Chapitre 23: La chute

Bonjour à tous,

Et oui le prochain chapitre est déjà là, je m'impressionne (bon il faut dire que j'ai bien abusé avec les délais de parution auparavant… je m'en excuse encore…) Mais voilà le nouveau chapitre est là!

Bonne lecture!


Albus cessa de mordiller l'ongle de son pouce et tenta de se calmer. Il n'avait pas l'intention de lever ses fesses du canapé mais tous les Potter et Weasley étaient rassemblés autour du sapin. Il n'arrivait pas à feindre « l'esprit joyeux de Noël » et sa mère lui avait déjà demandé plusieurs fois « de faire un effort ». Il l'avait ignoré. Personne n'était dupe, Scorpius ne s'était pas montré de la matinée.

Il avait disparu juste après leur dispute dans le jardin. Peut-être s'était-il réfugié dans la chambre de James ou dans le bureau de son père, il n'en avait aucune idée. James et lui étaient rentrés pour déjeuner au comptoir de la cuisine, sans échanger un seul mot. Son frère lui lançait régulièrement des regards inquiets de biais, ce qui avait prodigieusement agacé le garçon. Teddy et Victoire s'étaient levés en premier, au grand soulagement de James qui avait demandé à son frère d'adoption de lui soigner le visage, sa tempe qui commençait à bleuir et sa lèvre fendue. Victoire s'était assise avec une tasse de thé vert et avait fait remarquer à Albus qu'il avait bien grandi, comme s'il avait pris dix centimètres en 4 mois, ce qui était surement le cas, puisqu'il regardait James dans les yeux sans lever la tête à présent. Un beau jeune homme, affirma-t-elle avec un sourire, et Albus esquissa un demi-rictus en détournant les yeux. Il n'avait pas la tête à recevoir des compliments même réels. James s'était assis à côté de lui au comptoir, et Albus en fut offusqué et soulagé. Il avait toujours envie de cogner James, d'autant plus depuis qu'il avait vu que son frère avait essayé d'embrasser Scorpius dans la bagarre, mais il avait aussi vu que c'était Scorpius qui l'y avait encouragé avant de l'attaquer. Tout cela l'écoeurait. Malgré tout il appréciait la présence du garçon, car ils partageaient des choses dont il ne pouvait parler. Il avait ressenti la même chose en dormant à ses côtés la nuit précédente. Il était en colère, mais son frère lui manquait. Il lui manquait terriblement. Il y avait pensé toute la nuit, les yeux fixés sur le plafond, ce putain de plafond, pendant des heures. James était ses côtés et ne dormait pas, tout deux étaient incapables de trouver le sommeil. Quand James avait quitté la chambre, il l'avait entendu. A ce moment là, il somnolait à peine, sombrant d'épuisement. Il savait que James allait réveiller Scorpius. Et il était en colère parce que Scorpius avait fui. A nouveau. Il fuyerait toujours. Il l'aimait, il était fou de lui, mais il n'en pouvait plus. Scorpius le vidait de tout, l'épuisait. Il n'aurait jamais dû voler cette fiole, mais il ne pouvait pas s'empêcher d'être jaloux, suspicieux, plongé dans la peur que Scorpius lui mente ou lui cache encore des secrets qui pourraient lui faire mal. Car il avait été blessé, ce qui s'était passé entre James et Scorpius l'avait bouleversé, son frère l'avait terriblement déçu et Scorpius… Si Scorpius lui avait fait confiance, s'il l'avait voulu, Albus aurait pu l'aider et jamais, jamais tout cela ne se serait produit. Mais il avait préféré se taire et sombrer. Et il recommençait cette même boucle de silence et de douleur, encore et encore. Potter ne pouvait pas vivre comme cela.

Il finit par se lever du canapé et s'approcha de Harry, qui observait les plus jeunes enfants ouvrir leur paquet.
« Où est Scorpius, lui avait discrètement demander son père.
- Je ne sais pas.
- Il est parti à l'étage, il y a un moment, dit Arthur. Je crois qu'il est dans ton bureau Harry.
- Tu ne vas pas le chercher? demanda Potter à son fils.
Albus serra les lèvres et expira.
- Je ne crois pas qu'il veuille être là.

