Réponses aux reviews (Gody) :

Guest : On a bien aimé faire le petit clin d'oeil, avec le chapitre qui s'appelle "Chiot perdu". Même en couple, Erza a des yeux, autant s'en servir haha ; c'est toujours sympa de laisser son regard traîner sur les personnes qui sont à notre goût. Eileen est encore mieux que Black Widow !

Pepa : Nah, Eileen est encore mieux qu'elle héhé. Simon ne creuse pas plus, vu que déjà, il est nerveux et qu'en plus, il a bien remarqué qu'Erza n'est pas à l'aise avec le sujet. Hum... oui, les vacances de Noël seront drôles. En attendant, je te laisse découvrir ce chapitre. ;)

Yumy : You will see if Eileen wants Simon as son-in-low. And of course, she's badass !

Mayaserina : Impossible d'oublier cette scène chez sexy Gégé héhé. C'est vraiment génial que tu remarques les petits détails (comme l'évolution de son comportement avec lui, avec l'apparition de sa jalousie). C'est sûr que bosser la communication serait plutôt sympathique, surtout pour que la relation évolue. La maladresse fait partie du jeu. Bien joué de mettre l'histoire de son passé en considération :p ta référence m'a fait rire, j'y avais même pas songé, mais j'ai eu immédiatement l'image ensuite !

jFANGIRLd : Ravie de savoir que les deux derniers chapitres te plaisent ! J'espère que ce sera aussi le cas pour celui-ci. ;)

Lanceleau : Merci pour ton soutien ! Et n'hésite pas à dire à tes amis de laisser un petit commentaire, ça fait toujours plaisir. Lion et Cancer, c'est mon ship ultime. On n'a pas encore pensé à en faire une histoire propre à nous. Ce serait déjà pas mal de la terminer telle qu'elle :'). Bonne lecture !

Flèche d'Argent : C'est toujours fascinant de lire ton analyse sur les personnages ! Mais je ne peux rien confirmer, l'histoire le fera d'elle-même. Merci pour ton soutien c:


Disclaimer : Fairy Tail ne nous appartient pas.


Raiting : M


JOUR 113 : invitée de marque


Les glaçons dans son verre de rhum tournoient tranquillement, tandis qu'elle profite du bruit de la mer, avec un petit sourire conquis. D'un geste nonchalant, elle lève son bras au-dessus de sa tête. Les rayons de soleil dansent sur son corps à la peau encore pâle, à moitié caché par le parasol installé sur l'immense balcon de sa chambre d'hôtel. Les petits plaisirs sont souvent les plus simples, et elle apprécie chaque instant, sans se priver.

Des bruits de pas, qui approchent par sa droite, attirent son attention. Pourtant elle ne tourne pas la tête, préférant prendre une gorgée de sa boisson. La fraîcheur tape sa langue avant d'être remplacée par l'exquise brûlure et le goût unique de cet alcool. Ses longues jambes se croisent, ne troublant pas un instant l'homme qui a arrêté de bouger ; il s'incline, longuement, puis se redresse en mettant ses mains devant lui, liées.

« Dame Belserion, votre invité s'est réveillé. »

La femme opine avec lenteur, fredonnant une réponse remplie de satisfaction. Délicatement, elle repose le verre et se met assise. Ses doigts ôtent ses imposantes lunettes de soleil noires, dévoilant une paire d'yeux noisette.

« Quelle merveilleuse nouvelle. »

Son index replace quelques mèches de sa frange, puis elle se lève. Son regard est pénétrant, et semble toujours autant intimider son personnel ; tant mieux. Sans perdre un instant, il saisit le cardigan en soie accroché au porte-manteau pour le lui glisser sur ses épaules, une fois qu'elle lui tourne le dos, en veillant à ne pas la toucher.

« Est-ce que tout est prêt ?, s'enquiert-elle en s'approchant des portes coulissantes.

- Tout le matériel est à votre disposition. »

Eileen sourit puis rentre dans sa chambre. Le soleil l'illumine, la baignant d'une délicieuse chaleur. Ses pas feutrés ne sont pas la raison pour laquelle son hôte relève la tête. C'est plutôt son claquement de doigts qui fait comprendre à son homme d'attendre à l'extérieur de la luxueuse pièce, devant la porte. Sa rapidité est appréciée tandis qu'elle fait face à Invel, fermement attaché à une rudimentaire chaise en bois, non loin d'une cheminée allumée. Au moins il est plus que certain d'être au chaud. C'est mieux que de finir dans une prison, à Hakobe.

Avec souplesse, elle rejoint le brasier pour y poser la longue lame d'un couteau. Le manche recouvert d'un épais caoutchouc dépasse, afin qu'elle puisse le récupérer un peu plus tard. Elle essuie brièvement ses mains sur un torchon, puis tourne les talons vers sa prochaine inspection.

« J'ose espérer que tu es bien installé, lui confit-elle en parcourant les ustensiles posés sur une plaque en métal, et que le voyage s'est bien passé. »

L'homme plisse ses yeux bruns, ses doigts crispés sur les accoudoirs.

« Je peux savoir à quoi tu joues ?

- Comment ça ?, demande-t-elle doucement tout en inclinant la tête.

- Pourquoi avoir orchestré ce grossier kidnapping ? »

Tranquillement, elle pousse la table à instruments vers Invel qui devient raide. Le reflet dans ses lunettes rectangulaires lui dévoile une femme contrariée par son choix de lexique. Tout comme avant, Eileen prend son temps pour rapprocher convenablement son fauteuil. Elle s'y installe, soupirant face au confort, et tend la main pour saisir un paquet de cigarettes posé à côté d'un scalpel.

« Qu'est-ce que tu manigances ? »

Son sourcil se hausse alors que la flamme lèche le tabac. Le briquet reposé, la femme prend une longue inspiration tout en se penchant. La bouffée qu'elle relâche vient caresser le visage de son invité qui se crispe davantage. Le rapide tremblement qui secoue ses membres est suffisant pour lui indiquer qu'il n'est pas serein ; parfait, c'est ce qu'il faut.

