Journal de la revieweuse :
Liline37 : La réponse arrive juste ici :) Quant à Iwen, rien n'est certain...
Allez, fin du suspense. Il est temps d'avoir la révélation principale et le fignolage suivra.
CHAPITRE LXVI– REMINISCENCES – CE QUE J'AI PERDU
Valyn demeura muette. Elle n'était pas certaine de ce qu'elle venait d'entendre. En fait, si, elle avait très bien entendu mais ne pouvait pas croire ce que cela signifiait. La bouche entrouverte de stupeur, elle dévisagea Iwen longuement. Ses grands yeux azurs pétillaient vivement, aussi doux que le sourire plein d'espoir qu'il lui offrait. Son cœur se mit à battre fort. Tout ceci était tellement insensé.
Iwen prit une des mains de la jeune femme entre les siennes.
« Crois-tu au coup de foudre ? »
Elle sourit aussitôt, mise devant une amusante ironie. Elle ne s'était jamais réellement posé la question. Pour elle, les cas d'évidence créés par la destinée comme Ulryn et Anmoira relevaient plutôt des contes que racontait Perzin. Comment devait-elle cependant nommer ce qui l'avait poussée à se retrouver ici, nue au milieu d'un salon avec cet homme ?
Son amant sembla deviner la teneur de ses pensées car son sourire s'agrandit.
« C'était écrit, Valyn, assura-t-il avec ferveur. Nous avons été tous les deux emportés malgré nous, quel mal y a-t-il ?
_ Iwen... »
Valyn entendait au ton de sa voix les prémices de la faiblesse. Son amant ré-attaqua de plus belle :
« C'est parce que tu crains d'être enfermée ici dans une prison dorée, c'est ça ? supposa-t-il. Jamais de la vie. Si tu veux continuer de danser, tu auras tout le loisir de le faire. Si tu veux quitter la rue pour une vie plus confortable et stable, je te l'offre. Je serai ce que tu voudras : ton amant, ton conjoint, ton mécène. N'importe quoi, tant que tu ne sors plus de ma vie. »
La saltimbanque en eut le souffle coupé tant elle était prise de court. Comment avait-il su verbaliser à la perfection ce qu'elle n'aurait jamais osé désirer ? Un mécène... Un conjoint...
Iwen joignit son front à celui de la jeune femme et ferma les yeux.
« Je t'ai choisie. Tu as le droit d'enfin vivre pour toi. »
Valyn ferma les yeux à son tour, emprisonnée par la chaleur de la peau d'Iwen contre la sienne. Choisie. Il l'avait vue, elle, l'avait voulue elle. Elle avait beau danser dans le feu depuis des années, elle n'était sortie de l'ombre que la veille. Elle avait été réellement remarquée pour la deuxième fois, après ce matin d'hiver neigeux quand elle avait cinq ans.
« D'accord », souffla-t-elle.
Iwen rouvrit les yeux, stupéfait.
« Vraiment ? Tu restes ?
_ Oui. Oui, oui, oui ! rit-elle alors que son amant s'était jeté sur elle pour la couvrir de baisers ravis. Je ne pars plus. »
Cette matinée fut pour elle l'une des plus heureuses de sa vie. Elle aimait et était aimée en retour et la vie ne pouvait s'annoncer plus douce et pleine de promesses.
L'effervescence de la joie passée, la rêveuse se retrouva bien vite face à la dure réalité : elle devait informer ses compagnons qu'elle ne reprendrait pas la route avec eux et en reconsidérant comment la fin de soirée s'était achevée la veille avec Ulryn et ce qui avait été dit avec Anmoira, Valyn était terrorisée par ce qui l'attendait. Et Tébur... Affronter ses amis dans ces circonstances lui apparaissait encore plus insurmontable que de boire le Chiontar à la petite cuillère.
Iwen suggéra alors à son amante d'écrire une lettre elle pourrait ainsi exprimer tout ce qu'elle avait à dire sans avoir à subir le poids des regards. La saltimbanque fut d'abord mitigée mais elle finit par accepter cette idée. Si elle prenait le risque de se retrouver face aux siens, elle craignait de flancher et de changer d'avis.
Après s'être rhabillé rapidement, Iwen revint avec un parchemin, un encrier et une plume qu'il déposa devant Valyn.
« Tiens. Aujourd'hui est le jour de congé de Cuthbert, je ferai porter ta lettre par coursier. Tu n'auras qu'à me la remettre quand tu auras fini. »
La jeune femme lui sourit pour le remercier et s'assit par terre devant la petite table basse et sa feuille blanche. Elle ferma les yeux pour laisser infuser les mots en elle puis posa la plume.
Les larmes se mêlèrent à ses sourires pendant que la pointe grattait le papier.
« Mes amis, ma famille,
« Je ne repartirai pas avec vous. Mon cœur saigne à cette pensée mais il n'a pourtant jamais été aussi heureux. La vie sur les routes est peut-être exaltante mais il est temps pour moi d'enfin suivre ma propre voie. Une voie où je sais que je serai aussi heureuse que je l'ai été avec vous pendant tout ce temps.
