'avoir les fesses posées sur ce banc, pour l'instant.

« Tu te préserves, d'accord... »

Ça l'amuse, ça se voit. Elle a ce petit sourire en coin, taquin, alors qu'elle reprend une respiration plus régulière. Sa poitrine monte et descend et il frotte le bord de son œil, faisant son maximum pour ne pas lorgner dessus. Il se demande brièvement s'il a été pris sur le fait, vu qu'Erza a les lèvres un peu pincées et les sourcils froncés.

« Je me demande où est passé le petit chat du quartier. »

Son souffle se bloque dans sa gorge et son ventre se noue. Il fait pourtant de son mieux pour cacher son trouble, comme la dernière fois, afin qu'elle ne remarque rien.

« Il a dû changer de coin, répond Gerald en s'étirant.
- Pourquoi il aurait fait ça ? Je le nourrissais tous les jours maintenant. Sa dernière gamelle est encore intacte, ajoute-t-elle avec une voix plus triste.
- Peut-être que quelqu'un a craqué sur lui ? Mignon comme il est, ça ne serait pas étonnant. »

Ses paumes sont devenues moites. Il n'est pas à l'aise et déteste lui mentir, mais il préfère ça que la voir souffrir en lui annonçant le sort que ce détraqué avait réservé pour cette pauvre bête.

En poussant un soupir résigné, Erza range dans son sac sa bouteille et la serviette qu'elle a utilisé pour éponger sa nuque et son visage. Elle attrape le curseur de la fermeture, toujours avec la bouche dessinée en une ligne droite.

C'est le moment de trouver quelque chose pour lui changer les idées, sinon elle passera un dimanche horrible en cogitant sur le chaton disparu.

« Ça te dirait de passer par une pâtisserie ?, propose-t-il en prenant son sac avant qu'elle le fasse. Vu l'heure, ils ont encore les meilleurs choses de dispo. »

Son enthousiasme continue d'être enterré dans un coin. Donc il réfléchit sur le chemin, désespérément, pour trouver un truc. C'est dur mais, après de longues et horribles minutes silencieuses sur le trajet vers le parking, il trouve enfin. Ce n'est qu'une fois qu'ils sont installés dans la voiture qu'il ouvre la bouche.

« J'ai bientôt une compétition, glisse le nageur en mettant le contact.
- Ah oui ?
- Humhum.
- Quand ça ?, s'enquiert la rouquine tout en le regardant.
- Début janvier, répond-il, mon père ne sera sans doute pas encore rentré, et Ultia et Meldy seront occupées.
- Mais alors... »

Gerald n'a pas besoin de la regarder pour savoir qu'elle a écarquillé les yeux d'horreur. Sa main s'est même peut-être glissée devant sa bouche.

« ... personne ne sera là pour t'encourager ! »

Son index tapote le volant en cuir pendant qu'il mâchouille l'intérieur de sa joue.

« J'ai l'habitude, finit-il par avouer.
- Je viendrai. C'est pas négociable.
- Je ne sais pas si-
- J'ai dit que c'est pas négociable, Gerald, le coupe-t-elle en croisant les bras. »

D'un côté, ça lui fait énormément plaisir. D'un autre, il se demande bien ce qu'elle va penser de ça, elle qui s'ennuie déjà lors de ses entraînements personnels. Il ne cherche cependant pas à lui faire changer d'avis ; têtue comme elle, ça équivaut à parler à un mur.

« Tu vas préparer une pancarte d'encouragement alors ?, la taquine le nageur.
- Ça pourrait être utile, comme ça tu verras que je suis bien présente. »

Il s'arrête doucement au feu rouge, un léger sourire aux lèvres. Sa tête se tourne pour observer un instant le minois désormais détendu de son amie. La discrète fossette qui se creuse dans ses joues lui fait rater un battement, délicatement, sans effort.

« Je n'ai pas besoin d'une pancarte pour te remarquer. »

La lumière verte illumine son pare-brise et Gerald reporte son attention sur la route. Son ventre n'est plus noué par la peur, mais plus par une sensation chaude et douce qui le déstabilise autant que le timide rougissement sur les joues d'Erza. Elle a d'ailleurs décidé de regarder par la fenêtre, peut-être pour cacher sa gêne.

