Chapitre Six
Il n'osait plus l'approcher, ni même la regarder. Elle n'était plus que l'ombre d'elle-même. Quelque chose s'était brisée en elle ce soir-là. En lui aussi.
Sansa faisait bonne figure, elle était douce et gentille face à tous, et surtout avec ce petit chiot qu'elle avait nommé « Lómion1 ». Mais dès que Ramsay entrait dans son champ de vision, la jeune femme se transformait en poupée. Plus vide encore qu'une morte. Et cela le rendait fou, plus fou encore que lorsqu'elle pleurait et suppliait.
Il n'avait pris aucun plaisir à la battre. Ses cris de supplique, de douleurs. Rien ne l'amusa. Il avait simplement ressenti une haine si sourde qu'il n'arriva à évacuer qu'en lui faisant mal à elle. Mais à peine la haine s'était évanoui qu'un sentiment plus sournois s'était introduit en lui. Il n'arrivait pas à le nommer. Tout ce qu'il savait était qu'il avait eu terriblement, mal dans la poitrine en voyant son épouse au sol, en sang et pleurante.
Soupirant, le jeune Lord rentra dans la salle du conseil de Winterfell où son père se tenait déjà. Et même si physiquement, il était présent, ses pensées, elles, étaient tournées vers Sansa.
« Ramsay…
- Père.
- Je voulais te parler de ton épouse. »
Roose Bolton n'ignorait rien de ce qu'il s'était passé le soir du banquet. Il connaissait son fils, et les nombreuses contusions qui avaient orné le corps de Sansa le lendemain n'était que les preuves qui confirmaient ce qu'il savait déjà. Mais le Lord ne le convoquait nullement pour cela. Autre chose tourmentait son esprit.
« Qui a-t-il ? »
Ramsay fixait son père, le regard aussi insensible qu'il le pouvait même si une pointe d'angoisse s'insinuait dans sa gorge.
« Depuis combien de temps êtes-vous mariés ?
- Je...
- Ne le sais-tu pas ?
- Deux ou trois lunes, je crois.
- Bien… »
Roose fixait jusqu'alors les flammes dans l'âtre de la cheminée. D'un mouvement calme, il se retourna vers son fils, le fixant désormais sévèrement.
« Pourquoi n'est-elle toujours pas enceinte ?
- Je … Je ne sais pas. »
La mâchoire de Ramsay se contractait avec fureur tandis que son père le regardait désormais avec amertume. Il haïssait voir cette déception dans son regard…
« Est-elle stérile ?
- Je…
- … Es-tu stérile ?
- Non ! »
Le souvenir de la jeune blonde se prénommant Violet lui revint en mémoire. Il l'avait tué, car elle attendait un enfant, son enfant… Un bâtard…
« Je ne savais point qu'être grand-père vous manquait à ce point. »
Roose frappa sur la table, le patriarche de la Maison Bolton semblait réellement en colère et n'avait nullement le cœur à la plaisanterie.
« J'ai durement gagné Winterfell, au prix de mon honneur. Désormais, nous sommes la nouvelle famille suzeraine du Nord. Tu es mon fils et je t'ai donné une Stark. Votre lignée ne pourra jamais être contestée ! Alors engrosse cette femme, qu'elle te donne un fils. Tu n'es pas éternel Ramsay, l'on peut mourir dans dix ans comme demain en ces temps durs. »
Ramsay fixait Roose. Il ne sut pas si son père menaçait silencieusement sa vie ou non mais cela le fit frémir de rage.
« Aux prochaines saignées de ta femme, je me chargerai personnellement de l'engrosser.
- Ne la touchez pas.
- Crois-tu réellement décider, Ramsay ? »
Les deux Bolton se défièrent du regard et Ramsay fut le premier à détourner les yeux avant de quitter la salle du conseil avec colère. Sa gorge était nouée, son sang battait dans ses tempes. Des sensations qu'il n'avait pas ressenti depuis des lustres s'emparaient de lui. Gravissant les marches quatre par quatre, il arriva devant la porte de sa chambre, mais sa main resta en suspens au-dessus de sa poignée.
