Réponses aux reviews (Gody) :
LeDernierBG : Ravies que tu aimes le précédent chapitre. Il était vraiment fun à écrire (surtout la partie des galipettes, depuis le temps que je voulais la publier…). Simon est un bout de chou, il agira toujours comme ça. Grand ourson au coeur tendre. Eileen finira par revenir un jour, patience… c:
Sarah70801 : Ce n'est pas qu'elle se voile la face, c'est que ce n'est pas une évidence pour le moment. Elle considère réellement Gégé comme son meilleur ami, parce que ses sentiments ne sont pas encore amoureux. Elle a besoin de temps la pitchoune (et d'être prête mentalement).
jFANGIRLd : J'ai ri en lisant « olé olé » ! XD ça faisait longtemps que je n'avais pas lu cette expression. Et ui, Erza n'est pas encore prête. C'est toujours l'échauffement. Ça fait plaisir de voir quelqu'un souhaiter du bonheur à Simon !
Amador : Un grand merci pour ton commentaire ! Il nous a fait chaud au coeur ! C'est vraiment incroyable de savoir que tu as dévoré notre histoire. Simon en a bavé, ça, c'est sûr… Pour les cracks ships, c'est tout nouveau pour nous. C'était vraiment un bond dans l'inconnu (ça a fait tout drôle de faire du Gerald x Kana). Mais nous nous sommes dits que, si c'est bien amené, ça pouvait passer. En tout cas, encore merci !
Chrysalide d'Acier : Oui, Gégé et Erza ont pris un virage trèèèèèèèès serré là ! XD
SudisteTropBeau : C'est ton égo qui est éclatant, pas le soleil à ce niveau… :') Simon est un doux, jusqu'au bout ! Ooh, tu as bien saisi le sens de la proposition en tout cas. Tu ne devrais pas être troooop trop déçu dans ce cas haha.
Cutie Pie : Peut-être que Simon trouvera quelqu'un capable de l'aimer… ce serait bien pour lui, en tout cas (qui sait ?). Merci pour ta review !
LegolasLowCoast : Ça fait très plaisir de se dire que nous avons réussi à te redonner goût à Fairy Tail ! C'est même un sacré compliment. Nous espérons que la suite va tout autant te captiver !
Guest : Hope you'll like this chapter !
Disclaimer : Fairy Tail ne m'appartient pas.
Rating : T
JOUR 134 : renouveau
Ses paupières sont encore lourdes d'un profond sommeil. Erza inspire lentement, la bouche entrouverte et humide — elle refuse de penser à un possible filet de bave, sa dignité se devant de rester sauve, même au réveil —. Elle gémit, sort une main de sous la couette, frotte sa joue puis le reste de son visage. Ses cheveux sont emmêlés et forment presque un nid d'oiseaux. Elle le sent quand elle y passe les doigts, délicatement. Son corps est mécontent de ses mouvements, malgré qu'ils soient lents. Nul doute que la séance improvisée avec Gerald a ravivé certains muscles oubliés — pas besoin de parler des délicieuses sensations qui picotent sa peau sensible du matin, elle ne souhaite pas qu'il puisse en être conscient —. Donc, en prenant son temps, la demoiselle se redresse. La couverture glisse de son corps, et s'accroche à peine au tissu du t-shirt. Même si elle s'est endormie avec, le parfum persistant de son ami s'accroche et se mêle au sien, créant une fragrance toute particulière. Ça lui plait. Ça lui a toujours plu, par cet aspect réconfortant, qu'elle a également trouvé entre ses bras. Uniquement pour cette fois. Pas pour une autre. C'est vraiment le meilleur arrangement qu'elle a réussi à faire.
La rouquine tourne la tête, pour voir si Gerald est toujours dans le lit. Ce n'est évidemment pas le cas ; lève-tôt comme il est, il doit déjà être dans la cuisine. L'idée qu'il prépare un délicieux petit-déjeuner traverse son esprit. Ou bien, peut-être qu'il est parti courir. Elle frotte brièvement la place froide du matelas, faiblement éclairée par la lueur matinale. C'est encore l'hiver, mais une belle journée s'annonce. Pour la première fois depuis quelques mois, ce samedi lui parait prometteur — et c'est tant mieux, parce qu'elle en a besoin, pour garder son moral à flot —. Elle sourit avant de glisser hors du lit. En s'étirant longuement — tout en ronronnant quasiment de satisfaction —, Erza s'avance vers la porte de la chambre. Ses pas sont doux et silencieux dans le couloir qu'elle longe, toujours avec ce sourire aux lèvres qui gagne en éclat ; c'est le jackpot !
De dos à elle, le jeune homme s'affaire pour un merveilleux instant culinaire. L'odeur est déjà alléchante et, sa curiosité piquée, la voilà en train de contourner l'îlot central, afin de sauter sur le plan de travail, non loin des plaques et de lui. Sous son mouvement, son haut remonte et expose ses cuisses crémeuses au regard errant de Gerald, qui se contente d'arborer une jolie moue joyeuse. La radio, non loin, joue une musique calme — du classique, dont elle hésite sur le compositeur de cette mélodie —. Elle rassemble ses cheveux, qui sont toujours bien loin d'être coiffés, sur un côté de son cou. Les yeux brûlants ne la quittent pas et elle hausse un sourcil.
« Qu'est-ce qu'il y a ?, s'enquiert-elle en louchant sur le coulis de fruits rouges.
— On dirait que j'y suis allé un peu fort, marmonne-t-il en touillant adroitement son mélange.
— De quoi tu parles ? »
Il secoue la tête, comme par dépit, puis lâche sa spatule. Un sursaut l'ébranle quand sa grande main, toujours aussi chaude, tapote sa jambe, jusqu'à ce qu'une légère douleur la tiraille. Ses prunelles descendent donc sur son corps pour découvrir des petites constellations peignant son épiderme. Elle rit, amusée, puis relève le menton.
« Ce sont juste quelques hématomes, rien de bien dramatique.
— Si tu le dis…
— Ça me fera un souvenir, le taquine-t-elle.
— C'est dommage de se contenter de souvenir, non ?
