Epilogue
Dernier chapitre de Désir et Jalousie… Rendez-vous compte j'ai commencé cette histoire il y a presque 7 ans. Je suis sidérée…! Quand j'ai réalisé cela, j'ai pris quelques instants pour repenser à cette histoire, à ce que je voulais au début et ce que je veux maintenant, à la façon dont les personnages ont évolués.
Et je me suis replongée dans les musiques d'écriture de chaque chapitre, pour me noyer dans la mélancolie qu'elles me provoquaient et me ramener des années en arrière, quand mes personnages étouffaient, quand ils s'engluaient dans leur souffrance. J'ai presque retrouvé une langueur, celle de Scorpius, cet effet de poitrine lourde, et l'impression de ne pas appartenir au monde, de le trouver hostile, et pourtant d'être émerveillé aux larmes par le spectacle de l'hiver et la glace sur les branches sèches d'un arbre mort. C'est un état de contemplation, presque romantique, au sens littéral et non actuel du terme. Cette sensation d'écorché.
C'est dans cet état d'esprit que je commence ce chapitre, j'espère sincèrement qu'il vous plaira.
Musiques d'écriture:
Miette (City of the Lost Children BO)
L'amant (la fin du film de Jean-Jacques Annaud)
Orca (bande originale d'Ennio Morricone)
I am Sherlocked ( Sherlock Holmes Series, Irene Adler Theme)
The Fountain/Death is the Road to Awe(The Fountain BO)
Epilogue
5 ans plus tard…
Howard Steeler était une brute. Et putain il en était fier! Il avait travaillé sa réputation pendant deux décennies, dans les petits larcins comme dans les coups sanglants, un as du poing levé et de la baguette brandie dans les sombres recoins de l'Allée des Embrumes. En ce moment, il était dans les trafics de reliques liés à la Magie Noire. Des sorciers payaient des sommes astronomiques pour des dagues de sacrifice et d'incantation. Steeler avait même des tuyaux pour leur fournir les gamins à sacrifier, en cas de besoin. Il commençait à se faire un petit pactole, et il avait acheté quelques boutiques de camouflage pour ses combines. Il y logeait « ses femmes », et il les faisait travailler à l'étage.
On l'avait coincé la veille alors qu'il préparait le casse d'un magasin d'antiquités. Son client avait besoin d'un marteau runique. Cent pièces d'or qu'il était prêt à lâcher pour ce gros couteau, et Steeler n'avait pas hésité. Mais un de ses complices l'avait vendu aux aurors avant qu'il ne réalise le braquage.
Voilà pourquoi il attendait dans cette pièce, cette putain de salle d'interrogatoire. Ils perdaient leur temps, il ne dirait rien. Beaucoup de mecs pouvaient plonger à cause de lui, mais aucun risque qu'il lâche quoique ce soit!
Il commençait à avoir envie de pisser. Il allait demander au gardien de le laisser se vider les noix quand la porte s'ouvrit et un garçon entra.
Svelte, élancé, le visage d'un doux ovale encadré par des cheveux blonds et les lèvres pleines. Des yeux gris et glacés le fixaient dans un visage de poupée. Il lui rappelait Solène, la dernière de ses femmes, la plus jeune, celle que les clients payaient à prix d'or. La même peau blanche qui attirait la lumière. Sous les doigts, c'était comme de la soie, il le savait.
- Tu t'es perdu, Princesse?
Le garçon esquissa un sourire et approcha doucement. Il tira la chaise en face de Steeler et s'y installa. Chacun de ses mouvements avaient une fluidité troublante, et Steeler sentit un malaise l'envelopper alors qu'il matait le gamin devant lui. Dans la pièce peu éclairé, il ne semblait pas réel.
- A quoi tu joues, petit? demanda-t-il, une pointe de nervosité dans la voix. Etrange qu'un type de sa carrure soit troublé par un môme qui avait à la peine la quantité de viande nécessaire pour couvrir ses os.