« C'est toi, n'est-ce pas ?, murmure-t-il d'une voix rauque.

- Sois plus explicite, veux-tu ?, sourit Eileen en appuyant son menton contre sa paume.

- Tu as joué avec notre confiance et tu en as profité pour gravir les échelons… tu as infiltré notre famille et tu es celle qui est en train de la détruire. Depuis tout ce temps, nos accusations n'étaient pas dirigées vers la bonne personne. »

Invel a les dents serrées. Son regard se veut menaçant, mais elle sait pertinemment qu'il craint la suite. Elle croise ses longues jambes, de plus en plus amusée.

« Tu es fichue, Eileen. Ma disparition ne passera pas inaperçue et Zeleph viendra rétablir l'ordre.

- Et voilà que tu me sous-estimes ? Voyons. Je te croyais plus malin que ça. »

Elle tapote légèrement sa cigarette, au-dessus du cendrier. Une légère fumée s'élève quand elle décide de la laisser reposer sur le bord. Eileen attrape un flacon et une seringue, préparant avec soin une injection spéciale pour l'homme devant elle.

« Que vous preniez le monopole de votre continent, soit. Ce n'est pas avantageux pour moi, mais c'est chez vous après tout. Par contre, en venant empiéter sur mon territoire, c'est vous qui avez mis un pied dans la tombe, répond-elle lentement. Ne confonds pas tout. »

La mafia d'Alvarez avait depuis quelques années déjà corrompu le gouvernement, au point que celui-ci s'était plié sous l'autorité de Zeleph. Un coup de maître, il fallait l'avouer. Elle n'avait donc pas pu s'y imposer comme elle le fait ailleurs. Situation fâcheuse, certes, mais elle pouvait l'accepter. Ce qu'elle ne peut pas accepter, en revanche, c'est lorsque cette famille de dégénérés décide, dans le plus grand secret, d'étendre son contrôle sur Ishgar ; donc chez elle. Makarov ne pouvait pas entrer en guerre sans raison officielle, elle a dû agir seule. Ou presque, puisqu'il lui avait prêté une petite unité de renfort, en toute confidentialité. Après avoir récupéré toutes les informations nécessaires sur chacun des membres, les infiltrer a été d'une simplicité enfantine. Se faire un nom parmi eux, tout autant. Le seul problème a été son manque de patience ; le monde des affaires, souvent mêlé à la politique, est déjà dur, et davantage encore quand des nuisances comme cette « famille » viennent mettre la pagaille.

Avec un soupir, Eileen se met debout puis agrippe les cheveux blancs, lui faisant pencher durement la tête sur le côté.

« Un sérum de vérité ?, se moque Invel en la fusillant du regard.

- Ça aurait été bien pratique mais… non. »

Son cou exposé, l'aiguille vient pénétrer sa chair. Son pouce appuie sur l'extrémité du piston et le liquide disparaît peu à peu, tandis qu'un grognement remonte de la gorge du mafieux.

« Qu'est-ce que tu viens de m'injecter ?, siffle-t-il en se débattant.

- Une petite potion magique, dit la rouquine avec un sourire mielleux. La science fait des miracles de nos jours. Mes laboratoires ont développé ce produit qui intensifiera temporairement tes sens. Ça rend les séances de jeux beaucoup plus… amusantes.

- Tu n'es qu'une sorcière… »

Un rire s'échappe de sa gorge et elle repose la seringue sur le plateau.

« C'est ce que disent les hommes à qui je dis non. »

Sa démarche féline l'amène vers le petit bar de sa chambre. Elle sort un verre et y verse le rhum, tout en fredonnant une vieille berceuse. Une agréable brise s'invite, caressant ses mollets et secouant légèrement son cardigan.

« Tu n'obtiendras rien de moi, déclare-t-il d'une voix froide.

- C'est justement ça, le problème, susurre-t-elle en se retournant à moitié. Actuellement, tu es le seul qui puisse me donner satisfaction. »

Les glaçons plongent dans sa boisson et elle dépose la pince à côté du seau. Elle les fait tourner, tout en revenant s'installer sur le fauteuil.

« Qu'est-ce que tu fais ?

- J'attends que le produit fasse effet. Tu as environ dix minutes pour te décider à être coopératif.

- Sinon quoi ?, murmure-t-il avec une voix qu'il espère sans doute neutre.

- Je ne voudrais pas gâcher les merveilleuses surprises que je te réserve en te les dévoilant. »

Eileen devine aisément qu'il ne désire pas trahir son patron. La loyauté est une belle qualité. Au moins, il souffrira dans l'honneur. D'ailleurs, il est temps de commencer l'échauffement. Généralement, elle commence toujours par quelques dents ; un classique incontestable, qui réussit bien pour les faibles d'esprit. Elle se doute que ce n'est pas le cas d'Invel cela dit. Si elle le fait, c'est uniquement pour son propre plaisir et son besoin de faire souffrir des gens de son espèce. Ses hommes protestent souvent lorsqu'elle met la main à la pâte, refusant de la voir se salir avec le sang de ses hôtes. Elle trouve ça amusant et très innocent. Après tout, si elle en est là aujourd'hui, c'est qu'il y a bien une raison.

Sa main gauche tient fermement son menton en place, tandis qu'elle a la pince dans l'autre. D'abord les incisives du bas, puis du haut. Les gencives deviennent rougeoyantes et elle voit sa langue s'agiter, accompagnée par des gémissements de douleur, lui signalant qu'il tente de former des mots. Les dents tombent une à une par terre, sans qu'il puisse avoir la possibilité de l'empêcher. Le métal tapote tour à tour ses canines ; laquelle choisir ?

« Hum… plouf, plouf. »

Invel cherche à secouer la tête et elle resserre la prise de ses doigts, en poursuivant la comptine dans sa tête. La pince tape dans la canine de gauche.

