Bonjour à tous,

Je tiens (à nouveau) à m'excuser du temps que j'ai mis à mettre à jour cette histoire. Je fais toujours beaucoup de choses à la fois et je dois dire que le blog et le job que j'ai pris pour payer mes vacances ont pris la majeure partie de mon temps (et le faite que je sois en vac' loin de chez moi n'arrange rien). J'en suis vraiment désolée. Sachez que je n'abandonne pas cette histoire qui me tient vraiment à cœur.
Le chapitre ne ressemble pas du tout à ce que je voulais au départ, car il fait actuellement 16 pages et aurait dû en faire 20 de plus si j'y avais placé tout ce que je voulais.
J'espère qu'il vous plaira tout de même.
N'hésitez pas à m'envoyer vos critiques (bonnes ou mauvaises, même si c'est pour vous plaindre du temps que j'ai mis à updater, en général la culpabilité pour mes fanfictions marche assez bien).

Quoiqu'il en soit ENJOY !

Musique: Life in Mono, Mono
A la fin du chapitre KALAFINA, Kagayaku Sora no


Chapitre 7 : C'est la dernière fois.

Dorian referma la lettre et la remit dans son enveloppe. Il eut envie de la déchirer, mais se retint. Les lettres de son père étaient toujours détestables même s'il essayait de mettre autant d'indulgence dans leur lecture que son père mettait de maladresse à les écrire.

Bien sûr, son père l'aimait, mais il est tout bonnement incapable de l'exprimer. Il avait une sorte de retenue envers son fils, fruit de sa culpabilité maladive d'avoir eu un enfant qu'il n'avait pas su protéger, qu'il avait créé malgré le passé de sa famille. Un fils qui vivrait sans mère pour le réconforter.

Mais Dorian était fatigué de cette culpabilité qui marquait le visage de son père à chaque fois que celui-ci posait les yeux sur la blessure de son fils. Il était fatigué de devoir être fort pour deux.

Dorian soupira et plongea pensivement sa cuillère dans les œufs brouillés dont il avait rempli son assiette. Il n'écoutait pas Nicolas qui entretenait une conversation animée avec Sally Macnair, la jolie Sally.
Dorian avait beaucoup d'admiration pour la jeune fille, aux cheveux noirs et aux larges lunettes rondes, qui se montrait toujours positive, quelque soit la situation. Nicolas lui avait dit que le passé de la jeune fille lui avait sans doute apprit à relativiser la vie et à en apprécier les meilleurs côtés.

Dorian n'avait pas posé d'avantages de questions, il connaissait le passé de la jeune fille. Son père avait été la victime innocente de la folie des fanatiques du sang pur avant même sa naissance, quand Macnair, le Mangemort connu pour sa cruauté au service de Voldemort, avait pensé que la pureté de son sang serait intensifiée s'il avait un enfant avec sa propre sœur.
Ainsi n'acquit David Macnair qui ne connut jamais la joie d'avoir trente ans.

A l'âge de 16 ans, quand il eut compris que la maladie qui entrainait la dégénérescence de ses poumons était causée par la consanguinité et la folie de son père, il s'enfuit pour le monde moldu, décidé à mourir loin de cette démence qui pourrissait ses veines.
Il erra dans différents pays pendant des années, et s'établit en Hongrie. Malgré sa condamnation génétique, il tomba amoureux d'une jeune magyar moldue aux cheveux d'ébène et aux yeux bleus, qui l'aimait tellement qu'elle lui demanda de l'épouser. Emu par l'audace de cette beauté non magique qui lui offrait son cœur, il accepta et ils se marièrent. Deux ans plus tard, la belle Helena était enceinte mais Sally ne connut jamais son père qui mourut avant sa naissance.
« Mais je lui ressemble beaucoup », disait-elle. Et elle souriait encore. Et Nicolas était très vite tombé amoureux de ce sourire. Pour ces deux-là, tout était si simple, ils voyaient leurs sentiments de manière si claires. Nott leur enviait cela.

Dorian leva les yeux vers la grande porte et aperçut Scorpius qui pénétrait dans la Grande Salle, suivit d'Albus, qui restait toujours à ses côtés maintenant que lui ne pouvait plus y être.

A la vue de son ami, Dorian ne put réprimer un sourire. Scorpius ne portait pas sa robe d'uniforme, elle était repliée sur son bras. Il avait son uniforme mais sa chemise était débraillée, sa cravate légèrement desserrée et ses manches recourbées sur ses avant-bras blancs. C'était vraiment trop lui demander d'être convenable, il faisait toujours ce que bon lui plaisait.
Au moins, à Poudlard, il ne se maquillait pas. Dorian n'aimait pas lorsque Scorpius se peignait le visage, même s'il le faisait avec beauté et finesse. Pourtant c'était une autre manière de provoquer et de cacher à quel point Scorpius se sentait mal à l'aise en public.

Nott était conscient des regards qui suivaient son ami : des coups d'œil furtifs mais intenses des personnes qui voulaient cacher leur intérêts pour le jeune Malfoy ou les regards frustrés de jeunes filles qui ne seraient jamais aussi jolies que lui. A la manière dont Potter se rapprocha du corps de Scorpius, Dorian comprit qu'il était lui aussi conscient de l'attention que Malfoy attirait sur lui.

Quand ils l'aperçurent, les deux serpentards se dirigèrent vers lui et s'assirent à ses côtés à la table des Gryffondors, comme ils le faisaient de temps en temps. Albus ne laissait pas Scorpius s'asseoir seul à la table des Lions. Dorian était conscient des efforts que faisait Potter pour être amical avec lui. Mais il était jaloux, Dorian le sentait, il voulait garder Scorpius pour lui seul.

Dorian serra la main de Potter, puis se tourna vers Malfoy et déposa un baiser sec sur la tempe du garçon, avant de lui tendre la lettre de son père.
Il la prit et soupira.
« De bonnes nouvelles encore ? ironisa-t-il en sortant la lettre de son enveloppe.
- Il dit qu'il ait déçu que je sois un Gryffondor et encore plus déçu que ce soit Drago qui ait dû lui apprendre la nouvelle.
- Cela fait plus un mois que l'attribution des maisons a eu lieu, s'exclama Scorpius, tu ne lui avais rien dit ?

Dorian haussa les épaules. Il tira doucement sur la mèche qui couvrait son œil gauche, où la longue et fine cicatrice barrait sa paupière et ignora la question. Il n'avait rien à répondre. Scorpius soupira à nouveau et secoua la tête avant de reposer les yeux sur la lettre.

