Chapitre 18 : De chair et de Porcelaine
Bonjour à tous!
Oui je sais, j'ai été très longue, je m'en excuse!
Mais j'ai longtemps, longtemps longtemps, hésité à écrire ce chapitre qui me se formait dans la tête.
Pourquoi?
Vous le comprendrez en le lisant, il est sombre et j'ai été assez loin. Mais au fond c'est ce que j'avais en tête pour Scorpius dès le début même si, au fur et à mesure, je ne voulais plus écrire ce qui s'était passé. Ecrire les choses plutôt que simplement les imaginer c'est quand même un exercice périlleux et glauque… glauque glauque glauque,… et sordide et sinistre.
Faites-moi savoir ce que vous en pensez!
Musique: Fantasia, BO de Kuroshitsuji Book of Murder et Miette, BO de la Cité des Enfants Perdus
Harry posa ses lunettes à côté de la Gazette du Sorcier sur la petite table ronde et se renfonça dans le canapé du salon. Il frottait ses yeux, fatigués d'avoir parcouru plus d'une vingtaine de rapports, tous devant être signés de sa main. A la fin de l'année, quand les dossiers se bouclaient, le chef du département des Aurors devenait un esclave administratif, son poignet le faisait souffrir non pas de trop utiliser sa baguette, mais sa plume pour parapher maint et maint rames de papier et rouleaux de parchemin. Ses doigts couvraient encore ses yeux quand il entendit le pas de Ginny. Sortant de la cuisine, elle lui avait sans doute préparé une tasse de thé alors qu'elle s'était servie sa tisane de 16h. Les habitudes sont rassurantes. Un parfum de vanille lui parvint et il ouvrit les yeux.
Sa femme se tenait devant lui, deux tasses à la main et un journal sous le bras. Il prit la tasse qu'elle lui tendait avec un sourire et la posa sur la table avant de l'enjoindre à s'asseoir avec lui.
- Tu as lu cela ? dit Ginny en tendant un exemplaire du Sorcière Hebdo à son mari, alors qu'elle s'asseyait sur le canapé.
Harry prit le journal, et observa la première page. A la Une, une photo de mauvaise qualité montrait deux garçons cachés parmi les alcôves de Poudlard. Il reconnut son fils sur l'image. Albus souriait au jeune Malfoy dont le dos reposé contre le mur, avant de glisser ses doigts dans ses cheveux et de l'embrasser.
Le titre de la Une était évocateur : Jeunesse décadente derrière les murs de Poudlard.
« Il aurait pu choisir un titre plus graveleux encore, grinça Harry en lâchant le journal sur ses genoux, comme si le toucher lui salissait les doigts.
- Tu sembles plus énervé que surpris ?
Harry se tourna vers sa femme, un sourcil levé.
- C'est le cas. Le « Sorcière Hebdo" est saloperie. Il l'était déjà lorsque Rita Skeeter écrivait sa chronique. Maintenant qu'elle dirige le journal c'est encore pire.
- Certes, dit Virginia en tapotant le journal de l'ongle, tout en resserrant ses doigts autour de sa tasse de thé. Et concernant le sujet de l'article ?
- Le sujet ?
- Notre fils et Scorpius Malfoy ?
- Ginny, on s'en doutait.
Elle soupira.
- Oui, la façon qu'il a eu de le rattraper au match était impressionnante, c'était une véritable preuve de confiance, d'un côté comme de l'autre. De là à les imaginer s'embrassant dans un couloir désert, il y'a une marge !
- Et cela te gène donc ?
- Qu'Albus aime un garçon ? Au rythme des relations amoureuses de Lily et James je suis sûre d'avoir plus de petits-enfants que je n'en souhaiterais. Mais les Malfoy Harry ! » Potter expira, les doigts sur ses tempes et elle poursuivit. « Pendant une année entière j'ai cru que je devenais folle, j'ai écrit des menaces avec du sang sur les murs de Poudlard! Tu t'imagines qu'en transe j'ai égorgé des poules pour écrire avec leur sang… Je me réveillais couverte de plumes, les mains rouges et visqueuses. Et si j'avais tué quelqu'un Harry ! » Sa voix s'abaissa. « Sans compter le nombre de fois où Lucius Malfoy a voulu vous tuer toi, Ron et Hermione. Et Drago… » Un grimace déforma son visage. « Quel sale petit con… ! »
Harry acquiesça à cela. Drago Malfoy et lui gardait une distance respectable l'un de l'autre depuis de nombreuses années et éviter toute rencontre. La haine qui les avait animés durant leurs années d'étude avait disparu, mais Harry n'avait jamais souhaité un rapprochement. Trop de rancunes et de mauvais souvenirs les séparaient de sorte que le gouffre entre eux semblait trop grand et trop profond pour que l'un d'eux ait l'envie de le franchir. Une aimable distance, oui, c'est tout ce qu'il souhaitait avec les Malfoy. Et cette distance, leurs fils semblaient déterminer à la réduire allègrement.
« Il t'avait écrit pour t'en parler?
La voix de sa femme le sortit de ses pensées.
- Albus? s'enquit-il. Pourquoi l'aurait-il fallu ? Et puis regarde la mauvaise qualité de la photo, peu de luminosité. Il est clair que le cliché a été pris dans un endroit peu éclairé. Il n'y a personne, et tous deux semblent ignorer qu'ils sont pris en photo. Je ne pense pas qu'ils vivent leur relation au grand jour. » Il poussa ses dossiers et attrapa sa plume. « Ce qui justifie que j'écrive dès maintenant au « Sorcière Hebdo » pour leur rappeler que ces enfants sont mineurs et qu'aucune photo ne saurait être publié sur eux sans mon accord et celui du responsable légal de Scorpius.
- Tu évites le problème, souffla Ginny.
Harry fit courir sa plume sur le parchemin.
- Il n'y a aucun problème.
Ils marchaient dans le couloir au milieu des autres élèves en direction de la Grande Salle. Alors qu'ils approchaient de la grande porte, Albus soupira et prit la main de Scorpius.
« Qu'est-ce que tu fais ? siffla Scorpius, paniqué, en essayant de retirer sa main.
- Au point où on en est, inutile de faire semblant. » grinça-il en resserrant les doigts autour de ceux de Scorpius. Cherchant son courage, il entraina Malfoy dans la Grande Salle.
Ils avaient gardé le secret pendant presque trois semaines. Personne ne savait qu'ils étaient ensemble. A part Rose, et Dorian évidemment. C'est d'ailleurs la jeune Weasley qui leur avait discrètement fait parvenir l'exemplaire du Sorcière Hebdo où était publié l'article les concernant en cours de Sortilège.
Ils s'installèrent à la table des Gryffondors, au côté de Rose, conscient que beaucoup de regards restaient sur eux. Mais toute l'attention de la salle ne les concernait pas. Un groupe de Gryffondors, une dizaine de personnes, était en furieuse discussion. Au lieu d'eux se trouvait Dorian, impassible. Il concentrait sur lui les regards courroucés.