Mais au moins, maintenant, elle ne pense plus au chat, et c'est ce qui compte. S'il hante maintenant ses pensées, c'est uniquement un bonus plus qu'appréciable.


JOUR 110 : visite


« Je pense que tu as assez bu pour ce soir. »

Le regard à moitié vitreux d'Erza le cloue sur place, mais il fait mine de rien. À la place, il tend la main pour écarter le prochain shooter de son champ de vision. Elle s'apprête à protester, telle une enfant, mais il lève son index pour qu'elle se taise.

« Je n'ai pas l'intention de te tenir les cheveux toute la nuit parce que tu vomis. »

Bon, pour être honnête, si, il l'aurait volontiers fait. Mais s'il dit ça, elle ne va pas rater l'occasion de se flinguer l'estomac avec différents alcools. Il met ça sur le compte de la frustration ; la rouquine s'est disputée en début de journée avec Simon et, contre toute attente, elle parait plus bouleversée que prévu. Peut-être parce qu'il lui a envoyé un simple message lui disant qu'il ne sera pas là ce soir, histoire de respirer et de ne pas ressasser les restes de colère ?

Gerald ne connait pas l'intensité des sentiments qu'elle éprouve pour ce type. Il conçoit qu'elle est attachée mais, dans ce genre de situation, il peut juste remarquer à quel point ils sont proches, au final. Il voit juste la surface après tout, pas ce qu'il y a en dessous.

Tiens, voilà que maintenant, c'est lui qui se sent agacé. La jalousie est vicieuse et il décide de la faire taire en buvant le verre de son amie, sans réfléchir. Ça lui brûle la gorge mais il s'en fiche. Au moins, il pensera à autre chose.

« C'était à moi, ça, ronchonne-t-elle en posant son menton sur la table.
- Ne commence pas à bouder, soupire le garçon en massant sa tempe. Tu n'as qu'à te prendre un dessert à la place. Ce sera mieux que de vider une autre bouteille.
- J'ai soif, pas faim. »

Roulant des yeux, il saisit la carte à côté d'eux. La banquette couine quand Erza remue, pour montrer qu'elle est mécontente, pendant qu'il lit les propositions sucrées du bar.

« Tu vas vraiment manger ? »

Il baisse légèrement le papier plastifié pour observer l'étudiante, qui arbore une moue contrariée, à croire qu'elle ne va jamais se remettre de cette privation.

« Oui. Pourquoi ?
- Ils proposent quoi ?
- Ah, maintenant tu veux savoir ? »

Erza renifle et tourne un peu la tête, pour ne plus avoir à le regarder. Amusé, il fait pianoter les doigts de sa main libre sur la table.

« Opéra, Tarte aux citrons, Fraisier, Ti-
- Fraisier ! »

Elle s'est soudainement redressée, des étoiles plein les yeux et un sourire à couper le souffle.

« Frai-sier, répète-t-elle en prenant soin d'articuler chaque syllabe.
- Tu es sûre ?, la taquine-t-il en se penchant vers elle. J'ai eu l'impression de te voir hésiter.
- Jamais ! Va commander maintenant, j'ai faim ! »

L'ironie de cette situation lui donne envie de rire mais il décide d'uniquement se lever. Le bar est tranquille, juste quatre groupes dont un composé de jolies demoiselles. Son regard traîne un peu, même s'il n'a aucune envie de s'incruster à leur table pour dégoter quelques numéros ; faire attendre Erza, surtout quand une part de son divin gâteau est en jeu, est une erreur de débutant.

Les tranches sont généreuses et il retourne, comme un fier chasseur, vers la table où la rouquine l'observe avec un intérêt entièrement dédié à la pâtisserie. S'il n'était pas au courant de son goût prononcé pour les fraisiers, son égo en aurait déjà pris un sacré coup.