Dorian sourit en regardant le jeune garçon. Il n'avait pas beaucoup de souvenirs de son ancienne vie, celle où Scorpius n'était pas présent. Il lui semblait que le jeune garçon avait toujours été à ses côtés. Il gardait de son agression un souvenir vague de douleur et d'humiliation. Son passé commençait lorsque Drago l'avait emmené pour vivre avec les Malfoys dans le monde moldu.

Il se souvenait de cette petite tête toute ronde et blonde qui le suivait partout dans les jardins du château où ils avaient passés ces dernières années.


Tout lui avait semblé si étrange dans ce nouveau monde, tout était nouveau les lumières, les couleurs…
Et ces mots simples et « magiques » qui sortaient de la bouche des enfants des domaines alentours qui venaient jouer avec eux : ce qui faisait tellement de bruit - et qui faisait que Scorpius serrait très fort sa main de ses petits doigts - c'étaient des « voitures ».
Il ne fallait pas mettre des insectes dans le « micro-ondes ». Il avait pleuré quand « Edward aux mains d'Argent » était passé à la « télévision » et avait fait promettre à Scorpius de ne rien dire.
Et puis il y avait « internet ». Drago disait que c'était l'invention qui se approchait le plus de la magie dans le monde moldu. Car on pouvait tout faire avec internet : lire des livres ou son journal, regarder des films, faire des courses, engager du personnel, s'occuper de son compte en banque, parler à des inconnus et s'en faire des amis… ou découvrir le sexe. Les Malfoys avaient été réticent à installer un « ordinateur » dans le château, mais il avait fini par céder aux deux garçons. Mais après quelques essais, il semblait qu'il était difficile d'en faire décoller Narcissa qui y cherchait des recettes de cupcake et consultait tous les sites d'astrologie présents sur la toile, même si elle trouvait les connaissances moldues en astronomie très limitées.

Dorian se sentait bien parmi les Malfoy et Drago voulait qu'il se sente entouré, autant que l'était Scorpius. Il ne faisait pas de différence entre Dorian et son propre fils, même si ses yeux avaient une lueur toute particulière quand il regardait son enfant.
Malgré son adoration pour son petit-fils, Lucius avaient des remarques paternelles pour Dorian. L'ancien mangemort se sentait sans doute obligé de prodiguer des soins à Nott dont le grand-père connaissait un sort peu enviable que lui-même aurait dû vivre. Il leur répétait régulièrement qu'il ne fallait pas effrayer les domestiques moldus. Les Elfes de maison étant interdits, il avait fallu trouver de nouveaux serviteurs et Dorian et Scorpius s'amusaient à les terroriser, en faisant claquer les portes et trembler les tableaux, ou bien simplement en déplaçant des objets. Lâcher un épouvantard dans le salon avait achevé de rendre les femmes de chambre complètement folles et Drago avait dû lancer un sort d'amnésie aux dames hystériques.

Et les années passaient dans l'insouciance qui permettait à Dorian de panser ses blessures, celles de son corps et celles de son âme. Mais la fine douleur qui lui meurtrissait l'œil de temps en temps lui rappeler la méfiance envers les autres.
Seul Scorpius avait toute sa confiance. Scorpius qui changeait au fil du temps. Ses jambes s'allongeaient et sa bouche devenait pleine et rouge. Sa bouille ronde d'enfant devenait un doux ovale parfait où brillaient deux perles grises. Et lorsqu'il prenait la main de Nott, le cœur de celui-ci se mettait à battre rageusement dans sa poitrine. Dorian regrettait la manière dont il le voyait, mais il ne pouvait s'en empêcher.

Il n'avait pourtant jamais regretté ce doux baiser, humide et tendre, qu'il lui avait volé avec toute la maladresse de l'enfance.

Il avait pris sa main, et l'avait emmené vers le lac, derrière un grand chêne où ils avaient déjà gravé leurs noms et où ils aimaient venir lire. Dorian avait pris son visage entre ses mains, plongés ses doigts dans ses longs cheveux blonds et l'avait embrassé. Et son cœur s'était arrêté. Le baiser avait été tendre et quand Dorian l'avait brisé et s'était reculé, tenant toujours dans ses mains tremblantes le visage de Scorpius, celui-ci lui avait demandé, complètement désintéressé « s'ils pouvaient aller jouer maintenant ».
Dorian s'était mis à rire devant le visage indifférent du garçon alors que lui-même se sentait fiévreux.
Dès lors, lorsqu'il se retrouvait seuls, Dorian prenait la main de Scorpius et caressait le dos de ses doigts avec les siens, et lorsqu'ils dormaient ensemble, il déposait sur le garçon des baisers chastes mais amoureux. Pourtant, il n'avait plus jamais embrassé les lèvres de Scorpius. Dorian ne pensait pas qu'il s'agissait de sentiments malsains ou de passions amoureuses. Il trouvait simplement le jeune garçon incroyablement joli. Une vraie poupée.

Et plus Malfoy devenait ravissant, plus sa mère s'éloignait de lui, car il devenait plus beau qu'elle. Astoria passait plus de temps avec sa sœur que dans le château. Elle disait qu'elle n'avait pas à souffrir des erreurs de la famille de son mari. Dorian avait été écœuré de la jalousie de cette mère envers son propre enfant, mais Scorpius n'en avait pas souffert. Son père représentait tout son univers.

Le jeune garçon savait le rôle que Drago avait joué pendant la guerre, il ne lui avait rien caché. Il fallait bien expliquer les regards et les remarques que murmuraient les gens dans la rue ou les menaces de mort qui leurs arrivaient par lettres et beuglantes. Il fallait expliquer la blessure de Dorian et leur fuite. A quoi bon mentir ? Drago lui avait tout dit.
Malgré cela, Scorpius n'avait jamais jugé ou repoussé son père, ni son grand-père pour leurs actes passés. Il ne voulait pas les blesser. Il les avait acceptés sans mots mais non sans mal, car il avait perdu du poids qu'il n'avait jamais repris.

Dorian se rappelait cette nuit chaude où en sortant sur la véranda, il avait trouvé Drago et son fils, assis dans le grand rocking-chair, qui se balançaient doucement en regardant les étoiles. Drago avait passé son bras gauche autour de son enfant et lui racontait l'histoire de sa constellation tandis que Scorpius caressait doucement la longue cicatrice qui se dessinait sur son avant-bras. Sa manière, toujours sans mot, de dire à son père qu'il l'aimait malgré tout.