Je vous pleurerai mais ne me pleurez pas, je ne le mérite pas après une telle déception. Les mots me manquent pour vous dire à quel point je suis désolée.
Je sais que vous y arriverez sans moi car vous êtes les êtres les plus talentueux de ce monde et les plus précieux à mon cœur.
Perzin, j'aurais aimé que tu me racontes L'Aasimar et le Paon une dernière fois.
Anmoira, ton amour et ta bonté surpassent ta voix d'or. Tu es et resteras à jamais ma sœur. Pardonne-moi.
Ulryn, continue de prendre soin d'eux et sois heureux avec An. Merci d'avoir cru en moi.
Tébur, je te dois plus que la vie. Je t'aime, papa.
Merci pour tout ce que vous avez fait pour moi.
Valyn »
Valyn n'osa pas relire son écrit par crainte de fondre en larmes et plia lentement le parchemin tout en ravalant les sanglots qui étriquaient sa gorge. Iwen la rejoignit peu après et lui apporta son soutien par un long baiser sur la tempe.
« Tu as fini ?
_ Hum. C'est bon. »
Elle lui donna le papier qu'il glissa dans sa poche, sans remarquer la discrète lumière rosée qui ressortait des mots pour les réagencer ou les faire disparaître. Iwen réajusta le jabot de sa chemise par-dessus sa belle veste grise et sourit à la jeune femme.
« Je m'occupe de trouver un coursier, je ne serai pas long. À plus tard. »
L'homme l'abandonna après une dernière caresse sur la joue et un regard alangui avant de s'en retourner, laissant derrière lui Valyn seule avec ses pensées éparses. La sensation de se retrouver à la croisée des chemins était-elle toujours aussi intimidante ?
Une fois que le plus gros du poids qui pesait sur son cœur fut évaporé, la jeune femme se leva de sa table basse pour s'autoriser une petite visite des lieux.
La demeure Calis était à l'image de son maître actuel : sobre mais distinguée. Les tons chauds ocres qui servaient de base à la décoration dégageaient une forme de chaleur qui adoucissait petit à petit la mélancolie de la visiteuse. Celle-ci prit grand plaisir à admirer de plus près tous ces instruments maritimes et ces cartes qu'elle avait vus la veille au soir. Elle resta un long moment devant cette carte de Faerûn sur laquelle elle retraça dans son esprit le chemin qu'elle et le Pas Nocturne avaient parcouru et quelles villes et villages ils avaient traversés. Tour cela lui apparut à la fois interminable par la distance et court par la durée. Valyn n'avait jamais pris le temps de mesurer celui qu'elle avait passé avec sa troupe. C'était toute sa vie qu'elle revoyait au-travers de cette carte.
La maison était vide et silencieuse, baignée par les rayons d'or du début de matinée. La saltimbanque repensa encore à ses amis. Qu'avaient-ils pensé quand ils avaient remarqué qu'elle n'était pas rentrée ? Ils devaient être morts d'inquiétude car jamais ils ne songeraient à la croire ici. La jeune femme imaginait sans peine le visage sombre d'Ulryn se renfrogner et celui d'Anmoira plein d'angoisse. Quant à Tébur, elle dut presque se boucher les oreilles tant les grognements inquiets et courroucés du nain résonnaient forts et clairs dans sa tête. Rien que pour leur épargner cet état d'esprit, Valyn aurait aimé leur parler en face.
Quand elle trouva la cuisine, elle hésita à se chercher quelque chose à manger jusqu'à ce que le gargouillement peu raffiné de son ventre ne prenne les devants. Vaincue par la faim de ne pas avoir dîné la veille et par sa nuit délicieusement agitée, la jeune femme rendit les armes et fouilla les placards à la recherche d'une petite collation à se préparer.
Après son repas, Valyn repartit dans son exploration de la maison et monta à l'étage. Elle ne serait pas contre trouver une salle d'eau pour espérer se rafraîchir un peu. Elle avait transpiré et elle n'osait pas penser à l'état de ses cheveux en bataille. Elle devait ressembler à une vraie sauvageonne et si elle devait devenir la compagne officielle d'Iwen, elle...
« Compagne... » murmura-t-elle doucement, les joues rosies.
Ce mot résonnait fort en elle et pourtant, il n'avait jamais fait partie de son vocabulaire. Valyn avait toujours imaginé que sa vie se ferait entourée du Pas Nocturne jusqu'à la fin de sa vie et la perspective d'une union sous une quelconque forme ne lui était jamais venue à l'esprit. Décidément, Iwen la confrontait à bien des nouveautés...
La porte qu'elle ouvrit ne donnait hélas pas sur une salle de bains. C'était une chambre plongée dans la pénombre, à peine éclairée par les rayons du soleil qui perçaient les ouvertures laissées dans les volets tirés. Il régnait une très vague odeur de renfermé.