« Ce sera toi !, chantonne-t-elle. »

Un bruit sourd sort de sa gorge, tandis qu'elle arrache lentement la racine. Le sang goutte sur le menton de son hôte, dont quelques traces de sueur maculent son front. Des mèches blanches sont collées, et sa respiration est lourde, signe que la petite injection fait ses premiers effets depuis quelques minutes ; le timing est important.

« Je n'ai jamais été très douée en couture, murmure Eileen en prenant les doigts tremblants de l'homme, mais je me suis trouvée d'autres talents avec les aiguilles. Je te préviens, ça risque de piquer. »

Un sourire satisfait étire les coins de sa bouche en remarquant la manière dont il se tend. Son souffle bruyant fait gonfler ses joues rouges. Elle prend évidemment son temps, forçant la pointe sous un ongle, et la pousse lentement, très lentement, jusqu'à ce que ça bloque, avant de répéter l'action sur les autres, un par un. C'est en contemplant son œuvre qu'elle se recule légèrement, mains sur les hanches.

« Tes petits jeux ne donneront rien, sorcière, grogne-t-il en déglutissant difficilement.

- Tu ne le sais peut-être pas encore, mon cher, mais je peux me montrer très patiente.

- Ta patience est vaine.

- Ne sois pas aussi défaitiste… »

Avec toute la douceur du monde, la femme d'affaire lui ôte ses chaussures en cuir pour les poser à côté de sa chaise.

« Tu connais le jeu de la taupe ? Celle des fêtes foraines. »

Elle se redresse pour saisir le maillet en fer. Du sang séché le décore encore, et elle fronce les sourcils sous la contrariété ; son personnel n'a pas assez bien nettoyé ses ustensiles.

« Tu aimes à ce point faire souffrir les gens ?, souffle l'homme en se crispant.

- Les gens comme toi, oui. Tu n'imagines pas à quel point.

- Tu n'es pourtant pas si di- »

Il ne finit pas sa phrase, criant à la place de douleur quand elle fait malencontreusement glisser de sa main l'instrument, qui s'écrase alors lourdement sur son petit orteil.

« Désolée, il m'a échappé des mains. Quelle maladroite je fais… »

L'os s'est brisé sous le choc et elle soupire sous le spectacle, déçue de l'aspect. Elle s'attendait à quelque chose de plus déformé, plus noir ou violacé. Mais c'est tout juste bleuté… peut-être qu'elle devrait remettre un coup ? Ou s'occuper de ses congénères, avant. Oui, ça sonne bien. L'équité est importante.

« Maintenant, je ne peux pas laisser les autres comme ça. Tu auras une magnifique manucure, ne t'en fais pas, ajoute-t-elle en se mettant accroupie. J'ai toujours été la meilleure dans ce domaine. »

Son bras se lève, pendant qu'elle plonge son regard dans celui de son nouveau jouet. La terreur s'y lit, et ça lui plait terriblement. Le métal s'abat violemment sur l'orteil, éclatant à nouveau le petit juste à côté. Le mafieux hurle, et Eileen grimace sous l'agression de ses tympans. Elle recommence, prenant son temps entre chaque coup, pour qu'il puisse mieux en profiter. Une preuve de sa générosité sans borne.

La sonnerie de son téléphone remplace soudainement les bruits de la mer et les beuglements d'Invel. Eileen hausse un sourcil en s'en allant vers sa table de chevet, abandonnant le maillet désormais sanguinolent, tout près de ce qui est censé être des pieds. L'écran fait apparaître le prénom de sa fille et, perplexe, elle décroche tout en repartant vers l'invité de sa démarche chaloupée. Bien qu'intriguée, elle ne peut pas empêcher la joie de teinter sa voix, quand elle réalise qu'elle doit être enfin avec les Draer.

« Oh, ma chérie !, s'exclame-t-elle. Tu es bien arrivée ? »

Voir le regard d'Invel devenir subitement brillant d'intérêt ne lui plait pas. Ses lèvres se pincent et son instinct protecteur lui souffle de rapidement l'achever. Mais elle le refrène ; elle ne doit pas le tuer à cause d'une pulsion, non, non. Il est encore trop précieux. Cependant, elle peut au moins lui faire comprendre qu'il a intérêt à ne pas songer à quoique ce soit, vis-à-vis de son enfant, n'est-ce pas ?

Son index dessine distraitement la lame aiguisée qui repose à côté de la seringue, tout en fixant le visage boursouflé de l'homme. Est-ce qu'elle devrait se servir des aiguilles maintenant ? Ou peut-être commencer à couper des morceaux de sa chair pour les disposer délicatement sur l'assiette en porcelaine ? Ça fait longtemps qu'elle n'a pas eu l'occasion de manier une lame…

« Oui, l'entend-elle dire. Je voulais juste comprendre pourquoi tu n'es pas là. »

Invel s'apprête à proférer des mots, sans doute menaçants, mais elle le stoppe brutalement en levant le couteau. Une fois le téléphone coincé entre son épaule et son oreille, elle enfourne un chiffon dans sa bouche. Hors de question qu'il la dérange pendant un précieux appel avec sa fille. Sa main libre revient tenir le visage de l'homme qui écarquille les yeux. L'incision est nette, maîtrisée, et elle observe le tranchant de sa lame s'enfoncer dans la peau de sa joue, lentement, rejoignant sa mâchoire.

« Tu avais dit que- »

Le sang ruisselle et les gémissements maintenant rauques de son hôte remplissent la pièce ; bonté divine, qu'il est bruyant !

« Tu as l'air occupée.

- Mais non ma puce, répond-elle doucement. Ne t'en fais pas. »

Eileen observe le long rectangle de chair sanglant pendre mollement, pendant que des larmes de douleur coulent sur la peau encore intacte. Elle soupire et le coupe, la faisant tomber sur la cuisse du mafieux qui tressaute.

« Tu tortures encore quelqu'un, c'est ça ?