Mais depuis lors, Scorpius avait développé une attitude méfiante envers les autres sorciers et se montrait manipulateur et hautain lors de leurs excursions dans le monde magique, se parant d'une apparence désinvolte pour cacher son malaise et sa haine de ne pouvoir être accepté à cause de ses origines. Il avait construit une carapace autour de son cœur et Dorian avait vu Scorpius murer doucement ses sentiments. Il ne parlait jamais de son désir de normalité, mais Dorian savait qu'il était vivace. A vrai dire, Scorpius disait très peu de choses sur lui.

Et cela était devenu pire l'année dernière. Dorian n'avait jamais su ce qui lui était arrivé mais il s'en doutait. Pourtant son esprit avait fait un blocage et un film noir se posait sur ses pensées lorsqu'il réfléchissait aux événements de cette journée.
Il avait été en cours de sortilège dans une des pièces du château et Scorpius avait son cours de transfiguration. Mais ensuite, après les leçons, Scorpius n'était pas venu le trouver comme il le faisait d'habitude. Dorian avait couru à la salle où se déroulait le cours et avait percuté dans sa hâte le jeune professeur de Transfiguration.

« Excusez-moi professeur, » dit Dorian en s'inclinant légèrement devant le professeur aux cheveux bruns qu'il venait de bousculer. « Je cherche Scorpius. Vous ne savez pas où il a pu aller?
- Non, dit le professeur un peu trop rapidement au goût de Dorian. Non je ne sais pas. »

Nott le regarda. Quelque chose était différent chez l'homme, à la cravate desserrée, aux yeux brillants et aux joues rouges qui se tenait devant lui. Le professeur avait toujours eu une attitude austère malgré son âge. Il avait un peu moins de trente ans. Il était toujours impeccable, en costume moldu gris et cravate de soie bleu. Il gominait ses cheveux bruns vers l'arrière, seules quelques mèches rebelles tombaient légèrement sur son visage froid et il remettait inlassablement en place ses... lunettes ?

« Vous n'avez pas mis vos lunettes aujourd'hui professeur ? demande Dorian en le jaugeant.
Celui-ci se raidit, et pinça ses lèvres qui devinrent une ligne fine.
« Non, dit-il sèchement, je les ai oublié. »
Il tendit ensuite une lettre à Dorian.
« Peux-tu la remettre à Monsieur Malfoy, je te prie ? »

Dorian acquiesça et prit la lettre qu'il plia et mit dans la poche de sa veste. Quand il leva les yeux, le professeur avait déjà transplané.

Dorian resta seul, debout devant la porte de la salle de classe. Il ne savait pourquoi, mais il sentait que quelque chose n'allait pas, qu'il devait rentrer dans cette pièce. Il ouvrit la porte. La pièce était toute à fait normale, le grand bureau était rangé, les livres et cahiers en ordre. La grande fenêtre ouverte derrière le bureau menaçait tout de même de laisser pénétrer le vent qui faisait voler les feuilles.
Dorian s'approcha pour la fermer et après avoir tourné le loquet il se décida à quitter la salle pour trouver Scorpius.
Mais un objet tombé au sol près d'un des pieds du bureau attira son attention et il se pencha pour mieux le voir.
Les lunettes du professeur gisaient sur le sol, brisées.

Dorian se redressa, une sueur froide se mit à couler le long de son dos et il se précipita hors de la chambre. Et déjà un voile noir se posait sur ses pensées, lui refusant toutes réponses. Il savait seulement qu'il lui fallait trouver Scorpius.

Ils étaient seuls ce jour-là dans le château, mis à part quelques domestiques. Les Malfoys étaient partis régler des affaires financières à Gringott. Leurs comptes avaient, semblait-il, été vérifiés, ce qui violait la loi sur la confidentialité bancaire.
Dorian devait donc se débrouiller seul. Il chercha dans toutes les pièces du manoir mais ne le trouva nulle part. Il sortit dans le jardin appelant son ami. Il courut vers le grand chêne près du lac, et enfin il le vit.

« Où étais-tu ? dit-il en s'approchant de Scorpius, je t'ai cherché partout. »

Scorpius leva la tête et sourit.
« Je suis là, je n'ai pas disparu. Ne t'inquiète pas. »

Dorian eut envie de lui rendre son sourire mais il ne put. Quelque chose dans la posture de Scorpius le troublait et même lui faisait peur.
Malfoy était assis contre l'arbre, ses genoux étaient relevés et ses bras étaient de chaque côté de son corps, raides. Il enfonçait ses doigts dans la terre comme si planter ses ongles dans le sol étaient la seule chose qui pouvait l'empêcher de s'enfuir. De faibles tressautements secouaient ses épaules. On aurait dit un animal aux aguets, craignant un prédateur.

Quand Dorian s'approcha de lui, Scorpius se leva d'un bond.
« Ne restons pas ici, tu veux me montrer ce que tu as appris en sortilège ? »

Et ils étaient rentrés au château. Scorpius avait écouté Dorian lui raconter le nouveau sort que lui avait enseigne le professeur Bail. Mais ses yeux étaient voilés, et son esprit semblait ailleurs. Pourtant chaque bruit suspect déclenchait en lui une frayeur nouvelle. Dorian ne fit aucune remarque, mais il se demanda pourquoi un grincement de porte pouvait faire sursauter le jeune garçon ainsi.

Ce fut le soir, alors qu'ils allaient se coucher, quand Scorpius se mit à pleurer et à trembler et qu'il le repoussa violemment que Dorian comprit ce qu'il refusait d'admettre.

Il était resté assis sur le lit tandis que Scorpius, en chemise, debout et tremblant, tentait de se calmer, enserrant son corps de ses bras maigres. Pendant une heure, il resta debout ainsi, trépignant sur place. Et Dorian fixait le vide, écoutant les sons plaintifs que son ami essayait d'étouffer. Mais il refusait de le regarder. Il ne savait pas quoi faire, il n'était qu'un enfant. Et Scorpius ne voulait pas de ses bras.

Les pleurs cessèrent et Malfoy entra dans les couvertures. Son visage froid ne laissait transparaitre aucune émotion, bien que ses joues fussent encore humides de larmes. Il se mit sur le dos, bien droit, et fixa le plafond. Dorian voulu éteindre les bougies mais Scorpius se redressa soudain :
« Non ! Laisses allumer », dit-il et sa voix glaciale ne tremblait pas.

