Chapitre Treize
Trois ou quatre lunes s'étaient écoulées.
Sansa se portait à merveille. Elle avait un petit ventre qui commençait à s'arrondir de façon plus voyante, et la jeune femme rayonnait dû au bonheur que ce petit-être lui procurait. Chaque jour, elle lui parlait, lui racontait des histoires et lui promettait tout l'amour du monde. Elle devenait une tout autre femme. Elle s'était même remise à jouer de la harpe et à chanter au grand plaisir de son époux…
Son époux… Ramsay était moins démonstratif, mais sa douceur avec Sansa révélait le bouleversement qu'il vivait également. Et le fait qu'il ne torturait plus Theon depuis l'annonce de la grossesse de Sansa était une immense avancée. Même si le pauvre homme restait sur ses gardes, méfiant et apeuré.
Ramsay avait également instauré de nouveaux rituels avec son épouse. Il lui apportait une petite assiette de gâteaux aux citrons tous les matins et lui préparait un thé aux amandes tous les soirs avant qu'elle n'aille se coucher. Dire que Sansa était heureuse était un euphémisme, elle était comblée pour la première fois de sa vie. Même si au fond d'elle, elle se doutait que beaucoup de femmes dussent vivre un bonheur bien plus sincère que le sien, elle se contentait de cette mascarade si douce. Son époux et elle avaient signé une trêve jusqu'à l'accouchement et elle comptait bien en profiter.
Mestre Wolkan avait interdit à Ramsay de dormir avec la jeune femme. Cela étant porteur de malheur et impur. Mais le jeune Lord était peu superstitieux et continuait à dormir avec son épouse qui en était heureuse également. Chaque nuit, il dormait contre elle, une main posée sur son ventre qui s'arrondissait de jour en jour.
Ce matin-là, Sansa sentit les rayons du soleil réchauffer avec tendresse son visage tandis que le froid de l'hiver mordait déjà ses avant-bras. La douce chaleur de l'astre vint lentement la réveiller, tout en étirant ses bras, elle poussa un bâillement sonore qui aurait sûrement fait rire Ramsay s'il était encore là. Avec tendresse, elle caressa son ventre avant de se tourner vers la place de son époux. Il devait être debout depuis un long moment. Les draps étaient défaits et froids, et elle constata que les petits gâteaux aux citrons étaient déjà là et que deux pupilles noisette les fixaient avec attention, la salive dégoulinant de ses babines. Sansa en prit un entre ses doigts et croqua dedans tout en se levant et se dirigeant vers la fenêtre.
Sa chemise de nuit bleu ciel tombait délicatement sur ses mollets et l'on pouvait voir en transparence son ventre arrondi et ses seins pointant vers l'extérieur dû au froid. Sa peau laiteuse ne présentait presque plus d'ecchymose, simplement une ou deux morsures violacées ci et là. Et son visage rayonnait d'un bonheur indescriptible.
Son regard saphir scrutait l'horizon nuageux et abstrait. Le brouillard était tombé sur Winterfell depuis quatre jours déjà. Et les rayons du soleil transperçaient à peine cette épaisse brume. Avait-elle réellement senti la chaleur de celui-ci sur sa joue en ce matin ? Elle en doutait désormais.
Plissant les yeux, la jeune femme crue soudainement voir quelque chose virevolté au loin. Dans les collines, qu'elle distinguait à peine, un étendard se rapprochait. Elle en était certaine. Plus il s'approchait, plus elle était certaine de le connaître. Trop curieuse, Sansa, ouvrit la fenêtre laissant rentrer le vent glacial à l'intérieur et se pencha légèrement pour mieux voir. L'étendard était d'un bleu semblable au ciel du Sud. Un étendard bleu… Une lune blanche. Sans mal, elle reconnut distinctement l'oiseau passant devant l'astre argenté. Un aigle. Son cœur loupa alors un battement. Il revenait. Lord Baelish arrivait à Winterfell.
« Lady Sansa ! Par les Dieux, fermez cette fenêtre vous allez attraper le mal ! »
Yvana venait de rentrer dans la pièce, une malle de vêtement dans les bras. Sansa ferma la fenêtre tout en se tournant vers la servante, un sourire d'enfant collés à ses lèvres.
« Lord Baelish arrive, avait-il prévenu de son arrivé ?
- Je ne sais pas ma Lady. Mestre Wolkan lui a fait parvenir une lettre à propos de votre grossesse. Je pense qu'il souhaitait à tout prix vous rejoindre pour vous féliciter.
- Dépêchons-nous ! »
Sansa laissa sa chemise de nuit glisser le long de son corps tandis qu'Yvana posait la malle de vêtement proche de la coiffeuse. Et tandis qu'elle l'aidait à revêtir une robe bleue et blanche au laçage large, robe de grossesse qu'elle avait retrouvé dans les affaires de sa mère il y a peu, ses pensées se tournèrent vers Baelish. Lorsque Petyr Baelish rendait visite, il prévenait toujours. Et Ramsay lui aurait forcément fait part de cela. Si son mentor venait à Winterfell sans prévenir, les nouvelles devaient être urgentes et aucunement bonnes.
Sa gorge se noua.
Yvana tressa les cheveux de Sansa en un chignon lâche et lui amena ses gants et son manteau de fourrure blanche.
Peut-être que la visite de son mentor avait un lien avec les lettres que Ramsay recevait régulièrement ? Depuis le premier corbeau, il y a de cela trois lunes, Ramsay recevait régulièrement des lettres qu'il détruisait dans la cheminée et dont il ne parlait pas avec son épouse. Elle n'avait jamais abordé le sujet non plus, jugeant que ses relations avec son époux étaient bien trop bonnes pour qu'elle les gâche. Mais désormais, sa curiosité était piquée au vif.
Sansa remercia Yvana et accompagnée de son fidèle Lómion, la jeune Lady s'engouffra dans le large corridor de pierre pour retrouver son époux et accueillir son mentor, sans se douter que sur les remparts, deux hommes parlaient déjà.
Ramsay se tenait sur ses gardes devant l'homme en face de lui. Petyr n'avait point vieilli. Il semblait plus vicieux encore que le rat qu'il eut toujours été. De son regard verdâtre, il fixait l'horizon, cherchant du regard quelque chose, ou du moins, quelqu'un.