- Tu me connais beaucoup trop bien… »

Le manche tournoie entre ses doigts agiles, puis elle lui fait tourner la tête dans l'autre sens ; la symétrie a ce petit quelque chose d'incroyablement satisfaisant… ça n'a pas l'air d'être l'avis d'Invel, qui gigote trop à son goût. Ses ongles se plantent dans sa peau, pour le tenir en place, tout en commençant à finement la couper ; c'est important de s'appliquer. Elle voit ses dents serrer le tissu sous la douleur, pendant que la lame descend, avec de légers mouvements horizontaux. Au moins il ne se coupera pas la langue. Elle en a besoin.

« Les hommes pensent avec leur pénis. Il parlera plus vite si tu y touches. »

Rire aux éclats n'est pas prévu, pas alors qu'elle a un couteau dans la main, mais elle ne peut pas contrôler cette réaction franche face aux propos de sa fille. Parfois elle se dit qu'elle pourrait avoir sa place dans ce monde de fous, au vu de ses réflexions incongrues pour une personne normale. Sa fille l'étonnera toujours.

Elle chasse les morceaux sanguinolents des cuisses masculines, puis déchire le pantalon en toile pour les exposer. Des gouttes de sang s'écrasent sur la peau blanche, qui ne va pas tarder à décorer le sol de la chambre. Il tremble à cause de la souffrance, peut-être aussi de la peur, tandis qu'elle découpe soigneusement d'autres lamelles de son corps, sans même ciller. Elle se demande à quel point elle pourrait les faire fines. Une nouvelle expérience à tester.

« Tu es sûre que tu seras là à temps ?, demande Erza avec une pointe d'angoisse. J'ai ramené Si-

- Timon, c'est ça ?, la coupe-t-elle en relevant le menton.

- Simon maman, la corrige-t-elle rapidement. Simon. »

Elle retient un sourire amusé tout en essuyant soigneusement la lame devenue écarlate, sur une serviette en coton mise à disposition sur le chariot chirurgical.

« Oui, ta nouvelle lubie. »

Entendre sa fille retenir une flopée de protestations est aisé. La femme lève la main pour inspecter la propreté du couteau avec un œil expert, tout en songeant un peu à ce fameux petit-ami. Devrait-elle faire quelques recherches sur lui ?

« Si tu pouvais éviter de l'appeler comme ça quand tu seras là ce serait… vraiment génial. »

Invel secoue vivement la tête quand elle dessine du bout de la lame, sans appuyer, des motifs aléatoires sur sa cuisse intacte. Elle pourrait tenter des nouvelles formes aussi. Les rectangles commencent à être ennuyeux. Des ronds peut-être ?

« Tu sais bien que je ne ferais jamais ça. »

Puis elle la tapote, délicatement. Ou des petits cœurs. C'est mignon un cœur, après tout. La respiration bruyante de l'homme indique qu'il supporte difficilement le traitement qu'elle lui offre ; ce n'est pourtant que le début.

« Pas d'inquiétudes. Je serais là. »

Ou alors un ovale, cette fois-ci ? De la longueur de sa cuisse ? Ou bien un trapèze, pour la fantaisie. Ça lui parait plutôt intéressant. Elle n'a jamais tenté de couper autant, en une seule fois. C'est la parfaite occasion de changer de registre.

« Du coup… je te laisse ?

- On se rappelle après pour parler du repas de Noël ! Je t'aime.

- À plus tard maman, souffle Erza avant de raccrocher. »

Le portable rebondit sur le coussin du fauteuil. Eileen le repousse du pied, afin de ne pas être dérangée pour ses prochaines activités. Sauf que, étrangement, son invité a l'air d'avoir repris du poil de la bête dès l'instant où l'appel s'est terminé. Que croit-il ? Qu'il est actuellement en position de force ? Pourquoi pas, elle peut lui laisser l'ombre d'un espoir, ne serait-ce que pour une phrase qu'il va sans doute souhaiter menaçante. D'un geste sec, elle lui retire le tissu qu'il avait dans la bouche.

« Alors comme ça…, articule-t-il difficilement après avoir toussé, tu as une fille ? Qui l'aurait cru. »

Elle prend son verre, buvant une gorgée de son rhum ; il faut rester hydratée, c'est important.

« Quel genre d'homme a bien pu fricoter avec une femme comme toi ? »

Eileen retient un ricanement ; doit-elle lui dire comment il a fini, aussi ?

« Hum… il me semble que toi aussi, tu as une fille, souffle-t-elle. Quel âge a-t-elle, déjà ? Ah… treize ans, non ? »

Le regard horrifié du mafieux est amplement suffisant pour lui faire comprendre qu'il est terrifié par ce qu'elle vient de dire.

« Ma fille, tu-

- Rassures-toi, je ne lui ferai rien. Je suis maman, après tout. Il n'y a rien de pire que de voir son enfant se faire utiliser contre soi, surtout lorsqu'ils sont innocents. Pas vrai ?

- Je te pensais plus intelligente, déclare-t-il entre ses éclats de rire. Mais tu es plutôt conne, au final. Si tu ne me l'avais pas dit… je t'aurais donné toutes les informations que tu désirais. »

Elle fait tourner une nouvelle fois les glaçons dans son verre, avant de tendre le bras et de tourner son poignet ; l'alcool coule et se renverse sur la chair à vif. Un gâchis. Utiliser un si bon rhum comme ça… elle en aurait presque envie de bouder. Invel ne parvient pas à se retenir d'hurler. Finalement, elle aurait peut-être dû le laisser bâillonné. Ses oreilles commencent sérieusement à souffrir, à force de l'entendre.

« Ne sois pas aussi naïf, soupire-t-elle en repartant vers son bar. Tu en conviendrais que ce serait d'un ennui mortel si je faisais ainsi. Où serait le plaisir dans tout ça ? »

Ses paumes s'appuient sur le marbre, ses ongles le tambourinant, alors qu'elle écoute les pleurs de douleur de l'homme. L'odeur âcre du sang commence à baigner dans la pièce, malgré la porte fenêtre grande ouverte. D'ailleurs, voilà qu'elle remarque qu'il a taché son cardigan, à force de tousser vers elle ; un détail très déplaisant.