Sa mère lui mit un cadeau dans les mains en lui souriant et Albus l'ouvrit doucement, essayant d'y mettre tout l'enthousiasme qu'il ne parvenait pas à ressentir pour coller à l'ambiance. Les cris de joie, les bruits de papiers cadeau qui se déchiraient, les rires, les remerciements, tout cela lui paraissait lointain. Il en ressentit pourtant toute la puissance quand il aperçut le contenu de son paquet cadeau. Une caméra black magic semi pro, une petite merveille pour réaliser des films moldus professionnels. Albus resta sans voix. Il avait une Super 8 et d'autres caméras anciennes, une ou deux numériques qu'il s'était payé avec son argent de poche. Mais jamais il n'avait eu en main une caméra assez puissante pour réaliser de véritable long métrage. Il leva les yeux vers ses parents, la bouche entrouverte:

« C'est… c'est trop!
Son père haussa les épaules.
- Tu veux faire une prépa cinéma après Poudlard, il te faut au moins cette caméra. Elle est sur la liste des fournitures. L'école peut te la louer, mais autant que tu aies la tienne.
- Oui mais, c'est… » Albus serrait la boite dans ses mains, ébahi. Il n'osait pas l'ouvrir.
- C'est une idée de James, dit sa mère. On ne savait plus quoi t'offrir.
Albus lança un coup d'oeil à son frère qui déballait un casque de moto et Evan lui tendait les clés de sa moto en lui faisait comprendre que lui et Amanda l'avaient amené pour lui.
« Ses enfants sont trop gâtés! s'indigna Percy, gêné par la quantité des cadeaux que recevaient les Potter et Weasley.
- Ce n'est pas parce que tu es radin avec ta propre famille que nous devons suivre ton exemple Percy, grinça Ron, qui n'avait aucune envie d'écouter son aîné critiquer à nouveau la façon dont ils élevaient leurs enfants.

Albus était heureux à cet instant. Son trésor en main, il eut envie de se précipiter dans le bureau pour le montrer à Scorpius. Peut-être même lui expliquer comment la caméra fonctionnait. C'était étrange, ce besoin de partager son bonheur avec le garçon, pour que celui-ci soit plein et complet.

« Je reviens » souffla-t-il. Il posa la caméra sur le meuble, collant la boite contre le mur pour qu'elle ne risque pas de tomber et il se dirigea vers l'escalier.
Il arriva dans le bureau. Une odeur de cuir brulé empestait la pièce. Scorpius se tenait debout devant les flammes de la cheminée, ses bras minces et blancs pendaient le long de son corps frêle et droit. Albus s'arrêta dans l'encadrement de la porte. La main sur la poignée, il observait le garçon. Il ressentit à nouveau cette sensation enivrante, ce désir de le serrer dans ses bras, de porter son visage dans son cou et de respirer son odeur. Il s'approcha, hésitant. L'envie de l'embrasser le brulait. Ce désir s'évanouit quand son regard se porta sur le feu et qu'il reconnut des cuirasses de Quidditch et d'autres accessoires qui se consumait dans le feu. Le tout devait valoir une belle somme. La colère l'envahit à nouveau.
« C'est le cadeau que tu voulais m'offrir? » demanda-t-il. Le garçon a ses côtés gardait le silence, les yeux fixés sur les flammes. « Bravo, très mature. »
Scorpius se tourna vers lui, le jaugeant avec froideur.
- Je ne vois pas pourquoi je te les aurais offert.
Albus serrait les dents, son coeur lui faisait terriblement mal.
- T'aurais dû les donner à James. On partage tout apparemment.
Scorpius haussa les épaules, méprisant.
- Pas vraiment, j'ai couché avec lui et pas avec toi. » Albus eut un mouvement de recul, et expira doucement en regardant le garçon. Scorpius ferma doucement les yeux et les rouvrit, sa voix était douce. « N'essayes pas de me faire mal Albus, je suis plus doué que toi à ce jeu là.
- Oh je sais. Quand il s'agit de faire mal, tu gagnes toujours. »
Scorpius eut un mouvement pour approcher le garçon, la main tendue vers lui et sembla sur le point de dire quelque chose, s'excuser peut-être. Mais Albus recula, secouant la tête.
« Ne me touches pas! Ne m'approches pas, je… J'en peux plus Scorpius. » Malfoy recula et baissa la tête. « J'en peux plus. Je ne suis pas assez fort. C'est trop noir pour moi. Mais j'ai vraiment essayé. » Sa voix s'étrangla. « J'ai vraiment essayé. »
Scorpius leva les yeux au plafond en secouant la tête, il semblait lutter pour retenir ses larmes.
« Dis-moi quelque chose s'il te plait, supplia Albus, tremblant.
- Qu'est ce que tu veux que je te dise, souffla le garçon, incapable de le regarder.
- Ce que tu veux! Dis-moi que tu veux que je reste. Dis-moi que ce sera différent. Bats-toi pour me garder!
- Je t'ai dit que je voulais être avec toi.
Albus eut un râle indigné.
- Et c'est tout ce à quoi j'ai droit?
- Quoique je dise tu ne me fais pas confiance, le coupa Scorpius. Sinon tu n'aurais pas voler cette fiole dans mon dos!
Potter craqua.
- Va-te faire foutre! Toi et ton égo, allez-vous faire foutre. Etrangle-toi avec!» Il sortit en claquant la porte et dévala les escaliers. Quand il arriva dans la cuisine, il n'était pas calmé et fut déçu de trouver la pièce occupée. Il aurait voulu souffler avant d'affronter le monde.