Valyn découvrit avec étonnement que la chambre n'était pas inoccupée. Derrière les légers voilages framboise d'un beau lit à baldaquin, une femme d'entre trente-cinq et quarante ans dormait paisiblement. Ses très longs cheveux châtains doucement rehaussés de reflets caramel longeaient presque toute la longueur de ses bras étendus de part et d'autre de son corps. En dépit de sa pâleur et de son visible état valétudinaire, cette femme jouissait d'un beau visage et de traits harmonieux. Valyn devinait la même forme de pommettes qu'Iwen sur ses joues lisses.
« Qui est cette femme ? souffla-t-elle pour elle-même.
_ Ma sœur, Feyre. »
La jeune femme étouffa une exclamation de peur en même temps qu'elle sursauta, surprise par la voix d'Iwen qui venait d'arriver dans son dos sans un bruit.
« E-Excuse-moi, je cherchais une salle d'eau, expliqua-t-elle avec un sourire d'embarras avant de regarder à nouveau l'endormie. J'ignorais que tu avais une sœur aînée. Elle est très belle. Mais elle a l'air souffrante... »
L'homme garda un instant le silence, perdu quelque part dans le visage serein de Feyre.
« Elle l'est. » Son regard céruléen étrangement terne se dirigea sur Valyn. « Et c'est la raison pour laquelle je t'ai demandé de rester. »
Quand les sensations réintégrèrent petit à petit son corps, la première chose qu'elle ressentit fut un tiraillement lancinant dans ses bras qui étaient tirés vers le haut et maintenus par une pression autour des poignets. Elle redressa lentement le menton qui reposait contre sa poitrine dans un gémissement douloureux. Sa tête se faisait lourde et son esprit n'était que de l'eau qui clapotait dans sa boîte crânienne au gré de ses mouvements.
Valyn rouvrit enfin les yeux dans l'obscurité d'un lieu inconnu. La belle lumière de la demeure Calis avait laissé place au noir humide de ce qu'elle prit d'abord pour une cave. Non, c'était bien plus grand qu'une cave, ce devait être une crypte. Une vaste crypte aux murs froids et dont la seule source de lumière était due aux nombreuses bougies semées dans les recoins, sur une table couverte de livres et de parchemins ou sur les quelques étagères qui ornaient les parois presque nues.
Prise d'un nouveau tiraillement dans les bras, la jeune femme remua et se retrouva vite entravée. Ses bras et ses chevilles étaient cerclés de bracelets de fer eux-mêmes enchaînés au plafond et au sol. Sa tentative de tirer sur ses liens resta vaine.
Un léger bruit cristallin attira son attention. Elle reconnut tout de suite la silhouette qui était penchée au-dessus d'une table sur laquelle se dressait tout un matériel de décantation alchimique.
« I-Iwen, l'appela-t-elle sans savoir quel ton employer. Qu'est-ce qui se passe ? »
L'apostrophé releva le nez de sa besogne et s'approcha de la captive.
« Ta missive a bien été transmise, lui annonça-t-il tranquillement. Tes compagnons ont été informés que tu ne reviendras jamais. »
La façon qu'il eut de prononcer cette dernière phrase fit monter un pressentiment en elle. Elle crispa ses mains sur les chaînes qui retenaient ses bras et tira de toutes ses forces.
« Quel est cet endroit ? Pourquoi tu m'as amenée ici ?
_ Nous sommes dans ma tanière magique, répondit l'homme avec un sourire en regardant autour de lui. Là où je mène mes petites expériences. J'ai été surpris quand j'ai découvert cette salle sous notre demeure.
_ T-Tu es magicien ?
_ Ensorceleur, je te prie, gronda-t-il. Mais attention, je reste marchand avant tout. Mes recherches appartiennent au domaine privé. »
Valyn balaya l'endroit des yeux, les entrailles frissonnantes. Maintenant qu'elle regardait plus attentivement, cet endroit n'avait rien d'une cave à vin ou d'un entrepôt. Iwen, un ensorceleur ?
L'homme s'amusa de la figure incrédule de son interlocutrice et feignit une brusque une mine offusquée.
« Oh, pardon, j'ai oublié de répondre à ton autre question. Pourquoi es-tu ici ? » Il lui sourit amoureusement comme il n'avait cessé de la regarder avant de la quitter. « Je te l'ai dit, Valyn : tu es tout ce que j'ai toujours voulu. »
La sincérité enrobait ses mots mais la patine qu'il y ajoutait était glaciale.
« C-Comment ça ? J'ai dit que je resterai avec toi, tu n'as pas à...
_ Oui, je sais. Je te remercie d'avoir cédé si facilement mais, en dépit de l'immense plaisir que tu m'as donné cette nuit, ce n'est pas toi qui m'intéresses. J'avais surtout besoin de t'isoler sans éveiller les soupçons. Et si j'ai pu m'amuser un peu en prime... »
Le cœur de la jeune femme se morcela sous ce coup de burin qu'elle venait de se prendre. Mise à quia par une émotion acide, elle ne put que lever les yeux vers Iwen et écouter.