« Tu sais quoi ?, dit-elle soudainement en retournant à ses côtés. Je vais suivre les bons conseils de ma fille. Tu l'aurais bien aimée. Aussi intelligente que sa mère… »

Ses doigts s'enroulent autour du fusil à aiguiser, affûtant la seconde qui suit le couteau.

« … j'en suis vraiment fière.

- Une sorcière comme sa mère, répond-il en crachant par terre. »

Eileen le fusille du regard. Elle s'approche rapidement, ses yeux fixés sur lui annonçant un futur meurtre.

Brusquement, elle appuie sur les aiguilles enfoncées sous ses ongles. C'est avec une simplicité presque fascinante qu'ils s'arrachent tous d'un coup, tombant dans la carcasse de ses pieds. Elle se penche alors vers lui, saisissant ses cheveux à l'arrière de sa tête pour la lui faire pencher. Sa main libre prend une poignée de sel, dans le petit récipient, et s'écrase contre sa joue déchiquetée.

« Je t'interdis de parler de ma fille comme ça ! »

Son propre hurlement de colère couvre les gémissements bruyants d'Invel. Elle prend son temps, appuie ses doigts pour les frotter durement contre la plaie béante, afin que le sel s'y incruste parfaitement. Puis, lentement, elle lâche sa prise sur lui pour s'écarter, les traits de son visage s'adoucissant rapidement lorsqu'elle remarque son comportement impulsif.

« Je suis désolée, sourit-elle. J'ai perdu mon calme. Je pense avoir besoin d'une pause. Qu'est-ce que tu en dis ? »

Elle n'attend évidemment aucune réponse de sa part, puis saisit son paquet de cigarettes et son briquet. Un soupir de satisfaction franchit ses lèvres quand la brise marine pénètre une nouvelle fois dans la pièce, puis elle fait brûler le tabac avec la timide flamme. Après s'être installée dans son fauteuil en croisant les jambes, ses yeux se posent quelques petites minutes sur le feu dansant joyeusement entre les briques. Une vision apaisante. Le manche d'un couteau qui en dépasse, à côté du tisonnier, attire ensuite son attention.

Tiens, elle l'avait oublié, celui-là.

« Donc… d'après ma merveilleuse fille, si je m'occupe de ta queue, tu devrais parler. »

Invel ricane en suçotant sa lèvre inférieure suintante. Son état est pitoyable mais il semble vouloir garder la tête haute, pour le moment.

« Tu crois que je suis aussi faible que ça ? Parler grâce au sexe ? C'est pitoyable.

- Ce serait plus agréable pour toi, s'amuse-t-elle en prenant une longue bouffée. »

Il serre le reste de ses dents, au vu de la contraction de sa mâchoire.

« Ta dignité n'existe plus depuis que tu as rejoint Zeleph, de toute façon, poursuit-elle. »

Lentement, après avoir profité de sa cigarette, Eileen se lève et s'avance vers lui. Elle écrase le mégot entre ses sourcils, en le regardant droit dans les yeux.

« Tu es sûr de ne rien vouloir dire ?

- Je ne suis pas un fruit pourri comme toi.

- Très bien… »

Déchirant le reste de son pantalon, elle saisit son sexe pour le sortir de son boxer. Les mouvements de son poignet sont souples et il ne tarde pas ; son érection est dure et elle voit qu'il tire une certaine satisfaction à cette situation, avec ce sourire narquois. Ce sérum est vraiment pratique pour faire venir les choses rapidement. Elle lâche sa longueur, et Invel hausse un sourcil.

« Où est Zeleph ?, demande-t-elle.

- Tu es sourde ? M'humilier ne sera pas suffisant pour que je te le dise. »

Eileen soupire et se redresse. Rapidement, elle part saisir le manche du couteau qui repose dans les flammes, la lame désormais chauffée à blanc, et lui coupe le gland d'un geste vif une fois revenue. Le rictus arrogant qui a étiré ses traits déformés n'existe plus. À la place, il hurle puis pleure, en regardant son pénis coupé. La peau noircie et cautérisée lui assure, en plus d'une désagréable sensation, qu'il ne va pas mourir en se vidant de son sang. Et puis, ça a quelque chose de satisfaisant, de le voir geindre comme une bête ; peut-être parce qu'elle connait cette ordure depuis trop longtemps à son goût ?

« Tu sais ce que ça me rappelle ?, rit la femme. Cet épisode, dans Game of Era. Tu connais ? La dernière saison n'était pas top d'ailleurs, c'est dommage… »

Elle met un instant avant de reprendre son sérieux, puis elle se racle la gorge. Ce n'est pas le moment de s'égarer.

« Je vais donc te couper ce qui te sert de virilité, morceau par morceau, jusqu'à ce que tu me dises où est Zeleph. Mais… vu la longueur… tu ne risques pas de souffrir trop longtemps. Il reste les testicules, au moins.

- Va… au… diable, articule-t-il entre deux sanglots.

- Qu'est-ce que tu peux être têtu, soupire-t-elle avec agacement. Mais c'est ton problème si tu aimes souffrir à ce point. »

Tenant le bout de son sexe désormais circoncis à sa manière, elle prend le temps de trancher un nouveau bout. D'abord la lame coupe la chair supérieure, touchant les premières veines dorsales. Eileen marque une pause, levant ses yeux vers ceux humides de l'homme qui n'arrête pas de crier ; il est plus que certain qu'elle va avoir un horrible mal de crâne à cause de lui. Avec un grognement de mécontentement, elle reprend le tissu qui lui a servi de bâillon, plus tôt, pour le lui fourrer une nouvelle fois dans la bouche.