— Hum ? »
Gerald lui décoche un sourire avant d'ouvrir le four, lorsque le minuteur sonne. Pas de doute possible ; c'est une divine brioche qu'il vient de sortir, dorée et gonflée, en plus d'avoir une alléchante senteur. Son ventre gargouille et elle s'en mord la lèvre. L'eau à la bouche, elle l'observe poser leur prochain petit-déjeuner à côté de lui, sur un plateau. Elle a déjà envie de la découper et de la dévorer — et de peut-être lui en laisser un bout… peut-être —. Erza lorgne sur chacune de ses actions, attentive et affamée. Ses doigts tambourinent le meuble pendant qu'elle le détaille ; il a déjà pris une douche, vu que ses cheveux, d'habitude si sauvages, ont été rejetés en arrière. Son tablier protège sa chemise blanche, dont les manches ont été retroussées jusqu'à ses coudes. Les veines décorent ses avant-bras, où les muscles jouent sous la peau tendue. Le bas qu'il porte n'est pas un jean mais un pantalon de costume.
« Tu vas quelque part ?
— Je suis déjà revenu, répond-il lentement. »
Jetant un bref coup d'œil à l'horloge, histoire d'être sûre qu'elle n'a pas déjà manqué la moitié de sa journée, elle entrelace ses doigts qu'elle pose sur ses cuisses. Ses pouces se livrent une timide bataille alors que plusieurs suppositions fleurissent dans son esprit. La plus probable reste celle d'une visite à sa petite-sœur et sa mère, et ne désirant pas qu'il s'effondre en parlant d'elles, la rouquine préfère se taire et trouver un autre sujet de discussion.
« Tu as quelque chose de prévu ce matin ?
— Hum… non, je ne crois pas… pourquoi ? »
Après avoir coupé deux belles tranches, il les dispose sur une assiette blanche et ronde. Le coulis les accompagne par de délicats filets, d'un rouge profond. Il n'a pas l'air très satisfait, mais il rajoute quelques morceaux de sucre coloré pour la décoration — qu'elle compte manger —. Le manche du couteau tournoie entre ses habiles doigts, avant qu'il ne se mette à trancher des fruits juteux.
« Tu voudrais sortir un peu ?
— Je peux te raccompagner, lui dit-il en finissant sa préparation.
— Et… tu pourrais m'aider ?
— À quoi ? »
Il lui tend son petit-déjeuner, et elle prend la porcelaine entre ses mains. Elle la pose sur ses cuisses pour attraper une fourchette. De son côté, Gerald se contente de rester appuyé contre le plan de travail pour déguster sa création. Il mâche en prenant son temps, soit tout son contraire. Ça l'amuse, mais il n'oublie pas de lui répéter de prendre son temps. Bien sûr, elle l'ignore et engloutit cette offrande, quémandant pour un autre morceau de cette moelleuse brioche. Avec le nappage qui va avec, bien entendu. Elle lèche son pouce, où une trace du coulis est restée, avant de répondre à sa question laissée en suspens.
« Il y a… encore pas mal d'affaires qui appartiennent à Simon et… tout trier va s'avérer compliqué. »
Pour ne pas dire qu'elle risque de s'effondrer comme hier, si elle se retrouve à faire ça seule. Bien sûr qu'elle aurait pu demander à Mirajane de lui filer un coup de main mais, là, maintenant, elle ressent le besoin qu'il soit près d'elle. C'est peut-être à cause de cette nuit — c'est possible mais elle ne désire pas soulever davantage cette interrogation, parce que ça ne va rien apporter de sérieux —. Elle le voit hocher la tête en finissant à son tour de manger.
« Je dois me changer et je suis prêt.
— Je crois qu'il me faudra plus que des vêtements propres.
— Tu sais bien que tu peux utiliser la douche quand tu en as envie. »
Sa manière de lui rappeler qu'elle est toujours la bienvenue. Son cœur se serre alors qu'elle descend du meuble. L'étudiant ne regarde pas ailleurs ; il l'observe toujours intensément, et elle a comme l'impression que c'est bien plus fort que d'habitude. Elle sourit un peu, comme pour apaiser quelque chose, une sorte de tension. La fatigue, même si elle a vraiment bien dormi, doit encore lui jouer des tours. Est-ce qu'elle devrait pousser et passer une nuit de plus ici, afin d'avoir un véritable lit sur lequel se reposer, et être comme au paradis ? Ce n'est pas l'envie qui lui manque, mais son ami a probablement des plans pour ce soir, et elle ne veut pas s'imposer d'avantage dans sa vie et ses programmes.
« Je fais vite, déclare-t-elle en filant vers la salle de bain.
— Ouais, ouais. »
Il ne la croit pas — et c'est normal —. Elle n'a jamais été rapide pour se préparer, surtout lorsqu'elle compte bien faire en sorte que des têtes se tournent à son passage. Un petit aspect de sa personnalité, qui vient sans hésiter de sa figure maternelle ; pourquoi être discrète et étouffer dans l'œuf le potentiel qu'elle possède ? Ce serait dommage. Et ça ne lui ressemblerait pas. Elle veut vivre passionnément, de toutes les manières possibles. Hier a été une expérience qui l'a marquée. Dire le contraire serait mentir. Ce n'est pas uniquement sa peau que Gerald a ravagée, c'est également son esprit. Mais ce sont uniquement des effets secondaires. Il y en a toujours après ça. Elle s'y attendait. Après tout, il y a bien longtemps qu'elle ne s'était pas sentie aussi connectée à quelqu'un de la sorte.
C'est bien ce que l'on peut attendre d'un meilleur ami, pas vrai ? Un lien fort et inébranlable, comme il le lui a prouvé.
Erza ôte ses vêtements et marche devant le miroir de la salle de bain. Le bout de ses doigts dessine les quelques traces sombres sur sa peau blanche. Elle exhale en se remémorant la pression exacte qu'il a exercé. Sa chair est picorée par un frisson. C'est bon — extatique — et elle s'arrache à son reflet pour entrer dans la douche. Le jet d'eau chasse ses pensées pleines d'envie. Elle reste humaine. Et gourmande. Mais il faut qu'elle se contrôle, parce qu'elle n'a aucune envie de gâcher sa relation avec Gerald. Il a déjà trop fait pour elle, et il mérite mieux que ça. Elle l'accapare déjà assez. C'est un garçon qui mérite d'être aimé, pas d'être pris comme un vulgaire rebond. Lui aussi, il devrait goûter au bonheur de partager la vie de quelqu'un. Quoique, peut-elle vraiment parler de bonheur en faisant ainsi référence à Simon ?