Non… Il n'avait nullement envie d'être seul. Pas après ce qu'il venait de se passer. Serrant les dents, il fit demi-tour et entra dans la chambre de son épouse sans même prendre le temps de frapper.
Elle était devant sa coiffeuse, mouvant lentement sa main qui tenait sa brosse dans ses cheveux, Lómion quant à lui était couché et dormait à poings fermés dans la fourrure devant la cheminée. À peine eut-il observé cette scène que toutes ses émotions si douloureuses le quittèrent, s'évaporant dans l'air. Calmement, Ramsay s'avança dans la pièce, il s'installa derrière la jeune femme qui ne broncha pas et sans un mot, il prit la brosse des mains de Sansa et commença à brosser lui-même sa chevelure flamboyante.
Elle ne fit rien, ne prononça le moindre mot, elle le fixait simplement avec incompréhension dans le miroir. Le silence tomba sur la pièce telle la mort et Ramsay sentit les derniers résidus de colères mêlés à la peine le quitter. Seulement deux yeux de jades persistaient dans son esprit.
« Elle s'appelait Alys. »
Sansa fronça les sourcils d'incompréhension tandis que Ramsay continuait à lui brosser les cheveux.
« Ma mère… Elle se nommait Alys. Elle m'aimait énormément. Bien que je sois le fruit d'un viol… Et bien que je lui rende la vie impossible… »
Le regard de Ramsay se perdit un instant dans le vide et Sansa n'osa pas parler par peur de rompre l'instant.
« Moi… J'étais incapable de l'aimer. Je la tenais responsable de ce nom… « Snow ». Elle savait toujours quoi dire, quoi faire quand je faisais une idiotie… Comme si cela ne pouvait jamais être ma faute… »
Sansa crut entendre, l'espace d'un instant, un trémolo dans la voix de Ramsay. Mais elle se ravisa bien vite. Ramsay était incapable de pleurer.
« Quand je suis parti vivre à Fort-Terreur, je ne l'ai plus jamais revu. Et elle en est tombée malade. Et mon père… Mon père m'a interdit d'aller la voir, d'après lui, un Bolton ne devait ressentir aucune pitié. »
Ramsay posa la brosse sur la coiffeuse avant de se rasseoir sur le lit. Cette fois, il prit une mèche de cheveux de la jeune femme et commença à la tresser.
« Lorsque je suis allé voir sa tombe, la voisine m'a craché au visage qu'elle m'appelait sur son lit de mort… Et je n'y suis pas allé… J'ai ignoré… Et à vrai dire, je m'en fichais.
- Mais plus aujourd'hui ?
- Je ne sais pas… »
Un nouveau silence tomba sur eux, et Sansa ne sut quoi faire. Elle était toujours meurtrie par son comportement lors de la nuit du banquet. Elle en portait encore les séquelles aujourd'hui. Mais son objectif restait inchangé. Elle devait regagner Winterfell.
Ramsay prit entre ses doigts une nouvelle mèche de cheveux, et d'une voix douce, reprit :
« Et toi ? La Capitale ? »
Sansa se figea, fixant ses mains, elle se mordilla avec douleur la lèvre.
« Je… »
La main de Ramsay se posa dans sa nuque, et du bout du pouce, il vint tracer des cercles imaginaires sur sa peau, détendant légèrement la jeune femme. Comment pouvait-il se montrer si doux ? Et à la fois si horrible.
« Je me suis confié. À toi désormais. »
Un aveu contre un autre aveu.
Une blessure contre une autre blessure.
Tels étaient les conditions de Ramsay.
La jeune femme continua à fixer ses mains, elle était incapable de regarder son époux qui venait de terminer de la coiffer. Elle savait qu'il la fixait… Mais elle ne pouvait lui rendre son regard… Un sentiment de honte s'insinuait en elle, dansant vivement avec sa culpabilité.