« Contrairement à ce que tu sembles croire, je n'ai absolument pas feint ce visage qui te dévorait des yeux depuis que je t'ai vue depuis mon palanquin, riposta l'homme quand ses yeux se remirent à étinceler de cette lueur dont il parlait. Seulement, ce n'est pas tout à fait toi que j'admirais mais... cette magie latente qui dort en toi. »
Valyn s'ébroua d'effarement, à nouveau bien consciente. Elle n'en croyait pas ses oreilles. C'était impossible. De la magie ? Elle ? Mais non, elle n'était qu'une saltimbanque ! Jamais elle n'avait manipulé la magie en aucune occasion !
Iwen s'attela à lui éclairer sa lanterne : il lui expliqua alors qu'il était né non seulement avec les prédispositions magiques d'un ensorceleur mais aussi avec des yeux un peu particuliers qui lui permettaient de voir la magie de ses homologues.
« Et plus particulièrement, celle des cas rarissimes comme toi. »
Si la magie chez les ensorceleurs était innée et naturelle comme la capacité à respirer - contrairement aux magiciens et aux occultistes - il arrivait néanmoins parfois que cette magie ne s'éveille jamais et reste paisiblement en stase, inconnue de tous et surtout de son porteur.
« Ce qui est ton cas. Je la vois... murmura Iwen en caressant la joue de son otage avant de descendre à son cou et son sternum. Elle est là. Sublime, lisse, calme. Prête à enfin servir. Les ensorceleurs comme toi sont si rares, Valyn. Je ne pouvais pas te laisser partir.
_ Qu'est-ce que tu me veux ? Tu veux me prendre ma magie pour te rendre plus puissant, c'est ça ? » cracha-t-elle alors qu'elle ne réalisait pas du tout ce qu'elle était en train de dire.
L'homme la regarda comme si elle lui avait déclaré que la mer était sucrée. La saltimbanque se raidit un instant sous la peur par crainte qu'il ne la frappe. Sa tête fourmillait de messages sans queue ni tête. Tout ce qu'elle entendait relevait de la démence.
« Pour moi ? Que ferais-je de ta magie ? J'ai bien assez de la mienne, rétorqua Iwen avec dédain. Non. Si toi, tu n'as que faire de ce don qui est en toi, il servira pour Feyre qui n'a pas ta chance.
_ Feyre ? »
À l'instar de son frère cadet, Feyre Calis était aussi née ensorceleuse. Hélas, tout comme Valyn, elle faisait partie de ces exceptions dont la magie ne s'était pas éveillée. Pire encore, cette stase prolongée avait fini par ronger la femme de l'intérieur jusqu'à la priver de ses forces pour la laisser dans cette catatonie insupportable aux yeux de son petit frère éploré.
« Feyre n'a pas remué le moindre muscle depuis dix ans. Dix ans ! s'écria l'ensorceleur avec rage. Je ne peux plus la voir ainsi, allongée comme une morte que l'on présente pour sa veillée funèbre ! »
Valyn se sentait de moins en moins en sécurité face à la colère grandissante d'Iwen et ne savait pas quoi faire. Elle n'osa pas lui émettre la possibilité de consulter un guérisseur car il était certain qu'après une décennie à voir sa sœur dépérir, il avait déjà dû faire appel à un nombre incalculable de médecins. Parler de cela ne ferait que mettre le feu aux poudres.
Elle se pétrifia quand l'homme lui prit soudainement le visage entre ses mains. Ce n'était plus l'amant amoureux qui l'avait traitée comme une déesse plusieurs heures auparavant. C'était un fou qui découvrait enfin la réponse à une énigme complexe après une éternité de recherches infructueuses.
« Mes recherches sur son mal m'ont dirigé vers l'hypothèse qu'un transfert d'essence depuis un autre ensorceleur en stase pourrait l'aider et tu seras la validation de ma théorie. Ta magie sauvera Feyre. »
Son corps réagit avant même son esprit et il s'agita sous une nouvelle vaine tentative de briser ses chaînes tandis qu'un cercle magique était en train de se tracer autour d'elle. Iwen recula d'un pas en contemplant avec bonheur la clé de sa future réussite si ardemment recherchée et si facilement acquise. Petite écervelée en mal d'attention et qui croyait aux contes de fées. Une saltimbanque et un homme comme lui ? Quelle idiotie.
Le rictus sardonique dont il la gratifia lui tordit le ventre.
« Tu voulais m'appartenir, Valyn ? Alors tu vas me donner tout de toi. Absolument tout. Quod exeatis sumo. »
Valyn sentit une chaleur encercler petit à petit tout son cou comme si l'on écrivait quelque chose avec une plume ou un pinceau chauffés. Elle devina que de nouvelles runes s'étaient tracées autour de sa gorge car la lumière qu'elles émettaient était assez puissante pour être vue. Elle n'avait pas souffert du processus mais le pressentiment qui palpitait aux quatre coins de son être lui hurlait que ce n'était qu'un prélude vers quelque chose de bien plus horrible.