Question délicate. Car, après tout, lui aussi l'a choyée. Il a tout fait pour qu'elle passe des bonnes journées, mais aussi des bonnes nuits. C'est elle qui a tout brisé. Pour ne pas changer, d'ailleurs. Ce schéma se répète à nouveau, et c'est pour ça qu'elle doit être prudente. Et qu'elle doit réfléchir avant d'agir. Ne plus boire et coucher impulsivement avec le nageur est en haut de la liste. C'est dangereux. Alors même si elle aime ça, le danger, l'interdit, elle doit se faire violence et résister. Son imagination peut combler toutes ses frustrations maintenant, surtout au vu ce qu'il lui a fait. Ça devrait aller.
Il le faut.
Gerald est étrangement silencieux. Collé contre la porte du tram — celle qui ne s'ouvre pas —, il contemple l'extérieur. Ses mains sont fourrées dans les poches de son long manteau noir. Cet air absent sur son visage la rend perplexe et la fait se questionner ; est-ce qu'il est comme ça parce qu'il s'est recueilli ? Ou parce qu'elle a fait quelque chose de travers ? Ou alors il est épuisé ? Du stress pour des examens ? Elle brûle de savoir ce qui le tracasse ainsi mais elle se retrouve incapable de l'interroger. Erza n'ose pas le perturber, trop occupée à détailler ses yeux si expressifs. Elle y voit plusieurs émotions défiler, allant d'une légère joie à une profonde tristesse. Ce n'est sans doute pas un bon jour pour lui. Pourtant il est là, dans ce transport, prêt à l'aider avec les affaires de son ex petit-ami. Est-ce qu'elle abusé trop de sa gentillesse ? Il l'aurait recalée si c'était le cas, non ? C'est ce qu'il fait aux autres. Elle n'a rien de différent, et elle n'est certainement pas une exception. Cette sortie lui fait peut-être du bien… Les interrogations tournent et se mélangent dans sa tête, sans parvenir à la moindre petite conclusion. Pourtant, une petite voix au fond d'elle lui hurle que c'est de sa faute. Peut-être qu'il regrette et n'ose pas lui dire ? Ou que son comportement n'a pas été correct envers lui ? Ça ne l'étonnerait pas. C'est un peu sa spécialité de merder dans toutes ses relations à un moment ou un autre.
Ne sachant pas du tout quoi faire, ou dire, la rouquine profite de l'arrêt pour s'approcher de lui. Des personnes sortent et rentrent en même temps, la civilité souvent oubliée. Elle les regarde faire du coin de l'œil, presque blottie contre le flanc du jeune homme. Il n'a pas bronché, ni même tourné la tête vers elle. Est-ce qu'elle le dérange ? Encore trois stations, et ils ne seront plus très loin de son petit appartement. Mais, vu comme il est, le temps sera long jusque là-bas. Avec un petit soupir, elle sort son portable de sa poche avec des écouteurs. Ce geste, par contre, attire son attention ; il l'observe sans ciller, guettant son prochain mouvement. C'est si simple de reconnaître ce regard brillant. Erza lui tend l'un des bouts, avec un léger sourire qui s'avère être doux, presque affectueux — qui aurait pensé qu'elle serait là avec lui —. Il le prend, sans un mot, et le glisse dans son oreille un peu rouge par le froid. Avec un subtil coup de menton, qui lui désigne son téléphone, elle fait défiler la liste des musiques pour qu'il en choisisse une. Son index tapote l'écran, et son choix, si évident, lui fait presque rouler des yeux. Malgré tout, elle reste assez satisfaite de son initiative. Avoir téléchargé des musiques classiques pour lui semble avoir été une idée brillante. Elle en est convaincue lorsqu'elle voit ses longs doigts frétiller en réponse aux notes du piano, accompagnés par le coin de ses lèvres qui se soulève.
Sa joue s'appuie mollement contre son bras musclé tandis qu'il se détend tranquillement. Il ne la repousse pas et profite de la musique, toujours enfermé dans son mutisme. Son parfum l'enivre encore — comme d'habitude —. Sa chaleur, elle, semble l'envelopper. Ça, c'est normal. Gerald a levé son bras pour le passer derrière son dos, afin de la rapprocher de lui quand de nouvelles personnes entre dans la rame du tram. L'espace devient inexistant et elle est bien heureuse de l'avoir à côté de lui ; quitte à être pressée contre quelqu'un, autant que ce soit un ami. C'est à son tour de ne pas tressaillir quand sa tête est pressée contre son torse. Son oreille sans écouteur entend les battements lourds et réguliers de son cœur. Un câlin improvisé qui lui fait un bien fulgurant — la brisure à l'intérieur d'elle, encore béante par l'abandon, est douloureuse —. Le coin de ses yeux pique, c'est de cette manière qu'elle comprend très vite qu'elle-même est dans un état de fatigue plus important que prévu. C'est peut-être ridicule d'être autant touchée par sa rupture avec Simon, alors qu'elle n'a même pas été capable de faire les efforts nécessaires. Quand en a-t-elle réellement fait pour quelqu'un ? Elle ne fait que prendre. Prendre du temps, de l'amour, de l'affection. Mais peut-elle vraiment donner ? Elle a peur d'être blessée à nouveau, comme avec son père. Peur de donner pour être abandonnée par la suite. Mais, paradoxalement, c'est parce qu'elle impose une armure trop épaisse qu'elle perd autant. Erza le sait, mais c'est plus fort qu'elle. Et elle se hait pour ça…
Elle pense trop. Beaucoup trop. Elle n'a pas envie de ça. Ce qu'elle veut, c'est noyer tout ce flot de pensées contradictoires dans de l'alcool. Ou du sexe. Les deux ? Ça ne fait souvent pas très bon ménage mais, au moins, elle pourrait oublier ce qu'elle a fait avec des inconnus. Et puis, un coup d'un soir n'engage à rien. Pas besoin de réfléchir ou de se prendre la tête. Rien à donner, ni à perdre. Juste prendre son pied et se vider la tête. Ne plus penser. C'est à méditer — pas trop longtemps non plus, parce qu'elle a déjà pris sa décision, et qu'elle compte bien faire ça —. Mirajane ne va pas aimer. Gerald non plus. Luxus, encore moins. Il va sans doute trouver tous ses partenaires pour les passer à tabac. Mais c'est bien le cadet de ses soucis – elle pourra toujours s'acheter du pop-corn pour profiter du spectacle-. Elle en a besoin. Elle se sent à la fois vide et trop pleine. Plein de trucs auxquels elle n'a vraiment, vraiment, pas le désir d'y songer, ne serait-ce qu'une seconde. Ça lui fait peur, et avoir peur, c'est hors de question. L'angoisse qui la ronge, elle y a assez goûté. C'est suffisant.