« Quel vent vous amène, Lord Baelish ?
- Sansa attend un enfant. Elle est comme ma fille, je veux la féliciter. »
L'atmosphère qui régnait entre eux était plus glaciale encore que le vent venant du Nord. Ramsay fixait le rat qui lui-même fixait la cour. Et tandis que le temps s'écoulait lentement, le Lord se souvint de leur première discussion, au même endroit, il y a un temps déjà. Et déjà à l'époque, il savait que ce Littlefinger n'était pas un homme auquel il fallait se fier.
« Elle est si belle. La grossesse lui va à merveille. »
La voix de Petyr fit sortir Ramsay de ses pensées et son regard se porta par-dessus la barrière de bois, suivant celui de Baelish.
Elle venait de sortir du hall d'entrée. Sa robe bleu et blanc était légèrement visible sous sa cape. Il apercevait son ventre arrondi et il ressentit immédiatement une immense fierté s'écouler dans ses veines. Elle était à lui.
À ses côtés, Lómion marchait doucement, devenu grand, la tête du chien atteignait la hanche de Sansa.
Il la protégeait de tous, fixant chaque personne qu'ils croisaient avec méfiance.
« Elle est heureuse.
- Je n'en doute pas. »
L'affirmation de Ramsay sembla légèrement irriter Baelish. Malgré sa réponse, Ramsay savait que le Lord doutait du bonheur de la jeune femme. Dans le fond, il n'avait pas réellement tort.
Les deux hommes fixaient la jeune femme en contre-bas qui semblait les chercher. Elle rayonnait et semblait à la fois inquiète ce qui irrita plus encore le Lord. Il savait qu'elle aimait plus que de raison l'homme à ses côtés, et qu'elle n'était pas assez méfiante avec lui. Et cela le rongeait. Il ne supportait pas cet amour idéalisant qu'elle portait à ce rat médiocre.
« Je me suis beaucoup attaché à Sansa, depuis notre départ de Port-Réal jusqu'à aujourd'hui. Elle a beaucoup grandi. Mûri. »
Était-il réellement en train de lui refaire le même discours que lors de leur première rencontre ?
« Elle a suffisamment souffert, Lord Bolton. »
Le regard de Ramsay se tourna vers Baelish. Les mots que prononçait le rat de Port-Réal l'atteignaient différemment cette fois. Il se sentait réellement concerné par ses propos. Désormais, l'Écorché imaginait clairement ce que Sansa avait pu ressentir par le passé. Tout ce qu'elle avait subi. Il ne jouait plus un rôle.
« Et désormais, j'espère…
- … Je ne la blesserai jamais. »
Ramsay avait planté ses yeux dans le dos de Sansa, transperçant sûrement sa peau dû au poids de son regard. La jeune femme le sentit, car elle se retourna face à eux. Son regard saphir croisa le sien gelé et elle lui esquissa un grand sourire avant de détourner ses yeux pour fixer le rat qu'elle salua d'un grand signe de main.
Non… Il ne blesserait jamais la mère de son héritier.
Sa seule alliée dans ce monde.
« Vous avez ma parole. Rien n'a changé. »
Si, tout avait changé.
Petyr allait répliquer, mais Sansa arriva plus vite que prévu, Lómion sur ses talons.
« Lord Baelish ! »
D'un pas rapide, elle brisa le peu d'espace restant entre eux, enlaçant son mentor d'une étreinte des plus formelles. Rien ne pouvait laisser penser qu'ils partageaient plus qu'une amitié forte, créée dans l'épreuve. Et pourtant… Ramsay n'avait aucunement confiance en l'homme qui tenait son épouse par la taille.
« Sansa, regarde-toi ! Tu es resplendissante ! »
Ses mots sonnaient horriblement faux, et tout trois le savaient. Même si Sansa rayonnait, sa peau laiteuse était couverte de cicatrices encore rosées pour certaines. Des ecchymoses régnaient encore sur son corps et les cernes ornant le dessous de ses yeux étaient encore bien présentes malgré les nuits complètent qu'elle faisait désormais. Toute personne normale voyait que la jeune femme n'allait pas bien.
La mâchoire de Ramsay se contractait en des spasmes réguliers tandis que la main de Littlefinger caressait le ventre arrondi de la jeune femme. Il détestait qu'on le dérange chez lui, qu'on s'introduise dans son intimité et celle de son épouse. Mais en ces périodes compliquées, il ne pouvait se permettre de déclarer la guerre aux seigneurs voisins tels que celui du Val d'Arryn. Il n'avait alors d'autre choix que de ravaler sa fierté. Il ne pouvait pas enfermer Sansa dans sa chambre à chaque instant, il ne l'avait compris que bien tard. Mais il l'avait tout de même compris.
« J'ai un présent pour toi, suis-moi. J'aimerais que nous rendions visite à ta mère. »
D'un pas décidé, et tout en gardant son bras autour de la taille fine de Sansa, ils partirent en direction de l'escalier, laissant Ramsay seul avec sa rage grimpante.
Tous deux marchaient dans la crypte en silence, la gorge de Sansa se resserrait doucement, douloureusement. La douleur envahissait son cœur devant les statues de son grand-père : Rickard Stark, puis devant celle de Brandon Stark pour laquelle Baelish sembla détourner le regard. Celle de Lyanna était toujours aussi belle, et en ses mains résidaient toujours dans la plume que le Roi Robert lui avait apportée. Ils arrivèrent enfin à celle d'Eddard Stark et s'ils avaient continué encore un peu, ils auraient pu voir celle de Robb.
Sansa se tourna face à son père. Il était droit et fier, sa cape de fourrure sur les épaules, son épée, Glace, entre les mains. Et un loup géant à ses côtés comme le voulait la tradition. Cette statue lui ressemblait en tout point. Chaque détail. Chaque infime détail était représenté. Lentement, la jeune femme se rapprocha de son père et alluma les cierges à ses pieds avant de doucement effleurer la cape de pierre de l'ancien Gouverneur du Nord.
Eddard Stark reposait ici. Et Catelyn Tully également. Comme pour Robb, le corps n'avait jamais été retrouvé, mais son esprit lui, avait rejoint son époux. Sansa en était certaine. Il n'y avait pas de plus bel amour que celui de ses parents.