- Scorpius est dans le bureau? demanda Rose. Elle aidait James à démouler des soufflés au chocolat sur des plateaux pour les faire refroidir.
- Oui, il est en train de bruler mon cadeau de Noël, dit Albus, le corps légèrement tremblant.
Rose s'immobilisa, perplexe. James soupira en détournant les yeux et secoua la tête.
« Vous êtes irrécupérables, souffla-t-il.
- Mais pourquoi? demanda Rose, choquée.
- Il devrait rentrer chez lui, dit Hugo en rentrant la cuisine. Il semblait avoir suivi toute la conversation.
- On t'a rien demandé à toi, s'énerva Rose et se tournant brusquement vers son frère. A son ton et au niveau d'agacement dans sa voix, ce n'était pas la première dispute qu'elle avait avec son frère aujourd'hui.
Le garçon haussa les épaules.
- Et alors, il faut forcément passer entre ses cuisses pour donner un avis.
Albus se jeta sur lui et James le bloqua au moment où son poing allait percuter le garçon, les bras autour de ses hanches et le repoussant en arrière. Hugo s'était reculé brusquement et s'était cogné la hanche au comptoir.
« Du calme, dit James en tenant son frère. ça ne vaut pas le coup Al!
- Qu'est ce qui ne va pas chez toi! s'exclama Hugo. Je suis ton cousin.

- T'es un branleur! » dit Albus et fut coupé par James qui se tournait vers son cousin, furieux. « Tu devrais réfléchir avant de parler, t'as assez foutu la merde dans cette histoire! »
- Non non, ne me reproches pas ça, cette situation est pourrie jusqu'à la moelle, à cause de vous deux. Mais bordel, ça ne vous gène pas tout ça! Vous n'avez pas l'impression qu'ils salissent tout ce qu'ils approchent? Tout allait bien. On était parfaitement bien il y a quelques mois. Et maintenant Albus ramène un Malfoy chez nous et ma soeur en pince pour un mangemort balafré!
- Ce n'est pas un mangemort ! s'indigna Rose. Tu n'as pas le droit de dire ça Hugo!
- Je dirais ce que je veux, car vous déconnez tous! Dès le départ, on avait dit qu'on ne devait pas s'approcher d'eux, tu l'as dit toi-même James!
- Je me suis trompé, j'ai fait pas mal d'erreurs cette année.
- Des erreurs? Ouais tu m'étonnes, t'as déconné grave! Sans parler de faire rentrer Nott dans l'équipe de Quidditch, je croyais que tu avais l'intention de l'écraser s'il se présentait aux essais? C'est ce que tu avais dit à Albus!
- Personne pensait que Dorian serait Gryffondor, dit Rose, en surveillant la porte qui menait au salon, de crainte que les adultes entendent la dispute.
- Exactement, poursuivit James. Nott est le meilleur joueur de Poudlard, il nous surpasse tous! Je ne vois pas pourquoi je ne l'aurais pas engagé dans mon équipe.
Hugo le dévisagea, la mâchoire serrée.
- C'est la seule raison? demanda-t-il enfin, un rictus mauvais aux lèvres.
James devint écarlate et serrait les dents si fort que sa mâchoire lui fit mal, la rage lui tordait les lèvres. A ses côtés, Albus souffla bruyamment à travers ses dents, un râle de colère alors qu'il serrait et déserrait les poings.