Gerald se redresse un peu pour lui signaler qu'ils arrivent à leur arrêt. Elle se décolle de lui après une brève inspiration — une dose de courage —. L'air froid lui fait du bien. Ça la distrait assez, au point qu'elle se mette à sourire quand le soleil caresse son visage. La vitamine D, quel plaisir indescriptible ! Elle marche tranquillement et oublie la morsure de l'hiver sur le bout de son nez. Le jeune homme la suit, mais en décalé — il ne marche pas entièrement à côté d'elle —. Ses yeux émeraude sont fixés sur son dos. Elle peut les sentir. Se tournant la tête vers lui, elle hausse ses sourcils.
« Il y a un truc qui te dérange ?, lui demande-t-elle en s'arrêtant devant son portail.
— Hum, non. J'étais perdu dans mes pensées.
— Et tu pensais à quoi ?
— À tout et à rien, répond-il évasivement.
— Tu n'es vraiment pas bavard aujourd'hui.
— Étonnant, je sais. »
Elle pousse la grille en soupirant, et il la suit. Le métal claque et fait un sacré boucan, pire quand il ne le retient pas derrière lui. Elle sursaute, et peste intérieurement. Réveiller le voisinage, ce n'est pas son truc d'habitude. Bon, à moins de faire une grasse matinée, tout le monde devrait être debout à dix heures du matin. Quoique. Ça reste une résidence étudiante ici. Pas de doute que beaucoup ont fait la fête vendredi soir. Elle est d'ailleurs bien heureuse d'avoir échappé au concert de sa voisine — vu l'homme qui sort de son appartement, pas besoin d'hésiter sur les activités de la blonde —. Elle se contente d'un sourire poli à l'égard de l'inconnu, qui prend son temps pour balader son regard sur elle. Même si Gerald a insisté pour qu'elle enfile un jogging — qui lui appartient — et un pull — qui est aussi à lui —, elle sent parfaitement le sous-entendu qui plane dans les prunelles. Elle retient un rire ; il n'est pas question qu'elle ramasse les restes de Braiya.
« Tu as un problème ? »
La voix glaciale du nageur la fige un instant, elle qui est restée un peu trop longtemps avec elle-même, égarée dans son esprit brumeux. Sa présence la brûle presque, mais c'est agréable. Il s'est mis devant elle, prêt à attaquer l'ancien amant de sa voisine s'il continue de la dévisager de la sorte. C'est presque drôle — mais ce ne serait pas sérieux de rire maintenant, si ? —. Sa tendance à être protecteur est très présente ces jours-ci, et elle a fini par s'y habituer. Ça l'amuse parfois, ça l'aide aussi d'autres fois, ou bien ça la met en colère — parce que c'est une grande fille capable de gérer les imbéciles —. L'inconnu lève les mains, comme innocent, et bafouille quelques mots. Elle admet volontiers que Gerald peut avoir une forte personnalité, très dominante, mais elle est toujours aussi étonnée de voir des personnes s'y plier et filer sans demander leur reste. Pas qu'elle aurait souhaité une bataille sanglante en plein milieu de couloir, loin de là. Quoique… Ça lui aurait fait une distraction. Mais c'est tout simplement surprenant.
« Ouais, croasse quand même le brave garçon. Une nuit pas spécialement satisfaisante. Je ne sais pas si tu vois. »
Gerald étudie rapidement la porte qui vient de se fermer. Des souvenirs d'une fellation pour le moins… mordante, doivent probablement lui revenir en mémoire…
« Ah. Compréhensible. Bonne journée, ajoute-t-il rapidement.
— Toi aussi. »
Il secoue ses épaules et presse sa grande main dans le creux de son dos, lui arrachant un frisson — maudit corps trop sensible —. Elle s'avance tout en ignorant le dernier clin d'œil de l'inconnu. À la place, elle glisse ses mains dans les poches du pantalon pour les fouiller, et trouver son porte-clés. Elles effleurent sa paume. Son ami devient raide quand il entend, lui aussi, les baskets crisser sur le sol.
« Vous êtes ensemble ? »
La question lui est directement adressée ; ses yeux d'ambre se plantent dans les orbes plus sombres. Sans comprendre la raison de ce soudain interrogatoire ; elle décide quand même d'y répondre sincèrement.
« Non, pourquoi ?
— Comme ça, lui sourit-il. »
À côté d'elle, le visage de Gerald est encore plus fermé qu'avant. Il lui prend le trousseau des mains, sans dire quoi que ce soit, alors qu'elle regarde sans comprendre le dos de l'homme qui s'éloigne. La serrure résiste un peu et les gonds grincent quand il ouvre la porte de son appartement. Il n'attend pas qu'elle réagisse. Grincheux comme il est, sans qu'elle ne sache vraiment pourquoi.
« Tu aurais dû dire oui, marmonne-t-il.
— Je ne vois pas pourquoi je devrais mentir.
— Peut-être parce qu'il ne va pas te lâcher maintenant. »
Elle secoue la tête en retirant ses chaussures. Pendant ce temps, il ôte son manteau et le jette sur le canapé.
« Mais non. Tu t'imagines des trucs.