Et comme pour Robb, Sansa avait ordonné que l'on rajoute du lys blanc, taillés dans la pierre, aux pieds de son père. Les artisans l'avaient immédiatement fait, taillant un bouquet de lys blanc enlacés d'un fil scellé par le sceau des Tully. Catelyn était là, aux pieds de son époux.
Petyr Baelish s'avança à son tour, et dans un geste des plus soigneux, il déposa aux pieds de Lord Stark ce qui semblait être un tissu coloré.
« Qu'est-ce ?
- Une broderie que votre mère m'avait offerte il y a de cela des années maintenant. Je tenais à venir lui rendre. Lui montrer… Que je ne l'oublie pas.
- C'est un cadeau, vous devriez la garder.
- Sansa… Parfois, il faut apprendre à faire son deuil. Et je dois faire le mien. J'ai aimé ta mère d'un amour inconditionnel. Désormais, il faut que je la laisse s'en aller. »
La curiosité fut plus forte et Sansa s'approcha de la broderie avant de la déplier légèrement. C'est ainsi qu'elle put contempler le magnifique paysage qui se dessinait devant ses yeux. Une truite argentée sautait de l'eau avec vigueur, dans un paysage magnifique où le bleu du ciel se mêlait aux rayons d'or du soleil. Sur un arbre aux branches verdoyantes de feuilles, l'on pouvait voir un petit oiseau gris qui semblait chanter.
« C'est magnifique.
- À l'époque je l'ai vu telle une promesse de mariage. Mais aujourd'hui… Je la vois seulement pour ce qu'elle est. Une simple amitié. »
La jeune femme tourna son regard vers son mentor, l'air peinée. Mais celui-ci chassa bien vite sa tristesse d'un revers de main avant de reprendre.
« Trêve de souvenir ennuyeux, Sansa. J'ai un présent pour toi également, du moins. Pour ton enfant. »
Il sortit de sa poche une boite qu'il tendit à la jeune femme. Celle-ci le prit entre ses doigts fins et n'attendit pas pour l'ouvrir. À l'intérieur, se trouvait une médaille d'or avec un loup gravé sur celle-ci.
« Sa Maison ne sera pas Stark, mais Bolton.
- Sansa… Il faut que tu cesses de jouer la comédie. Tu n'as jamais su me mentir.
- Je ne comprends pas.
- Reprends Winterfell. »
La jeune femme ne répondit rien, elle contemplait Baelish avec un regard que lui-même n'aurait pas su déchiffrer. Mais il continua, il savait quel était le but de sa protégée. Il la connaissait par cœur.
« Ramsay est désormais de trop, ma douce enfant. Je te veux à mes côtés Sansa ! Je reconnaîtrais ton enfant comme le mien. Tu gouverneras le Nord. Je gouvernerais le Val. Les Martell vont se rebeller contre la couronne. Si nous les suivons…
- … Cessez vos élucubrations Baelish. Que se passe-t-il ? Pourquoi les Martell se rebelleraient-ils contre la couronne ? Myrcella a épousé leur héritier !
- Sansa… Ma douce Sansa… Beaucoup de choses se sont passées depuis notre départ. Myrcella Baratheon a été empoisonnée par Ellaria Sand. »
Sansa se retint au mur derrière elle, un sentiment étrange se propageant en elle. Myrcella n'était qu'une enfant. Une enfant d'à peine quinze ans. Comment pouvait-on tuer un être innocent ?
La jeune femme se souvenait d'Ellaria Sand, une femme sûre d'elle, tenant tête à la Reine Mère. Mais elle n'en restait pas moins douce… Était-elle réellement une meurtrière ?
La jeune femme essaya de se ressaisir et planta un regard froid dans ceux de Baelish.
« Je n'ai plus que mon époux. Mon dernier frère est mort. Où irai-je si je n'ai plus Ramsay ?
- Jon est en vie Sansa ! Des rumeurs courent. Le Lord commandant Jon Snow aurait ressuscité. »
Cette fois, le cœur de Sansa se tordit avec violence dans sa poitrine. Quel était cet étrange rêve qu'elle était en train de faire ? Ressusciter n'était aucunement possible… Alors pourquoi y croyait-elle ?
Peut-être que… ? Elle n'en savait rien.
La seule fois où elle avait entendu pareille histoire était de la bouche de Shae qui lui racontait les légendes sur la ville d'Ashaï.
« C'est impossible.
- Sansa… Je ne te raconterais pas pareille chose si elles étaient fausses. »
Avec tendresse, Petyr caressa une nouvelle fois sa joue avant de reprendre son sérieux. Un air sombre collé au visage.
« Mais je t'avoue que ma venue n'est pas seulement expliquée par ces deux faites.
- Que voulez-vous dire ?
- Sansa… La nouvelle… Non… La tragédie que je t'apprête à t'annoncer…
- ...Qu'est-il arrivé Baelish ? »
Celui-ci s'avança d'un pas, comme s'il se préparait déjà à l'évanouissement de la jeune femme. Celle-ci sentit son cœur s'accélérer, son ventre se tordre. Sa famille entière était morte. Il ne lui restait que son bébé et son époux. Alors qu'est-ce que Baelish pouvait bien lui annoncer de si horrible ?
« Tu n'es pas sans savoir la tournure étrange qu'a prise la religion à Port-Réal.
- Le Grand Moineau. Vous m'en aviez parlé.
- Eh bien… Sansa… »
Pour la première fois, Petyr Baelish cherchait ses mots. Il semblait perdu. La situation était en train de lui échapper légèrement. Mais qu'avait-il donc de si grave à lui annoncer ? Lui qui trouvait toujours les mots juste pour tout…
« Lors du jugement de la Reine Cersei, tous étaient présents dans le Grand Septuaire de Baelor. Tous attendaient la Reine… Et Cersei en a profité pour faire exploser l'endroit avec du feu grégeois. Il ne reste rien du Grand Septuaire. »
Sansa porta ses mains à sa bouche, horrifiée par une telle nouvelle. Tous ces innocents qui étaient morts… Mais pourquoi donc Baelish prenait-il autant de temps à chercher ses mots pour lui annoncer pareille chose ? La jeune femme le questionna silencieusement du regard, et l'homme continua.
« Sansa… Margaery se trouvait dans le Grand Septuaire. »
Les yeux de Sansa s'écarquillèrent tout en se remplissant de larmes. Son cœur sembla se briser dans sa poitrine et une vague nauséeuse traversa sa bouche. Elle manqua de tomber au sol, mais Baelish la retint.