Dorian acquiesça et s'allongea ses côtés, mais ne colla pas son corps contre le sien comme il avait l'habitude de le faire. Scorpius attrapa sa main sous les couvertures et Nott la serra. Il s'endormit ainsi.

Dans la nuit, Dorian se réveilla et ce qu'il vit le glaça d'effroi. Scorpius n'avait pas bougé, il était toujours allongé sur le dos, le corps droit, le visage fixe, tourné vers le plafond et les yeux grands ouverts. Avec sa peau pâle et ses cheveux qui entouraient parfaitement son visage, il ressemblait à un cadavre sur son lit de mort. Seuls ses yeux, qui bougeaient dans tous les sens, trahissaient la vie. Mais la manière dont ils s'agitaient était affolante, comme si Scorpius s'attendait à voir sortir de l'ombre un monstre affamé.

Dorian resta ainsi à regarder son ami, mais ne lui dit rien, sa main toujours serrée autour de la sienne.

Le sommeil avait dû l'envelopper car quand il se réveilla le lendemain, Scorpius était assis dans le lit, le visage tourné vers la lumière qui filtrait à travers la fenêtre. Quand il sentit Dorian remuer à ses côtés, il se tourna vers lui, et lui sourit. Et son visage était clair, plus aucune ombre ne l'enlaidissait. Mais ses doigts serraient toujours la main de Dorian.

Et ce fut fini, jamais Scorpius ne laissa transparaitre le souvenir de cette journée.

Dorian donna à Drago le courrier que lui avait remis le Professeur. Dans l'enveloppe, il y avait une lettre de démission.


« Des membres du ministère sont venus fouiller la maison dit Dorian ramenant ses pensées vers Scorpius qui lisait toujours la lettre. Ils ont emporté certaines de mes affaires pour les examiner. Il y a eu des agressions de moldus. Rien de spécialement surprenant mais les enfants de mangemorts sont toujours les premiers soupçonnés. Je crois que c'est ton oncle qui a mené les fouilles Potter. »

Albus remua sur sa chaise, visiblement mal-à-l'aise.
« Mon oncle Ron est un homme suspicieux, et il a de la mémoire dit-il sur un ton d'excuse. Si mon père ne le raisonnait pas, il ferait des rafles toutes les semaines dans les maisons d'anciens mangemorts. Je suis désolé.
- Ce n'est pas grave, tu n'y es pour rien, dit Dorian après une gorgée de café. Ils n'ont rien pris de valeur de toute façon, toutes mes affaires sont chez les Malfoys. Et Drago ne laissera pas les gens du ministère rentrer chez lui.
- Tu vis toujours chez les Malfoy ? s'étonna Albus. Scorpius et Dorian levèrent tous deux les yeux vers Potter, surpris et Albus continua : « je pensais que tu étais rentré chez toi quand les Malfoy étaient revenus. Il était logique que tu retournes vivres avec ton père. Arrêtez de me regarder comme cela ! J'ai dit quelque chose de mal ?
- Non, intervint Scorpius, tu n'as rien dis de mal, c'est juste que… » Il se lança un coup d'œil vers Dorian et regarda à nouveau Albus. « Je crois que nous n'y avions jamais pensé. Dorian est comme un membre de la famille, je n'ai jamais pensé qu'il devrait retourner avec son père. Cela expliquerait pourquoi ses lettres sont tellement amères, il veut peut-être que tu retourne vivre avec lui.
- Il pensait sûrement que je reviendrai de moi-même, dit Dorian, cet homme est plein d'illusions. » Scorpius s'apprêta à intervenir mais Dorian le coupa : « Je sais que c'est mon père mais s'il avait vraiment voulu il serait venu avec nous quand les Malfoys m'ont emmené. Je sais que Drago le lui a proposé et il a décidé de rester, car malgré ce qu'il dit, il déteste les moldus et leur monde, comme ta mère d'ailleurs et il a préféré rester dans son immense maison sans son fils. Je partagerai les vacances entre le manoir et la maison de mon père mais je ne retournerai pas vivre chez lui.
- Je n'ai pas dit que tu devais partir, répondit Scorpius en rangea la lettre dans son enveloppe et en la posant sur la table, mais tu devrais être plus tolérant avec ton père. C'est un homme fragile.
- Faible est le mot que tu cherches », répliqua Dorian.

Il s'apprêtait à continuer quand il aperçut James Potter qui s'avançait vers eux. A ses côtés se trouvait Elisa Waldon, une grande brune, aux yeux immenses et à la poitrine volumineuse. Elle se tenait très droite, fière d'être au bras du beau Capitaine de Gryffondor, et gonflait le torse au point que son chemisier menaçait de craquer sous la pression de ses seins.

- Si son haut craque et que je me prends un bouton de sa chemise dans la tête, elle va prendre ma main dans la sienne, murmura Albus à Scorpius en regardant son frère et sa nouvelle… - petit-amie ?- approcher.

James serra la main de Dorian, et émit un léger hochement de tête pour saluer Scorpius, qui l'ignora.

« Tu sais que la même nourriture est servie à la table des Serpentards et des Gryffondors ? dit-il à son frère, en passant son bras autour des hanches de la jeune fille qui gloussa de plaisir. Inutile d'envahir notre espace, même si notre table est plus agréable.
- C'est maladif chez toi, tu ne peux pas t'empêcher de raconter des conneries, répliqua Albus avec tant de calme et d'indifférence que Scorpius ne put réprimer un sourire.
- Et bien et bien, dit doucement James donc les lèvres suaves dessinées une moue déçue, moi qui voulait te souhaiter bonne chance pour les essais de Serpentards de cette après-midi. Je regrette de mettre inquiété pour toi.
- Tu t'inquiétais pour moi ? demande Albus en haussant les sourcils.
- Non pas vraiment, avoua James, un sourire béant sur le visage. Je voulais juste te dire qu'il fallait réunir tous les capitaines pour une réunion ce soir afin de faire le planning des entrainements. Oh et aussi te dire que j'avais déjà réservé le terrain pour un entrainement juste après tes essais. Donc si tu pouvais ne pas monopoliser indéfiniment le terrain cette après-midi cela m'arrangerait…

Albus sentait ses nerfs se contracter tandis qu'il essayait de ne pas montrer à quel point le discours de son frère l'irritait.