— Oui, bien sûr, comme toujours. »
Son bruyant soupir est le premier indicateur de son agacement ; un Gerald boudeur, ça va, c'est gérable. Mais un Gerald sarcastique, froid et boudeur, ça, ce n'est vraiment pas son truc. Elle laisse ce plaisir à Ultia. Au moins, elle, elle arrive à le gérer dans ces situations – à grands coups de talon au cul -. Elle, tout ce qu'elle pense à faire, c'est l'attraper par le col et-
« Tu vas où ?, grogne-t-elle.
— Dans ta chambre pour trier. C'est pour ça que je suis là, non ?
— Ça ne se fait pas de rentrer dans la chambre d'une femme comme ça !
— Pourquoi ? Tu as peur que je découvre des trucs compromettants ?
— Qu- non !
— Pas besoin de rougir comme ça.
— Je ne rougis pas ! »
Un peu, ok, oui, mais c'est entièrement de sa faute, parce qu'il a acheté ce foutu godemichet, et qu'elle n'a pas eu le temps de le ranger ailleurs que sur son lit. C'est bien le premier objet qu'il voit en débarquant dans la pièce, tout fier. Quel imbécile indélicat — un vrai gamin capricieux, aussi —. Voilà pourquoi elle se demande sans arrêt comment diable a-t-elle pu l'accepter dans sa vie. Un miracle qui l'a aveuglée, au point qu'elle baisse sa garde. Voilà.
« Oh ! Il te l'a laissé ! »
Elle pousse un nouveau grognement, comme pour l'avertir. Il s'en fiche pas mal et s'avance vers son lit.
« Tu l'as essayé ?, s'enquiert-il en le prenant dans une main.
— Non, réplique-t-elle vivement tout en lui prenant le cadeau maudit.
— Non ? C'est dommage. Tu devrais le tester, il a vraiment de bons commentaires !
— Quand est-ce que tu vas te mêler de ce qui te regarde ?
— Tu sais que ce n'est pas près d'arriver. »
Malheureusement, oui. Même si elle prétend le contraire, elle s'y est faite. Il ne changera pas. Et voilà que Gerald claque dans ses mains, un superbe sourire aux lèvres ; sa mauvaise humeur est déjà partie ? Étonnant. Ou alors, il essaie de lui montrer qu'il est très motivé pour l'aider à tourner la page ? C'est pour ça qu'il ouvre les portes de son armoire, sans même attendre son autorisation. Piquer un fard n'aide en rien à préserver une facette neutre et intouchable. Bon sang, il y a ses sous-vêtements sous ses yeux ! Certes, il a admiré certaines de ses petites culottes quand il les étendait chez lui… mais ce n'étaient que celles du quotidien. Pas les ensembles dentelles et rubans extrêmement sexy qu'elle garde pour de bonnes occasions, et dont il n'est accessoirement pas supposé être au courant de l'existence…
« Tiens... »
Pour sa plus grande stupéfaction, ce n'est pas un string rouge à dentelle qu'il soulève mais un haut usé. Il le tient du bout des doigts, avec un froncement de sourcils, et le lui tend à bout de bras. Elle le lui prend sans comprendre et le secoue, pour enlever quelques plis — il faudrait vraiment qu'elle range correctement ses habits —. Erza compte le plier mais il l'en empêche en prenant son poignet. Sa prise n'est pas ferme, assez douce. Il ne veut pas lui faire mal.
« Pourquoi tu as ça ?
— Tu me demandes pourquoi j'ai un… t-shirt ?
— Non.
— Tu es sûr que ce n'est pas ta question ? »
Il la relâche et tire sur le tissu. Très fort. Elle l'entend s'étirer, très distinctement.
« Hé !, proteste-t-elle. Je l'aime bien !
— Ça ne me dit pas comment t'as eu le t-shirt d'Éric.
— Éric ?, répète-t-elle. C'est qui ?
— Le propriétaire de ce truc. »
Elle bat des cils, perplexe, et louche sur le vêtement prêt à craquer si Gerald devient énervé. Elle préfère donc calmer le jeu en feignant l'innocence, même si elle commence à se rappeler comment est-ce qu'elle se l'est procuré — et ça ne va pas lui plaire —. Elle arbore une petite moue qu'elle espère mignonne et attendrissante. Ça a l'air de marcher pendant une minute, pas plus, parce que, soudainement, il pousse une exclamation bruyante.
« Bordel, c'était toi ?
— De quoi ? Tu ne peux pas être plus précis ?
— La sauvage rousse dont il a parlé !
— Éric est ton a-
— Une connaissance, la coupe-t-il fermement. Je n'en reviens pas. Tu as couché avec Éric ?! »
Et bien, hum… Oui ? Possiblement ?
Ses lèvres s'entrouvrent alors qu'elle y réfléchit. C'est très flou. L'alcool, comme toujours, a bien trop pris de place dans sa première soirée universitaire. Elle n'est même pas sûre qu'il se soit passé quelque chose et, si c'est le cas, ça ne l'a pas du tout marquée. À tous les coups, vu le niveau, ils se sont endormis avant d'avoir pu passer à l'étape supérieure. Quoique… vu l'état de son corset, et la description de « sauvage » qu'a donnée ce fameux Éric, elle doute sérieusement que ce soit le cas. Une réponse évasive s'impose donc.
« Je ne sais pas. Peut-être ? Qu'est-ce que ça peut faire de toute façon ?, marmonne-t-elle. Ça remonte au début de l'année, c'est une vieille histoire. »
Ah, revoilà cette expression de chiot battu. Il soupire et s'écarte, puis tourne la tête vers l'armoire. Son cou épais lui dévoile une veine saillante qu'elle connait bien. Ça saute aux yeux que le nageur est contrarié, mais il ne continue pas pour autant le sujet qu'ils ont commencé. À la place, il part prendre le sac qu'il a amené ici pour les habits de son ex petit-ami. Il le pose négligemment sur sa couette avant de se gratter la tête.
« Mets ce qu'il reste à Simon là-dedans et j'irai le lui déposer.
— Tu… tu ferais ça ?