- Tu ne peux pas quitter l'équipe comme ça !
Scorpius ne sut qui avait prononcé ces paroles mais elles furent suivies de bien d'autres sur le même ton. Alors c'était ainsi, Dorian voulait quitter l'équipe des Gryffondors. Pendant plus de deux semaines, il avait fait un effort considérable, participant à chaque entrainement sans broncher et sans querelle. Chose difficile, puisque sa seule pensée était d'envoyer un maximum de cognards dans la tête de James. Jusqu'à un clash deux jours auparavant. Une simple remarque sur son jeu par son capitaine et Dorian en était venu au main. Ross Finnigan l'avait empêché de cogner James, mais le point de rupture était atteint.
« Mais enfin James tu ne peux pas le laisser faire ça!
Ross, assis non loin à la table des Gryffondors, leva un instant le regard vers James Potter mais celui-ci feint d'ignorer la conversation.
Les grondements se firent plus insistant. Beaucoup enjoignaient Nott de s'expliquer sur sa décision.
Dorian passa nonchalamment la main dans ses cheveux, relevant la mèche qui couvrait sa cicatrice.
« Incompatibilité avec mon capitaine » déclara-t-il une voix atone.
Scorpius aurait voulu disparaitre dans sa tasse de café et s'y noyer.
Un bruissement d'ailes et le courrier arriva, ce qui dispersa un peu l'attroupement des élèves qui coururent prendre les colis, et enveloppes tombant du ciel.
Beaucoup reçurent le journal et les regards se tournèrent vers Albus et Scorpius. Un hibou apporta une lettre à Albus, qui fronça les sourcils, reconnaissant l'oiseau des Potter.
Il ouvrit le parchemin, anxieux, la main presque tremblante.
« Mon père a vu le journal, dit-il doucement et Scorpius retint sa respiration. Il resserra nerveusement ses doigts autour de sa tasse à café.
- Qu'en dit-il? s'enquit-t-il.
Les yeux d'Albus parcoururent rapidement les lignes, et la lecture le calma.
- Il dit qu'il a écrit une demande de rétractation au Sorcière Hebdo sous peine de poursuite et qu'il a fait appel au service de protections des mineurs pour arrêter les publications. Et il s'excuse de ne pas pouvoir faire plus car notre nom fait vendre.
- Efficace… Quoi d'autre?
- Que ma mère l'a réquisitionné pour décorer la maison pour Noël.
- C'est tout?
Albus continua à lire et soupira:
« Apparemment. » Il cligna soudain des yeux comme s'il s'était trompé dans sa lecture et se tourna vers Scorpius. « Il demande si tu veux venir quelque jours pendant les vacances de Noël. »
La surprise puis un silence gêné s'installa entre eux, dans le brouhaha étouffé des élèves et les bruits de couverts.
- Est-ce que tu aimerais que je vienne, demanda soudain Scorpuis, faisant glisser le rebord de sa tasse à café sur sa lèvre inférieure après en avoir pris une gorgée. « C'est plutôt cela la question. Ce n'est pas à ton père ne nous forcer la main.
- Il ne fait que demander, dit-Albus en fronçant les yeux.
- Je sais. » Il se racla la gorge et poursuivit, la voix basse. « Ça me rend nerveux. Je m'en prends à lui parce que je ne sais pas quoi répondre.
Albus plia la lettre et la mit dans son sac.
- La réponse est oui, j'aimerais que tu viennes. » Il hésita et ajouta : « Je suis conscient que c'est compliqué. »
- Parce que je suis un Malfoy…
- Oui pour cela aussi… murmura Albus.
Scorpius soupira. Evidemment, Albus n'avait pas pensé à son nom et au passé de leur famille en premier. Ce qui l'inquiétait c'est que James aussi serait là.
Il n'avait pas adressé à la parole à son frère depuis le jour où il l'avait frappé. Tous deux gardaient leur distance et cela attristait le jeune garçon, mais il était trop en colère contre son frère. Malfoy se disait qu'il faudrait du temps pour qu'Albus « digère » ce qui s'est passé. Il y pensait souvent, même s'il essayait de le cacher. Le moment le plus évident était quand ils s'embrassaient et se touchaient. Albus prenait grand soin de ne jamais forcer Scorpius et observait ses moindres réactions, effrayé de lui déplaire ou de le mettre mal à l'aise en lui faisait faire ce qu'il ne désirait pas. De sorte que Malfoy le rassurait constamment, n'hésitant pas à le formuler textuellement « J'aime tes mains sur moi », « Oui touches moi », « embrasses moi ». Mais c'est difficile d'expliquer à une personne qu'on a envie de la dévorer ou qu'elle vous dévore.
Derrière toute cette délicatesse il y avait l'ombre de James et le fait qu'Albus détestait ça. Il détestait que le corps de Scorpius garde le souvenir des caresses de James. Et Malfoy le savait.
Un instant Scorpius l'observa, dessinant des yeux le contour de son profil, glissant le regard sur son front et s'attarda sur ses yeux d'un vert brillant et plein, d'une couleur vibrante assombries par de longs cils qui s'animaient à chaque battement de paupière, trop lents alors qu'Albus se perdait dans ses pensées. Sa bouche était légèrement pincée, par l'amertume et la colère sans doute, et ses lèvres palissaient, perdant leur rose. Il serrait souvent les lèvres maintenant, et Malfoy n'aimait pas cela, car il savait qu'Albus pensait à James. Il se penchait doucement sur le garçon et une senteur lui parvint. L'odeur de sablé à la cannelle qui s'attardait sur son souffle alors qu'il entrouvrait enfin les lèvres pour soupirer et Scorpius eut envie d'en goûter la saveur. D'où venait cette flagrance de cannelle ? Du curd bien sûr, une confiture anglaise que Scorpius n'appréciait pas vraiment. Mais Albus en prenait chaque matin, le pot était d'ailleurs ou vert à côté de son thé. Il se pencha un peu plus, attiré, et Albus leva les yeux vers lui et lui sourit. Il sembla sur le point de se pencher vers lui, pour un baiser, que Scorpius n'avait pas l'intention de lui refuser malgré la salle boudée et bruyante. Une folie du moment. Une main dans le dos interrompit son élan et le fit presque sursauter. Dorian se trouvait derrière lui. Ces yeux étaient cernés et son teint pâle, un signe de manque de sommeil évident. Il ressemblait un peu à son père à la peau cireuse, ce qui effraya Scorpius.
Tu as deux minutes? demanda Dorian, sa voix profonde, presque sombre.
Les cours vont commencer…
ça prendra vraiment deux minutes, il faut que je te parle.
On se rejoint en cours, dit Scorpius à Albus en se dégageant du banc et suivit Dorian vers l'entrée de la Grande Salle.