« Quand nous sommes arrivés à la Capitale, j'étais une enfant heureuse et pleine de rêve. Le rêve idiot de devenir Reine des Sept Couronnes. Je pensais aimer Joffrey. Peut-être l'aimais-je réellement ? Un amour enfantin… Emplis de rêves idiots… Un amour qui s'effondre tel un château de cartes au moindre coup de vent… »
Un soupir douloureux traversa ses lèvres, lentement, la jeune femme se releva sous le regard étonné de Ramsay, et elle vint se placer devant la fenêtre, son regard se perdant dans les étendues enneigées. Elle était là, et ailleurs à la fois. Se replongeant, à travers les yeux de la petite Sansa, dans ce passé qui lui semblait si lointain désormais. Tout semblait si lointain désormais... Mais les plaies, elles, saignaient encore.
« Sur la route de Port-Réal, Joffrey a essayé de martyriser un pauvre gamin… Le fils du bouché avec qui ma sœur jouait. Le loup d'Arya les a défendus, mordant le Prince. Nyméria a toujours été d'un tempéramment protecteur et sauvage... Comme sa maîtresse. »
La jeune femme marqua un arrêt. Ramsay quant à lui repensait à ce que son père lui avait raconté à propos des loups des Stark. Des êtres gigantesques et sauvages qui préféraient mourir plutôt que d'abandonner leur maître. Il s'était alors toujours demandé ce qui était advenu de celui de son épouse.
« Le Roi Robert a fait tuer mon loup en celui d' avait fui. Ma pauvre Lady… Elle était si douce… »
Le souvenir de l'animal brisa un instant le cœur de Sansa. C'était une blessure qui jamais ne guérirait.
« J'en ai longtemps voulu à Arya, alors qu'elle n'était nullement fautive. Et il y eut toutes ces fois où… Je me sentais de trop… Toutes ces fois où je me sentais souillon au milieu des souverains. Je ne me sentais pas à ma place… Aucun de nous ne l'était. »
La gorge de Sansa se noua plus douloureusement encore.
« Lorsque mon père fut accusé de trahison, ils m'ont utilisé tel un jouet, une arme de guerre… Joffrey avait promis… Il avait promis d'épargner mon père s'il le reconnaissait en tant que Roi. Père l'a fait… Et Joffrey n'a pas tenu sa promesse. »
À chaque fois qu'elle reprenait la parole, la voix de Sansa se brisait un peu plus encore. Ramsay quant à lui ne bougeait pas, fixant la jeune femme, attendant la suite. Il avait entendu des morceaux de son histoire, mais l'entendre de la bouche de sa femme donnait une tout autre saveur à ce récit.
« Ils lui ont coupé la tête, et je me suis évanouie… Il tenait sa tête dans sa main… Et je n'ai rien pu faire… J'ai supplié, hurlé… Tous imploraient le Roi… »
Sa voix n'était plus qu'un murmure, mais Ramsay entendait.
« Et lors d'une promenade dans les remparts… Nous sommes arrivés vers cet endroit macabre où les têtes des traitres sont plantées au sommet de piques… »
Cette fois, sa voix se brisa légèrement, mais il ne l'arrêta pas. Il voulait savoir.
« Quelque chose se brisa en moi ce jour-là. Il m'obligea à fixer sa tête. Et je l'ai fait. J'ai fixé la tête de mon père. Et je me suis promis, je me suis promis que Joffrey paierait. Que la mort de mon père ne resterait pas impunie. »
La voix de Sansa se fit plus forte, plus dure. Elle revivait chacune de ses émotions, les images défilant en son esprit. Elle n'avait plus raconté cette histoire depuis des années… Gardant enfouie au fond de son cœur chaque souffrance.