L'assiette est à peine posée devant elle qu'il peut voit sa langue humidifier ses lèvres pulpeuses. Gerald lui offre une petite cuillère en guise d'arme pour attaquer son paradis sucré. Elle la prend, sans se départir de son sourire, puis commence à savourer son dessert.

Il arrête de lorgner sur son amie, quand son téléphone vibre. Un numéro inconnu s'affiche et il décide de l'ignorer, retournant son portable pour en cacher l'écran. Ça a l'air d'avoir intrigué Erza, puisqu'elle a relevé le menton. Ses yeux sont alors posés sur lui et il penche un peu la tête.

« Qu'est-ce qu'il y a ?
- Ça me revient que maintenant mais... tu ne connaîtrais pas une certaine Mirajane ? »

La nageur réfléchit un peu, sa main suspendue tenant toujours la cuillère contenant une part de sa tarte.

« Mirajane... Strauss ?, demande-t-il finalement. »

La main de son amie fracasse soudainement la table et il sursaute. La seconde qui suit, elle est debout, un doigt accusateur pointé droit vers son visage.

« Tu n'as pas intérêt à avoir posé tes sales pattes sur elle !
- Qu-quoi ? Attends, mes sales pattes ?, s'insurge-t-il. Tu y vas fort là.
- Tu t'es tapé tout le campus ou quoi ?
- Mais je n'ai jamais couché avec elle ! »

La rouquine plisse les yeux.

« Pourquoi est-ce qu'elle a ton numéro alors ?
- Je te le dis si tu te rassois, répond-il lentement, et que tu arrêtes de me menacer avec cette cuillère. Je te promets que je n'ai rien fait à Mirajane. »

Il en est sûr, elle serait capable de lui arracher les deux yeux avec ça...

Malgré une certaine réticence, elle cède et s'installe confortablement sur la banquette.

« Je l'ai rencontrée à une soirée, avant la rentrée. Elle était complètement bourrée et un mec pas très net lui tournait autour. Il insistait beaucoup trop, donc j'ai décidé d'intervenir et j'ai appelé mon chauffeur pour qu'elle puisse rentrer. Je lui ai laissé mon numéro au cas où, et je suis retourné gérer Ultia qui menaçait tout le monde d'un procès. »

Il y a un petit silence entre eux durant quelques minutes, comme si elle était en train d'analyser chaque mot qu'il venait de prononcer. Puis, finalement, elle se penche par dessus de la table.

« Tu as un chauffeur ? »

Est-ce que c'est absolument tout ce qu'elle a retenu ? Vraiment ?

« Finis ton gâteau, je crois que tu dois aller dormir, soupire Gerald. »

Elle ne proteste pas, hoche mollement la tête, puis mange lentement son gâteau. Quand elle a fini, elle pousse l'assiette vers lui, comme pour lui prouver qu'elle n'a pas laissé une miette ; ça l'amuse et il rit brièvement, parce qu'un mouvement à côté d'eux attire son attention. Le jeune homme tourne alors la tête, curieux, pour contempler la rousse qui se tient devant la table.

Ses joues sont rouges à cause du vin qu'elle a bu en abondance, avec ses amies. Ses cheveux oranges, tressés sur la gauche, sont ébouriffés, signe qu'elle a souvent passé ses doigts dedans. Il l'a vue faire quelques fois, quand il n'était pas occupé à avoir les yeux rivés sur Erza. Il entrouvre les lèvres, prêt à demander pourquoi elle est ici, et plus encore avec sa petite bande qui semble adorer l'art du gloussement, mais il est devancé.

« C'est pour quoi ?, demande son amie avec les sourcils froncés.
- Tu as terminé ?, s'inquiet l'inconnue en le fixant et en ignorant la question d'avant.
- Euh je-
- Parce que je peux te proposer autre chose à manger. »

Une vague d'incompréhension s'écrase droit sur son esprit, et Gerald met du temps à comprendre. Ce n'est qu'une fois qu'il capte le petit clin clin d'œil que le sous-entendu prend forme.