Classe d'arithmancie...
« Monsieur Malfoy, vous avez 5 mn de retard. Veuillez passer devant la classe pour compléter cette formule d'arithmancie, en utilisant l'alphabet de Tripolie je vous prie, et vous passerez votre heure prochaine en retenue avec moi. Vous aviez un temps libre n'est-ce pas? Allons dépêchons dépêchons ! »
Scorpius avait pourtant passé la porte sans bruit, ravi que malgré sa lourdeur, la porte de bois n'avait pas grincé en tournant sur ses gonds. La moitié de la salle avait été franchie avec succès sur la pointe des pieds dans le dos du professeur qui écrivait au tableau avec sa baguette. Il avait rejoint son siège et avait commencé à déballer ses affaires quand la voix de baryton du professeur l'avait appelé devant la classe. Albus lui lança un regard navré et il abandonna son sac ouvert sur le bureau pour compléter l'équation de numérologie que le professeur bedonnant et mal rasé avait commencé à écrire. Heureusement qu'il était doué dans la manipulation des nombres car le Professeur Baxter n'était pas tendre avec les élèves qu'il interrogeait.
Alors qu'il aboutissait à la fin de l'équation, le professeur de posta derrière lui.
Parfait monsieur Malfoy, parfait, vous avez un don avec les chiffres. Je suppose que votre devoir de retenue ne vous posera aucun problème à savoir « quel est l'interprétation de la numérologie par Septimus Tripoli et de Pythagore dans le nombre d'expression, le nombre intime et le nombre de réalisation »
Mais c'est impossible à faire en une heure! grinça Scorpius en baissant sa baguette.
Je le pense en effet. Vous me rendrez donc le devoir complet pour le prochain cours. A votre place monsieur Malfoy.
Scorpius serra les dents, retint toutes remarques acides qu'il menaçait de déverser sur le professeur, et traina des pieds jusqu'à sa place.
Crétin, souffla-t-il fixant des yeux furieux sur le professeur.
Qu'est ce qui t'as retenu autant? demanda Albus en plaçant le livre au milieu du bureau.
J'essaie de convaincre Dorian de ne pas lâcher l'équipe » chuchota Scorpius en sortant ses affaires. « Il a ça dans le sang, il pourrait même passer professionnel s'il voulait. Dès l'année prochaine tu pourras prendre la place de capitaine de Gryffondor mais pour cela il doit rester dans l'équipe.
Albus avait admiré l'attitude contenu de Dorian envers James. Il n'était pas sûr qu'il aurait pu agir avec la même indifférence, Nott avait une réel maitrise de lui-même. C'est pourquoi le coup d'éclat sur le terrain deux jours auparavant l'avait surpris.
Il a tenu pendant plus de deux semaines, qu'est ce qui l'as fait changer?
Du coup de l'œil, il vit Scorpius tressaillir puis déglutir presque péniblement.
C'est compliqué. » Sa voix était hésitante, ses yeux évitaient de croiser le regard d'Albus. « Je pense qu'il y a des choses que je n'aurais pas dû lui montrer. ça envenimer les choses.
10 mn plus tôt…
Assis sur un banc de pierre parmi les alcôves, Dorian lui tendit la fiole et Scorpius cessa un instant de respirer. Il hésita à la toucher, quelque chose l'écœurait, son contenu sans doute. Il l'a pris et la mit rapidement dans son sac.
- Tu l'as vu ? demanda-t-il doucement.
Dorian inspira profondément et acquiesça.
- J'ai craqué sur le terrain de Quidditch le jour où je l'ai regardé oui. ça m'a mis encore plus en colère contre James. Je ne pensais pas que cela soit possible. Alors quand il m'a demandé de recentrer ma position sur le terrain, ce qu'il avait légitimement le droit de demander, je me suis jeté sur lui… Simplement parce que je ne pouvais pas avoir l'autre, j'ai voulu que James soit à terre. Si Ross ne m'avait pas plaqué au sol, je l'aurais bousillé.
Je n'aurais jamais dû te montrer cela.
Non. Ne regrette pas, s'il te plait. Je voulais savoir mais je suis plus lâche que je le pensais, je n'arrive pas à le supporter. Je trouve que c'est terrible… terrible. Et tu aurais dû m'en parler, le jour même !
Retour dans la classe d'arithmancie
Des choses sur James ?
Scorpius s'extirpa de ses souvenirs, surpris par le ton acerbe de cette demande. James James James, Malfoy était fatigué d'entendre de ce nom et de savoir Albus y pensait.
- Non. » Mais Albus le jaugeait avec insistance, tapinant nerveusement du pied. Il ne le croyait pas et Scorpius sentit la colère l'envahir. « S'il s'agissait de James je t'en aurais parlé. Je t'ai dit que je ne te cacherai plus rien concernant ton frère. »
Albus détourna le regard, secouant la tête. Il n'arrivait à se convaincre que Scorpius disait vrai, trop de choses le rendaient suspicieux. Un passé court et pourtant lourd de secrets désagréables. Et il savait que dans les secrets et le mensonge Malfoy excellait, même s'il le faisait avec les meilleures intentions du monde.
Et lui? demanda Albus, préférant changer de sujet plutôt que creuser celui qui le mettait en colère.
Quoi lui?
Dorian, que voulait-il te dire? C'est lui qui voulait te parler au départ.
Scorpius parut hésiter à nouveau, et Albus sentit .
- Il voulait me rendre quelque chose que je lui avais prêté.
- ça ne pouvait pas attendre.
- Non pas vraiment. Mais pour l'équipe, il a dit qu'il y réfléchira.
Changement de sujet bien sûr… pensa Albus.
- Comment tu as fait pour le convaincre ?
- Je lui ai demandé d'être égoïste. »
Albus haussa un sourcil.
« De vivre pour lui » expliqua Scorpius. « Je lui ai dit que mes erreurs deviennent plus atroces lorsqu'il les portes aussi. Que s'il orientait ses actions en rapport avec ce qui s'était passé, il donnait une autre importance, une autre tragédie. Cela rendait les choses encore plus graves et sordides. Et… je lui ai dit d'oublier ce qu'avait fait James, c'est mon fardeau et le sien ».
Albus étouffa un rire sombre et mauvais.
Ah. Il était d'accord avec ça?
Non pas du tout, mais cela l'a tout de même fait réfléchir. » Scorpius hésita et se mordilla la lèvres. « Et cela est valable pour toi aussi.
Ce n'est pas si simple.
Je sais. » Il attrapa la main d'Albus sous la table et la serra. « Donnes-toi du temps. C'est ce que je fais. »
Albus lui sourit, un vrai sourire cette fois, plein de douceur et il reporta ses yeux sur le cours.
Quand le cours se termina, Albus rassembla rapidement ses affaires dans son sac.
- Tu es pressé ? demanda Scorpius, étonné de la rapidité avec laquelle Potter avait rangé ses livres alors qu'il avait un temps libre pour cette heure.