« Sansa… Ma douce Sansa… »
Un lourd sanglot vint enfin franchir ses lèvres, les larmes roulèrent enfin sur ses joues et un cri étouffé quitta ses poumons avec douleur. Elle se sentait mal. Terriblement mal tandis que le visage de Margaery imprégnait son esprit. Sa seule amie venait de mourir. Elle était morte de la main de cette femme odieuse. Elle les prendrait tous. Tous ceux qu'elle aimait, elle les tuerait.
Les mains de Petyr Baelish encerclèrent ses bras fins et il ramena Sansa, contre son gré, à la réalité. Plantant ses yeux océans dans ceux verdâtre de son mentor, elle écouta les paroles chaudes et douces qu'il lui murmurait.
« Fuis avec moi Sansa. Nous reconquerrons ensemble le Nord. Le Sud. Et la Capitale. Nous deviendrons les deux êtres les plus puissants de Westeros. Venge ta famille… »
La jeune femme resta muette tandis que Baelish déposait ses lèvres sur les siennes en un baiser chaste.
« Empoisonne-le. Les mêmes ennemies qui ont tué son père… Tueront son fils. Et tu seras libre. Vous serez libres. »
Pour appuyer ses paroles, le Lord posa une nouvelle fois sa main sur le ventre de la jeune femme qui le repoussa avec violence.
« Je ne ferai aucun mal à mon mari ! »
Ses yeux étaient emplis d'une rage que Baelish ne lui connaissait pas, celui-ci recula alors d'un pas avant de reprendre :
« Sansa. Je l'ai vu te faire du mal au banquet en l'honneur de son frère. Cesse de te voiler les yeux.
- C'est votre faute si je suis ici ! C'est vous qui m'avez amené ici, qui m'avez promise à lui !
- Sansa…
- Alors maintenant, cessez de me dire ce que je dois ou ne dois pas faire. Je n'ai plus besoin de vous. »
Elle se détourna de l'homme qui lui faisait face et rejoignit l'extérieur.
Mais alors que ses pas arrivaient en bas des escaliers, la voix de Baelish l'interpella une dernière fois.
« Il savait Sansa. Il a reçu la même lettre que moi. Il doit aller ployer le genou et livrer la meurtrière du Roi Joffrey à la Reine Cersei Lannister. »
Sansa ne se retourna pas, elle reprit simplement son chemin.
L'air frais attaqua ses joues et un nouveau sanglot vint franchir ses lèvres. Elle ne remarqua nullement la personne qui se cachait derrière la statue semblable à un loup à l'entrée de la crypte. Elle était furieuse, furieuse et terriblement triste.
Sa seule amie… Était morte.
Son époux lui mentait depuis trois lunes déjà...
... Et son mentor n'était qu'un manipulateur.
La jeune femme se tenait devant son miroir, une robe de chambre aux couleurs de son époux sur les épaules, elle brossait délicatement sa chevelure rousse qui tombait en cascade sur son épaule droite. Un vil sentiment d'angoisse n'avait pas quitté sa poitrine depuis qu'elle était sortie de la crypte. Elle n'avait pas recroisé Baelish de la journée, ni son époux. Et le deuxième point était bien plus angoissant que le premier.
Yvana s'était proposée pour sortir Lómion une dernière fois ce soir, la servante n'osait pas l'avouer, mais elle était rassurée de faire ses tâches nocturnes avec l'imposant chien à ses côtés. Et tandis que sa brosse atteignait la pointe de ses cheveux, la porte de la chambre s'ouvrit et se referma avec fracas, laissant apparaître son époux.
Ramsay était couvert de sang. L'odeur ferreuse de celui-ci vint envahir la pièce instantanément et prit la jeune femme à la gorge. Tournant son regard vers son époux, elle le vit tituber jusqu'au lit, se laissant tomber assis dessus, il était désormais dos à elle. Il tâcha les draps de sang et enleva ses bottes avec difficulté avant de les lancer dans la pièce avec force. Il n'était pas comme d'habitude… Son exagération de tendresse… Ses manières surfaites… Tout semblait avoir disparu. Il semblait ivre.
« Mon amour… Que se passe-t-il ? »
Ce surnom sonnait terriblement faux en cet instant. Sansa était morte de peur. Mais Ramsay tourna tout de même son regard acier vers elle. Et il était effectivement ivre. Ses yeux devenaient imperceptiblement plus clairs lorsqu'il avait trop bu. Il la fixa un instant, avant de détourner son regard d'elle et de laisser son visage blême tomber dans ses mains encore pleines de sang séché. Il semblait visiblement malade de l'alcool qu'il avait bu.
« As-tu trop bu ? »
La question était idiote, mais en cet instant elle ne savait pas quoi faire. Lentement, elle se leva et se dirigea vers lui. Ravalant sa peur, elle prit place face à lui, à genou et contempla avec horreur son torse qu'elle entrapercevait par l'entrebâillement de sa chemise. Il était couvert de mutilation.
« Qu'est-ce que… »
Il releva son visage pâle vers elle, sa barbe commençait légèrement à pousser et quelques mèches de ses cheveux retombaient sur son front et gagnaient presque ses yeux. Son regard quant à lui était empli de sentiments que Sansa n'arrivait pas à décrire. Mille souffrances passèrent dans ce regard si froid. Mille peines résonnèrent dans celui de Sansa.
Tous deux savaient.
Et pour la première fois, depuis qu'elle avait rencontré Ramsay, elle voyait enfin des sentiments véritables dans ses yeux givrés. Il semblait perdu, trahis. Et elle comprit. Elle comprit qu'il avait tout vu. Entendu… Il les avait surpris ou peut-être même suivis. Elle l'avait trahi. Peu importe qu'elle eût repoussé ou même injurié l'auteur de ces actes. Aux yeux de son époux, elle l'avait trahi.
Ramsay se leva, suivi de Sansa, et tous deux se firent face. Les sentiments quittèrent peu à peu ses yeux, il redevint un monstre de froideur, insensible. Il fit un pas vers elle, et par instinct, Sansa recula. Doucement, subtilement, une danse de peur se mit en place entre eux. À chaque pas que faisait Ramsay, Sansa reculait. Et bientôt, comme à chaque fois, le dos de Sansa heurta le mur derrière elle. Mais cette fois, Ramsay se stoppa également, ne détruisant pas le peu d'espace qui résidait entre eux. Il lui suffisait pourtant de tendre la main pour caresser la joue de son épouse… Mais les caresses étaient-elles réellement de mise en ce soir-là ?