« Ce jour-là, il me promit de me ramener la tête de mon frère, je lui ai répondu que ce serait Robb qui me ramènerait la sienne. »
Ramsay esquissa un sourire narquois. Non pas dû au fait qu'il savait déjà la suite de l'histoire. Mais parce que son épouse avait su faire preuve de répartie face à ce Roi idiot.
« Et votre père a trahi mon frère… Et Joffrey eut sa tête. »
Elle s'arrêta, une pause qui dura de longues minutes durant lesquelles mille émotions traversèrent le regard de Sansa. Il n'avait pas cette partie de l'histoire. Il ignorait ce que Sansa allait lui raconter. Mais au vu de son air brisé, cela allait être tout, sauf une belle fin.
« Un soir… Un soir, il m'invita à dîner… Et j'ai soulevé la cloche… Et… »
Les larmes roulèrent sur ses joues. Ce souvenir qu'elle n'avait jamais partagé jusqu'alors, qu'elle avait gardé au fond d'elle, tentant désespérément de l'oublier. Elle allait enfin le révéler, le confier à quelqu'un d'autre. Tremblante, elle continua.
« Il y avait sa tête… Sa tête dans une assiette… »
Ramsay resta coi. Il avait eu des idées sadiques, tordues, les deux en même temps également. Il était le premier à se délecter de la souffrance des autres. Mais pour la première fois de sa vie, il resta coi. L'idée était terriblement bonne. Digne d'un Bolton. Mais Ramsay restait tout de même coi. Car la souffrance qu'il voyait dans les yeux de son épouse n'était pas de sa faute, et cela le rendait malade de jalousie.
Il voulut se lever, l'attirer contre lui, la serrer dans ses bras tel un bon époux le ferait. Mais il n'était pas un bon époux. Et il ne savait comment la jeune femme réagirait. Alors il n'en fit rien. Il resta là, assis sur leur lit, à la regarder sangloter tandis que la tête méconnaissable de son frère trônant dans une assiette hantait son esprit.
« Si ce fils de putain n'était pas mort, je l'écorcherais moi-même. »
Cette simple phrase arracha presque un sourire à la jeune Lady. Ramsay pouvait parfois se montrer des plus étranges… Elle calma ses sanglots et reprit, toujours écouté attentivement par son époux.
« Depuis l'exécution, je n'ai été qu'une otage à la cour du Roi. Le petit jouet de Joffrey qu'il torturait, humiliait… Ou que la Reine Cersei tourmentait. Ils m'ont battu, ils m'ont humilié… Ils m'ont même marié à Tyrion Lannister… »
La mâchoire de Ramsay se contracta sous la colère. Lui seul avait le droit de tourmenter son épouse de la sorte, et personne d'autre. Et même si à l'époque elle n'était encore sa femme, cela le mettait tout de même dans une colère noire.
« Je n'avais aucun ami à la cour du Roi. Excepté un. Il m'a sauvé, il m'a emmené clandestinement dès que l'occasion s'est présentée à lui. Il savait que je serais en sécurité aux Eyriés. »
Ramsay sut immédiatement qu'elle parlait de Littlefinger. Et cela le fit tressaillir de rage tandis que la jeune femme continuait de fixer au loin.
« Vous n'aviez personnes d'autre ? »
La question était sortie toute seule. Mais elle ne sembla nullement perturber. Sansa y répondit après un court silence semblable à une réflexion.
« La Reine Margaery Tyrell fut une amie. Du moins, elle fut toujours bonne avec moi. Elle tenta même de me sauver en me mariant avec son frère, Loras.
- L'homme qui baisait les hommes.
- Je… »
Sansa allait répliquer une parole cinglante, mais se ravisa. L'homosexualité de Ser Loras Tyrell n'était plus un réel secret en Westeros, alors à quoi bon le défendre ? Le Chevalier des fleurs n'avait jamais rien fait pour elle après tout.
« Et le Chien ? »
Cette fois, il eut enfin droit à un regard. Un regard rougi et empli d'incompréhension.