- Les aurores ont transmis votre dossier au bureau du procureur, » dit le garçon d'une voix calme et froide. Il ouvrit la liasse qu'il avait apporté avec lui. « Il est arrivé entre mes mains ce matin. »
Howard Steeler observa le gamin et fronça les sourcils. Une sueur froide l'envahissait doucement.
- C'est toi?
Le garçon le regarda avec douceur, et inclina la tête sur le côté, innocent.
- L'assistant du procureur? » insista-t-il. Sa voix avait perdu son mordant et le sueur perlait sur ses tempes «Malfoy? »
Les yeux du garçon se rétrécirent et son sourire innocent prit une courbe cruelle.
- Vous souhaitez négocier, Monsieur Steeler? souffla-t-il, en se penchant doucement en avant.
- Ouais… articula Steeler, péniblement. Ouais je vais négocier. »
Scorpius transplana à Grimmault Square Garden vers 19heures. Il était en retard mais c'était déjà exceptionnel qu'il puisse quitter le bureau du Procureur aussi tôt. Il avait atterri dans la ruelle adjacente comme à son habitude, loin du regard des moldus londoniens. En sortant de la petite allée, il aperçut le camion de déménagement posté devant la maison que Harry Potter leur avait cédé après son diplôme à Poudlard.
Un homme en combinaison de travail, aux bras musclés et au ventre épais vint à sa rencontre.
- Monsieur Malfoy, où voulez-vous qu'on mette ce tableau?
Scorpius eut une moue de dégoût en observant cette horreur d'art contemporain que deux déménageurs tenaient à bout de bras et dont Albus refusait de se débarrasser.
- Monsieur Potter ne vous a rien dit?
- Non, il est occupé à l'étage.
Scorpius réfléchit un instant.
- Je peux vous donner 200 livres sterling pour que vous le fassiez tomber dans l'escalier?
- Non c'est hors de question!
Malfoy grimaça et se tourna vers Albus qui descendait les marches du perron.
- Ce tableau va dans le bureau. 2ème étage.
Le déménageur hocha la tête et donna les indications à ses employés.
Albus se tourna vers Scorpius, l'attira à lui et l'embrassa, une fois, deux fois, un peu plus passionnément, avant de le libérer.
- 200 livres sterling? sourit-il en secouant la tête. Est-ce que tu te rends compte de ce que cela représente 200 livres?
- Je déteste ce tableau, dit Scorpius, boudeur, en laissant Albus lui prendre la main et l'entrainer vers la maison.
- On en a déjà parlé.
Ils passèrent le seuil et pénétrèrent dans le couloir, en chantier. Les pots de peinture et des bâches trainaient sur le sol.
- Tu avais dit que la porte d'entrée serait changée aujourd'hui, se plaignit Malfoy.
Albus eut un râle d'exaspération.
- Je suis dessus, tu as l'impression que je ne fais rien là? On n'a pas arrêté de la journée. On a tous pris une journée de congés, je te rappelle. Sauf toi bien sûr.
- Mon travail est important, dit platement Scorpius.
Albus stoppa dans le couloir, et lui fit face.
- Mon père, Chef du département des Aurors est en train de repeindre la salle de bain, mon frère, Interne à Saint Mangouste prend les mesures du salon. » Il sourit en secouant la tête. « Sérieux Scorpius, arrête de te la jouer. »
Scorpius se mordit l'intérieur de la joue pour éviter de dire qu'Albus avait tout le temps du monde, lui, dans sa école de Cinéma. Mais il savait que ce n'était pas juste. Potter lui mit un carton dans la main.
- Maintenant que tu es là, rends-toi utile et porte ça au salon.
- Quel salon?
Albus le regarda comme si une deuxième tête lui était poussée.
- Non mais tu te fous de moi?
- Le nouveau salon ou celui qu'on a fait démolir et qui est la nouvelle cuisine? élabora Scorpius, en roulant des yeux.
- Le nouveau! insista Albus en montrant le bout du couloir. « L'ancien salon je l'appelle… la cuisine! »
- Va te calmer à l'étage, souffla Scorpius en prenant la direction du salon.