-… quoique tu vas avoir du mal à trouver une équipe digne de ce nom parmi tes serpents. Je pense que Briani et compagnie seront dans l'équipe à nouveau mais où penses-tu dénicher un bon attrapeur ?

Albus se redressa et posa son corps contre le dossier, jaugeant son frère, et annonça d'une voix claire :
- J'en ai déjà un en vue.
- Vraiment ? demanda James intéressé, lâchant la taille de sa compagne. Et qui donc ?
- Scorpius.
-Quoi ? sursauta Malfoy qui s'intéressa enfin à la conversation. Il regarda Albus comme si celui-ci avait perdu la raison. Il lui avait pourtant dit qu'il ne voulait pas faire partie de l'équipe !
-Tu vas faire les essais de Quidditch ? s'exclama Dorian derrière lui.
Scorpius se tourna pour lui dire la vérité mais en voyant son visage, sa gorge se noua. Son ami était fier de lui.
-C'est génial ! continua Dorian en attrapant le bras de son ami, tu es excellent sur un balai ! Je ne pensais pas que tu le ferais, tu me surprends vraiment !
- Et moi donc… céda Scorpius en souriant faussement. Mais il ne tarda pas à lancer un regard noir à Albus dont le sourire malicieux et ravi lui tapait sur les nerfs. Il était pris au piège. Il leva les yeux vers le plus âgé des Potter et se rendit compte que celui-ci le regardait.
- Comme c'est intéressant… dit James dont les yeux avaient un éclat que Scorpius avait appris à détester, et bien bonne chance pour cette après-midi Malfoy. » Il se tourna vers son frère. « Toi aussi Al. Viens-toi. » dit-il avec dédain à la jeune fille qui se dandinait près de lui et tous deux quittèrent la grande salle.

« Ton frère a de bons côtés Potter, mais il n'a aucun respect pour les femmes, dit Dorian en rajoutant trois sucres dans son café qui en contenait déjà deux.
- Il n'a aucun respect pour personne. Il collectionne les filles pour des raisons de réputation. Il ramène d'ailleurs de sacrés garces… Mais il ne les garde pas très longtemps.
- Il ne couche jamais avec la même deux fois en tout cas.
Albus, qui avait porté son bol à ses lèvres, s'étouffa avec son chocolat au lait.
- ça, tu vois j'aurais préféré ne pas le savoir !
- Alors tu ferais mieux de lui dire d'être plus discret, insista Dorian, qui s'amusait beaucoup de voir le rouge montait aux joues du jeune Potter. Quoique ce sont les filles qui font du bruit, pas lui.
- Ok c'est bon, dit Albus en se levant.
- Où est-ce que tu vas ? demanda Scorpius en regardant le garçon quitter maladroitement le banc.
-Je vais vomir et ensuite je vais en cours, déclara-il en prenant son sac.
Scorpius se leva en vitesse à son tour, en lançant un coup d'œil à Dorian qui voulait dire « c'est pas malin !», avant de suivre Albus dans l'allée centrale.
Dorian, fier de lui-même et souriant, se beurra une nouvelle tartine.


« Félicitation ! »
Scorpius soupira bruyamment mais ne put garder son visage irrité devant l'expression radieuse d'Albus.
- Je savais que tu serais parfait, dit-il en passant son bras autour des épaules du jeune garçon et l'emmener vers le vestiaire pour prendre une douche bien méritée après les premiers essais réussis du Capitaine des Serpentards.
Scorpius était le nouvel attrapeur de l'équipe. Et il n'avait même pas eu besoin de faire d'effort pour cela. Il avait été le meilleur sans même se forcer.

Si les autres participants aux essais avaient été sceptiques, voir même désobligeants en voyant Scorpius enfourcher son balai, ils avaient rapidement déchanté lorsque le garçon avait attrapé le vif d'or en moins de sept minutes. Il était extrêmement rapide. Sa stature fragile ne pesait rien sur le balai ce qui accentuait la vitesse. A cela s'ajoutait sa vivacité et son agilité qui lui permettait de d'effectuer des angles aigus dans les airs.

Le public qui assistait aux essais, en était resté stupéfait. Et des applaudissements, déclenchés par Dorian et Nicolas, avaient ensuite enflammé toute la tribune.
C'est à ce moment-là que Scorpius avait réalisé qu'il avait attrapé le vif d'or, car jusqu'à ce moment, il avait vidé son esprit, oubliant le stress, les autres joueurs, les spectateurs, et le regard plein d'espoir d'Albus et de Dorian. Il avait oublié tout cela. Il avait simplement imaginé qu'il poursuivait une étoile et le vif d'or avait atterri dans sa main.

A peine avait-il touché le sol qu'il se retrouva dans les airs, dans les bras de Dorian qui le soulevait en le serrant dans ses bras. Il entendait vaguement les mots d'admirations qu'il lui murmurait à l'oreille, car ses yeux avaient rencontré les iris émeraude d'Albus, et il était resté hypnotisé par le regard fiévreux et doux de son « Capitaine ».
Si les bras de Nott lui étaient toujours indispensables, il se rendait compte que la distance entre Albus et lui était insupportable.

Son Capitaine ne l'avait bien sûr pas pris dans ses bras, mais il lui avait serré la main avec douceur en mettant dans ses yeux et son sourire tant de tendresse que Scorpius avait dû détourner le regard.

Scorpius pénétra dans le vestiaire et suivit Albus vers les douches. Quand ils arrivèrent vers les bancs de bois qui longeaient le mur à côté des lavabos, Potter retira rapidement ses protections de sport et son uniforme, affichant sans pudeur sa nudité devant le jeune Malfoy.
Scorpius ne bougeait pas. Il trouvait indécent de se dévêtir ainsi. Mais il gardait pourtant son regard sur le corps d'Albus.
Il était terriblement jaloux.
Il est trop mince, alors que son compagnon était de plus en plus masculin. Les entrainements de Quidditch avaient sculptés son corps avec finesse, dessinant des muscles apparents mais non agressifs. Ses formes étaient viriles et agréables. La peau de son dos était hâlée, presque dorée. Ses mains étaient masculines mais ne recelaient aucune brutalité. Elles avaient l'air douces et caressantes.

Scorpius regarda ses propres mains. Elles étaient trop fines, trop délicates et quand elles se fermaient, le poing était trop faible.
Une main chaude se posa sur son front et il leva les yeux et vit Albus que le regardait avec gravité.
« Je ne sais pas à quoi tu penses, murmura-t-il avec douceur, mais arrêtes. »

Scorpius lui sourit, repoussant les doigts qui touchaient sa peau.