« Au moins, tu seras rassasié. »

Il n'est pas très sûr qu'ajouter cette partie est utile, surtout en ayant le regard dur et menaçant d'Erza braqué sur elle. Il a presque peur de s'interposer mais il le fait quand même.

« Ça ira, merci pour cette... invitation. Mais il est tard et on va rentrer.
- Tu pars avec elle ?, s'indigne-t-elle en posant une main sur sa poitrine.
- Je suis là, hein, siffle la rouquine explosive. Et je te signale qu'il passe sa soirée avec moi, pas avec toi.
- Passer du temps avec une ivrogne, quelle horreur.
- Vu la tête que t'as, tu as dû aussi t'en envoyer des verres. D'ailleurs je crois bien que tu vas t'envoyer uniquement ça, ce soir. »

Et si, en glissant sur la banquette, il avait une chance de disparaître ? Il aimerait bien.

Erza vient de se lever et il entend des avertissements venant du groupe de la dénommée Michelia. Pourtant, personne ne vient interrompre ce qui ressemble de plus en plus à une future bagarre. Il devrait d'ailleurs faire quelque chose mais, là, il est impressionné par l'équilibre de son amie, perchée sur des talons aiguilles plus hauts que nécessaire.

« Retire ce que tu viens de dire !, s'exclame Michelia en levant la main. Tu ne te rends pas compte de qui je suis, c'est ça ? Je suis la petite-fille du député Mi-
- Et toi tu sais qui je suis ?, la coupe-t-elle en faisant un pas menaçant vers elle. »

L'étudiant écarquille les yeux, retenant son souffle. Est-ce qu'elle va vraiment dévoiler son identité comme ça ?

« Je suis Erza Be- »

Elle se tait et tourne la tête vers lui, comme si elle se souvenait soudainement de sa présence. La déception rampe et il se retient de gémir comme un gamin.

« On s'en fout de toute façon. Je veux juste être tranquille avec cette crapule sans être dérangée par des harpies de ton genre.
- Pardon ?! Tu peux répéter s'il te plait ?
- Parce qu'en plus t'es sourde... Bouge pas l'orang-outan, je vais te déboucher les oreilles. »

Ce n'est qu'une fois que des mèches oranges sont éparpillés sur le sol, avec une dent enfoncée dans le bar en bois de Kana, que tout le monde se retrouve dehors avant la fermeture. Il a à peine eu le temps de s'excuser et de laisser de quoi réparer les bêtises de son amie ; il appellera la brune plus tard, histoire d'être entièrement pardonné. Après tout, cet établissement, c'est son bébé.

Ils ne sont plus que deux, Michelia ayant été entraînée par ses amies loin d'eux. C'est sans aucun doute une très bonne chose ; elle avait une chance sur deux de finir dans un caniveau, vu la violence d'Erza. D'ailleurs, la concernée est assise par terre, les bras croisés. Elle est vexée d'avoir été interrompue en pleine « discussion ».

« Allez, debout, soupire le sportif en se mettant à genoux. Il est temps de retourner à la maison.
- Pourquoi on irait pas dans un autre bar ?, bougonne-t-elle en le regardant. Il est encore tôt !
- Tu te souviens de ce que je t'ai dit ? Je ne te tiendrais pas les cheveux. »

Sa moue s'accentue et le muscle dans sa poitrine s'emballe. Parfois ça l'agace de se sentir aussi faible, soudainement, alors qu'il a déjà connu des tas de femmes qui savaient aussi faire ce type de bouille. Et pourtant, son corps réagit de la sorte dès qu'il est avec elle.

« J'ai pas envie de marcher. Tu veux pas appeler ton chauffeur ?
- Il est parti avec mon père, rit Gerald.
- C'est injuste. »

Doucement, il prend les mains plus petites entre les siennes.

« Je vais te porter, petit bébé que tu es. »

L'alcool semble encore enivrer ses sens, puisqu'elle ne se relève pas avec le menton haut en disant qu'elle a la situation en mains. Au contraire, son sourire est grand et ses yeux pétillent de bonheur, à croire qu'il est en train de lui offrir le plus merveilleux de tous les cadeaux.