- Ah parce que c'est moi qui ait besoin de me calmer? entendit-il Albus geindre derrière lui mais il l'ignora.
Les travaux les mettaient sur les nerfs depuis plusieurs semaines, et pourtant ils étaient presque au bout… presque. Mais la maison était laissée à l'abandon depuis tellement longtemps qu'elle était pratiquement inhabitable. C'est en tout cas ce qu'avait déclaré son père à Harry Potter. Jamais un Malfoy ne pourrait vivre décemment dans ce lieu, même si la maison appartenait à la Famille Black. Potter n'avait rien fait pour l'arranger depuis tant d'années. C'était proprement honteux.
- Et cela ne te touche même pas que je cède la maison au dernier héritier des Black, avait demandé Harry.
Drago avait haussé les épaules.
- Elle lui revient de droit. Sirius Black n'aurait jamais dû te la céder au départ.
Albus et Scorpius avaient écourté la discussion. Ils n'y habiteraient pas tant que la maison ne serait pas rénovée.
Ce qui ne les avait pas empêché de fêter la signature du bail en faisant l'amour dans pratiquement toutes les pièces de la demeure. Le tableau de madame Black avait été tellement stupéfait qu'elle avait gardé le silence. Elle les avait dénoncé le jour suivant quand ils firent visiter la maison à leurs familles.
Scorpius porta le carton dans le « nouveau salon » et trouva James occupé à mesurer les murs.
- Hey, lança-t-il à Potter qui le salua d'un court hochement de tête. La pièce avait été vidée, tous les meubles vieillots avaient disparu, et seuls les cartons de déménagement trainaient sur le sol. « Comment ça se passe?
James posa la main sur le mur et expliqua:
- On va casser ce mur là et celui au fond. Et ici, on va remonter une cloison dans le couloir demain, quand Dorian et Rose arriveront.
- ça va être top, commenta Scorpius en posant le carton à terre à côté d'une dizaine d'autres. « Je t'ai envoyé un dossier, James. » ajouta-t-il en se tournant vers le garçon. « Tu l'as reçu? »
- J'ai des patients Malfoy, bien vivants. » dit James sans le regarder, passant sa baguette sur le mur, les mesures apparaissaient et une plume flottant dans les airs notait chaque chiffre dans un calepin. «Consulter les autopsies des cadavres de tes affaires me prend un temps considérable. »
Scorpius eut un soupir agacé.
- J'ai vraiment besoin de ton avis sur celui-là. Je pense que le légiste se fout de moi et a bâclé l'intervention.
- Pas le temps, désolé. » dit James en finissant une mesure. Il se tourna vers Scorpius et désigna un pot de peinture blanche ouvert sur le sol. « Et si tu me dis « Tu me dois bien ça », je t'envoie ce pot à travers la figure. »
Scorpius prit une expression outrée, presque blessée.
- J'allais dire que j'avais besoin de toi parce que tu étais le meilleur!
- C'est vrai?
Scorpius se mit à rire.
- Bien sûr que non! » Et le pot vola dans sa direction. Malfoy l'évita de peu, et il s'écrasa au mur, laissant une longue trainée de peinture sur le sol et sur le mur.
- Heureusement que le parquet doit être changé. » soupira James en observant les dégâts. Il se rendit compte que Scorpius fixait intensément la trace de peinture. « A quoi tu penses?
- 200 livres sterling si tu refais la même chose sur le tableau du bureau.
James grimaça et secoua la tête, indécis.
- 500! insista Malfoy.
- Vendu!
Ils se serrèrent la main, et Scorpius reprit le chemin du couloir.
- Et jette un coup d'oeil sur ce dossier James, tu me dois bien ça.
Il se hâta dans les escaliers pour éviter tous projectiles que James pourrait lui lancer.