« Si tu tiens à parler, fais-moi un signe concret. En attendant… »

Sa prise se raffermit sur le manche, puis elle coupe rudement le morceau qui a commencé à pendre lamentablement. Elle déplore l'état de son cardigan, sachant que ce sera impossible de le récupérer après cette séance. Le sang la macule tout autant que le sol et lui rappelle qu'elle devrait veiller à ce qu'il n'en perde pas trop, sinon elle risque d'avoir perdu son temps pour rien. Rien que cette pensée la sort de ses gonds, davantage quand elle voit qu'il n'a toujours pas dit un mot, même alors que sa queue décore ses pieds en miettes.

Invel n'a pas arrêté de s'époumoner, de se tortiller, de pleurer comme un enfant qu'on prive de sucette. Mais aucune information n'a été divulguée. Peut-être qu'il n'a pas eu tord, en disant que sa patience serait vaine, parce que là, elle est énervée ; elle a tout de même un programme chargé aujourd'hui, et ce n'est pas lui qui va tout chambouler.

Elle rompt ses liens, le saisit par le col et le jette à terre. Son hôte gémit de douleur et cherche aussitôt à s'écarter d'elle. Eileen le regarde s'accrocher au chariot, afin de se mettre debout malgré la douleur qui doit remonter de ses pieds. Le voir remuer comme un asticot est amusant mais elle n'a aucune envie de lui courir après. Couper les tendons d'Achille est un moyen efficace pour qu'il reste définitivement par terre, lui qui a l'air d'aimer ramper.

« Je n'ai pas toute la journée pour toi, mon cher. »

Le couteau se plante rudement dans son épaule et il gémit. La femme s'étire longuement et tourne la tête vers le feu. Le tisonnier devrait être suffisant pour cautériser quelques unes de ses plaies. Bien qu'avant… elle désire s'en servir comme un autre moyen de persuasion. Elle sent le regard désespéré d'Invel braqué sur elle, lui qui a la joue plaquée sur le plancher. Son bâillon carmin, craché plus loin, est encore relié à sa bouche par un filet de salive.

« Ça aurait été plus simple si tu avais décidé de parler dès le début… »

Le métal chauffe depuis un moment. Le couteau a fait son temps et elle doit s'adapter rapidement. Faire traîner le bout de la pointe contre le sol risque de l'abîmer, en prime de la refroidir, donc elle tient sagement la barre, même alors qu'elle se met accroupie.

« Tu sais ce que je compte en faire ?, murmure-t-elle en baissant rudement son pantalon.

- Pi-pitié, je ne peux p-pas… !

- Où est Zeleph ? »

Les larmes d'Invel n'arrête pas de ruisseler sur son visage déformé. S'il est aussi désespéré, pourquoi ne parle-t-il pas ? Est-ce que cette situation lui plait tant que ça ? Ou alors Zeleph fait un excellent boulot de dressage avec ses sbires. Les deux théories se valent.

« Tu as dix secondes avant que je t'enfonce si profondément ce tisonnier qu'il ressortira par ta bouche. »

Si elle avait su qu'en touchant ses fesses, les informations auraient autant coulé à flot que ses larmes, elle aurait attaqué cette zone depuis un bon moment. Donc, assez agacée, elle demande à ses hommes d'entrer dans la pièce. Ils ne cherchent pas à contempler le carnage qui règne dans la pièce. À la place, ils sont stoïques et attendent patiemment ses directives.

« Nettoyez-moi tout ce bazar, voulez-vous ? J'ai grand besoin d'un bain. »

Son pied tapote Invel, inerte, qui semble avoir perdu connaissance.

« Soignez-le, qu'il tienne encore un peu le temps que les informations soient vérifiées. Et préparez-lui quelque chose de... spécial, ajoute-t-elle en posant ses mains sur ses hanches. Pour ma part, commandez comme à l'accoutumée. »

Ses hommes s'inclinent respectueusement et elle les observe un à un.

« Ce sera fait, Dame Belserion. »

Satisfaite, elle rabat les pans de son cardigan souillé de sang, puis tourne les talons vers les doubles portes menant à la salle d'eau.


Quand son hôte ouvre les yeux, Eileen vient de s'installer à table, sur le balcon. Son visage bandé laisse apparaître ses prunelles brillantes d'inquiétude et sa bouche pincée. Amusée, elle fait un léger signe du menton à l'un de ses hommes ; l'instant d'après, les couvercles métalliques recouvrant leurs assiettes sont retirés, dévoilant une viande rouge, tendre, accompagnée de légumes. L'idée de découvrir la saveur de ce morceau la fait saliver, chose qui est loin d'être le cas pour Invel qui a l'air prêt à tourner de l'œil.

« Comment te sens-tu ?, demande-t-elle avec un doux sourire. »

Il saisit le verre d'eau d'une main tremblante, pour boire de longues gorgées. La nervosité , les médicaments, la peur… plein de facteurs peuvent expliquer ces gestes abrupts.

« Est-ce que… est-ce que j'ai… parlé ?, croasse-t-il difficilement.

- Tu devrais manger avant que ça ne refroidisse, répond la femme en prenant sa fourchette. Ce serait du gâchis.

- Je ne vais pas manger cette nourriture. Et si tu l'avais empoisonnée ? »

Sa méfiance la fait rire. Elle rit même aux éclats avant de secouer la tête, dépitée par cette réflexion plutôt sotte.

« Cette mort serait bien trop douce, finit-elle par dire. La clémence n'est pas une chose que tu devrais connaitre. Et puis... Je ne gâcherai jamais de la nourriture de cette qualité pour y mettre du poison.»

La viande, tendre, se coupe si facilement qu'elle en esquisse un sourire satisfait. Elle fond sur sa langue, imprégnant sa bouche de succulentes saveurs. Apaiser les craintes de la bête blessée en face d'elle s'avère très facile ; c'est parfait, elle qui a patiemment attendu qu'il craque avant de goûter à son plat. Elle l'observe trancher à son tour le morceau dans son assiette, tandis qu'un de ses homme s'approche et se penche. Les mots qu'il murmure à son oreille lui indiquent que les informations qu'Invel a dévoilé, à la toute fin, sont véridiques.