« C'est vrai ? »

Tout en se retenant de rire, il se retourne.

« Monte sur mon dos. C'est la meilleure façon. »

Et elle ne se fait absolument pas prier. Les mains sous ses cuisses, il la tient fermement pendant qu'elle repose ses bras sur ses épaules. Son menton s'appuie sur sa tête, et la marche est lente et tranquille ; il n'a aucune envie qu'une nausée la prenne et qu'elle lui vomisse dessus.

L'hiver est définitivement moins rude que prévu, à Crocus, et ça l'étonne un peu. Les choses changent, après tout, et pas forcément dans le bon sens. Son nez est un peu froid, comme le bout de ses doigts. C'est pareil pour elle, il le sent quand elle enfouit son visage près de son cou.

« On arrive bientôt ?, marmonne-t-elle d'une voix un peu ensommeillée.
- On vient à peine de partir, sourit le garçon.
- Hum... »

Erza n'est ni lourde, ni légère. Mais quand elle décide de se laisser porter entièrement, c'est simple de le remarquer. Ses muscles se contractent pour éviter qu'elle tombe et son sourire s'agrandit.

« Tu vas t'endormir ?
- Non, non. »

Sauf que son corps contredit ses paroles. Ça l'amuse et l'envie de la taquiner devient plus forte. Mais il ne fait rien ; Gerald décide de continuer la route, sans l'empêcher de sombrer, profitant juste de l'avoir aussi près de lui. Rentrer chez lui n'est pas si long, surtout en connaissant les petits raccourcies.

Ça l'a toujours amusé de voir la différence entre les quartiers. Cette ville reste magnifique, peu importe la classe sociale, mais ça se sent quand même. Plus propre, plus sophistiqué. Autant les immeubles que les passants. C'est pourquoi il remarque facilement cette personne, à quelques pas du portail de l'établissement.

Ses yeux se plissent, sa mémoire lui soufflant qu'il connait ce type.

La rouquine semble se réveiller, peut-être à cause du changement de rythme de sa marche qui s'est faite plus lente, par prudence. Ou peut-être parce qu'il a trop resserré ses doigts, sur ses cuisses.

« Je peux aider ?, demande-t-il en s'approchant de l'inconnu. »

Un jogging et un sweat-shirt, dont la capuche est rabattue sur sa tête. Une odeur de tabac froid se dégage de ses vêtements et il fronce le nez. Quelques voitures passent, illuminant à moitié la silhouette moyenne mais pas le visage.

« Tu tombes bien, je voulais te voir.
- Et tu es...? »

Son regard s'accrochent aux poings prêts à lui décocher une droite. Il le remonte, afin d'observer davantage l'homme qui tremble presque de colère.

« Tu te fous de moi ? »

Il relève un peu le menton.

« Ma mémoire me fait défaut avec le temps. »

Sauf que c'est loin d'être le cas. Ce parfum, s'il peut appeler ça comme ça, l'a beaucoup hanté ces dernières semaines, ravivant de mauvais souvenirs. Et, évidemment, il fallait que ce pion gênant revienne comme un cheveu sur la soupe, après des années, avec l'intention de lui faire payer son incarcération.

Pile quand Erza est sur son dos.

Littéralement.

« T'es toujours un sacré connard à ce que je vois. »

Il est étonné que la demoiselle n'ait pas encore prononcé un mot. Elle est réveillée, il le sait, parce que ses bras se sont légèrement resserrés au niveau de son cou, sans pour autant l'étrangler.

« Pourquoi changer les bonnes habitudes ?, rétorque-t-il en faisant un léger pas en arrière. Ça fait mon charme. »

Les prénoms défilent dans sa tête ; il cherche désespérément à se souvenir de son identité. Il l'a entendu, quelques fois, il en est certain. Mais qu'est-ce que c'était, déjà ? Les passants changent de trottoir, signifiant très clairement qu'ils ne comptent pas signaler quelque chose.

Super.