Le regard de Ramsay eut fini d'engloutir celui de Sansa, elle ne pouvait lutter contre tout ce qu'elle apercevait dans cet océan grisâtre.
La haine... Le mépris... Mais surtout... La douleur.
Mais mes yeux, dans un face-à-face, sont absorbés par les siens. Que disent alors les miens en cet instant ?1
L'angoisse faisait battre le cœur de Sansa à tout rompre. Elle avait tout fait pour que leur relation soit la plus équilibrée possible. Elle avait dompté le tempérament de Ramsay, par cupidité. Par envie de pouvoir… Abandonnant tout honneur et confort. Mais aujourd'hui, elle pouvait dire haut et fort qu'elle n'avait aucun regret. Car elle avait trouvé au fond du cœur de Ramsay un être protecteur et parfois sympathique.
Alors pourquoi tremblait-elle ?
La voix grave et déchirée de son époux résonna dans la chambre, ce qui arracha à la jeune femme un frisson.
« Il avait l'air si confiant…
- Comment ?
- Il avait l'air si confiant, lorsqu'il t'a embrassé. »
Elle comprit à cet instant que tous ses doutes étaient bel et bien fondés. Ramsay les avait vus. Les avait entendus. Et à ses yeux elle n'était désormais plus qu'une catin à broyer.
« Tu mériterais que je t'écorche sans une once de pitié. Que je suspende ton corps aux remparts et que j'exhibe ton cadavre jusqu'à ce que les corbeaux t'aient bouffés les entrailles. »
Sansa sentit l'effroi parcourir sa colonne tandis qu'elle sentait le regard complètement fou de son époux la regarder de part en part. Qu'allait-il advenir d'elle ?
« J'ouvrirai chacune de tes extrémités. Les doigts, les orteils. À chaque fois que tu t'évanouiras, j'attendrais que tu te réveilles pour continuer. Je laisserai sécher ta chair, elle se fissurera, s'infectera. La douleur te rendra folle.
- Arrête…
- Tu me supplieras, comme cet imbécile de Schlingue, que je te coupe tes membres mais je n'en ferai rien. »
Sansa ne répondit pas, elle attendait, elle attendait que cet abominable récit finisse. Où s'arrêterait-il ? À sa mort ? Passera-t-il à l'acte ensuite ? Il ne le pouvait… Elle était enceinte.
« Une fois, ton imbécile d'ami tenta de se couper l'un de ses doigts avec ses propres dents ! J'ai tant ris en le voyant, la bouche ensanglantée et le doigt à moitié rongé. Pour la peine, sais-tu ce que j'ai fait ? »
Sansa ne répondit pas, ses jambes tremblaient sous son propre poids tandis que les images de Theon en train de ronger ses propres doigts la hantaient.
« Je t'ai posé une question. Sais-tu ce que j'ai fait ?!
- N… Non. »
Sa voix n'était qu'un murmure… Une plainte si basse qui étira pourtant les lèvres de Ramsay en un sourire goguenard.
« Je lui ai coupé son doigt, comme il le voulait… Et j'ai cassé chacun de ses dents avec une masse pour être sûr qu'il ne recommence jamais. »
Le haut-le-cœur qui accompagna la déclaration de Ramsay ne fit que renforcer son sourire. Il gagnait du terrain et Sansa était bien trop faible face à lui. Chaque parole transperçait son âme. Joffrey s'était déjà tant fait plaisir de la torturer. À faire preuve d'une cruauté sans pareil à travers ses actes. Myranda lui avait raconté tant de fois les actes de son époux, mais Sansa ne l'avait jamais réellement prise au sérieux, espérant au fond d'elle que la fille du chenil mente pour effrayer la compagne de son époux. Puis Roose Bolton l'avait torturé d'une manière si violente, avec de simples mots, créant en Sansa des cauchemars qui la hantèrent durant de nombreuses nuits. Mais en cet instant, de la bouche de Ramsay ne sortait que des paroles acerbes, virulentes, choquantes. Mais qui étaient pourtant aussi clair et limpide que l'eau de roche. Il disait vrai. Elle le savait. Son époux était un monstre.
« Mais toi… Toi… Tu ne mérites pas tout ça. »
Elle releva son regard azur vers lui. Sa voix était brisée, si rauque qu'elle avait l'impression qu'il allait s'effondrer devant elle à tout moment. L'alcool lui donnait cet air complètement fou et indomptable qui traumatisait Sansa.
« Tu mérites d'être chassée, coursée à travers bois. J'aime les proies sur deux jambes, tu sais. Tansy. Violet. Kyra. Alison. Helicent. Jeyne. Jez. Maude. Sara. Saule…. Elles étaient toutes comme toi. Elle pensait me changer. Elle pensait que je pouvais les aimer.
- Ramsay… Je t'en prie, arrête.
- Elles disent toute ça avant que je ne les chasses… »
C'était un sourire macabre qu'il lui lançait tandis que les sanglots secouaient son corps. Mais il se fichait des pleurs de son épouse, il continua.
« Tu auras beau courir. Te cacher. Essayer tant bien que mal de me fuir. Je te rattraperai toujours Sansa. Peu importe où tu iras, peu importe où tu te cacheras. Je te retrouverai et tu devras faire face à ton destin. Je t'écorcherai, comme les autres, je te punirai, comme les autres. »
Ce n'était pas son époux qu'elle avait face à elle. C'était impossible. Sa froideur, sa folie, sa cruauté. Tout était multiplié, hors norme. Il semblait pris d'une transe que lui-même ne maîtrisait pas. Et alors que Sansa sentait la douleur enserrer sa gorge, un sentiment d'étouffement vint la prendre à la poitrine. Elle n'arrivait plus à lutter. Un destin funeste l'attendait, elle le savait, elle en était certaine.
« Et tu vois… Sansa. Lorsque mon fils naître… »
Il accompagne ses paroles d'un geste… Posant sa main avec force sur son ventre.