« Ce collier de runes... Qu'est-ce que c'est ? se risqua-t-elle d'une voix rauque.
_ Considère cela comme un entonnoir magique ? répondit-il avec désinvolture avant d'étirer son sourire cruel d'un cran. Après tout, il faut bien quelque chose pour te transvaser. Je termine la liaison de mon côté et nous allons tester tout ça ensemble. »
Aidé de nouvelles incantations, Iwen délaissa un instant sa captive pour créer un nouveau type de lien magique qui partait du collier de runes de cette dernière pour se relier à une grosse pierre rouge encastrée dans le plafond au-dessus d'elle. Une fois la jonction faite, la pierre se chargea d'énergie puis un second réseau de runes se traça du plafond jusqu'à rejoindre le cercle magique qui avait été gravé dans le bois de la table accueillant le matériel d'alchimiste d'Iwen.
« Bien. Tout est relié, se réjouit l'ensorceleur à la vue d'un ballon à bouillir qui rayonnait doucement comme la pierre au plafond. On va commencer doucement. »
Valyn le vit récupérer quelque chose sur une autre table avant de retourner vers elle. Tout son sang tomba à ses chevilles à la vue du couteau qu'il tenait. L'homme jaugea durant quelques instants la panique qui contractait tous les traits de ce visage blanc comme la cire. Elle pourrait s'agiter, crier ou hurler, elle ne pourrait rien faire. Elle était à lui.
Il parut serein quand il prononça les mots suivants :
« J'ai omis de te préciser un petit détail, s'excusa-t-il en la regardant dans les yeux. L'extraction ne se fera ni rapidement... ni en douceur. »
De la pointe de sa lame, il traça lentement une ligne droite sur le sternum de la jeune femme qui cria de douleur. Incapable de se dégager et prise d'une éruption brûlante à sa gorge, Valyn sentit le froid du fil et le chaud d'un filet de sang couler sur sa poitrine. Elle implora Iwen d'arrêter mais celui-ci n'en avait cure. Il était bien trop hypnotisé par la vue de la laisse magique, de la pierre au plafond et de ses flacons de verre en train de briller plus fort sous les suppliques douloureuses qui résonnaient dans l'espace.
Ses iris céruléens s'agrandirent un instant d'ébahissement quand il remarqua la formation de petites gouttes rosées dans le ballon à bouillir.
« Tiens bon, Feyre. »
Ce fut par une première entaille au couteau que s'engagea la longue descente aux enfers de Valyn. La première pierre qui paverait son calvaire vers la souffrance. Et parce que la magie en stase ne pouvait être réveillée et transvasée que par des émotions violentes et surtout parce que la vie de sa sœur aînée était en jeu, Iwen Calis accepta sans le moindre scrupule d'être l'impitoyable contre-maître qui veillerait patiemment sur les travaux de ce chemin vers l'innommable.
Dès le départ, Valyn perdit son statut d'être humain. Elle était encore moins qu'une bête ou un cobaye. Elle n'était qu'un paramètre que l'ensorceleur jaugea jour après jour pour en mesurer les possibilités... et surtout les limites. Iwen ne s'adressa même pas à elle durant les longues semaines qui servirent de tests et se contentait de monologuer avec lui-même pendant qu'il écrivait ses notes dans un carnet de cuir.
Très vite, un premier problème survint : les blessures du support risquaient de s'infecter et de générer des complications et des maladies.
« Hmm... À voir. »
Telle fut la réponse d'Iwen sur le moment.
Alors il continua à taillader Valyn sur tous les pans de peau possibles sans rien traiter jusqu'à ce que la fièvre ne la gagne. Quand elle fut suffisamment faible pour ne presque plus réagir aux lacérations, Iwen observa avec déception que la production d'essence changeait peu. Pire encore, elle était ralentie. C'était un échec.
En bon chercheur qu'il était, l'ensorceleur trouva donc une alternative : avec des potions et des onguents, il s'arrangea pour soigner les plaies quand elles devenaient trop nombreuses. Le sculpteur pouvait reprendre donc ensuite son ouvrage sur un support lisse. Sauf que le support gardait en lui les traces de scalpel.
Ainsi fut découverte la première partie du protocole : la sauvegarde du support. Sa survie était indispensable à celle de Feyre, il était donc primordial de la préserver coûte que coûte.
Se posa par conséquent la deuxième partie du protocole à définir : la résilience. Le point de bascule du support.
Ce fut à partir de là que l'horreur s'intensifia pour Valyn. Iwen délaissa très vite les entailles au couteau pour essayer tout ce qui pouvait traverser un esprit complètement dérangé. Il eut toutefois une affection particulière pour le fer rouge parce que contrairement aux doigts à briser qui ne généraient qu'une douleur vive et sèche, il était possible de faire durer le plaisir en maintenant le tison sur la peau. La production d'essence augmentait dans ces cas-là, c'était une excellente chose.