— Oui. Si tu veux, je peux attendre dans le salon. J'ai le temps. »
Erza lui sourit un peu, plus que reconnaissante pour lui avoir proposé cette possibilité. Le jeune homme passe à côté d'elle et embrasse légèrement sa tempe. Lorsqu'il quitte la pièce, elle ferme un peu les yeux. C'est étrange d'être déjà de retour dans son appartement. Tout s'est très vite enchaîné. Trop vite. Elle est un peu déboussolée mais c'est normal, quand un gros changement s'opère. C'est juste compliqué et elle a peur de s'effondrer en marchant sur cette nouvelle route. Comme pour se donner du courage, elle prend son portable et choisit une musique au hasard. Son à fond, elle se focalise sur les paroles pendant qu'elle retire les derniers vêtements appartenant à Simon de l'armoire. C'est impossible de stopper le saignement aussi facilement. Alors elle accueille la douleur et ne la repousse pas. Elle fait partie du processus — elle en a toujours fait partie —. À croire qu'elle est devenue indissociable à sa vie.
Quand elle glisse enfin le curseur le long de la fermeture éclair, c'est comme être emportée par une énorme vague de soulagement, mélangée à un chagrin croissant. Ses mains s'attardent sur le sac. C'est drôle qu'elle accorde autant d'importance pour ça. Un recoin de son esprit se dit que Simon pourrait revenir si elle gardait ses habits. C'est égoïste de penser ainsi ; s'il est parti, c'est bien parce qu'il a trop souffert, à cause d'elle. La culpabilité est écrasante.
Comme il le lui a dit, Gerald est sagement resté dans le salon. Il est assis sur le canapé, à moitié avachi, et regarde quelque chose sur son téléphone. Elle n'a pas besoin de lui signaler sa présence qu'il a déjà tourné la tête vers elle. Doucement, il se lève tout en rangeant le portable dans la poche arrière de son jean. La rouquine n'a pas la force de feindre une joie quelconque — le parfait samedi qu'elle a envisagé s'est envolé au loin —. Il le remarque, mais ne prononce pas une seule parole réconfortante. Il n'en a pas besoin, sans doute parce qu'il sait que la peine à toute sa place et qu'elle se doit d'exister, avant d'enfin disparaître. Ses doigts entourent peu à peu la sangle du sac, lui intimant silencieusement de lâcher prise. Elle exhale et obtempère, frissonnante, faible, sur le point de craquer. Ses yeux doivent être rouges. Ils piquent tellement mais elle n'a pas envie de s'effondrer devant lui. Il n'a pas à la subir. Et pourtant…
« Viens là, murmure-t-il. »
Une main se cale derrière sa tête qu'il pousse contre son torse. Son reniflement est étouffé contre son pull. Lentement, délicatement, sa deuxième main vient frotter son dos. Ses paupières sont lourdes, alors elle les ferme, n'empêchant pas pour autant ses larmes de dévaler sur son visage. Erza enlace Gerald, fortement, comme pour ne pas s'écrouler. Il la berce et elle pleure, pour remplir ce trou béant qui ne l'a jamais quitté depuis son enfance. Elle avait vraiment pensé que Simon aurait pu le combler. Mais elle s'était lourdement plantée. Ou peut-être aurait-il pu, si elle n'avait pas tout fait foirer ? L'étreinte se resserre, et il se penche. Sa joue s'appuie contre le côté de sa tête, alors qu'il caresse sa nuque.
« Shhh… tout va bien se passer Erza, chuchote-t-il, tout ira mieux. »
Le bar est bruyant. C'est samedi. Samedi soir même. Ça aurait été bien étonnant que cet endroit soit vide. D'ailleurs, pourquoi toujours aller dans l'établissement de cette femme ? Il y en a beaucoup en ville, et proches de l'université, mais non, il faut qu'elle finisse par venir ici. À croire qu'une malédiction s'est abattue sur elle, et qu'elle doit subir la présence du plan cul, régulier parait-il, de Gerald. Elle frotte le pont de son nez et pousse un faible soupir. Ça a peut-être quelques avantages, comme avoir des petits prix sympas de temps en temps — mais uniquement parce qu'elle est amie avec lui, sinon, elle aurait pu rêver —. La bière que Mirajane a posé en face d'elle a l'air de la narguer et le regard sombre qu'elle lui jette intrigue la demoiselle.
« Ce n'est pas ce que tu voulais ?
— Si.
— Alors pourquoi tu fais cette tête d'enterrement ? »
La rouquine se redresse, retirant son menton posé sur la table, et s'appuie contre le dossier de la banquette rouge. Ses doigts attrapent la chope pour la faire tourner sur elle-même. Il y a plusieurs réponses à cette question, et c'est difficile d'en sélectionner une. Résignée, elle laisse échapper d'une voix lasse, la seule qui semble avoir du sens :
« Je ne sais pas. »
Elle a attendu de boire toute la journée, et là, maintenant que l'occasion se présente, elle est blasée. Pas besoin d'aller à la fête foraine vu son humeur ; elle part dans tous les sens, monte et descend et fait même des pirouettes parfois. En bref, aussi stable que son compte en banque. Peut-être que dépenser impulsivement son argent dans une nouvelle paire de chaussures l'aiderait un peu… Une idée à tester. L'acrobate dans son ventre qui fait du trapèze avec son estomac noué lui donne envie de vomir. Ça explique son teint livide, qui n'alerte pourtant pas trop l'étudiante, assise devant elle. Elle picore les frites chaudes — celles qu'elle commande à chaque fois — avec une adorable moue satisfaite et conquise.
« Tu devrais boire ta bière fraîche, au lieu de la réchauffer avec ta morosité, lui glisse-t-elle en secouant un rectangle de pomme de terre. Après ce ne sera pas très bon.
— Certes…
— Allez Erza, souris un peu. Tu n'as jamais été aussi minée après une rupture. »
L'amertume s'écrase sur sa langue quand elle boit une longue, très longue gorgée de sa boisson. Ça la réchauffe faiblement. Pas assez. Et ça la frustre. Elle ne veut pas être froide comme ça. Elle veut rayonner comme avant. Alors, au final, elle vide entièrement le verre, persuadée que la situation va changer grâce à la bière — qui sait ? Même si elle doute que quatre degrés d'alcool vont vraiment avoir un impact sur son cerveau —. Elle pousse un bruyant soupir et essuie le coin de sa bouche.