« Comment ?
- Les rumeurs vont vite, plus vite encore que les corbeaux. »
Elle tourna son regard vers une malle à côté de la cheminée, avant de reporter ses yeux sur l'extérieur.
« Clegane fut toujours gentil avec moi. Il m'a aidé après de nombreux sévices de Joffrey… Mais il n'était pas un ami pour autant. »
Il était bien plus que cela.
Le cœur de Sansa se broya douloureusement dans sa poitrine tandis que le souvenir de Sandor hantait son esprit. Où était-il désormais ? Loin, sûrement. Dans les cités libres peut-être ?
Au même moment, Schlingue entra dans la chambre, un plateau chargé de nourriture en main, mais il se stoppa en voyant Ramsay.
« Je… »
Ramsay le toisait du regard tandis que Sansa lui faisait signe d'approcher, un sourire doux aux lèvres.
« Pose le plateau sur le bureau, s'il te plaît. Merci. »
Theon s'exécuta et partit presque en courant de la chambre sous le regard haineux de Ramsay.
« Je n'aime pas que tu le traites tel un homme.
- C'était la pupille de mon père. »
Leurs voix à tous deux étaient froides et Ramsay se leva, se dirigeant vers la nourriture que Theon avait amené.
« C'est mon animal.
- Il s'appelle Theon Greyjoy ! »
Ramsay balaya d'un revers de main la conversation. Schlingue resterait Schlingue. Qu'elle le veuille ou non. Puis, il prit la carafe de vin et servit deux coupes. Donnant l'une à Sansa, il alla reprendre place sur le lit avec la sienne. Sansa le suivit, s'installant à l'autre extrémité.
Et ainsi, ils se mirent à parler. Ils parlèrent encore et encore. De leur enfance respective ; celle plus heureuse de Sansa et celle plus troublante de Ramsay. Les coupes s'enchaînèrent et les langues se délièrent. Ils vidaient leurs cœurs comme ils vidaient leurs verres.
« Domeric est venu me voir un jour, il cherchait son frère, Ramsay Snow. Il était là en cachette de notre père. Il ne savait pas encore que ce frère qu'il recherchait, c'était moi. »
Sansa le fixa intensément, et d'une voix rieuse, le coupa.
« J'étais promise à Domeric. »
Cette fois, ce fut Ramsay qui la fixa intensément, la surprise et un autre sentiment plus sombre se mélangeant dans ses grands yeux gris.
« Est-ce vrai ? »
Sansa hocha doucement la tête en signe d'affirmation avant de se laisser tomber dans le lit. Fixant le plafond, elle reprit :
« Rien n'était officiel à l'époque. Je devais avoir douze ans… Mais mon père avait eu l'idée d'unir les Stark et les Bolton pour stopper la rivalité entre nos deux maisons. Et Domeric était un garçon sage et réfléchis. Je n'avais que douze ans ! Il était de sept ans mon aîné ! Et lors de son retour à Fort-Terreur, après, je ne sais quel voyage… Il s'arrêta à Winterfell pour me rencontrer. »
Ramsay était assis à l'autre bout du lit et la fixait avec intensité, cela troubla légèrement la jeune femme qui sentit ses joues s'empourprer.
« Votre père était le premier à dire que cette union était prometteuse ! En quelque sorte… La lignée des Bolton aurait un appui plus important sur la direction du Nord… Et le sang des Stark coulerait dans celui des Bolton… Et Domeric était très bel homme. Grand de taille, une peau pâle, des longues boucles brunes… Et les yeux d'acier des Bolton… »
Sansa décrivait Domeric tout en fixant intensément Ramsay. Ils avaient les mêmes attraits physiques… Et pourtant… Ramsay restait plus sauvage. Ses traits étant plus marqués par la dureté de la vie tandis que Domeric avait des traits beaucoup plus fins et doux. Mais ce même regard froid, aux reflets d'acier trônait sur leurs visages. Ils étaient si différents, et à la fois si semblables. Et alors qu'elle allait reprendre, Ramsay la coupa.