Il entra dans sa chambre, celle qu'il partageait avec Albus. Elle était terminée et ils y avaient passé quelques nuits. Il jeta sa veste sur le lit et il s'allongea sur le matelas, profitant d'un moment de calme. Des bruits de pas et des voix au timbre bas lui parvenaient de l'escalier. Sans doute les déménageurs. Il fouilla sa poche de pantalon et sortit son badge. Il l'observa, traçant les lignes de l'insigne du Ministère de la Justice Magique de son ongle. 1er année était inscrit sur le budget et d'après son dernier entretien, il passerait en deuxième avant la fin du trimestre. Le procureur ne tarissait pas d'éloges et le voulait à plein-temps dans son service. Il était « fait pour ça ».
« Adjoint du procureur, » un métier où le verbe est important. En un an, il avait fait merveille. On le craignait et le respectait. On ne le voyait pas venir, avec son sourire angélique et sa stature fragile. Jusqu'à ce qu'il parle, jusqu'à ce qu'il attaque. Sa langue acerbe et son intelligence aiguisée contrebalançaient sa carrure. Cela n'avait-il pas toujours été le cas?
Il avait brillamment fini Poudlard, un optimal dans toutes les matières avec une mention spéciale en Transfiguration. Dorian avait déjà quitté Poudlard depuis un an, engagé avant la fin de sa sixième année par les Tornados, et après avoir obtenu son émancipation, il avait déménagé à Tutshill pour devenir joueur professionnel. Il retapait une maison pour lui et Rose. Albus postula dans une Ecole de Cinéma moldu au nord de Londres et bossait la moitié de la semaine dans les studios de productions de Leavesden.
Scorpius ne les enviait plus. Il savait ce qu'il voulait faire.
Avant la fin de ses études, il avait postulé pour un poste en alternance en tant qu'adjoint du procureur. La concurrence était rude, et un Malfoy dans le département de la justice enchantait peu de monde. C'est durant le procès qu'il avait compris ce qu'il voulait faire de sa vie. Quand il avait découvert la « machine judiciaire » et le pouvoir de devenir une voix pour ceux qui n'en n'ont pas. C'est aussi à l'issue du procès que le Procureur de la Justice Magique l'avait interpelé pour lui demander si cette carrière l'intéresserait, après avoir suivi toute l'affaire depuis son bureau jusque sur le banc du public pendant l'audience.
Après avoir identifié William Clay, Scorpius avait demandé à Harry de débaucher un détective, pour une enquête officieuse. Il voulait toujours attaquer mais dès le dépôt de sa plainte les journaux s'étaient emparés de l'affaire et n'avait pas eu de tendresse à son égard. Scorpius Malfoy, fils de Mangemort, à la réputation sulfureuse, accusait un ancien professeur d'avoir abusé de lui. Le pauvre homme dont la mère était tragiquement malade, s'était réveillé sur un lit d'hôpital, menotté au lit, après une chute dans un escalier qui lui avait fêlé plusieurs côtés et cassait un bras.
Tous les journaux semblaient s'être alliés pour faire passer Clay pour un martyr. En dehors de la presse, l'opinion publique n'était pas de son côté et Scorpius craignait que la lutte soit trop violente pour lui et pour les personnes qu'il aimait.
Jusqu'à ce que le détective pose les documents devant lui.
Rapidement, les éléments le décidèrent à agir. Il y avait eu d'autres enfants depuis deux ans. Parfois plus jeunes que lui. Même mode opératoire. En observant les dates et les faits, il se rendit compte que Clay choisissait des victimes de plus en plus jeunes et les actes avaient été plus violents et prolongés.
Il avait été le premier. « L'élément déclencheur », dans le jargon des aurors. C'est ce que Clay avait fini par dire, devant l'audience médusée, bien plus tard, quand il comprit qu'il avait perdu.
Les mois qui suivirent le dépôt de plainte furent un calvaire, et malgré l'aide d'Albus et de Dorian, Scorpius ne supportait plus les murs de Poudlard. Les murmures et les agressions verbales lui étaient pénibles mais il parvenait à les ignorer, en se plongeant dans les études. Nott et Potter n'avaient pas sa patience et Albus multipliait les détentions et les avertissements. Il balança son badge de Capitaine de Serpentard à la tête du chef de maison en disant qu'il ne voulait pas représenter « une école de lâches incapables de protéger un élève harcelé.» Il abandonna le Quidditch.