Albus haussa les épaules et Scorpius fronça les sourcils, suspicieux. Cela fit sourire Potter qui se pencha sur le garçon pour l'embrasser, ignorant le regard des quelques élèves qui trainaient à sortir. Acceptant le baiser, Scorpius se retint de passer ses bras autour du cou du garçon. Un raclement de gorge du Professeur Baxter les ramenèrent à la réalité.
- Je passerais à la fin de ta retenue, murmura Albus en mettant fin au baiser. Pour être sûr que tu sois à l'heure au prochain cours.
- Délicate attention, dit Scorpius, les joues rougies alors qu'il s'éloignait et passait devant la classe. Il adressa un rapide clin d'œil à Albus avant de s'asseoir au premier rang pour son heure de retenu.
Potter sourit, puis l'éclipsa, le cœur battant, honteux de ce qu'il avait l'intention de faire.
Albus accéléra le pas, déterminé. Il s'en voulait terriblement mais il ne regrettait pas son action. Il pourrait attendre que Scorpius lui parle mais il ne lui faisait pas confiance. Cela était vrai, il n'y arrivait pas. Scorpius lui devait la vérité, il la méritait. Il lui avait laissé passer tellement de choses et pourtant il continuait à parler dans un langage crypté ou évasif. Il méritait plus, il méritait que Scorpius lui ouvre son cœur, l'arrache de sa poitrine et le lui présente sur une assiette en argent, merde! Il méritait cela!
C'est ce qu'il se disait encore en arrivant dans la salle de Charme où se trouvait une vieille pensive en pierre. Il serrait la fiole tellement fort que sa main en était moite. Quand Scorpius avait laissé son sac sur la table pour aller au tableau, Albus avait aperçu le tube en verre et avait reconnu la substance translucide qui glissait à l'intérieur. Il s'était rappelé que Scorpius l'avait donné à Dorian le jour où James et lui avaient été découverts. Sans réfléchir d'avantage, il avait pris la fiole et l'avait placé dans sa robe de sorcier. Les remords l'avaient tout de suite assailli. Mais quand Scorpius avait été réticent à répondre à ses questions, la jalousie avait eu raison de sa culpabilité.
Pourquoi tu ne m'as pas parlé de cette fiole? Pourquoi me cacher que Dorian te l'a rendu et que c'était pour cela qu'il avait voulu te parler? C'est à cause de James? Ou d'autres secrets encore? Pourquoi Dorian peut savoir et pas moi!
Il traversa la salle de classe et s'approcha de la bassine en pierre sculptée. Il ouvrit la fiole et la versa la pensine. Le liquide translucide se mêla à l'eau argentée. Les mains crispées sur le rebord de pierre, il hésita. Tout d'un coup, il n'était plus sûr de vouloir « voir ». La vérité, il avait peur. Peur de voir James et Scorpius ensemble, de voir leurs caresses, leurs corps à corps, leurs baisers. Même si Malfoy n'avait pas désiré cela, il avait peur de découvrir crûment ce qu'ils avaient fait et comment ils l'avaient fait.
Mais le besoin de savoir supplantait la peur. Il inspira et se résigna.
« Pardon Scorpius » souffla-t-il et il plongea la tête dans la pensine.
Il n'était pas à Poudlard. Albus ne connaissait pas ce lieu.
C'était grand bureau, le genre que l'on peut trouver dans un manoir ou dans un château. Des bibliothèques occupaient la plupart des murs, un bureau massif en bois de rose trônait au centre de la pièce sur un tapis persan mêlé de fils d'or. Le reste du mobilier consistait en deux fauteuils de velours rouges et une commode en châtaignier où étaient placés des figurines de bois et un coupe-papier turque. Un garçon était assis au bureau. Albus le reconnut. C'était Scorpius.
Assis devant le bureau, le siège légèrement tourné vers la lumière, le garçon regardait par la fenêtre, une plume enduite d'encre à la main. C'était Scorpius, mais plus jeune, le visage plus rond, les joues pleines et rosées. Il observait le jardin à travers la porte fenêtre, rêveur. Un homme au costume gris était debout non loin, un livre dans les mains. Il lisait mais Scorpius n'écrivait rien. L'homme aux cheveux bruns gominés retira ses lunettes et épongea nerveusement son front, puis déglutit péniblement, le regard fiévreux porté sur Scorpius. Conscient que Malfoy s'intéressait plus à l'appel de la nature qu'à son cours, il tapa de sa baguette sur le bureau et demanda au garçon de se concentrer. Scorpius sursauta, avant de sourire, de ce sourire espiègle qui prépare un mauvais coup. L'homme, sans doute son professeur, lui demande ce qui l'amusait. Scorpius rit de sa nervosité et lui dit qu'il devrait rentrer chez lui et profiter de cette belle journée pour qu'il puisse faire de même.
- En plus vous semblait un peu souffrant. Vous êtes tout rouge.
- Ma matière vous amuse donc? Ce n'est pas parce que vous avez un talent certain pour le sujet que vous ne devez pas travailler.
Scorpius haussa des épaules.
- C'est vraiment une belle journée, il fait trop beau pour étudier. En plus, vous dites que nous sommes très avancés dans notre programme, faire une pause serait une bonne chose pour vous. Cela vous rendrait service.
- Et comment cela?
- Et bien, si ma famille se rend compte que j'en apprends plus dans les livres qu'avec vous, vous ne pourrez plus justifier votre salaire.
- Vous êtes un petit démon à la langue bien acérée.
Il était visiblement tourmenté par quelque chose, il tremblait. Il s'approcha de Malfoy, se posta derrière sa chaise de bureau et se pencha au-dessus lui.
« Savez-vous que votre père veut me congédier ? » Scorpius se raidit, visiblement importuné par la proximité du professeur. « Oui vous le savez…. Encore un mois et mon contrat se termine. Je lui ai dit qu'il vous restez encore beaucoup à apprendre. Il pense que vous êtes prêt pour Poudlard.
- Je pense aussi que j'ai tout appris de vous. C'est ce que j'ai confirmé à mon père.
Sa voix était dure. Il ne semble pas apprécier le jeune professeur.
- Vraiment » siffla l'homme. « Peut-être puis-je vous prouver le contraire ? Qu'en pensez-vous ? » Scorpius lui lança un regard mépris, mêlé défi sans doute et le professeur continua en marchant nonchalamment derrière le siège du garçon :
« La Transfiguration n'est en fait qu'une partie infime de la Métamorphose. Elle permet de transformer un objet en autrechose, cela vous le savez bien. Il est facile de transformer un objet en un objet ou un être vivant en un objet. Nous l'avons d'ailleurs fait dans cette même pièce. Mais transformer un objet en un être vivant est un procédé délicat qui nécessite de vraies connaissances en biologie élémentaire. Ainsi cette lampe de bureau, par exemple, peut prendre un aspect des plus surprenants. » Un coup de baguette et en un instant, la lampe se transforma en une bête-insecte brune aux multiples pattes et au corps cerclé d'anneaux jaunâtres, une carapace luisante.