« Il était trop maigre et avec un nez si pointu qu'on aurait dit un bec d'oiseau… »
Sansa éclata de rire, un vrai rire franc qui surprit Ramsay. Il pensait qu'elle allait s'énerver, mais non, rien, elle riait. Et cela le fit rire à son tour. Elle avait un rire mélodieux, mais qui semblait aussi fragile que le cristal, tandis que celui de Ramsay était plus rustre, presque cassé. Après quelques instants, la jeune femme reprit son récit.
« Robb eut les mêmes réflexions avec Jon… Et Theon. Tous trois n'aimaient pas ce garçon qui aimait plus la Harpe que la bagarre. Pourtant, Domeric était bien meilleur cavalier qu'eux trois réunies. »
Sansa se perdit dans ses souvenirs sous le regard légèrement jaloux de son époux. Tous deux imaginaient la même chose sans le savoir. Que se serait-il passé si elle avait épousé Domeric ?
Une belle vie… Sans aucun doute. Domeric aurait été doux, respectueux. Ils auraient sûrement eux des enfants et auraient vécu à Fort-Terreur, loin de tout cela. Peut-être même qu'Eddard aurait refusé de devenir la main du Roi… Et tous seraient encore en vie.
« Je l'ai tué. »
La voix de Ramsay trancha l'air avec puissance tandis que Sansa relevait son regard azur vers lui, l'incompréhension se lisant sur ses traits.
« J'ai tué Domeric. Je l'ai empoisonné. Je haïssais cet homme. Il avait eu les privilèges qui auraient dû me revenir à moi, le « premier-né ». Il était tout ce qu'il y avait de plus naïf. Il était plus Ryswell que Bolton, même si son physique laissait croire le contraire. Il est mort en rentrant chez lui, après que je lui ai offert un verre de vin… Et j'ai adoré ça. J'ai adoré voir mon père arriver et me demander de le suivre à Fort-Terreur. J'ai adoré me sentir enfin à ma place. Et j'ai adoré voir l'air déçu de cette catin de Bethany Ryswell tandis que je prenais doucement la place de son fils. »
Sansa ne put retenir un frisson devant la voix brisée de Ramsay. La haine et la détresse se mélangeaient et venaient faire trembler la voix si froide du Bolton.
« Qu'est-ce qu'elle était belle cette Bethany. Elle avait une peau dorée, de grands yeux marrons et des boucles brunes semblable à une cascade… Je me souviens qu'au début… Elle a essayé d'être gentille avec moi. Puis, elle m'a haï, j'étais un Snow, un bâtard, et son fils, son fils légitime était mort… Par ma faute. Elle le savait. Je pense qu'elle l'a toujours su. Elle a vite sombré dans la folie et dans la fièvre, et elle est morte, deux ans après Domeric. Je pense que mon père ne s'en est jamais réellement remis. Elle est la seule femme qu'il est aimé. »
Ramsay fixait son épouse, attendant sa réaction de dégoût, mais elle ne vint pas. Elle semblait simplement perdue dans ses pensées.
« Cherches-tu la pire insulte à me dire, Sansa ?
- Non. Tu ne me dégoutes pas si c'est la question que tu te poses. »
Ramsay resta un instant coi.
« Alors à quoi penses-tu ? »
Le regard de Sansa se planta dans le sien, et il ne sut si c'était l'alcool où le fait qu'il ne l'avait touché depuis des jours, mais un désir brûlant vint lui animer le bas-ventre. Il se rapprocha d'elle, tel un prédateur se préparant à dévorer sa proie. Il prit délicatement sa cheville dans sa main, son regard plongé dans le sien, il embrassa sa cheville, puis laissa ses lèvres remonter avec douceur le long de sa jambe. Arrachant un gémissement à la jeune femme. Puis lentement, il remonta à sa bouche, celles-ci se frôlèrent, mais ne se lièrent pas. Leurs regards trop occupés à se noyer l'un dans l'autre. Les souvenirs de la nuit du banquet étaient loin, disparus en même temps que le vin avait franchi leurs lèvres. Et tandis que Ramsay se retrouvait juste au-dessus d'elle, Sansa répondit enfin.