James fit profil bas les premières semaines et ne se mêla de rien. Jusqu'au jour où Scorpius pénétra dans la grande salle de Poudlard et le découvrit à califourchon sur un Gryffondor sur une des tables. Il lui assenait coup de poing sur coup de poing jusqu'à ce qu'un professeur ne les sépare. L'élève avait dit « qu'il mettra bien Malfoy à genoux pour lui sucer la…. » et James lui avait sauté dessus.
La situation enfla, jusqu'à ce qu'après une énième bagarre, au vue de tous, le professeur Slughorn les réprimandât ouvertement dans la grande salle, disant que leur comportement était non seulement inacceptable mais aussi « indigne », laissant entendre qu'ils salissaient le nom des « Potter ».
- Désolé de vous décevoir, avait-déclaré Albus devant toute la salle. Mais on n'est pas des héros. » Il eut un sourire mesquin. « On n'est même pas sûrs d'être des types biens. »
Scorpius avait baissé la tête et fermé les yeux. Les murmures des élèves choqués lui parvenaient comme une bourdonnement.
Il pensait pourtant que les frères Potter feraient preuve de plus de réserve. Il se souvenait encore de la conversation qu'il avait surpris à l'hôpital après l'identification de Clay. A l'angle d'un couloir de l'hôpital, il avait entendu la voix furieuse de Harry et il savait qu'il s'adressait à ses deux fils.
- A la prochaine connerie, je vous inculpe. Et je mènerai l'accusation! Est-ce que vous m'avez compris tous les deux?
- Ne dis rien à maman s'il te plait. » C'était la voix de James mais Scorpius eut presque du mal à la reconnaitre. Il était évident qu'il pleurait. Scorpius savait pourquoi.
- Non je ne lui dirai rien. » La déception dans la voix de Harry lui brisa le coeur.
Il avait retrouvé James un peu plus tard, à la sortie de l'hôpital. Il était adossé au mur de l'hôpital, une cigarette qu'il ne fumait pas dans sa main tremblante. Et les larmes roulaient sur ses joues. Scorpius s'était approché lentement et James avait tourné les yeux vers lui.
- Il voulait savoir pourquoi. Pourquoi vous aviez risqué de tuer un homme pour moi. Il fallait que je lui dise, James.
Il avait reniflé et acquiescé lentement. Il avait jeté sa cigarette à peine entamée, et essuyé son visage avec ses manches.
- Ouais, avait-il dit sans conviction, la voix étranglée. « Au moins tu pourras arrêter de me dire que je te dois bien ça. »
Tremblant, Scorpius avait entouré sa taille de ses bras. Il l'avait serré fort et les sanglots de James s'étaient répercutés dans ses bras et dans sa propre poitrine et avaient irradié totalement. Potter avait fini par se calmer, haletant. Il avait déposé un baiser sur sa tempe avant de saisir ses bras pour le repousser. Dès lors, il gardait ses distances avec le garçon tout en le soutenant.
Le jour du procès, la salle était remplie. Trop à son goût évidemment. Il aurait préféré un huis clos, mais cela était impossible, l'affaire était trop médiatisée. Il était assis au premier rang face au juge, Albus dans son dos. Il avait repoussé son siège au maximum pour sentir la main qu'Albus faisait glisser dans son dos, un réconfort précieux. La sympathie était du côté de Clay, qui entra dans le tribunal, sans prétention, ni inquiétude, un sourire innocent aux lèvres quand son avocat lui tapota l'épaule, compatissant.
- Souris, enfoiré, tu vas bientôt déchanter, avait grincé Albus.
Quand leurs yeux se croisèrent, les paupières de Scorpius ne cillèrent pas. Il le regardait avec indifférence. Clay le regardait avec adoration. Pour le reste de la séance, Malfoy se concentra sur le juge et non sur l'homme qui le jaugeait sans cesse, à quelques mètres.
Puis vint le moment où on l'appela à la barre. Et il parla.