- Mon Dieu, souffla Scorpius. Et Albus, spectateur, cria au même moment que lui.
- Ceci est un Scrutigère Veloce » informa le professeur, la voix tintée d'un lugubre enthousiasme « aussi appelé mille-pattes-araignée . Très agressif. »
La bête ondula un instant et tourna ses deux grands yeux noirs et luisants mais sans vie vers le garçon. D'un coup, il anima ses nombreuses pattes qui cliquetaient sur le bois vernis du bureau. L'insecte se précipita vers Scorpius qui poussa un cri et sauta de son siège. Il se jeta sur le professeur, la bête sur ses pas et agrippant les épaules de l'homme, s'accrochant à ses bras pour se soulever de terre, nouant ses bras autour de son cou. Le professeur se mit à rire sans joie, soutenant à peine le garçon alors que la bête s'arrêtait près de ses chaussures noires, levant la moitié de son corps vers l'enfant.
- Et « veloce » veut dire « rapide » dit le professeur en tenant le garçon par les hanches. Il le pencha pour lui faire admirer la bestiole de plus d'un demi-mètre qui essayer d'attraper les chevilles que Scorpius tentait d'enrouler autour des jambes du professeur. Le garçon cria encore.
- Arrêtez ça!
- Je croyais que mon cours était ennuyeux, c'est ce que vous n'avez cessé de répéter à votre père non? souffla-t-il en serrant le garçon contre lui, le visage dans sa gorge, respirant sa peau.
- Arrêtez! cria Scorpius alors qu'il sentit une des pattes de la bête attraper son pied.
Le bruit des pattes qui cliquetaient sur le parquet cessa. Haletant, Scorpius tourna doucement le regard vers le sol. L'insecte était redevenu une lampe de bureau à l'abat-jour jaune pâle. L'homme le serrait toujours contre lui, son cœur battait contre le sien, puissant contre sa poitrine. Scorpius savait que son cœur tambourinait à lui faire mal parce qu'il avait eu peur. Le professeur n'avait pas eu peur et pourtant, son rythme était empressé. Quelque chose grossissait contre le ventre du garçon et Scorpius leva les yeux vers le visage aux yeux bruns. Ceux-ci étaient sombres, dilatés. Le visage était rougi, la respiration irrégulière. Scorpius apprendrait ce regard et saurait ensuite le reconnaître. Le visage du désir, le visage des pulsions malsaines.
Au moment où Scorpius fit un mouvement pour descendre de ses bras, le professeur l'embrassa, douloureusement, claquant les lèvres contre ses dents. Le garçon le repoussa, tirant sur ses cheveux, arrachant ses lunettes qui se brisèrent sur le sol. Il se dégagea du baiser, enfonça ses ongles dans ses épaules.
- Vous êtes malade! Posez-moi tout de suite !
- Tu étais moins fier juste avant quand tu t'es précipité dans mes bras.
Méprisant, Scorpius rétorqua :
- Ne vous méprenez pas, c'est l'erreur la plus commune, pour se protéger d'un monstre, on saute dans les bras d'un autre.
L'homme sembla perdre son calme, la colère embrasait ses traits, enlaidissait sa bouche qui prit un pli cruel.
« Bien, alors je pense que la leçon n'est pas terminée. »
Il lâcha Scorpius. Ses pieds heurtèrent la lampe en touchant le sol et il trébucha. L'homme ne lui laissa pas le temps de se relever.
« Une autre fraction de la Métamorphose est la Disparition! Vous savez que l'on peut faire disparaitre un objet, comme ceci! »
La baguette de Scorpius posée sur le bureau disparut. Le garçon se leva d'un bon, la colère rosait ses joues.
« Faites-la réapparaitre William » gronda-t-il. « Je veux ma baguette tout de suite ! »
L'homme le scrutait mais ne semblait pas l'entendre ou plutôt était décidé de l'ignorer et poursuit la leçon :
« Mais faire disparaitre des objets est assez simple en somme. Ce qui l'est moins en revanche, c'est faire disparaitre une partie d'un objet ou d'un corps car il faut avoir une connaissance très précise de la partie que l'on veut faire disparaitre. Surtout si celle-ci est invisible. Par exemple, il peut s'agir des ouvertures d'une maison. » Le professeur pointa sur la porte d'entrée qui se mura et disparut, les piégeant dans le bureau. Scorpius pâlit et l'homme se tourne vers lui, un sourire sinistre sur les lèvres. Il fixa sa baguette sur Scorpius et murmura « Ou de vos cordes vocales. »
Scorpius sentit un souffle glacée dans sa gorge, y porta ses mains et hoqueta de peur mais aucun son ne sortit de ses lèvres. Il serra ses doigts autour de son cou, essayant de produire des sons et des mots mais rien, le silence. Il eut envie de se griffer la peau, les larmes emplissaient ses yeux et de rage, il courut jusqu'au professeur et cogna, mais ses poings étaient trop faibles et le jeune homme l'immobilisa, serrant ses avant-bras dans une poigne de fer. Il obligea le garçon à le regarder et continua:
« Dans ce cas précis, il est indispensable d'avoir une connaissance approfondie de l'anatomie humaine tu vois, car si j'avais fait disparaitre ta trachée, tu serais en train de suffoquer. » Saisi par la peur, Scorpius se figea, tremblant. L'homme continua de sa voix douce. « C'est pour cela que la Métamorphose est un sujet passionnant. Il multiple et complexe. Tu vas bientôt le découvrir. » La voix reprit le ton professoral. « Autre fraction, la Conjuration! »
Quelque chose cogna légèrement dans les talons de Scorpius et il se retourna. Un matelas blanc et fin trônait au milieu de la pièce devant le bureau. Avant qu'il ne puisse réagir, des bras puissants le saisir et le forcèrent à s'agenouiller sur le matelas. Il se débattit mais l'homme s'allongeait avec lui, l'entrainant de son poids pour le clouer sur le sol. Il battait des pieds et des bras mais il ne faisait que s'épuisait. Il s'époumonait à crier, des hurlements qui n'avaient aucun son. Il appelait son père, Dorian, quelqu'un ! Mais seul un souffle silencieux passait sa bouche grande ouverte alors qu'il hurlait à pleins poumons. Fatigué et essoufflé, les poignets fixés au matelas par des mains puissantes, il finit par pleurer en silence, désespéré. Le professeur le regardait, les yeux fiévreux, mais nullement ému par son impuissance, impitoyable, presque clinique. Il observait Scorpius comme un enfant regarde un papillon dont on a arraché les ailes, ou un poisson qui agonise hors de l'eau avant que la mort ne le calme. Quand les larmes eurent cessés, l'homme effaça les traces humides sur le visage du garçon.