Il est en train de mâcher, difficilement, une expression intriguée déformant son visage.

« Ça te plaît ?

- Qu'est-ce que… c'est ? Je n'ai jamais mangé quelque chose qui a un goût aussi... unique.

- Tu aimes ?, le questionne-t-elle lentement avant de goûter à son vin. Mon chef s'est surpassé pour ton plat.

- C'est assez… spécial. Mais pas mauvais non plus. »

Le liquide rouge tourne dans son verre. Le sbire de Zeleph continue de manger sa nourriture avec appétit, sous son regard attentif. Pratiquement à la fin de son assiette, il relève la tête vers elle, de plus en plus intrigué parce qu'il vient d'avaler.

« La texture est vraiment particulière. D'où vient cette viande ? »

Eileen essuie tranquillement sa bouche, en tapotant sa serviette dessus.

« C'est ta bite. »

Son visage se fige, dans un mélange de choc et de dégoût.

« Le recyclage est devenu très important, tu sais, ajoute-t-elle quand il devient blême. »

Le corps d'Invel se tord dans un spasme, et se plie pour recracher tout ce qu'il vient d'ingurgiter.

« Oh, bon sang… tu étais vraiment obligé de vomir ? Mon chef s'est donné du mal pour toi ! »

Elle lève les yeux au ciel alors qu'il continue de régurgiter son repas ; voilà qu'après avoir nettoyé la chambre, ses pauvres hommes vont aussi devoir passer par-là. Quel gâchis de temps. Il n'a vraiment aucune considération pour son travail.

« T-tu es cinglée !

- Je te remercie pour ta coopération, continue-t-elle en ignorant ses mots. Je vais enfin pouvoir régler ce dérangeant détail qu'est votre famille.

- Zeleph va me tuer… »

Être anéanti sied parfaitement à l'homme en face d'elle.

« Tu n'as pas à le craindre. Il ne te fera rien, assure-t-elle d'un ton bienveillant.

- Tu vas me protéger ? »

La pointe d'espoir qui imbibe ses mots lui aurait presque fait de la peine. Presque. Mais, comme c'est loin d'être le cas, une certaine malice voit le jour dans ses prunelles ; pour qui la prend-il ? Une âme charitable ?

« Non. Bien sûr que non, soupire-t-elle en relevant légèrement le chapeau en osier sur sa tête. Tu en sais trop pour que je te laisse vivre. »

Invel prend une bruyante inspiration et se lève de sa chaise, avant de lamentablement défaillir. Ses hommes se tendent mais elle les empêche de faire un geste, en levant la main. Elle n'a rien à craindre d'un estropié comme lui. Le voir rampé sur le sol est assez satisfaisant, lui qui a tenté de lui tenir tête durant des heures auparavant. Au final, il est comme tous les autres.

« Tu as quelque chose à transmettre à ta fille ? »

Une question purement rhétorique, étant donné qu'elle ne compte pas approcher cette pauvre gamine qui ne connait même pas la véritable vie de son père.

« Je t'en prie, Eileen, la supplie-t-il en se penchant en avant. Une fois que la famille sera démantelée… je n'aurais plus aucune raison de te nuire !

- Et alors ?

- Tu es une mère ! Fais-le pour elle, pour ma fille. Ne la transforme pas en orpheline, elle ne mérite pas ça. »

Le coin de ses lèvres frémit et elle incline la tête, sentant une douce colère bouillonner dans ses entrailles. Son index flatte l'argenterie.

« Oh, s'il te plaît, épargne-moi ce cinéma. Ça ne prend pas avec moi. Si tu te souciais réellement du sort des orphelins… pourquoi en avoir créé autant ? »

Elle saisit délicatement le couteau, tout en le fixant durement. Il est incapable de prononcer d'autres paroles, sachant pertinemment qu'il est coupable de crimes monstrueux. D'un signe de tête, elle ordonne à ses hommes de le remettre sur sa chaise.

« Mais si tu tiens tant que ça au bien-être de ta fille… je ferais construire un orphelinat à ton nom. On prendra soin d'elle, là-bas. »

Eileen se redresse alors, tout en lançant la lame droit dans l'œil d'Invel. Le choc lui fait renverser brutalement la tête en arrière, la chaise tombant à la renverse avec lui. Le repas a perdu de sa saveur à cause de cette inutile discussion. Agacée, elle se lève et inspecte le corps qui gît par terre.

« Nous nous occupons de tout, déclare un brun. Vous pouvez partir pour votre rendez-vous en toute tranquillité. »

Un dernier regard sur le visage bandé et ensanglanté, puis elle quitte le balcon sans se retourner.


Acnologia se tient droit devant les portes, mains devant lui. Il l'accueille avec un sourire éclatant, davantage avec son teint halé ; le soleil le réussit bien. Toujours aussi impeccable sur lui, ses cheveux qu'elle sait indisciplinés sont parfaitement coiffés en brosse, dévoilant ses traits angulaires. Son costume trois pièces lui sied mieux que le peignoir dans lequel elle l'a trouvé, lors d'une soirée où elle est venue le menacer.

« J'espère que tout est déjà prêt, dit-elle en le suivant. Je suis particulièrement pressée.

- Ne vous en faites pas pour ça. »

Ce gratte-ciel est un hôtel tout aussi luxueux que celui qu'elle possède. Néanmoins, il semble avoir une caractéristique supplémentaire qui ne lui déplaît pas ; un niveau, très bas, contenant une armurerie impressionnante. Les accès sont très réduits, ce qu'elle comprend. Il n'y a pas que de quoi tuer ici, il y a aussi des informations sensibles, comme des dossiers sur des gros clients.