Qu'est-ce qui était le plus glaçant ? Cette ingéniosité à trouver toujours plus de sévices immondes ou la totale absence d'émotion de l'homme alors qu'il était baigné de hurlements insupportables pour le commun des mortels ? Enfin si, il pouvait avoir des réactions de temps à autre. Quand sa torture ne générait pas le résultat escompté, une gifle pouvait partir sans prévenir pour ventiler sa frustration et quand au contraire, les cris se faisaient plus aigus ou plus longs, il souriait. Juste ça.
Enfin, après cinq mois environs, Iwen fut satisfait. Il était enfin parvenu à créer le protocole parfait qui harmonisait le degré de violence de la torture, la durée de cette même torture, la résilience du support, le temps dédié à la récupération du support et ce qu'il appelait les « temps morts ». Cette dernière partie désignait tous ces instants qui ne concernaient pas directement l'extraction d'essence comme les repas, le nettoyage, les soins et la rédaction du journal d'études.
Il en résulta alors une journée-type au rythme en vagues qui alternait une succession de « petites » douleurs avant de réveiller le tout par un grand coup d'éclat et de recommencer. Bien sûr, il n'était pas question de sombrer dans la routine. Non content de s'habituer à la souffrance, il ne fallait pas que le support sache à quoi s'attendre. L'effet de surprise restait une constante qui pouvait jouer dans la production ; il ne fallait pas le négliger.
Tout était réglé comme sur du papier à musique. Tous les matins, à huit heures précises, la porte de la crypte s'ouvrait et Iwen se dirigeait vers la table où il prenait son carnet de notes pour choisir au hasard le programme de la journée. Jusqu'à midi, il enfilait son manteau de bourreau puis, après une courte pause pour le repas, il reprenait jusqu'à seize heures, avant le thé. Il récupérait le plateau que Cuthbert avait déposé dans son bureau, là-haut au manoir, et allait ensuite savourer sa boisson tout en appréciant le spectacle de son support pantelant et brisé par les sévices de l'après-midi. Enfin, de dix-sept à dix-huit heures, Iwen s'occupait de rapporter ses notes dans son carnet pour clore la journée. Il laissait un maigre dîner à sa captive puis il s'en allait jusqu'au lendemain matin.
Valyn contemplait son temps qui passait comme un sablier qui s'écoulait où chaque grain correspondait à une de ces journées ignobles. Elle-même avait coulé.
Tout de suite, elle avait sombré vite et brutalement. N'importe qui qui expérimentait la torture se retrouvait tout à coup brisé. En général, cela n'arrivait qu'une seule fois et tout se terminait à ce moment-là. Mais pas pour elle. Le protocole parfait d'Iwen s'assurait qu'elle se fêle sans atteindre le point de rupture.
Lors des premières semaines de test, elle avait prié pour qu'il fasse une erreur, qu'il se montre trop gourmand. Elle avait espéré que chaque nouvel essai de torture serait celui de trop et qu'elle en meure. Cela n'arriva pas. Elle était une poupée de chiffon sans force et sans âme que l'on découpait au ciseau avant de la recoudre comme si de rien n'était.
Elle ne sut pendant combien de soirs elle pensa qu'elle ne se réveillerait pas le lendemain parce que son esprit aurait fini par se casser au détour d'un cauchemar. Hélas. Chaque matin, elle entendait la porte grincer dans ses gonds et ses paupières se contractaient dans une grimace douloureuse.
Puisqu'elle ne pouvait pas fuir, elle essaya de mourir. Elle refusa de s'alimenter en espérant que son affaiblissement accentue le risque de mort. Iwen s'en rendit vite compte et ne l'entendit pas de cette oreille. Il la contraignit à se nourrir à grands renforts de menaces, de coups ou de nouvelle torture.
Sa frêle détermination céda la première et elle obéit. Elle reprendrait des forces pour mieux les perdre plus tard.
Son corps n'était plus qu'une enveloppe de peau inerte et froide. Un simple réceptacle pour son âme meurtrie qui ne restait accrochée à sa carcasse que par les pensées qu'elle dirigeait vers la Compagnie du Pas Nocturne. Dans quelle ville étaient ses compagnons en ce moment ? Pensaient-ils à elle ? Quand elle criait sous les sévices d'Iwen, elle pensait à Anmoira et sa voix d'or en espérant que son écho la préserve.
Au fur et à mesure des mois après la validation du protocole final, tandis que s'éloignait toujours un peu plus l'espoir d'enfin mourir pour que tout s'arrête, Valyn se rendit compte que ce n'était qu'à la césure de sa raison – quand Iwen atteignait le point de bascule de son support – qu'elle parvenait à presque oublier ses tourments et les horreurs qui l'avaient transformée en ombre. Cet instant fragile à cheval entre la folie totale et la mort suspendu dans le temps était celui où tout s'évaporait et où elle n'avait plus vraiment conscience de qui qu'elle était, où elle était et ce qui lui arrivait. Elle était simplement. Elle décida de tout miser sur ce point de bascule.