« C'est vraiment surcoté la bière… »
Mirajane glousse et appuie sa joue contre sa paume. Elle se penche un peu, et son délicat parfum floral chatouille ses narines — ça change de celui du nageur, bien plus brut et sensuel, elle doit bien se l'avouer—. Ses yeux d'un bleu profond pétillent, comme d'habitude, et c'en est presque hypnotique. Ce n'est pas bien compliqué de comprendre pourquoi Luxus a craqué pour elle. Elle aurait aussi été séduite, si elle n'était pas hétéro.
« Tu as toujours préféré les cocktails, je ne comprends pas pourquoi tu t'acharnes avec la bière.
— Pour préparer mon estomac ?
— Je ne suis pas certaine que ce soit très nécessaire avec toi… »
Elle esquisse un petit sourire et pioche — enfin — dans l'assiette remplie de frites. La chaleur picote ses doigts. Ses mains ont toujours été étonnement sensibles aux températures, contrairement au reste de son corps.
« Ça fait longtemps qu'on n'a pas fait les boutiques !
— Maintenant que tu le dis… »
Comme ça tombe bien… Mira l'aurait probablement réprimandée sur sa manie d'éventrer sa carte bancaire si la proposition était venue d'elle.
« Je suis sûre que tu n'es même pas encore allée dans la nouvelle qui a ouvert, au centre commercial.
— Il y en a une nouvelle ?
— De lingerie, oui, lui confirme-t-elle. J'ai vu quelques ensembles vraiment sympathiques… »
La demoiselle arbore un regard rêveur, et Erza ne veut pas imaginer ce qu'elle pense faire avec ces morceaux de dentelle. Nul doute que Petit Tonnerre occupe son esprit.
« C'est pour toi ou pour moi ?
— Les deux… ? »
Il y a eu une demi-seconde d'hésitation, qu'elle a bien sûr remarquée, preuve de son petit mensonge. Sa mère a vraiment trop d'influence sur elle, parfois.
« Bien tenté Mira. »
Elle feint la déception en buvant tranquillement. Son verre étant vide, elle songe à sa prochaine boisson en tournant son regard vers le bar, où plusieurs hommes sont accoudés. Kana a du succès, mais elle n'a pas du tout l'air intéressée, même si elle rentre dans le jeu de séduction que certains tentent de construire. En même temps, pourquoi perdre son temps avec eux quand elle peut avoir Gerlad sous la main quand elle veut ? Elle mord sa lèvre ; est-ce qu'elle doit vraiment commander là-bas pour avoir un cocktail ? Il faut parfois faire des sacrifices. Non pas qu'elle n'aime pas la demoiselle, elle n'a rien contre elle. Elle est tout simplement très méfiante. C'est dans sa nature — sa mère lui a toujours dit de prendre ses distances pour mieux analyser quelqu'un —.
« Je crois que tu as tapé dans l'œil de quelqu'un, souffle soudainement Mirajane.
— Hum ? »
Le commentaire soudain de son amie la sort de sa réflexion interne, la faisant paresseusement lever les yeux vers elle.
« Le gars, là-bas, près de la porte. Un grand brun ténébreux. Assez exotique, ajoute-t-elle.
— Tu dis ça parce qu'il a le teint mat ?, demande-t-elle en jetant un discret regard vers le concerné.
— C'est sexy.
— Tu ne veux pas t'y coller ?
— Je prends ma retraite pour le moment.
— Oh ? Pour Luxus ? Vraiment ? »
Son amie se contente de lui offrir un sourire aux abords satisfaits. Elle voit son index jouer avec une boucle argentée. Généralement, c'est ce qu'elle fait lorsqu'elle est sur un petit nuage, ou pensive. Ou les deux en même temps. Probablement la dernière option.
« Alors vous… êtes dans une sorte de relation ?
— Je suppose ? On n'en a pas parlé. »
Se frottant légèrement la tempe, Erza mâchouille l'intérieur de sa joue ; c'est extrêmement étrange d'imaginer Luxus en couple avec quelqu'un. Et Mirajane ? Tout autant. Jusque-là, elle a préféré profiter un maximum de la gente masculine qui compose le campus. Se dire que c'est ce grand ours mal léché qui a réussi à la retirer du marché, c'est vraiment impressionnant. Oui, elle félicite Luxus. Non, elle ne le lui dira jamais. Son égo prend plus de place que lui-même quand elle l'insulte, alors si elle le complimente… Non, mieux vaut ne pas y penser.
« Mais ce n'était pas le sujet. Le sujet, c'était que ce monsieur semble suffisamment intéressant pour la nuit.
— Je crois qu'il est en dernière année de bio.
— Parfait ! Ça vous fera un point en commun.
— Je ne suis pas encore prête pour draguer un inconnu comme ça.
— Et bien je vais te chercher des cocktails ! »
Elle n'attend pas du tout une réponse de sa part. L'étudiante se lève précipitamment et lui épargne la peine de se rendre au comptoir pour commander. Elle s'étire de tout son long. Son mouvement la fait se sentir. Ce n'est pas son odeur, parce que ce ne sont toujours pas ses vêtements qu'elle porte. Oui, elle s'est rendue ici avec les habits que Gerald lui a prêtés — mais maintenant, ce seront les siens —. Le confort lui fait fermer les yeux mais ça ne dure pas longtemps :
« La place est libre ? »
Une voix grave la force à rouvrir les paupières. À la place de Mirajane se tient désormais celui qui, parait-il, la regardait avec une certaine insistance. Sa barbe est soigneusement coupée. Il lui offre un rictus lorsqu'elle continue de le détailler même si, à vrai dire, elle cherche à comprendre pourquoi il a une bande tatouée sous son œil et son front. Pourquoi avoir fait ça ? Ça n'a même pas de sens, esthétiquement parlant. Un rectangle noir, vraiment ? Quelle est la signification profonde à tout ça ? La linéarité de sa vie amoureuse ou sexuelle peut-être… Et bien ça restera linéaire pour ce soir.
« Non, lui répond-elle en croisant les bras.
— Je m'appelle Azuma.