James expira doucement et se redressa, tentant de se calmer. Il s'approcha doucement d'Hugo, qui perdit de sa contenance, et ne laissa qu'un centimètre entre leur corps. Potter était plus grand et plus fort. Il le dominait. Sa voix était basse et menaçante.
- Oui Hugo, c'est la seule raison. Et si tu fais encore ce genre d'insinuation, cousin ou pas, je te cognerai si fort que tu vomiras tes boyaux à mes pieds. J'en ai assez de tes combines, j'ai presque envie que tu me provoques encore pour que je puisse avoir une raison de mettre ton visage en pièces.
- James murmura Rose, les larmes aux yeux, effrayée de voir James menaçait son petit frère. Mais le garçon ne l'écouta pas.
- Alors maintenant tu vas foutre la paix à Malfoy et Nott est-ce que tu as compris? » Le garçon ne répondit pas. Et James parla plus fort. « Est-ce que tu as compris Hugo?
Le garçon acquiesça, tremblant.
Un raclement de gorge attira leur attention, James se recula pour voir Lily dans l'encadrement de la porte, elle serrait son nouveau boursouflet rose bonbon sur son coeur.
« C'est Noël… souffla-t-elle, la lèvre inférieure tremblante. Vous êtes en train de tout gâcher.
- Non Lily, ça va maintenant, dit-Rose avec un sourire forcé. Elle se reprit et fit signe à sa cousine de la rejoindre. « Tu peux emporter ça sur la table si tu veux. Toi aussi Hugo. »
Lily mit le boursouflet sur son épaule et prit le plateau que lui tendait Rose, et Hugo le suivant. Le garçon semblait pressé de quitter la cuisine. Rose se tourna vers les frères Potter.
« Ils nous attendent à table, je vais chercher Scorpius. Evitez les esclandres à partir de maintenant! » Et elle monta les escaliers.
Dans la salle à manger, tout le monde était déjà attablé, les assiettes déjà remplies.
Rose arriva dans la pièce suivie de Scorpius, qu'elle le tirait presque par la main. Autour de la table, on lui avait laissé une chaise libre à côté d'Albus, évidemment. Il s'installa sans le regarder et Albus l'ignora tout autant.
« Tout va bien entre vous ?», demanda Evan, en pointant sa fourchette sur Albus et Scorpius. Il avait parlé assez fort pour qu'une bonne partie de l'immense tablée s'intéresse à la conversation et Malfoy lui adressa un superbe sourire mondain en répondant que tout allait bien, et qu'il était délicat de sa part de s'en inquiéter. Dursley avait pouffé sur sa nourriture et avait adressé un clin d'oeil entendu au garçon qui l'avait ignoré le reste du repas. Albus avait fini son assiette rapidement, souhaitant quitter la table dès que cela serait possible. La proximité de Scorpius lui faisait mal. Il attrapa la boite contenant la caméra qui était restée sur le buffet et s'isola sur le canapé.


Malfoy respira mieux lorsque le garçon eut quitté la table et se décida à décoller les yeux de son assiette.
« J'ai soigné la lèvre de James. »
Il se tourna vers sa droit et aperçut Teddy qui le regardait. Il continua:
« Tu as une sacré droite. Ou des dents bien aiguisés. »
Il ne savait pas comment Teddy était au courant, si quelqu'un avait parlé ou non. Mais il n'avait pas envie de le savoir.
- Les deux, je pense, répondit-il, désinvolte.
Teddy acquiesça en souriant:
- Dis moi, je voulais te poser une question. Est-ce que tu aimes le Quidditch?
Scorpius le dévisagea, incrédule.
- Quoi?
- Albus et James adorent ça, c'est pour cela qu'ils sont capitaines. Je pense que Nott aime ce sport aussi, non?
Malfoy ne voyait pas où Lupin voulait en venir. Il haussa les épaules.
- Oui beaucoup.
Teddy acquiesça.
- Et toi?
- Quoi, moi? s'agaça Scorpius.
- Est-ce que tu aimes ce sport? Tu es attrapeur des Serpentards parce que tu aimes le Quidditch?
Scorpius cligna plusieurs fois des yeux, et secoua la tête.
- Je n'en sais rien. Je crois que j'aime voler.
Teddy acquiesça doucement, songeur.
- A la rentrée, je te donnerai des cours de transfiguration, déclara-t-il soudain.
Scorpius serra les dents si forts que sa mâchoire lui fit mal.
- Teddy je crois t'avoir dit…

- Tu es apathique.
- Pardon?