Cette décision marqua le deuxième temps de son calvaire. Après avoir subit de plein fouet dans les hurlements et les tressaillements la souffrance avec toute la violence de ses émotions, Valyn décida d'éteindre le peu de lueur qui restait en elle. Elle serait toujours incapable d'endurer le mal sans crier ou souffrir par le corps, alors elle s'appliquerait à préserver le fragment d'esprit qui lui restait. Alors elle rechercha à atteindre dans sa tête ce point de bascule dès qu'elle le pouvait pour sombrer dans cette félicité apaisante. Son corps continuerait de mourir mais son esprit ne se briserait pas complètement. Elle ne donnerait pas cette satisfaction à Iwen.
Le troisième tournant arriva quand elle ne s'y attendit pas.
Plus de deux ans et demi avaient dû s'écouler depuis son enlèvement. Sanglants, douloureux et insupportables. Ses cheveux roux avaient tellement poussé qu'ils dépassaient à présent le bas de son dos et pesaient lourd. Une autre forme détournée d'inconfort en plus du reste.
Après une première séance de torture matinale, Iwen laissa Valyn récupérer pendant qu'il contemplait le contenu de son ballon à bouillir à moitié rempli de liquide rosé. Il fronça les sourcils. La récolte prenait beaucoup trop de temps et en dépit de ce qu'il donnait à Feyre, les résultats sur sa santé n'étaient pas assez bons. Les quantités ne suivaient pas.
« Les chiffres sont décevants ? »
Depuis qu'elle avait réussi à gérer l'accès à son point de bascule sur commande et après avoir déjà tant subit, Valyn se risquait de rares fois à une réplique à l'attention de son bourreau, juste pour lui rappeler qu'elle était encore « là » en dépit de tous ses efforts pour la détruire. Iwen répondait toujours ; c'était une occasion en plus de lui faire mal et de récolter une goutte d'essence.
Ce jour-là, l'homme la toisa avec froideur, la main crispée sur le verre qu'il tenait. Il regarda la jeune femme qui ne tenait debout que grâce à ses chaînes et sa laisse. S'il n'était pas contraint de relâcher ses liens pour la nuit parce qu'elle ne pouvait pas tenir sans réel sommeil, il l'aurait laissée comme ça pendant une semaine pour lui faire payer cette outrecuidance.
Après un long silence pendant lequel Valyn se demanda quelle serait sa punition pour son audace, l'homme étira un sourire moqueur.
« En effet. Je trouve que ça stagne », concéda-t-il dans un étrange calme.
La respiration de sa prisonnière se fit plus agitée, ce qui constituait un exploit après son dernier « traitement » qui ne lui avait laissé presque plus aucune sensation dans son corps.
« Je reconnais cependant que ces derniers temps, j'ai été dur avec toi », poursuivit-il en se levant pour l'approcher.
La peur l'étreignit. Ce n'était pas celle qui l'habitait quand elle anticipait une future souffrance ou quand elle entendait son bourreau arriver le matin. Elle retrouvait celle des premiers jours. L'inconnue, la viscérale. Celle où elle n'avait aucune idée de ce qui allait lui arriver.
Quand il lui sourit avec autant de plaisir, elle comprit. Il savait. Il savait qu'elle avait trouvé un moyen de « se protéger » et il voulait lui faire payer parce qu'elle devait souffrir sans retenue.
« Peut-être qu'un peu de réconfort t'aiderait à mieux tenir ? » Sa main qui remonta le long de sa jambe pour lui remonter sa robe lui fit l'effet d'un papier de verre. « J'espère que tu gémiras mon nom de la même manière que lors de cette nuit. »
Non. Il n'avait pas le droit. Ses mensonges l'avaient déjà souillée, il y avait deux ans et demi.
Ce jour-là, elle ne parvint pas à faire le vide. Elle n'avait plus pleuré depuis des mois.
Après cela, elle décida de ne plus se baser sur son point de bascule. Désormais ne resterait que sa haine la plus noire envers ce monstre et l'envie de lui faire payer. S'il voulait des émotions violentes, il serait servi.
Ce jour-là, Iwen avait prévu son coup. Mais il n'avait pas prévu la conséquence inattendue.
Lorsque Valyn se plaignit quelques semaines plus tard qu'elle ne se sentait pas bien, il pensa qu'elle mentait. Après tout, il suivait toujours fidèlement son protocole à la lettre. Il ne pouvait pas avoir cassé son support.
Puis le ventre de sa prisonnière avait commencé à s'arrondir. Cette dernière eut une nouvelle fois l'espoir d'une délivrance rapide. Iwen ne s'encombrerait pas d'un enfant.
À l'immense surprise de sa victime, il ne fit rien. Pas plus qu'il n'en parla. Il n'eut aucune réaction.