« Tu dois penser que j'ai perdu la tête. » Sa voix était douce et ses yeux fous étaient empreints de tristesse. « C'est ce que je crois aussi. Ce n'est pas d'aujourd'hui. Tout s'effondre autour de moi et ça me rend fou. Je pensais que je pourrais encore attendre. Ton père m'avait demandé de rester encore un an, je croyais que j'aurais plus de temps et que je pourrais empêcher cela d'arriver mais… maintenant que je sais que je dois partir, je ne peux pas le supporter. Je ne peux pas résister mais je ne peux pas démissionner sans… j'ai rêvé de ce moment depuis le premier jour où je t'ai rencontré. Je… je n'aime pas les petits garçons, non c'est autre chose. J'ai… j'ai essayé de me soigner. Je savais qu'ici la tentation serait trop forte et je ne voulais pas accepter ce poste. Mais j'en avais besoin. Qui paiera les soins de ma mère si je ne le fais pas! Il faut me comprendre. » Une supplique dans sa voix. Il demandait Scorpius de lui pardonner pour ce qu'il allait faire et le garçon sentit la peur s'insinuer dans chaque cellule de son corps, et le glaçait d'effroi.
« Ensuite, il y a la Détransfiguration » murmura le professeur. Ce sort permet d'annuler tous les sorts précédents. Normalement, le cours académique classique s'achèverait ici car je t'ai montré tous les sorts que tu devras maîtriser à Poudlard. » Il approcha son visage de celui du garçon, il humait sa peau et Scorpius se contracta sous le souffle chaud qui caressait ses joues. Les yeux de l'homme s'assombrirent. « Mais il y en un autre sort de métamorphose. » Sa voix était creuse, sinistre. « Un sort de Magie Noire, qu'ils ne t'apprendront pas. C'est celui que j'ai toujours voulu te montrer. Il s'agit … du Sort de Pétrification . »
Horrifié, Scorpius sursauta, essayant de se dégager. Les mains de l'homme semblaient d'acier.
Il se débattit, conscient de la voix doucereuse de l'homme qui lui murmurait de se calmer. Vaincu, il se remit à pleurer en silence.
- Tu as peur » chuchota le professeur qui essuyait ses larmes. « Moi aussi, un peu. Je ne l'ai jamais fait. Mais j'ai étudié le cas. Il parait que les effets s'apparentent à la Rigor Mortis, la rigidité cadavérique. Enfin ça, c'est théorie. Moi je crois que c'est différent. Contrairement à un cadavre, le sujet pétrifié ne perd pas l'élasticité des tissus et des muscles. Non, la peau reste douce et souple j'en suis sûr. »
Plaçant les deux poignets fins de Scorpius dans une seule main, les serrant dans une poigne de fer, il appliqua la pointe de sa baguette sur les côtes du garçon et murmura.
Les mouvements cessèrent.
Le corps de Scorpius se raidit, la respiration s'arrêta, tous ses membres se glacèrent, ses yeux se figèrent.
Un cadavre, mais aux joues roses et aux lèvres pleines. Le corps ne semblait pas mort.
Juste… sans vie.
L'homme toucha le visage du bout des doigts, la main tremblante. Il sursauta au contact de la joue de Scorpius. Puis un gloussement de plaisir échappa de sa bouche alors qu'il caressait les lèvres du garçon.
« Oui la peau douce j'avais raison, mais elle est froide aussi! Comme de la porcelaine! »
Fou, les gestes nerveux et saccadé, il déboutonna le pantalon de Scorpius et le fit glisser le long de ses jambes raides. Il fit ensuite descendre le sous-vêtement. Il palpa les cuisses, jaugeant de la souplesse de la peau et déglutit péniblement. Il plaça une main dans le dos du garçon une sur sa hanche et il le redressa, tordant les membres comme il le ferait avec une poupée au visage de porcelaine et aux membres de bois, prenant garde aux articulations. Il assit Scorpius, bougea doucement sa tête, l'inclina délicatement et défit ses cheveux qui tombèrent en cascade dans son dos. Il les ramena vers l'avant, encadré son visage de mèches blondes. Il ajusta les bras, un vers le bas, la main près de la cuisse sans la toucher, l'autre légèrement tendu la main sur la côté, un mannequin de vitrine. Il entre-ouvrit la chemise et puis fit légèrement glisser le tissu sur une épaule. Il grimaça devant l'entrejambe de Scorpius et cacha son sexe avec le pan de sa chemise blanche. Il se recula soudain admirant le tableau du garçon statufié assis sur le matelas blanc, la tête inclinée, le regard bleu vide, le visage aux joues roses, le corps figé et la peau blanche, translucide. Le professeur porta les mains à sa bouche en étouffant un « oh » de stupéfaction.
« C'est parfait! C'est parfait … » Il reculait puis avançait, tournait autour du garçon, encore et encore, pour le contempler sous tous les angles. Il passa les mains sur son propre visage puis dans ses cheveux, visiblement à bout de nerfs, il transpirait, et à nouveau il s'approcha, murmurant encore et encore sa folle litanie. Il hésita puis s'approcha pour embrasser les lèvres immobiles du garçon, caressant doucement les membres raides et paralysés.
« C'est bientôt fini, glissa-t-il à l'oreille de Scorpius comme s'il s'apprêta à réaliser la touche finale à son œuvre d'art.
Doucement, il inclina les bras et rabaissa le haut du corps du garçon. Avec une délicatesse extrême, il tourna sa tête vers la gauche et puis retourna le corps et le mit sur le ventre. Tremblant, la sueur perlant sur son front, ouvrit son pantalon et le baissa, libérant son membre tendu. Il releva la chemise qui couvrait les fesses du garçon pour la remonter jusqu'aux épaules et il le chevaucha, le recouvrant de son corps. Collant son bas-ventre contre la peau du garçon, se soutenant à peine de ses bras, il frotta son sexe contre le corps transi et glacé. Un bruit de friction moite envahit la pièce, accompagné par les râles de l'homme. Rapidement, les râles devinrent plus gutturaux et plaintifs, les mouvements de ses hanches plus brusques. Un dernier grognement et son corps se raidit. Haletant, il se redressa et se laissa tomber à côté du garçon.
Après avoir repris son souffle, il attrapa sa baguette pointa l'épaule de Scorpius, il murmura « invanesca ».
Le garçon inspira soudain, son dos se souleva sous la respiration profonde, ses lèvres s'entrouvrirent, ses doigts et ses pieds s'animaient légèrement. Il pouvait enfin cligner des yeux et les larmes lui venaient déjà. Alors qu'il reprenait doucement possession de son corps, il aperçut la porte du bureau qui réapparaissait doucement dans le mur.
« Ton corps se réveille. Cela devrait être rapide. Tu n'auras aucune séquelle. »
Scorpius posa les mains sur le matelas, et avec le peu de force qu'il put rassembler, il se souleva légèrement pour toujours la tête vers l'homme.