Albus lui sourit et s'éloigna. Il ouvrit la porte d'une des douches et y rentra. Malfoy attendit d'entendre l'eau se mettre à couler pour ôter à son tour ses vêtements.
Il ouvrit la porte de la douche, ouvrit le robinet et laissa la chaleur humide soulageait son corps.

Scorpius pensa au corps qu'il venait de voir, tandis que l'air devenait lourd. Il l'avait envié, oui, mais une autre sensation avait effleuré son esprit. Quelque chose qui était inconnu et interdit.
Un soupçon de désir.
Il aurait aimé serrer le corps d'Albus contre lui et posait sa tête contre son torse, le parcourir de ses lèvres.
Il fut choqué de ces pensées, qui lui étaient étrangères. Le désir avait toujours été une action de son corps, une sensation qui lui procurait du plaisir mais qu'il ne comprenait pas. Il détachait totalement ses émotions de son enveloppe charnelle. Quand Dorian l'embrassait, il ressentait de affection mais aucune passion. Quand James l'étreignait, son corps s'enflammait mais son cœur était de glace, son esprit éteint.
Mais les yeux d'Albus embrasaient son cœur.
Il éteignit soudain l'eau chaude et laissa l'eau glace l'envelopper et le recouvrir, en une sensation de picotements douloureux. Il voulait se débarrasser de cette chaleur dont il ne savait que faire, qui l'effrayait et le faisait trembler. Mais il avait l'impression de voir les yeux d'Albus posés sur lui et de se sentir brûler de l'intérieur.

Abandonnant la douche glacée après quelques minutes, Scorpius sortit et se dirigea vers les lavabos.
« J'ai gagné ! dit-il en passant devant la porte de la douche d'Albus.
-Je ne savais pas qu'on faisait une compétition, répondit Potter à travers la porte. De toute façon, j'aurais perdu, j'aime trop les longues douches. »

Scorpius renoua encore une fois autour de ses hanches la serviette qui menaçait de tomber à chacun de ses pas. Il finit par abandonner, jeta la serviette au sol et attrapa sa chemise. Celle-ci lui semblait trop grande pour lui. Avait-il minci ?
Il se dirigea vers le grand miroir au-dessus du lavabo, jambes nus, le corps mouillé mais cela ne le gênait pas. La chaleur dans le vestiaire était étouffante. Ses longs cheveux humides et lourds tombaient sur son visage et ondulaient dans son dos, laissant couler de fines gouttelettes sur son corps et sur la chemise blanche qui collait à sa peau.

Les vitres étaient embuées, et son reflet était trouble. Il passa une main sur le miroir, essuyant l'eau vaporeuse pour regarder son visage. C'est alors qu'il s'aperçut qu'il n'était pas seul.
Derrière lui, il aperçut une autre personne.
Effrayé, il s'apprêta à crier de stupeur mais une large main se plaqua sur la bouche, tandis qu'un bras puissant enserrait sa taille.
Scorpius commença à se débattre, quand il entendit un murmure à son oreille.
« C'est moi, du calme. »
James….
Scorpius se calma instantanément, mais la peur laissa place au dégoût et à un profond agacement.

Potter le lâcha. Malfoy se retourna vivement, le fixant d'un œil sombre.

« Qu'est-ce que tu viens faire ici ! murmura-t-il mais sa voix trahissait sa colère.
Comment James pouvait-il se montrer aussi imprudent ?
- Je suis venu te féliciter, répondit son assaillant, amusé de l'agressivité impuissante de Scorpius.
-Oh vraiment? C'est gentil. Va-t'en maintenant !

Mais James parcourait déjà de ses yeux bruns enflammés la silhouette moite du jeune garçon. Il s'approcha doucement et Scorpius recula, tentant d'échapper à la chaleur de son assaillant, de sorte qu'il se retrouva coincé entre le lavabo et le corps de James.

« Tu ne portes que ça, demanda-t-il en faisant glisser ses doigts le long de la cuisse de Scorpius, savourant la chair humide.

Scorpius repoussa sèchement la main qui le caressait, mais il se retrouva soudain soulevé, posé le lavabo, plaqué contre le miroir. Des mains puissantes maintenaient ses cuisses, les massaient, les griffant presque. Scorpius ferma les yeux, tandis qu'un corps fiévreux se logeait entre ses jambes moites et que des lèvres parcourraient sa gorge. Des doigts caressaient et tiraient sur ses cheveux mouillés. Sa respiration se coupa en un cri roc. Non c'était mal. Il ne pouvait pas !

« Al... Albus est là, parvint-il à articuler.
- Tu veux qu'il regarde ? entendit-il murmurer.

Il se raidit, écœuré. James essayait de le provoquer mais se faisant, il allait beaucoup trop loin. Il se sentait humilié, dans cette position si indécente alors qu'Albus était à quelques pas d'eux, ne se doutant pas des caresses de son frère sur son corps.
- Arrête !
Il voulut le repousser mais James l'avait déjà remis sur ses pieds en un mouvement vif.
Scorpius le regarda, interloqué.
James lui souriait :
« Relax, c'était qu'une blague. Mon frère est à côté, tu me prends pour un pervers?
Scorpius le regarda et se demanda s'il devait vraiment répondre à cette question. James tendit la main et plaça une des mèches de ses cheveux derrière son oreille avec douceur. Il fit glisser ses doigts, attrapa la nuque du garçon et l'attira à lui pour l'embrasser. Un baiser rapide mais très doux, juste le temps de goûter à ses lèvres fraiches.
Il lâcha Malfoy et prit un morceau de papier de sa poche qu'il lui tendit.

« En fait j'étais venu te donner l'heure de notre prochain rendez-vous. Tu es libre ce soir n'est-ce-pas ? Il faut qu'on fête ta nomination. Je voulais te laisser ce mot dans la poche de ta veste, mais quand je t'ai vu devant le miroir… »
Ses yeux s'emplirent à nouveau d'une lueur dangereuse.
Scorpius regardait le bout de papier blanc comme s'il s'agissait d'un poignard aiguisé et n'osait s'approcher. James attrapa sa main et mit la feuille pliée dans sa paume. Il se pencha vers le jeune garçon, et l'embrassa à nouveau. Scorpius ne bougea pas, endurant le baiser en silence, endurant les doigts durs et froids qui trainaient sur son corps, glissaient dans son dos, roulaient sur ses hanches et sur ses fesses. Son esprit était blanc.
Quand James le lâcha, abandonnant ses lèvres, un goût de souillure resta sur sa langue.
Il ignora l'homme qui le regardait de bas en haut, s'arrêtant sur ses jambes nues avant de redessiner son corps avec désir.
Décidé à arrêter cette expertise minutieuse de son anatomie, il se dirigea vers le banc et y prit son jean qu'il enfila rapidement.