Les premiers temps, Valyn fut dévorée de rage et comprit la raison de l'inaction de son bourreau : il voulait la laisser baigner dans la honte de porter son déshonneur jusqu'à terme. Elle repensa tout de suite à se faire du mal pour perdre l'enfant mais Iwen recommença à la surveiller pour l'en empêcher. Elle ravala sa haine envers cette future engeance immonde pour l'ajouter à celle qu'elle nourrissait pour le géniteur.
Plus terrifiante encore que ses tortures quotidiennes, ce fut l'inattendue armistice qu'Iwen lui accorda pendant sa grossesse. Il avait cessé toute forme de sévices et ne descendait plus que pour donner à Valyn ses repas. Il avait même desserré de façon permanente ses chaînes pour qu'elle puisse rester allongée.
Elle fut incapable de dormir pendant des jours et des jours tellement cette paix soudaine et anormale l'angoissait, en proie à des cauchemars horribles qui la faisaient se réveiller en hurlant. Cette ordure d'Iwen avait trouvé une nouvelle forme de châtiment délicieusement sadique pour encore la briser.
Petit à petit, quand ses insomnies s'apaisèrent, le grésillement continu de son âme fêlée se calma lui aussi. Elle restait dans le silence de sa geôle à regarder son ventre qui grossissait encore et encore. Elle était toujours saisie de révulsion à cette vue.
Et un jour, elle sentit un coup de pied. Les larmes lui montèrent aux yeux et une inique vérité s'empara d'elle. Ce bébé était comme elle : un innocent qui n'avait pas demandé à être là et qui voulait sortir. Qui voulait vivre.
Valyn ne fut plus capable d'éprouver de ressentiment pour cette petite présence et commença à lui parler pour se sauver de la solitude. Au début de sa captivité, elle parlait à ses compagnons du Pas Nocturne par la pensée. Pour « lui », elle lui parlait vraiment, doucement, tendrement.
La question se posa un jour malgré elle : fille ou garçon ? C'était complètement stupide de penser à ça dans sa situation mais elle s'interrogeait indubitablement. Elle se trouva encore plus stupide à songer à des prénoms. Et pourtant, elle finit par en trouver un pour chaque sexe. Elle les rangea dans un coin de sa tête pour ne plus y penser. Elle n'était qu'une idiote.
Vers les huit mois et demi, Iwen descendit un soir pour donner son dîner à Valyn lorsqu'il la trouva pliée de douleur en train de gémir, le visage en nage.
Si l'ensorceleur était physiquement là pour l'aider, la jeune femme accoucha seule. Personne n'était là pour la rassurer ou lui dire comment faire. Il n'y avait qu'elle et la souffrance qui broyait tout son ventre. Elle cria sans retenue, comme lors des premiers jours. Après une dernière poussée qui lui valut la production de quelques gouttes d'essence, Valyn se laissa retomber sur le sol, les poumons étriqués et le corps ruisselant de sueur.
Dans sa vision embuée, elle vit Iwen qui portait un petit corps sanguinolent et dégoûtant. Un cri éraillé. Puis un autre avant d'autres pleurs. Elle hoqueta un sanglot provenant de ses entrailles.
L'homme se saisit d'un petit poignard qu'il gardait toujours sur lui quand l'envie lui prenait de recommencer à taillader son support « par nostalgie » et coupa le cordon ombilical avant de se mettre debout, l'enfant à bout de bras pour le regarder.
Entre deux gigotements de jambes, Valyn vit qu'il s'agissait d'un petit garçon. Un fils. Elle venait d'avoir un fils...
« Bonjour, bonhomme », lui sourit Iwen avec tendresse.
Il se tourna vers la mère épuisée pour qu'elle puisse mieux voir l'enfant. Il était sale, fripé et ne ressemblait à rien mais elle le trouva magnifique. Elle sourit. Le premier sourire depuis trois ans.
Iwen sourit aussi quand il mit le bébé dans le creux de son bras et reprit son poignard dans l'autre main.
« Au revoir, bonhomme. »
Un déchirement. Un liquide rouge. Le silence soudain.
Ses pupilles devinrent des têtes d'épingle perdues dans une tornade orageuse.
Son corps, son âme, son esprit n'étaient plus. Rien d'autre qu'une explosion qui remonta depuis ses entrailles. Les sensations qui l'atteignirent étaient des typhons qui la pulvérisaient. Elle baignait dans la lumière aveuglante d'un big-bang originel tandis que mille lames la poignardaient sans relâche d'une violence inouïe.
Elle hurla à faire éclater ses poumons.
« LIVIUS ! »
…
Je vous rassure : c'est la première fois que je fais dans l'inhumain. Je ne suis pas comme ça d'habitude.
Voilà, vous avez 90% de l'histoire de Silesta. Vous aurez les 10% restants dans les chapitres qui suivent.
Prochain chapitre, nous revenons au concret de notre trame principale !