« Ça te dirait pas de retirer ce chiffon de ta tête ? Histoire que ta beauté me transcende et que je te remette. »

Sa patience a rompu quand il a vu les yeux briller en direction d'Erza. S'il compte toucher à ne serait-ce qu'un de ses cheveux, il risque de ne pas se contrôler. Et Ultia ne sera pas contente. Personne n'a envie qu'elle ne soit pas contente.

Personne.

La capuche est brutalement retirée, dévoilant des cheveux bleus dévalés. Un visage pâle, déformé par la rage, qui lui promet de lui faire payer. Et, au lieu d'être inquiet par le canif qu'il sort de son jogging troué au genou droit, la seule pensée qui lui traverse l'esprit franchit ses lèvres.

« Waouh... t'es plus moche que dans mes souvenirs... »

Pour la première fois depuis cette rencontre qui, il l'avoue, l'arrange, Erza frappe son épaule.

« Tu crois que c'est le moment de plaisanter ?, souffle-t-elle près de son oreille. Il a un putain de couteau ! »

Ça commence par un « D ». Il en est persuadé.

« Tu peux pas régler cette situation poliment ?, continue-t-elle de chuchoter en tirant un peu sur sa veste.
- Poliment ?!, hurle l'ancien prisonnier en brandissant la lame vers eux. Cet enfoiré m'a envoyé en prison et tu veux qu'on règle ça poliment ?!
- On t'a jamais dit que c'était impoli d'écouter les conversations des grandes personnes ?, s'agace Gerald. Reste à ta place.
- Tu dépasses les limites, comme toujours Fernandez. C'est normal, il y a toujours des gens pour couvrir tes arrières. T'es toujours ce petit prince trop gâté. »

Sa paupière tressaute.

« Qu'est-ce que tu veux pour me lâcher la grappe ?
- Redonne-moi toutes mes années passées en prison.
- Cette phrase sonne vraiment clichée en fait. Pourquoi ça parait pas comme ça dans les films ? »

Cette fois-ci, la rouquine le pince. ll gémit de protestation et tourne la tête.

« C'est toujours pas le moment Gerald ! »

Il grogne et reporte son attention sur l'homme qui a un prénom commençant par la lettre « D ».

Dimitri ? Non, il n'a pas une tête de Dimitri.

« Ça va, si je compte... tu as fait quoi. Trois ans ? »

Le nageur le regarde affirmer d'un mouvement raide. Il est tendu. Ça ne sera pas dur de le neutraliser. Ça ne l'a jamais été.

« C'est peu trois ans en taule ! Pourquoi t'y es plus ? »

Le bruit de la semelle raclant le sol attire son attention.

Bon. Peut-être qu'il est allé trop loin avec la patience de ce type.

« Tu vas devoir t'accrocher, déclare-t-il à l'intention d'Erza. J'ai besoin de mes mains.
- Je peux aussi descendre de ton dos...
- Pour qu'il te vise ? Certainement pas. Accroche-toi, c'est tout. »

Il sent ses doigts se crisper.

« Mais c'est dangereux comme ça !, proteste-t-elle.
- Fais pas ta princesse.
- Je parlais pour toi, imbécile... »

Un hurlement de colère déchire le calme et l'ex-prisonnier se rue sur eux avec le couteau. Gerald lâche alors les cuisses, désormais fermement serrées, pour neutraliser cet abruti incapable de tenir une arme blanche correctement.

C'est rapide, ferme, et le cliquetis du canif tombant sur le sol caresse ses oreilles, alors que l'odeur fruitée du shampoing d'Erza l'enivre. Il a presque envie de rire devant cette scène pitoyable, où l'agresseur a roulé par terre pour se cogner la tête contre le lampadaire.

Il est recroquevillé, mains derrière son crâne, en pestant, comme incapable de se rappeler la gravité de la situation qu'il vient d'amorcer. Affligé, Gerald s'approche de lui pour le saisir par la capuche et le plaquer à plat ventre sur le bitume, écrasant son visage tout contre. Un craquement se fait entendre mais il l'ignore royalement, tout comme les gémissements de douleur.