L'assistance fut horrifiée des descriptions de la scène. Les visages des journalistes se décomposèrent. Une description graphique, détaillée, réaliste. Depuis les siège du public, Albus l'encourageait à parler, les yeux brillants. Tout au fond de la salle, adossé au mur, James garda la tête baissée pendant tout le témoignage. Rose agrippait le bras de Dorian, les yeux pleins de larmes. Pendant sa déclaration, sa mère avait quitté la salle du tribunal. Il avait pensé qu'elle avait honte de lui, jusqu'à ce qu'il la retrouve en larme dans le couloir, dans les bras de son père.
A la fin de son témoignage, il y eut un temps mort et le silence.
Puis on appela Clay a la barre.
La confrontation fut terrible. Il s'attendait à ce que William Clay démente, le traite de menteur et se fasse passer en victime, voir accuse Scorpius de l'avoir séduit comme certains journaux l'avaient fait. Mais il n'en fit rien, et malgré les interventions de son avocat pour l'interrompre, Clay parla, le regard fixé sur Scorpius. La lueur de la folie illuminait ses yeux, comme le jour où il l'avait plaqué au sol. Il lui dit les mots qu'il ne voulait pas entendre. Que cela n'avait été bon qu'avec lui. Qu'il lui avait manqué. Qu'il hantait tous ses rêves. Qu'il était désolé, qu'il ne pouvait pas s'en empêcher. Qu'il le désirait encore. Scorpius l'écoutait à peine, il regardait son oeil humide, et ses mains agitées. Il se rendit compte de la vérité, de la faiblesse absurde de cet homme qui avait été son cauchemar. Puis Clay parla des autres enfants. Il parut soulagé de le faire.
Et ce fut terminé. La suite lui était encore floue. Il se souvenait des bras d'Albus qui l'entourait et de ses lèvres sur son visage alors qu'il le faisait sortir de la salle du tribunal, des journalistes qui se pressaient autour de lui et le harcelaient de question et des flashs qui lui brûlaient les yeux. Puis du Procureur du Ministère de la Magie qui lui avait tendu sa carte en lui demandant de l'appeler.
Il dormit deux jours entiers après le procès. Puis il décrocha son téléphone.
Scorpius posa le badge sur la table de chevet et se rallongea, expirant doucement en fermant les yeux.
La porte s'ouvrit soudain, et il leva doucement les paupières.
- Non mais tu plaisantes? s'exclama Albus dans l'encadrement de la porte. On trime tous pendant que tu te prélasses?
Scorpius ne fit pas un geste pour se lever. Albus soupira et s'allongea à ses côtés.
- Qu'est ce que tu as dire pour ta défense? demanda-t-il en se penchant sur lui.
« Je t'aime » mima Scorpius du bout des lèvres, sans un son.
Albus rougit et lui sourit.
- Tu ne peux pas t'en sortir avec ça, lui chuchota-t-il.
Scorpius avait pourtant l'impression que cela avait toujours été le cas.
Fin.
Je ne vous cache rien, dans mon esprit, la fin était tragique. J'avais en tête la mort de Dorian. Je l'ai presque créé pour qu'il meurt… Et aucun des personnages n'auraient été sauvés. Dorian aurait été tué par William Clay dans la bataille, James se serait accusé du meurtre de Clay à la place d'Albus, Albus se serait occupé de la carcasse vide que serait devenu Scorpius, un esprit figé dans un corps immobile et brisé par la douleur, le regard inexpressif, et vous auriez assisté à l'existence brisée d'une génération de non-héros. Je ne sais pas à quel moment j'ai voulu espéré pour eux. A quel moment j'ai voulu un avenir, comme si Scorpius m'avait dit que je leur avais fait assez de mal comme cela.
Ainsi, c'est la fin de cette aventure. J'espère que cette histoire vous a plu et que vous avez apprécié la lire, autant que j'ai apprécié l'écrire. J'ai le coeur en feu quand je pense aussi qu'il s'agira surement de ma dernière longue fanfiction si ce n'est pas ma dernière fanfiction tout court…
Je craquerai peut-être, qui sait?