« La première chose que je lui apprendrai sera d'écorcher les corps de ses ennemies, encore et encore. Pour qu'il soit un véritable Bolton et non une femme avec des couilles comme ton frère. Et nous commencerons par ton mentor, Lord Baelish. »
Cette fois, elle en était certaine. Il avait tout vu. Il avait surpris ce baiser volé. Toute son angoisse et sa peine s'envolèrent. Il essayait de lui faire mal… Parce qu'il souffrait lui-même.
Non… Ramsay aimait faire mal, c'est tout ce qu'il y avait à comprendre.
Mais la jeune femme tenta quand même sa chance. Elle ne pouvait pas le laisser détruire tout ce qu'ils avaient construit sans rien faire.
« Je l'ai repoussé Ramsay.
- Tu avoues…
- J'avoue mon tort d'avoir trop accordé ma confiance à Lord Baelish, oui. »
Elle le vit se tendre un peu plus encore, et sa voix se brisa encore :
« Tu n'es qu'une manipulatrice. Je te ferais payer ! »
Le courage s'empara d'elle, s'écoulant dans ses veines. Elle avait confiance en l'homme qui se trouvait en face d'elle. Elle savait que derrière ce masque de monstre indifférent se trouvait quelque part un homme quelque peu bon. Elle pouvait lui faire entendre raison. Elle le savait.
Ramsay tenta de se détourner d'elle, mais elle le retint en prenant sa main. Il ne la repoussa pas. Elle avança ensuite d'un pas, puis de deux. Il ne recula pas non plus. Il resta seulement droit et figé tandis qu'elle avançait son autre main vers sa joue qu'elle caressa avec douceur. Ses doigts fins se piquant contre sa barbe naissante. Il sembla, l'espace d'un instant, apprécier ce geste, avant de saisir son poignet. La méfiance régnant dans ses yeux gris alcoolisés.
« Je ne te trahirai jamais Ramsay.
- Tu l'as déjà fait.
- Non Ramsay… Je l'ai repoussé. »
Il allait répliquer, mais elle ne lui en laissa pas le temps, elle vint prendre son visage en coupe entre ses deux mains et se hissant sur la pointe des pieds, elle plaqua son front contre le sien. Et dans un murmure, elle continua.
« Je n'ai plus de place dans mon cœur pour qui que ce soit. Tu y prends trop d'espace. »
Ramsay écarquilla les yeux de surprise tandis que Sansa continuait de le fixer dans les yeux. Elle réalisait elle-même peu à peu ses paroles et ne comprit pas si c'était toujours un jeu d'échec auquel elle jouait avec Ramsay ou si, pour la première fois depuis longtemps, elle venait de laisser parler son cœur.
Son époux sembla démuni, l'espace d'un instant, il ferma les yeux, laissant aller son front contre le sien. Dans un élan de tendresse, il vint capturer ses lèvres avant de la pousser sur le lit derrière elle tandis que la respiration de la jeune femme s'accélérait. L'Écorché vint prendre place sur elle, embrassant avec plus de force encore ses lèvres. Et tandis qu'il remontait à son oreille, elle crut l'espace d'un instant l'entendre murmurer.
« Pardonne-moi. »
Mais la jeune femme chassa bien vite cette idée de son esprit, sachant pertinemment que Ramsay ne s'excuserait jamais. Se redressant sur ses genoux, il vint emprisonner la cheville de Sansa dans sa main avant de remonter ses lèvres le long de sa peau, embrassant chaque parcelle de sa jambe avec avidité. Et lorsqu'il arriva à son entrecuisse, un sourire se dessina sur ses lèvres avant que la jeune femme ne sente le contact de sa langue avec son intimité.
Elle se laissa ainsi aller, elle se laissa faire. Le surréalisme de cet instant la laissant dans un état quelque peu absent. Ils venaient de basculer d'une scène plus qu'obscure à un instant empli de tendresse. Et tandis que ses doigts s'entremêlaient dans les draps et que Ramsay craquait les coutures de sa chemise de nuit, elle laissa courir ses ongles dans le dos de son époux.
Elle savait que c'était mal de faire pareille chose durant sa grossesse… Mais elle s'en fichait. Ces moments avec Ramsay étaient bien trop précieux pour qu'elle s'en prive.
Son pantalon de cuir remontait presque jusque sur son ventre arrondi. Le chemisier bleuté qu'Yvana lui avait confectionné était juste à sa taille. Elle avait également mis ses fameuses cuissardes et une cape de fourrure rousse qui se mêlait à la perfection avec sa chevelure rousse. S'est ainsi vêtu que Sansa entra dans les écuries d'un pas sûr et, contrairement à ce qu'elle eut cru, ne tomba pas sur son époux en train de seller les chevaux. Mais sur Lord Baelish, souriant.
Le souvenir de la veille était encore bien présent et Sansa était contrariée de voir son mentor.
« N'êtes-vous point encore parti, Lord Baelish ? »
Un rire amer traversa les lèvres de l'homme qui s'approcha de la jeune femme avant de l'embrasser sur le front.
« Non, ma douce Sansa, mes hommes m'attendent. Je souhaitais simplement te donner encore ceci avant de partir. »
Et tout en parlant, Baelish tendit à la jeune femme un écrin blanc fait de velours.
« Qu'est-ce ? »
Son mentor esquissa simplement un mouvement de tête pour inciter la jeune femme à ouvrir la boite, ce qu'elle fit. Un émerveillement sans pareil vint soudainement illuminer ses traits fatigués de la nuit passée. Et du bout de ses doigts gantés, elle caressa doucement le trésor se trouvant dans la boite.
« Qu'est-ce que…
- La Reine Margaery voulait que je te la remette. »
Sansa releva un regard interrogateur vers son mentor… Et ami incertain.
« Que voulez-vous dire ? »
Baelish soupira avant de reprendre.
« Lorsque je suis revenue dans la Val d'Arryn à la suite du banquet en l'honneur du nouveau-né Bolton, une lettre et cet écrin m'attendait. Margaery ne savait comment te contacter et savait que j'étais désormais Seigneur des Eyriés. Elle était persuadée que là où je me trouvais…
- … J'y serais également.
- Une lettre qui t'est destinée se trouve également dans l'écrin. Je te laisse en prendre connaissance. »
Sansa se sentait perdue, désemparée. Et tandis que Lord Baelish enserrait la jeune femme dans une étreinte d'adieu, elle se laissa faire, démunie.