- L'apathie est une forme d'indolence et d'indifférence à l'environnement parfois poussée jusqu'à l'insensibilité complète. L'apathie est associée à une perte d'initiative et de motivation résultant en la réduction de comportements dirigés vers un but. On dit souvent que le sujet est comme éteint, vidé de toute passion. Or si tu refuses de faire de la transfiguration c'est que c'est important pour toi. Et si on résout ce blocage on résoudra tout le reste.
Scorpius sentit une sueur froide envahir tout son corps.

- Je crois que tu m'as mal compris, Teddy, je ne prendrai pas de cours de transfiguration. » Il coupa le jeune homme qui était sur le point de répliquer. « Je ne suis pas apathique. Je ressens les choses! Là tout de suite je suis exaspéré et fou de rage. Ce n'est pas parce que je me fous de Poudlard que je ne veux rien dans la vie. Je ressens, je suis vivant!
- Soit, tu devrais le montrer plus souvent.
- Merci professeur, cracha le garçon, et il quitta la table.


James rejoignit Albus sur le canapé. Le garçon manipulait sa caméra, nettoyant l'objectif. Il la montra à son frère alors qu'il s'installait à ses côtés.
« Merci, dit-il simplement.

- Pas de quoi, répondit son frère en prenant une gorgée dans son verre. De la bièreaubeurre coupée avec autre chose d'après l'odeur.
- Tu avais raison depuis le début », dit Albus en compulsant les pages de l'épais manuel de la caméra. « C'était une erreur de se rapprocher d'eux. »
James jeta un regard de biais à son frère, observant son regard fixe et dur. Sa mâchoire était trop serré. Il leva les yeux vers Scorpius qui s'entretenait à table avec Teddy.
- Je me suis pas mal planté cette année. Je ne me fierai pas à mon jugement si j'étais toi.
Albus acquiesça mais n'argumenta pas. Il posa le manuel sur la table basse et prit le verre des mains de son frère, le liquide lui brula la gorge. James ne quittait pas Scorpius des yeux.

- Il déteste la conversation qu'il a avec Teddy, dit Albus en montrant le garçon.
James fronça les sourcils.
- Comment tu vois ça? demanda-t-il.
- Il a une main qui agrippe le bord de la chaise. Il essaie de garder le contrôle. Son pied se balance de temps en temps, c'est qu'il veut s'enfuir. Sa langue roule dans sa joue parce qu'il se retient de lancer une phrase désagréable.
James sourit en hochant la tête.
- Tu le décode bien.

- C'est le problème, dit Albus en vidant le verre d'un trait. J'en ai marre de décoder. S'il parlait, ce serait plus simple.
- Ouais. Mais tu as toujours su le voir réellement au final. Si tu l'avais vu, comme je le voyais et comme la plupart des gens le percevaient… Tu ne te serais pas approcher de lui. Dès le début tu as vu autre chose.
- Ouais, je suis un fin psychologue, répondit le garçon d'un ton sarcastique.