— D'accord. »
Azuma n'est pas déplaisant. Il semble bien en forme. Mais il a l'air d'être comme l'amant de Braiya, celui qu'elle a croisé dans le couloir plus tôt dans la journée. Autrement dit ; insistant et sans intérêt, tout comme le numéro trouvé dans sa boîte aux lettres avant de partir, qu'elle a gentiment glissé dans celle de sa voisine apparemment sexuellement insatisfaisante. Nul doute qu'il s'agissait de celui de fameux garçon, elle veut bien admettre qu'elle peut être aveugle – de temps en temps – mais pas stupide non plus.
« Tu n'es pas très bavarde, constate-t-il en dérivant son regard sur les frites.
— Je ne suis pas d'humeur à la conversation, explique-t-elle froidement en tirant l'assiette vers elle. Dommage.
— Ça ne fait rien. Je peux la faire à ta place. »
Il penche un peu la tête, sans se départir de ce satané sourire suffisant. Est-ce qu'il pense faire de l'effet en étant plus lourd que l'égo de Luxus ? Est-ce que ça marche ? Ça doit forcément marcher, oui, sinon il ne ferait pas ça. Elle se demande pourquoi avoir accepté le bar, maintenant. Elles auraient pu boire dans son appartement et s'écrouler dans son lit par la suite. Une soirée plaisante.
« Non, soupire la rouquine. Je n'ai pas envie de t'entendre non plus. »
Le brun frotte son cou puis sa mâchoire. Puis il se penche sur la table, pour être plus près d'elle. Une odeur de tabac froid émane de lui, mélangée à celui de la vodka. Tout ce qu'elle déteste, réuni en une seule personne. Merveilleux !
« J'adore ton coté inaccessible. C'est assez… magnétique.
— Tais-toi, marmonne-t-elle en le fusillant du regard.
— Tu sais quoi ? J'aime aussi les femmes têtues dans ton genre. Elles ont ce pe-
— La ferme bon sang ! »
Pourquoi est-ce qu'il ricane ? Il est déjà bourré pour être autant effronté ? Il y a moyen, oui. Est-ce qu'elle devrait le calmer ? Possiblement. Il y a plusieurs manières de faire. Par exemple, en utilisant cette splendide chope, juste devant elle. C'est pour ça qu'elle vient saisir la poignée, sans même qu'il ne le remarque.
« Mais quelle lionne, ronronne-t-il. J'adore ! Une vraie sauvage. C'est assez sexy-
— Qu'est-ce que tu ne comprends pas ? Je t'ai dit de la fermer.
— Impossible de me taire alors que tu es vraiment excitante, là. Surtout quand tu fronces les sourcils co-
— Je vais te tuer.
— Ouh… tu me ferais presque bander. »
Avec une inspiration, Erza s'apprête à lever le verre pour le fracasser sur la tête de cet homme suicidaire. Malheureusement — ou heureusement pour lui —, c'est à ce moment précis que son amie – ou son ange gardien ? - pointe le bout de son nez, avec les cocktails. Ses doigts aux ongles parfaitement manucurés ont attrapé son avant-bras, l'empêchant de faire un geste. Un grognement remonte de sa gorge. Cette scène fait bien rire Azuma — qu'il en profite pendant qu'il le peut encore, ce beauf —.
« Mais ! Lâche-moi Mira ! Je vais lui faire bouffer ses dents !
— Ta-ta-ta. Non ma chérie. Ce n'est pas très élégant pour une femme aussi belle que toi.
— Et bien je lui referais élégamment le portrait s'il le faut ! Lâche-moi maintenant. »
L'homme en face tapote la table, comme pour signaler qu'il est toujours là.
« Franchement… tu devrais écouter la jolie poupée. Ton comporte-
— Attends, l'interrompt Mirajane. Tu viens de me traîner de "poupée" là ?
— Oui… ? »
Il bat des cils, perplexe, et la rouquine se retient de rire. Le mode berserk vient d'être activé.
« Je vais te massacrer. »
Le reste de la soirée est un véritable foutoir, mais pour son plus grand contentement, elle est parvenue à éclater sa pinte sur la tête du dragueur compulsif. Des dents ont volé quand un inconnu s'est pris le bord d'une table, de la part de la démone aux cheveux argentés. Quelle idée d'essayer de la toucher dans ce genre de moment... ? Quand une chaise a volé pour traverser la vitre, Erza a vite compris que la nuit ne sera absolument pas de tout repos. Elle sera toujours plus agréable que celle d'Alperona, qui s'est cachée derrière le comptoir avec une bouteille, attendant la fin du massacre de son établissement.
« Je crois qu'on devrait partir avant que la police rapplique, glousse Mirajane en la prenant par la main gauche. Désolée pour le grabuge Kana, je passe demain pour t'aider à mettre de l'ordre ! »
Comme réponse, elle remue la main. L'air chaud est remplacé par une brise glaciale, arrachant un frisson au duo maléfique qui court en rigolant. Ses soucis ont brusquement disparu, noyés par l'euphorie. Le sourire qui étire ses lèvres lui fait mal aux joues, et le rire qui se mêle à celui de Mirajane lui donne presqu'un point de côté. Elle est bien, là, à déambuler dans les rues. Pourtant, la joie qui est montée redescend brutalement, sans prévenir. Ses pas sont moins rapides à mesure qu'elles s'approchent de son appartement.
« Erza ? »
La lueur jaunâtre des lampadaires éclaire faiblement l'allée mais elle peut voir assez nettement la demoiselle. Elle s'est arrêtée, tournée vers elle, une expression inquiète brûlant ses prunelles. L'air qu'elle expire apparaît en vapeur. L'étudiante se rapproche d'elle et frotte délicatement son bras.
« Viens. On rentre.
— Tu dors chez moi ce soir, hein ? »
Elle hoche la tête, puis l'attrape par le coude pour reprendre la route. Sa démarche devient fébrile. Le sentiment vicieux de l'abandon l'enlace, et c'est étouffant. Le poids sur son cœur est revenu.
« Je ne vais pas partir, lui assure Mirajane. Je ne vais jamais partir. »
Comme rassurée, elle appuie sa joue sur l'épaule de sa partenaire de crime, qui fait soudainement la grimace. Et, maintenant qu'elle fait ça, un élan de douleur assaille sa main droite, qu'elle remarque complètement en sang. L'adrénaline est redescendue.
« Ah…
— Oui… ce serait bien de passer par l'hôpital avant…
— Bonne idée… »