Quand allait-elle le revoir ?
Ce ne fut qu'une fois seule, en attendant son époux, qu'elle prit réellement le temps d'observer la broche dans l'écrin. Il s'agissait d'une rose aux fines branches faites d'or. De petits diamants étaient incrustés dans les feuilles et un rubis taillé, avec la délicatesse et le raffinement légendaire des Tyrell, formait les pétales de la rose.
Sansa se souvenait de cette broche délicate et magnifique. Margaery la portait sur chacune de ses tenues. C'était un cadeau de sa chère Grand-mère, Olenna Tyrell.
« D'où vient ce bijou ma bien-aimée ? »
La voix de Ramsay fit sursauter Sansa qui en lâcha presque la petite boite blanche.
« Suis-je si monstrueux que cela ? »
La jeune femme ria légèrement.
« Non. J'étais simplement perdue dans mes pensées. »
Ramsay s'approcha d'elle avant de contempler lui-même le bijou qu'elle tenait encore dans ses mains.
« C'est un présent d'une vieille amie de la Capitale.
- La fille de Hautjardin ?
- Comment…
- Malgré ce que tu penses, je t'écoute. »
Il s'était redirigé vers les chevaux et commençait à les sceller tandis que Sansa rangeait l'écrin dans son corset. Elle observa ainsi Ramsay durant quelques minutes, avant de reprendre d'une voix légèrement cassée.
« Elle est morte. »
L'écorché se stoppa dans son geste, laissant la selle en suspens entre lui-même et le dos de Sang. Puis il reprit le cours de ce qu'il faisait tout en répondant.
« Je sais. »
Sansa fronça les sourcils et se rapprocha de lui. Baelish avait donc raison ? Depuis tout ce temps, Ramsay savait et ne lui avait rien dit...
« Tu savais ?
- On en parlera plus tard, d'accord ? »
Sa voix était douce, telle une promesse silencieuse. Sansa hocha la tête et Ramsay changea de sujet.
« Prête pour cette balade ?
- Oui, Mestre Wolkan m'a conseillé de rester sagement au pas, mais j'ai hâte de voir autre chose que ces murs ternes. »
Ramsay ria avant d'aider Sansa à grimper sur sa jument. À peine fut elle sur Isil qu'elle talonna la jument gentiment.
« Mais ! Je ne suis même pas encore en selle.
- Dépêchez-vous ! Rattrapez-moi ! »
Ramsay esquissa un sourire et tandis qu'il grimpait sur son étalon, Sansa était déjà loin devant lui. Il se surprit alors à penser qu'il préférait la voir ainsi libre, qu'enfermé. Elle était tel un oiseau, elle chantait merveilleusement mieux en dehors de sa cage qu'à l'intérieur où elle dépérissait et se laissait mourir. Il lui faisait confiance, désormais, et il savait qu'elle ne le trahirait pas. Elle le lui avait prouvé hier. Et il savait également qu'avec une Stark à ses côtés, le Nord lui mangerait dans la main.
Talonnant Sang, il rattrapa bien vite la jeune femme qui laissait sa jument marcher calmement. Et tandis qu'il se rapprochait, Ramsay prit le temps d'observer son épouse, c'est ainsi qu'il se rendit compte des progrès de Sansa à cheval. Chaque mouvement de l'animal était accompagné par le bassin de la jeune femme. Elle glissait dans la selle avec aisance, rappelant à Ramsay une tout autre danse que la jeune femme maîtrisait désormais à la perfection.
Il fut bientôt à sa hauteur et Sansa lui esquissa un sourire avant de briser le silence qui régnait entre eux.
« J'ai le sentiment qu'elle sent que je suis plus fragile. »
Ramsay fronça légèrement les sourcils tandis que son épouse continuait.
« Son pas est moins saccadé. Et elle est plus obéissante. »
Le Lord se retint de lui dire que c'était plus dû au fait qu'elle montait beaucoup mieux qu'avant que grâce à sa condition physique mais il se retint. Elle pouvait bien penser ce qu'elle souhaitait.
La route à cheval fut à la fois brève et longue. Ramsay ne pouvait s'empêcher de fixer Sansa à ses côtés. Elle était belle. Belle comme le jour qui se lève et froide comme l'hiver qui arrivait.
Il se souvenait encore du jour de sa naissance, des cloches qui sonnèrent dans le Nord tout entier et de sa mère… Sa mère qui lui avait sourit tout en caressant sa joue et qui lui avait expliquée avec tendresse :
« La première fleur du Nord est née. »
Elle avait traversé le froid ardant du Nord et était venue au monde, devenant ainsi la première Lady de Winterfell.
Ramsay s'était promit qu'il ferait de même pour chacun de leur enfant, que tous saches la joie qu'il ressentait d'être père, encore et encore.
Son regard se reporta à nouveau sur la femme qui chevauchait à côté de lui. La dureté de la capitale et la folie du bâtard de Cersei Lannister avait marqué ses traits fins et jeune. Il l'avait toujours connu avec cet épuisement dans le regard et cette fatigue cernant ses yeux. Et lui… Le sadisme dont il faisait preuve avec elle par moment avait fini par marquer à vie sa peau laiteuse. Elle lui appartenait tout entière. Elle était à lui. Pour toujours il ferait parti d'elle. Et il aimait cela. Il aimait le fait qu'elle n'était qu'à lui. Il ne l'aimait pas, il la possédait simplement.
Et il devait la protéger, contre tous. Contre toutes. Contre Elle.
Le souvenir d'une lettre arrivant à l'aube refit surface avec douleur dans son esprit. Puis toutes celles qui suivirent. Ramsay se crispa avant de stopper son étalon. Le Bois des Loups s'étendait à perte de vue devant eux, ainsi que la route pour château noir, tandis que Winterfell était encore quelque peu visible dans la brume derrière eux. La colline sur laquelle ils se trouvaient était plus haute que les autres et Sansa reconnu l'endroit comme étant celui de la mise à mort des déserteurs de la garde de nuit.
Un frisson vint alors parcourir son échine. Combien d'hommes étaient donc mort ici ? De la main de son père et de ses ancêtres ?