Son genou s'appuie rudement entre les omoplates de monsieur D, tandis qu'il tient fermement ses poignets en arrière. Est-ce qu'il a vraiment subi pratiquement un mois de collocation juste à cause d'un mec qui n'est pas fichu de montrer de la résistance ? Il a la fulgurante envie de se défouler sur lui, maintenant.

« Erza, tu peux appeler la police ? J'ai les mains occupées.
- Mon téléphone est vide, dit-elle en étant toujours accrochée à son dos.
- Tu n'as qu'à prendre le mien.
- Il est où ?
- Dans la poche arrière.
- Vraiment ? »

Gerald incline la tête pour la regarder du coin de l'œil.

« Oui, vraiment. Pourquoi tu ne me crois pas ?
- Ça pourrait être l'une de tes combines pour que je te touche les fesses. »

Sa bouche s'entrouvre.

« Je n'y avais pas pensé, finit-il par répondre. Je devrais la noter quelque part... »

Une tape derrière sa tête lui indique qu'elle n'est pas de cet avis. Erza finit par quitter son dos et s'est remise sur ses pieds. Elle a soigneusement retiré son portable, en veillant à éviter tout contact, et maintenant elle compose le numéro des forces de l'ordre en s'éloignant un peu d'eux.

« J'en reviens toujours pas que tu aies causé toute cette agitation pour être aussi mauvais en combat, peste l'étudiant en forçant sur son genou. Pourquoi avoir fait toutes ces menaces si t'es incapable de quoi que ce soit ? »

Et puis, soudainement, ça lui revient.

« Dyst !
- Quoi ?, grogne le concerné avec le visage toujours contre le sol.
- Tu t'appelles Dyst, nan ? »

Les yeux verts étudient la façon dont son corps se crispe, puis lorsque le criminel tourne la tête, appuyant sa joue sur le goudron. Un sourire mauvais étire ses lèvres.

« Tu fais toujours le malin mais tu vas tomber de ton trône un jour. Et quand ce jour va arriver, je serais là, avec d'autres personnes.
- Les méchants ont toutes les mêmes réparties, c'est incroyable. »

Lentement, Gerald se penche, accentuant la pression de son genou.

« Contrairement à toi, je sais prononcer des menaces que je vais tenir. Tes trois de prison, j'espère que tu les as savourés. Parce que je te promets que je vais te faire vivre un calvaire pendant tes prochaines années derrière les barreaux. »

Les talons d'Erza lui indiquent qu'elle est de retour, et le jeune homme se redresse, sourire aux lèvres, tout en ne se lassant pas de regarder cette robe en laine qu'elle porte.

« Ça y est ?
- Ils sont en route. Plus qu'à attendre.
- Tu veux les clés pour rentrer peut-être ? »

Elle croise les bras, sourcils froncés.

« Je ne touche plus à aucune de tes poches, Gerald. »


JOUR 111 : un moment de calme


« Tu n'es pas avec Erza aujourd'hui ? »

Ultia est assise en face de lui, tout aussi bien maquillée qu'habillée, signe qu'elle s'est reprise en main. Meldy ayant refusé de venir, puisque occupée à préparer son partiel du lendemain, ils ne sont que tous les deux cette fois-ci, pour déjeuner dans un petit restaurant. Il a choisi un de ceux qu'elle préfère ; chic, intime, simple, avec des mets délicieux.

« Plus besoin de la promener partout, sourit-il. Le type a été arrêté, elle n'est plus en danger.
- C'était qui, d'ailleurs ? »

Gerald attend qu'elle ait fini son verre de vin rouge pour répondre, ou elle risque de s'étouffer.

« Mon ancien dealer.
- Dyst ? »

Le jeune homme hausse un sourcil tandis qu'elle tamponne délicatement le coin de sa bouche, une fois la coupe posée.

« Tu te souviens de son nom ?
- Difficile de l'oublier...
- Pas pour moi, je t'assure. »

Son amie laisse échapper un rire, et ce son lui fait un bien fou. Ça le rassure.