Potter ricana et s'éloigna. Il tapa sur la porte de la douche dans laquelle se trouvait Albus quand il passa devant :
« Al, tires toi maintenant ! dit-il, mon équipe doit se changer pour l'entrainement ! »

Albus grogna sous la douche. Quel emmerdeur ! Il avait envie d'enfoncer profondément le savon qu'il avait dans la main dans la gorge de son frère. Il attrapa la serviette et l'enroula autour de ses hanches. Il sortit, tapant des pieds, irrité de devoir stopper sa douche relaxante si vite. Il trouva Scorpius appuyé contre le lavabo, les mains serrées sur le rebord en acrylique. Sa respiration était saccadée. Il semblait troublé, et même en colère.

« Qu'est-ce qui se passe ? demanda Albus en regardant la stature rigide de son ami.
- Hum quoi ? dit Scorpius en levant la tête comme s'il venait de découvrir qu'Albus était près de lui.
- T'as pas l'air bien, dit Albus hésitant. Est-ce que James t'a dit quelque chose ?
- Non, dit Scorpius, se redressant. Non il ne m'a rien dit. » Il se leva, plaça son uniforme de Quidditch dans un des casiers du vestiaire qu'il ferma à l'aide de sa baguette. Il attrapa sa veste et se dirigea vers la porte.
« Je t'attends dehors, on étouffe ici ». Et il disparut laissant un Albus figé et surpris.

La pluie avait commencé à tomber, en fines gouttes glacées. Scorpius fut surpris de la fraicheur du vent qui le fit frissonner, mais il aimait cette morsure du froid qui gardait ses pensées limpides. Il mit sa veste bleu sur sa chemise humide et se dirigea à grande enjambées vers le lac qui se trouvait non loin du stade de Quidditch. Apercevant un tronc allongé, il s'y assit. Le bout papier était toujours dans sa main. Après l'avoir lu, il prit sa baguette et le brûla. Il apprécia le feu qui dévorait le papier malgré la pluie, effaçant l'écriture. Il se sentit soudain l'envie de rire, un rire nerveux et triste qui se terminerait par des sanglots s'il ne se retenait pas. Il ne contrôlait plus rien, il n'avait plus de prise sur ce qui se passait. Comment avait-il pu en arriver là ? Il trouvait tout ce qui l'entourait risible et ridicule car tout lui était étranger : la nouvelle assurance de Dorian, les avances malsaines de James, les yeux verts brillants d'Albus. Quand le monde lui était-il devenu si étranger, à lui qui aurait tellement désiré en faire partie ? Il se sentait si seul et si fou sous cette pluie d'automne.

- C'est parce que je t'ai forcé la main pour les essais que tu es triste?

Il se retourna et vit Albus qui le regardait, les deux mains dans les poches de son jean élimé. Ses cheveux noirs s'emportaient dans le vent. L'eau perlait sur son visage, coulait sur son menton. Et ses yeux… incroyablement verts qui ne regardaient que lui. Les plus beaux yeux du monde, si on lui avait posé la question.

« Je ne voulais pas t'obliger à jouer, mais je savais que tu étais le meilleur, continua Albus en s'approchant pour s'asseoir à ses côtés, et je ne voulais pas que tu renonces simplement parce que tu as peur de ne pas être accepté.
- Je n'ai peur de rien, répliqua Scorpius en se redressant. C'était un doux mensonge qu'il se répétait encore et encore, il avait fini par y croire. Mais je sais tout ça, Al. Je sais que tu as agis pour moi.

Il tendit la main et joua un instant avec les mèches humides d'Albus pour adoucir sa voix qui restait dure.
Albus ne fut pas surpris de cette froideur qui apparaissait si soudainement et avec tant de force chez son ami, comme une barrière de glace qu'il plaçait inlassablement entre lui et le monde.

-Et avec toi comme attrapeur, les Gryffondors n'ont aucune chance, dit soudain Potter en regardant le lac, attardant ses yeux clairs sur la brume qui embaumait la surface de l'eau trouble, tachetée de gouttes de pluie.

Scorpius crut qu'Albus avait prononcé ces mots avec dérision mais quand il se rendit compte que le visage de son ami était impassible, son sourire s'effaça.

« Je veux gagner Scorpius, dit-il, son regard perdu au loin mais sa voix était forte et ne tremblait pas. Mon père m'a félicité quand j'ai reçu la lettre me désignant comme le nouveau capitaine de Gryffondor. Lui et Rose ont été fiers. Les autres… » Sa voix s'éteignit soudain. Sa respiration était courte comme si une tristesse secrète l'avait affaibli. Il sentit la main de Scorpius, une main douce et si hésitante qu'elle en était touchante, se posait sur la sienne. Puis se redressant, il continua mais ses yeux brillaient de larmes qui ne coulaient pas. « Je veux que ma mère regrette de s'être assise dans les tribunes des Gryffondors. Je veux que pour une fois, elle… qu'ils se rendent compte de ce que je suis, et de quoi je suis capable. Qu'ils se rendent compte, qu'être un Potter chez les Serpentards n'est pas une trahison. » Une larme s'échappa et roula sur sa joue. « C'est tellement triste, d'être un étranger dans sa propre famille.»

Soudain il vit Scorpius se lever, et il crut que celui-ci allait partir, l'abandonner sans mot comme il savait si bien le faire, sans donner d'explications sur ses agissements, sur ce qu'il faisait, sur les personnes qu'il voyait.
Mais à sa grande stupéfaction, Malfoy ne partit pas. Il se mit genoux devant lui, laissant ses frêles genoux s'enfoncer dans la boue qui ruisselait doucement vers le lac.
Albus eut le souffle coupé en regardant un ange aux cheveux blonds lourds de pluie, placer son corps entre ses cuisses et enserrer son corps de ses bras puis poser son visage contre sa poitrine. Albus ne bougea pas, trop abasourdi et il attendit que Scorpius parle.