« J'aurais bien sabré une bouteille pour vous mais le temps n'est pas avec nous, semblerait-il. »

Un cube en verre orne le milieu de la salle éclairé par des néons. À l'intérieur, une table sur laquelle sa commande l'attend sagement, avec une mallette dans laquelle sont rangées les munitions. Acnologia passe devant elle, déverrouillant la porte pour lui permettre d'inspecter son travail et de finaliser le paiement, une fois satisfaite.

« Assez imposante pour ce type d'arme, et un peu lourde, je vous l'accorde, commence-t-il en la voyant sous-peser. J'ai essayé de limité le recul mais pour ce genre de puissance, je ne peux pas encore faire de miracle. Je vous conseillerais de l'utiliser à deux mains. »

Elle acquiesce, et lui fait signe de continuer.

« Douze millimètres, mille huit-cents mètres par seconde. Les balles allongées et allégées permettent de maintenir cette vitesse sur une plus longue distance. Il n'existe actuellement aucune protection pour ça. À part un mur relativement épais, bien sûr.

- Je savais que vous étiez l'homme de la situation sourit-elle. C'est parfait. »

Elle sort son chéquier de son sac à main Pegazus pour procéder au paiement. Une petite dizaine de millions de joyaux n'est pas cher payé pour un tel bijou. Après l'avoir signé, elle le lui tend, un sourire satisfait étirant ses lèvres carmin. Acnologia le range rapidement dans une des poches intérieures de sa veste.

« J'ai entendu dire que vous aviez une fille... Et qu'en prime, elle étudiait à Crocus, glisse-t-il en fermant la mallette. Je n'aurais jamais pensé que vous meniez une vie de famille en parallèle. »

Eileen hausse lentement un sourcil, tentant de garder son masque d'indifférence ; est-ce l'occasion de tester cette arme ? Non, ce serait du gâchis. Elle se contentera du Colt, rangé dans l'étui accroché à sa cuisse. D'ailleurs, elle n'a pas perdu un instant. Le canon est déjà pointé droit vers la tête du marchand d'armes, qui a aussitôt levé les mains en l'air.

Comment diable peut-il savoir ça ?

« Si je comptais lui faire du mal, je n'aurais pas attendu que vous ayez une arme à proximité pour vous le dire, souffle-t-il prudemment. Ni de me retrouver coincé ici avec vous. »

Sceptique, elle la baisse légèrement.

« Je ne vais rien lui faire, poursuit-il. Mon fils ne me le pardonnerait pas.

- Votre fils ?, répète-t-elle sans comprendre »

Et puis, soudainement, ça lui revient.

Quoi, Gerald ? Ce Gerald là ? Le petit morveux qui restait accroché à la jambe de sa mère, effrayé par les abeilles ? C'est de ce Gerald aussi, dont sa fille lui a brièvement parlé, une fois ? Mais quelle ironie ! Le destin fait décidément bien les choses.

« Il a l'air assez amouraché alors…

- Depuis combien de temps vous le saviez ?, demande Eileen en rangeant son Colt.

- Deux mois, à peu près. C'est la preuve que vous pouvez me faire confiance.

- Et je suis censée croire que vous n'avez rien dit à personne ? »

Baissant les bras, Acnologia glisse ses mains dans ses poches, un sourire aux lèvres. Son haussement d'épaules est lascif.

« Qui d'autre est au courant ?, s'enquiert la rousse.

- Les Milkovich. Après tout, Gerald est proche d'Ultia. Il a fait ses propres recherches, avec elle, mais ça n'a pas porté ses fruits.

- Une chance qu'Ul soit généralement de mon côté, n'est-ce pas ?

- Votre fille est en sécurité avec nous. Si je dois la protéger, je le ferai. »

Son rire remplit la pièce tandis qu'elle remonte le curseur le long de la fermeture éclair. Elle lisse quelques plis du cuir, avant de transpercer l'homme d'en face avec son regard.

« Vous êtes devenu bien généreux soudainement…

- Ce n'est pas une question de générosité, explique-t-il sans se départir de son sourire. Je tiens simplement à ma vie. »

Une fois ses lunettes de soleil remises en place, elle tient fermement le bagage par ses poignets, le soulevant de la table de métal.

« Ravie de voir que vous êtes toujours aussi censé.

- Je n'en serais pas là si ce n'était pas le cas.

- L'avidité peut parfois aider.

- Pas dans mon cas. Et certainement pas quand je vends des services aussi… particuliers. »

Ses talons résonnent dans les couloirs sécurisés. Acnologia lui emboîte le pas, pas trop près mais pas trop loin non plus. C'est lui qui appuie sur le bouton de l'ascenseur, la laissant passer en première lorsque les portes s'ouvrent.

« Si je peux me permettre… »

La lumière des étages monte peu à peu, doucement. Il s'est légèrement tourné vers elle, afin de la regarder. Elle n'en fait pas autant, préférant observer droit devant elle.

« … pourquoi avoir besoin de cette arme ? »

Un sourire tiraille le coin de ses lèvres.

« Vous le saurez bien assez tôt. »

Sa réponse a l'air de l'embêter, juste un peu, parce qu'il mord l'intérieur de sa joue puis regarde brièvement ses chaussures. Il soupire, secoue la tête, et s'avance quand ils arrivent au hall de l'immense immeuble. Ses hommes, tout comme les siens, s'inclinent à leurs passages puis les suivent vers la sortie, sans un mot.

Acnologia fait signe à son chauffeur de prendre place, puis lui ouvre la porte de sa berline.

« Quelle galanterie, s'amuse-t-elle. Auriez-vous peur de représailles, pour être aussi délicat ?

- Je ne fais jamais mon travail à moitié. Ce serait un véritable honneur de faire à nouveau affaire avec vous.

- Au plaisir, monsieur Fernandez. »

La portière ne claque pas mais il veille à bien la fermer derrière elle.

« À l'aéroport, dit-elle en se laissant aller contre le siège. »

Elle a un délicieux repas de Noël à préparer, et une fille à gâter, maintenant que tout son plan est prêt.