Il était assis sur le sol, adossé contre le pied du bureau. Il était débraillé, son pantalon était remonté mais encore ouvert. Ses yeux rougis de larmes.
« Ça a un nom. Pygmalionisme. Mais au fond peu importe, tu ne peux pas comprendre. Personne ne le peut. » Il essuya ses yeux avec sa manche et se releva. Scorpius eut un sursaut et voulut se reculer mais ses jambes ne pouvaient le porter et il tomba sur les genoux à côté du matelas. Un liquide glissait dans son dos. Le professeur lui jeta ses vêtements et fit disparaitre le matelas. Un mouvement de baguette et la matière froide dans son dos disparue. Scorpius attrapa ses vêtements et fit passer ses membres engourdis dans son pantalon. Il essaya de se mettre de debout, les jambes tremblotantes, le dos fébrile et il trébucha après deux pas vers la porte. Mais ses genoux ne touchèrent pas le sol, des bras le soulevaient et le remettaient debout. Scorpius serra les dents et essaya de se dégager, mais le professeur accompagna ses pas vers la porte. Tremblant, le garçon posa rapidement la main sur la clenche de la porte, repoussant l'homme de son autre bras, mais celui-ci immobilisa la main qui tenait la poignée. Il sentait le souffle de l'homme sur sa nuque.
« Ta voix mettra un peu plus de temps, » murmura-t-il . « Peut-être une dizaine de minute. Peut-être plus. Racontes ce que tu veux, ça m'ait égal. » Il lâcha le poignet du garçon. « Peut-être qu'on te croira. Moi je serais déjà loin. » Il s'éloigna. Sans jeter un regard en arrière, Scorpius ouvrit la porte et sortit. Le professeur attrapa la lampe qu'il remit sur le bureau. Il mit les papiers en ordre avant de s'asseoir sur le siège, sortit une feuille blanche du porte-document de maroquin rouge et prit la plume dans l'encrier. Il mit la lettre dans une enveloppe, enfila sa veste et ouvrit la porte pour sortir. A l'entrée, il se heurta à Dorian Nott.
« Excusez-moi Professeur. Je cherche Scorpius, vous ne savez pas où il a pu aller ? »
Albus sortit la tête de la pensine si vite qu'il tomba à la renverse, la respiration haletante. La nausée au bord des lèvres, il ne parvint pas à se mettre debout. Il avait réellement envie de vomir, son corps était secoué de tremblements irrépressibles.
Mon Dieu qu'avait-il vu ? Putain mais c'était quoi ça!
Un instant il resta inerte, choqué.
Il aurait voulu revenir en arrière, il aurait voulu ne pas savoir.
Il finit pas se lever, et s'approcha de la pensine, serrant et desserrant les poings, incapable de savoir quoi faire et quoi ressentir.
Il porta les mains à son visage, couvrit ses yeux et se sentit l'envie de pleurer. Tant de questions de bousculaient sa tête. Quand cela s'était-il produit? Qu-est ce qui s'était passé ensuite? Qui savait? Et où était cet homme aujourd'hui?
Albus n'avait jamais compris la peur qui tenaillait Scorpius à chaque cours de Métamorphoses et son incapacité à effectuer un sort de transfiguration.
Il ne connaissait que trop bien cette matière, théorie et pratique.
Lorsqu'Albus avait été enlevé, il n'avait jamais été en danger. L'homme le chérissait ou plutôt il vouait un culte à son père qu'il prenait pour lui. Il ne voulait pas lui faire de mal. Et surtout, il savait que son père le Grand Harry Potter viendrait à son secours, jamais il n'en avait douté. Son père avait tué le Voldemort le Seigneur des Ténèbres bon-sang! Bien sûr qu'il allait le sauver. Après cela il avait plusieurs thérapies, et avait guéri de ce qu'il y avait à guérir. Et il savait très bien où était son kidnapper, au Bethlem Royal Hospital, asile dont il ne sortirait jamais.
C'était une affaire réglée pour lui, plus traumatisante pour ses parents que pour lui-même. Il n'avait pas réalisé le danger.
Mais si Scorpius avait montré ce souvenir à Dorian ces derniers jours, c'est qu'il avait gardé le silence pendant tout ce temps.
Albus expira doucement, attrapa la fiole et se remit debout. Avec sa baguette, il replaça le souvenir dans le petit tube de verre et le reboucha. Il la plaça dans sa poche et sortit de la salle. Il lui restait un peu de temps avant de rejoindre Scorpius et alors qu'il parcourait les couloirs, il eut envie de trouver Dorian et de lui parler, de le confronter à ce qu'il avait vu, de lui demander ce qu'il savait. Mais il ne savait pas où était le garçon et le temps lui manquait.
Sur un coup de tête, il se dirigea vers la bibliothèque et passa les portes d'un pas pressé. La bibliothécaire lui demanda de se calmer mais il l'ignora et s'enfonça dans les rayonnages de livres. Frustré, il passa en revenu plusieurs colonnes.
« Albus, tu vas bien?
Il se tourna vers Sally Macnair, une gryffondor. Il devait avoir l'air d'un dément pour qu'elle lui demande cela.
- Ouais… ouais ça va.
Il se remit à sa recherche parmi les volumes.
- T'as besoin d'aide?
- Je cherche juste un dictionnaire.
- Un dictionnaire?
- Oui un dictionnaire, répliqua-t-il, conscient de son impolitesse. Un bouquin qui va de A à Z, comme le Oxford dictionary, ou l'Encyclopedia Britannica, juste un con de dictionnaire.
- Ils sont dans l'allée 2-B
Il souffla un « merci » et traversa la grand salle. Arrivé dans les rayonnages, il prit un des volumes, s'assit à une table entre les étagères et il ouvrit à la lettre p.
pycnomètre – pyélonéphrite - pygargue –pygmalion - pygmalionisme
Le pygmalionisme (du grec agalma 'statue', et -philia φιλία = amour) est une paraphilie relatant une attirance sexuelle envers les statues, les poupées, les mannequins ou autres objets similaires figuratifs.
Albus porta la main à sa bouche, la nausée lui revenait à nouveau alors que son esprit se vidait.
« C'est glauque", dit une voix dans son dos.
Potter sursauta et se retourna pour trouver Hugo qui lisait au dessus de son épaule.
" Putain Hugo, tu m'as foutu une de ces trouilles! Qu'est ce que tu fais derrière moi?
- Je voulais savoir ce qui pouvait te faire chercher un dictionnaire avec tant de ferveur. On aurait dit un junkie qui voulait sa dose de crack.
Il ferma le livre, poussant son cousin en se levant de sa chaise et remit le livre en place.
- Je suis juste pressé, Scorpius m'attend, si tu veux tout savoir, même si ça ne te regarde pas.
Hugo ne parut pas offensé par sa remarque.