« Je suis jaloux, dit Malfoy, en serrant un peu plus ses bras autour du jeune garçon. De la façon dont tu sais parler, dont tu sais exprimer ta douleur, de ta volonté de t'en sortir et de ne pas sombrer. La manière dont tu portes à nue ce qui fait mal, et ce qui étouffe. Alors que moi… » Il releva la tête, plongeant son regard dans le sien « Je m'enfonce dans la boue, et je ne sais que m'accrocher à toi. »

Albus voulut parler mais Scorpius continua :

« Si c'est ce que tu désires, on gagnera, murmura Malfoy, je gagnerais pour toi, mon « Capitaine ».

Le cœur serré, Albus se laissa glisser du tronc et atterrit à genoux devant Scorpius. Il prit le visage du jeune garçon dans ses bras.
Scorpius eut envie de reculer, de s'échapper de la prison dorée que formaient les mains d'Albus sur son visage. Mais il le laissa approcher de lui.
Des lèvres douces, impossiblement douces se posèrent sur les siennes. Des lèvres qui ne demandaient rien, mais qui donnaient avec passion et tendresse. Les pouces qui frôlaient ses joues étaient apaisants, les doigts dans ses cheveux étaient caressants. Et le monde disparut car il n'avait plus sa place entre les deux garçons. C'était un baiser qui gonflait la poitrine, comme si un fil avait été cousu autour de son cœur et qu'Albus était le seul à pouvoir tirer dessus et procurer ses contractions de douleurs amoureuses. Mais c'était si « juste », si réel. Ce n'était pas un baiser de culpabilité silencieuse ou de cruauté passionnée comme avec James, ni un baiser de pitié affectueuse ou d'indulgence fraternelle comme avec Dorian, ou un baiser manipulateur comme avec les autres.

Dans ce baiser, Scorpius donnait son innocence oubliée. C'était son premier baiser, un baiser qui ne le blessait pas.

Des larmes se mirent à couler sur ses joues blanches, et Albus sentit l'une d'elles glisser sur ses lèvres et saler le goût qu'ils partageaient, le rendant amer. Il se recula et regarda le jeune garçon.
« Pourquoi est-ce que tu pleures ? demanda-t-il en étalant ses larmes avec ses pouces, les mêlant à l'eau de pluie.
-Parce que ça ne fait pas mal… »

Albus eut envie de demander, mais il se rendit compte qu'il ne voulait pas savoir. Pas tout de suite. Pas maintenant que Scorpius était si fragile dans ses bras. Il se releva et emporta le garçon avec lui, le soulevant presque. Malfoy le regardait de ses yeux gris brillants dont les larmes continuaient à s'échapper, mais cela ne semblait pas le gêner. Albus plaça un bras autour de ses épaules et ensemble ils prirent la direction du château en silence.

Le temps qu'ils arrivent au château, la pluie avait cessé. Alors qu'ils pénétraient dans la grande cour et qu'Albus s'apprêtait à ouvrir la grande porte, Scorpius posa sa main sur son épaule.

« Je dois m'absenter avant le dîner, dit-il, je ne pourrais pas venir étudier avec toi à la bibliothèque. »
Albus serra ses doigts autour de la poignée qu'il était sur le point de tirer. A nouveau Scorpius allait disparaître sans mot et sans explication, et de nouveau, il n'aurait aucun droit de savoir.
-Tu veux que je vienne avec toi ? demanda-t-il, curieux de la réponse que pourrait lui apporter son ami.
- Non c'est inutile, dit-il rapidement, je ne serais pas long. Je te retrouverai dans la grande salle.
- Pourquoi ? Où est-ce que tu vas ? insista Albus, observant le rouge monter aux joues du jeune Malfoy.
- Al…, dit-il
- Tu vois quelqu'un ? Une fille ? Un homme peut-être ? dit Albus d'un ton léger, mais sa mâchoire se serrait et son visage était hautain et dur.
-Cela ne te regarde pas… dit Scorpius, les yeux rivés sur le sol.
- Mais putain, regardes-moi au moins quand tu dis ça ! cria Albus qui ne parvenait plus à se contenir, lâchant la poignée pour assener son poing dans la porte de bois. Scorpius sursauta et Potter continua : Je déteste quand tu fais cela ! Je déteste quand tu pars et que tu ne dis rien.
Scorpius baissa la tête, refusant toujours de rencontrer son regard, et Albus sentit son cœur se serrer.
- Si tu vois quelqu'un, si tu as un petit-ami la moindre des choses c'est de…
-Non ! dit-Scorpius en secouant la tête, non je n'ai pas de petit-ami caché. C'est… c'est compliqué, ne me demande pas de t'expliquer.
- Tu n'es pas juste avec moi !
- Je sais ! cria Scorpius.

Il se calma aussitôt quand il se rendit compte que leurs voix avaient attirés l'attention curieuse d'un groupe de filles qui chuchotaient en les regardant. Malfoy poussa Albus, ouvrit la porte et attrapa la main de son compagnon pour pénétrer dans le bâtiment. Quand le jeune blond s'assura qu'ils étaient seuls à nouveau, il se tourna vers Albus.

« C'est la dernière fois. »

Albus sembla ne pas comprendre mais Scorpius continua.

« Je sais que ce n'est pas juste pour toi, que tu as l'impression d'être utilisé ou je ne sais quoi. Je sais que tu détestes que je te cache ce que je fais. Mais je te jure, que c'est la dernière fois ! Crois-moi Albus, c'est la dernière fois. »

Malfoy serrait sa main entre les siennes et Potter regarda les doigts blancs qui s'accrochaient aux siens.

-C'est la dernière fois que tu partiras comme cela… mais tu ne me diras pas ce que tu faisais?

Scorpius secoua doucement la tête, mais ses yeux avaient une lueur implorante, demandant intensément à Albus de lui faire confiance.

- Est-ce que j'ai le choix, dit finalement Albus en souriant. Mais son sourire était plein d'amertume.

Il lâcha la main de Scorpius et commença s'éloigner en direction des escaliers, laissant le jeune blond seul et douloureux dans le couloir vide. Malfoy regardait ses mains qui avaient laissés échapper celle de l'homme qui faisait battre son cœur, et celui-ci semblait battre moins fort à présent.

« Dépêches toi ! Tu vas attraper la crève dans ces fringues mouillés »

Scorpius leva et aperçut le garçon aux yeux verts qui l'attendait au bout du couloir et lui tendait une main qu'il s'empressa de serrer dans les siennes.


Voilà pour ce chapitre !
REVIEW PLEASE !