« Les Lannister sont des tueurs… Mon père était un tueur. Mon frère était un tueur. Nos fils, un jour, seront des tueurs… Notre monde a été bâti un jour par des tueurs. Alors je me suis habituée à en avoir un en face de moi. »
Les mots qui faisaient tant écho à Sansa frappèrent de plein fouet Ramsay. Elle n'avait plus peur de lui, il le voyait dans son regard azur, dans ses gestes tendres. Elle n'était plus cette enfant effrayée et pleureuse. Non. Désormais, elle était une femme, une vraie. Et elle l'acceptait. Et cela lui faisait ressentir des émotions qu'il ne connaissait aucunement. Avec tendresse, il vint poser ses lèvres sur les siennes, ce fut terriblement doux et Sansa s'en délecta tandis qu'elle passait ses bras autour de son cou. Tout était lent et tendre, et la jeune femme eut la sensation, l'espace d'un instant, d'être avec quelqu'un d'autre. Les mains habiles de son époux vinrent délasser son corset avec facilité, et il l'ouvrit doucement. Leurs lèvres se séparèrent un instant, le temps pour Ramsay d'ôter la robe de Sansa et d'à son tour quitter son plastron et sa chemise.
L'une de ses mains soutenait son poids, tandis que l'autre parcourait sa peau avec envie. Leurs langues se trouvèrent. Les doigts de Sansa étaient plus doux que le velours tandis qu'elle redécouvrait chaque parcelle du corps de son époux qui lui-même caressait le corps de sa femme comme s'il ne l'avait jamais vu. Doucement, il quitta sa bouche, frôla sa gorge et s'attarda longuement sur ses seins, arrachant à Sansa des frissons de plaisirs qui le faisait lui-même vibrer. Descendant plus bas encore, il s'arrêta un instant sur son bas-ventre, mordillant légèrement sa peau sans que cela ne devienne des morsures violentes et au vu des joues rougissantes de la jeune femme, elle aimait. Puis, il vint à descendre plus bas, arrachant cette fois un véritable gémissement de plaisir à la jeune femme. Ils réapprenaient tout deux ce qu'était le désir en cet instant, Sansa découvrait le plaisir, Ramsay la tendresse. Ses mains vinrent se perdre sur ses hanches, tandis qu'il goûtait au fruit défendu. Les doigts de Sansa vinrent se perdre dans les draps, un soupir quittant sa bouche. Ce fut elle qui l'incita à remonter, tirant sur sa main avec force. Il revint alors à elle, capturant les lèvres de la jeune femme. Un baiser toujours aussi tendre et doux. Sansa vint baisser elle-même son pantalon de cuir. Et toujours dans une infinie tendresse, il la pénétra. Un gémissement fut étouffé aux milieux de leurs baisers, puis deux, puis trois. Pour la première fois, il entendait son épouse gémir de plaisir et cela le rendait plus fou encore que ses gémissements de douleur. Son visage vint se perdre dans son cou tandis qu'il se délectait de chaque cri que la jeune femme poussait.
Leurs baisers avaient un arrière-goût de vin, leurs caressent fébriles et parfois maladroites laissaient entrevoir l'ivresse, et au détour de ce moment si intense, un nouveau fil se tissa entre eux. Un fil plus solide que les autres. Celui-là était imprégné d'une vérité qu'eux deux tentaient par tous les moyens d'ignorer, mais que l'ébriété avait révélé.
1 « Lómion », prénom elfique signifiant « fils du crépuscule ».