- Hum justement, on peut faire le chemin ensemble?
Albus leva un sourcil.
- Si tu veux.
Ils sortirent ensemble et descendirent les escaliers jusqu'au 3ème étage, parlant de tout et de rien.
- Ton père t'a proposé d'inviter Scorpius pour les vacances? demanda Hugo d'une voix détachée.
Albus se retint de soupirer d'agacement.
- Je ne sais pas comment tu sais ça, mais oui c'est le cas.
- Ma soeur était avec vous à table ce matin je te rappelle. Elle pense que c'est une bonne idée.
- Et pas toi, répliqua Albus sèchement.
Hugo haussa les épaules.
- On en avait parlé. Tu connais mon avis là dessus.
- Mais tu n'en voudras pas à mon père de faire comme bon lui semble dans sa propre maison?
- Non. Mais puisqu'on fait toujours le 25 décembre au Terrier, tu n'en voudras pas au reste de la famille de penser que c'est une mauvaise idée.
- Qu'est ce que tu en sais? s'énerva Albus.
Ils étaient presque arrivés à la salle de classe et Potter ne voulait que Scorpius entende cette conversation. Il s'arrêta devant Hugo, le stoppant dans sa marche.
- Je n'en sais rien », dit lentement Hugo, les mains dans les poches, le visage impassible, diplomate. « Je m'inquiète c'est tout. Imposez Scorpius Malfoy chez les Weasley n'est pas ce que j'appelle une bonne idée.
- Je n'impose rien, mes parents l'ont invité.
- Ton père l'a invité.
- Il ne l'aurait jamais fait sans le demander à ma mère.
- Ton père pense que ta mère est plus forte qu'elle n'est et elle aime lui faire croire que c'est vrai.
- Tu racontes n'importe quoi, siffla Albus.
- Ils y pensent tout le temps tu sais? A la guerre. » La voix d'Hugo demeurait étrangement neutre, comme s'il énonçait des évidences qui ne le concernait pas. « C'est pour ça qu'ils n'en parlent jamais. Scorpius a les yeux des Malfoy, il a les cheveux des Malfoy, il a les attitudes des Malfoy. Que tu le veuilles ou non, à la table du festin de Noel, grand-père aura l'impression d'avoir Lucius Malfoy pour le réveillon.
- Il ne viendra pas au Terrier, ça te va? grinça Albus, désireux d'en finir. Il n'avait même pas réfléchi aux vacances de Noël et à ce moment précis il s'en fichait, il voulait juste voir Scorpius. « Il viendra chez mes parents et pas au Terrier.
- Bien. » Il lança à nouveau son étrange sourire, celui qu'on peint sur un masque, et il tapota Albus sur l'épaule, avant de faire demi-tour. «Au fait! Passes le bonjour à Scorpius de ma part. » dit-il avec un clin d'oeil avant de disparaître au tournant du couloir.
Albus secoua la tête, et repartit vers la salle de cours. Il jeta un coup d'oeil à l'intérieur et vit Scorpius qui s'était levé pour rentre les parchemins de son devoir au professeur dubitatif. Apparemment Malfoy avait réussi à finir le devoir dans l'heure et Mr Baxter semblait étonné. Albus rentra dans la classe et la traversa. Arrivé au niveau du bureau de Scorpius, il sortit le fiole de sa poche et la glissa discrètement dans la sac.
En quittant le bureau du professeur, Scorpius l'aperçut et lui sourit. Un sourire radieux qui lui souleva le coeur.
« Tu as fini? demanda-t-il. Sa voix était mal assurée et sa gorge était serrée.
- Oui, répondit Malfoy avec enthousiasme. J'ai mis moins de temps que je le pensais. Je n'avais vraiment pas envie de bosser encore dessus. J'ai gratté du papier comme un fou, mon poignet est en bouillie.
Albus acquiesça mécaniquement et attendit que le professeur Baxter traverse la salle de cours. Scorpius prit son sac et se mit à ranger ses livres quand Albus l'arrêta et le tira à lui. Il le prit dans ses bras et se décida de ne plus le lâcher. Jamais, jamais. Scorpius parut surpris mais se laisser faire, faisant glisser la main dans son dos.
« Tu m'as manqué aussi sourit-il. Et cela fit rire Albus.
Il le lâcha avec réticence et Scorpius reprit son rangement. Potter observait ses gestes assurés et son calme, ses yeux bleus vifs qui ne révélaient rien et recelaient tant. Il avait grandi, il faisait plus « garçon » maintenant, mais son corps semblait encore trop petit pour contenir autant de secrets. Quel maitrise cet être blanc pouvait avoir pour garder le silence sur tant de choses?
- Tu devrais être Langue-de-plomb.
- Quoi?
- Après Poudlard, tu devrais travailler au Département des Mystères.
- Et qu'est ce que j'y ferais?
- Tu étudierais des Mystères et tu en garderais les secrets.
Scorpius mit son sac sur son épaule et inconsciemment, prit la main d'Albus pour traverser la classe.
- Dorian serait très déçu, lui qui me dit que je dois apprendre à parler…
Albus baissa la tête et se mordit la lèvre, plus fort que d'habitude, se concentrant sur ce qu'il devait dire et non ce qu'il désirait dire.
- Il a peut être raison » dit-il doucement. Il releva la tête et se racla la gorge. « A la fin de la semaine on part en vacances de Noël, il faudrait que tu me dises ce que tu compte faire.
- Je vais écrire à mon père pour lui demander de venir chez vous.
- C'est vrai?
- Oui» Scorpius sourit devant l'enthousiasme du garçon. « Pour une partie de la soirée du réveillon je pense. Et puis je pourrais venir pour quelques jours. Enfin on verra.
- Ouais on verra, dit-il, absent et il passa la bras autour des épaules de Scorpius.
Malfoy souriait toujours, apaisé. Albus souriait, mais ce sourire, il ne parvenait pas à le garder. Il souriait parce qu'il le devait.
Volà! GLAUQUE!
Je vous avoue que j'ai eu du mal à écrire ce chapitre. Mais quand j'avais écrit les souvenirs de Dorian sur l'événement (chapitre 7) c'était vraiment ainsi que ça s'était passé (enfin que je voyais les choses), c'est pourquoi le soir Scorpius s'était mis à sursauter au moindre bruit et pourquoi il avait dormi dans une immobilité totale toute la nuit, ne bougeant que ses yeux. Comme s'il revivait cette paralysie et cette prison qu'avait été son corps. Bref glauque glauque glauque!
Bon normalement dans le prochain chapitre nous avons le réveillon chez les Potter qui devrait prendre 3 chapitres. Je dis 3 parce que je crois toujours qu'un chapitre fait énormément avancer l'histoire alors que je reste sur un élément pendant plusieurs chapitres donc là je vois large…
Désolée pour avoir été aussi longue à écrire!
Faîtes-moi savoir ce que vous en avez pensé!