Ils virent Scorpius s'excuser auprès de Teddy et quitter la table de la salle à manger. Son pas semblait mal assuré et ses joues étaient légèrement rougies. L'alcool faisait son chemin dans ses veines. Il disparut dans le couloir et les frères Potter entendirent la porte d'entrée se fermer. Par la fenêtre, ils aperçurent le garçon traverser le jardin dans la neige, sans manteau.
Ils parlèrent de choses plus légère, de l'école de cinéma que voulait faire Albus et des études de médecine de James. Il pensait faire un an dans un hôpital moldu. Tous deux se turent tout d'un coup quand ils aperçurent le fils de Dudley.
Evan portait son blouson et son écharpe et mettait discrètement deux bouteilles de bières dans ses poches. Albus sentit sa respiration s'accélérer et son coeur battre violemment dans sa poitrine alors qu'il le regardait traverser le couloir. La porte d'entrée claqua et Evan Dursley suivit les traces de pas que Scorpius avait laissé dans la neige.
« Tu vas faire quelque chose? demanda James, le regard fixé sur la fenêtre.
Albus hocha la tête, la gorge sèche.
- ça ne me regarde pas, finit-il par dire en détournant les yeux.
- Putain Albus…
Les minutes passèrent, il lui semblait entendre les tintements de l'horloge dans sa propre tête, son esprit était vide mais son coeur tambourinait à ses oreilles et un goût de bile montait de son estomac.
« Albus! grinça James au bout d'un quart d'heure, exaspéré.
- Si tu t'inquiète tellement, vas-y toi! répliqua Albus.
- Je n'ai pas le droit d'y aller, ce n'est pas mon rôle.
- Ce n'est plus le mien non plus!
- Si, que tu le veuilles ou non! » Il leva les yeux, conscient d'avoir parlé trop fort et attendit que les regards curieux se détournent. Il se tourna vers son frère et baissa la voix, passant la langue sur sa lèvre. « Pendant un match de Quidditch j'ai vu un gamin qui se fichait de se tuer du moment qu'il attrapait un vif d'or pour mon frère. Tu comprends ça! Il se foutait de s'écraser au sol Albus, du moment qu'il pouvait gagner ce match pour toi.
- Il savait que je le rattraperais, répliqua Albus en secouant la tête.
- Et toi, tu étais sûr d'y arriver?
- Oui j'en étais sûr! A ce moment là, je croyais être capable de le rattraper à chaque fois qu'il tomberait!
- Et il n'est pas en train de tomber là maintenant d'après toi.
Albus ferma les yeux et se raidit, comme pour se protéger des mots de son frère. Il inspira et scruta le garçon. Quand il parla, sa voix était amère.
- Tu l'aimes aussi, c'est ça?
James ferma les yeux et baissa la tête, son visage crispé et la poitrine serrée. Il rouvrit les yeux et passa une main tremblante sur ses lèvres et son menton.
« Vas-le chercher s'il te plait. Il faut que ça s'arrête.»


FIN DU CHAPITRE

Voilà voilà!
Le prochain chapitre sera prêt rapidement! Il est déjà bien entamé!

Je voudrais juste faire une « petit » note explicative pour ce chapitre et le précédent.
Je reçois pas mal de messages concernant Albus et James et leur comportement envers Scorpius, je me suis dit que j'allais expliquer un peu.

J'écris souvent du point de vue de Scorpius ce qui vous permet de voir/ressentir ses émotions à lui principalement et son ressenti par rapport aux situations et aux personnes. De sorte que vous savez ce qu'il pense et ressent.

Les autres personnages… ne savent pratiquement rien, car vous remarquerez que Scorpius ne laisse pas transparaitre grand chose sauf quand il pense être seul, et lorsqu'il parle c'est en feignant l'indifférence ou en attaquant.

Au début de l'histoire, James parait effrayant, car Scorpius a peur. Au fur et à mesure qu'il prend de l'assurance et confronte James, celui-ci prend un autre visage, moins sombre, moins sinistre, plus humain allant même jusqu'à être attentionné.
C'est parce que nous voyons James à travers ses yeux à lui et le découvrons ainsi.

Maintenant je pose une simple question. A quel moment de l'histoire Scorpius a-t-il dit « NON » à James. Un non clair et sans appel lui signifiant qu'il ne voulait pas?

Même dans le mot qu'il lui envoie, il lui dit simplement que c'est assez et qu'il veut arrêter.
Et ensuite seulement, près de 2 mois après, il parle enfin: « j'ai détesté, c'était affreux, tu me dégoûtes, plus jamais tu ne feras ça ».
Jamais il n'avait dit cela auparavant et, c'est triste à dire mais, James ne savait pas.

Soyons clair, je ne défends pas James, je ne défends aucun de mes personnages en fait, car cette histoire n'est pas manichéenne. Il n'y a pas un personne tout noir et un autre tout blanc.

Pour parler de James, il avait une image fausse et extrêmement négative du garçon, alimentée par sa rancoeur et un amour plus qu'amer.
Il n'a pas « compris » que Scorpius détestait ce qu'ils faisaient. Il a même fallu qu'il lui pose la question directement pour le savoir quand Scorpius a voulu tout arrêter dans le chapitre 10 et ça l'a fait déchanter et se remettre en question, surtout quand il a compris que l'attachement entre Scorpius et Albus était réel et non un jeu cruel de la part de Scorpius. Du coup, il s'est dit « merde si Scorpius n'est pas le pourri de l'histoire, c'est que c'est moi… ». Et c'est pour cela qu'il a voulu tout arrêter. Il n'a même pas compris pourquoi Scorpius ne s'était pas « battu » pour arrêter. Pour lui, c'est inconcevable d'endurer cela pendant si longtemps sans chercher un moyen de se libérer. Il lui dit d'ailleurs qu'il aurait pu arrêter avant, qu'il aurait pu dire non.