Ramsay descendit de Sang et se dirigea vers elle. Il l'aida à descendre d'Isil sans aucune difficulté, enserrant sa taille avec force pour la jeune femme se sente en sécurité. Une fois le pied à terre, ils s'éloignèrent des chevaux, Sansa observant tout autour d'elle.
« Que faisons-nous ici ? »
La voix de son épouse était légèrement inquiète et cela fit sourire Ramsay qui répondit :
« Que vois-tu ? »
Elle regarda autour d'elle, une main posée sur son ventre. L'intelligence qui régnait dans son regard en cet instant alors qu'elle analysait l'étendue verdoyante autour d'elle le ferait toujours autant frémir d'admiration. Si Sansa était née du sexe opposé, nul doute qu'elle aurait été un grand tacticien, et peut-être que la lignée des Stark ne se serait pas éteinte. Ramsay ria légèrement. Peut-être n'était-il pas trop tard, après tout. Une femme tacticienne serait peut-être un moyen de montrer aux Nordiens à quel point il était supérieur aux anciens Gouverneurs.
« Je vois…
- Oui ?
- Je vois le Nord dans toute sa splendeur. Je vois les Collines des Toisonnées. Je vois un champ de bataille. Je vois un lieu de mise à mort. Je vois… des terres sauvages. Je vois notre patrie. Nos terres.
- « Nos » ? »
Sansa cessa de regarder autour d'elle et planta son regard dans celui de son époux.
« Tu es Gouverneur du Nord, Ramsay. Ses terres t'appartiennent. Et je suis ta femme, alors elles m'appartiennent.
- Tu me considères comme ton égal, maintenant ? »
La jeune femme se retourna à nouveau vers les paysages devant elle et reprit.
« Tu es un enfant du Nord, bâtard ou non de naissance. Désormais tu es le Gouverneur. Tu es au-dessous de tous désormais. »
Il ne savait si c'était un discours qu'elle avait appris par cœur ou un réel aveu, mais il avait la sensation que son cœur se meurtrissait dans sa poitrine. Elle semblait si sincère en cet instant. Il avait envie d'y croire. Doucement il se rapprocha d'elle et enlaça la jeune femme, posant ses mains sur son ventre, enfouissant son visage dans ses cheveux.
« Sansa…
- Si la question que tu t'apprête à poser est « m'aimes-tu, la réponse est oui, Ramsay. »
Il se stoppa, une nouvelle fois, cette douleur insoutenable vint envahir sa poitrine. Et la jeune femme se retourna vers lui, planta son regard de saphir dans le sien.
« Je t'aime, Ramsay. »
Il s'approcha d'elle et embrassa avec tendresse son front avant de déposer un chaste baiser sur ses lèvres. Celle-ci vint simplement prendre l'homme dans ses bras. La limite entre vérité et mensonge était si fine… Que Sansa ne sût pas réellement où elle se trouvait en cet instant. Les secondes s'écoulèrent, et la jeune femme sortit de sa torpeur quand elle sentit que son époux tremblait contre elle.
« Ramsay…
- La lettre que j'ai reçu la nuit dernière. Et les autres qui suivirent…
- Oui ?
- C'était la Reine Cersei. »
Sansa se sépara de son époux, comme si celui-ci venait de la brûler. Se reculant de deux pas, elle le fixait, déstabilisé.
« Quoi ? »
Ramsay n'essaya pas de la reprendre contre lui. Il continua simplement son récit.
« Le Roi, Tommen Baratheon s'est suicidé à la suite de la mort de son épouse dans l'explosion du Grand Septuaire de Baelor.
- Par les Dieu… il était si jeune.
- Cersei Lannister est désormais Reine des Sept Couronnes et attend que je descende dans le Nord pour plier le genou devant elle. »
Sansa fronça les sourcils, le Nord ne s'était nullement rebellé, alors pourquoi attendait-elle ce geste de Ramsay ?
« Notre mariage est à ses yeux une trahison envers la couronne.
- Ram…
- … Elle m'a demandé de lui apporter ta tête. »
Cette fois, la Nordienne blêmit. Ses mains se mirent à trembler et elle se sentait suffoquer. Mais Ramsay n'esquissa toujours le moindre geste vers elle.
« Elle est toujours persuadé que j'ai tué Joffrey ?
- Sansa…
- Que comptes-tu faire ?
- Tu portes mon enfant. »
Il accentua ses paroles en posant une main sur le ventre de la jeune femme.
« Et tu m'appartiens. »
Ces quatre mots firent frémir Sansa qui posa son front contre celui de Ramsay.
« Je veux l'indépendance du Nord, Sansa. Continuer ce que ton frère a commencé. Que Cersei Lannister se fasse baiser par son frère au milieu de Port-Réal si ça lui chante. Qu'elle engendre des bâtards aux cheveux d'or et qu'elle envoie ses troupes ici, je les écorcherais tous, un à un. Je ne laisserai plus personne gouverner le Nord. Le Nord est à nous, Sansa. Et notre fils sera le premier Roi du Nord. Je lui offrirai une patrie digne de son rang. »
La jeune femme tremblait, l'excitation gagnait de part en part sa chaire et son sang. Et la rage qui brûlait dans les yeux de Ramsay embaumait son cœur d'un sentiment qu'elle ne connaissait pas.
Les mains de l'écorché vinrent prendre en coupe son visage encore blême et il continua.
« Je tuerai tout ceux qui s'y opposeront Sansa. »
Il scella ses yeux saphir dans les siens si glacial, brillant de vérité.
« Tu es ma femme. »
Il embrassa chastement ses lèvres avant de finir :
« Plus jamais, quelqu'un ne te fera du mal. Je les tuerai, tous. Et tu seras ma Reine. »
En cet instant, Sansa sentit définitivement le piège qu'elle avait tissé autour de Ramsay depuis tant de mois se refermer. Oui, il se referma au même moment où il l'embrassa pour sceller sa promesse. Mais ce que la jeune louve n'avait point prévu, était qu'elle-même venait de se prendre au piège dans sa toile. Elle s'était définitivement attachée à cet homme instable, écorché vif et tourmenté par cette vie qu'il avait mit tant d'années à avoir.
Désormais, il lui promettait l'indépendance du Nord et de la protéger, envers et contre tous.
Par tous les Dieux, les anciens et les nouveaux… Qu'était-il donc arrivé à Ramsay Bolton ?
1 Marlène Dietrich « L'Ange Bleu »