« Tu devrais vraiment travailler ta mémoire des prénoms. »

Il préfère ne pas répondre à cette pique et, à la place, se concentrer sur la divine entrecôte qu'il a dans l'assiette. Tranquillement, il saisit ses couverts en analysant quelle partie il va attaquer.

« Tu vas porter plainte, je suppose ?
- Bien sûr que je vais porter plainte, grogne le nageur en relevant le menton, et je me tâte à le faire contre la police pour incompétence professionnelle. »

Son amie éclate de rire, lui valant quelques regards conquis de la part de certains messieurs. Les pauvres.

S'ils savaient...

« Je ne suis pas sûre que ce soit un motif valable, répond-elle sans se départir de son sourire taquin.
- Ta mère ne peut pas l'inventer ?
- Non. Et puis, il y aurait beaucoup trop de plainte si ça venait à exister...
- D'accord mais... c'est moi qui l'ait arrêté ce type, pas eux ! Ils ont rien foutu, pris cette affaire à la légère, et il aurait suffit d'une simple surveillance rapprochée pour l'attraper ! »

Pour toute réponse, Ultia saisit la bouteille de vin pour le resservir. Les bagues qu'elle porte cliquettent sur le verre.

« Heureusement que ce mec est aussi dangereux qu'une mouche morte... mais imagine s'il l'avait vraiment été ! Qui sait comment ça aurait pu se finir.
- Mais ça s'est bien fini, rappelle son amie. C'est le plus important, non ?
- Tout ça pour dire, bougonne Gerald, que ces flics sont des incompétents.
- Finis ta viande, avant qu'elle ne soit froide, s'amuse Ultia en lui volant une frite maison. »

Le reste du repas est tout aussi tranquille, la jeune femme parvenant à arrêter l'étudiant de bouder. Une fois l'addition payée, parce qu'il est toujours aussi rapide pour dégainer sa carte bancaire, il la ramène chez Meldy, se sentant réellement satisfait de ce moment.

« Ça m'a fait vraiment plaisir, sourit-elle. Merci.
- À moi aussi. Tu as l'air d'aller mieux.
- Je remonte doucement mais... oui. Ça va vraiment mieux.
- C'est tout ce qui compte. Prends le temps qu'il te faut. »

Il embrasse doucement le haut de sa tête, puis la laisse rentrer dans la résidence.

« Tu passeras le bonjour à Meldy pour moi ! »

Elle acquiesce d'un mouvement de tête, et lui adresse un petit signe de main avant de disparaître dans le bâtiment.

Tout est définitivement rentré dans l'ordre.


JOUR 112 : vide


Les bruits de leurs pas résonnent dans le couloir et Simon affiche un air satisfait, dès l'instant où il insère la clé dans la serrure de la porte ; ça y est, la collocation improvisée est terminée et, pour être franc, le nageur ne sait pas s'il doit être content ou déçu. Après tout, ça signifie que sa rouquine préférée ne sera plus dans les parages. Et, en plus, c'est vendredi alors ça l'enfonce davantage dans le fait qu'il ne risque pas de la voir du weekend.

Ses mains glissent dans ses poches et il se retient de traîner des pieds, avec un air de chiot battu plâtré sur le visage ; il ne manquerait plus que sa dignité se fasse la malle avec eux.

« Merci pour la surveillance, taquine Erza en donnant un coup de coude dans son bras. C'était plutôt rigolo, comme collocation.
- Ouais, approuve lentement le brun, même si tu es parfois invivable. »

Un maigre sourire tire ses lèvres.

« À demain ? »

La rouquine hausse un sourcil tout en laissant Simon rentrer dans son appartement pour déposer leurs affaires. Ce dernier a d'ailleurs mimé un au revoir avec sa main, brièvement, avant de disparaître.

« Tu as oublié ?
- De quoi ?, demande-t-il sans comprendre.
- Ce sont les vacances de Noël. »

Mais alors...

« Et je pars avec Simon voir ma famille. »

... et merde.

« Ah, oui. C'est vrai oui. Et bien euh- bonnes fêtes, et tout. Je suppose. »

Quand elle ferme la porte, Gerald n'est pas sûr qu'il se soit déjà senti aussi seul.