Et le voir se jeter dans le vide pendant le match de Quidditch sans savoir comment il allait s'en sortir lui a fait l'effet d'un électrochoc et il a compris « qu'il se fichait de s'écraser au sol ». A partir de là, c'était clair, Scorpius n'était pas le petit mec fier, arrogant, nocif, manipulateur, débauché et cruel qu'il avait cru, mais un garçon blessé et paumé, qui cachait fragilité et blessure sous une carapace de froideur et d'indifférence facilement brisable. De là, James s'est dit « on ne piétine pas un mourant, j'arrête. »

Et cela nous renvoie à Albus. Il est fou de Scorpius. Il l'aime réellement. Lui aussi s'est trompé sur sa personnalité, le croyant plus fort qu'il ne l'était, presque un modèle d'être libre. Ses sentiments d'admiration se sont mués en amour et au final il ne voulait plus être lui mais être avec lui. De sorte qu'il a supporté et pardonné beaucoup de choses. Scorpius n'est pas facile à vivre et son mutisme doublé d'une « agressivité latente » le rend difficilement accessible. Il passe son temps à faire mal, par des pics verbaux ou des attitudes dédaigneuses. Il blesse avant d'être blessé. Quand Albus a compris que la sensibilité et le caractère blessé du garçon, il y a vu un miroir de sa propre douleur et solitude. Mais Albus est plus fort que lui. Lui aussi a vécu des choses traumatisantes et souffre également de son nom et des espérances de sa famille et du monde des sorciers. Mais vous remarquerez qu'il n'en parle pratiquement pas et veut devenir lui-même et s'épanouir malgré tout.
Et c'est ce qu'il reproche à Scorpius dans le dernier chapitre: « oui ce que tu as vécu est affreux mais tu ne peux pas te complaire là dedans, ressaisis-toi! Je ne peux pas me battre pour toi!». Il a l'impression que Scorpius ne « veut » pas être sauvé et s'enfonce dans son mal-être en prenant toutes les mauvaises décisions (mutisme, distance et secret, désir d'autodestruction inconscient, rancoeur). D'accord il a souffert, mais vivre avec lui signifie créer quelque chose ensemble et porter son passé comme un boulet au pied les empêche de construire leur avenir. Il lui dit qu'il a « toujours été clair » avec lui pour insister sur le fait que Scorpius ne l'est jamais, on ne sait pas ce qu'il pense.

Dorian lui fait la même remarque dans le chapitre 6 « Tu sais simplement te taire. Tu lances des phrases blessantes contenant les indices de ton mal-être et c'est à moi de décoder ce qu'il se passe dans ta putain de cervelle » ou bien « tu ne sais pas te protéger et tu ne me laisses pas le faire. Je pourrais te jeter du haut des remparts, ce serait moins dangereux que de te laisser seul avec toi-même ».
Même Dorian, qui a été battu à mort enfant, a un père dépressif, une mère morte à cause de l'alcool, parvient à s'ouvrir et à s'intégrer en restant lui-même.
Scorpius le jalouse pour cela. Il jalouse Albus et Dorian pour la force qu'il n'a pas. Mais refuse, par fierté, de leur demander de l'aide.

James, Albus et Dorian reprochent tous la même chose à Scorpius: il ne sait pas se battre pour lui-même. Il réagit au danger, d'instinct, mais il n'a pas une volonté puissante de se sortir de sa douleur. Et il reproche à d'autres son impuissance.

La moral du chapitre précédent est simple:

Peu importe ce que vous avez vécu, nous avons tous nos fardeaux et nos douleurs. Mais si vous vous complaisez dans vos souffrances et ne vous battez pas pour vous en sortir, vous finirez seul. Car vous ne pouvez pas demander à d'autres de porter votre passé pour vous ou leur reprocher de ne pas être assez fort pour le faire.

C'est ce qu'Albus dit à Scorpius. Il n'en peut plus. Voilà tout.

Wow sacré bloc d'explication.